Le catwalk est-il le meilleur endroit pour avoir une opinion politique ?

Le vêtement de mode, tel qu'il existe depuis des décennies, participe grandement à notre construction sociale, de nos revendications. De l'avènement de l'aristocratie au port du jean dont l'image est légitimement associé à la toute puissance américaine, les nouvelles tendances se créent dans le sillage des bouleversements socio-politiques. On entend par là, les subcultures et non pas ces collections pré-mâchés par les bureaux de conseils, puis digérées par l'industrie. Autrement dit, le vêtement de mode est un patrimoine culturel qui découle de la société, qui est elle-même modeler par des décisions politiques. Aujourd'hui, il est de plus en plus courant d'observer dans les défilés de mode, une pléiade de créateurs dont les collections prennent forme sous couvert de revendications politiques et sociales.

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Le dernier en date, la collection printemps-été 2019 du créateur géorgien Demna Gvasalia qui dénonce la colonisation de Sokumi par l'URSS. Le prodige de la mode nous livre une partie de son existence et nous confie des souvenirs d'enfance passée dans sa ville natale qui était à l'époque sous occupation russe. Avec un casting composé d'une quarantaine de jeunes Géorgiens hors-agences, dénichés dans les rues de Tbilissi, Demna nous emporte vers une société criblée de normes restrictifs et de violences. Les mannequins défilent dans une ambiance pesante, mettant en scène des pièces martelé d'insultes en cyrillique, d'emblèmes soviétiques, de pièces ultra-branchées et d'hommes masqués. Le vêtement de mode ne se perçoit plus uniquement sous sa dimension mercantile, mais également sous une forme d'expression où les créateurs mettent en exergue les problématiques liées à la société.

Autre démarche plus militante, à New York, la créatrice franco-algérienne Myriam Chalek, spécialiste des défilés « à contre-courant », dénonce la misogynie ambiante de la société dite « moderne » et fait défiler des jeunes femmes victimes de harcèlement sexuel, d’agression sexuelle ou de viol. Un défilé printemps-été 2018 plus engagé que glamour, rythmé par quelques témoignages poignants, le tout agrémenté de quelques masques de porcs. Une forme de défilé-tribune où les vêtements passent au second plan espérant libérer la parole au bout du podium. Le catwalk, permettant de bénéficier d'une grande visibilité, confère au vêtement de mode un pouvoir décisionnel sur l'opinion politique à suivre.

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S'habiller devient alors un acte politique comme nous le démontre Sarah Burton, responsable des collections femme pour la marque Alexander McQueen. Le prêt-à-porter Automne-hiver 2018 était sous le signe de « l'empowerment » . La créatrice britannique qui souhaite « donner du pouvoir aux femmes, sans renoncer à leur féminité », fait défiler ses modèles dans des vestes structurées, légèrement over-size et aux épaules très marquées. L'ambiance y est stricte et le pas des mannequins aux visages fermés se fait pressant. Les teintes sombres et le style très formel de la collection fait référence au courant vestimentaire des années 80, époque durant laquelle la condition féminine connaît de profonds bouleversements, notamment dans le milieu du travail. L'adoption du vestiaire masculin par la femme s'inscrit dans la tendance en réaction aux révolutions féminines. Car aujourd'hui, si la représentation des femmes augmente aux postes de dirigeant, l'univers reste majoritairement masculin à mesure que le niveau de responsabilité augmente. Le vêtement devient alors pour ces femmes, une manière d'asseoir leur statut social, en combinant des éléments collectés selon certaines règles, dans un réservoir limité.

Un vent de contestation souffle également chez les marques émergentes. Les changements opérés par la mondialisation apportent leur lot de contestations : la surpopulation, la pauvreté, et les désastres environnementaux sont les nouveaux désordres socio-politiques auxquelles la nouvelle génération devra faire face. Le duo néerlandais Rushemy botter et Lisi Herrebrugh, lauréats du grand prix de la mode du festival international de Hyère et sur lesquels nous avons déjà écrit un article, a mis le cap sur le problème des flux migratoires des colonies néerlandaises vers les pays développés et de la pollution des océans avec la collection « fish and fight ». La collection faite à partir de filets de pêche recyclés, de sacs en plastique noués autour du cou, revendique un changement de paradigme profond qui va bien au-delà du vêtement. En plus de dénoncer les méfaits de l'activité humaine sur la planète, le couple introduit la notion d'upcycling en créant des pièces avec des matériaux existants et en détournant des objets de leur fonction initiale.

