On se souvient tous des favoris du 33ème Festival International de la Mode et de la Photographie de Hyères, Rushemy Botter et Lisi Herrebrugh à l’origine de la marque BOTTER, qui ont remporté les voix du jury Première Vision et raflé le Grand Prix avec leur collection « Fish & Fight » créée à partir de matières recyclés, de revendications politico-environnementales et d’un brin d’autodérision. Duo complémentaire, Lisi Herrebrugh 28 ans, reçoit une formation à l’Institut de la Mode d’Amsterdam tandis que Rushemy Botter, 32 ans se spécialise dans le tailoring et travaille sa technique à l’Académie Royal de la Hague, puis poursuit sa formation à l’Académie royale des Beaux-Arts d’Antwerp où il rencontre celui qui deviendra son premier mentor, le styliste de mode belge Walter van Beirendonck puis Dirk van Saene qui le suivra tout au long de son master.

 

On reconnaît bien l’esprit décalé et le ton humoristique du styliste belge des Six d’Anvers dans le travail des créateurs Rushemy Botter et Lisi Herrebrugh qui utilisent des mises-en-scènes complètement incongrues à coup de papier peint ambiance bord de mer, de dauphins gonflables et autres accessoires improbables. Pourtant, sous ce masque de fausse légèreté assumée et d’autodérision, se cache un discours bien ficelé. La préservation des océans et des récifs coralliens qui subissent les conséquences délétères de l’activité humaine, comme en témoigne l’existence du septième continent, un territoire de déchets plastique six fois plus grand que la France est l’un de leur cheval de bataille. Les créateurs n’ont pas manqué de mettre cette réalité en exergue à travers la collection « Fish & Fight », faite à partir de filets de pêche recyclés, de sacs en plastique noués autour du cou et de bouées gonflables en guise de couvre-chef.

Un cri de plus en plus strident s’élève dans l’industrie de la mode concernant les méfaits de la consommation sur la planète, emboîtant le pas aux précurseurs d’une mode qui dénonce et revendique un changement de paradigme profond qui va bien au-delà du vêtement. Chez Botter, le filet de pêche se travaille et devient un accessoire esthétique, tantôt porté à la taille, tantôt à la main. Le sac plastique est coloré et se noue à l’épaule pour former un petit top noir que l’on peut associer à un pantalon de costume à la coupe évasée, des chaussures à plateforme et une manche conçut dans trois différents types de filet de pêche. Le duo néerlandais raconte une histoire différente sur l’art de créer du beau avec des matériaux existants et de détourner des objets de leur fonction initiale. Le tout dans un souci de sensibilisation. 

marque Botter

marque Botter

L’allure à la fois très inventive et informelle des costumes déstructurés associée à la grande maîtrise de la couture, confère une singularité toute particulière à chacune des pièces. Cette association de couleurs et de coupes très singulière présentée par des mannequins noirs, s’inspire du quotidien des habitants de Curaçao, colonie néerlandaise se situant dans la mer des Caraïbes au large des côtes du Venezuela. Le créateur,  lui-même originaire de cette île, fait passer un message fort en évoquant lors de la description de sa collection à l’Académie Nationale des Beaux-Arts d’Anvers, la question de cette double culture liée au statut colonial de l’île de Curaçao et du choc culturel que les expatriés expérimentent une fois passés de l’autre côté de l’Atlantique :

« Je voulais plus particulièrement me concentrer sur le choc culturel qu’ils vivent. Beaucoup de jeunes viennent en Europe en imaginant avoir une vie meilleure, mais une fois arrivé sur l’Eldorado, l’adaptation s’avère très difficile et souvent ils finissent par avoir des problèmes. Les vêtements et l’apparence deviennent une sorte d’armure pour donner l’impression que vous êtes mieux lotis que vous ne l’êtes réellement. Cette façon de s’habiller, de mettre des tenues coûteuses alors que vous n’en avez pas beaucoup, est ce qui m’a intrigué. » _ Rushemy, Antwerp-Fashion

Par cet acte, il soulève un problème social intrinsèque au débat politique et contribue à la revisite de la question de l’altérité en proposant une lecture sociologique du vêtement de mode. Il raconte le quotidien d’une population hybride, partageant intimement deux cultures distinctes, mais pleinement acceptés dans aucune et marginalisés par les deux. En faisant défiler uniquement que des mannequins noirs, le duo met la diversité à l’honneur dans une industrie ou le casting reste majoritairement banc. Il n’y a plus qu’à espérer qu’il s’agisse de l’une de ces actions ricochet qui, sous le sillon d’un intérêt commercial, parviendra à impacter la société et contribuer à la lutte contre les discriminations raciales et permettre aux modèles noirs d’être d’avantage sollicités.

marque Botter

Côté mode, Les créateurs se démarquent par leur inventivité et propose des pièces qui ne manquent pas de panache. L’homme BOTTER porte des boucles d’oreilles, un maquillage ostentatoire et un foulard en plastique noué autour du cou. La chemise en coton classique se porte sur un sweat-shirt, les sacs en plastique bigarrés sont détournés en foulard ou en bustier. Les filets de pêche quant à eux, deviennent des ceintures et les chaussures de ville fusionnent avec des baskets aux semelles épaisses. Les pantalons très larges, sont accompagnés de vestes retravaillées aussi bien dans la forme que dans la coupe très graphique. Une moitié de casquette assemblée à un chapeau de paille, des poissons tropicaux gonflables fixés à l’aide de cordelettes et quelques accessoires de plage pour enfants finissent le look.

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Le Duo gagnant tente une approche différente et revisite les codes masculins par des éléments propres au vestiaire féminin . Il décompose et recompose le style tailoring en y ajoutant des éléments du sportwear et s’assure de donner du fond à la forme, en prenant le parti de dénoncer les problèmes environnementaux liés aux poumons bleu de la planète et les inégalités sociales. Tous les éléments sont réunis pour créer un look au plus près des « tendances du moment ». Opportunisme ou réels convictions ? Avons-nous à faire à des choix stratégiques permettant aux deux ex-finalistes de s’approprier les codes actuels et de réunir toutes les conditions pour une collection dans l’ère du temps et attractive pour les concours ?

On retiendra surtout les choix audacieux des deux créateurs à l’origine de la collection « Fish & Fight » qui ont su apporter des propositions avec inventivité et authenticité. C’est une victoire bien méritée, invitant à une prise de conscience dans un milieu jusqu’ici peu regardant sur l’environnement et les questions humaines et sociales.

Crédits photo :Ruth Rossaï

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