Le personnage de mode, du croquis au podium

Définir un personnage pour une collection est indispensable pour le designer de mode, bien au delà de l’aspect marketing. Penser, fantasmer, imaginer, rêver des caractéristiques physiques parallèlement à la création d’objets de mode est nécessaire dans une démarche créative.

Nous distinguerons ici deux catégories principales de personnages. D’un côté les personnages existants qui sont une égérie, une muse, ou une mascotte, de l’autre le personnage fictif ou silhouettes qui eux sont imaginaires. Mais tous sont finement sélectionné et / ou imaginé par le créateur et l’auront inspiré pour la création d’une collection. La mode se représente et s’incarne par le biais de différents médiums qui seront analysés ici comme étant le graphisme et le mannequinat.

La création de personnages passe d’abord par l’illustration au sens large, puis ils sont incarnés par des mannequins sur les défilés ou bien dans la pub. C’est à travers la lecture de ses images que l’on peut observer les changements dans la mode et expliquer une partie de son évolution.

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© Figurines pour Madama Alexandre Ghys, par Charles Pilatte, 1865. Palais Galliera
© Etudes pour Vogue, Jean Pagès, 1925. Palais Galliera
© Yves Saint Laurent, Printemps - Été 1962.
Musée YSL Paris

Sur le plan historique, les illustrations de mode sont passées de dessins très soignés et précis (avant le XX° siècle) à des dessins beaucoup plus spontanés, libres et détachés de toutes contraintes esthétiques ou de tendances. On distingue néanmoins deux types d’illustrations.

D’une part celles réalisées à titre de notations graphiques, censées rester dans le cercle privé de la maison (mais qui sont désormais dévoilées au grand jour lors d’expositions de mode) qui ont le rôle de schéma, de croquis pour signaler des intentions aux modélistes. Le vêtement se dessine alors autour de silhouettes ou figurines, en d’autres termes un gabarit. Celles-ci s’inscrivent dans la phase de recherches et d’ébauches à des fins plutôt techniques.

D’autre part, les dessins exécutés par des illustrateurs confirmés pour imager une collection déjà créée. Ces derniers sont à l’intention des clients, diffusés par le biais de la presse mode, discipline qui perdura jusqu’à la fin du XX° siècle ; pour faire la publicité des collections présentées dans les grands magasins ; pour figurer dans des catalogues de vente par correspondance (jusque dans les années 1950 environ). Plus récemment, ils peuvent témoigner d’une collaboration entre illustrateur et designer ou encore apparaitre en tant que graphisme d’une campagne de publicité.

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Antonio Marras pour Kenzo, novembre 2010. Fashion Designer's Sketchbooks (Hywel Davies)

On retrouve dans l’ouvrage Fashion Designers’ Sketchbooks (de l'auteur Hywel Davies) des croquis de recherches pour la plupart très libres, idées posées sur le papier venant tout droit de l’imaginaire du styliste. Ces éléments graphiques sont plus largement des collages, esquisses, photographies, toiles, échantillons textiles… Les personnages fictifs naissent par ce biais. Bien souvent, le graphisme va guider l’esprit de la collection et des mannequins qui vont faire vivre ce(s) fameux personnage(s).

La fin du XX° siècle suivie par le XXI° siècle abordent ainsi une vision décomplexée du croquis de mode. Dorénavant le « beau » et le respect des proportions ne sont plus au centre des préoccupations. Ce travail de recherches davantage artistique s’impose comme maître de la création. Ce mode de recherche représente une forme de « work in progress » où le carnet est vu comme un terrain de jeu où tout est possible, et dévoile ainsi les différentes étapes dans le processus créatif. Il s’agit en somme pour les designers de raconter des histoires pour mieux aborder la phase technique de conception qui va suivre.

« Il faut être curieux (…). Je commence par la recherche, qui me permet d’imaginer une muse, une idée, un personnage au centre d’une histoire » JOHN GALLIANO

Par ce phénomène d’évolution des techniques et procédés cités précédemment, on peut aisément affirmer qu’il est l’une des origines de la transition du statut de couturier à celui de styliste, puis vers celui de designer. Il ne s'agit plus vraiment de transmettre des directives techniques par un dessin précis mais d'exprimer une vision créative que d'autres se chargeront de traduire plastiquement. On se déplace de la direction à l'intention.

La phase de recherches fige l’histoire et son personnage en deux dimensions, puis un mouvement s’opère vers la 3D où un corps vivant incarne les idées du créateur.

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Chanel, hiver 1988.

Ceci nous amène à évoquer les notions de muses et d'égéries, si cruciales pour nombre de créateurs. Inspirations ou traductions en réel d'un univers, elles jalonnent toute l'histoire de la mode.  La muse et l’égérie, sont généralement trouvées  lors de castings, de fêtes ou simplement par le truchement du quotidien, elles font parfois partie de l'entourage. En somme, elles n’ont nul besoin d’être inventées, il suffit de se les approprier. 

Si on devait établir un ordre, la muse serait classer au-delà de l’égérie. Personnage très idéalisé doté de caractères extrêmement forts, elle se fait plus rare, plus éthérée plus irréelle. L'égérie est inscrite dans son temps, dans la vie. 

Yves Saint Laurent s’est toujours entouré de personnages féminin. Loulou de la Falaise, Betty Catroux, toutes l’ont largement inspiré et représentaient ses idéaux pour une femme.

Depuis son arrivée dans la Maison Chanel, Karl Lagerfeld collectionne muses et égéries qui se piquent la vedette tour à tour. Inès de la Fressange, Keira Knightley, Cara Delevingne, Lily Rose Depp… Bref, on ne compte plus les maisons ni les créateurs qui se sont entichés de ces innombrables personnes devenues références et fantasmes.

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Porte-clé Karl Lagerfeld, 2018.

En marge des muses et des égéries, on trouve les mascottes de mode. Un exemple célèbre, Choupette, le chat de Karl Lagerfeld devenue véritable icône, est utilisé en tant que motifs dans les collections de la marque éponyme de son maitre. Elle est érigée au rang de mascotte, petite boule de poils schématisée sur différents articles. Sur le site karl.com, plusieurs modèles de bonnet à son effigie sont épuisés… Un coup de génie pour le directeur artistique, bien que sa cible ne soit pas les félins. On célèbre ici l’amour pour les chats, ou de son propre animal, ou encore de Choupette (ou même de Karl).

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Instagram @charlottedgp

 

Le vent de liberté qui souffle sur le processus créatif des designers contemporains n'est pas prêt de s'arrêter et c'est tant mieux. Les étudiants des prestigieuses écoles de mode passent également par ces méthodes de travail plus libres, plus intuitives et redoublent de créativité. La technique se doit d'être au service de la forme et non l'inverse. 

Cependant, l’incarnation actuelle des personnages de mode pose question. Quels personnages incarnent aujourd'hui les marques? Cette liberté picturale aux prémices de la création existe-t-elle toujours ou est-ce que d'autres intérêts priment désormais?  Il semblerait que  l’admiration soit davantage porté sur des influençeuses tendances, plutôt que sur des femmes aux caractères singuliers. On se laisse séduire par les filles et fils de (on parle évidemment de Lily Rose Depp, de Kaia Gerber, Iris Law, Willow Smith, Brooklyn Beckham). Les designers rêvent-ils vraiment  de ses personnes quand ils dessinent dans leurs carnets? De plus, on craque littéralement pour un petit chat mignon et on rêve à travers le compte instagram d’une blogueuse modeuse. La mode prend et s'incarne selon un paradigme de chiffres et de followers. C’est donc cela les filles et garçons de notre temps. Les années Grace Jones sont donc bien loin.


Couture à porter

« Couture-à-porter » ; « Couture-to-wear » ; « Prêt-à-couture » … Tous sont des synonymes évoquant des griffes contemporaines qui considèrent leurs créations comme tel.

Deux termes opposés se partagent une même expression. D’un côté la Haute Couture dont la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM) demande à ses membres de répondre à des critères bien précis tels que la pratique de métiers d’art, la confection sur-mesure de pièces uniques, posséder deux ateliers au sein de la maison, ce qui engendre évidemment des tickets de caisse à plusieurs zéro.

L'autre terme est le prêt-à-porter (PAP) évoquant le quotidien, les tailles standardisées et le commun des mortels. La tendance est à ce curieux mélange de deux appellations antonymes, dont l’une est quasiment inaccessible de par ses nombreux critères de sélection à respecter si on espère un jour intégrer la prestigieuse FHCM.

On a déjà observé des phénomènes similaires qui consistent en cette confusion de la mode prêt-à-porter et du luxe.

Couture à porter
Yves Saint Laurent Rive Gauche.

En 1966, Yves Saint Laurent (YSL) fut le premier couturier à ouvrir sa boutique de prêt-à-porter en plus de sa maison de couture. Il envisage alors cela comme créer des « vêtements pour toutes », donc abordables, mais avec le même soin que celui apporté pour la confection des pièces couture. En ce sens, il innove et marque un début de mouvement vers la vie de tous les jours. La qualité n’est plus réservée à une seule élite, mais se vit dans le quotidien, sans cérémonie.

