Arab Luxury World imagine Dubaï comme capital Mode

Au mois de mai dernier, j'ai eu le plaisir de me rendre aux Emirats Arabes Unis avec l'INSEAD et les startups de l'accélérateur Plug and Play des Galeries Lafayettes : PNP (pour en savoir plus sur le dernier batch c'est par ici). En effet, j'avais participé à la sélection des startups européennes pour un bootcamp organisé en amont de l'Arab Luxury World. L'objectif de celui-ci était que les startups découvrent les spécificités du marché du Moyen-Orient et qu'elles comprennent comment elles pouvaient adapter leurs produits et services à ce marché spécifique.

En effet, celui-ci s'avère fortement marqué par le social shopping et les clients sont extrêmement exigeants.

Un bootcamp survitaminé

Ainsi, durant deux jours les start-ups concernées ont pu participer à un bootcamp dans le bureaux de l'INSEAD situé au 37ème de leur campus à Abou Dhabi avec une vue imprenable sur la baie. Là, elles ont pu bénéficier des conseils de Paul Kewene-Hite, fondateur des startups bootcamps de l'INSEAD. Il a su pousser les startups en-dehors de leur zone de confort avec une bienveillance attentive.

Charles de la startup Alcméon précise : "ce bootcamp nous a permis de découvrir en accéléré le marché du Moyen-Orient. Nous avons aussi été très impressionnés par la qualité des intervenants en coaching et sur scène. On retiendra le concept de Retail is not dead, boring retail is dead".

Dounia, la responsable communication de PNP souligne que "cet évènement a été une opportunité formidable pour Lafayette Plug and Play et nos startups de découvrir la structure du tissu économique du Moyen-Orient mais aussi l'intérêt grandissant pour les technologies qui viennent disrupter l'industrie du Luxe et du Retail.  Ce bootcamp a également été l'occasion de rencontrer des professeurs captivants et inspirants, des experts du secteur ayant une connaissance pointue du marché des Émirats. Pour nos startups, c'était également une exposition non négligeable auprès des décideurs du luxe de la région grâce à l'audience très qualitative de l'Arab Luxury World".

À l'issue de cette phase préparatoire, elles ont ensuite pu pitcher leurs projets devant un jury pendant le très sélect Arab Luxury World de Dubaï qui réunit pendant deux jours des experts du retail et du luxe.

Arab Luxury World
De gauche à droite : Guillaume de KRONOS CARE - Eliott de STOCKLY Stockly - Sim de DROPEL - Brittany de SAMPLER

Louis représentant de la startup Goxip, créé à Hong-Kong, a remporté le trophée de la meilleure startup. Cette marketplace de mode et beauté avait à l'origine levé 5 millions d'Euros et cherche des débouchés sur d'autres marchés comme le Moyen-Orient. Les deux startups Stockly et Kronos Care incubés chez PNP ont été gratifiées d'un prix d'honneur. Grâce à ces trophées, Dounia confirme la pertinence du partenariat entre PNP et l'INSAED dans l'appréhension du marché du Moyen-Orient. Ces start-ups correspondent bien au marché local.

L'Arab Luxury World met le retail en exergue

L'Arab Luxury World a été marqué notamment par l'intervention d'Alison Loehnis, la présidente de Net-à-Porter et Mr Porter du groupe Yoox. Lors de son intervention, elle est revenue sur le fait que 70% des achats au Moyen Orient sur leurs plate-formes s'effectuent via mobile. En d'autres termes, la technologie façonne dorénavant la façon de consommer.

Afin de fidéliser encore plus leurs clients, ils ont également développé un service premium pour 7% de leurs clients (nommé Extremely Important People: EIP) qui représentent plus de 30% de leur chiffre d'affaire. Ce service "You try, we wait" consiste lorsque vous êtes un client et que vous passez une commande à vous envoyer un personal shopper chez vous directement et qu'il attendent pendant votre essayage.

Au Moyen-Orient, étant donné que le client a de plus hautes attentes que la moyenne, ce type de service permet de renforcer la fidélisation.

Alison Loehnis - NET-A-PORTER et MR PORTER

L'artketing au service des marques de mode

Dans un style plus lyrique, Vadim Gregoryan, directeur créatif au sein de sa propre agence  et qui a étudié la robotique à l'université de Moscou, prêche pour que les marques se rapprochent d'artistes afin de créer des expériences uniques.

On appelle cela l'artketing, notion qui mêle astucieusement l'art et le marketing. Cependant certaines fois cela ressemble plus à une opération marketing comme le partenariat entre Louis Vuitton et Jeff Koons pour réaliser des sacs à mains reprenant des toiles de maîtres. On peut être sensible à l'hommage, par contre au niveau de l'aspect créatif, on est proche du zéro absolu.

Arab Luxury World
Vadim aux manettes

A contrario, lorsque Prada demande à six designers dont les frères Bouroullec, de ré-inventer le nylon noir, matière emblématique de la marque, et que nos deux créatifs accouchent d'un sublime carton à dessin, cela ressemble plus à une démarche artistique liée à la ré-invention d'un aspect de marque par des créatifs.

Ainsi, l'artketing consiste à créer une réelle relation avec l'artiste sans dénaturer le produit. En trouvant ce difficile équilibre, la marque démontre toute sa maturité.

Dubaï : future capitale de la mode ?

L'Arab Luxury World reflète parfaitement ce mélange des genres où Dubaï s'imagine rivaliser au côté de Paris, New-York, Londres ou Milan. Forte de sa puissance financière, elle rêve de pouvoir attirer les talents du monde entier et créer la mode de demain.

Pour que cette utopie devienne réalité, il convient qu'elle produise les conditions de l'épanouissement de ses futurs créateurs. Tout d'abord en créant une école mode comme l'IFM ou la Central Saint Martins School qui rassemble à la fois le côté création et business (bien évidemment je n'oublie pas qu'ESMOD existe déjà à Dubaï).

Arab Luxury World
Dubaï - @unsplash

Ensuite, la fabrication doit devenir locale et le transfert de compétences s'effectuer dans des conditions optimales.

Enfin, tout l'enjeu pour Dubaï est de créer sa propre histoire mode en s'inscrivant dans une durée longue en mixant sa propre identité avec celle d'une société mondialisée.

 


Valerie Moatti

Valérie Moatti place l'ESCP Europe au coeur de la Fashiontech

Valérie Moatti avec la chaire Mode et Technologie de l'ESCP Europe a été pionnière sur le domaine de la Fashiontech. C'est pourquoi, nous avons décidé de la rencontrer afin d'en savoir un peu plus sur le fonctionnement de la chaire et la manière dont elle contribuait à l'innovation mode.

ML : Bonjour Valérie, pouvez-vous vous présenter ?

Valérie Moatti : Je suis diplômée d'ESCP Europe. J'ai commencé ma carrière de façon assez traditionnelle : chez Procter & Gamble puis chez PPR à l'époque, devenu Kering aujourd'hui. Je travaillais déjà sur des sujets d'innovation : j'étais chargée de la société capital-risque du groupe et de tous les projets de créations en interne, de nouveaux concepts de magasins mais aussi d'investissement dans des startups innovantes pour le domaine de la distribution et les services. 

Ensuite, je me suis reconvertie dans l'enseignement et la recherche en faisant un doctorat à HEC. Au moment où j'ai effectué ma reconversion, des expertises dans des domaines liés à la stratégie et au supply chain management étaient en plein essor, grâce au développement d'internet et du e-commerce, au renouvellement des modes d'organisation.

Petit à petit, j'ai poursuivi ce développement d'expertise. J'ai eu la chance d'être professeure visitant au MIT, dans le célèbre Center Transportation and Logistics (CTL) où ils sont particulièrement avancés en terme de supply chain management et aussi sur l'interface entre différents types d'expertises : ingénierie, design avec le Media Lab. D'ailleurs, j'ai eu la chance de rencontrer Merry Oxman qui travaille entre le design, l'ingénierie et l'architecture. Elle conçoit des objets et des vêtements en essayant de reproduire des éléments naturels.

Valerie MoattiAujourd’hui, je co-dirige la Chaire Lectra - ESCP Europe avec Céline Abécassis-Moedas, professeure à l’école de commerce Catolica à Lisbonne. Nous travaillions sur le projet depuis 2013, puis nous l'avons lancé officiellement en 2014. Il est né dans la continuité d'un projet qui préexistait sur l'innovation. Nous avions un institut (qui n'existe plus aujourd’hui) nommé I7. Il était le fruit lui-même d'une étude commanditée par Christine Lagarde où elle était alors ministre de l'économie et des finances auprès de notre directeur général de l'époque : Pascal Morand.

Ce dernier, avec ma collègue Delphine Manceau, a répondu à cette étude pour Christine Lagarde avec les conclusions suivantes : l’innovation est protéiforme, alors qu'en France nous avons trop tendance à penser qu’elle est uniquement dans la technologie. L'innovation représente également des business modèles, des méthodes marketing... L'étude ayant eu beaucoup de répercussions, ils ont décidé de créer cet institut pour l'innovation et la compétitivité. Daniel Harari, CEO de Lectra, a fait partie de l'institut dès sa création.

