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Labeledby : Fusion du textile et de fermetures imprimées en 3D

Nous revoila aux Pays-Bas,  où deux jeunes ingénieures révolutionnent la confection de vêtements. A force de découvrir des pépites néerlandaises, on se dit qu'il y a quelque chose dans l’air là-bas (où dans la pluie peut-être) qui doit inspirer les designers. Après quelques échanges de mails, Fabienne van de Weiden et Jessica Joosse, fondatrices de Labeledby, nous présentent leurs visions du système de la mode.

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Modelab : Bonjour Fabienne & Jessica, comment votre duo est-il né ?

Fabienne & Jessica : Nous nous sommes rencontrés à la Faculty of Industrial Design d’Eindhoven, et notre vision de la mode et de la tech’ nous a rapidement rapproché ! Peu de gens sont au courant, mais cette université propose une formation dédiée à la mode et aux smart textiles, avec des intervenants spécialisés. C’était l’environnement idéal pour nous. Pendant 4 ans nous avons partagé nos idées, tout en travaillant individuellement sur la plupart des projets, et développant des compétences différentes, correspondant à nos aspirations personnelles.

Après notre diplôme, nous avons décidé de mettre en commun nos forces, et créé LABELEDBY.

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M : Quels sont vos projets en ce moment ?

F & J : Nous élaborons différentes méthodes de production de vêtements, en utilisant les outils que nous a apporté la 4e révolution industrielle, comme les imprimantes 3D et la découpeuse laser. Nous collaborons avec différents fashion designers, pour tester nos innovations, qui bousculent les habitudes de confection de l'habillement. 

Par exemple, nous assemblons les pièces de tissu sans avoir besoin de les coudre, en imprimant des jointures ou fermetures éclairs directement sur le textile. Certains de nos designs sont le résultat d’instructions données au logiciel Processing, basées sur les mathématiques. Les paramètres de ces instructions peuvent être modifiés pour créer des patronages différents en un clin d’œil. Il devient alors facile de produire de multiples variations à partir du design original.
Les nouvelles idées qui apparaissent ainsi sont utilisées pour LABELEDBY.

LABELEDBY. Propose ses services aux stylistes et marques de mode. Avec nos clients, nous créons une collection basée sur des vêtements personnalisés, en utilisant nos techniques de confection novatrices. Ces techniques, basées sur un processus numérique en partie automatisé, permettent d’adapter simplement le design de chaque vêtement, sans coût ni délai supplémentaires. Ceci peut permettre de réaliser des vêtements qui correspondent à l’identité et la vision propre à chaque client. À travers nos services et notre expertise, nous offrons une alternative à l’industrie de la mode, une option pour produire des vêtements autrement.

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M : Qu'est-ce que cela représente pour vous, de créer des vêtements ?

F & J : Nous croyons que la création de mode permet d’explorer et de créer, en quelque sorte, le futur, en anticipant sur la société actuelle et sa culture. Nous faisons des vêtements à la marge des structures installées, notre approche propose une perspective inhabituelle. Ainsi, nous voulons participer au développement d’une culture, où la société dans son ensemble participe à la discussion sur le futur de l’industrie de la mode.

M : Quelle est votre perception de l’innovation de mode ?

F & J : Beaucoup de marques cherchent à réduire encore et toujours les coûts liés à la fabrication des produits, délocalisant leurs productions où la main d’œuvres est très peu chère, comme le Bangladesh, et ce alors que ce coût lié à la main d’œuvre n'est déjà qu'une infime partie du prix de revient. Mais nous avons le sentiment que les problématiques liées au développement durable et l’éthique commencent à peser de plus en plus dans le secteur de la mode.

Les avantages d’une supply chain intégrant des techniques de production numériques, comme nos services, sont que les produits peuvent être localement produits et distribués. Cela permet de réduire à la fois l'empreinte carbone, le temps de livraison, et les coûts de transports, si l’on compare au fonctionnement “traditionnel” de la supply chain.

La combinaison de patrons personnalisés et des techniques de fabrication numériques permet de changer le design rapidement et sans frais. Cela permet aux designers et aux marques d’avoir la possibilité de s’adapter efficacement et de personnaliser leurs produits selon les besoins de leurs clients, qui évoluent rapidement.

Karin Vlug Labeledby
Collaboration avec Karin Vlug

M : Dans notre dernier numéro, nous n’avons pas résisté à l’idée de faire un dossier spécial Pays-Bas. Selon vous, qui connaissez bien la région, qu’est-ce qui est spécifique à la scène “FashionTech” locale ?

F & J : Eindhoven est un environnement particulier en terme de Fashiontech. Avec le campus spécialisé High Tech, l’université où nous avons étudié et le quartier Strijp-S, Eindhoven est un peu le “cœur technologique” des Pays-Bas.
Par contre, il nous manque des écoles de mode. Pour compenser peut-être, la petite scène “FashionTech” d’Eindhoven encourage vraiment le partage entre les différents acteurs, à mutualiser les connaissances, multiplier les échanges entre les gens issus de la mode, et ceux de la tech’. Nous sommes souvent surprises par le fait que de plus en plus d’entreprises du milieu de la tech(comme Philips) soutiennent la scène mode, par le biais de collaborations inattendues souvent très intéressantes.

M : À part Eindhoven, quel endroit recommandez-vous aux Pays-Bas ?

F & J : Rotterdam ! Franchement, cette ville est sous-évaluée. Les collections de ses musées d’art et de design sont remarquables (et souvent liées à la mode !), l’IFFR est un très bon festival de cinéma, et l’architecture de la ville en elle-même vaut le coup d’œil. 

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M : Et en France, qu’est-ce qui vous intéresse ?

F & J :  En fait, nous voulions vraiment venir à Paris pour la FashionTech Week, mais nous étions trop occupées avec l’expo de la Dutch Design Week cette année… Nous sommes d’autant plus impatientes de venir l’an prochain, cette fois, c’est sûr qu’on ne laissera pas passer l’occasion !


M : D’autres projets à venir à l’international ?

F & J : En février, nous allons présenter certaines de nos pièces au Bangladesh Fashionology Summit. Cet événement professionnel s’intéresse aux évolutions du secteur textile et mode, et aux outils technologiques, aux pratiques innovantes et aux nouveaux savoirs.
En parallèle, nous travaillons sur notre candidature pour le WearSustain. Notre ambition est de continuer à améliorer Labeledby avec leur soutien, et celui de notre précieux réseau de mentors et d’hubs. 

M : Comment envisagez-vous l’évolution du secteur à moyen terme ?

F & J :Nous croyons fort au fait que les clients recherchent aujourd’hui des expériences de consommation différentes, uniques et éco-responsables, ce qui pousse un nouveau paradigme sur le devant de la scène. Celui-ci requiert de nouvelles technologies pour que le consommateur puisse participer au design des produits, de nouvelles méthodes de productions plus flexibles, efficace, capables de produire localement et à la demande… et bien sûr un solide réseau de designers avec des compétences et expertises variées, œuvrant avec ces nouvelles technologies dans une communauté valorisant l’open-source.

