Les bijoux éphémères de la marque Keef Palas, se présentent comme faisant partie des initiatives allant à l’encontre du système économique dominant, fondé sur la recherche de profit et de rentabilité. Créé en 2016 par le duo espagnole, Claire O’keefe et Eugenia Oliva, Keef Palace est un concept qui dénonce une société d’hyper-consommation engluée dans le modèle impitoyable de la fast fashion. La marque propose des bijoux qui invitent au dialogue et à la réflexion sur les rouages d’un système économique axé sur le profit et la société générique des temps modernes.

Keef Palas

Keef Palas

L’idée un peu folle de se lancer dans la vente de bijoux éphémères composés principalement de plantes, de fruits et de légumes s’est imposée comme une évidence pour les deux associées. Ayant travaillées dans l’industrie de la mode pendant de nombreuses années – Oliva dans la vente et le marketing chez Elie Saab et O’Keefe en tant que styliste et photographe de mode – elles partagent maintenant leur temps entre Barcelone, Espagne, Majorque et Paris.

C’est en se rendant au mariage d’un ami dans les îles Baléares à l’été 2016, que l’ancienne chargé de marketing, Eugénia Oliva, repère des seaux de fleurs remplis de branches d’olivier. Elle les ramène à Barcelone en guise de souvenir. Frappée par la beauté éphémère du bouquet flétrie par le temps, elle contacte O’Keefe avec l’idée d‘en faire des boucles d’oreilles. Parées de leur premières créations, les deux jeunes femmes sillonnent les rues de la capitale et se font interpellées par des passants intrigués par l’originalité des bijoux. La petite affaire suit son cours dans le cercle familial et amical des deux jeune femmes, puis gagne peu à peu en notoriété.

Keef Palas prends ainsi racine loin des systèmes protocolaires et autres modèles d’entreprises traditionnels. Le concept et l’esthétique très atypique des collections continuent de séduire de plus en plus. La marque finit par attirer l’attention de nombreux stylistes et éditeurs et en Avril 2018, Keef Palas compte parmi les marques finalistes du 33ème festival International de Mode et de Photographie de Hyères.

Keef Palas

Keef Palas

Keef Palas c’est quoi ? Une ligne de bijoux et d’accessoires artisanaux qui utilisent des matières brut dont le caractère organique transforme et fait évoluer le produit au file du temps. Le duo espagnole privilégie les produits locaux et laissent la nature décider de l’esthétique final du produit. Elles peuvent aussi bien utiliser la fleur d’immortelle en hommage au peintre Salvador Dali, que de l’ail, du piment, mais aussi la feuille de magnolia pour la manière dont elle évolue au contact du temps : un vert mate qui deviendra brun-gris avec un dos légèrement velouté. Les boucles d’oreilles avoine et blé font partie de la collection Intolérante de Keef Palas.

Les bijoux sont fabriqués sur commande et emballés sous vide avant expédition. Ils sont réfrigérés et se conservent pendant trois mois avant l’ouverture de l’emballage et l’utilisation du produit. Une fois « consommées » ces parures fraîches n’ont qu’une durée de vie d’une dizaine de jours et ne se conservent pas plus de quinze jours au frigo.

« On ne fait absolument rien pour les préserver : c’est là toute l’idée. Nos bijoux sont éphémères, ils ne durent que pour une période donnée. On ne les traite pas pour qu’ils durent, on aime le fait qu’ils se transforment, qu’ils évoluent, qu’ils changent de couleur et de texture – même qu’ils pourrissent ! C’est une réflexion sur le temps, un peu comme une poésie visuelle. » _ KP

Entre objet de mode et performance artistique, Mère nature est soutenue par un réglage en laiton ou en argent et se monnaye au prix de 55 euros. L’entreprise décrit ses produits comme un raisonnement par contraposition à la fast-fashion, qui s’oppose au consumérisme. L’idée même de mettre en scène la nature dans un environnement commercial ayant constamment besoin de se renouveler, rend compte de l’inconséquence du système industriel, qui s’emploie chaque jour à piller les ressources naturelles de la terre pour en faire des « natures mortes », toxiques et impérissables. L’hyper-consommation conduirait inéluctablement à une forme d’hyper-destruction de la planète. Cependant, dans l’esprit des consommateurs, cette notion de destruction n’existe pas, seules celles du renouvellement et du plaisir y sont présentes.  Ainsi une mauvaise habitude de consommation non prise en compte est peut-être celle qui entraînera de proche en proche une variation, évoluant vers une tendance exponentielle de la dégradation de l’écosystème. 

bijoux éphémères

bijoux éphémères

Keef Palas se considère comme étant à la marge de ce système néolibéral et va jusqu’à pratiquer une économie informelle pendant un certain temps, en vendant volontairement sa ligne de bijoux uniquement dans les rues ou en ligne. Aujourd’hui les produits sont expédiés à l’international et stockés à Paris à Villa Rose, un magasin d’articles ménagers dans le neuvième arrondissement, et chez À Rebours des Galeries Lafayette, le concept store galerie du grand magasin, où le stock Keef Palas est affiché dans un réfrigérateur. Combien sommes nous prêt à monnayer pour nos convictions ? La nature ne serait-elle pas en train de devenir la nouvelle frontière d‘un marché en pleine expansion ?

Il existe néanmoins quelques dichotomies chez Keef Palas. Car s’il est vrai que vendre une plante à 55 E ne résoudra en rien notre système industriel, il n’en demeure pas moins que le caractère paradoxal qui en découle, en dit long sur notre mode de consommation. Aujourd’hui, les consommateurs n’achètent plus de produits pour leur qualité, leur performance, et encore moins pour des raisons fonctionnelles. Ils achètent des idées, une expérience, un concept par lesquels ils entendent satisfaire leur besoins. Les bijoux méditerranéens de la marques Keef Palas servent à ce titre de piqûre de rappel en nous mettant face à notre propre conditionnement à la surconsommation. Ces parures végétales questionnent notre rapport à l’objet mais également notre crédulité face aux discours martelés par les géants de la fast-fashion. Acheter une gousse d’ail sous-vide n’est-il pas la meilleure métaphore à la fast-fashion ?

Crédits photos : Ana Sting  | Morgan Hill Murphy  | Rafa Castells

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