Fashion Talks 2017

Fashion Talks In Anvers : les sensibles en lumière

Durant mon séjour en Belgique en novembre dernier, j'ai pu me rendre à Anvers pour assister aux Fashion Talks qui réunissaient un panel plus qu'inspirant sur la Mode, avec notamment  un Dries Van Noten apôtre d'un sensible touchant à la perfection. Au détour des allées, on pouvait également croiser un Raf Simons détendu et souriant.

Cette réunion de la grande famille de la mode Belge était également placée sous le signe de l'international avec les interventions de Scott Belsky, fondateur de Behance pour le côté startup à l'américaine et Tommy Ton, le photographe de rue qui a avoué presque gêné que les réseaux sociaux constituaient dorénavant une extension de son être.

Retour sur cette journée délicieusement enthousiasmante qui m'a donné envie de passer plus de temps au coeur des Flandres pour découvrir encore plus leur amour de la Mode.

Fashion Talks : les jeunes prennent la plume

Au cours des panels, j'ai notamment été frappé par la qualité des échanges durant la table-ronde "The voice of the future", animée par Anja Aronowsky Cronberg de Vestoj.

Depuis plusieurs années, je suis avec intérêt cette revue qui se qualifie de "Plateforme critique de la Mode". À côté, de la myriade de la presse dite "Mode" il est rassurant de savoir qu'il existe encore des points de vue intellectuels et non pas seulement mercantiles sur notre très chère industrie de la Mode.

Le choix de donnée à la parole à Vestoj m'a semblé plus que (im)pertient de la part des organisateurs. Pour Anja, en tant que journaliste, il convient de s'interroger continuellement sur ce qu'on écrit. En d'autres termes, que pour chaque nouvel écrit, il faut savoir se remettre en question ;  s'interroger sur son lecteur.

Finalement, la futilité n'a pas lieu de citer. Seul le sérieux peut exister.

Peut-être que c'est ici que nous pouvons trouver un début d'explication sur l'excellence de la Mode belge.

Fashion Talks
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Dries Van Noten : à la recherche de la perfection

L'interview de Dries Van Noten par la journaliste Vanessa Friedman du New York Times a atteint un sommet de justesse incroyable. Il a tout simplement rappelé son amour pour la lecture. Et la puissance inspirationnelle qu'elle pouvait avoir sur lui. Mais surtout, la manière dont celle-ci lui permettait de saisir les choses en profondeur et dans le détail.

En évoquant cette joie de lire, Dries a voulu souligner le fait que la création venait essentiellement d'une capacité de concentration exceptionnelle permettant de délivrer une oeuvre unique.

C'est sans doute pour cela qu'il a exprimé, durant l'entretien, comme une évidence son souci de la perfection. Et le fait qu'il pousse sans cesse son équipe dans cette direction afin d'atteindre le plus justement possible son objet de désir.

@filleroelantsphotography
Dries Van Noten

Finalement, les Fashion Talks ont su démontrer que la mode belge savait se remettre en question et mettre en lumière un travail minutieux le temps d'une journée lumineuse. Peut-être est-ce là le principal enseignement de cette journée ; le sensible belge se caractérise par une certaine modestie de l'artisanat idéal d'où sa place si singulière dans la Mode. Caractéristique que beaucoup envient mais dont il serait sage de s'inspirer, parfois.

Mon séjour belge a également eu comme étape Bruxelles lors de  l'European Fashion Summit où j'ai été invité à échanger sur la création d'une coopération européenne pour la Mode, voici mon point de vue sur la question.


roubaix

Roubaix met le Nord au centre de la Fashiontech

Les 19 et 20  octobre derniers ont eu lieu les FashionTechDays 3ième édition du côté de Roubaix. Durant deux jours, une succession de conférences a permis d'appréhender les enjeux des mutations du secteur mode, dans une ambiance fertile placée sous le signe de la bonne humeur.

À cette occasion, j'ai pu me rendre sur place afin de constater le dynamisme local et les synergies qu'Annick Jehanne, créatrice des FashionTechDays, a pu mettre en place entre grands groupes (comme Damart ou Showroomprivé) et startups. 

Afin de faciliter les échanges et les rencontres, un showroom présentait des startups orientées usage. Certaines ont particulièrement attiré notre attention comme Tekyn spécialiste du manufacturing on demand. En d'autres termes, ils installent des micro-usines près chez vous afin de produire localement en réduisant les coûts de livraison et en créant de l'emploi en proximité.

Était également présent, Daco, expert de l'intelligence artificielle, qui permet aux marques de Mode de savoir quels produits vont cartonner cette saison. Cela signifierait-il  qu'aujourd'hui les tendances ne se créent plus dans la rue, mais plutôt grâce à des algorythmes ? 😏

Enfin, côté vêtement, Urban Circus, créateur de vêtements haute visibilité, proposait une série de tenues réfléchissantes avec des pièces de signalisation. Forcément, il a été le centre de toutes les attentions, sûrement à cause d'une moustache immanquable (à voir dans la vidéo).

Afin que vous puissiez découvrir cet évènement de l'intérieur, j'en ai profité pour ramener un reportage en totale immersion dans un style nomade chic en toute décontraction 😎

Un reportage chic et nomade

Forte de ce succès, Annick Jehanne prépare déjà la 4ième édition des Fashiontechdays sur Roubaix avec une sélection encore plus pointue des startups.

Avec ce nouveau format de vidéo, chez Modelab, nous voulons que vous puissiez partager avec nous  nos différents voyages, salons ou évènements.

Bref, dites-nous ce que vous en pensez et surtout ce que vous souhaitez voir ou entendre !

Au plaisir de vous lire.


Antifashion

Antifashion : vers un renouveau du système de la mode ?

Anti Fashion saison 2, toujours du côté de Marseille, sous l'impulsion de Stephanie Calvino. Petit rappel pour les néophytes : En 2015, la prévisionniste de tendances hollandaise Li Edelkoort, rédige son manifeste Anti_fashion, pointant les dérives du système de la mode.

La mode surproduit, les clients surconsomment, et ce au détriment de notre société, qui finalement perd ses repères, et ne sait plus évaluer un produit mode à sa juste valeur. L'heure est venue de questionner le système, et de valoriser les alternatives.

Chez Modelab, nous croyons à la slow fashion, plus juste dans sa démarche, davantage équilibrée sur toute la chaine de valeur : du créateur, en passant par le producteur, jusqu'au consommateur final.

Afin d'apporter une touche d'impertinence à cette seconde édition, la chroniqueuse et instagrameuse Sophie Fontanel fut en charge de l'animation. Tâche à laquelle elle s'est adonnée avec un regard subtilement bienveillant.  Ces trois jours d'échanges furent placés sous le signe, bien évidemment, du soleil, mais surtout d'un bouillonnement d'idées pour reformater le système mode. Reste à savoir s'il s'agira d'une vague ou d'un tsunami.

Antifashion
© Anne Loubet

Antifashion : un mouvement durable

Stéphanie Calvino, une femme pleine d'énergie, organise l'évènement avec l'envie de bousculer un système mode devenu trop rigide.  Elle a placé Antifashion sous l'étoile d'une Li Edelkoort de combat, avec trois lignes directrices fortes.

Tout d'abord, la formation des jeunes, l'élargissement de leurs compétences et de leur compréhension de notre monde en pleine mutation. Et comprendre ce monde, c'est aussi s'en inspirer. De ce point de vue, l'intervention de Patricia Ricard, Présidente de l'Institut Océanographique Paul Ricard, eut un écho particulier. Son travail consiste à observer la nature afin de s'en inspirer pour innover durablement. C'est ce que l'on appelle le biomimétisme. La manière dont l'araignée tisse sa toile a par exemple été étudiée pour développer de nouveaux matériaux. D'où l'intérêt d'autant plus grand de sensibiliser les jeunes créateurs à la préservation de notre environnement et à son observation, qui a tant à nous offrir.

Le seconde ligne directrice : se rapprocher d'une mode plus juste. Pour cela, Antifashion a réuni durant trois jours des personnalités aux postures variées afin d'échanger, de débattre lors de tables-rondes et conférences. De quoi apporter des regards différents sur cette question clé, aussi bien éthiquement qu'économiquement, pour l'avenir de la mode.

Last but not least : mettre en valeur les jeunes talents. Un atelier de création, à partir de jeans récupérés, a été organisé, concours auquel ont participé plusieurs jeunes marseillais, sans compétences en couture. Aussi, un espace d'exposition et de workshops permettait de découvrir de jeunes designers aux pratiques atypiques, dont dépendra le futur de la mode.

Pour la série de conférences, je vous propose un petit résumé, abordé selon l'angle d'une mode à deux vitesses : celle calée sur la tyrannie du moment ; et celle sur une durée plus longue inscrite dans l'histoire.