Merci beaucoup Jessica & Fabienne !
Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site et Instagram.


La Redoute

La Redoute : une place de marché féminine

En juin dernier lors d'un petit-déjeuner sur l'optimisation d'Instagram, j'avais rencontré toute l'équipe de The French Talents, un facilitateur qui connecte les marques et distributeurs e-commerce.

En effet, il est souvent difficile d'avoir accès à un retailer digital et de le comprendre. The French Talents intervient en quelque sorte avec  un rôle de traducteur. À l'époque, j'avais été agréablement surpris par l'énergie positive de toute l'équipe et leur passion pour leur métier.

Quelques mois plus tard, Margot, la responsable acidulée des partenariats m'a convié à découvrir une de leurs soirées avec La Redoute. Ils y invitent des marques (de toutes tailles et tous secteurs) afin de leur présenter les critères que La Redoute recherche pour être intégré sur leur marketplace.

La Redoute

Le jour dit, dans les locaux de The French Talents, l'équipe commerciale de La Redoute s'était déplacée en nombre pour expliquer à plus d'une cinquantaine de participants l'ADN de La Redoute.

Julien Pons le responsable commercial de La Redoute a rappelé que celle-ci pouvait être qualifiée de vieille dame car elle avait plus de 180 ans.

Malgré une période plus que délicate en 2014 (proche du dépôt de bilan) durant laquelle Kering, principal actionnaire a cédé l'entreprise à deux repreneurs pour un euro symbolique, elle réalise aujourd'hui plus de 750 millions de chiffre d'affaire.

Forcément, je me suis demandé comment elle avait pu réussir ce tour de force ?

Une des premières raisons vient de l'incroyable base clients qu'elle possède, qu'elle a su développer au cours des années grâce à la vente par correspondance qui est à plus de 95% féminine.

Petit retour en 2014, à cette époque La Redoute s'était lancée dans une diversification massive qui n'a pas toujours rencontré le succès escompté, bien au contraire. Les repreneurs ont décidé de rationaliser en concentrant leurs forces sur la Maison et la Mode.

Julien précise qu'au-delà de l'aspect stratégique de rationalisation, le management interne a su également être à l'écoute. Ainsi, entre chaque département, il a permis d'accompagner le changement en douceur dans cette période délicate.

Enfin, la vente par correspondance a toujours été leur métier. Avant c'était grâce au catalogue et aujourd'hui c'est le digital qui est à l'honneur. Le métier s'avère le même, seul le support a évolué.

Une fois cette étape de transition achevée le groupe a recherché des partenaires afin d'accélérer leur évolution.

La Redoute

C'est ainsi que Le Groupe Galeries Lafayette vient d'entrer au capital à hauteur de 51%. Ce qui sera officiellement effectif en janvier 2018 après la validation de la Haute Autorité aux marchés financiers.

En interne, les employés sont globalement satisfaits de ce rachat principalement car La Redoute reste dans  le giron d'une entreprise française. En revanche, ils n'ont pas forcément de visibilité sur les modifications en interne à venir.

Enfin, au niveau de l'image pour le grand public deux groupes français historiques s'associent. Un signal positif qui n'était pas apparu depuis  longtemps  dans l'univers de la Mode. La preuve, peut-être, que les vieilles dames peuvent garder des coeurs de jeunes filles...


Modelab recrute

Modelab recrute

Mais en fait Modelab c'est quoi ?

C'est un média (aujourd'hui deux employés et une dizaine de collaborateurs) spécialisé dans la mode et l'innovation.

Notre ambition est de développer un regarde critique sur la mode et sur l'innovation. Pour ce faire nous cherchons à agiter la sphère Fashion et bousculer les consensus existants.

Nous publions sur ce site web, dans notre magazine bilingue semestriel, et sur notre chaîne Youtube.

Enfin, nous participons de nombreux évènements français ou internationaux : Who's Next, Avantex, Wear It Festival.

POSTE OUVERT : un(e) assistant(e) éditorial bilingue français/anglais (Stage 6 mois à partir de janvier 2018)

Notre magazine papier devient trimestriel et notre site web passe en anglais, dans ce cadre, nous recherchons un(e) assitant(e) éditorial.

Tu travailleras en direct avec Fabrice, le fondateur de Modelab, ainsi que Julie, la directrice artistique et seras également en relation avec les différents contributeurs (basés en France ou à l'étranger : Espagne, Allemagne et Angleterre).

Modelab recrute

Tes Missions :

  • Veille sur le secteur,
  • Assurer la qualité éditoriale sur notre site et magazine,
  • Rédiger des articles en français et anglais,
  • Coordonner les différents contributeurs.

Tes qualités :

  • Tu aimes écrire aussi bien en français qu'en anglais,
  • Tu as une orthographe irréprochable (si si c'est possible),
  • Tu es super autonome, et organisé(e),
  • Tu aimes lire et pas seulement sur ton smartphone,
  • Tu connais bien le secteur de la mode, et de l'innovation.
  • Tu exerces ton esprit critique continuellement.

Tu n'es pas :

  • Un(e) Fashionista,
  • Trop scolaire.

Où :

Dans nos locaux qui sont situés à Station F, avec d'autres startups mode. D'ailleurs parfois, le Président passe, tu pourras lui dire bonjour à l'occasion.

Modelab recrute

Postule !

Explique-nous ce que tu pourrais apporter à la rédaction, envoie-nous un CV + un article en anglais et en français à :

fabrice@modelab.fr + coline@modelab.fr

Si ce qu'on a lu nous plu, on se rencontre bientôt autour d'un café à Paris.

À très vite !

 


European Fashion Summit

European Fashion Summit : comment créer une mode européenne

Le 14 et 15 novembre dernier, j'ai eu la chance d'être le témoin plus qu'actif des journées de l'European Fashion Summit, au  MAD à Bruxelles qui est un centre d'expertise et de promotion pour les créateurs Bruxellois.

Ce lieu superbement rénové a permis d'accueillir pendant deux jours une centaine d'acteurs qui ont échangé sur le futur de la mode et la manière dont elle devait se structurer.

Placé sous le patronage de la Commission européenne, de nombreuses fédérations de Mode avaient fait le déplacement comme l'Allemagne, la Macédoine, la Hongrie ou encore le Portugal. La France pour sa part s'était abstenue mais nous en reparlerons.

L'objectif de ce séminaire, formule grande échelle, était de mettre en marche une coordination européenne des acteurs qui font la Mode.

Mais de quoi avons-nous réellement parlé ?

Un manifeste pour une mode différente

Pour mettre en mouvement un groupement, il convient de trouver tout d'abord de trouver  un nom  fédérateur et nous sommes tombés facilement d'accord sur l'European Fashion Federation (EFF) qui sera officiellement lancée en septembre 2018 lors de la Fashion Week parisienne.