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La créatrice Ester Manas quant à elle, s'insurge devant les discriminations morphologiques de l'industrie qui impose la minceur comme un critère incontestable de beauté aux femmes. Avec sa collection « Big Again », elle cherche à célébrer la beauté féminine sous toutes ses formes. Un « empowerment » nouvelle génération allant du 34 au 50 et un casting grande taille vont donner raison à la jeune femme qui se fait remarquer lors de son passage au 3ème festival de Hyère.

Les personnes qui consomment la mode prennent-ils réellement conscience des enjeux mis en avant par les créateurs ? Ces enjeux sociaux ne font-il pas simplement l'objet de stratégie marketing ? Autant de convictions qui défilent sous nos yeux pleins de revendications et d'espoir qu'un jour les choses changent. Qu'un jour l'impact soit réel. Les marques de mode font parler, questionnent notre réalité, puis transforme nos valeurs et notre indignation en une redoutable stratégie marketing qui fait vendre. Et puis plus rien, jusqu'aux prochaines fashion-weeks, au prochains concours de mode permettant de grappiller à nouveau  un peu de visibilité . Les mannequins resterons minces, les femmes cantonnées à des rôles subalternes et la guerre et les rapports de forces continueront de modeler notre société. Le formidable lieu de revendication qu'est la mode ne se départit jamais tout à fait de son fond de commerce : vendre. Et le consommateur soit ne voit même pas l'esbroufe, soit se fait de plus en plus désabusé et méfiant. S'il faut se tenir vent debout contre les problèmes, les injustices et les incohérences, sommes-nous toujours  légitimes lorsque nous nous rendons coupables des mêmes incohérences? À méditer...


Le défilé Casa 93 fait la part belle à l'audace.

Hier soir la rédaction Modelab a eu l'honneur et le plaisir d'être conviée au défilé de la première promotion de l'école Casa 93.  Qu'est-ce que Casa 93 ? Sûrement pas une école comme les autres. Basée sur la notion d'égalité des chances, son concept est importé du Brésil et se calque sur le modèle de la Casa Geração Vidigal fondée en 2013, pour les jeunes du quartier de Vidigal, à Rio de Janeiro. Nadine GOnzales, cofondatrice du projet est à l'initiative des deux écoles chapeautées par l'association ModaFusion.

Casa 93, c'est une formation professionnelle proposant une méthode pédagogique innovante. c'est une école qui choisit de se tourner vers ceux que l'on oublie souvent trop facilement comme sa grande soeur de Rio de Janeiro. Fondée sur des valeurs bien trop souvent oubliées par nos entreprises et notre système d'éducation, elle fait la part belle à l'audace et au "pourquoi pas moi?".

Casa 93

"La mode aujourd’hui est un secteur d’activité exclusif peu durable socialement, culturellement, en terme créatif… Pour nous la mode de demain se doit d'être inclusive et créative. J’ai toujours trouvé dans la banlieue une inspiration puissante, à ce titre je suis pour un Grand Paris Créatif, et les projets de Casa 93 pourront contribuer à son émergence. C’est en assumant, sans la dévoyer, ses influences et sa diversité que la périphérie pourra continuer à se réinventer et se renouveler. Au delà de la formation et de l’insertion professionnelle, mon ambition est que la Casa 93 devienne un laboratoire / observatoire de l’esthétique de la périphérie dans chaque métropole en mutation."

Nadine Gonzalez, cofondatrice du programme Casa 93

Casa93 offre l'opportunité à un plus large panel de profils d'accéder aux formations de mode. Combien de talents qui s'ignorent n'oseront jamais poussé les portes des grandes écoles de mode ? Combien n'en auront même jamais l'idée par auto-censure ou par simple désinformation? Combien n'en ont tout simplement pas les moyens matériels?