Puis d’autres couturiers tels que Paco Rabanne, Versace et tant d'autres,  reproduisirent le même modèle, soit entrer par la Haute Couture pour ensuite proposer des collections prêt-à-porter aux client(e)s. Aujourd’hui la tendance est inversée puisque la plupart des marques débutent par le ready-to-wear avant de convoiter le label Haute Couture. Une zone grise s’installe donc entre les deux mondes.

Depuis, veut-on nous vendre de la couture à prix abordable ? Ou bien nous vendre du PAP à prix couture ? L’intention d’origine était celle lancée par YSL, mais actuellement le phénomène semble s’inverser encore une fois.

Aujourd’hui le prêt-à-couture est un terme marketing de plus en plus utilisé dans la mode.
La Maison Schiaparelli a même nommé une de ses gammes ainsi ; prêt-à-couture.

prêt à couture
Maison Schiaparelli : Prêt-à-couture

Du côté des jeunes marques, se revendiquer « couture-à-porter » permettrait sans aucun doute de vendre des articles à prix « couture » mais d’une qualité se rapprochant davantage de celle du prêt-à-porter. Il s’agit également de s’arroger les lettres de noblesse de la Haute Couture sans forcément en posséder les artefacts et les techniques.

Mais à leur décharge, qui peut aujourd’hui sans de solides soutiens financiers et une clientèle ad hoc lancer une maison de haute couture sans avoir auparavant forgé son nom ?

Bien qu’ils ne puissent pas vendre leurs collections à bas coûts, cela pourrait s’avérer être une stratégie pour ces designers émergents qui justifieraient des gammes de prix parfois exorbitants.

Innovants ou pas, dans leurs démarches créatives, cette qualification leur permettrait de continuer un questionnement nécessaire sur la portabilité du vêtement en testant les limites de cette thématique et ce dans la droite ligne de leurs prédécesseurs. En somme, des jeunes créateurs comme Coralie Marabelle proposent d’accéder à l’esprit couture non plus par le prix et la technique, mais par l’expérience. L’audace esthétique bascule dans le prêt-à-porter, mais l’appellation risque peut-être de se perdre dans un jeu marketing.

A-t-on vraiment besoin de mettre des mots sur cet entre-deux, alors que d’autres créateurs avaient déjà brouillé modestement et discrètement les frontières entre prêt-à-porter et haute couture ?

Cette confusion semble déjà être bel et bien réelle voire même ancrée dans les consciences consommatrices.

Si vous souhaitez en savoir sur une créatrice qui bouscule la mode, nous vous invitons à lire l'entretien que nous avons réalisé avec Elisabeth Jayot qui vient de rejoindre notre équipe.


Solde

LES SOLDES FONT-ILS ENCORE SENS À NOTRE ÉPOQUE ?

À LA DÉCOUVERTE DE CES MARQUES QUI RENONCENT AUX DÉMARQUES

Tout a commencé avec cette inscription en lettres dorées sur la devanture d'une boutique du quartier Saint-Germain. Malgré le crachin breton, je suis restée interloquée devant la vitrine pendant de longue minutes. Toute la violence de ce message publicitaire résidait dans sa criante vérité.

« WHEN LIFE GETS THIS BORING
THERE'S ONLY ONE THING TO DO
SALES ».

« Quand la vie devient aussi ennuyeuse, il ne reste plus qu'une chose à faire : les soldes. »

J'en étais d'ailleurs un parfait exemple puisque j'avais cherché à me consoler de la rude journée de labeur passée à servir les clients exigeants du Bon Marché en m'offrant quelques paires de chaussettes en soldes. Les-dites chaussettes promotionnées à -30%, avec une remise supplémentaire en caisse de 30% m'étaient revenues à un prix absolument dérisoire, si bien que j'avais pu me payer 5 paires pour le prix d'une.

Sur le moment très fière de ma bonne affaire, le petit sac contenant mes trouvailles n'avait dorénavant plus le même poids dans ma main face à ce slogan tapageur. Je me rendis alors compte que je n'avais pas acheté un produit « full price », comme on dit dans le jargon, depuis au moins 3 ans.
Pas étonnant quand on se rend compte en travaillant de l'autre côté du miroir, que la distribution égrène désormais de manière presque ininterrompue les promotions, les ventes privées, les pré-soldes, les soldes et les offres événementielles (Saint Valentin, Fête des Pères/Mères ou autre Black Friday...).

TOUT DOIT DISPARAÎTRE !

Pour retracer l'origine de ce phénomène, il faut revenir au XIXème siècle. Simon Mannoury, heureux propriétaire du commerce parisien Le Petit Saint Thomas, dans laquelle il propose de manière innovante des produits à prix fixes accessibles sur entrée libre avec possibilité d'échange, se retrouve bientôt débordé par le volume d'invendus.
Afin d'écouler ce surplus de marchandises, il propose à ses clients les stocks des saisons passées avec une décote qui attire rapidement les foules. Dans ses réclames, il utilise alors le mot « solde » au singulier pour nommer cette braderie, un terme qui désignait alors un coupon de tissu invendu comme nous pouvons encore en trouver au Marché Saint Pierre.

Solde
Au Petit Thomas

Ces techniques de distribution et de marketing modernes vont survivre à la fermeture de l'enseigne, grâce à l'un de ses anciens employés du nom d'Aristide Boucicaut qui créera en 1852 le même Bon Marché que je venais à peine de quitter.

L'essor des grands magasins, avec la création successive du Printemps (1865), du Bazar de l'Hôtel de Ville et de La Samaritaine (1904), va inciter l'État à réglementer dès 1906, ce qui s'appelle alors la « vente au déballage », en spécifiant une durée légale maximale de 6 semaines, ce 2 fois l'an et impose aux commerçants d'obtenir une autorisation de la municipalité.

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Au Bon Marché

LE RÈGNE DE LA REMISE

Deux siècles plus tard, la révolution numérique a fait son œuvre et dans son sillage les outils informatiques permettent maintenant une meilleure gestion des stocks, des flux logistiques tendus, voire des productions à la demande, réduisant ainsi considérablement les quantités d'invendus.

Pourtant vidés de leur objet premier, les soldes, loin de disparaître, prolifèrent. Sous l'effet d'une concurrence toujours accrue, alimentée par la mondialisation, le développement de l'e-commerce, l'expansion du marché de l'occasion et de l'économie de partage, la pratique du produit dégriffé, soutenue par des marges brutes toujours plus importantes, s'établit en véritable système économique.

Les soldes semblent un terrain fertile pour les incohérences. Ils commencent entre 1 à 3 semaines seulement après le début de la saison que leurs remises sont censées clore. Les enseignes proposent souvent des prix gonflés en amont pour autoriser par la suite un rabais alléchant, ainsi que des vêtements de moindre qualité produits spécialement pour l'occasion afin de préserver les marges. Il devient alors de plus en plus difficile pour le consommateur de différencier la bonne affaire de l'attrape-nigaud.
Depuis l'avènement du prêt-à-porter, nous assistons à une augmentation significative des parts de marché des produits démarqués. Alors qu'ils ne représentaient que 5% en 1970, ils sont passés à 25% en 2009, et enfin à 43% en 2014. Avec la multiplication des offres promotionnelles aboutissant à une banalisation des réductions, on assiste à un véritable renversement du paradigme : la remise devient la norme et en conséquence celui qui paie le prix fort a le sentiment de s'être fait avoir.

Soldes

C'EST MON DERNIER PRIX !

Ces promotions quasi-permanentes alimentent chez le client un sentiment de suspicion. La fluctuation permanente des tarifs de vente aboutit à un découplage entre la valeur et le prix attribué à l'objet. Puisque le premier comparateur en ligne venu saura toujours faire remonter des profondeurs du World Wide Web une offre de remise, le prix de référence – défini par la loi comme étant le prix le plus bas observé dans les 30 jours précédents les soldes – se trouve désormais totalement vidé de son sens.
À cette époque où les prix sur nos étiquettes font autant le yo-yo que les actions en Bourse, certains petits créateurs, nouvelles marques engagées, mais également de grands groupes ont fait du renoncement au solde un nouveau argument stratégique de positionnement marketing.

Pour premier exemple, la créatrice parisienne Amélie Pichard, à la tête de la marque de chaussures et de maroquinerie éponyme, gagnante du Grand Prix de la Création de la Ville de Paris en 2012. Après s'être fait remarqué en 2016, en initiant une collection de chaussures vegan intitulée « Natural Beauty » en collaboration avec la sulfureuse Pamela Anderson, elle renonce l'année suivante au calendrier officiel de présentation des collections – comme l'avait fait bien avant elle, le très regretté Azzedine Alaïa. Elle décide de ralentir son rythme et de présenter ses collections lorsqu'elle estimera que celles-ci seront prêtes afin de, dit-elle, préserver sa créativité.