Des sous-groupes de travail se sont constitués, sur les thématiques suivantes :

  • Éducation,
  • Développement durable et mode responsable,
  • Fashion Tech,
  • Base de données européenne,
  • Promotion et Lobbying,
  • Communication.

Bien évidemment des appels à participation pour ces groupes ont été lancés.

European Fashion Summit
Un workshop sur l'éducation

Et la France dans tout cela

La Fédération français de prêt-à-porter féminin (FFPAP),  avait participé en 2016 à ce rassemblement, mais a préféré s'abstenir cette année, trouvant que les choses n'avait pas forcément avancées depuis.

Pour qu'une telle initiative soit efficace, un leader de filière (ou de thématique) devrait être clairement nommé ou identifié. Peut-être que cela n'a pas été fait pour ne pas froisser certaines susceptibilités.

Je ne suis pas là, pour donner des bons ou mauvais points, simplement, à mon sens il conviendrait peut-être qu'en France nous ayons une voix commune afin de pouvoir peser. La politique de la chaise vide n'a jamais mené à un jeu d'influence positif.

Paradoxalement, le dernier Forum de la Mode au Ministère de l'économie a donné un souffle nouveau sur une filière mode plus apaisée et allant dans la même direction en terme de synergie, notamment sur l'aspect de l'éducation.

Ainsi, l'EFF pourrait-être un bel outil de promotion pour redonner sens à la mode française et peser au niveau européen.

Ce qui reste à développer en Europe

Durant ces deux jours de séminaire, je me suis également attaché à m'interroger sur les acteurs absents. Curieusement, il manquait les nouveaux acteurs de la mode comme les startupeurs, innovateurs, technologues ou penseurs de la Mode.

En effet, pour imaginer une mode différente, il s'agit de ne pas forcément s'appuyer uniquement sur les structures traditionnelles comme les fédérations ou les écoles qui représentent, une certaine idée de la mode. Il faut également de s'ouvrir à des acteurs agiles qui représentent une manière moins académique de réaliser la mode (école d'ingénieurs ou centres techniques industriels).

Pour créer un nouveau modèle, n'essayons pas de répéter un archétype qui va reproduire les clivages nationaux.

En outre, le terme innovation revient de manière périodique pour souligner un nouvel ordre des choses. En voulant créer une super fédération (avec une offre de valeur qui reste encore à déterminer), je crains que nous reproduisions un modèle encore plus hiérarchisé.

Cette verticalisation risque de créer une rigidité excessive où de nombreux acteurs ne se reconnaîtront pas. La critique récurrente d'une Europe bureaucratique loin du peuple devrait nous servir de garde-fou.

Que faire alors ?

European Fashion Summit
Olivier Theyskens avec Lydia Kamitsis

L'European Fashion Federation en mode Startup

Aujourd'hui, la Fashion Tech vient d'acteurs situés en bas de l'échelle et pour eux l'horizontalité s'avère être une force. En effet, ils travaillent par projets sur des temps fragmentés, sans structure chapeau.

Durant nos échanges pendant ces deux jours, de manière récurrente il est apparu le fait qu'il fallait créer une base données européenne sur la Mode. Ainsi, au lieu de parler de database, il conviendrait plutôt de favoriser le développement d'une plate-forme ouverte : une espèce de Wikipédia de la Mode qui partirait de la base (des acteurs de la mode et non-mode : les technologues), en format open-source, signifiant un accès pour tous.

Ce modèle permettrait de mettre tout le monde au même niveau. Et, je ne parle de nivellement par le bas mais plutôt d'expression collective mise en synergie.

Bref, une réelle co-création et collaboration.

Dans ce sens l'EFF se placerait dans un rôle de facilitateur et d'accélérateur.


Plug and Play

Plug And Play : accélérateur fashiontech made in Californie

Depuis l'émergence de l'écosystème startup en France, le nombre d'espaces de coworking sur Paris s'est envolé tandis que les structures d'accompagnement type accélérateur ou incubateurs ont plus que triplé.

Afin de répondre à une demande de plus en plus précise du marché et des startups, des accélérateurs spécifiques ont vu le jour, notamment sur un domaine qui nous est cher : la fashiontech.

Ainsi, durant le dernier Who's Next lors d'un déjeuner presse, j'ai rencontré Dounia, la Responsable Communication de Plug and Play, l'accélérateur fashiontech des Galeries Lafayettes. Et, lors de notre échange elle m'a convié à continuer notre conversation dans leurs locaux afin que je vois, in situ, de quoi il retournait.

Fabrice Jonas (FJ) : mais au fait, c'est quoi exactement Plug and Play ?

Dounia Agharbi (DA) : le groupe Galeries Lafayettes s'est associé à Plug And Play , accélérateur basé dans la Silicon Valley, pour créer Lafayette Plug and Play qui vise à booster le business des startups tech qui s'adressent au retail et au e-commerce et également à accélérer la digitalisation chez les retailers, partenaires de Plug and Play comme Carrefour, Maus Frères, Moet Hennessy, C&A...

À l'origine Plug And Play est surtout  connu aux USA en raison de leur track record impressionnant puisqu'ils ont investi dans Paypal, Dropbox, Lending.com aux prémices de leur croissance.

Aujourd'hui, Plug and Play est présent dans 22 endroits dans le monde et s'organise par verticale : Internet Of Thing (IOT), Mobility, Beauty, Food, Real Estate, Supply Chain... Chaque accélérateur a sa spécificité ainsi qu'un partenaire fondateur. Chez nous, c'est Le Groupe Galeries Lafayettes. Un des buts de notre accélérateur consiste à faciliter l'open innovation (innovation basée sur la collaboration entre grands groupes et startups) avec nos partenaires.

Plug and Play est un investisseur de renommée internationale avec une prise de capital dans plus de 900 startups et l'accompagnement de plus de 6 000 startups.

Aujourd'hui, Lafayette Plug and Play, en est à sa 3ième promotion. Concernant notre organisation annuelle, nous avons 3 mois de programme d'accélération et s'en suivent 3 mois de sourcing et on recommence... (rires).

L'effort concentré durant le programme est dupliqué lors du sourcing. Cela signifie que nous réalisons le même effort pour aller chercher des boîtes que pour les accompagner. La dimension internationale est également clé pour nous car nous prospectons partout dans le monde pour capter les meilleurs startups, via notamment des partenariats avec des évènements internationaux comme Shoptalk à Copenhague, Slush à Helsinki...

Plug and Play
Dounia au centre.

FJ : si tu devais résumer les principaux objectifs de Plug and Play, quels seraient-ils ?

DA : pour résumer, nous avons deux objectifs. Tout d'abord, accélérer le développement business de nos startups. Notre rôle pour les startups est de générer des leads pour eux via des rendez-vous one-to-one avec des retailers. Pourquoi cela fonctionne ?

Nous connaissons les priorités stratégiques et les projets digitaux sur lesquels nos corporates partners concentrent leurs efforts. Par conséquent, nous optimisons directement les collaborations potentielles pour pouvoir orienter nos partners vers les meilleurs startups. Ainsi, nous maximisons les chances de générer des contrats.