Le jour de l'inauguration, il y avait évidemment Lectra mais également Pierre Bergé que Pascal Morand avait invité pour échanger. Au bout de deux ans de travail au sein de cet institut, Daniel Harari a énoncé le fait qu'il voulait faire plus avec l'école. De là est né l'idée de la chaire. Au départ, celle-ci était de réaliser un partenariat au sujet de l'innovation entre Lectra et ESCP Europe. Cependant la thématique n'était pas très claire. Nous y avons réfléchi durant l’année 2013 pour ensuite lancer la chaire en 2014. Ainsi, nous sommes arrivés ensemble à cette terminologie de "Mode et technologie" qui à l'époque était particulièrement novatrice.

L'idée originale consistait à développer des connaissances dans le domaine, des évènements et des cours bien évidemment.

La chaire a été lancée autour de trois grandes missions. Premièrement, l'enseignement : créer un ou plusieurs cours dans le domaine avec une association de partenaires légitimes du secteur mode. Par exemple, nous sommes en train d’en finaliser un avec La Fabrique et un avec l'IFM. Il s’agit également de sensibiliser les étudiants issus d'autres types de programmes à la mode et à son business, mais aussi à la technologie particulière portée par Lectra.

La deuxième mission qu'on qualifie d’évènementiel est la communication. La FashionTech Week est assez représentative de ce que nous réalisons. Nous avons toujours été associés et ce depuis le début. Nous avons également fait partie des jurys de la Fashion Pitch Night. Cette année, nous poussons ce partenariat encore plus loin. Il y a à la fois la table-ronde d'ouverture à l'école et également la Fashion Tech Expo, l'exposition de jeunes créateurs, qui aura lieu à l'ESCP.

Valerie Moatti
Première table ronde d'ouverture de la Fashion Tech Week Paris, le 4 mars 2015.
« L'influence des technologies sur les business modèles de la mode » avec Loic Bocher, Co-fondateur et Directeur Général - Collector Square / Annabelle Nahum, Co-Fondatrice - MyCoutureCorner / Nicolas Petitjean, Directeur Innovation - DBApparel Europe / Philippe Ribera, Directeur Marketing Software - Lectra.

La troisième mission est la création de connaissances. Cela représente les recherches que nous menons de notre côté. Durant les trois premières années de la Chaire, elles portaient sur le choix de localisation des entreprises de mode européenne. Et ce en sachant que nous partions du buzz médiatique sur la relocalisation, notamment sur le fait que les pays asiatiques n'étaient plus compétitifs. Notre étude terrain montre que c'est un effet de manche et qu'il n'y a eu que peu de concrétisation. L'étude a montré qu'il y avait une vraie réflexion sur l'omnishoring, c’est-à-dire un ensemble de plusieurs stratégie d'approvisionnement sélectionnées en fonction des produits et de leur degré d'innovation. Par exemple, les prototypes peuvent être réalisés en Europe puis fabriqués industriellement en Asie.

Tous les ans, nous tentons de faire travailler les étudiants sur leur mémoire de recherche avec la plus grande variété de sujets possibles, tels que la personnalisation des vêtements, la stratégie d'internationalisation des marques de mode… En somme, ils s’interrogent sur le fait de savoir si la technologie y joue un rôle ou non, découvrir le rôle du big data sur les bureaux de style par exemple.

ML : Vous avez été assez précurseurs sur la mode et l'innovation. Aujourd'hui, je vois arriver d'autres écoles comme l'INSEAD ou Mines Paris Tech qui s'intéressent au sujet Fashiontech. Quelle réflexion avez-vous par rapport à cela ?

Valérie Moatti : Je pense tout d'abord à l'antériorité et à la spécificité de notre démarche. Par exemple, l'INSEAD était déjà tournée vers la mode. Ces autres écoles ont profité de la montée en puissance des technologies dans le secteur de la mode pour y ajouter ce pan là. De notre côté, nous faisons un peu l'inverse, du fait de l'activité très spécifique de Lectra qui est vraiment depuis longtemps un acteur phare des technologies dans la mode. Ainsi, nous nous sommes directement positionnés là-dessus. D’ailleurs, cela est très important pour Lectra. C’est à dire que nous voulions créer une option mode à l'école pour ouvrir des portes à nos étudiants. Mais finalement, cela n'intéresse pas tellement Lectra car ce n’est pas assez spécifique. Ils veulent vraiment se positionner sur la technologie dans la mode et pas la mode en général, aussi que la technologie soit un sujet parmi d'autres.

Jusqu’ici, j'ai parlé de la première phase de la Chaire. Celle-ci s'est renouvelée en 2017 et perdurera jusqu'à fin 2019. Nous avons encore affiné ses thématiques. Ce qui était au départ axé sur la mode et les technologies tourne désormais autour de l'industrie 4.0 appliquée au secteur mode. Pour répondre à la question, je pense que l'entrée est un peu différente.

ML : La vraie différence est que vous avez une Chaire. L'école des Mines est très axé sur la recherche et l'INSEAD crée du réseau. Il y a peut-être des partenariats à réaliser ?

Valérie Moatti : En effet, le partenariat entre écoles est très intéressant. Tous les ans, nous organisons un projet à la fois pédagogique et créateur de contenu : nous formons des équipes de deux, constituées d’un de nos étudiants et un issu de l’Université Catolica à Lisbonne. Ils travaillent ensemble pendant 6 semaines chez Lectra pour une mission de conseils.

Cette année, nous lançons une nouvelle étude dans le cadre de la Chaire qui porte sur l'évolution de la relation entre donneurs d'ordres et sous-traitants, sur les activités de création et de fabrication liées à l'évolution des technologies de l'industrie 4.0. (intelligence artificielle etc). Nous avons donc commencé par traiter le sujet en amont, puis les étudiants vont prendre le relais pendant 6 semaines cet été pour creuser davantage, afin de pouvoir présenter les premiers résultats de cette étude d'ici début 2019.

Concernant les liens avec d'autres écoles et notamment avec les écoles de mode, nous avons établi des partenariats avec l’IFM et La Fabrique qui est le plus ancien. Elles ont été très enthousiastes quant à la réalisation de projets communs, bien qu’elles possèdent chacune une structure singulière.

L'IFM m’a fait intervenir dans un cours et diffuse les annonces de nos conférences. Nous nous sommes mis d'accord sur le fait de mettre en relation des étudiants issus de l’IFM et de ESCP Europe. Le but est que des étudiants de notre établissement fassent un trimestre à l'IFM et vice versa. Pour l’année prochaine, nous souhaiterions développer la mise en place d'un double diplôme. Mais c’est un projet encore en gestation.

Depuis 2 ans maintenant, la Fabrique nous envoie chaque année quelques étudiants sur la base du volontariat. Ils assistent à notre cours électif crée dans la Chaire. Nommé "Fashion and Technology », cet enseignement en anglais traite de toutes les facettes, tout au long des maillons de la chaine, sur tous les aspects : création, fabrication, supply chain, distribution marketing. Les étudiants sont sélectionnés par rapport à leur niveau de langue comme le cours est dispensé en anglais. Ces volontaires donnent vraiment une bonne dynamique au cours.

Nous organisons un cours à La Fabrique, ce qui nous permet de changer de cadre et ainsi visiter leurs ateliers (notamment les machines). L'année dernière, nous avons également monté un séminaire dans le cadre de l’option Innovation dispensée en 3ème année, pour les étudiants qui s'intéressent à l’innovation en général. Il est tripartite : la Fabrique, L'ESCP Europe et une école d'ingénieurs en électronique de commerce qui s'appelle l'ESIEE. L'idée est d'associer des équipes mixtes sur un projet en un temps donné. Un commanditaire donne les consignes aux étudiants par rapport à un projet de vêtements connectés qui doivent y répondre à partir de la méthodologie du "design thinking". Cela fonctionne très bien car ils travaillent sur un projet très concret. Le séminaire est construit de façon à ce qu'il y ait une phase de brainstorming entre eux, puis des conférences sont organisées pour alimenter le sujet. Ils sont ensuite envoyés sur le terrain pour interroger des consommateurs.

Valerie Moatti
Séminaire Smart Clothes & Connected Objects, février 2017. Le séminaire de design thinking regroupant les étudiants ESCP Europe, ESIEE Paris et La Fabrique.

ML : Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours ?

Valérie Moatti : Je ne vais pas revenir sur l'étude et je vais plutôt aborder les conférences. La prochaine est le 6 juin à 18H à l’école sur "L'impact des réseaux sociaux dans la mode : nouvelles stratégies et success stories" (pour s'inscrire c'est par ici). Il s’agit en fait de la suite du projet sur lequel nous avons fait travailler les étudiants lors du cours "Fashion and Technology". Il a été possible grâce à l'idée et à l'intervention de Ooshot (images, sourcing) durant laquelle Thierry Maillet a monté ce cours avec nous. L’idée était que les étudiants travaillent par petits groupes et tentent d'analyser la stratégie Instagram de toute une série de marques de mode diverses (Nike, Chanel, Amazon..). À partir de cela, nous sommes en train de finaliser un article pour The Conversation, un média nous utilisons pour synthétiser certains axes des études que nous menons. Le 6 juin, nous réunissons Adrien Boyer, DG Pinterest France + Europe Sud + Benelux; Fabien Le Roux, Directeur de la stratégie et de la stratégie digitale, BETC Luxe; Thierry Maillet, co-founder & COO, OOSHOT; Philippe Ribera, Directeur Innovation, Lectra; Nicolas Santi Weil, DG, AMI; Charline Goutal, fondatrice et présidente, Ma P'tite Culotte et Elisabeth Teixera, influençeuse, @unemorueaparis.