Collab Amélie Pichard et Pamela Anderson

Le 10 Janvier dernier, Amélie Pichard annonçait fièrement sur son compte Instagram au moyen d'un GIF humoristique : « Pichard is free of sales ». Elle justifie alors cette décision par une volonté de libérer la créativité et de mettre fin à la « fast fashion » qui provoque, selon elle, l'extinction de l'artisanat. « Les soldes sont entrain de tuer la mode et la créativité, ils détruisent les produits bien faits ainsi que notre planète. Arrêtons l'esclavage de la fièvre consommatrice ».

Les nouvelles tendances en déclassant les produits des saisons précédentes alimentent indéniablement cette fièvre, c'est pourquoi la Maison Standards a fait le choix de concentrer son activité sur la conception de vêtements au style intemporel, produits de manière éthique et responsable. En se soustrayant de la sorte aux tarifs dégressifs motivés par l'impératif de renouvellement, la jeune marque engagée a posé comme préceptes fondateurs «  sans intermédiaire, sans saison et sans soldes ».

Solde

Déterminée à faire bouger les lignes de l'industrie de la mode, l'enseigne crée en 2013 par Uriel Karsenti, que nous avions rencontré pendant les conférences AntiFashion l'été dernier  à Marseille, privilégie la pédagogie consommateur et la transparence pour proposer toute l'année des vêtements de qualité au prix le plus juste directement sur sa plateforme web.

Pour finir notre tour d'horizon, j'aimerais que l'on s'attarde sur le petit nouveau de la bande qui s'avère d'ailleurs plutôt être un grand bonhomme bien bâti puisqu'il s'agit de la marque d'articles et de vêtements de sport Decathlon, établie depuis plus de 40 ans et bien connue du grand public.
L'enseigne a en effet renoncé à la grande messe des soldes début 2017 afin concentrer les efforts de ses équipes de R&D à faire baisser le coût de ses produits phares, et ce durablement sans que la qualité en pâtisse.

Les soldes auraient-ils donc vécu ? Et, avec eux, le système de mode du XXème siècle ?

Dans tous les cas, questionnez-vous avant de claquer plus que ce que le permet votre découvert autorisé s'il est préférable de céder à la tentation des réductions en ce mois de frénésie consommatrice ou de favoriser la recherche du prix juste tout au long de l'année.

 


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Innovation à pas feutrés chez Intrview

Lors de la dernière Fashion Tech Expo qui s’est tenue à Paris le 19 octobre dernier, j’ai eu le plaisir de rencontrer les créateurs de la marque Intrview (oui sans le « e »). Audrey à la création et John à la direction forment un duo discret mais déterminé à proposer une nouvelle manière de penser la mode. Entre avant-garde et savoir-faire leurs coeurs ne balancent pas, ils ont choisi de mêler les deux dans des créations audacieuses et un modèle économique innovant. Rencontre avec un tandem à la marge mais « furieusement » intéressant.

Julie Pont  (JP) : Bonjour à tous les deux, avant tout chose pourriez vous présenter rapidement Intrview ?

Audrey (A) : Intrview a été créé en Janvier dernier (2017) donc cela fait environ 8 mois. Le projet initial découle du fait que j’étais déjà spécialisée dans le domaine du design textile. J’ai travaillé en tant qu’indépendante dans beaucoup de maisons sur le développement textile et la transformation matière. Je vendais mes échantillons principalement aux maisons de Haute Couture. Et un jour je me suis dit :

« pourquoi ne pas garder pour mon propre compte tout ce que je fais pour les autres? »

En vérité mon expérience auprès de ces grandes maison a été l’occasion de pas mal de frustrations… beaucoup de plaisir aussi, mais toujours accompagné d’un sentiment d’être dépossédée de mes idées. Je réalisais un échantillon, je le vendais et pendant trois collections, le designer pouvait se servir de cette pièce pour des réalisations totalement différentes (parfois sur 1 an et demi).

Intrview est née de cela.

JP : Quel a-été ton apprentissage de la mode ?/ Quels ont été vos parcours ?

A : J’ai commencé par des cours du soir à la Parsons School de Paris, puis j’ai intégré l’École de la Chambre Syndicale de la Couture. Une fois diplômée, je suis partie à Anvers, à la rencontre de petits créateurs. J’y ai déterminé avec plus de précision mon parcours. En rentrant à Paris j’ai travaillé avec une créatrice Maria Mantovani textile et fourrure qui m’a vraiment ouvert les yeux sur des matières avec lesquelles je n’envisageait pas encore vraiment de travailler. Elle m’a vraiment découvrir l’aspect « travail pour des grandes marques » (Chanel, Ralph Lauren etc), développer des échantillons et les vendre. J’ai aussi vraiment développé le côté artisanal de mon métier avec notamment l’apprentissage d’outils auxquels nous n’avons pas accès dans les écoles de mode.

John (J) : J’ai un parcours plutôt business. Après une grande période de changement, Audrey et moi avons échangé sur son projet. Son idée de changer de modèle tous les 15 jours m’a plu dans le sens où en reprenant un code de la Fast Fashion (stresser le consommateur qui du fait du changement rapide de collection a peur de ne jamais retrouvé la pièce qui lui plait) et en le retournant donc réer un nouveau concept de consommation d’une vêtement de mode.

JP : Quel a été le point de départ de ton processus créatif ?

A: Je me concentre sur des basiques déjà existants; tee-shirts blancs, pantalon noirs etc… Pas des produits mode. Je n’avais pas envie de travailler tout ce qui concerne la coupe. Je retravaille des détails et j’ajoute de la transformation textile. Mon souhait était, et est toujours, de me concentrer sur le développement de matières jamais vues et innovantes. Et c’est d’autant moins facile à reproduire ! Rien à voir avec un patron ou un motif que l’on peut copier avec une facilité déconcertante.

En m’inscrivant dans la droite ligne de ce que j’avais déjà fait pour les maisons de couture, j’avais ainsi la possibilité de laisser libre cours à ma créativité, tout en protégeant mes idées par des techniques de ma conception, difficilement identifiables et donc difficilement reproductibles.

Dès que je trouve une pièce, le travail textile se forme autour de cette rencontre avec le vêtement. Chacune de ses spécificité devient une contrainte ou le creuset d’une innovation.

JP : Où puises-tu ton inspiration?

A: Pour avoir une vision différente d’un secteur il faut s’en éloigner. Je mets un point d’honneur depuis plusieurs années à ne jamais regarder les défilés durant la fashion week, à ne jamais lire un magazine de mode. La seule fenêtre que je laisse ouverte est Instagram car d’une part je trouve que la créativité y est encore vivace, et d’autre part cela me permet aussi de prendre la température auprès d’autres « petits créateurs » moins visibles dans les médias « traditionnels ».

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Photographe : Juliette Denis - Model : Chloé Carel - MUA : Estelle Irvin - Assistant : Claire Gaby

JP : D’où est venu ce plan de collection très particulier : une pièce unique toutes les deux semaines?

A : Au début nous étions partis sur une pièce par mois. Très vite nous nous sommes rendus compte que le rythme était assez lent et que l’on s’ennuyait vite (rires). Ne serait-ce que sur les réseaux sociaux : trois semaines avec les mêmes photos, les mêmes détails… c’est long ! Nous n’avons pas tenus un mois. Très vite nous sommes arrivés à la conclusion que la dynamique du projet reposait sur un rythme d’une pièce touts les deux semaines (17 jours pour être exact); on garde ainsi une sorte de mouvance perpétuelle.

JP : Nous nous sommes rencontrés lors de l’Exposition de la FashionTechWeek de Paris en Octobre dernier ; comment vous inscrivez-vous dans la Fashiontech et comment imaginez-vous l’avenir de ce milieu?

A : Selon notre approche la Fashiontech ne concerne pas uniquement l’insertion de technologies x ou y dans un vêtement. On ne se voit pas mettre des LEDs dans un textile pour se sentir « fashiontech ». Hussein Chalayan l’a fait il y a 10 ans, ce qui est fait n’est plus à faire (pour voir son article sur Modelab c'est ici). D’ailleurs si dans mes recherches pour un nouveau modèle je me rends compte que j’ai déjà abordé ce matériau, cette technique, j’abandonne le modèle. Je me dois d’innover à chaque fois. Lors de l’exposition, de nombreuses personnes nous ont demandé le pourquoi du comment nous étions arrivés ici. Chez nous il n’y avait pas d’imprimante 3D mais une robe faite à partir de sable !

Nous nous concentrons sur l’innovation dans les matières. Et cela peut concerner des matières existantes. Le sable n’est pas une invention. Nous mettons à profit ce matériau pour un usage inattendu. Je travaille également avec des matériaux de chantier et des cotons tiges (rires) ! Ce qui m’intéresse réellement c’est le détournement d’un élément existant pour l’intégrer à mes créations.

JP : Comment porte-t-on et entretient-on une robe en sable?

A: Là est toute la difficulté  et le défi à relever ! À chaque nouveau modèle il faut innover et c’est bien tout l’intérêt. Je ne peux pas révéler mes secrets de fabrication mais jusqu’à présent tous nos modèles supportent un lavage en machine à 40° !

J: Oui on s’arrête là pour les explications le reste demeure dans nos ateliers (rires) ! Le secret fait partie du produit !

JP : Si j'ai bien compris votre concept ces  pièces sont uniques mais duplicables ?