FJ : au niveau de l'accompagnement comment cela se passe pour les startups incubées ?

Nous organisons un mentorat pointu sur des sujets précis avec des experts du retail, des entrepreneurs à succès et des venture capitals.

Par ailleurs, nous planifions des ateliers de coaching durant lesquels nous abordons des thématiques très pratiques pour nos startups. Par exemple, "comment accélérer le cycle de vente BtoB" ou "comment amorcer le développement international".

Ensuite, nous programmons une succession d'évènements pendant lesquels nous exposons nos startups. Ainsi, lors du dernier programme nous avons organisé plus de 44 évènements en trois mois : un vrai marathon.

L'objectif de ces rencontres consiste à  positionner nos startups en expert tech pour les retailers et fédérer notre réseau autour d'un contenu qualitatif sur les différentes tendances propres aux innovations sur l'ensemble de la chaîne de valeur de la distribution.

Plug and Play

FJ : Dounia pourrais-tu nous en dire un peu plus sur les entreprises incubées et le process de sélection ?

Nous sélectionnons en fonction des problématiques de nos partenaires. En moyenne, nous avons 200 boîtes qui candidatent.
30 startups viennent pitcher durant un "Selection Day" devant un jury composé de représentants de nos entreprises partenaires. Nous lançons d'ailleurs dès à présent notre appel à candidature pour le "Batch 4" en Mars.

Plug and Play

FJ : Dounia, pourrais-tu évoquer les startups qui viennent d'arriver pour cette troisième saison ?

Au niveau de cette troisième saison, les startups sont arrivées le 15 septembre. Nous avons 15 startups dont 5 internationales (Italie, Estonie, USA et deux anglaises).

Le périmètre de leur produit est lui assez large et on reste dans l'univers du retail et du e-commerce, supply-chain, instore analytics, experience online post achat, profiling client en magasin... et pour ce qui est des technologies : l'intelligence artificielle et la blockchain sont au rendez-vous.

D'ailleurs, si vous voulez candidater, la 4ième session est déjà ouverte. Et c'est par ici.


Heuritech

Heuritech : l'intelligence articificelle métamorphose la Mode

Lors du festival d'Hyères, j'ai pu assister à la table-ronde sur la Fashion Tech et j'ai découvert la startup Heuritech. Quelle ne fût pas ma surprise de découvrir que l'Intelligence Artificielle (IA) s'intéressait à la Mode.

En effet, aujourd'hui, l'IA permet de reconnaitre directement sur les sites ecommerce les types de produits ainsi que leurs caractéristiques (couleurs, formes, la matière première...). En outre, elle permet également de reconnaitre sur les réseaux sociaux, notamment Instagram ces produits et d'y associer un contexte (soirée, restaurant, famille...)

Évidemment, je me suis empressé d'envoyer un mail à Charles d'Heuritech pour en savoir comment tout cela fonctionnait.

Et, voici le récit fidèle de notre échange.

Fabrice Jonas (FJ): Bonjour Charles, pourrais-tu te présenter ?

Charles Thurat  (CT) : Je suis entré chez Heuritech, il y a deux ans tout rond. J'y suis rentré en tant que business developper et responsable de la communication quand nous n'étions pas encore nombreux. Et, au fur et à mesure que nous avons commencé à rentrer des clients j'ai gardé la main sur les grands comptes, notamment la Maison Louis Vuitton.

Maintenant, je suis principalement chef de projet sur deux produits que nous réalisons pour ce client.

Au niveau de mon parcours, je suis plutôt atypique. En fait, je suis biologiste de formation. Ainsi, je suis rentré à l'ENS de Cachan pour faire des neurosciences et comprendre comment le cerveau fonctionne. J'ai ensuite réalisé un doctorat en neuroscience et sur l'intelligence artificielle (IA).

Dans ce laboratoire, j'ai rencontré les deux co-fondateurs d'Heuritech, Tony Pinville et  Charles Ollion qui s'intéressaient déjà à de l'IA pure.

Ils ont fini leur thèse avant moi et ont fondé Heuritech dans l'idée d'appliquer ce qu'ils avaient appris dans leur doctorat au monde de l'entreprise.

Pour résumer, Heuritech est née pour répondre à des problématiques industrielles grâce à l'IA.

Heuritech
Charles Thurat Photo par Ursine.Schmitt(c)

FJ : Heuritech c'est quoi exactement ?

CT :Heuritech, c'est en premier lieu et avant toute autre chose de l'IA. Et, derrière ce gros mot que l'on entend partout depuis des années, notamment à cause de Google et son AlphaGo (programme informatique créé par Google qui a battu tous les grands champions du jeu de Go), c'est tout un tas de techniques informatiques qui permettent à des programmes d'imiter plus ou moins finement le comportement de l'homme pour traiter des problèmes, un minimum complexe. Et, d'être également autonome.

Chez Heuritech, au début nous étions assez généralistes et nous avons su développer une vraie crédibilité dans la communauté scientifique. C'est pourquoi nous avons été amené à discuter avec la Maison Louis Vuitton lors d'un jury pour un hackathon sur l'IA appliqué à la mode en 2015.

À partir de ce moment, nous avons échangé sur leurs problématiques et besoins. Curieusement, à cette époque chez Heuritech, nous étions en pleine réflexion pour effectuer un pivot pour passer d'une optique de prestataire de services (missions ponctuelles) à la création d'un produit afin de scaler notre activité.

Dans ce cadre là, nous avons pivoté sur deux éléments que nous avons développé.

Tout d'abord, l'analyse d'image dans lequel l'IA permet d'effectuer des progrès énorme par rapport aux technologies précédentes.

Ensuite, l'analyse d'image appliqué spécifiquement à la mode.

FJ : Tu nous parles d'analyse d'images pour la mode, en quoi cela consiste-t-il ?

Cela peut être beaucoup de choses. Par exemple,  analyser les images des catalogues des sites e-commerce ou marketplace pour pouvoir automatiquement décrire les images et faciliter la création de fiches produits pour le référencement.

Ainsi, on peut imaginer qu'à la fin d'un shooting, les images soient passées à la moulinette de l'IA qui va apprendre à décrire le type de vêtements portés. Par exemple, Fabrice si je prends ce que tu portes aujourd'hui, l'IA pourra décrire que tu as une veste noire à deux boutons avec une cravate bleue avec des motifs losanges, aussi un mouchoir de poche blanc et bleu... Et, donc de créer automatiquement les fiches produit correspondantes et les normaliser.

Heuritech

Pour les marketplaces et sites d'e-commerce cet enjeu est crucial en terme de standardisation des fiches produits. Dès l'instant que l'opérateur du site n'a pas la main mise sur tous les articles qu'il a sur sa plateforme , on peut avoir une hétérogénéité dans la qualité des fiches produits et leur référencement, ce qui peut impliquer des problèmes de recherche pour le client qui visite le site, et donc un manque à gagner.