Valerie Moatti
La conférence "L'impact des réseaux sociaux dans la mode" sera présentée le 6 juin 2018.

En septembre, nous organiserons un évènement autour de l’ouvrage de Emanuelle Léon et de Cécile Dejoux intitulé « Métamorphose des managers : à l'ère du numérique et de l'intelligence artificielle ». Expertes dans le management et les ressources humaines, elles montrent comment ces technologies renouvellent le rôle du manager, les lieux, les pratiques collaboratives. Elles ne sont pas en lien avec le secteur de la mode mais il semblait tout de même intéressant de les inviter à présenter leur livre et leur étude sur le sujet, parler du management 4.0 et faire réagir des acteurs de l'industrie de la mode par rapport à ça : est-ce que cela résonne ou pas ? Cela devrait bousculer les entreprises qui n'ont pas l'habitude de ce nouveau management.

En octobre, la Chaire organise la conférence d'ouverture de la FashionTech par la Chaire (tous les ans depuis 2015) et pour la première fois ESCP accueille la Fashion Tech Expo, l'exposition des jeunes créateurs de la FashionTech. Le sujet concernera les avancées de l'industrie 4.0 mais n'est pas encore définitivement fixé, cela reste encore en working in progress. Nous y travaillons actuellement et certains exemples comme la marque de chaussures Mi Mai et Bouton Noir, une start-up émanant du groupe Auchan qui propose des collections pour femme dans une démarche de production de proximité et de personnalisation. La fondatrice souhaite que son magasin soit également son usine, son atelier. On retrouve la même démarche chez Adidas avec la Speedfactory et ces logiques renforcent l'attractivité des territoires.

ML : On constate qu'il n'y a pas encore d'acteurs qui émergent véritablement, pour l'instant ce sont des petites entreprises qui proposent des produits innovants mais ne créent pas de modèles solides.

Valérie Moatti : Pour 2019, nous prévoyons de publier les résultats de notre étude sur l'évolution des relations entre donneurs d'ordre et sous-traitants. Il y a une autre Chaire à l'école qui porte sur l'usine du futur. Les partenaires de cette Chaire sont Safran et Michelin, des industriels purs et durs qui n'ont rien à voir avec la mode. Cependant, eux aussi ont comme préoccupation l'industrie 4.0 et plus spécifiquement les modifications du travail qui en découlent : en quoi le travail a évolué dans les usines, le fait de mettre en place l'usine du futur, de quelles compétences va-t-on avoir besoin. Nous avons pour projet d'organiser un évènement en commun sur la question des compétences, de l'évolution des savoir… afin d'intégrer le secteur de la mode par rapport à l'idée commune de base qui est l'usine du futur.

En 2018, nous avons aussi collaboré avec la Chaire Leclerc présidée par Michel Edouard Leclerc sur le commerce 4.0. Le premier mercredi de chaque mois, il y a un petit déjeuner sur une thématique différente. Début mars, le thème était "R&D et l'industrie 4.0 : influences sur la distribution". Parmi quelques intervenants d'excellence, le PDG de Lectra, Daniel Harari et un membre de Techshop ont partagé leur vision.

ML : Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Valérie Moatti  : Nous avons rencontré Benjamin Cabanes de l'école des Mines, et nous sommes très motivées pour collaborer avec lui. Nous serons d'ailleurs présentes au workshop du 22 juin ! La Chaire va être associée à cette expérience qui semble vraiment intéressante mais très différente de ce qu'on fait. Curieuse de voir ce que cela peut donner ! Je trouve ça intéressant de faire travailler des gens issus de domaines différents, c'est là qu'il y a le plus grand potentiel ! 


Appear Here : coeur de pop-up

 Les pop-up stores poussent comme des champignons et semblent être la dernière tendance des marques pour se faire connaître.

Face à ce phénomène de grande ampleur, j'ai voulu en savoir plus et j'ai donc échangé avec Élodie d'Appear Here.

Bonjour Elodie, pourrais-tu te présenter ?

 

Je m'appelle Elodie Dessors. J'ai rejoint l'équipe d'Appear Here France au moment de sa création, il y a maintenant un an et demi, en tant que Brand Account Manager.
Élodie au micro lors du Who's Next en 2017.

 

Mon rôle est à la fois d'accompagner les marques dans leur utilisation de notre plateforme, et d'aller à la rencontre de toutes celles susceptibles d'avoir besoin de notre service. Au quotidien, je fais en sorte que chaque idée à Paris, Marseille, Bordeaux, Lyon ou encore Aix-en-Provence voit le jour en suggérant les espaces les plus appropriés aux attentes de chacun.
 
J'interviens aussi sur des panels pour sensibiliser les marques à notre activité, comme lors du salon Who's Next où j'ai eu le plaisir d'échanger avec toi (d'ailleurs si vous revoir la vidéo c'est par ici).
 
Précédemment, cette nécessité de mise en relation entre porteurs de projets et détenteurs d'espaces m'est apparue comme évidente, lorsque j'ai lancé la première série de marchés de créateurs en Tunisie (Elbazar) puis un média dédié à la communauté créative, Fazazine
 

Appear Here, c'est quoi exactement ?

 
Appear Here est, en deux mots, le "AirBnB du retail".
 
Notre mission - "Space for Ideas" - est de donner vie à toutes les idées en facilitant l'accès à la location éphémère d'espaces commerciaux.
 
Nous sommes aujourd'hui le leader mondial dans ce secteur avec plus de 4 000 espaces exclusifs listés à travers le monde, entre le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis.
 
Plus de 125 000 marques  nous ont déjà fait confiance, dont de très établies comme Loewe, Nike, Salomon, ou Adidas, mais aussi de plus jeunes comme Amélie Pichard, Flaneurz, Carolina Ritzler, Satisfy, SOI, Ayede, Building Block, Anja, Louvreuse, LF Markey, House of Dagmar et bien d'autres... 

Là où il fallait auparavant 3 à 6 mois, nous avons rendu la location journalière, mensuelle et même annuelle de boutiques et showrooms aussi simple que de réserver une chambre d'hôtel, en supprimant tous les intermédiaires et en permettant la signature de baux et le règlement des loyers en ligne. 
 

En juin dernier vous avez réalisé un levée de fonds, à quoi a-t-elle servi ? 

Elle nous a servi principalement à recruter et à ouvrir de nouveaux bureaux.

Aujourd'hui, le pop-up store est devenu quasiment incontournable dans le secteur de la mode, comment arrives-tu à expliquer ce phénomène ?

 
En effet, d'après une étude réalisée par IBM, 98% des fameux 'millennials' préféreraient toujours l'achat en boutique et 70% d'entre eux considèrent le shopping comme un hobby.
 
Avec un pouvoir d'achat estimé à 44 milliards de dollars, la dite génération 'z' assure donc la survie et la pérennité des points de ventes physiques. 
Pop-up store
Wear Lemonade x Monoprix

 

Cette même étude révèle également que les nouveaux consommateurs sont devenus de plus en plus exigeants et privilégient à 78% l'expérience d'achat au produit en lui-même.
 
Tout cela a favorisé l'émergence de pop-ups aux concepts toujours plus surprenants, innovants, et surtout 'Instagrammables'. 
 
Par ailleurs, le secteur de la mode est rythmé par les Fashion Weeks, les ventes privées, soldes etc., et se prête donc particulièrement à location 'saisonnière' d'espaces.

Selon toi, quelles sont les règles d'or pour réussir un pop-up ?

Il faut tout d'abord trouver l'espace le mieux adapté à votre idée, au meilleur moment de l'année. Pour cela, vous l'aurez compris, Appear Here est votre partenaire idéal, grâce notamment à notre service de Conciergerie. 
 
Une fois votre réservation effectuée, veillez à bien préparer en amont la communication autour de votre événement. 
 
Mobilisez toute votre communauté sur les réseaux sociaux, trouvez votre muse et n'hésitez pas à vous associer à des influenceurs (comme SOI avec Elsa Muse), voire à d'autres marques (Flaneurz x FILA & Doc Martens), pour créer l'engouement, toucher une audience plus large, et partager les coûts.
Pop-up
SOI x Elsa Muse

 

L'important est de créer une expérience unique en magasin, qui donnera envie aux passants de s'arrêter et à vos clients existants de se déplacer. 
 
Pour cela, faites appel à des professionnels de l'aménagement tels que Label Expérience, qui sauront comprendre votre identité et la reproduire dans l'espace.
 
Pensez à un concept (d)éton(n)ant (Hermesmatic, Chanel's Coco Game Center, mais aussi 'Blanco' d'Edie & Watson) qui durera assez longtemps pour qu'on puisse y retourner.
pop-up
Flaneurz x Doc Martens

 

Créez un sentiment d'urgence, en lançant pour l'occasion une collection capsule disponible exclusivement en magasin. Plus les collaborations seront inattendues (ex. Supreme x Louis Vuitton, Pigalle x Missoni, Amélie Pichard x Pamela Anderson) plus elles feront le buzz et attireront du monde.
 
