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About A Worker : un bleu éthique au souffle politique

Durant la Tranoï Week, j’ai eu l’opportunité d’échanger avec Kim de la marque About A Worker qui exposait ses créations au sein du collectif Ethipop. Durant notre échange, j’ai découvert une jeune femme habitée par la passion et l’envie de faire bouger les choses aussi bien au niveau éthique que politique. En effet, fatiguée d’une mode uniquement tournait vers le marketing, elle s’interroge et nous questionne sur la manière dont la mode peut et doit devenir responsable ou plutôt comment le vêtement redevient un outil de pensée.

Retour sur un échange porté par un souffle vivifiant d’engagement.

About A Worker

Kim Hou, Co-fondatrice de la marque About A Worker

Bonjour Kim, pourrais-tu expliquer aux lecteurs de Modelab ton parcours et ton regard sur le monde de la mode ?

Je viens de finir mes études à la Design Academy d’Eindhoven en janvier dernier au sein du département communication. J‘y ai appris à communiquer une idée grâce au design. Ce qui m’a le plus plu venait du fait que c’était le département le plus engagé politiquement.

En outre, cette école est tournée vers l’auto-apprentissage. J’ai donc pu énormément apprendre par moi-même.

Ainsi, pendant quatre ans, j’ai pu développer des projets questionnant le monde de la mode contemporaine.

Par ailleurs, je suis très intriguée par le monde du luxe et notamment par le comportement des consommateurs. En effet, selon moi, c’est un monde très idéalisé par son image. Par exemple, précédemment, on admirait le luxe pour la qualité de son artisanat. Et aujourd’hui, nous sommes dans une approche mercantile où l’artisanat reste uniquement un argument marketing. En effet, les grandes marques comme Louis Vuitton ou Chanel communiquent sur le travail artisanal de qualité alors que la majorité des produits sont industrialisés. Et deviennent en quelque sorte un produit de supermarché.

C’est pour cela que je me suis interrogée sur la manière dont on pourrait créer et produire de manière différente des vêtements de qualités.

About A Worker

Les artisans About A Worker en pleine création

Kim qu’est-ce que t’as apporté la Design Academy et comment cette école t’a aidé à créer About A Worker ?

Pour moi, c’est une école où tu te fais des contacts incroyables. Ainsi, dès le début je me suis fait un groupe d’ami(e)s avec des visions complémentaires sur l’appréhension de notre société notamment sur le design. À mon sens, cela correspond à la vraie singularité de la Design Academy que je n’ai pas retrouvé à Londres ou à Paris avec d’autres designers. Finalement, j’ai en quelque sorte trouvé mon clan.

Cette école accorde une importance essentielle à la conceptualisation du design tandis que dans les autres lieux d’enseingements, on reste trop axé sur les matériaux ou sur comment on réalise un bel objet. Ils n’ont pas la démarche de se questionner : qu’est-ce que le design pourrait devenir dans les années à venir ?

Depuis janvier, j’ai fini mes études. Mon projet de fin d’étude : About A Worker, est devenu une entreprise en soi. J’ai ressenti le fait que c’était le moment de le développer.

Lorsque je travaillais à New York, j’ai été déçue par la manière dont le monde de la mode fonctionnait. Par exemple, en 6 mois, j’ai développé 4 collections et nous étions axés uniquement sur le développement économique et finalement assez peu sur la création artistique.

About A Worker

L’histoire d’About A Worker est récente, quels sont les moments marquants de ses derniers mois ?

Dans l’aventure About A Worker, j’ai impliqué un ami : Paul Boulenger, qui est devenu mon associé et s’occupe de l’aspect business et du sourcing. C’est lui qui a trouvé la première usine avec laquelle nous avons collaboré.

Depuis la fin de mes études, nous avons fait plusieurs salons, notamment le Salone Del Mobile di Milano. Nous avons été invités par la Design Academy afin de créer une performance dont le but était de recréer une usine montrant le processus de production.