J : Oui dans la limite de 25 pièces par modèle. Nous nous tenons vraiment au croisement de la pièce unique, de l’objet d’art et du vêtement. Toute la magie (et la difficulté) d’Intrview réside dans cette incapacité à classer notre concept dans un domaine.

Notre mantra est de proposer des pièces à fort impact créatif (donc qui séduisent les amateurs d’art) mais qui interpellent les professionnels de la mode sur la manière, la technique de réalisation. Nous voulons vraiment que des gens comme toi regarde nos modèles et se disent :

« mais comment font-ils? »

Et cela fonctionne plutôt très bien ! En dehors de ce mystère très attractif, quel est le fil conducteur de votre identité de marque? Votre site est très cohérent, tout comme votre Instagram, pourtant les pièces et les visuels sont très différent(e)s les un(e)s des autres…

J : On a une redline que l’on suit d’une pièce à l’autre (peut-être ce côté organique, étrange), mais notre défi c’est de recommencer de zéro à chaque modèle. On se doit d’être super innovants à chaque nouvelle sortie.

Cependant et étant donné que nous avons une fenêtre très courte entre chaque modèle, nous devons, pour toucher un maximum de gens et « universaliser » notre produit, s’attacher à faire shooter les pièces par des photographes différents. On produit 4 à cinq séries photographiques par pièce pour que chacun, à travers un oeil qui lui est propre, se retrouve dans chaque proposition.

A : Nous avons la chance de fédérer beaucoup de gens de talent qui sont impliqués dans ce projet comme s’il était le leur. Et je tiens d’ailleurs à les remercier ici !

Par contre nous sommes très attachés à ne jamais nous mettre en avant en tant que personnes. Le produit passe avant tout. Nous ne souhaitons pas incarner notre projet. Il doit s’incarner par lui-même. Et pour l’instant cela nous réussit plutôt bien.

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Photographe : Amelia Hammond - Model : Natali - MUA : Maki Miyauchi - Hair : Maki Miyauchi - Styling : Camille Guerard

JP : Comment envisageriez-vous un passage à plus grande échelle?

A : Hum… on est quand même à contre courant du mass market, donc vraiment que de la collaboration ponctuelle. Extraire le concept d’innovation matière pour l’appliquer sous forme de détails à des vêtement de grande série.

JP : Quelle est la cible Intrview aujourd’hui ?

A : On vise une clientèle plutôt étrangère. Plutôt une femme pointue, proche de l’art contemporain et plutôt loin d’un esprit mode bling. On vise un marché de niche, avec une clientèle prête à investir dans une pièce mode qui n’a pas le référentiel de grande maison.

JP : Et les concept stores?

J : On ne « fit » pas vraiment en terme de roulement de collection et de rythme en magasin. La clientèle pourrait être vraiment idéale mais il faudrait prévoir une collaboration plutôt que d’essayer de créer du stock et un roulement plus « classique ».

JP : En regardant votre travail, très créatif, très « hors dehors de codes », on pense forcément à une démarche artistique plus que mercantile. Qu’en est-il des musées et des galeries?

A : Alors on ne communiquera pas dessus pour l’instant mais nous sommes en pourparler avec un musée en devenir.

J : Nous avons également commencé à contacter des galeries.

A : On pourrait ainsi faire de la mode une oeuvre d’art à porter ! Et puis on considère de la sorte le vêtement comme un investissement. On ré-injecte de la valeur dans un objet qui est aujourd’hui considérer comme un consommable.

Cette idée nous plaît assez !

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The Jacket by Intrview - Photographer: Andrew Kovalev (ckovalev.com) - Model: Bebe Sesitashvili- MUA: Qeto Chantadze - Assistant: Tata Melnik - BTS videographers: Thomas Burns, Natalia Eremina Special thanks to: Take2 Tbilisi, PlantShop.ge, Caucasian Film Service Tbilisi, 2017

Dans cette lignée de créateurs atypiques, je vous recommande Elisabeth Jayot qui s'amuse à repenser le vêtement.


Les futurs agents secrets seront connectés

De quoi faire saliver d’envie James Bond et Inspecteur Gadget… Alors que les technologies de communication ne cessent d'évoluer, que les drones sont en train de révolutionner les pratiques de surveillance et que notre monde ultra-connecté nous permet de moins en moins de nous cacher, voici quelques wearables qui feront rêver tous les espions en herbe !

Le wearable qui murmurait à l’oreille des espions

Les chercheurs de l’Université de Bristol ont mis au point un prototype de wearable qui permet d’entendre les murmures d’une personne à l’autre bout d’une pièce. La personne qui parle doit être équipée d’électrodes fixées sur les lèvres et la mâchoire, tandis que celle qui écoute est équipée d’une mini-enceinte fixée sur le torse. Lorsque la personne parle ou articule simplement un mot, ces mouvements sont convertis en signaux électriques analysés par un programme qui les retransmet à la personne qui écoute. En plus, le degré d’exactitude du programme augmente avec le temps – maintenant, il ne reste plus qu’à réussir à dissimuler toutes ces électrodes !

Source : http://lesclesdedemain.lemonde.fr/technologie/un-wearable-pour-entendre-des-murmures-a-l-autre-bout-d-une-piece_a-88-6157.html

Les lunettes augmentées façon hipster

Shima, les lunettes connectées

Difficile de ne pas le remarquer si quelqu’un apparaît devant vous avec une paire de Google Glass. Mais les lunettes Shima, elles, sont conçues pour passer inaperçues… ou du moins pour passer pour une simple paire de lunettes de vue. En réalité, elles embarqueront de nombreuses fonctionnalités, dont une caméra dans la version beta améliorée (le projet en est encore au stade de pré-commande pour le moment). Et elles permettront aussi de corriger la vue ! Quatre formes de monture sont déjà disponibles, mais il devrait à terme y en avoir 16.

Le vêtement caméléon

Oui, c’est possible ! Lauren Bowker et son collectif The Unseen, basé à Londres, ont déjà créé des tissus dont la couleur peut être changée. Une technologie que The Unseen a aussi déclinée à une… coloration pour cheveux, avec pour résultat une vidéo totalement bluffante.

THEUNSEEN FIRE 4 short from T H E U N S E E N on Vimeo.

La cape d’invisibilité

Et pourquoi ne pas pousser jusqu’à rechercher l’invisibilité ? Si vous pensiez que seul Harry Potter en était capable, détrompez-vous : des scientifiques de l’université de Rochester, aux États-Unis, ont réussi à mettre au point une « cape d’invisibilité » en utilisant des technologies déjà connues. En combinant plusieurs lentilles optiques, les chercheurs arrivent à faire disparaître un objet situé au premier plan, tandis que l’arrière-plan reste visible. Cerise sur le gâteau, ils vous proposent même de créer votre propre cape pour moins de 100 $.

Les futuristes

Stealth Wear
Il faut vivre avec son temps ! C’est pourquoi Stealth Wear a décidé de réfléchir sur des vêtements inspirés des capes et des burqas permettant d’échapper à une surveillance thermique par drones. Le tissu recouvert de feuille d’argent a en effet la propriété de renvoyer les radiations thermiques.

Projet Kovr

Dans le même esprit, le projet KOVR forme une sorte de cape anti-ondes autour de celui qui le porte. Ce manteau isole en effet les émissions et les réceptions de données mobiles : pour continuer à fonctionner, le smartphone doit être placé dans une poche extérieure.

À noter aussi, une récente publication du MIT qui indique travailler sur des bijoux connectés...

Avis aux agents secrets en herbe !


uniqbrow

Fashion tech : pendant ce temps-là, en Espagne...

Tongs ? OK. Lunettes de soleil ? OK. Me voilà prête pour aller jeter un petit coup d'œil à la scène fashion tech de l'autre côté de la frontière. Direction l'Espagne, à la découverte de trois projets qui s'illustrent par leur démarche et leur créativité.

Uniqbrow, les lunettes de soleil interchangeables

 

« Engineering freedom », voici l'ambitieuse promesse d'Uniqbrow. Cette start-up basée à Barcelone crée et fabrique localement des lunettes de soleil aux verres et branches interchangeables afin de s'adapter aux nouveaux modes de vie urbains.

Leur credo ? Nous passons notre vie en mouvement, entre les quelques minutes de vélo pour aller au travail, la course effrénée derrière ce métro qui s'éloigne déjà, ou tout simplement le footing du soir entre copains. Et nos lunettes doivent s'adapter à cette omniprésence du mouvement dans notre vie.

Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? Les lunettes Uniqbrow sont faites en Quiroflex, un matériau plastique intelligent, et les branches et verres sont interchangeables afin de pouvoir les personnaliser comme vous voulez. La marque revendique une démarche honnête et clame ne travailler qu'avec des artisans locaux payés un salaire décent. Et si ça ne suffisait pas à leur décerner la palme du cool, Uniqbrow s'illustre aussi par des collaborations avec des artistes en tous genres. À découvrir ici.