Slow Fashion et Fast Fashion : une danse à deux temps

Comme on peut le lire sur ce schéma du collectif éthique-sur-étiquette, la plus grande part de la marge de profit d'une paire de baskets revient au distributeur. Une distribution qui peut être considérée comme inéquitable, compte tendu de la véritable création de valeur qui repose sur la main d’œuvre (ouvriers et créateurs compris).

ethique-sur-etiquette.org
ethique-sur-etiquette.org

Mais ce qu'il faut aussi prendre en compte, c'est l'impact du coût publicitaire dans une paire de baskets. C'est la contribution de Sébastien Kopp de Veja qui s'interroge sur la valeur du produit de mode. Vis à vis des campagnes publicitaires, Veja se positionne autrement face à ses concurrents, n'allouant pas de budget à sa "communication", ce qui lui permet de vendre dans la même gamme de prix une basket qui coûte beaucoup plus cher à produire (en faisant le choix de produire de manière éthique, à partir de matériaux de qualité).

antifashion
© Anne Loubet

Li complète cette idée, en pointant du doigt que le fait de vendre un tee-shirt à deux euros est une catastrophe. Avec un prix aussi bas, cela implique forcément que des personnes se tuent à la tache. Et symboliquement, cela renvoie l'idée que la mode n'a plus de valeur.

Afin de contrer cet effet tyrannique de la quête de nouveauté perpétuelle, il s'agit de créer des produits intemporels, souligne Sébastien. Et, pour cela, l'inscription dans un récit, voire une odyssée, devient une nécessité. Ainsi, Veja s'est lancée en affirmant avant tout son style, mais aussi son identité de marque à dimension humaine, respectueuse des principes du commerce équitable. Un commerce qui veille à la rémunération juste du producteur local. Veja ne positionne plus uniquement en vendeur de chaussures, mais en pourvoyeur d'une mode éthique et durable, et ceci sur toute sa chaîne de production.

Vers une chaîne de valeur de combat

Par rapport au questionnement sur la création et le développement de la notoriété des jeunes créateurs, Sophie Fontanel aborde la notion de "surface". Selon elle, les marques devraient occuper le plus de surface possible, notamment médiatique, et cela est possible avec les réseaux sociaux. Pour elle, la marque Vêtements a disrupté les codes, par exemple en arrêtant le défilé de mode, qui n'aurait plus de sens à l'heure des réseaux sociaux. A quoi bon demander à une horde d'acheteurs de se déplacer pour assister à un show de 15 minutes calibré pour Instagram ? Avec cette position radicale, Vêtements se positionne ainsi en leader d'opinion novateur.

Dorénavant, Vêtements ressemble plus à un collectif de combat qu'à une marque traditionnelle de créateur, toujours dans l'action. Leur objectif : pulvériser les codes de la mode.

antifashion
© Anne Loubet

Seule ombre au tableau : un désir contrarié ?

La conclusion de Sophie Fontanel à ces trois journées d'échanges, est que la mode reste avant tout une question de désir, qui doit être maintenu et ravivé sans cesse. Pour elle, la mode renvoie forcément au besoin irrésistible de changement, et "s'habiller frugal est un luxe de nanti" écrit-elle dans l'Obs. La question qu'elle soulève également dans cet article : Le plaisir de changer souvent de vêtement est-il compatible avec le changement du système ? N'est-il pas un peu oublié par des entrepreneurs qui prônent de consommer autrement ?

C'est une question importante, et nous qui aimons la mode, jouer avec les histoires que racontent les vêtements, nous ne rêvons pas non plus d'une garde-robe tristement fonctionnelle. Mais, nous croyons en la possibilité, notamment lorsque-nous rencontrons de jeunes entrepreneurs et créateurs que nous vous présentons dans nos pages, que goût pour la mode et "slow fashion", sont compatibles, et ce à des prix pas plus hauts que ceux proposés dans les grandes enseignes. Pour apprécier la beauté de la mode, dans toute sa complexité, il ne faut pas forcement beaucoup d'argent, mais une certaine curiosité, et des références. Nous revoilà au chapitre "éducation".

Et puis, après tout, on préfère manger une bonne pâtisserie une fois de temps en temps, que prendre des gâteaux industriels au distributeur tous les jours à la pause café.

Pour prendre du plaisir en surconsommant des produits fabriqués en masse dans des conditions déplorables, il faut être inconscient. Ce n'est plus possible aujourd'hui. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut s'informer beaucoup plus facilement, dénicher des bons plans, découvrir des projets comme Unmade,  Post Couture, Studio Mazé, qui permettent aux amateurs de mode de continuer à la célébrer, sans se ruiner, et en la poussant vers l'avant sans tout écraser sur son passage.


francis bitoni

Francis Bitonti : maestro de l'impression 3D

Francis Bitonti est un designer connu pour son utilisation créative de l’impression 3D. Il vit et travaille à New York où il donne aussi des cours de mode et anime des workshops au sein de la très célèbre FIT (la grande école d’art et de design de New York). "Le Studio", c’est ainsi que Francis Bitonti appelle son lieu de travail, a été créé en 2007. Il est en permanence engagé dans l’application de la conception numérique et des technologies de fabrication contrôlées par ordinateur, afin de transformer les logiques de production de masse traditionnelles au sein de l’industrie de la mode.

Lors de la rédaction de mon mémoire, j’ai pu le questionner sur son travail, sa créativité et les techniques qu’il utilise au quotidien...

Le studio, espace de réflexion et expérimentation

Le Studio, bien que très orienté design, réalise aussi des pièces de mode comme la robe en 3D de la célèbre icône Dita Von Teese. Il est énormément investi dans la recherche et l’intégration des nouvelles technologies, notamment dans l’utilisation de l’impression 3D qui permet selon le créateur « de produire une complexité formelle intense qui serait impossible si le projet était réalisé par une personne en chair et en os ».

Le processus de création de Francis Bitonti

C’est un nouveau paradigme qui est inauguré par Francis Bitonti grâce à un savant mélange de techniques de conception et de technologies émergentes. La frontière entre le design et la technologie est brouillée, on ne sait plus vraiment ce qui appartient à chaque domaine.

« Mon processus de conception et de création est une collaboration avec l'intelligence artificielle. » Francis Bitonti

Inspirations et démarche créative

Souvent, les gens lui demandent ce qui l’inspire. Comme on retrouve beaucoup de modules et d’éléments organiques, on peut d’abord penser que la nature joue un rôle important. Or, ce n’est pas le cas. Les formes qu’il utilise sont uniquement pragmatiques et ne ramènent pas à un récit personnel.

De plus, il considère que ce n’est pas parce qu’il travaille avec ces technologies qu’il faut penser qu’il est un fervent admirateur des mathématiques ou des sciences. C’est le synthétique, l’humanité et ses mécanismes qui s’entrecroisent qui passionnent le plus ce créateur. L’humain est une perturbation de la nature, il est en conflit avec l’environnement. Cette mise en conflit le rend faible, fragile. Le design dans tout ceci vient jouer le rôle de la négociation de ces différences qu’on trouve entre l’humanité et l’environnement. En mettant en évidence les conflits entre ces deux domaines, le design devient poétique.

« Quand le design joue ce rôle, il le fait avec plus de succès que les plus grandes œuvres littéraires. C’est pourquoi, je crois que la conception est quelque chose d’intéressant et que je dois y consacrer ma vie ». Francis Bitonti

La plupart du temps, les gens créent des modèles mathématiques pour décrire ce qu’ils voient dans la nature. Ce n’est pas le cas de Francis Bitonti qui trouve qu’il n’y a aucune vérité dans ces modèles, et que, ces systèmes mathématiques en tant que concepteurs, ne représentent rien mais nous plongent dans une grande confusion. Il considère qu'en utilisant la technologie, il est impossible de reproduire la nature, simplement possible de reproduire une certaine perception humaine de la nature, ce qui est différent et qui ne peut pas être une vérité. Ce qui intéresse M.Bitonti dans ces technologies, c’est leur poésie. Le fait de les utiliser permet une interprétation de notre monde, et les pièces créées par leur biais vont raconter l’histoire d’une fragilité intemporelle.

Dans son travail, Francis Bitonti cherche aussi à utiliser la vision du monde la plus contemporaine possible. C’est pourquoi, le calcul est placé au cœur de sa méthodologie de conception. Etant donné le système numérique avec lequel il doit travailler, il n’y a pas de meilleur point de départ que les mathématiques. Il n’est pas inspiré par les mathématiques mais elles sont un outil obligatoire pour lui permettre de concevoir.

Le designer n’est pas un artiste

Souvent, Francis Bitonti est désigné comme un « artiste ». Cette appellation, il n'y tient pas. « Je ne suis pas un artiste. Je rejette complètement ce titre. Je suis un designer. » Le titre de designer oblige celui qui le devient à certaines  responsabilités. Francis Bitonti, lui, est un designer chercheur, à la recherche de ce qui deviendra le nouveau langage formel et c’est grâce à ces outils, ces technologies et leurs capacités, qu’il peut y arriver.