Quel manque à gagner pour un secteur qui appelle le changement et l'innovation. Casa93 a pour vocation de révéler ceux qui ont perdu confiance, ceux qui sont convaincus que le milieu de la mode et de la création est inaccessible pour les jeunes issus des zones prioritaires. Pour ceux qui se sont perdus en chemin. Pour ceux que l'on a persuadé de choisir une route qui n'était pas la leur.

Le pari est osé mais nécessaire. Dans une industrie qui s'appuie encore malheureusement beaucoup sur le travail gratuit, l'exploitation des talents, des rapports de forces délétères qui épuisent les équipes, poser au centre d'un projet pédagogique l'épanouissement personnel, l'intégration sociale et l'insertion professionnelle par la créativité est un véritable bond en avant. En identifiant, formant, et promouvant les jeunes talents des périphéries sur le marché du travail, Casa93 rebat les cartes et change les paradigmes. L'entre-soi bien huilé du monde de la mode dans le viseur, cette nouvelle école casse les codes et affirme : "le talent est partout et surtout là où l'on ne l'attend pas". Vent de nouveauté dans les salons feutrés parisiens, il ne s'agit pour autant pas d'un nouveau microcosme underground, à la marge du système. Casa 93 bénéficie de parrainages solides et influents (notamment les fédérations du Prêt-à-Porter et de la Couture et de la Mode pour ne citer qu'eux), d'intervenants et de professeurs bénévoles, acteurs prépondérants du secteur (entre autres Dianes Pernet, Maroussia Rebecq, Jérôme Dreyfuss, Patricia Lerat...). Pour infiltrer et modifier un système mieux vaut en connaître les rouages...

 

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Sans restriction de diplômes ou de moyens, Casa 93 accueille ses étudiants selon les critères de sélection suivants :

  • la passion de la mode,
  • la créativité,
  • le talent,
  • la motivation.

Le processus sélectif se fait à travers un formulaire d’inscription, un entretien individuel et collectif. Une prépa de trois mois de septembre à décembre permet d'effectuer un premier tri parmi les admis et vérifier l'engagement et les capacités de réussite des élèves. S'en suivent une formation intensive de six mois puis à partir de juin une cession de coaching avec des professionnels prépondérants du secteur, pour ceux qui souhaitent entreprendre, mais également pour ceux qui souhaitent (re)commencer leur vie active sur le marché de la mode. Cette formation professionnelle gratuite s'adresse prioritairement aux jeunes talents issus des quartiers politique de la ville, de 18 à 25 ans mais fait de l'élève l'acteur de son parcours avec un système de paiement/remboursement des frais de scolarité en fonction de l'assiduité, du sérieux de l'étudiant et de son respect du règlement intérieur.

 

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"Je souhaite devenir créatrice de mode. J'ai choisi de travailler dans le studio de création, le journalisme ainsi que l'événementiel.
J'ai pris conscience de l'impact de la mode sur l'homme et l'environnement. Je souhaite que la casa me donne suffisamment d'armes pour être une actrice pertinente du changement."

Doris Traore, élève de la Casa 93.

Une école pour rompre avec les modèles en place et formé une nouvelle génération de professionnels, alertes et pertinents sur les nouveaux enjeux de la mode. Pourquoi on y croit ? Pour changer la mode, la prmeière clef d'entrée est l'éducation et la formation des futurs professionnels. Comment innover et rompre la chaine de la répétition des schémas si l'on reproduit au sein des écoles les lacunes du système professionnel et ses discriminations? D'où viendra le souffle nouveau si tout le monde est formé à penser sur les modes et est élevé dans les mêmes milieux ?

Caroline Hammelle rapporte dans son article du 18 janvier dernier les propos échangés en classe entre Alexandre Kourilsky (professeur) et l'un de ses éléves :

"_ Sérieusement, si on veut revisiter le sac de Jérôme Dreyfuss, il va falloir qu'on montre un peu qui on est"

Une sacoche Louis Bidon, ce qui représente la banlieue, c'est un faux sac de marque. Les grandes marques font bien des tenues de racailles pour Parisiens".

Touché. En réalité, ici, on est dans le temple d'inspiration de la mode", conclut le prof dont le but est d'aider ces jeunes à prendre confiance en eux et à démonter les clichés."