Imersivo, ou quand les frontières entre shopping en ligne et shopping physique s'effacent

imersivoUne expérience shopping en continu : voici ce que promet la start-up Imersivo. Grâce à une technologie de reconnaissance visuelle nommée Computer Vision, le client est analysé lors de son passage en cabine d'essayage et des produits complémentaires lui sont proposés, en fonction de sa morphologie et de ses caractéristiques propres (et du produit qu'il est en train d'essayer, évidemment).

Les clients sont aussi invités à parcourir les nouvelles collections via leur smartphone, peuvent consulter directement les informations produits et peuvent également enregistrer des produits sur leur smartphone pour de futurs achats.

Imersivo propose enfin de centraliser les inventaires des différentes boutiques d'un même groupe avec leur boutique en ligne pour avoir un inventaire unique et mis à jour en temps réel, et de recouper les données obtenues en ligne et en boutique pour analyser les comportements clients. Une solution complète pour une meilleure synergie entre expérience en ligne et en boutique. Leur site internet ici.

 

First Vision, le wearable qui vous met dans la peau de vos joueurs préférés

firstvisionFirst Vision propose aux athlètes d'enfiler ses maillots afin de pouvoir proposer au spectateur une expérience bien plus réelle. Les maillots, truffés de capteurs audio et vidéo, sont capables de retransmettre en direct le point de vue du joueur pendant un match ou un tournoi. Une expérience de retransmission de sport beaucoup plus réaliste et immersive.

Cette solution a vocation à intéresser les chaînes de télévision, évidemment, mais aussi les sponsors à la recherche d'un support innovant. Et le bénéfice spectateur, qui vit le jeu comme s'il le jouait lui-même, est évident. Plus non négligeable : la start-up propose ses wearables à la location, formation des techniciens incluse. Une entreprise à découvrir ici.

 

Et alors qu'Inditex ne semble pas près de renoncer à sa place de leader mondial de l'habillement en termes de chiffre d'affaires et de bénéfices, les start-ups de la péninsule ibérique redoublent d'idées pour inventer la mode de demain, malgré une scène fashion tech relativement moins développée que dans d'autres pays européens. À surveiller cependant, car lorsque l'on voit la concentration de start-ups proprement ahurissante qu'affiche une ville comme Barcelone, il y a fort à parier que ce petit retard sera vite rattrapé, voire dépassé.


sneakers

Les sneakers, un marché porteur d'innovations

Le récent engouement pour les sneakers a forcé l’industrie à se renouveler pour satisfaire un consommateur addict. Le "sneakerhead" comme on l’appelle est un consommateur collectionneur exigeant en constante attente de nouveautés et d’exclusivité. Et dans ce marché hyper-concurrentiel, extrêmement sensible aux tendances, la capacité à innover représente aujourd’hui un enjeu majeur. C’est pourquoi ce secteur est aujourd’hui devenu un acteur leader et porteur d’innovations et de nouvelles technologies. On vous propose de découvrir 3 domaines dans lesquels le marché des sneakers s'illustre en terme d'innovations.

1 - La co-création, inclure le consommateur dans le procédé de création

En 2015, Nike relançait son service de personnalisation NikeLAB iD, permettant aux clients de travailler en tête à tête avec un designer pour customiser leurs baskets. Prenant une Air Force 1 High, une Air Force 1 Low ou une Air Max 1 pour base, il est ensuite possible de choisir parmi plus de 400 matériaux pour customiser toutes les parties de la chaussure, qui sera ensuite réalisée à la main.

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Nike Lab Bespoke

Dans un autre esprit mais toujours en permettant aux amateurs de réaliser la basket de leur rêve, la start-up américano-coréenne Rooy est une plateforme qui propose aux passionnés de participer à des « design challenge » pour créer leurs propres modèles. Cette plateforme crowdsourced fonctionne entièrement grâce à sa communauté de sneakerheads qui votent pour les créations qu’ils aimeraient voir réalisées. Selon les différents concours proposés, il est possible aux designers professionnels, amateurs, comme aux étudiants de soumettre leurs créations en respectant un thème ou une collaboration donnée. Le gagnant élu par la communauté Rooy travaillera ensuite à concevoir son produit de A à Z accompagné par des experts et industriels et verra par la suite sa création produite et distribuée. Il bénéficie ensuite de royalties sur les ventes. Le but de Rooy est de mettre en avant les talents de demain et de permettre à de jeunes créateurs et de jeunes marques de se faire connaître auprès d’un cercle de passionnés. Mettant au service des créateurs leur expertise commerciale et leurs réseaux de fabricants en Asie ils leur permettent ainsi de faire ce qu’ils font de mieux : créer.

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Vous voulez en savoir plus sur la scène FashionTech coréenne ? Découvrez le dossier spécial Corée dans notre dernier numéro papier !

2- Revoir les procédés de fabrication grâce à l'impression 3D

Nombreuses sont les marques qui ont déjà investi le terrain de l’impression 3D en matières de chaussures de sport. Nike en est le pionnier et Adidas, New Balance, Under Armour, entre autres, ont suivi. Mais jusqu’à présent ces modèles aux semelles imprimées en 3D comme la Zante Generate de New Balance ou la 3D Runner de Adidas n’ont été produites qu’en très peu d’exemplaires et vendues à des prix élevés. Pour le moment, chacune de leur côté, ces marques ont développé l’impression 3D plus dans un but de prototypage ou de fabrication de modèles sur-mesure destinés à des athlètes.

sneakers adidas 3d runner
3D Runner - Adidas

L’un des dernier venu, Reebok, est peut être en train de changer la tendance. Appelée « 3D drawing », leur technique d’impression 3D est unique. Le procédé a été perfectionné pour le lancement du modèle Liquid Speed. La marque s’affranchit des méthodes traditionnelles de fabrication des chaussures à base de moules et a développé un procédé d’impression 3D liquide.

Un bras robotique vient en quelque sorte « dessiner » la semelle de la chaussure à partir d’un matériau polyuréthane liquide. Une fois durcie, celle-ci reste souple et vient faire le lien entre tous les éléments de la basket créant un maintien en 3 dimensions mais permet aussi d'amortir les chocs et ainsi d'améliorer les sensations lors de la course pour l’ensemble du pied. Pour l’instant, 300 paires de la Liquid Speed on été produites (ce qui représente déjà plus que les modèles concurrents) , mais l’ouverture d’un lab Liquid Factory est annoncé pour cette année et pourrait signifier une production à grande échelle. Ce nouveau lieu de production aux États-Unis pourrait devenir à long terme une alternative au made in China pour la marque, qui produit actuellement toujours majoritairement en Asie.

« Produire de cette façon est une manière de réduire les coûts de transport en relocalisant la production, pour à plus long terme produire des produits à des prix comparables aux produits actuels en utilisant l’impression 3D » Explique Bill McInnis, Vice President, Reebok Future at Reebok.

Adidas et Nike ne sont pas en reste et révolutionnent également les procédés de production. Adidas a récemment ouvert un nouveau genre d’usine avec sa Speedfactory située à Ansbach en Allemagne dont la première paire, la Futurecraft M.F.G, a été commercialisée fin 2016 en Allemagne uniquement. Une seconde usine similaire est en construction près d’Atlanta et sera dédiée au marché américain.

Ces nouvelles usines ont été créées pour répondre à demande locale pour un consommateur en demande de plus en plus d’immédiateté. Car aujourd’hui, la chaine de production a du mal à tenir le rythme, et, entre le dessin d’un produit et sa mise en rayon, il peut s'écouler jusqu'à 18 mois. La Speedfactory accélère cette chaîne de production et réduit ce délai à une semaine, voir quelques jours, une fois que le design est terminé. Même si Adidas reste aujourd’hui très discret sur comment fonctionne exactement cette nouvelle chaîne de production, on sait que la plupart des éléments composant la chaussure seront fabriqués sur place, en partie en impression 3D. Une impression 3D qui peut aujourd’hui prendre de multiples formes et est capable d’utiliser un nombre de matériaux toujours plus grand. Ce type de production favorisera également des produits de plus en plus sur-mesure, qui pourront peut être même être réalisés à partir d’un scan du pied du consommateur, pour répondre au mieux à ses besoins, à sa façon de marcher ou de courir.

Quant à Nike, ils développent déjà de nouveaux procédés de fabrication comme avec leur modèle Flyknit qui utilise une technique de tricotage informatisé. Technique qui a permis de réduire les déchets de production de 80% comparé aux chaussures de running traditionnelles, grâce à sa fabrication en une seule pièce. Nike a également lancé un centre appelé "Advanced Product Creation Center" dans l’Oregon, là où se situent ses locaux, afin d’explorer de nouvelles de méthodes de production automatisées dont l’impression 3D. Mais qu'ils utilisent pour l’instant principalement pour créer des modèles sur-mesure pour des athlètes professionnels...