 

Francis Bitonti suit des contraintes et effectue des expérimentations sans rechercher uniquement l’esthétisme. Il élargit des possibles grâce à une recombinaison de procédés existants.

L'impression 3D comme inspiration

Nous vivons actuellement dans une révolution technologique qui apporte une transformation culturelle, sociale et économique importante. L’impression 3D, et plus spécifiquement la fabrication additive, réinvente le rôle et les capacités de la matière physique. Les produits sont maintenant actifs numériques.

Grâce aux avancées technologiques, il est possible de remettre en question les principes les plus fondamentaux du design, de reconstruire la fabrication et de réorienter les flux de matières et le commerce. Le chemin n’est pas tracé et c’est une toile vierge qu’il y a devant les designers qui utilisent cette technologie. Il faut donc qu’ils mettent en place de nombreuses expérimentations afin de construire leur propre route. Cette génération de designers est donc en mesure de redéfinir la matérialité, de mettre en forme le modernisme et de faire entrer le monde dans de nouvelles réflexions.

L’imprimante 3D est une véritable révolution et va permettre de nouveaux modèles économiques et de distribution. C’est une « occasion de changer le monde ». Francis Bitonti

Culte : la robe en 3D de Dita Von Teese

Francis Bitonti, New York 2013, Robe Dita Von Teese, Plastique et cristaux de Swarovski, Impression 3D

Cette robe a été imprimée grâce à la technologie 3D. Elle est composée de 17 pièces, de plus de 3000 articulations et est ornée de 12.000 cristaux de Swarovski. Elle a été imprimée en PLA : une forme de plastique très rarement utilisé dans le domaine de l’habillement. Le fait d’utiliser un matériau comme le PLA dans la création de matériaux souples annonce de nouvelles perspectives et de nouveaux champs de possible.

Il faut bien se rendre compte du temps de travail nécessaire pour produire une robe de ce type car il faut prendre en compte, d’une part, le design, le codage informatique, la programmation de la machine, le temps d’impression et d’autre part l’assemblage des pièces qui sont toutes imprimées séparément.

Malgré tout, la réalisation d’une robe de ce type est absolument novatrice et n’aurait pas pu voir le jour sans la technologie. Cette technologie a permis d’amener une nouvelle conception formelle, presque architecturale, et de produire une pièce sculpturale. On se rend bien compte, avec une création de ce type qu’il n’aurait pas été possible de la fabriquer manuellement. Cette création existe uniquement grâce à l’impression 3D.

De plus, la robe a été partagée sur le site ScketchLab, il est possible de récupérer le modèle pour pouvoir imprimer la robe sur sa propre imprimante. Cette notion de partage de création est vraiment très nouvelle et promet une révolution dans l’habillement.

Qu’apporte la technologie de l'impression 3D à la créativité des studios textiles ?

Une plus grande richesse dans les créations

Grâce à la technologie de l’impression 3D, les designers comme Francis Bitonti peuvent réaliser de nombreuses expérimentations, de façon rapide et simple. Si le test effectué précédemment ne convient pas, on peut en réaliser un nouveau quasi instantanément. Cette instantanéité, typique de notre époque, permet de réagir plus vite à un problème et permet de se retourner plus rapidement et de trouver une nouvelle solution. La simplicité de l’impression permet même de réaliser plusieurs solutions à bas coût et de pouvoir les tester à tour de rôle pour savoir laquelle conviendra le mieux. La diversité des expérimentations possibles permet le développement de la créativité.

De plus, l’impression 3D permet la création de formes impossibles sans l’utilisation de cette technologie. Les formes des créations de ce designer n’auraient pas pu être réalisées à la main. Le travail est d’une trop grande précision pour qu’un humain puisse le réaliser. Il lui faut obligatoirement l’aide d’une machine. Dans le cas de Francis Bitonti, cette machine, c’est l’imprimante 3D.

La machine permet donc un plus grand champ de possibles par rapport aux réalisations uniquement humaines.

Le guidage par la contrainte

L’impression 3D amène de nouvelles contraintes au processus de création qui permettent de guider le designer. Ne pas pouvoir tout faire incite à trouver de nouvelles solutions adaptées. Le dessin doit être réalisé sur l’ordinateur, il y a des matières spécifiques qui peuvent être utilisées... La réflexion qui permet de découvrir ces solutions fait partie du processus de création.

De l’échange et de la découverte

Le partage est extrêmement important pour le designer car il lui permet de nourrir ses créations de nouvelles idées. Il effectue de nombreuses collaborations pour la réalisation de ses objets et chacune d’entre elles permet de nourrir sa créativité. L’échange lui donne des nouvelles pistes de recherches auxquelles il n’aurait pas pensé seul.

Il donne aussi des cours dans des universités américaines afin d’échanger avec des étudiants et de travailler avec eux sur des workshops. Les étudiants avec qui il travaille ne connaissent, en général, pas le processus de fabrication de l’imprimante 3D. Il les laisse donc s’approprier la machine comme ils le souhaitent. Chaque étudiant a ses propres connaissances qu’il tente d’appliquer à l’imprimante 3D, et cela peut faire des transpositions étonnantes qui donnent des nouvelles perspectives au projet...

Francis Bitoni participe à une conférence le 16 juin 2017 à Barcelone.


shenkar

La Fashion Tech à l’école Shenkar

Puces textiles électroniques, impression 3D, procédés de fabrication textiles qui visent une meilleure durabilité des vêtements... Autant d’outils avec lesquels se familiarisent les élèves de l'école Shenkar, pour pouvoir imaginer notre dressing de demain.

Créée en 1970, SHENKAR fait partie des 5 écoles les plus influentes à travers le monde (selon Business of Fashion). Elle a formé de grands noms de la mode, comme Albert Elbaz, Alon Livné, ou encore plus récemment Noa Raviv et Danit Peleg.

Le pôle Mode est divisé en 7 départements. Sa directrice, Léah Peretz, a pour philosophie de décloisonner les modules : de la conception du vêtement à l’étude des textiles en passant par le design industriel ou l’architecture… Par exemple, de l'association entre le département Mode avec celui du génie logiciel, est né il y a 3 ans le projet "Smart Garment Required, preferably sensitive with a good sense of humour..."

Pour mieux comprendre cet enseignement atypique, c’est toute l’équipe d’enseignants qui nous a ouvert les portes de la classe de 4e année, composée d’une douzaine d’étudiants. De mars à juillet, Ayelet Karmon (architecte et professeur de mode), Maya Arazi (professeur de mode), Zohar Messeca (support électronique et informatique) et Amnon Dekel (professeur au département d’ingénierie informatique), accompagnent chaque étudiant individuellement, pour qu’ils y développent leur projet… Modelab vous présente ses coups de cœur.

La technologie au service du wearable : thème de prédilection de la promo 2016

C'est en binôme que les élèves de la promotion 2016 ont travaillé sur ce thème : « La technologie au service du wearable », qui n'a pas manqué d'interpeller Modelab.

Des robes qui communiquent entre elles

Danny Kuchuck (robe blanche) et Eden Edelson (robe beige). Photographie : Achikam Ben Yosef
Danny Kuchuck (robe blanche) et Eden Edelson (robe beige). Photographie : Achikam Ben Yosef

Danny Kuchuk et Eden Edelson, ont créé chacun leurs robes, avec leurs spécificités, mais qui peuvent communiquer entre-elles.

La tenue d'Eden Edelson est équipée de capteurs et de leds. Celles-ci s'activent lorsque le corps se met en mouvement. Pour lui, il s'agit de donner à voir un élan de vitalité et de bonheur.

La robe de Danny Kuchuk, elle aussi équipée de capteurs, produit un souffle qui soulève délicatement les pans de la robe. Passionné par la nature, Danny nous a confié s’être inspiré du vent, de son action sur ce qui nous entoure : les nuages, les arbres…

Lors de leur collaboration, Eden et Danny décident de lier leurs projets, ce qui fait que lorsque la robe d'Eden s'active, celle de Danny se met, en réponse, à bouger dans un rythme similaire. « Ensemble, avec  Eden Edelson, que nous avons créé un langage entre deux modèles. Nous avons imaginé deux personnes, que l’éloignement empêche de communiquer… Nous avons eu l’idée de les connecter via des capteurs placés stratégiquement sur le vêtement tout en mettant un point d’honneur à ce qu’il reste portable. Grâce à une collaboration avec différents orfèvres, des spécialistes métalliques, et des techniques comme l’impression 3D, nous avons réussi notre pari : réaliser une robe en soie pure et coton organique dont le mécanisme permet de créer le lien entre deux êtres." explique Danny

Eden Edelson Danny kuchuck
Danny Kuchuck (robe blanche) et Eden Edelson (robe beige). Photographie : Achikam Ben Yosef

Un vêtement qui s'adapte à la météo

Noga Levi
Noga Levi

Noga Levy a quant à elle conçu une robe "multi-saisons". Grâce à un capteur de température placé à l’intérieur, la robe s’adapte à la température extérieure. Certaines parties du vêtement s’ouvrent automatiquement pour créer une meilleure circulation d’air. En plus de cette technologie, d’autres peuvent s’ajuster manuellement.  Noga s’est inspirée de représentations florales, notamment de dessins japonais et de photographies noir et blanc de Robert Mapplethorpe. Comme elle nous l’a confié, ce sont ces images qui lui ont donné l’idée de concevoir une robe qui pourrait s’ouvrir et se fermer, comme une fleur.