Jouez la carte de la customization en boutique, comme l'a fait Christelle Noel lors du pop up de Louvreuse.
 
Enfin, ne sous-estimez pas tous les aspects logistiques et votre check list (assurance, terminaux de paiement, stocks suffisants, formation du personnel de vente etc.), et préparez toujours un, ou plusieurs plans B en cas de pépin!  

Dans les années à venir comment le pop-up va-t-il évoluer ?

Le pop-up va se généraliser et devenir la norme. D'ailleurs, c'est un terme qui devient de plus en plus désuet. 
 
Dans cinq à dix ans, la flexibilité en matière de location sera monnaie courante, et vous pourrez voir bourgeonner à Los Angeles, Paris, Berlin, Tokyo ou encore Barcelone des commerces en perpétuel renouvellement. 
 
Aujourd'hui ce qui est intéressant, c'est de retrouver une marque un jour sur un marché, puis de la voir évoluer dans sa propre boutique ou en centre commercial, d'une ville, d'un pays à l'autre. En bref, de créer la surprise, et d'être là où on ne vous attendait pas forcément! 

 


louis antoinette

Louis Antoinette : la couture comme lien entre tradition et digital

La startup Louis-Antoinette a décidé de remettre au goût du jour la couture homemade. Avec un cocktail détonant, ils utilisent le digital pour mettre en lien leur communauté de couturières.

J'avais suivi le début de leur aventure quand ils étaient incubés chez Lookforward et maintenant, je croise l'équipe de manière quasi-quotidienne à Station F.

Ainsi, j'ai voulu effectuer un point d'étape afin de savoir où ils en étaient. Et, voici mon échange avec Romain le co-fondateur.

ML : Bonjour, pourrais-tu te présenter ?

Romain : Je m'appelle Romain Blanco et je suis le co-fondateur de Louis Antoinette Paris et de Capsul Studio.

Le Trio : Romain est à gauche.

ML : Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi et notamment ton parcours ?

Romain : j'ai des parents entrepreneurs  donc j'ai toujours voulu créer ma boîte. Sauf que quand je suis sorti de l'école de commerce, je suis rentré dans un groupe américain dans les produits de grande consommation. Où j'ai pu étudier les méthodes de marketing et de commerce. J'ai passé huit ans dans ce groupe à différents postes, notamment sur les études marketing, promotion... Aussi bien au siège européen et dans les filiales également.

Puis, j'ai été commercial et me suis occupé de la commercialisation de tous les produits du groupe auprès d'Amazon en Europe. C'était un peu une université pour moi, une grande école du business.

ML : Comment on passe d'un grand groupe à une startup dans le couture, que s'est-il passé ?

Première chose, c'est ma volonté de créer une boîte. Pendant que je travaillais pour ce grand groupe j'ai toujours été en veille. J'ai toujours su ce que je voulais faire ou ne pas faire. Pendant que j'étais salarié, j'ai testé la création d'entreprises avec des potes, pas forcément concluant en termes de résultats amis mais enthousiasmant.

Puis à un moment donné, il y a eu une concordance des choses qui font que j'ai été au bon endroit au bon moment. C'est l'instant où tout bascule. Pour moi c'est lié à la rencontre avec mon premier associé : Julien qui est modéliste. Il créait des robes de marié sur-mesure dans son salon. Et, je trouvais cela génial, notamment l'émotion que cela pouvait susciter chez les femmes de voir un modèle à plat se transformer en robe suite à la manipulation d'un expert. Je me suis dit que c'était dommage que cette émotion soit réservée uniquement au mariage ou à des femmes dans un salon avec un pouvoir d'achat plutôt élevé. J'avais envie de pouvoir le démocratiser et l'ouvrir au plus grand nombre.

Cela a été la première démarche, la réflexion sur comment on fait pour pouvoir ouvrir la couture sur mesure à plus de gens.

Louis Antoinette
Tencel Uni

ML : À ce moment-là vous avez créé Louis Antoinette et qu'est-ce que c'est ?

On créé des collections de vêtements à faire soi-même proposées en patron de couture ou en kit de couture. Concrètement on lance deux collections par an au rythme du prêt-à-porter, une collection été et une collection hiver, avec un certain nombre de patrons principalement pour la femme entre 20 et 40 ans.

Aujourd'hui, nous avons un renouveau de la couture auprès des jeunes. Cela suscite un certain intérêt.

Et, on le propose sous deux formes. Soit, les gens choisissent le patron ; soit sous la forme de kit avec un tissu pré-sélectionné qui répond  à l'exigence du modèle.

ML : Chez Louis Antoinette, vous avez développé une communauté, comment cela s'est passé ?

Romain : nous avons une communauté exceptionnelle. On est sur un petit milieu. Les gens qui font de la couture ont du mal à trouver des gens proche d'eux qui font également de la couture. Cette communauté s'est retrouvée sur les réseaux sociaux. Ils se sont rendus compte qu'ils n'étaient pas seuls à faire de la couture. Et, par ailleurs ils ont réussi à trouver des réponses à des problématiques liées à cette pratique.

On a commencé en identifiant un certain nombre de blogueuses, instagrameuses, pas mal suivi entre 5 000 et 10 000 followers, à l'époque. Et, on les a sollicitées en leur proposant nos produits gratuitement. Ce qui était assez nouveau à ce moment-là. Ensuite, j'ai trouvé une troisième associée Floriane, experte des réseaux sociaux et de la communication digitale. Justement car je savais que ce secteur était extrêmement communautaire. Bref, j'avais besoin d'une personne qui connaisse mieux que moi ce domaine là.

Louis Antoinette
Robe Belleville

ML : Tu as évoqué ton inclination pour l'entrepreneuriat, depuis que tu as créé Louis Antoinette qu'est-ce qui s'est passé ; qu'est-ce que tu as vécu ?

Romain : On a fêté nos trois ans la semaine dernière. On a tout traversé. D'abord c'est des rencontres incroyables avec mes deux associés. Travailler avec Floriane par exemple est quelque chose d'unique. Ce n'est pas une collègue, ni une amie au sens classique du terme... Mais un peu des deux. C'est une personne avec qui tu passes plus de temps qu'avec ton propre conjoint. Pour moi c'est une grande source de stress et de réconfort en même temps. Cela a été la première étape.

La deuxième a été quand nous avons commencé à plaire et à être sollicité par des magasins qui voulaient vendre notre produit. Quand tu penses à quelque chose de complètement virtuel dans ta tête et que tu le mets en musique que cela se transforme en vente, c'est une sensation incroyable. Qu'il y ait des gens qui soient contents et qui en parlent sans toi ; là cela devient la plus belle des récompenses : celle de notre communauté. Aujourd'hui, nous avons plus de 20 000 followers sur Instagram. Avec cette indicateur, je me rends compte qu'on a créé quelque chose de vraiment cool.

Après, il y a toutes les problématiques de l'entrepreneuriat, financement, recrutement. Maintenant, nous sommes au meilleur moment en France pour entreprendre. Je suis très content d'entreprendre dans une époque où les entrepreneurs sont plutôt encouragés et poussés pour faire cela. Il y a 10 ou 15 ans, ce n'était pas du tout la même histoire.

ML : Aujourd'hui c'est quoi Louis Antoinette ?

Romain : c'est une bonne question. C'est une solution qui répond à un enjeu sociétal important qui est celui de pouvoir mettre en valeur le corps des femmes  sans qu'elles aient besoin de s'adapter à un vêtement. Dans le prêt-à-porter, on a une problématique : c'est la femme qui s'adapte au vêtement. Alors qu'il y a une trentaine d'années c'était l'inverse. Or, leur proposant de réaliser leur propre vêtement, choisir leur propre tissu et de l'adapter à leur corps on se rend compte, à travers notre communauté, que les femmes s'épanouissent énormément au travers de la couture. Les posts sur les réseaux sociaux en sont un bel exemple. Ce qui au travers de la couture se révèle, c'est  leur propre identité et leur créativité. Pour moi c'est un moyen d'expression.

Louis Antoinette
Tencel rayé grains

ML : Peut-être une dernière question, tu as été incubé chez Lookforward. Tu connais plutôt bien l'entrepreneuriat. Tu as vu une évolution de la tech et de la mode. Aujourd'hui quelle est ta vision de l'écosystème fashiontech en France et notamment à Paris ?

Romain : j'ai une vision qui est personnelle et liée à ma seconde activité avec Capsul Studio. On propose faire réaliser un vêtement sur-mesure à toutes les personnes qui ne savent pas coudre en les mettant en relation avec une couturière.

Donc, pour donner une vision plus généraliste : la mode telle qu'on la connaît est arrivée à une fin, sans paraphraser Li Edelkoort. Quand on s'est lancé, elle venait juste de publier son manifeste : Anti-Fashion. Et, cela entrait tout à fait en  résonance avec ce que nous réalisions. Puisqu'elle parle du retour au patron de couture, du retour à la création. Et, je pense qu'effectivement en ayant discuté avec un certain nombre d'acteurs du marché qu'il y a une accélération des cycles de production et également de la manière dont les gens ont envie de consommer qui fait qu'à un moment donné on va atteindre une limite. Et, peut-être que nous sommes déjà en train de l'atteindre. Un partie du marché est en train de se tourner vers autre chose.