Le décor est planté. Ici pas de faux semblants, ni de fausse créativité de la rue. Ici chacun vient avec son vécu, son franc-parler ou sa timidité, ses attaches et ses blocages mais surtout avec son talent et son intelligence. Car c'est ce qui transparaît dans cette première présentation de la Casa 93. Beaucoup de spontanéité, des idées et une franche débrouillardise.

 

Casa 93

 

Pour présenter leur collection upcyclée où se mélangent les influences et les techniques (plastiques crocheté, broderies silliconées, superposition de tissages aux formes organiques, vestes déstructurées, jeu de transparence et silhouettes modulables), les élèves de la Casa 93 ont imaginé quatre tableaux suivant quatre stations de la ligne 13 à Paris.

Suivant cette mise en scène, les jeunes créateurs posent les jalons d'une reflexion limpide sur notre société, ses enjeux et leurs interrogations à eux, premiers acteurs d'un futur parfois incertain. Dans un quotidien fait d'attentes, de répétitions et de frustrations symbolisé par les couloir de la ligne 13, ces jeunes ouvrent une brèche le temps d'un défilé qui n'a de défilé que le nom. Les modèles, amis bienveillants et investis pour la plupart, marchent, dansent, se touchent, explorent les vêtements qu'ils portent et les habitent avec naturel. Les corps sont ceux de tout le monde, on a laissé  les diktats au placard. Personne ne marche droit devant soi avec le regard vide en mettant consciencieusement un pied devant l'autre. On exhibe tatouages, maquillage, piercing, cellulite, genoux cagneux, tétons, petits boutons, cheveux lisses, crépus, rasés... la rue est vraiment là. Pas de posture de studio, de version fantasmée de la banlieue, de ses habitants, de ses codes. Place de Clichy, on rêve les yeux ceint de perles. Métro Garibaldi la Nature se fait protéiforme et investit chaque partie du vêtement, comme poussent les plantes entre deux plaques de bétons. Métro La Fourche on réinvente les formes du vêtement comme on se fraie un chemin dans la vie, chacun avec ses codes.  À la station Gaité on évoque le paradis artificiel, ce besoin parfois éprouvé de se divertir, de se diversifier, faire de soi un autre. Se fuir soi-même.

Avec simplicité et sans faux semblants, ces jeunes talents nous balancent à la figure leur mode sans nos clichés. Leurs vies sans les regards parfois condescendants des autres. Une altérité fraiche et pleine de potentiel.

Article rédigé à quatre mains avec Doris Eliot.

 

 

Crédits photos :

Photo de couverture : Bruno Lévy pour Libération

Instagram Casa 93 :  @casageracao93

Bruno Lévy pour le blog Bobines : http://bobines.blogs.liberation.fr/

Instagram de Mathilde Rousseau : @mathilde.rousseau

Instagram IFM Alumnis : @ifm_alumnis

Instagram Sarah El Kho : @saraelkho


Sois hors-normes et tais-toi !

Aussi loin que l'on puisse remonter dans l'histoire de la mode, le corps féminin a toujours été placé au cœur de toutes les préoccupations. L'idéal de beauté, largement réfléchi et construit par l'industrie mode, est depuis toujours un but à atteindre au terme d'une longue lutte contre nature. Avec le nouveau marché de la « beauté singulière » largement médiatisé, la féminité tend vers une toute autre perfection corporelle. Certain(e)s y verront une révolution féminine et féministe qui tourne le dos aux vieux diktats de la grande blonde anorexique. D'autres au contraire penseront à une tendance passagère, alimentée par une énième stratégie marketing qui profitera à l'industrie : comme elle l'a toujours fait.