Noga Levi 1 Noga Levi 3

La promotion 2016 de Shenkhar  « passe le relai »

La nouvelle promotion d'élèves pour l'année 2017 est à peine arrivée qu'elle initie un projet prometteur, qui s'inspire d’un jeu populaire (souvent mis en place pour des groupes d'enfant lors d'un anniversaire par exemple). La règle est simple : assis en cercle, les enfants se passent un paquet de papiers enveloppés, et celui qui reçoit le paquet a un gage. Dans le cadre du cours d’introduction à l’informatique physique appliqué à la création des vêtements, l’idée est détournée, et chaque vêtement sert a en activer un autre. Ainsi,à la lumière des nouvelles technologies qui feront partie intégrante du spectacle, les élèves devront repenser les défilés de mode traditionnels, chaque pièce ne sera que la partie du maillon d’une grande chaine... L’objectif est ici de montrer l’importance de la solidarité dans un groupe.

Nous conclurons sur cette citation de Lidewij Edelkoort : « l’avenir, c'est le travail d’équipe ».

A lire aussi : Création collectives, quelles perspectives pour la mode ?


chalayan

Hussein Chalayan - retour sur un précurseur

Hussein Chalayan est un créateur de nationalité turque né en 1970. Il s’installe en Angleterre avec sa famille à l’âge de huit ans. Il fait ses études à Chypre puis s’établit à Londres où il obtient en 1993 le diplôme de la très réputée Central Saint Martins School. Il fonde sa maison l’année suivante. Il est reconnu dans le monde de la mode pour ses créations expérimentales, conceptuelles et pluridisciplinaires. Il mélange l’architecture, le design, le textile, la mode, les critiques sociales et les nouvelles technologies et parfois même la vidéo. Hussein Chalayan est considéré comme un « OVNI » de la mode à cause de ses approches conceptuelles et à son nombre de domaines de référence. Il est reconnu comme l’un des créateurs les plus avant-gardistes de la mode britannique.

Le concept d'Hussein Chalayan

table skirt chalayan

Le designer pense le vêtement comme un objet modulable, sculptural et dynamique. Le vêtement ne doit pas être inerte mais actif et animé. Il va jouer avec les matières et les volumes pour donner des pièces uniques qui feront toujours des vagues auprès de la sphère sociale. Il peut donner un caractère utilitaire ou fonctionnel à l’habit et lui donne en général une toute autre fonction que celle de protéger le corps (une de ses robes peut se transformer en table par exemple). Ses créations racontent toujours des histoires fantastiques et elles étonnent toujours par leur singularité de concept. Les matériaux travaillés sont toujours étonnants, l’imagination du créateur paraît sans borne tant ses créations sont originales. Son univers est très riche et exprime son intérêt pour la relation entre le corps et la forme du vêtement. Il n’est pas intéressé par la mode au sens général du terme, mais se préoccupe de l’évolution et des relations entre le corps humain et son enveloppe. On sent d’ailleurs les constructions architecturales dans chacune de ses pièces. Il revendique le caractère conceptuel de ses créations, qui sont difficilement portables, et les place dans une démarche très proche de celle de l’art contemporain.

Il est très engagé sur de grands sujets de société et, plutôt que de dénoncer, il cherche à faire réfléchir les gens. Chaque défilé est une proposition d’une nouvelle vision de la société.

Les grands thèmes qui reviennent souvent dans son travail sont ceux de l’identité, de l’isolement, du déplacement et de l’oppression qui font partie de son vécu. Il traite aussi les questions de la guerre, de la diaspora, de la liberté et du voile islamique. Il puise ces idées dans ses origines multiculturelles, dans ses voyages et dans ce qui le touche particulièrement. Ses collections vont raconter une histoire, un témoignage du passé pour certaines, un vécu personnel pour les autres.

Between chalayan SS1998

La mode fait partie du domaine de la culture et ne peut pas être vue comme une barque isolée. Comme la culture, la mode travaille sur la création de l’image de l’homme, de l’image du corps tout en prenant en compte ce qui se passe autour dans le monde mais sans pour autant forcément le refléter.

La particularité de ce designer est qu’il va utiliser les technologies (qui peuvent être lumineuses, mécaniques, …) dans ses créations. Ses vêtements lui servent de vecteurs pour présenter sa vision futuriste et innovante de la mode. Il est l’un des premiers créateurs à aborder la question de l’innovation en intégrant directement la technologie dans le vêtement.

Son processus créatif et ses inspirations 

Pour créer ses collections, M. Hussein Chalayan dessine énormément. Il a des milliers de croquis dans des classeurs et il les garde précieusement pour pouvoir s’en inspirer pour de futures créations. Il collectionne les photos de famille, des souvenirs personnels qu’il consulte régulièrement pendant sa phase de création. Il a des photos de ses ascendants pour ne pas oublier son histoire, des photos et ses anciens portraits qui lui rappellent qui il est : M. Hussein Chalayan s’inspire de son histoire personnelle. Il conserve précieusement des oeuvres d’art qu’il a lui-même réalisées à un moment de sa vie (et en particulier quand il étudiait à la Saint Martins School, ces dernières l’inspirent pour réaliser des croisements entre l’art et la mode). Il propose aussi des installations, des sculptures, des vidéos qui vont enrichir son processus créatif.

L’actualité fait partie intégrante des inspirations de M. Hussein Chalayan, même si elle n’influence pas son travail directement mais inconsciemment, car les horreurs du monde le touchent personnellement et cela se ressent dans ses oeuvres. Il propose des créations sincères, non détachées de l’environnement dans lequel elles évoluent et qui obligent le spectateur à les observer sans voyeurisme et à se poser les bonnes questions.

La logique et les mathématiques guident la création d'Hussein Chalayan. Elles changent la façon de percevoir les choses et sont présentes en continu autour de nous. Dans les proportions de ses dessins et dans la nature, cette logique est toujours présente.

Hussein Chalayan parle beaucoup de son travail et de ses inspirations mais assez peu du processus créatif car il considère que ses clients ne sont pas intéressés par ses recherches. Il expérimente beaucoup. Il travaille en collaboration avec d’autres designers ou avec des personnes de domaines différents (architecture, technologie). Il explore de nouvelles frontières et de nouvelles perspectives pour son travail comme pour celui d’autres créateurs. Ces idées influencent d’ailleurs les tendances et le monde de la mode.

Hussein Chalayan différencie l’acte de la conception et de la recherche à celui de la culture mode. Les deux n’interviennent pas en même temps dans son travail puisque c’est vraiment la culture mode et les recherches préliminaires qui vont nourrir la conception.

Le design de ses pièces est toujours travaillé avec précision et l’ajustement est très important. Le design doit interagir avec le corps, le compléter. Le mouvement est une notion fondamentale pour Hussein Chalayan. Pour bien comprendre le corps, il faut d’abord comprendre son mouvement. L’habit doit fonctionner avec le corps comme s’ils étaient complètement fusionnels. Il faut que le vêtement laisse le corps libre.

Les essentiels d'Hussein Chalayan sont donc la conception, la forme, la conscience du corps et la qualité.

Enfin, Hussein Chalayan a peur de l’ennui. Il ne veut pas que la vie soit terne alors il essaye de la rendre plus intéressante et crée donc sa propre vision du monde, un peu comme un enfant qui laisserait parler son imagination. Il décide d’utiliser la technologie pour ajouter un peu de couleur et de nouveauté dans la vie. C’est aussi l’aspect nouveau de la technologie qui l’intrigue et l’intéresse car il faut expérimenter pour trouver des solutions et réaliser des produits conceptuels et techniques.

Dans son laboratoire, M. Hussein Chalayan réalise des expériences pour appliquer la technologie à la mode traditionnelle. Ce qu’il attend avant tout de la technologie, c’est qu’elle produise un effet dans le vêtement (en général du mouvement). C’est le rendu final qui a de l’importance et non pas la technique utilisée. La quête du style est une priorité et la technologie est l’outil qui permet de l’obtenir. La technologie fait partie de son processus de création et de réflexion, répond à un besoin et permet la mise en place d’idées qui étaient auparavant impensables.

« Etre capable de faire un vêtement qui a été très soigneusement pensé avec une seule pièce de tissu, est, pour moi, autant technologique qu’une robe avec des moteurs intégrés ». Hussein Chalayan,

Etude de six modèles de la collection printemps/été 2007 : « One Hundred and Eleven ».