La Fashiontech embrasse un large spectre : la manière de produire le vêtement peut être nouveau. Par exemple, nous, avec Capsul Studio, on propose de pouvoir faire créer son vêtement par une couturière. Comme cela a été le cas, il y a une centaine d'années. Cela peut être la distribution à la demande. Cela peut être des produits upcyclés ; cela peut être tout ce qui peut être capitalisé sur les technologies et sur les outils du digital d'aujourd'hui. Par exemple, ce que fait Adrien Deslous-Paoli avec De Rigueur, c'est également de la Fashiontech. Car, il propose d'augmenter l'accessoire.

En général c'est tout ce qui s'appuie sur les nouvelles technologies, les nouvelles découvertes, les réseaux sociaux, la communication. C'est un vaste sujet car tout le monde s'intègre un peu là-dedans. Et, on n'a pas encore bien arrêté la définition.

ML : Est-ce que tu as quelque chose à rajouter ?

Romain : moi, je pense que la Mode de demain c'est peut-être la mode d'hier mais avec les outils technologiques d'aujourd'hui.

 

Vous voulez approfondir le sujet de couture, je vous recommande l'article de Mathilde sur "La Couture à Porter".


Galeries Lafayette - Plug and Play : Saison 4

L'accélérateur Galeries Lafayettes Plug And Play, qui agite l'univers Fashiontech en France, accueille une quatrième promotion de 16 startups du monde entier : France, Allemagne, Belgique, Etats-Unis, Israël, Italie, Royaume-Uni, Suède et Turquie.

Afin de vous emmener à la découverte d'une partie des sélectionnés, nous avons décidé de vous montrer à quoi pourrait ressembler votre futur parcours d'achat facilité par tous ces nouveaux outils.

Galeries Lafayette Plug and Play

Le printemps tarde à pointer le bout de son nez et tout le monde est encore emmitouflé alors que les marques proposent déjà des opérations spécial Maillots de Bain. Avec Metigate (France) fini les actions commerciales incohérentes car le logiciel traduit la météo en indicateurs d'impact.

Pour un cadeau vous cherchez un produit en particulier, mais celui-ci est en rupture de stock sur le site de la marque. Heureusement Stockly (France) vous renvoie immédiatement vers les marketsplaces où il est encore disponible.

Vous vous ravisez finalement et préférez offrir un produit unique et accessible à la fois. UnMade (Royaume-Unis) vous propose des vêtements en maille personnalisables développés à l'échelle industrielle.

Vous cherchez une robe pour un mariage, l'assistant shopping Toosoo (Italie & Etats-Unis) vous accompagne en temps réel avec son intelligence artificielle pour définir au mieux ce que vous souhaitez.

Le site de e-commerce est fluide et sans bug sur votre ordinateur car il a été checké par Madumbo (France) une intelligence artificielle qui détecte automatiquement les erreurs divisant par 2 le temps passé à la vérification qualité.

Vous terminez votre achat sur votre smartphone dans les transports. Tap Buy (France) en créant l'expérience d'achat mobile de référence supprime les points de friction qui auraient pu faire échouer la vente en changeant ainsi de canal.

Engagé, vous avez décidé de consommer éco-responsable. Grâce à Tekyn (France) votre produit n'est produit qu'une fois la commande passée, limitant ainsi les invendus.

Vous effectuez votre achat en fin de mois et votre compte en banque fait grise mine, heureusement Splitit (Israël) vous offre des solutions de paiement mensualisé sans coûts additionnels.

Une fois votre e-commande reçue, vous n'êtes pas satisfait. Vous contactez alors le service client. Lors de votre appel Allo Media (France) transforme votre conversation téléphonique en données clients structurées afin d'améliorer votre expérience client.

On vous conseille alors d'utiliser Returnado (Suède) pour gérer vos retours, échanges et remboursements plus facilement. Cet outil offre également aux marques l'opportunité de vous réengager vers un nouvel achat.

Après avoir porté suffisamment votre vêtement, vous souhaitez vous en débarrasser d'une manière éco-responsable. Vous pourrez alors le revendre grâce à Place2Swap (France) qui propose aux marques une plateforme clés en main leurs permettant d'intégrer le marché de l'occasion à leur offre.

 

Conclusion

Au regard de l'ensemble des start-up sélectionnées, il est indéniable que l'année 2018 est décidément celle de l'intelligence artificielle (IA), d'ailleurs vous pouvez lire le rapport du mathématicien et député Cédric Villani "Donner un sens à l'intelligence artificielle"

En outre, si vous souhaitez en savoir plus sur l'IA, je vous recommande l'interview de Claire, co-fondatrice de Daco, également incubé par Galeries Lafayettes Plug And Play.

Bref, l'accélérateur Fashiontech des Galeries Lafayettes continue à défricher un secteur de la mode toujours aussi vivifiant en s'alliant avec de plus en plus de marques. Ils intègrent en effet dans leurs business partenaires quatre nouveaux venus : Mediaperformances, Lagardère Travel Retail, Kiabi et Camaieu.

 

 


Le WORTH Partnership Project

Les 3 et 4 février derniers, nous avons eu la chance d'assister à la sélection des finalistes du WORTH Partnership Project à Madrid, où nous avons pu découvrir la crème de l'innovation européenne dans la mode. Nous vous ferons le portrait de certain des lauréats dans de prochains articles, mais tout d'abord qu'est-ce donc que le WORTH Partnership Project ?

L'assemblée des participants au WORTH Week-end dans l'auditorium de l'IED Madrid.

Le WORTH Partnership Project est une initiative financée par le programme de l'Union Européenne COSME (Competitiveness of Enterprises and Small and Medium-sized Enterprises) rattachée à l'ambitieux Horizon 2020 dédié à la recherche et l'innovation.

Le WORTH Partnership Project a pour objectif de faire émerger des collaborations transnationales sur le sol européen. Spécialisée dans les domaines de la mode, du textile, du cuir, de l'accessoire et du lifestyle, la plateforme web permet la mise en contact de partenaires potentiels. L'idée est de rassembler autour d'un même projet des créatifs : stylistes, designers, concepteurs et des experts de la fabrication : artisans, façonniers, usines de production ou des technologies.

En dotant les projets sélectionnés d'une bourse de 10 000 euros (pouvant aller jusqu'à 12 000 euros pour les projets nécessitant la mise en oeuvre de gros moyens techniques ou technologiques) ainsi que d'un suivi personnalisé, le WORTH Partnership Project permet à des créateurs indépendants, de petites ou moyennes entreprises d'innover. Entre 2013 et 2015, le concept a été testé avec un projet pilote qui a impliqué 79 entreprises et a abouti a la création de 34 projets collaboratifs allant de la preuve de concept à la commercialisation de nouveaux produits.

Bas Froon présentant son projet lors du WORTH Week-end à Madrid le 3 Février 2018.

Pour ce premier appel à projets officiel, qui a été clôturé le 31 décembre 2017, les organisateurs ont reçu 111 candidatures. Les 41 finalistes se sont ensuite retrouvés les 3 et 4 Février 2018 pour un week-end exceptionnel d'échanges à l'IED Madrid. Le premier jour, les participants devaient pitcher leur idée devant l'assemblée et les membres du jury avant de présenter une vidéo explicitant leur projet. La seconde journée, ils étaient auditionnés par les membres du jury qui challengeaient l'ensemble du projet afin d'en tester tant le caractère innovant que le potentiel de commercialisation ou la justesse du choix des partenaires.

Table ronde avec les membres du jury le 4 Février 2018.

Pendant ces entretiens, nous avons pu assister à des conférences données par certains des experts et mentors qui assisteront par la suite les équipes sélectionnées. Les membres du jury ont également donné leur vision de l'évolution du secteur lors d'une table-ronde en fin de journée. Ce week-end a surtout été l'occasion pour tous les participants de découvrir et de s'inscrire dans un réseau européen de petites et moyennes entreprises souhaitant innover ensemble dans le domaine de la mode.

Deux semaines après les 27 équipes lauréates ont été dévoilé. Elles rassemblent 60 entreprises différentes réparties dans 20 pays de l'Union Européenne. Les projets présentés par les partenaires sélectionnés ont désormais 9 mois d'accompagnement pour se concrétiser. S'ils se concentrent principalement dans le textile et la mode, il faut noter que 3 d'entre-eux concernent l'accessoire, 2 le bijoux, 2 la chaussure, 3 l'ameublement.

Le second appel à projet devrait ouvrir en Mai, alors si vous souhaitez participer à cette belle aventure européenne, vous pouvez dès maintenant créer votre profil ici pour rejoindre le réseau et commencer à chercher un partenaire pour votre projet.

Enfin, si vous voulez en savoir plus sur le travail d'Elisabeth comme designer c'est par ici.


Le personnage de mode, du croquis au podium

Définir un personnage pour une collection est indispensable pour le designer de mode, bien au delà de l’aspect marketing. Penser, fantasmer, imaginer, rêver des caractéristiques physiques parallèlement à la création d’objets de mode est nécessaire dans une démarche créative.