Beauté singulière

Le nouveau marché de la « beauté singulière » prône l'acceptation de soi. Il remet en cause les critères de beauté conduisant la femme à façonner son corps, de manière à l'éloigner de son état naturel ( poils, mauvaises odeurs...ect). La photographe et mannequin suédoise Arvida Byström a d'ailleurs décidé de bousculer les mentalités et de réveiller les consciences à ce sujet, en posant poils aux jambes pour la campagne de pub Adidas Superstar en Septembre dernier. Féministe dans l'âme, l'ancienne égérie de la marque questionne les interdits sociaux et les pensées dominantes qui pèsent sur le corps féminin. Elle se met régulièrement en scène dans des photographies au décors ultra-girly, dévoilant la moindre parcelle de sa féminité qu'elle poste sur les réseaux sociaux. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas là de nudité mais simplement d'explorer le thème de la féminité dans toute sa splendeur et sans filtres. Cela passe par l'aspect rugueux des poils pubiens, l’irrégularité d'une peau sujette à la cellulite, jusqu'à les menstruations. L'idée étant de déconstruire les convenances sociales et de rééduquer le regard. Outre le message fort adressé à la gente féminine, la collaboration avec la suédoise Arvida Byström permet ainsi à Adidas de marquer les esprits. En alliant stratégie marketing et tendance anti-conformiste, la marque est parvenue à tirer profit de la situation. Elle utilise la technique du marketing émotionnel qui provoque une réaction censée conférer à l'acte d'achat un sens plus profond, bien au-delà de la simple consommation.

La mode nous raconte à travers ses mannequins « grandes taille » qui posent fièrement à la une des magazines féminins que désormais, plus besoin de modifier sa physionomie corporelle par des exercices physiques, des régimes alimentaires ou l'ajout de maquillage. On s'accepte tel que l'on est.  La mode est au « body positivism », un concept américain célébrant de toutes les morphologies sans discrimination, ni hiérarchisation. A ce titre, les mannequins Tara Lynn, Ashley Graham et la jeune Barbara Ferreira sont celles qui incarnent le mieux cette nouvelle génération de mannequins « plus-size ». Elles continuent de lutter contre les beautés pré-fabriquées et de bouleversent un milieu largement réservé aux silhouettes filiformes. La mannequin grande taille Tess Holliday se joue bien des règles imposées par l'industrie de la mode, qui interdit littéralement aux femmes rondes de porter certaines tenues. La blogueuse américaine s'empare alors du sujet et remet en question l'autorité de l'industrie à travers une série de photos dans laquelle elle porte ces fameux « fashion faux pas » . Barbara Ferreira, ancienne égérie de la marque American Eagle, se pose quant à elle en porte-parole des morphologies généreuses et est devenu un modèle pour les petites filles au corps moins standardisés. Elle pose ainsi en sous-vêtements pour la campagne féministe « American Independant Me & You ». Cette mise en avant d'un mannequin loin des corps idéalisés retient l'attention et pousse à s'interroger sur la représentation des femmes dans le monde de la mode. Seulement voila, à en croire les récents défilés de la fashion week, la route est encore longue. De plus, s'il est condamnable d'encourager la maigreur et les diktats inatteignables, doit-on pour autant encourager d'une certaine manière le surpoids? Même si'l est bénéfique de libérer certaines personnes du regard des autres,et de les amener ainsi sur le chemin du bien-être,  n'oublions pas que chaque extrême est mauvais.

Beauté singulière

Après les corps huilés et glorieux des années 1980, puis l’émergence des corps minces adolescents au tournant des années 2000, nous sommes aujourd’hui en quête d’une beauté non normée. On cherche à déconstruire, à se ré-approprier la beauté. Une nouvelle ère venue supplanter la monotonie des grands courants de mode est en train de se dessiner. Selon Serge Carreira, maître de conférences à Sciences Po, spécialiste de la mode et du luxe « Cette recherche de la différence est intrinsèque à toute quête de beauté dans la mode. C’est un jeu d’attraction-répulsion, toujours profondément anti-establishement, qui permet de se renouveler d’aller de l’avant de façon critique. ». Au-delà de la simple corpulence des femmes ou des hommes jusqu'alors invisibilisés par l'industrie de la mode et ses médias se retrouvent poussés sous la lumière des projecteurs et deviennent des égéries. Albinisme, vitiligo et "weird faces" sont les nouvelles coqueluches du milieu. Thando Hopa, Diandra Forrest, Winnie Harlow, Molly Bair en sont quelques exemples… En faisant appel à ces « nouveaux visage », la mode apporte un peu de relief à l'industrie et répond ainsi à une quête de singularité face à l'uniformisation sous-jacente du secteur. Si l'intention est admirable sommes-nous face à une véritable lame de fond ou une simple passade? Les directeurs de casting pensent-ils "empowerment" ou "buzz"?