3 - De l'upcycling à l'infinity cycling

L’Ultra Boost Uncaged Parley d’Adidas est la première paire de baskets fabriquée à partir de plastique recyclé. Fruit d’une collaboration entre la marque et l’ONG Parley for the Ocean, cette basket est constituée de déchets plastiques (bouteilles, filets de pêche …) récupérés par Parley dans les océans. La Uncaged Parley possède une tige blanche en Primeknit (l'équivalent du Flyknit de Nike), conçue à 95 % à partir de plastique océanique. Les lacets, l'onglet sur le talon et la chaussette ont eux été fabriqués à partir de matériaux récupérés par Parley pendant les opérations côtières aux Maldives, en faisant une paire (presque) totalement écolo ! Déjà en rupture de stocks, Adidas a annoncé 1 million de paires fabriquées en 2017 et Eric Liedtke, un responsable d'Adidas, a expliqué lors d’une conférence de presse :

«  Notre ambition à long terme est d’éliminer le plastique « vierge » de notre chaîne de production. »

sneakers Adidas x Parley for the Ocean
Adidas x Parley for the Ocean

 

Mais la marque allemande ne s’arrête pas là et travaille en ce moment en collaboration avec le CETI (Centre européen des textiles innovants basé à Roubaix) et d'autres centres de recherche européens sur un projet de recherche nommé « Sport Infinity ». Le procédé, connu sous le non d’infinity-cycling, cherche à créer une nouvelle génération de produits composés de matières entièrement recyclables. Des produits de sport qui ne seront donc jamais jetés, mais recyclés à l'infini grâce à un super-matériau 3D. Chaque paire pourra ainsi être déconstruite puis remodelée sans création de déchet, et en ajoutant une liberté plus grande en matière de personnalisation. Pour le moment au stade de la recherche, nous n'en savons pas beaucoup plus sur ce projet et sur ce super matériau 3D, mais ils semblent définitivement prometteurs et pourraient changer la façon dont on conçoit la vie d'un produit.

Ceci n'est qu'un petit aperçu de la façon dont ce secteur est en train de se transformer. Les sneakers sont par essence des produits designés pour performer et innover. Aujourd'hui plus que jamais, les designers repoussent les limites  de l'innovation, du style et du fonctionnel. Ces nouveaux concepts, de création et de production sont en train de transformer la conception de la chaussure de sport à une cadence toujours plus accélérée. Et 2017 sera probablement une année très riche en innovations.

 


Rencontre avec Laura Perrard, directrice du Salon du Luxe

Secteur incontournable du patrimoine français, le luxe se réinvente pendant deux jours, les 6 et 7 juillet 2016, à l'occasion du Salon du Luxe qui prendra ses quartiers à la Maison de la Chimie à Paris. Ce salon d'envergure internationale a pour ambition de "rallumer les étoiles", tandis que le Royaume-Uni vient de voter sa sortie de l'Union Européenne. Aujourd'hui, Laura Perrard, directrice du salon, souhaite que Paris redevienne le leader incandescent du luxe mondial. Elle nous explique son rêve et comment elle compte y arriver.

Laura Perrard, directrice du Salon du Luxe
Laura Perrard, directrice du Salon du Luxe

Modelab: Pourquoi avoir créé le Salon du Luxe ?

Laura Perrard: Le début de ma relation avec les professionnels du luxe débute au moment où nous avons lancé le Journal du Luxe . Pendant trois années, j'ai baigné dans le luxe et dans l'événementiel tout en continuant inlassablement à me passionner pour tous les sujets liés à l'innovation et au monde des startups. J'ai observé, pendant cette période, le manque de transmission et partage entre acteurs ne gravitant pas dans le même secteur. De même, la place véritablement offerte à l'innovation y était alors limitée. Évoluant dans ce milieu à la fois riche et extrêmement complexe, il m'a paru évident de créer le Salon du luxe Paris : l'événement référent des décideurs du luxe (C-level executive) au sein de la capitale de la mode et du luxe : Paris.

Le Salon du Luxe a pour but de décloisonner et de mettre en avant le savoir-faire, l'innovation et la créativité à la française tout en prenant le temps de comprendre année après année les évolutions du marché afin de contribuer à développer le tissu économique rattaché.

M: Justement, vous évoquez l'innovation. Aujourd'hui, elle est avant tout digitale.

L. P: La "transformation digitale" est un vaste sujet dont on entend parler depuis plusieurs années à présent. J'observe encore aujourd'hui deux Ecoles : la première qui dit que le Digital risque de venir perturber les interactions "humaines", et la seconde qui l'identifie comme une opportunité nécessaire. Selon cette dernière le digital sublime la relation commerciale, permet d'aller plus loin dans la connaissance des attentes du client, sur le sujet de l'expérience globale (du store physique à la présence en ligne), dans la maîtrise des coûts de production et son impact environnemental, dans la personnalisation proposée, etc. Je fais partie de la seconde Ecole.

Le Salon n'a pas de thématique dédiée au digital, c'est voulu, car c'est un sujet qui est selon nous aujourd'hui tellement intégré au sein de notre société qu'il ne fait plus sens de le dissocier. Nous l'abordons naturellement dans le cadre de chaque conférence. Nous avons néanmoins intégré une thématique "post-digital" drivée par Eric Briones sur l'édition 2016. D'ailleurs, j'invite d'ores et déjà vos lecteurs et vous-même à poser toutes les questions que vous pouvez avoir liées au luxe et au digital sur les réseaux sociaux avec le hashtag #salonduluxe afin qu'Eric Briones et les co-auteurs de son dernier livre y répondent sur scène.

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M: Pourriez-vous nous évoquer le salon de cette année, notamment en terme de contenu ?

L.P: Le cœur du Salon du luxe Paris, c'est le contenu et l'analyse que nous faisons des évolutions du marché au fil de l'année. La rétrospective du luxe et les conférences seront donc extrêmement intéressantes, nouvelles et très rythmées. Nous faisons intervenir des speakers bénévoles qui viennent partager leurs visions durant 2 jours. Au programme, cette année, sont annoncés 30 professionnels exerçant quotidiennement dans le luxe : Lorenz Bäumer, Elodie Sebag (Directrice Générale Cha Ling LVMH), Christophe Pradère (BETC Design). Mais également des speakers atypiques aux parcours uniques, le CEO, d'Havainas interviendra, Jean-François Clervoy, président de Novespace, etc.

Nous aborderons des sujets importants comme la désirabilité de Paris, les nouvelles formes de management, le luxe éthique... Mais nous allons bien plus loin en invitant les visiteurs à se projeter plus loin sur des conférences très prospectives.

M: En parlant de luxe, j'ai l'impression que ce thème est devenu un peu galvaudé.

L. P: Justement, notre ambition est de revenir au sens noble du terme. Le luxe est avant tout un héritage, un culte du beau, de l'excellence et de la perfection. De manière imagée, le luxe est pour moi la locomotive de tête qui va tirer tous les autres wagons. C'est "le Luxe" qui donne la direction et qui va déterminer la manière dont le reste du marché va évoluer. Il y a donc de vrais enjeux.

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M: Concrètement, que va trouver le visiteur lors de ce salon ?

L. P: 2 Des journées de conférences, de nombreux happenings artistiques, des moments de networking et 750m2 d'exposition avec une sélection de pépites qui gravitent autour de l'univers du luxe. Nous sommes vraiment attachés à ces PME et TPE car ce sont, pour de nombreuses, leur première exposition dans l'écosystème luxe. Enfin, la Soirée de Clôture du 7 juillet s'annonce unique en son genre.

M: Dans le luxe souvent, il existe un peu de réticence dû à un aspect guindé et je crois que vous voulez créer un côté convivial ?

L. P: Nous souhaitons surtout que les décideurs échangent. Pour cela, nous jouons sur différents niveaux. Au niveau de l'atmosphère, tout est mis en place pour initier naturellement l'échange (restauration debout, atelier d'initiation au Feng Shui, dégustation de grands crus...). Un concours de pétanque dans le magnifique jardin est également prévu. Et je ne délivrerai pas tout ! Il faut venir pour vivre l'expérience. Tout est mis en œuvre pour que la rencontre entre les participants soit facilitée. Nous ne sommes rien de plus que des facilitateurs et des diffuseurs de messages (qui ont du sens !).

M: Je crois que le Salon a également une ambition internationale.

L.P: Oui, en 2015, une délégation dubaïote a notamment été invitée. Cette année, notre regard sera porté principalement sur l'Amérique du Sud. En outre, nous avons commandé une étude à l'Ifop, concernant les attentes de la Génération Silver (les plus de 50 ans) en matière de luxe, une partie de l'étude sera délivrée sur le Salon, nous commercialisons avec l'Ifop le reste.

M: Pour les prochaines années, qu'avez-vous envie de développer ?

L.P:  Développer la communauté qui nous suit pour davantage de touchpoints, s'internationaliser et participer à la redéfinition du "luxe à la française" car je suis convaincue que c'est un enjeu majeur aussi bien économique que culturel pour notre pays.

Pour en savoir plus sur le Salon du Luxe, rendez-vous les 6 et 7 juillet à la Maison de la Chimie à Paris, ou bien sur le site internet de l'événement : salon-luxe.fr.

Offre exclusive réservée aux lecteurs de Modelab: bénéficiez d'une réduction de -30% sur votre entrée au Salon du Luxe grâce au code "MODELAB2016".

Vous pourrez retrouvez également Modelab, lors d'une table ronde sur la Fashiontech organisée durant le Salon du Luxe.