La première partie du défilé présente des modèles qui n’utilisent pas les nouvelles technologies alors que les six derniers modèles sont évolutifs et vont changer de forme au cours du défilé grâce à un système mécanique. Je vais donc parler plus précisément de ces six derniers modèles.

Les explorations de M. Hussein Chalayan traitent du corps et du mouvement. Cette collection est donc parfaitement à la frontière de ces deux notions et permet de mettre en évidence la fascination de ce créateur pour la forme et le processus.

chalayan Ambimorphous 2002
Ambimorphous (automne-hiver 2002)

Dans ces modèles, c’est le concept du « morphing » qui est utilisé. Le « morphing », qu’on pourrait traduire par « «morphose » en français est un effet spécial applicable à un dessin. Cet effet spécial va fabriquer une animation qui va transformer une image initiale en une image finale de la façon la plus naturelle et la plus fluide possible.

Dans cette collection, le designer pousse le concept plus loin et l’intègre au domaine de la mode en créant une série de robes mécaniques qui passent d’une époque à une autre en se métamorphosant stylistiquement. C’est au final une rétrospective de l’histoire de la mode sur plus d’un siècle. Avec ses six robes « morphing », il passe de décennies en décennies et saute de silhouettes iconiques en silhouettes iconiques avec une vision extraordinaire de la mode et de son vocabulaire. Il commente ainsi l’histoire de la mode.

La scénographie est plutôt minimale, les modèles défilent sur un podium dont le sol est constellé de petites tâches de lumière. Au centre, juste devant l’entrée des coulisses se trouve une horloge carrée à taille humaine. Celle-ci est rétroéclairée et ses aiguilles se trouvent toujours à l’opposé l’une de l’autre (quand l’une est sur le chiffre six, l’autre est sur le douze). Pendant tout le défilé, elles vont tourner dans le sens des aiguilles d’une montre de façon régulière comme si le temps s’écoulait.

La musique quant à elle est très étonnante. Elle parait composée de sons bruts comme si des fragments sonores avaient été compilés ensemble : des bruits de bombardements aériens, de conversations radio, de fusillades, de moteurs à réaction, des fragments de musique du XXe, de la guerre des tranchées, des extraits de discours d'Hitler et des battements de rotors d'hélicoptères.

Elle est très perturbante, dérangeante, prenante. Par moment les bruits, qui font penser à des cliquetis, s’arrêtent et laissent place à un silence agréable, reposant mais toujours de courte durée. Le son est inquiétant, angoissant, il ralentit, comme pour laisser un peu de répit, puis repart, plus rapide. Les silences sont comme des respirations, des moments où on ose enfin reprendre son souffle. Avant que les six robes « morphing » ne défilent, le volume de la bande son gagne en intensité durant deux secondes avant que le silence ne se fasse. Comme si le créateur annonçait la fin du défilé. On sent le public fébrile, prêt à applaudir mais les « cliquetis » reprennent. Les bruits s’enchainent rapidement, faisant remonter la pression et une nouvelle robe fait son entrée. C’est la première de la série morphing. Quand le mannequin s’arrête sur le podium afin de permettre à la robe d’effectuer sa transformation, la musique change et devient presque mystique comme si un miracle allait se produire. C’est à ce moment-là que la robe commence à changer de forme.

Au début, le défilé ne se différencie pas vraiment d’un autre et les tenues se succèdent les unes aux autres. C’est la deuxième phase de ce défilé qui est spectaculaire et inattendue. Au début, le public est plutôt calme et applaudit peu entre les différentes tenues. Quand la première robe « morphing » commence à évoluer, on a l’impression que toutes les personnes présentes retiennent leur souffle. Les flashs des appareils photos se mettent à crépiter plus rapidement que pour les tenues précédentes, et on entend des exclamations en provenance du public suivies d’un tonnerre d’applaudissements. Pour les robes suivantes, on sent que le public retient son souffle, il est dans l’expectative et attend avec impatience la transformation de cette pièce. Ces transformations ont un côté magique, elles font rêver les spectateurs, les interpellent et les intriguent. Il y a un vrai côté spectaculaire dans ce défilé : les robes sont de vraies interfaces dynamiques entre le corps et l’environnement qui les entoure.

Le spectacle permet d’attirer du monde, de surprendre, de provoquer et de donner une sensation viscérale à son auditoire. Dans ce défilé, ce n’est pas uniquement la métamorphose des vêtements qui donne des frissons mais la bande son qui agit comme un ancrage à la réalité. Si la musique n’avait pas été présente dans ce défilé, celui-ci serait resté au stade du divertissement enfantin. C’est grâce à la bande son qu’il acquiert toute sa profondeur.

Les cinq premières robes présentées traversent chacune trois décennies et se succèdent comme une frise chronologique les unes avec les autres.

La première robe « morphing » qui apparaît sur le podium est une silhouette victorienne à col haut qui date des années 1906. Elle se transforme une première fois en une robe plus ample qui s’arrête au mollet dans le style des années 1910 (précisément de 1916) avant de se métamorphoser en une tenue garçonne caractéristique des années 1920 (précisément de 1926). Entre les différentes époques que la tenue traverse, la robe se contracte, se déplace et se reconfigure : le col s’ouvre, la veste se retire, l’ourlet grossit.

Hussein Chalayan One Hundred and Eleven
Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 28, 1ère robe morphing.

La seconde robe est composée de plusieurs épaisseurs les unes au-dessus des autres. Quand la robe se met en mouvement, les couches remontent les unes sur les autres en dévoilant les jambes du mannequin. La robe nous fait traverser la mode de 1926 à 1946.

Hussein Chalayan One Hundred and Eleven 2
Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 29, 2ère robe morphing

Le look de la troisième robe nous fait penser aux années 1946, puis la jupe remonte et augmente en volume, nous rappelant le New Look et l’année 1956. Enfin la dernière phase de cette robe nous fait penser à Paco Rabane et à sa collection de 196616 en partie grâce aux nombreuses plaques argentées qui font leur apparition. Le chapeau se rétracte jusqu’à prendre l’aspect d’une casquette futuriste avec une visière transparente.

Hussein Chalayan One Hundred and Eleven 3
Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 30, 3ère robe morphing

Le col de la quatrième robe fronce entre le début et la fin de la transformation, la jupe devient plus volumineuses et des franges viennent s’ajouter au bas de la tenue. C’est un bond de 1966 à 1986 que la robe nous fait vivre.

Hussein Chalayan One Hundred and Eleven 4
Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 31, 4ère robe morphing

La cinquième robe est plus déstructurée, asymétrique et transparente que les précédentes. Elle fait penser à une combi-short ou à la fameuse robe « salopette » des années 1990. La robe remonte et fronce sur les côtés alors que les manches deviennent plus volumineuses et se mettent à couvrir les épaules. C’est un voyage entre 1986 et 2006/2007.

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 32, 5ère robe morphing
Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 32, 5ère robe morphing

La dernière robe présentée finit complètement aspirée dans le chapeau qui se trouve sur la tête du mannequin, la laissant complètement nue sur la scène. C’est le retour à la réalité à la fin du défilé car la seule vérité présente est le corps. Mais on peut se demander : et après comment la mode va-t-elle évoluer ? C’est la critique sociale d'Hussein Chalayan dans ce défilé : « la mode n’est-elle pas sa propre négation ? »

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 33, 6ère robe morphing
Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 33, 6ère robe morphing

Les passages d’une époque à l’autre sont très subtils. Lorsqu’on est en train de regarder un déplacement qui se produit au niveau de la taille, on est déjà en train de louper un mouvement au niveau de l’épaule.

Cette collection peut être perçue comme la révélation du processus créatif du créateur car les robes évoluent d’une conception à l’autre de façon transparente directement sous les yeux de l’assistance. Le public du défilé a sûrement ressenti quelque chose d’étrange, comme une rencontre surréaliste qui aurait lieu dans un autre monde.

Dans cette collection, le créateur ne se voit pas comme un conteur mais comme quelqu’un qui crée des mondes car il conçoit entièrement le son, les déplacements des modèles dans l’espace (à la manière d’une chorégraphie) et les vêtements. Il n’est pas le conteur mais serait plutôt l’auteur.

Même si Hussein Chalayan aime faire des défilés spectaculaires, ce n’est pas pour autant qu’il faut le voir comme un homme du spectacle. Il aime faire de belles tenues, esthétiques, d’une grande précision et d’une qualité technique irréprochable. Le côté spectaculaire et les technologies viennent s’additionner à la technique de ce créateur et c’est ce qui fait la richesse des pièces.

Les technologies utilisées par M. Hussein Chalayan.

Afin d’arriver à la création de ses six robes, il lui a fallu beaucoup de recherches et de développement.