Nous distinguerons ici deux catégories principales de personnages. D’un côté les personnages existants qui sont une égérie, une muse, ou une mascotte, de l’autre le personnage fictif ou silhouettes qui eux sont imaginaires. Mais tous sont finement sélectionné et / ou imaginé par le créateur et l’auront inspiré pour la création d’une collection. La mode se représente et s’incarne par le biais de différents médiums qui seront analysés ici comme étant le graphisme et le mannequinat.

La création de personnages passe d’abord par l’illustration au sens large, puis ils sont incarnés par des mannequins sur les défilés ou bien dans la pub. C’est à travers la lecture de ses images que l’on peut observer les changements dans la mode et expliquer une partie de son évolution.

personnage
© Figurines pour Madama Alexandre Ghys, par Charles Pilatte, 1865. Palais Galliera
© Etudes pour Vogue, Jean Pagès, 1925. Palais Galliera
© Yves Saint Laurent, Printemps - Été 1962.
Musée YSL Paris

Sur le plan historique, les illustrations de mode sont passées de dessins très soignés et précis (avant le XX° siècle) à des dessins beaucoup plus spontanés, libres et détachés de toutes contraintes esthétiques ou de tendances. On distingue néanmoins deux types d’illustrations.

D’une part celles réalisées à titre de notations graphiques, censées rester dans le cercle privé de la maison (mais qui sont désormais dévoilées au grand jour lors d’expositions de mode) qui ont le rôle de schéma, de croquis pour signaler des intentions aux modélistes. Le vêtement se dessine alors autour de silhouettes ou figurines, en d’autres termes un gabarit. Celles-ci s’inscrivent dans la phase de recherches et d’ébauches à des fins plutôt techniques.

D’autre part, les dessins exécutés par des illustrateurs confirmés pour imager une collection déjà créée. Ces derniers sont à l’intention des clients, diffusés par le biais de la presse mode, discipline qui perdura jusqu’à la fin du XX° siècle ; pour faire la publicité des collections présentées dans les grands magasins ; pour figurer dans des catalogues de vente par correspondance (jusque dans les années 1950 environ). Plus récemment, ils peuvent témoigner d’une collaboration entre illustrateur et designer ou encore apparaitre en tant que graphisme d’une campagne de publicité.

personnage
Antonio Marras pour Kenzo, novembre 2010. Fashion Designer's Sketchbooks (Hywel Davies)

On retrouve dans l’ouvrage Fashion Designers’ Sketchbooks (de l'auteur Hywel Davies) des croquis de recherches pour la plupart très libres, idées posées sur le papier venant tout droit de l’imaginaire du styliste. Ces éléments graphiques sont plus largement des collages, esquisses, photographies, toiles, échantillons textiles… Les personnages fictifs naissent par ce biais. Bien souvent, le graphisme va guider l’esprit de la collection et des mannequins qui vont faire vivre ce(s) fameux personnage(s).

La fin du XX° siècle suivie par le XXI° siècle abordent ainsi une vision décomplexée du croquis de mode. Dorénavant le « beau » et le respect des proportions ne sont plus au centre des préoccupations. Ce travail de recherches davantage artistique s’impose comme maître de la création. Ce mode de recherche représente une forme de « work in progress » où le carnet est vu comme un terrain de jeu où tout est possible, et dévoile ainsi les différentes étapes dans le processus créatif. Il s’agit en somme pour les designers de raconter des histoires pour mieux aborder la phase technique de conception qui va suivre.

« Il faut être curieux (…). Je commence par la recherche, qui me permet d’imaginer une muse, une idée, un personnage au centre d’une histoire » JOHN GALLIANO

Par ce phénomène d’évolution des techniques et procédés cités précédemment, on peut aisément affirmer qu’il est l’une des origines de la transition du statut de couturier à celui de styliste, puis vers celui de designer. Il ne s'agit plus vraiment de transmettre des directives techniques par un dessin précis mais d'exprimer une vision créative que d'autres se chargeront de traduire plastiquement. On se déplace de la direction à l'intention.

La phase de recherches fige l’histoire et son personnage en deux dimensions, puis un mouvement s’opère vers la 3D où un corps vivant incarne les idées du créateur.

personnage
Chanel, hiver 1988.

Ceci nous amène à évoquer les notions de muses et d'égéries, si cruciales pour nombre de créateurs. Inspirations ou traductions en réel d'un univers, elles jalonnent toute l'histoire de la mode.  La muse et l’égérie, sont généralement trouvées  lors de castings, de fêtes ou simplement par le truchement du quotidien, elles font parfois partie de l'entourage. En somme, elles n’ont nul besoin d’être inventées, il suffit de se les approprier. 

Si on devait établir un ordre, la muse serait classer au-delà de l’égérie. Personnage très idéalisé doté de caractères extrêmement forts, elle se fait plus rare, plus éthérée plus irréelle. L'égérie est inscrite dans son temps, dans la vie. 

Yves Saint Laurent s’est toujours entouré de personnages féminin. Loulou de la Falaise, Betty Catroux, toutes l’ont largement inspiré et représentaient ses idéaux pour une femme.

Depuis son arrivée dans la Maison Chanel, Karl Lagerfeld collectionne muses et égéries qui se piquent la vedette tour à tour. Inès de la Fressange, Keira Knightley, Cara Delevingne, Lily Rose Depp… Bref, on ne compte plus les maisons ni les créateurs qui se sont entichés de ces innombrables personnes devenues références et fantasmes.

personnage
Porte-clé Karl Lagerfeld, 2018.

En marge des muses et des égéries, on trouve les mascottes de mode. Un exemple célèbre, Choupette, le chat de Karl Lagerfeld devenue véritable icône, est utilisé en tant que motifs dans les collections de la marque éponyme de son maitre. Elle est érigée au rang de mascotte, petite boule de poils schématisée sur différents articles. Sur le site karl.com, plusieurs modèles de bonnet à son effigie sont épuisés… Un coup de génie pour le directeur artistique, bien que sa cible ne soit pas les félins. On célèbre ici l’amour pour les chats, ou de son propre animal, ou encore de Choupette (ou même de Karl).

personnage
Instagram @charlottedgp

 

Le vent de liberté qui souffle sur le processus créatif des designers contemporains n'est pas prêt de s'arrêter et c'est tant mieux. Les étudiants des prestigieuses écoles de mode passent également par ces méthodes de travail plus libres, plus intuitives et redoublent de créativité. La technique se doit d'être au service de la forme et non l'inverse. 

Cependant, l’incarnation actuelle des personnages de mode pose question. Quels personnages incarnent aujourd'hui les marques? Cette liberté picturale aux prémices de la création existe-t-elle toujours ou est-ce que d'autres intérêts priment désormais?  Il semblerait que  l’admiration soit davantage porté sur des influençeuses tendances, plutôt que sur des femmes aux caractères singuliers. On se laisse séduire par les filles et fils de (on parle évidemment de Lily Rose Depp, de Kaia Gerber, Iris Law, Willow Smith, Brooklyn Beckham). Les designers rêvent-ils vraiment  de ses personnes quand ils dessinent dans leurs carnets? De plus, on craque littéralement pour un petit chat mignon et on rêve à travers le compte instagram d’une blogueuse modeuse. La mode prend et s'incarne selon un paradigme de chiffres et de followers. C’est donc cela les filles et garçons de notre temps. Les années Grace Jones sont donc bien loin.


Couture à porter

« Couture-à-porter » ; « Couture-to-wear » ; « Prêt-à-couture » … Tous sont des synonymes évoquant des griffes contemporaines qui considèrent leurs créations comme tel.

Deux termes opposés se partagent une même expression. D’un côté la Haute Couture dont la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM) demande à ses membres de répondre à des critères bien précis tels que la pratique de métiers d’art, la confection sur-mesure de pièces uniques, posséder deux ateliers au sein de la maison, ce qui engendre évidemment des tickets de caisse à plusieurs zéro.

L'autre terme est le prêt-à-porter (PAP) évoquant le quotidien, les tailles standardisées et le commun des mortels. La tendance est à ce curieux mélange de deux appellations antonymes, dont l’une est quasiment inaccessible de par ses nombreux critères de sélection à respecter si on espère un jour intégrer la prestigieuse FHCM.

On a déjà observé des phénomènes similaires qui consistent en cette confusion de la mode prêt-à-porter et du luxe.

Couture à porter
Yves Saint Laurent Rive Gauche.

En 1966, Yves Saint Laurent (YSL) fut le premier couturier à ouvrir sa boutique de prêt-à-porter en plus de sa maison de couture. Il envisage alors cela comme créer des « vêtements pour toutes », donc abordables, mais avec le même soin que celui apporté pour la confection des pièces couture. En ce sens, il innove et marque un début de mouvement vers la vie de tous les jours. La qualité n’est plus réservée à une seule élite, mais se vit dans le quotidien, sans cérémonie.

Puis d’autres couturiers tels que Paco Rabanne, Versace et tant d'autres,  reproduisirent le même modèle, soit entrer par la Haute Couture pour ensuite proposer des collections prêt-à-porter aux client(e)s. Aujourd’hui la tendance est inversée puisque la plupart des marques débutent par le ready-to-wear avant de convoiter le label Haute Couture. Une zone grise s’installe donc entre les deux mondes.