 


SldO

Le SIdO dessine les enjeux de la mode de demain

Penser les usages de demain à travers l’Internet des Objets et les objets connectés, telle est la mission du SIdO, showroom professionnel dédié à l’Internet des Objets qui s’est tenu à Lyon les 6 et 7 avril dernier. La deuxième édition du salon, qui a pour vocation de devenir l’évènement leader européen sur ce secteur, regroupait 200 exposants, 5000 visiteurs et 75 experts. L’Internet des Objets, considérée comme la troisième évolution d’Internet, désigne l’ensemble des objets connectés dans les domaines des smart cities, de l’économie, de la santé, du quantified-self, du retail, de la domotique, des transports et de l’industrie. Comme le rappelle Shawn DuBravac, économiste en chef, directeur de la recherche de la Consumer Technology Association et organisateur du Consumer Electronic Show de Las Vegas :

« Aujourd’hui une large part de l’innovation dans l’internet des objets vient de France »

Il positionne ainsi l’hexagone comme un territoire clé de cette industrie émergente. Il souligne aussi que :

« Nous sommes passés d'une ère du est-ce technologiquement envisageable, à une ère du est-ce technologiquement cohérent ? »

et ancre ainsi l’Internet des Objets dans une réalité économique et technologique contemporaine. Quand on sait en effet qu’en 2020, ce secteur représentera 1900 milliards de dollars et pas loin de 30 milliards d’objets connectés, il semble indispensable de s’intéresser aux enjeux de l’Internet des Objets et ses répercussions sur notre vie quotidienne.

richard phan

L’Internet des Objets : quand la technologie est au service du design

C’est un fait, nous vivons aujourd’hui dans un monde physique constitué d’objets (tables, lampes…) et de structures (toits, murs…) inertes. Et pourtant, nous tendons vers un monde de l’objet tout connecté où fenêtres, chaises et miroirs seront directement liés à Internet. Cette transformation de notre environnement nous oblige à repenser nos interactions avec les objets qui constituent notre quotidien. Mais comment interagir et évoluer avec ces objets s’ils ressemblent à des gadgets futuristes ? Le SIdO via l’Internet des Objets dessine l’enjeu majeur et incontournable de l’acceptabilité sociale. Porter des lunettes connectées, c’est bien, porter des lunettes connectées sans être dévisagé dans la rue, c’est mieux. Google en a fait les frais avec l’échec de ses Google Glass : annoncées comme un produit révolutionnaire, elles ne seront finalement pas vendues auprès du  grand public. Le problème majeur ? Un design trop technique qui ne prend pas en compte l’aspect accessoire de mode des lunettes.

La société OPTINVENT, spécialisée dans les smart glasses, a beaucoup travaillé sur cette problématique d’acceptabilité sociale. Constatant qu’il était difficile d’intégrer les lunettes connectées dans le quotidien de M-tout-le-monde, la société a travaillé sur le fait d’amener l’image flottante par un casque audio connecté. En effet, quoi de plus accepté qu’une personne se promenant avec son casque sur les oreilles ? Si l’objet proposé par OPTINVENT au SIdO manque encore d’ergonomie et d’esthétisme, la société semble pour autant être sur la bonne voie pour concilier contraintes technologiques et esthétiques.

OPTINVENT présente son casque connecté lors du SIdO
OPTINVENT présente son casque connecté

L’acceptabilité des objets connectés est donc devenue une véritable problématique de mode intégrée sous la forme des wearables et smart clothes, ces vêtements et accessoires connectés qui peuvent être portés par tous au quotidien. La mode étant un secteur très porté sur l’innovation et le renouvellement (recherche constante de nouveaux textiles et de nouvelles techniques de fabrication, etc.), il semble presque naturel qu’elle s’empare de la problématique des wearables technologies via les objets connectés. Cet impératif de l’objet connecté design, beaucoup d’entreprises l’ont compris et l’intègrent de plus en plus dans leurs produits. C’est notamment le cas d’Oombrella, un parapluie connecté qui envoie des informations météorologiques sur votre smartphone afin de vous spécifier en avance si vous devez oui ou non sortir avec votre parapluie. La marque a pris le parti de tout miser sur le design en créant son parapluie dans un matériel brillant résistant aux UV et au vent.

Parapluie connecté Oombrella
Le parapluie connecté au design travaillé Oombrella

Clément Guillot, co-fondateur d’Oombrella, confirme que plusieurs clients achètent le parapluie uniquement pour son design et que dans ce cas, le côté technologique passe au second plan. La fonction connectée est considérée comme « un plus ». L’objet est associé à un produit de mode, preuve qu’il est complètement accepté par le consommateur. Il est intéressant de souligner que dès lors, l’objet connecté du futur se transforme en objet plateforme : il n’a plus une seule utilité (son côté technologique), mais plusieurs (la fonction technologique, le design…). Un des exemples les plus parlants est celui de la collaboration Apple Watch x Hermès : volonté affirmée de la marque de faire de sa montre connectée un accessoire de mode à part entière.

Un des enjeux majeurs des objets connectés explicité au SIdO est donc de mettre leur technologie au service de leur design afin d’intégrer leur utilisation au quotidien de leur consommateur. La marque De Rigueur a parfaitement compris cet enjeu en prenant le problème à contre-sens. Plutôt que de créer un objet connecté et ensuite d’adapter son design, ce créateur de maroquinerie de luxe proposant des produits raffinés adaptés à la vie moderne, a décidé d’inventer The Connected Sleeve, une pochette qui recharge votre smartphone par induction électromagnétique. La démarche de la marque consiste donc à partir d’un produit déjà désigné et d’ajouter une plus-value grâce à la fonction connectée qui répond à un besoin de son utilisateur.

The Connected Sleeve, la pochette de la marque De Rigueur qui recharge votre smartphone
The Connected Sleeve, la pochette de la marque De Rigueur qui recharge votre smartphone

Le retail connecté, l’enjeu majeur de la mode connectée au SIdO

Cette volonté de répondre aux besoins des utilisateurs doit être la priorité des créateurs et des entreprises du futur et d’aujourd’hui. Créer un objet connecté pour créer un objet connecté n’a aucun intérêt : il faut penser l’usage avant de penser l’objet. Une étude du cabinet Forrester établit que 90% des consommateurs sont prêts à abandonner une marque dès qu’ils sont déçus par la qualité de son service client. Ce constat s’applique tout particulièrement au milieu du retail : l’utilisation d’objets connectés doit être pensée afin de faciliter le parcours client. En ce sens, le centre commercial semble être le futur du magasin connecté selon plusieurs experts présents au SIdO. Endroit privilégié par les consommateurs pour leur expérience shopping, les malls sont également des lieux de flux importants et apporte ainsi une réelle opportunité pour les objets connectés et l’expérience digitale.

https://youtu.be/8GjX80p1aqM

Le but étant de proposer des services aux clients grâce aux objets connectés sans être trop intrusif : l’objet connecté doit être le moyen de rétablir et fluidifier la communication entre le client et le vendeur. Il ne faut pas oublier que si les objets connectés sont de bons moyens d’interaction avec le –potentiel- client, ils sont également une source importante et indispensable de data sur ces derniers. Plusieurs professionnels le soulignent lors des conférences données au SIdO : tout l’enjeu des entreprises consiste à copier le modèle de récolte et d’analyse de cette data sur les sites web, et de la transposer en magasin. On assiste ainsi à une approche plus scientifique et systématique du retail et du web. L’idée est d’utiliser les données pour réenchanter les magasins et continuer d’en faire des points clés de la stratégie des marques. Ainsi, Hub Institute, Think Thank Digital, a repéré les tendances de l’Internet des Objets au CES de Las Vegas. Par exemple, les entreprises utilisent l'IoT afin d’analyser le parcours client et donc d’améliorer leur merchandising, mais aussi dans le but de soutenir les rapports entre leurs vendeurs et leurs clients. Sephora a ainsi remplacé ses caisses fixes par le paiement sur un appareil mobile avec lequel le vendeur se déplace. Ceci casse la logique de frontière de l'espace "caisse", et modifie les relations avec le client.

Les enjeux dans la collecte et l’analyse de data consistent donc à ne pas être trop intrusif en proposant une expérience ludique et simplifiée au client, et en même temps à récolter suffisamment d’informations sur ce dernier pour permettre d’améliorer et de mieux cibler l’expérience consommateur. La société Aldebaran Robotics, présente au SIdO, a choisi d’axer sa stratégie sur la relation client en développant en magasin le robot Pepper conçu pour vivre et évoluer aux côtés des humains. Ce robot positionné en point de vente présente le triple avantage de collecter des données (il peut enregistrer les réponses des clients, déterminer leur âge…), conseiller les clients en leur recommandant des produits (il peut adapter sa proposition de produits aux clients de manière très précise grâce au recueillement des mensurations, de l’historique d’achat…), et de créer un rapport affectif avec les consommateurs (les clients sont bien plus enthousiasmés par l’idée d’interagir avec ce robot plutôt qu’avec un vendeur équipé d’une tablette).

https://youtu.be/osD6O4LAcpo

La marque Fauchon a, quant à elle, décidé de fluidifier la récolte de données sur ses clients grâce à l’installation de portails Wifi dans ses boutiques.  Etant donné que la clientèle étrangère de Fauchon n’a pas toujours accès à Internet sur leur portable, cet accès gratuit en magasin lui permet de rester plus longtemps dans la boutique, de prendre des photos qu’elle partagent sur les réseaux sociaux… La marque augmente ses ventes tout en récupérant des informations clés sur ses clients (Fauchon a ainsi découvert qu’ils possédaient de nombreux clients brésiliens et ont ainsi choisi d’ouvrir une boutique au Brésil) et en détectant grâce aux points de connexion qu’elles sont les zones chaudes de leurs boutiques (souvent la vitrine de pâtisseries).