Le fonctionnement global et la structure

Les robes fonctionnent grâce à des microcomposants électroniques qui peuvent être contrôlés à distance. A l’intérieur des robes, il y a des structures particulières, qui ressemblent à des corsets, sur lesquels sont accrochés des sortes de mini-conteneurs. Ces derniers rassemblent les microcomposants électroniques : des micro-batteries, qui contrôlent les puces des microcontrôleurs, ainsi que les motoréducteurs (un composant avec un réducteur –une poulie- et un moteur couplés). Tous les composants électroniques sont placés sur le bas du dos du corset. Les moteurs utilisés sont minuscules et mesurent environ un tiers de la taille d’un crayon pour neuf millimètres de diamètre. Chaque moteur est relié à une poulie elle-même attachée à un fil mono-filament (ou fil nylon) qui passe dans de très fins tubes en plastiques cousus sur le corset de la robe. Ce dispositif évite que les fils ne s’emmêlent les uns avec les autres. Parfois, certaines poulies sont reliées à plusieurs fils différents.

Certains corsets sont très compliqués : trente à quarante petits tubes sont cousus partout et chacun transporte plusieurs petits câbles. Chaque fil mono-filament fait son travail, comme soulever des parties de la tenue vers le haut (la robe numéro un par exemple) ou libérer des petites plaques métalliques (robe numéro trois). Pour arriver au mouvement final des robes, il y a une quantité énorme d’actions qui a lieu sous le tissu.

Explications détaillées de quelques mouvements

Sur une robe (la quatrième robe morphing), la fermeture à glissière sur le devant du corsage se ferme automatiquement. Pour réaliser ce prodige, M. Hussein Chalayan et ses collaborateurs ont tout simplement placé un aimant dans la doublure de la robe, le long de la fermeture à glissière. Cet aimant relié à un motoréducteur par un fil mono-47 filament, se trouve dans le dos de la robe. Le fil chemine donc dans la doublure, il passe par l’épaule puis sort par le dos.

Sur une autre robe (la robe numéro trois), des petites plaques en plastiques se redressent puis se retournent pendant le défilé laissant voir leur face cachée, argentée. De la même façon que pour les autres robes, ce sont des fils qui soulèvent les plaques de plastique. Le mouvement quant à lui est préréglé sur un microcontrôleur. Une fois que le modèle est sorti des coulisses et qu’il est en place au centre du podium, il suffit d’appuyer sur le bouton « On » d’un commutateur. Les panneaux sont donc libérés au moment opportun.

chalayan 2009
Inertia - printemps été 2009

Les différents composants électroniques et le magnétisme

Les microcontrôleurs

Le microcontrôleur est un circuit intégré qui rassemble tous les éléments essentiels d’un ordinateur. C’est-à-dire qu’il comprend des processeurs, des unités périphériques, des interfaces d’entrée et de sortie et bien sûr des mémoires : la mémoire morte qui permet de faire fonctionner le programme et la mémoire vive qui permet de traiter les données. Ces composants ont l’avantage de consommer très peu d’énergie, d’être miniaturisés et extrêmement légers. Ce type de composants est régulièrement utilisé dans les systèmes embarqués.

Les motoréducteurs

Ce sont des moteurs couplés avec un réducteur. Ce dernier est une sorte de poulie qui grâce à une rotation permet une traction. Dans le cas du travail d'Hussein Chalayan, ces motoréducteurs sont minuscules.

Les commutateurs

Dans le cas du défilé d'Hussein Chalayan, le commutateur est un système qui permet d’envoyer une information à un autre composant par une transmission d’ondes. Pour ce défilé, il semble qu’il ait fallu un commutateur par robe. Chacun d’entre eux devait donc être réglé sur une fréquence différente afin de ne pas produire d’interférences, d’altérer l’information et de provoquer une catastrophe lors du défilé. Ceux utilisés lors du spectacle étaient équipés d’un bouton « ON » qui permettait de lancer le processus de « morphose ».

Le magnétisme

D’après la définition, le magnétisme est « un ensemble de phénomènes physiques dans lesquels des objets exercent des forces attractives ou répulsives sur d’autres matériaux. » Dans le cas du défilé de Chalayan, ce procédé est employé pour fermer une fermeture à glissière. Comme cette fermeture est métallique, l’aimant exerce une force attractive et l’attire vers lui. L’aimant étant tracté par un fil relié à un motoréducteur, le curseur de la fermeture à glissière le suit et remonte tout en fermant la robe.

Le processus de fonctionnement :

Pour résumer le fonctionnement d’une robe d'Hussein Chalayan, j’ai réalisé ce schéma. Les petits cadres au-dessus des flèches expliquent la nature de l’information qui circule entre les composants.

hussein chalayan processus

L’influence des technologies sur la créativité de M. Hussein Chalayan

Tendre vers la vérité

Un des concepts du designer consiste à véhiculer ses idées à travers ses créations. Ses tenues sont des vecteurs et représentent sa propre vision du monde. La technologie aide à l’expression puisqu’elle lui permet de créer des tenues qui s’expriment seules.

chalayan 2000
Before Minus Now Printemps Eté 2000

Le créateur est toujours à la recherche de l’esthétisme pour que ses vêtements soient le plus conformes possibles à son idée originelle. Grâce à la technologie, il peut atteindre un nouvel esthétisme, celle du mouvement. D’une part ses créations bougent avec fluidité et amènent de la poésie, d’autre part, les robes peuvent traverser plusieurs époques et donc retranscrire plusieurs idéaux de beauté. Cela aurait été impossible sans dispositifs mécaniques.

La qualité des créations est travaillée avec beaucoup de soin pour éviter des erreurs de synchronisation lors de la transformation des tenues. Les réglages sont précis, les ajustements parfaits. Le créateur est obligé, à cause de la technologie, d’être encore plus rigoureux et de tendre vers un idéal de perfection.

Une plus grande richesse dans les créations

De nombreuses expérimentations ont été réalisées pour tester plusieurs systèmes mécaniques et définir lequel convenait le mieux au défilé de Chalayan.

L’assemblage de la technologie et de la couture classique, voire du « costume d’époque », rend la création plus riche car le contraste entre les deux domaines est extrême. L’émerveillement créé est donc d’autant plus grand.

De l’échange et de la découverte

Le designer a travaillé en collaboration pour cette collection avec le studio 2D3D qui est spécialisé dans la création de solutions innovantes pour les designers. L’échange de connaissances et de compétences a permis de créer des produits dont le fonctionnement est le plus optimal. Les deux partenaires se sont nourris de l’un et de l’autre afin d’être les plus performants et les plus créatifs possibles. Ils ont ainsi pu explorer de nouvelles frontières et développer des produits de la plus grande perfection.

chalayan Readings SS2008

Le côté spectaculaire des défilés de M. Hussein Chalayan.

La technologie permet au designer de créer son propre univers. Sans technologie, les robes « morphing » n’auraient jamais pu exister. Quand elles apparaissent sous les yeux du public et qu’elles se mettent à se métamorphoser, elles créent l’émerveillement et donc la reconnaissance. Le jugement est très important dans la créativité car s’il n’y a pas de jugement positif, il ne peut y avoir de créativité. Comme les robes sont perçues comme magiques, surprenantes et spectaculaires, le créateur est jugé comme protagoniste et acteur d’une grande créativité.


burberry

See now buy now : la quête de l'instant

Acheter en direct les pièces présentées lors des défilés, c'est dorénavant possible. Plus besoin d'attendre 6 mois pour recevoir les vêtements convoités. C'est un véritable bouleversement de l'ordre établi, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre l'année passée, scindant les professionnels en "pro" et "anti" "see now buy now".
Cette période d'attente ne servait pas simplement à attiser le désir (comme lorsque vous arrivez exprès en retard à un rendez-vous), mais était nécessaire à la production, adaptée aux commandes faites par les acheteurs professionnels (qui essayent quant à eux d'anticiper les envies des consommateurs, pour commander le bon nombre de la tenue X en couleur Y en taille Z...). Les arguments avancés en faveur de ce nouveau rythme effréné sont marketing.

On appelle cela du "créative pragmatisme". Ou comment des marques comme Burberry intègrent les exigences des consommateurs à leurs process.

Ce qui est certain, c'est que l'ère de l'immédiateté n'épargne pas la mode. Satisfaire ses clients sans attendre semble être un "must". Les marques de mode échangent en direct avec leurs fans sur les réseaux sociaux, analysent les données marketing... cherchant ainsi à connaître et fidéliser un consommateur de plus en plus versatile.

Quelle limite à cette tyrannie du moment ?

Une mode "à la demande" ?

Chez Modelab nous observons, avec l'émergence de nouveaux outils (imprimantes 3D, découpeuses laser...) l'apparition de nouveaux processus de fabrication du vêtement, demandant moins d'étapes et permettant de produire plus rapidement. Lorsqu'ils seront suffisamment développés, nous sortirons peut-être de la logique de production en série et du prêt-à-porter, pour fabriquer des vêtements "à la demande", quasi instantanément.

Lire sur ce sujet : Révolutions dans la confection de mode.