Avec des fiches produits mieux faites, que l'on a normalisées (qui sont remplies toujours de la même manière sans biais humain), l'opérateur markeptplace va savoir parfaitement quelles types d'information il va trouver. Et donc favoriser la recherche des internautes et ensuite leur conversion.

L'axe de travail d'Heuritech, qui s'avère plus complexe, consiste à l'analyse d'images sur les réseaux sociaux, notamment Instagram, sur deux aspects : identifier des produits spécifiques, ou identifier des tendances modes.

Là, il va falloir être capable de repérer sur les images les vêtements et ensuite de les décrire. À titre de comparaison, sur un site e-commerce cette tâche s'avère plutôt simple car les photos concernent des personnes portant des vêtements sur un fond relativement neutre. Tandis que sur les réseaux sociaux, il convient de les analyser sur tous types de contexte. Par exemple des gens qui se prennent en photo dans la rue, chez eux, à la plage, en boîte de nuit... Seul ou à plusieurs... Avec différents angles de vue (de face, en plongé, en contre-plongé...)... Des conditions de luminosité très variées... Bref des éléments beaucoup moins normés que pour les catalogues e-commerce.

L'intérêt est de pouvoir reconnaître un produit spécifique. Notamment, dans le cas de la maroquinerie de Luxe, où tous les produits ont une identité visuelle forte, et sont donc relativement facile à identifier les uns des autres.

Par exemple : chez Heuritech, nous avons appris à reconnaitre un des  best-sellers de la maison Vuitton : le sac Alma. Cela permet au chef de produits, ou responsable communication/marketing, de mieux cibler qui sont les consommateurs de son produit.

Pour l'instant, ils savent suivre le parcours clients jusqu'à l'achat final ; en revanche, ils perdent sa trace dès la vente effectuée. Et c'est là que l'analyse des réseaux sociaux devient intéressante. Elle permet de comprendre dans quel contexte leurs clients utilisent leur sac, le style des clients, avec quoi ils les portent et quels sont les autres sacs de leur garde-robe... Autant d'informations qui permettent de mieux positionner le sac dans le paysage concurrentiel.

Ce type d'information devient un complément essentiel pour les chefs de produits, car il permet de mieux gérer la vie commerciale de leurs produits et d'anticiper le besoin de leurs clients. En d'autres termes, le chef de produit peut savoir s'il convient d'approfondir sa gamme ou au contraire de la réduire.

Ceci a également des implications sur le futur développement du sac Alma. Le sac doit-il être produit dans de nouvelles matières, couleurs, tailles différentes... Selon les tendances modes du moment à venir ?

Heuritech
L'équipe d'Heuritech
Photo par Ursine.Schmitt(c)

FJ : Comment travaillez-vous avec les cabinets de tendances ?

CT : Une marque de mode a déjà un catalogue. Avec notre outil, elle va pouvoir vérifier que celui-ci couvre toutes les tendances du moment.

Ceci est déjà réalisé qualitativement par des cabinets de tendances, ou bureau d'études de chaque marque. Or, cette étude ne peut être que qualitative car elle couvre uniquement un spectre limité du marché, alors qu'Heuritech, avec la capacité automatique d'analyse des images transforme une analyse qualitative en analyse quantitative.

On va confirmer les intuitions des experts de la mode en ayant une vue à 360° de toutes les publications disponibles sur Internet. Il y aura toujours un degré de biais, car tous les individus ne sont pas forcément sur internet. Mais cela sera toujours une vue beaucoup plus complète qu'un panel sur une centaine de personnes.

FJ : dans l'univers de la Fashion Tech, comment Heuritech se positionne ?

La Fashion Tech comme l'IA est un mot-valise qui ressemble un peu à un fourre-tout, car cela regroupe une nouvelle manière de produire des tissus, des vêtements ou accessoires eux-mêmes, de les commercialiser... C'est pourquoi, je ne me risquerais pas à définir la fashion tech car c'est trop vaste. Mais ce n'est pas du tout un problème.

En revanche, la manière dont cet écosystème influence le monde de la mode est une forme de regénération qui va permettre à la Mode d'être plus réactive, proche des problématiques de société comme l'éco-responsabilité... Bref, en produisant mieux et plus juste.

Heuritech

Les Fashion Techs proposent de nouvelles alternatives à ces problématiques et insufflent de nouvelles dynamiques au monde de la mode. En permettant à de petits acteurs, comme des startups ou PME, de proposer sur toute la chaîne de valeurs des solutions innovantes. À  ce niveau-là, on a vu un vrai foisonnant notamment lors des salons Vivatech, FashionTechDays (justement nous avons passé deux jours sur place et voici le reportage vidéo), Festival de Hyères...

Heuritech n'est pas vraiment représentatif de l'écosystème  Fashion Tech en France, car nous vraiment sur une niche via notre expertise IA et analyse d'images. Nous nous insérons dans cet écosystème sur l'anticipation de la production et gestion post-production.

 


Atelier NA

Atelier NA : l'art du costume sur-mesure 4.0

L'art du costume sur-mesure est passé de mode  à cause du fast fashion et du prêt-à-porter. Dorénavant, prendre son temps ressemble à une perte de temps. Pourtant, il existe des maillons de résistance comme Atelier NA qui a pris le parti d'utiliser la technologie (le bodyscanning) afin de créer des costumes, chemises et manteaux sur mesure. Cette audace commence à trouver son public. Aujourd'hui, ils viennent d'ouvrir leur 26ième boutique dont dix-huit en France. J'en ai profité pour rencontrer Charles-Alexandre et parler avec lui de cette belle aventure.

Fabrice Jonas (FJ) : salut Charles-Alexandre, qui es-tu et que réalise Atelier NA ?

Charles-Alexandre Peretez (CAP) : je suis directeur marketing d'Atelier NA. J'ai rejoint l'équipe au tout début en 2010. Le projet était très simple : comment apporter une alternative au prêt-à-porter traditionnel sur le costume. Notre oeil de néophyte nous a permis de regarder tous les éléments qui composaient ce marché. On s'est rendu compte qu'il fallait absolument maitriser sa production. Il fallait pouvoir trouver une alternative à la prise de mesure par le tailleur. En effet, elle est excellente, mais trop longue en terme de temps (entre une et deux heures par client et elle monopolise un tailleur). Suite à cela, il fallait faire revenir le client et lui faire essayer une toile. Donc tous ces éléments du marché, au-delà de la complexité du sur-mesure, n'étaient pas clairs pour le consommateur. Et, à cela s'ajoutait le problème fondamental du prêt-à-porter. Concernant ce dernier point, nous avons découvert que personne ne rentre dans les gabarits de base. Moi qui viens du monde des statistiques, je trouvais très drôle de regarder les écarts-types entre chaque personne. Tout le monde a un bras plus long que l'autre...