Ensuite, sur Paris, je me suis fait un petit réseau avec Ethipop et nous avons fait parti de l’évènement Antifashion de Marseille (lire notre article sur le sujet ici), avec Sophie Fontanel et Li Edelkoort. Nous y avions un stand ce qui nous a permis de nous faire connaître et d’augmenter nos contacts.

Depuis, j’ai l’impression de devenir secrétaire de ma propre entreprise car j’ai arrêté la création et m’occupe à plein temps de la promotion. En même temps, ma créativité du moment s’est déplacée sur notre compte Instagram et notre site web 😉

About A Worker

Kim, au niveau de la démarche, je crois savoir qu’avec About A Worker vous avez travaillé avec un atelier solidaire en Seine-Saint-Denis, pourrais-tu m’en dire un peu plus ?

Pour des questions techniques et financières, nous voulions que notre première collection soit produite en région parisienne.

Paris reste quand même la capitale de la couture.

Nous voulions montrer une autre démarche de la couture aujourd’hui. On a bossé avec Mode Estime qui se définit comme un chantier d’insertion en Seine-Saint-Denis et qui a la particularité d’employer uniquement des ouvriers qui viennent de situations sociales et physiques difficiles. En outre, ils sont souvent issus de situations modestes et de l’immigration en plus d’être handicapés.

En utilisant leurs mains, ils arrivent à surmonter une partie de leur handicap.

Nous avons commencé la collection pendant les élections et nous voulions montrer les visages des Français dit « de souche » et de ceux issus de l’immigration afin révéler une France plurielle.

Ainsi, pendant six mois les quatre travailleurs avec qui nous avons collaboré, on a créé une collection qui mêlait leur histoire d’ouvrier et  l’expérience de  leur arrivée en France.

Pour eux, cela a été une manière d’exprimer ce qu’ils ne pouvaient pas communiquer.

Ils nous ont expliqués que c’était la première fois qu’on s’intéressait à eux et qu’on leur demandait de raconter leur histoire. Et cela a créé un vrai lien avec les travailleurs et les designers.

Grâce à notre marque, différentes classes sociales peuvent collaborer ensemble et s’enrichir mutuellement.

About A Worker

Dans ton constat, la mode n’est pas forcément éthique mais plutôt tournée sur l’aspect marketing et mercantile. Comment peut-elle faire pour s’améliorer ?

Je crois qu’au départ, c’est un problème de communication. En effet, la mode s’avère un milieu très élitiste où tout le monde ne peut pas rentrer.

Néanmoins, on voit apparaître des documentaires sur le côté obscure de la mode qui dénoncent un monde cynique. En effet, celle-ci doit s’ouvrir et devenir transparente sur son mode de production.

De mon point de vue, il y a un vrai questionnement à avoir. Cela devrait être pris plus au sérieux.

Notre marque a un double enjeu : d’abord être un objet mode, mais aussi un outil de communication.

Si on trouve une bonne manière de communiquer on pourra faire changer les choses pas seulement avec les gens de la mode, mais aussi  avec toutes les parties prenantes de la mode : société civile, politique….

… About A Worker ne veut pas être seulement une marque de mode mais également une plateforme de discussion pour favoriser une mode éthique. Mon rêve serait d’aller aux Nations Unies pour évoquer le problème de la mode.

Pour l’instant, notre premier step est de créer un podcast. La prochaine session réunira : 

  • Stéphanie Calvino d’Antifashion,
  • Olfa Ben Ali de Refuse Magazine,
  • Wendy Andreu, Designeuse,
  • Misbahou Yisouf, l’un de nos worker
  • Et l’équipe Modelab !

Merci Kim pour notre échange qui je l’espère aura permis à nos lecteurs d’appréhender une manière singulière de créer en mixant engagement éthique et créativité.

 

 

 

 

Fabrice Jonas
Créateur du Magazine Modelab, je passe mon temps à rechercher de nouvelles tendances et à les partager. Dandy et flâneur à temps plein comme une philosophie de vivre.