Le "See now buy now" : un phénomène durable ?

Aujourd'hui, la recherche de la satisfaction immédiate du consommateur reflète les tendances de notre société où l'instant a pris le pas sur la réflexion. Le "See now buy now" serait une réponse pour l'industrie de la mode.

Ainsi, la notion même de frustration ne semble plus envisageable pour les marques. Pourtant, le désir est synonyme de frustration ! Si vous êtes intéressés par cette notion de désir, je vous invite à lire le bel article de Sophie Abriat pour i-D sur la question.

En cédant au désir du consommateur, l'industrie fashion s'engouffre dans une course à l'exceptionnel qui ne peut qu'aboutir à une réelle déception. Puisque par définition l'exception ne peut se répéter.

La valeur du luxe se construit sur un temps long, et sur la rareté...

Aujourd'hui, avec les sites spécialisés et les réseaux sociaux, tout le monde peut assister en direct aux défilés, de n'importe où. Les mannequins comme Miranda Kerr en dévoilent les coulisses, tandis que les front rows évoluent afin de permettre aux blogueurs et journalistes de meilleures conditions pour partager en direct ce qui défile sous leurs yeux. Mais, à tout partager sans attendre, ne dévalorise-t-on pas l'analyse qui demande toujours de prendre un minimum de recul ?

@HarpersBazaar
@HarpersBazaar

Avec cette attitude, les marques tuent l'imaginaire. Elles courent à la surenchère du moment, ne pensent qu'à la transparence, ce qui a pour conséquence la destruction de valeur.

Dans cette course à la suractivité, il existe une alternative.

Le Slow-Fashion : une mode plus juste

Durant le Black-Friday, Patagonia a décidé de reverser l'ensemble de ses recettes à l'association 1% pour la planète, soit 10 millions de dollars. En effet, pour cette entreprise, il est important de s'inscrire pour la protection de la planète et dans la lutte contre le réchauffement climatique. En plus d'être une marque technique de vêtements, Patagonia a toujours communiqué sur son engagement politique. Elle s'adresse à des clients qui ont des valeurs similaires et une vision à long terme.

Aujourd'hui, le grand public a de plus en plus conscience du fait que l'industrie de la mode est la seconde industrie la plus polluante au monde. Greenpeace a lancé un cri d'alarme afin que chacun de nous réduisions notre consommation mode. De 2000 à 2014, la production de vêtements a doublé pour dépasser les 100 milliards en 2014 😱

fast-fashion-the-rise
@Greenpeace

Cette frénésie d'achat et donc de production et également alimentée par un système mis en place notamment avec les Soldes.

Je reste toujours fasciné sur le fait que des marques puissent proposer des ristournes à -70%. Cela veut dire qu'elles ont surproduit et qu'à un moment, elles se jouent du consommateur !

Nos amis de Bonne Gueule, abordaient cette problématique dans un article sobrement intitulé "L'hypocrisie des soldes dans la mode masculine".

La responsabilité des producteurs (marques de mode) et consommateurs est engagée. C'est pour cela que chez Modelab, nous plaidons pour une mode plus juste. Un système dans lequel la consommation du vêtement correspondrait à une réelle utilité et les cycles de production respecteraient avant tout l'environnement.

Conclusion

Deux tendances fortes, qui cherchent à modifier la production de mode, s'entrechoquent : produire plus efficacement de manière semblant instantanée, et produire doucement, de manière raisonnée.

La première semble se perdre dans une course à l'instantanéité, la recherche de la réactivité infinie, pour satisfaire un client narcissique déconnecté de la réalité et des enjeux écologiques actuels...

@Ingres
@Ingres

La seconde, qui met en valeur la rationalité de l'acte d'achat, parait "tue la mode", délaissant les mécanismes d'envie et valorisant la sensibilisation du consommateur, l'accès à l'information, la transparence...

De mon côté, j'espère simplement que le premier modèle pourra s'inspirer du deuxième, ou qu'un troisième balayera tout ça !

Pour en savoir plus...

Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, je vous invite à venir à la table-ronde "Prêt à porter, prêt à acheter : coutures et contours à l'heure de la mode connectée" qui a lieu le mardi 13 décembre de 9h à 10h00.

À cette occasion, j'aurais le plaisir d'échanger avec :

  • Franck Delpal,  Institut Français de la Mode,
  • Eric Briones, Auteur de « Luxe et Digital »,
  • Pauline de Breteuil, Directrice Marketing Groupe Vivarte,
  • Olivier Marcheteau, Directeur général, Vestiaire Collective.

À mardi alors !


revue de presse

L'Université ArtEZ : le textile au centre de la création

Lors de notre séjour à Eindhoven, nous avons découvert leurs écoles de design, dont la Eindhoven Design Academy dont on vous parlait il y a peu. Cette fois ci, c'est l'université ArtEZ que nous voulons mettre en avant et particulièrement ses étudiants en mode très talentueux qui présentaient leurs collections de fin d'année en juin dernier. On vous présente trois de leurs collections inspirantes et innovantes autour de la création textile.

Un(Bound) par Joosje Werre / Quand des techniques artisanales rencontrent des matières innovantes.

Joosje Werren © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016 / université ArtEZ
Joosje Werre © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016

Joosje Werre a présenté en juin dernier sa collection de fin d'année Un(Bound), collection de mode homme qui interroge la garde-robe masculine entre vêtement traditionnel et vêtement moderne. Pour cette collection elle s'est inspirée d'images et d'objets collectés durant ses voyages à travers la Mongolie, l'Inde, l'Indonésie. Dans son travail elle utilise des techniques traditionnelles et anciennes qu'elle a rencontrées là bas, comme le tissage, le tricotage, le nouage ou bien le crochet. Elle transforme ces techniques artisanales à travers l'utilisation de matériaux non-traditionnels.

Joosje Werre © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016 / université ArtEZ
Joosje Werre © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016

L'un des matériaux qu'elle utilise et qui est particulièrement intéressant est le feutre dont elle a fait un long manteau et une ceinture découpée au laser. Cette matière non-tissée habituellement constituée de laine agrégée est ici fabriquée à partir de textiles recyclés. Joosje a travaillé en collaboration avec l'entreprise hollandaise I-did Slow Fashion qui recycle les vêtements usagés pour en faire des objets et des accessoires en feutre. Ici, ce sont les stock usés de vêtements de l'armée hollandaise que Joosje utilise, ce qui confère au feutre cette coloration kaki propre au camouflage militaire. Ce feutre n’est pas uniquement composé de laine, mais d’un mélange de tous les textiles qu’on retrouve dans les vêtements de l’armée, ce qui le rend unique et lui confère une texture plus solide et plus ferme que le feutre classique. Une matière fabriquée à partir d'un procédé ancestral, le feutrage, mais qui en propose une utilisation innovante.

Biophilic par Laudy Verschuren / Quand la mode propose un retour à la nature

Laudy / université ArtEZ
Laudy Verschuren © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016

La collection de Laudy Verschuren nous parle d'un futur proche où l'humain et la nature tentent de se reconnecter dans un univers urbain. Elle s'est inspirée du monde de l'architecture qui dans une démarche plus durable et écologique, cherche à utiliser de plus en plus des matériaux et des formes organiques pour s'éloigner peu à peu du modèle béton/ gratte ciel et ainsi offrir un espace urbain plus proche de la nature. Mais Laudy pense que ce mouvement d'urbanisme éco-responsable, qui chercher à minimiser l'impact environnemental de l'urbanisation n'inclue pas suffisamment l'humain et sa volonté de renouer avec la nature.

Laudy Verschuren / université ArtEZ
Laudy Verschuren

Elle décide de réfléchir sur ce lien entre l'humain et son environnement urbain à travers le vêtement. Sa collection Biophilic propose un travail du textile qui recherche ce contraste entre matériaux rigides et matériaux souples, entre la silhouette organique et statique. Elle utilise des découpes laser sur plusieurs couches, du tricotage et de l'impression en sérigraphie sur des matériaux complètement différents ce qui donne une large variation de textures et d'effets visuels. Elle utilise également la fibre de verre et de la résine moulée pour créer ses accessoires, toujours dans cette idée de jouer avec les contrastes des matières souples et rigides, organiques et urbaines.