Depuis, veut-on nous vendre de la couture à prix abordable ? Ou bien nous vendre du PAP à prix couture ? L’intention d’origine était celle lancée par YSL, mais actuellement le phénomène semble s’inverser encore une fois.

Aujourd’hui le prêt-à-couture est un terme marketing de plus en plus utilisé dans la mode.
La Maison Schiaparelli a même nommé une de ses gammes ainsi ; prêt-à-couture.

prêt à couture
Maison Schiaparelli : Prêt-à-couture

Du côté des jeunes marques, se revendiquer « couture-à-porter » permettrait sans aucun doute de vendre des articles à prix « couture » mais d’une qualité se rapprochant davantage de celle du prêt-à-porter. Il s’agit également de s’arroger les lettres de noblesse de la Haute Couture sans forcément en posséder les artefacts et les techniques.

Mais à leur décharge, qui peut aujourd’hui sans de solides soutiens financiers et une clientèle ad hoc lancer une maison de haute couture sans avoir auparavant forgé son nom ?

Bien qu’ils ne puissent pas vendre leurs collections à bas coûts, cela pourrait s’avérer être une stratégie pour ces designers émergents qui justifieraient des gammes de prix parfois exorbitants.

Innovants ou pas, dans leurs démarches créatives, cette qualification leur permettrait de continuer un questionnement nécessaire sur la portabilité du vêtement en testant les limites de cette thématique et ce dans la droite ligne de leurs prédécesseurs. En somme, des jeunes créateurs comme Coralie Marabelle proposent d’accéder à l’esprit couture non plus par le prix et la technique, mais par l’expérience. L’audace esthétique bascule dans le prêt-à-porter, mais l’appellation risque peut-être de se perdre dans un jeu marketing.

A-t-on vraiment besoin de mettre des mots sur cet entre-deux, alors que d’autres créateurs avaient déjà brouillé modestement et discrètement les frontières entre prêt-à-porter et haute couture ?

Cette confusion semble déjà être bel et bien réelle voire même ancrée dans les consciences consommatrices.

Si vous souhaitez en savoir sur une créatrice qui bouscule la mode, nous vous invitons à lire l'entretien que nous avons réalisé avec Elisabeth Jayot qui vient de rejoindre notre équipe.


Solde

LES SOLDES FONT-ILS ENCORE SENS À NOTRE ÉPOQUE ?

À LA DÉCOUVERTE DE CES MARQUES QUI RENONCENT AUX DÉMARQUES

Tout a commencé avec cette inscription en lettres dorées sur la devanture d'une boutique du quartier Saint-Germain. Malgré le crachin breton, je suis restée interloquée devant la vitrine pendant de longue minutes. Toute la violence de ce message publicitaire résidait dans sa criante vérité.

« WHEN LIFE GETS THIS BORING
THERE'S ONLY ONE THING TO DO
SALES ».

« Quand la vie devient aussi ennuyeuse, il ne reste plus qu'une chose à faire : les soldes. »

J'en étais d'ailleurs un parfait exemple puisque j'avais cherché à me consoler de la rude journée de labeur passée à servir les clients exigeants du Bon Marché en m'offrant quelques paires de chaussettes en soldes. Les-dites chaussettes promotionnées à -30%, avec une remise supplémentaire en caisse de 30% m'étaient revenues à un prix absolument dérisoire, si bien que j'avais pu me payer 5 paires pour le prix d'une.

Sur le moment très fière de ma bonne affaire, le petit sac contenant mes trouvailles n'avait dorénavant plus le même poids dans ma main face à ce slogan tapageur. Je me rendis alors compte que je n'avais pas acheté un produit « full price », comme on dit dans le jargon, depuis au moins 3 ans.
Pas étonnant quand on se rend compte en travaillant de l'autre côté du miroir, que la distribution égrène désormais de manière presque ininterrompue les promotions, les ventes privées, les pré-soldes, les soldes et les offres événementielles (Saint Valentin, Fête des Pères/Mères ou autre Black Friday...).

TOUT DOIT DISPARAÎTRE !

Pour retracer l'origine de ce phénomène, il faut revenir au XIXème siècle. Simon Mannoury, heureux propriétaire du commerce parisien Le Petit Saint Thomas, dans laquelle il propose de manière innovante des produits à prix fixes accessibles sur entrée libre avec possibilité d'échange, se retrouve bientôt débordé par le volume d'invendus.
Afin d'écouler ce surplus de marchandises, il propose à ses clients les stocks des saisons passées avec une décote qui attire rapidement les foules. Dans ses réclames, il utilise alors le mot « solde » au singulier pour nommer cette braderie, un terme qui désignait alors un coupon de tissu invendu comme nous pouvons encore en trouver au Marché Saint Pierre.

Solde
Au Petit Thomas

Ces techniques de distribution et de marketing modernes vont survivre à la fermeture de l'enseigne, grâce à l'un de ses anciens employés du nom d'Aristide Boucicaut qui créera en 1852 le même Bon Marché que je venais à peine de quitter.

L'essor des grands magasins, avec la création successive du Printemps (1865), du Bazar de l'Hôtel de Ville et de La Samaritaine (1904), va inciter l'État à réglementer dès 1906, ce qui s'appelle alors la « vente au déballage », en spécifiant une durée légale maximale de 6 semaines, ce 2 fois l'an et impose aux commerçants d'obtenir une autorisation de la municipalité.

Solde
Au Bon Marché

LE RÈGNE DE LA REMISE

Deux siècles plus tard, la révolution numérique a fait son œuvre et dans son sillage les outils informatiques permettent maintenant une meilleure gestion des stocks, des flux logistiques tendus, voire des productions à la demande, réduisant ainsi considérablement les quantités d'invendus.

Pourtant vidés de leur objet premier, les soldes, loin de disparaître, prolifèrent. Sous l'effet d'une concurrence toujours accrue, alimentée par la mondialisation, le développement de l'e-commerce, l'expansion du marché de l'occasion et de l'économie de partage, la pratique du produit dégriffé, soutenue par des marges brutes toujours plus importantes, s'établit en véritable système économique.

Les soldes semblent un terrain fertile pour les incohérences. Ils commencent entre 1 à 3 semaines seulement après le début de la saison que leurs remises sont censées clore. Les enseignes proposent souvent des prix gonflés en amont pour autoriser par la suite un rabais alléchant, ainsi que des vêtements de moindre qualité produits spécialement pour l'occasion afin de préserver les marges. Il devient alors de plus en plus difficile pour le consommateur de différencier la bonne affaire de l'attrape-nigaud.
Depuis l'avènement du prêt-à-porter, nous assistons à une augmentation significative des parts de marché des produits démarqués. Alors qu'ils ne représentaient que 5% en 1970, ils sont passés à 25% en 2009, et enfin à 43% en 2014. Avec la multiplication des offres promotionnelles aboutissant à une banalisation des réductions, on assiste à un véritable renversement du paradigme : la remise devient la norme et en conséquence celui qui paie le prix fort a le sentiment de s'être fait avoir.

Soldes

C'EST MON DERNIER PRIX !

Ces promotions quasi-permanentes alimentent chez le client un sentiment de suspicion. La fluctuation permanente des tarifs de vente aboutit à un découplage entre la valeur et le prix attribué à l'objet. Puisque le premier comparateur en ligne venu saura toujours faire remonter des profondeurs du World Wide Web une offre de remise, le prix de référence – défini par la loi comme étant le prix le plus bas observé dans les 30 jours précédents les soldes – se trouve désormais totalement vidé de son sens.
À cette époque où les prix sur nos étiquettes font autant le yo-yo que les actions en Bourse, certains petits créateurs, nouvelles marques engagées, mais également de grands groupes ont fait du renoncement au solde un nouveau argument stratégique de positionnement marketing.

Pour premier exemple, la créatrice parisienne Amélie Pichard, à la tête de la marque de chaussures et de maroquinerie éponyme, gagnante du Grand Prix de la Création de la Ville de Paris en 2012. Après s'être fait remarqué en 2016, en initiant une collection de chaussures vegan intitulée « Natural Beauty » en collaboration avec la sulfureuse Pamela Anderson, elle renonce l'année suivante au calendrier officiel de présentation des collections – comme l'avait fait bien avant elle, le très regretté Azzedine Alaïa. Elle décide de ralentir son rythme et de présenter ses collections lorsqu'elle estimera que celles-ci seront prêtes afin de, dit-elle, préserver sa créativité.

Collab Amélie Pichard et Pamela Anderson

Le 10 Janvier dernier, Amélie Pichard annonçait fièrement sur son compte Instagram au moyen d'un GIF humoristique : « Pichard is free of sales ». Elle justifie alors cette décision par une volonté de libérer la créativité et de mettre fin à la « fast fashion » qui provoque, selon elle, l'extinction de l'artisanat. « Les soldes sont entrain de tuer la mode et la créativité, ils détruisent les produits bien faits ainsi que notre planète. Arrêtons l'esclavage de la fièvre consommatrice ».