Le SIdO a permis de mettre en lumière deux enjeux majeurs pour la mode de demain: tout d'abord, l'importance de produits connectés désignés. Tout d'abord conçu par des programmateurs et des informaticiens, Internet en tant qu'Internet des objets, doit désormais être repensé par des designers afin de placer l'expérience consommateur au cœur de ses préoccupations. L'acceptabilité sociale est un des enjeux majeurs de cette transition vers un monde du tout connecté et les designers de demain devront donc se pencher sur cette problématique via les wearables.  Le second aspect primordial est celui du retail connecté puisque le futur de la mode semble se trouver dans des boutiques physiques qui intègrent pleinement les objets connectés.  Les marques devront réussir à parfaitement concilier collecte de données et facilitation du parcours d'achat du client.

La problématique intrinsèque à cette évolution numérique reste la notion de vie privée : dans un monde où nos moindres faits et gestes sont enregistrés et analysés, que vont faire les marques de toutes ces données ? Quel contrôle pour les consommateurs sur les informations qu'ils communiquent ?


nike x adidas

Du meme URL à la mode IRL

Le phénomène Vetememes, réinterprétation humoristique de la marque Parisienne Vêtements est un symptôme révélateur des changements imposés au monde de la mode par internet. La culture digitale s'immisce dans la réalité matérielle du vêtement qui, comme un meme sur internet devient détournement viral, au succès aussi fulgurant qu'éphémère.

Quand le vêtement devient meme

Davil Tran est un jeune habitant de Brooklyn de 22 ans qui a fondé Vetememe il y a peine quelques semaines. L'imperméable noir au sobre logo "Vêtements" l'a inspiré par sa forte "réappropriabilité", essence de la culture meme. Incontournable des streetstyles, l’imperméable Vêtements original a été produit en édition limitée (principe cher à la marque) ce qui a donné naissance à toute une économie de revente. Aujourd'hui le fameux imperméable atteint jusqu'à 500$ sur Ebay. Tran propose alors son imperméable Vetememes pour 59$. La copie devient aussi hype et virale, voire plus, que l'original.

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On retrouve dans ce phénomène le fonctionnement du "meme" internet. Image malléable sans cesse remixée, détournée, en constante mutation, le meme est l'art de l'amateurisme. Ainsi, loin de ces prédécesseurs "Homies" ou "Comme des Fuckdown", la réappropriation du logo de Vêtements par Davil Tran dépasse le détournement graphique et met en lumière une mode qui intègre la culture-web et tente de s'aligner sur son rythme. A l'ère du montage, du collage et du remix, le logo, élément hautement "instagrammable", est approché avec une attitude nouvelle, celle qui est caractéristique de l'utilisation de l'image en ligne.

D'autres initiatives dans cet esprit voient le jour constamment en ligne. Un internaute de Reddit a par exemple proposé son détournement du bogo rouge (box logo) de Supreme. Détourné un nombre incalculable de fois, @HamishGray propose cependant une version hautement représentative de la culture digitale. Il appelle sa ligne de sweat-shirt "Nogo" et le rectangle rouge devient vide et affiche la petite icone "Error".

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On peut également citer le rappeur SHIRT qui a proposé une collaboration fictive entre Adidas et Nike. "100 % Real Fake", c'est le nom de sa collection , fait échos à cette tendance Tumblr de montages Photoshop associant les logos des deux marques, voire d'autres marques comme The North Face. Collaboration rêvée mais jamais réalisée, SHIRT a décidé de la créer lui même et de proposer quelques produits à la vente sur internet.

Le consommateur est en train de s'émanciper des jugements et des conseils des experts, mais demeure fasciné par les produits de masse. Le vêtement tend à ne plus être appréhendé par les systèmes de promotion et de communication crées par les marques. Une autre façon de concevoir et de consommer la mode se développe, totalement parallèle au système des marques, mais complètement inspirée par elles.

Quand la mode essaie de suivre le tempo d'internet

Le problème que rencontrent ce genre d'initiatives, c'est qu'elles sont extrêmement virales et donc ont une durée de vie très courte. Contrairement à un meme qui se crée et se partage à la vitesse d'internet, un vêtement prend toujours plusieurs jours voire plusieurs semaines a être produit. Davil Tran expliquait à WGSN : "C'était un peu fou quand la presse à commencer à parler de Vetememes parce que je n'avais pas encore les prototypes que j'avais commandé". Cette différence de temporalité commence à devenir problématique dans une industrie dont les tendances vont de plus en plus vite et où les collections sont sur-médiatisés lors des fashion-week pour n'être vendues que 6 mois plus tard. Un client aura vu et revu une pièce sur Instagram, sur les célébrités et ce besoin de satisfaction immédiate qu'a créé internet ne pourra être apaisé que 6 mois plus tard, autant dire, à l'échelle d'internet, une éternité. En attendant, le consommateur "like", "repin" ou se tourne vers d'autres systèmes de distribution mode comme les projets Vetememes ou Nogo. Le vrai luxe deviendrait-il alors l'immédiateté ?

Un problème qui a fait réagir Burberry, Vêtements et Tom Ford lorsqu'il y a deux mois ils se sont positionnés contre le système archaïque des fashion week. Leurs défilés seront "seasonless" et les vêtements présentés seront disponibles à la vente le jour même. Un énorme bouleversement à venir dans le monde de la mode, pour aller vers toujours plus d'instantanéité. Un autre moyen de répondre à une demande immédiate et de transposer la culture web directement sur le vêtement est proposée par Neurocouture. La marque a présenté lors de la fashion week de New York automne-hiver 2016 une cape qui réagit aux humeurs de celui qui la porte à travers une variété de memes, directement sourcés sur internet. Pas encore viable au quotidien l'initiative tente d'accomplir cette fusion totale et parfaite du réel et du virtuel à travers le vêtement.

Neurocouture (aw16)
Neurocouture (aw16)

Vouloir à tout prix rattraper le rythme effréné imposé par les réseaux sociaux est-il une bonne chose pour la mode ? Créer des it-produits destinés uniquement à devenir viraux et condamnés à avoir une durée de vie toujours plus courte semble devenir de plus en plus courant.

Quand le consommateur devient créateur ; une nouvelle relation marque-client ?

Les produits emblématiques de marques en vogue comme Vêtements ou Supreme ne sont pas les seules à se faire détourner. Austin Butts, adolescent de 17 ans et icône de mode et son ami Jonah Levine ont décidé de créer leur propre version du merchandising du dernier album de Kanye West, "The Life of Pablo". Présentés à l'occasion du lancement de l'album et défilé Yeezy season 3, les produits ont eu tellement de succès qu'un pop-up store fut monté à New York pendant trois jours pour répondre à la demande. Austin Butts alias Asspizza en a profité pour présenter sa propre version des t-shirts "Pablo" aux personnes faisant la queue pour acheter l'original. Le succès fut immédiat, et le staff de Kanye West, fan du détournement, a par la suite décidé de présenter les faux produits de Asspizza aux côté des originaux.

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Des outils de création de plus en plus accessibles ont permis à des anonymes de devenir co-créateurs de leurs marques préférées et de créer des produits extrêmement faciles à commercialiser en ligne. Le projet de Davil Tran nous montre à quel point il est facile aujourd'hui de créer une marque. Il a en effet créé en l'espace de seulement deux semaines un Instagram, un site web et un compte Big Cartel pour promouvoir et vendre Vetememes.

Aux marques d'accepter ces "collaborations" ou pas. Aujourd'hui une marque qui fonctionne bien n'appartient plus complètement à son créateur, et les réappropriations font partie de leur succès. Rapidement Vêtements a clairement signifié au New York Times qu'aucune poursuite ne serait menée contre le créateur de Vetememes. Demna Gvasalia a ainsi déclaré au magazine qu'il espérait que Davil Tran avait aimé créer ce projet autant qu'il aime créer ses vêtements. Une réaction appropriée de la part de la marque qui s'est révélée être championne du détournement et de la copie empreinte d'ironie avec ses t-shirts DHL ou son merch Champion. Vêtements a prouvé être particulièrement adepte des créations virales possédant l'humour et la popularité d'un meme internet. Il y a peu, être l'objet d'un meme était peu flatteur, mais c'est désormais devenu synonyme de pertinence culturelle. La copie est devenue réinterprétation, elle n'est plus à redouter, au contraire, elle apporte du prestige à la marque autant qu'au consommateur qui l'a créée.