Disrupt Disturbance par Marina Van Dieren /Quand le glitch rencontre le jacquard

Marina Van Dieren / université ArtEZ
Marina Van Dieren © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016
La collection de Marina Van Dieren s'inspire de l'imperfection. Dans un monde où tout le monde vise la perfection tant au niveau de son apparence que de sa vie personnelle, elle interroge la notion d'erreur. Que se passe-t-il lorsqu'on lâche prise, qu'on devient spontané, qu'on n'hésite plus à faire des erreurs ? A en juger par la collection Disrupt Disturbance de Marina, que du bon !
Sa collection homme est composée de pièces en jacquard à l'effet glitché. Elle a travaillé en collaboration avec le tisseur EE Exclusives basé à Heze, près d'Eindhoven. Avec les motifs complexes de Marina et l'expertise technique de EE Exclusive, ils ont réussi à donner vis à un projet textile impressionnant.
Marina Van Dieren Liv Ylva / université ArtEZ
Marina Van Dieren © PHOTO Liv Ylva
Marina a réalisé ses motifs à la main à partir de collages d'images, qu'elle explique avoir travaillés de façon très spontanée. Quant à cet effet glitché numérique, il vient contre toute attente d'une simple photocopieuse ! Elle a manipulé ses collages dans la photocopieuse ce qui produit des perturbations, des erreurs, des imperfections dans l'image.  Un gros travail a ensuite été réalisé avec EE Exclusive ainsi que le Knitwear Lab (pour les pièces tricotées) pour retranscrire ce motif dont la multitude de couleurs ont du être retranscrites en couleurs de fils. En résulte un magnifique jacquard 8 couleurs composé de différents fils dont des fils de lurex.
L'université ArtEZ est une école dont les élèves expérimentent avec le design textile et la matière et qui ont la chance de collaborer avec des entreprises locales innovantes au savoir-faire unique. Une approche qui ne peut déboucher que sur des collections actuelles et pertinentes. Impressionnant !

Instagram stories

Instagram Stories : une nouvelle fonctionnalité pour les pros

Racheté en 2012 par Facebook, Instagram affiche fièrement un réseau de 500 millions d'utilisateurs pour plus de 4 milliards de likes par jour... Pas mal ! Alors pourquoi le réseau social spécialisé dans le partage d'images a-t-il choisi de copier la fonctionnalité phare de Snapchat, à savoir les stories ? Réponse ici...

Instagram, un incontournable de la stratégie de communication des marques de mode

Avec une qualité d'image élevée et un grand nombre de marques présentes, Instagram peut se vanter d'être le réseau préféré des fashionistas. Une récente étude révélait que 50 % des utilisateurs du réseau suivent au moins une marque... soit 250 millions ! Pour 45 % des usagers européens, suivre une marque est un bon moyen de trouver de l'inspiration vestimentaire, tandis que 35 % se prennent en photo pour montrer leur look, et que 16 % partagent les trouvailles qu'ils dénichent en magasin.

Facehunter

Les usagers européens, non contents d'être nombreux, sont aussi bien plus actifs que la moyenne mondiale. Ils consultent leur fil d'actu une quinzaine de fois par jours et publient trois fois plus de posts que les autres. Les Français, notamment, sont particulièrement généreux du like, avec quatre fois plus de posts likés que les autres utilisateurs. Les Britanniques suivent plus de marques, et les Espagnols sont les plus connectés. Quant aux Italiens et aux Allemands, ils se distinguent par leur proportion plus importante d'utilisateurs masculins.

Alors qu'Instagram est donc évidemment un outil de communication indispensable et diablement efficace, il s'agit aussi d'une mine d'informations précieuses pour déceler les tendances actuelles ou à venir, comme l'engouement général pour le denim dans toute l'Europe cet été, tandis que la France affiche un penchant pour la dentelle.

Alors que peuvent bien apporter les stories, cette nouvelle fonctionnalité d'Instagram copiée sans vergogne sur Snapchat ?

Instagram Stories : une dimension ludique et narrative qui manquait

Les dirigeants d'Instagram n'ont pas tenté une seule seconde de s'en cacher : Instagram Stories est une copie conforme des Stories de Snapchat, filtres langue de chien et couronne de fleurs en moins. Avec des fonctionnalités simples et intuitives, les Stories Instagram ont su séduire les utilisateurs, même les plus perplexes quant à leur intérêt.

Et pour cause : les utilisateurs d'Instagram dénoncent parfois le manque d'originalité et le côté lisse et léché des contenus, tandis que Snapchat séduit par son côté spontané, fun et ludique. En ajoutant les Stories à son application, Instagram garde à l'intérieur de son réseau des contenus qui auraient probablement été partagés sur Snapchat.

Côté fonctionnement, on retrouve tous les éléments des Stories Snapchat : une séquence d'images animée conservée pendant 24 heures et qui s'efface automatiquement après. Il est possible d'utiliser les émoticônes et filtres d'Instagram dans les Stories.

Instagram Stories

Alors quel est l'intérêt d'Instagram Stories pour les pros ?

Le principal bémol de Snapchat pour les professionnels est la difficulté à mesurer l'impact de ses publications et le succès de son compte. De plus, les utilisateurs ne tombent pas sur les comptes Snapchat de leurs marques préférées par hasard, comme cela peut être le cas sur Instagram, le réseau social au fantôme n'intégrant pas de fonction d'exploration. Instagram Stories est donc une vraie carte à jouer pour les pros.

Le côté narratif des Stories permet en effet aux marques de publier des contenus plus scénarisés, générant plus d'adhésion de la part du public que des photos parfois perçues comme un peu froides. Il est plus facile de conquérir des utilisateurs avec du contenu narratif ! Bien entendu, l'aspect éphémère des Stories interdit likes et commentaires, mais les utilisateurs peuvent envoyer un message à l'auteur du contenu (s'il n'a pas désactivé cette fonctionnalité). Et la marque peut également consulter le nombre de vues par Story avec le détail des personnes qui l'ont vue.

Comment les influenceurs se servent d'Instagram Stories

Prenons par exemple le cas d'Ivan Rodic, le fameux blogger mode, alias FaceHunter.

Il convient tout d'abord de préciser qu'Ivan s'avère  un fan absolu de Snapchat. Il a d'ailleurs été le premier à créer une agence dédiée à ce réseau social  : A Little Nation.

Il met en en scène ses nombreux déplacements lors des fashions weeks avec un ton ludique et décalé. En voyant arriver Instagram Stories, il a commencé par être sceptique sur son intérêt. Puis finalement, il l'utilise allègrement avec un ton plus pro et léché que sur Snapchat.

Facehunter

Conclusion

En voyant le spot de présentation, on comprend de toute façon très rapidement qu'Instagram a pensé cette nouvelle fonctionnalité pour les pros : du tourisme, de l'événementiel, et bien entendu de l'e-commerce. Une nouvelle opportunité pour les marques de susciter de l'engagement de la part des consommateurs en publiant des contenus plus abordables, avec le côté ludique et accessible qui manquait jusqu'ici à Instagram. Gageons que le succès ne va pas se faire attendre...

De votre côté, si vous utilisez Instagram Stories, qu'en pensez-vous ?


design textile

5 bonnes raisons de visiter l'expo design textile à Berlin

Présentation de l'exposition "Contemporary textile design" au Bauhaus-Archiv.

 

  1. Le bâtiment est top :

    Bauhaus Archiv
    Image : instagram/colinehill
  2. L'exposition, réalisée en collaboration avec l'Ecole de Burg Giebichenstein, présente une vision du design textile aujourd'hui, de l'expérimental à la production en sérieUn panorama d'objets est présenté : innovants, écologiques, des textiles fabriqués à partir de matières naturelles, de plastique recyclé, un vêtement imprimé en 3D ou encore un textile interactif...

    Textile interactif de Manuela Leite : le mouvement à proximité révèle les couleurs dans les plis du tissus.
    Textile interactif de Manuela Leite : le mouvement à proximité fait s'animer la surface, et révèle les couleurs dissimulées dans les plis du tissu.

    L'exposition, installée au rez-de-chaussée, est organisée en 7 catégories :Tradition - Transfert culturel - Couleurs - Matières - Technologies - Smart-textiles -Écologie.

     

  3. Parmi les textiles présentés, certains utilisent de nouvelles technologies, et/ou des matériaux inhabituels pour créer des designs innovants. Par exemple des fils sont fabriqués à partir de lait, d'autres allient la cire d'abeilles au coton...

    Julia Kortus, textile en coton trempé dans de la cire d'abeille.
    Julia Kortus, textile en coton trempé dans de la cire d'abeille.
  4. Comme il est interdit de prendre des photos, il va falloir vous rendre sur place pour apprécier les détails. Dommage, il est aussi interdit de toucher, et pourtant, ça donne envie d'en tester la texture, et de les faire bouger...
    Josefine Düring. 100% épicéa, sérigraphie avec un colorant réactif, perforé, brodé.
    Josefine Düring. 100% épicéa, sérigraphie avec un colorant réactif, perforé, brodé.

     

     

  5. Parce que toutes ces expérimentations sont porteuses d'inspirations, rien de tel pendant les congés estivaux !

    Stefanie Brendel, sac fabriqué à partir de 10 sacs plastiques du marché.
    Stefanie Brendel, sac fabriqué à partir de 10 sacs plastiques du marché.

INFO PRATIQUES :
Exposition jusqu'au 19 septembre 2016. Entrée 7€ du mercredi au vendredi (réduit 4€) et 8€ du samedi au lundi (réduit 5€).
Gratuit pour les moins de 18 ans.
http://www.bauhaus.de/en/