Les nouvelles tendances en déclassant les produits des saisons précédentes alimentent indéniablement cette fièvre, c'est pourquoi la Maison Standards a fait le choix de concentrer son activité sur la conception de vêtements au style intemporel, produits de manière éthique et responsable. En se soustrayant de la sorte aux tarifs dégressifs motivés par l'impératif de renouvellement, la jeune marque engagée a posé comme préceptes fondateurs «  sans intermédiaire, sans saison et sans soldes ».

Solde

Déterminée à faire bouger les lignes de l'industrie de la mode, l'enseigne crée en 2013 par Uriel Karsenti, que nous avions rencontré pendant les conférences AntiFashion l'été dernier  à Marseille, privilégie la pédagogie consommateur et la transparence pour proposer toute l'année des vêtements de qualité au prix le plus juste directement sur sa plateforme web.

Pour finir notre tour d'horizon, j'aimerais que l'on s'attarde sur le petit nouveau de la bande qui s'avère d'ailleurs plutôt être un grand bonhomme bien bâti puisqu'il s'agit de la marque d'articles et de vêtements de sport Decathlon, établie depuis plus de 40 ans et bien connue du grand public.
L'enseigne a en effet renoncé à la grande messe des soldes début 2017 afin concentrer les efforts de ses équipes de R&D à faire baisser le coût de ses produits phares, et ce durablement sans que la qualité en pâtisse.

Les soldes auraient-ils donc vécu ? Et, avec eux, le système de mode du XXème siècle ?

Dans tous les cas, questionnez-vous avant de claquer plus que ce que le permet votre découvert autorisé s'il est préférable de céder à la tentation des réductions en ce mois de frénésie consommatrice ou de favoriser la recherche du prix juste tout au long de l'année.

 


2018

Modelab en 2018 : une année renversante

En début d'année, c'est généralement l'heure des bilans et des bonnes résolutions.

Donc je vous propose un retour plus que subjectif sur 2017 et un aperçu de ce que nous vous préparons pour 2018.

Modelab en 2017 : enfin Paris

Comme vous le savez, Modelab est pour moi avant tout une aventure personnelle. Pendant plus de deux ans, j'ai effectué des aller-retour entre Grenoble et Paris jusqu'au moment où j'ai réalisé que Modelab avait pris une place incroyable dans mon existence.

Bref, je voulais exclusivement me consacrer à cet objet mystérieux.

Donc, j'ai fait mes cartons, emballé mes costumes (finalement, il n'y en avait pas tant que cela) et dégoté un magnifique loft, de 10m2, du côté de Barbès. Et depuis, j'enchaîne avec une régularité digne d'un marathonien, le fameux triptyque : Métro-Boulot-Dodo.

Pourquoi Paris ?

Dans l'esprit collectif, Paris reste la capitale de la Mode. Pour moi cela été surtout une source d'opportunité et de prise de conscience.

Habité par une passion pour une mode différente, j'ai rencontré des utopistes réalistes qui imaginaient une mode transgressive et respectueuse de l'environnement, comme Kim About A Worker ou Alice du Gras du Hall Couture.

Concrètement, cela s'est traduit par la création du premier incubateur Fashion Tech parisien, à Station F : ADN. Nos partenaires mélangent l'esprit startup et institutionnel avec l'Institut Français de la Mode, Creative Valley, le Hall Couture et F404. Cette collaboration a une volonté toujours affirmée de faire rayonner le savoir-faire français et également de créer des ponts entre différents acteurs nationaux et internationaux.

Station F

Fort, de ce premier challenge réussi, la structuration de Modelab devenait une priorité.

Au niveau de la prise de conscience, en venant sur Paris, j'ai dû réapprendre une certaine humilité. En effet, c'est comme si je recommençais à zéro. Comme un coureur de fond qui découvre sur le parcours un dénivelé imprévu, j'ai dû me réadapter et trouver un rythme pour maintenir la distance.

Pour encaisser ce changement de dynamique, je me suis appuyé sur mes fondamentaux : la littérature. J'ai ingurgité les classiques français sur celles et ceux qui montent à la capitale comme "Bel-Ami", "Le Père Goriot" ou la biographie de Roman Polanski.

Cela m'a aidé à envisager une vie parisienne. Finalement, la lecture au sens premier du terme permet de comprendre une cité peut-être plus que de traîner dans les rues... À méditer.

Modelab en 2018 : une organisation en mutation constante

Une fois, cette assimilation passée, j'ai pu m'atteler à la structuration de Modelab.

Toujours dans un souci d'insuffler l'esprit startup dans notre collectif.

Les choses ont bougé plus vite que prévues. Julie arrive à plein temps comme Responsable Artistique et s'occupe de l'évolution graphique du magazine afin qu'il devienne un objet mode pure et dure. Elle a souhaité apporter une teinte plus mode en organisant directement un shooting in situ à Berlin afin de capter la sensibilité et la lumière de cette capitale si Fashion Tech.

Livraison prévue du Modelab 5 : février 2018.

Back-stage shooting Berlin
Back-stage shooting Berlin

En cela, elle va être aidée par Mathilde en stage pendant six mois avec nous qui a déjà démontré une belle sensibilité.

Concernant l'éditorial, Coline a décidé de se consacrer à une thèse bien évidemment sur la Mode (Demandez-lui le sujet car pour moi tout cela me semble très obscur ;-)... Cette hyper-active doublée d'une globe-trotteuse continuera à nous aider dans la coordination du magazine papier et écrira toujours en fonction de ses rencontres ainsi que de ses coups de coeur. Cela signifie que je vais m'impliquer plus fortement sur l'aspect éditorial dans un premier temps et que d'ici quelques mois nous allons recruter quelqu'un à plein temps sur cette partie.

En attendant, j'ai plus que besoin d'un assistant(e) rédactionnel (Si t'es intéressé(e) Voici la fiche de poste). D'ailleurs, si durant le stage, tu  dépasses les attentes, c'est toi qui deviendras responsable éditorial :-)

Modelab en 2018 : encore plus mode

Depuis plusieurs mois, nous voulions que notre site évolue. En effet, nous souhaitions une version plus contemporaine en phase avec l'évolution de nos envies. Il est en cours de finalisation et sortira d'ici quelques semaines.

Nous intégrerons également une version anglaise à partir du deuxième trimestre 2018. Pourquoi cette ouverture à l'international ?

Tout simplement, parce qu' aujourd'hui, la Fashion Tech devient globale. Et qu'il manque un point vue impertinent sur la question dans la langue de Shakespeare. En effet, je suis fatigué des commentaires d'actualités qui ne font que reprendre des communiqués de presse ou des articles uniquement descriptifs qui ressemblent à des compte-rendus.

La réussite d'un Business Of Fashion me conforte dans l'idée que la France manque d'une voix forte et singulière au sens propre du terme pour montrer et démontrer son savoir-faire. Le fond ne suffit plus ; la forme dans notre société de l'instant a pris le pas. Donc, il faut se battre à armes égales.

En outre, les articles que nous rédigerons ne seront pas uniquement des traductions de nos articles français, mais plutôt un contenu spécifique pour l'international.

Sinon, au niveau des conférences, en 2017, j'en ai animé plus d'une vingtaine. Cela équivaut presque à une toutes les deux semaines. En terme d'ego, j'avoue une satisfaction superficielle. J'ai en effet ressenti une certaine frustration, car certaines auxquelles je participais n'étaient pas forcément en phase avec mes convictions d'une mode alternative. Bref, cette année, j'ai décidé de réduire de manière drastique mes interventions afin de privilégier des moments où je suis pertinent et qui m'apporte une réelle satisfaction.

Modelab en 2018 : une diversification encore plus poussée

Grosse nouveauté pour cette nouvelle année, le mag passe en trimestriel. J'ai un ami au Danemark (je t'assure ce n'est pas une digression) qui me dit souvent que l'ambition n'est que l'ombre d'un rêve. Notre songe éditorial est que le papier perdurera et que nous pouvons à travers lui aborder des sujets ambitieux et développer une imagerie singulière. Le web reste une belle surface, mais juste une surface qui manque d'épaisseur.

En terme de diversification des contenus, nous allons aussi mettre en place une série de Podcast à partir du 1ier trimestre 2018. Et nous imaginons un mix sulfureux entre l'aspect féministe de La Poudre, le côté inspirant de Tim Ferris et l'expertise d'un Business Of Fashion. Ce format nous semble un complètement idéal au site et au papier.

Enfin, le format vidéo nous a permis de toucher une audience plus large, mais surtout d'aiguiser notre curiosité et d'affiner un propos plus visuel. C'est pourquoi, nous allons continuer à couvrir les salons que nous aimons comme Who's Next ,Traffic, Avantex ou le Wear It Festival de Berlin.

Dans le même temps, cet appétit pour l'image qui bouge va trouver une espèce de continuation avec la réalisation d'un fashion film. Pour l'instant, ce projet reste encore un peu flou. Pourtant l'envie et les rencontres sont déjà là. Il convient juste de créer le moment.

Modelab en 2018 : une impertinence délicieuse

Bien évidemment, cette liste de course peut sembler ambitieuse ou complétement folle. Tout dépend du point de vue. En revanche, notre passion follement furieuse pour une mode alternative commence à trouver bien plus qu'un simple écho.

Bref, cette douce impertinence n'est pas prête de s'éteindre.

Au plaisir de la partager avec vous !