FJ : ... Même François Hollande

CAP : (rires)... Et, c'est ce sujet-là qui était intéressant : comment on fait pour se placer entre du prêt-à-porter (facile, mais qui ne correspond pas à tout le monde) et du sur-mesure (quasi-inaccessible et obscure).

Atelier NA

FJ : Ce que tu évoques me fais penser au diagnostic d'Airbnb à leur création. En effet, il pensait qu'il existait une voie du milieu entre la location d'appartements entre particuliers et l'hôtellerie.

CAP : C'est exactement cela sauf que, à la différence d'Airbnb, on fabrique. Donc, on s'est rajouté cette petite brique. Au départ, nous sommes allé voir des usines qui nous ont gentiment répondu qu'elles ne pouvaient pas fabriquer à la pièce pour des personnes. Financièrement pas intéressant, mais en plus, cela les dérange. Donc, dès le début, nous avons développé notre propre atelier de fabrication. Ensuite, il fallait récupérer les mesures. Pour les mesures cela était plutôt simple, car il existait une technologie utilisée par l'armée française pour mesurer les appelés et pouvoir faire de l'attribution de paquetage. À l'époque, il avait des tailleurs qui mesurait les appelés et permettait d'effectuer des prévisions de production et donc de dépenses. Il faut savoir qu'aujourd'hui, l'Institut Français du Textile et de l'Habillement (IFTH) se base sur 5 000 personnes pour faire son état de mesure. Chez Atelier NA, nous en sommes à 65 000 personnes scannées. Nous avons une des plus grosses bases de données privées. Ces mesures sont fondamentales pour construire le produit, mais ça ne suffit pas. En d'autres termes, ce n'est pas parce que j'ai ton corps que je vais pouvoir réaliser un produit qui te convient. Si on réalisait des fuseaux ou des vêtements sportifs cela correspondrait parfaitement. Mais là, ce n'est pas le cas, car nous travaillons de l'aisance, du confort. Et, la notion de confort est inhérente à chaque personne. C'est pourquoi, nous sommes obligés de travailler avec le client par des renseignements et par des essais produits. Après le body scanning, nous avons une équipe de modélistes qui va réaliser du sur-mesure, car ils vont créer un patron par personne. C'est pour cela que nous parlons de véritable sur-mesure et pas de demi-mesure !

Atelier NA
Charles-Alexandre

FJ : Dans votre base de données, as-tu remarqué des éléments particuliers ?

CAP : En effet, j'ai "brassé" nos chiffres en fonction du département. Et, j'ai voulu savoir si les gens étaient différents entre Lille, Marseille ou Paris. Nous avons des différences notables. Cela signifie que si nous avons des différences aussi importantes au sein d'un même état comment par exemple une marque asiatique peut-elle adresser un marché européen. Qu'est-ce que cela veut dire un marché européen ? Ainsi, pour le prêt-à-porter il est impossible de créer un vêtement qui va aussi bien à un Danois qu'à un Italien ou un Allemand. Je te précise que je ne suis pas là pour critiquer le prêt-à-porter qui détermine un style, créer des collections et s'adresse à une masse. Malheureusement, cela ne correspond pas à ce que veulent nos clients. C'est-à-dire créer leur dressing comme ils en ont envie en sur-mesure.

FJ : Aujourd'hui, Atelier NA ouvre sa 26ième boutique, comment expliques-tu une si forte croissance ?

En 2011, nous avons ouvert notre première boutique et nous allons bientôt fêter nos 7 ans. L'innovation a toujours été au coeur de notre réflexion. La cabine de mesure est un outil. Si en 7 ans, nous n'avons pas eu de concurrent cela signifie que ce n'est pas une boîte magique. Nous avons breveté le fait de créer des patrons suite à des prises de mesures numériques. Et c'est cela qui a permis de proposer une offre complètement disruptive sur le marché. En boutique, nous avons retrouvé la même expérience. Depuis le premier jour, nous avons la même base de données entre le site internet et le retail. Depuis ce tout premier jour, chaque client a un identifiant chez nous. À cette époque, ce qu'on appelait l'omnicanal restait une belle utopie. Par contre, aujourd'hui, tout le monde va vous dire : c'est tout à fait normal. (vous êtes curieux sur les liens entre le digital et le retail, je vous invite à lire notre article la question).

Atelier NA
Cabine de body-scanning

FJ : Je me souviens qu'à l'époque la FNAC boutique et internet, n'avait pas les mêmes prix pour un même produit. Et, les vendeurs magasins étaient en concurrence avec le site.

Venant du web, si nous voulions centraliser, nous avions des problématiques très lourdes. Il fallait que chaque client ait un identifiant. Toutes ces années, nous n'avons pas cessé d'améliorer notre produit de gestion. Sur notre tablette, en boutique, le vendeur a accès en temps réel à l'état des stocks, production, livraison. Demain, si nous voulons vendre un costume n'importe où, nous le pouvons faire. Il suffit d'avoir une connexion internet.

 

Cette conversation continuera lors de l'évènement CCM benchmark du 7 décembre : Fashion & Digital. Pour s'inscrire c'est par ici.

En outre, j'ai récupéré un code promo juste pour vous JDNFashionModelab 

Au plaisir d'y voir 😀


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Innovation à pas feutrés chez Intrview

Lors de la dernière Fashion Tech Expo qui s’est tenue à Paris le 19 octobre dernier, j’ai eu le plaisir de rencontrer les créateurs de la marque Intrview (oui sans le « e »). Audrey à la création et John à la direction forment un duo discret mais déterminé à proposer une nouvelle manière de penser la mode. Entre avant-garde et savoir-faire leurs coeurs ne balancent pas, ils ont choisi de mêler les deux dans des créations audacieuses et un modèle économique innovant. Rencontre avec un tandem à la marge mais « furieusement » intéressant.

Julie Pont  (JP) : Bonjour à tous les deux, avant tout chose pourriez vous présenter rapidement Intrview ?

Audrey (A) : Intrview a été créé en Janvier dernier (2017) donc cela fait environ 8 mois. Le projet initial découle du fait que j’étais déjà spécialisée dans le domaine du design textile. J’ai travaillé en tant qu’indépendante dans beaucoup de maisons sur le développement textile et la transformation matière. Je vendais mes échantillons principalement aux maisons de Haute Couture. Et un jour je me suis dit :

« pourquoi ne pas garder pour mon propre compte tout ce que je fais pour les autres? »

En vérité mon expérience auprès de ces grandes maison a été l’occasion de pas mal de frustrations… beaucoup de plaisir aussi, mais toujours accompagné d’un sentiment d’être dépossédée de mes idées. Je réalisais un échantillon, je le vendais et pendant trois collections, le designer pouvait se servir de cette pièce pour des réalisations totalement différentes (parfois sur 1 an et demi).

Intrview est née de cela.

JP : Quel a-été ton apprentissage de la mode ?/ Quels ont été vos parcours ?

A : J’ai commencé par des cours du soir à la Parsons School de Paris, puis j’ai intégré l’École de la Chambre Syndicale de la Couture. Une fois diplômée, je suis partie à Anvers, à la rencontre de petits créateurs. J’y ai déterminé avec plus de précision mon parcours. En rentrant à Paris j’ai travaillé avec une créatrice Maria Mantovani textile et fourrure qui m’a vraiment ouvert les yeux sur des matières avec lesquelles je n’envisageait pas encore vraiment de travailler. Elle m’a vraiment découvrir l’aspect « travail pour des grandes marques » (Chanel, Ralph Lauren etc), développer des échantillons et les vendre. J’ai aussi vraiment développé le côté artisanal de mon métier avec notamment l’apprentissage d’outils auxquels nous n’avons pas accès dans les écoles de mode.

John (J) : J’ai un parcours plutôt business. Après une grande période de changement, Audrey et moi avons échangé sur son projet. Son idée de changer de modèle tous les 15 jours m’a plu dans le sens où en reprenant un code de la Fast Fashion (stresser le consommateur qui du fait du changement rapide de collection a peur de ne jamais retrouvé la pièce qui lui plait) et en le retournant donc réer un nouveau concept de consommation d’une vêtement de mode.

JP : Quel a été le point de départ de ton processus créatif ?

A: Je me concentre sur des basiques déjà existants; tee-shirts blancs, pantalon noirs etc… Pas des produits mode. Je n’avais pas envie de travailler tout ce qui concerne la coupe. Je retravaille des détails et j’ajoute de la transformation textile. Mon souhait était, et est toujours, de me concentrer sur le développement de matières jamais vues et innovantes. Et c’est d’autant moins facile à reproduire ! Rien à voir avec un patron ou un motif que l’on peut copier avec une facilité déconcertante.

En m’inscrivant dans la droite ligne de ce que j’avais déjà fait pour les maisons de couture, j’avais ainsi la possibilité de laisser libre cours à ma créativité, tout en protégeant mes idées par des techniques de ma conception, difficilement identifiables et donc difficilement reproductibles.

Dès que je trouve une pièce, le travail textile se forme autour de cette rencontre avec le vêtement. Chacune de ses spécificité devient une contrainte ou le creuset d’une innovation.

JP : Où puises-tu ton inspiration?

A: Pour avoir une vision différente d’un secteur il faut s’en éloigner. Je mets un point d’honneur depuis plusieurs années à ne jamais regarder les défilés durant la fashion week, à ne jamais lire un magazine de mode. La seule fenêtre que je laisse ouverte est Instagram car d’une part je trouve que la créativité y est encore vivace, et d’autre part cela me permet aussi de prendre la température auprès d’autres « petits créateurs » moins visibles dans les médias « traditionnels ».

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Photographe : Juliette Denis - Model : Chloé Carel - MUA : Estelle Irvin - Assistant : Claire Gaby

JP : D’où est venu ce plan de collection très particulier : une pièce unique toutes les deux semaines?

A : Au début nous étions partis sur une pièce par mois. Très vite nous nous sommes rendus compte que le rythme était assez lent et que l’on s’ennuyait vite (rires). Ne serait-ce que sur les réseaux sociaux : trois semaines avec les mêmes photos, les mêmes détails… c’est long ! Nous n’avons pas tenus un mois. Très vite nous sommes arrivés à la conclusion que la dynamique du projet reposait sur un rythme d’une pièce touts les deux semaines (17 jours pour être exact); on garde ainsi une sorte de mouvance perpétuelle.

JP : Nous nous sommes rencontrés lors de l’Exposition de la FashionTechWeek de Paris en Octobre dernier ; comment vous inscrivez-vous dans la Fashiontech et comment imaginez-vous l’avenir de ce milieu?

A : Selon notre approche la Fashiontech ne concerne pas uniquement l’insertion de technologies x ou y dans un vêtement. On ne se voit pas mettre des LEDs dans un textile pour se sentir « fashiontech ». Hussein Chalayan l’a fait il y a 10 ans, ce qui est fait n’est plus à faire (pour voir son article sur Modelab c'est ici). D’ailleurs si dans mes recherches pour un nouveau modèle je me rends compte que j’ai déjà abordé ce matériau, cette technique, j’abandonne le modèle. Je me dois d’innover à chaque fois. Lors de l’exposition, de nombreuses personnes nous ont demandé le pourquoi du comment nous étions arrivés ici. Chez nous il n’y avait pas d’imprimante 3D mais une robe faite à partir de sable !

Nous nous concentrons sur l’innovation dans les matières. Et cela peut concerner des matières existantes. Le sable n’est pas une invention. Nous mettons à profit ce matériau pour un usage inattendu. Je travaille également avec des matériaux de chantier et des cotons tiges (rires) ! Ce qui m’intéresse réellement c’est le détournement d’un élément existant pour l’intégrer à mes créations.

JP : Comment porte-t-on et entretient-on une robe en sable?

A: Là est toute la difficulté  et le défi à relever ! À chaque nouveau modèle il faut innover et c’est bien tout l’intérêt. Je ne peux pas révéler mes secrets de fabrication mais jusqu’à présent tous nos modèles supportent un lavage en machine à 40° !

J: Oui on s’arrête là pour les explications le reste demeure dans nos ateliers (rires) ! Le secret fait partie du produit !

JP : Si j'ai bien compris votre concept ces  pièces sont uniques mais duplicables ?

J : Oui dans la limite de 25 pièces par modèle. Nous nous tenons vraiment au croisement de la pièce unique, de l’objet d’art et du vêtement. Toute la magie (et la difficulté) d’Intrview réside dans cette incapacité à classer notre concept dans un domaine.

Notre mantra est de proposer des pièces à fort impact créatif (donc qui séduisent les amateurs d’art) mais qui interpellent les professionnels de la mode sur la manière, la technique de réalisation. Nous voulons vraiment que des gens comme toi regarde nos modèles et se disent :

« mais comment font-ils? »

Et cela fonctionne plutôt très bien ! En dehors de ce mystère très attractif, quel est le fil conducteur de votre identité de marque? Votre site est très cohérent, tout comme votre Instagram, pourtant les pièces et les visuels sont très différent(e)s les un(e)s des autres…

J : On a une redline que l’on suit d’une pièce à l’autre (peut-être ce côté organique, étrange), mais notre défi c’est de recommencer de zéro à chaque modèle. On se doit d’être super innovants à chaque nouvelle sortie.

Cependant et étant donné que nous avons une fenêtre très courte entre chaque modèle, nous devons, pour toucher un maximum de gens et « universaliser » notre produit, s’attacher à faire shooter les pièces par des photographes différents. On produit 4 à cinq séries photographiques par pièce pour que chacun, à travers un oeil qui lui est propre, se retrouve dans chaque proposition.

A : Nous avons la chance de fédérer beaucoup de gens de talent qui sont impliqués dans ce projet comme s’il était le leur. Et je tiens d’ailleurs à les remercier ici !

Par contre nous sommes très attachés à ne jamais nous mettre en avant en tant que personnes. Le produit passe avant tout. Nous ne souhaitons pas incarner notre projet. Il doit s’incarner par lui-même. Et pour l’instant cela nous réussit plutôt bien.

fashiontech - fashion innovation - design - robe de sable - intrview
Photographe : Amelia Hammond - Model : Natali - MUA : Maki Miyauchi - Hair : Maki Miyauchi - Styling : Camille Guerard

JP : Comment envisageriez-vous un passage à plus grande échelle?

A : Hum… on est quand même à contre courant du mass market, donc vraiment que de la collaboration ponctuelle. Extraire le concept d’innovation matière pour l’appliquer sous forme de détails à des vêtement de grande série.

JP : Quelle est la cible Intrview aujourd’hui ?

A : On vise une clientèle plutôt étrangère. Plutôt une femme pointue, proche de l’art contemporain et plutôt loin d’un esprit mode bling. On vise un marché de niche, avec une clientèle prête à investir dans une pièce mode qui n’a pas le référentiel de grande maison.

JP : Et les concept stores?

J : On ne « fit » pas vraiment en terme de roulement de collection et de rythme en magasin. La clientèle pourrait être vraiment idéale mais il faudrait prévoir une collaboration plutôt que d’essayer de créer du stock et un roulement plus « classique ».

JP : En regardant votre travail, très créatif, très « hors dehors de codes », on pense forcément à une démarche artistique plus que mercantile. Qu’en est-il des musées et des galeries?

A : Alors on ne communiquera pas dessus pour l’instant mais nous sommes en pourparler avec un musée en devenir.

J : Nous avons également commencé à contacter des galeries.

A : On pourrait ainsi faire de la mode une oeuvre d’art à porter ! Et puis on considère de la sorte le vêtement comme un investissement. On ré-injecte de la valeur dans un objet qui est aujourd’hui considérer comme un consommable.

Cette idée nous plaît assez !

fashiontech - fashiondesign- innovation - jacket -fashionphotography
The Jacket by Intrview - Photographer: Andrew Kovalev (ckovalev.com) - Model: Bebe Sesitashvili- MUA: Qeto Chantadze - Assistant: Tata Melnik - BTS videographers: Thomas Burns, Natalia Eremina Special thanks to: Take2 Tbilisi, PlantShop.ge, Caucasian Film Service Tbilisi, 2017

Dans cette lignée de créateurs atypiques, je vous recommande Elisabeth Jayot qui s'amuse à repenser le vêtement.


apéro -fashiontech -rencontre - réunion - amis -communauté

Apéros Fashion Tech

Depuis le mois de juillet, nous avons décidé de lancer de manière mensuelle des Apéros Fashion Tech qui ont lieu tous les deuxièmes jeudis du mois dans un café parisien.

Ainsi, nous avons commencé à la Rotonde, en face du Canal de l'Ourcq, et jeudi soir dernier, nous avons eu le plaisir de découvrir l'Imago, restaurant végétarien.

Apéros Fashion Tech
Illustration Damien Cuypers

Pourquoi lancer ces Apéros Fashion Tech ?

Nous sommes partis d'un constat plutôt simple. Aujourd'hui, il existe une offre pléthorique de conférences, workshops, salons sur la mode et l'innovation. En revanche, il manquait un évènement plutôt informel et décontracté où les curieux de la mode pouvait se réunir en toute simplicité.

Bref, ces apéros ont surtout pour objectif de prendre du plaisir et d'échanger sur une certaine idée de la mode.

Apéros Fashion Tech
Illustration Damien Cuypers

Pourquoi venir aux Apéros Fashion Tech ?

Tout d'abord pour rencontrer en vrai l'équipe de Modelab qui rassemble un joyeuse bande de passionnés et un peu fous qui explorent cette mode en pleine mutation. En outre, notre collectif a également une ambition légitime ; celle de mettre en avant l'écosystème Fashion Tech : c'est-à-dire vous !

Ensuite, je vous rappelle que Paris et le monde littéraire français s'est bâti sur une belle tradition de vie dans des cafés qui restent encore aujourd'hui un bastion de résistance face à l'obscurantisme. Je me rappelle avec délice les livres de Simone de Beauvoir qui narrent sa vie à écrire dans des brasseries parisiennes avec ce cher Jean-Paul Sartre.

Enfin, l'alcool aidant cela  permet un mélange plutôt sympathique et de dépasser certaines timidités.

Apéros Fashion Tech
Illustration Damien Cuypers – Fubiz Media

Qui peut venir aux Apéros Fashion Tech ?

Pour répondre à cette question, je vais surtout expliquer qui ne doit pas venir?

Par exemple, si t'es consultant(e) et que tu cherches des clients potentiels, passe ton chemin. Si tu bosses dans une banque et que tu braconnes des startups, oublie-nous.

Par contre, si tu penses que le style a plus d'importance que la mode, que tu sais qui est Li Edelkoort (pour la séance de rattrapage c'est ici)... Je pense que cela vaut la peine que tu viennes découvrir qui nous sommes.

Au plaisir de se voir.

Prochains rendez-vous :  le mercredi 6 décembre pour les Parisiens et le 8 pour les Berlinois (eh ouiiii stay tuned !).

PS : si tu aimes les illustrations de Damien Cuypers qui ponctuent cet article, je t'invite à découvrir son tumblr.


Les marques responsables

Les marques responsables bousculent la mode

Pour cet article, j'ai décidé de modifier (en accord avec moi-même)  la formule de nos articles habituels. En effet, je trouvais plus qu'intéressant de vous partager une table ronde que j'ai eu le plaisir d'animer, durant le dernier salon Who's Next de septembre,  sur "Les marques responsables".

Une Fashion Tech responsable et sensible

Lorsqu'on évoque la Fashion Tech, la majorité des gens imaginent un vêtement futuriste avec des LED qui clignotent et des capteurs de données sur tout le corps. Pourtant, la Fashion Tech c'est surtout une autre manière de produire et consommer la mode (l'inspiration du manifeste Antifashion de Li Edelkoort n'est pas forcément très loin). Je rappelle souvent que l'industrie mode est la seconde industrie la plus polluante du monde. Et, dans ce sens les marques dites responsables font parfaitement partie de la grande famille de l'innovation de la mode.

Ce type de table-ronde a pour but de sensibiliser à la fois les marques dans leur façon de produire la mode mais également le consommateur (c'est-à-dire vous et moi) dans sa manière de consommer la mode ainsi que de valoriser l'économie circulaire.

Ainsi, je vous propose de retrouver en images nos échanges plutôt vivifiants sur un sujet d'actualité brûlant.

À cette occasion, mes nombreux invités, inspirés et inspirants, étaient :

Les marques responsables

Pour découvrir les autres conférences du Who's Next c'est .

En complément de cet article, je vous recommande chaudement notre papier sobrement intitulé "Quand la mode joue la transparence" par Éloïse.

Avant de vous laisser, dites-moi si ce que vous pensez de ce nouveau type de contenu.

Au plaisir de vous lire et à très vite.