Beauté singulière

Le marché de la « beauté singulière » prônant l'acceptation de soi, offre ainsi chaque années toujours plus de nouvelles perspectives aux acteurs de la mode. Tout porte à croire qu'il s'agit d'un marché porteur, en bonne voie pour s'imposer dans le cercle fermé de l'industrie. Les agences spécialisées se démocratisent et semblent tout d'un coup répondre aux problèmes liés à l'industrie de la mode et son manque criant de diversité, tant sur le plan ethnique que corporel. Désormais, les imperfections rendent à la beauté toute sa singularité, à l'instar de l'agence Wanted ! qui se présente comme étant le porte-parole de « tous les mannequins dont les profils physiques ne correspondent pas aux critères habituels des agences standards ». Le concept fait rêver et l'offre marque le point de départ vers un avenir glorieux où la morphologie des femmes est (enfin) respectée et où la beauté est pluriel. Résultat, même les agences de mannequins classiques commence à traquer des profils atypiques de peur que le secteur ne devienne trop encombré.

Beauté singulière

S'il est vrai que l'industrie de la mode semble aujourd'hui pleine de belles promesses concernant les représentations féminines, corporelles et ethniques,  il n'en demeure pas moins que la mode reste un système économique avant tout, qui ne laisse rien au hasard. Cette machine bien huilée, dont le but ultime est la rentabilité financière, la bonne mise en marche des produits et la visibilités, n'a souvent rien de philanthropique. S'il était clair à un moment donné de son histoire que  la mode a eu besoin de corps standardisés, idéalisés pour sa croissance et son développement rapide, aujourd'hui elle se nourrit de beautés singulières pour retrouver une forme paradoxale d'universalité. L'idéal ne fait plus vendre, l'égo oui. Chacun doit se reconnaître dans un discours esthétique pluriel. Et si l'hypersingulier devenait le nouveau diktat à la mode?

Crédits photo : instagram @arvidabystrom | instagram @barbienox | Ben Torms 


State of Fashion

State of Fashion : un souffle nouveau venu d'Arnhem

Après la visite de la superbe exposition Viktor&Rolf à Rotterdam (dont vous pouvez lire ou relire l'article ici) j'ai eu la chance, toujours grâce à l'Atelier Néerlandais (une initiative de l'ambassade des Pays-Bas à Paris) d'assister à la première édition d'une formidable initiative : State of Fashion 2018.

Le jeudi 31 mai dernier, l'évènement international s'est ouvert à la Melkfabriek à Arnhem aux Pays-Bas. S'intégrant dans le festival Fashion + Design Festival de Arnhem, ce nouvel évènement mode est parrainé par Stichting Sonsbeek, l'école Artez  et Museum ArhnemBarbera Wolfensberger, directrice générale culture et média au ministère de la Culture, de l'Éducation et des Sciences a inauguré ce nouveau temps fort par un discours annonçant la mise en place d'un programme de soutien au secteur de la mode hollandais :

"Pour être capable de produire de manière alternative, augmenter l'aspect durable et responsable de la production de mode, développer de nouveaux matériaux et un nouveau discours pour la mode, il faut nécessairement encourager toute collaboration entre les acteurs de cette industrie, tels que les entreprises, les écoles, les universités et les designers. De nombreuses initiatives ont déjà vu le jour en Hollande, le Ministère a pour objectif d'accompagner et de pérenniser cette tendance positive."

 

state of fashion new luxury Arnhem Netherlands
State of Fashion - 2018 - crédits State of Fashion

 

L'objet de ce nouveau programme d'aide est de rendre cette industrie plus innovante et responsable. Cette annonce tombe à point nommé lorsque l'on considère que le sous-titre de la première édition de State of Fashion est "Searching for the new luxury."

Barbera Wolfensberger était accompagnée pour inaugurer ce nouveau rendez-vous par deux pionniers de l'éco-luxe de renommée internationale Oskar Metsavaht (Osklen) et VIN (VIN + OMI). Tête de proue d'une nouvelle lignée de designers innovants, ils ouvrent la voie à un futur plus responsable. Avec 50 autres designers, 800 invités et plus de 25000 visiteurs attendus, State of Fashion assume son ambition de proposer de nouvelles voies, pour trouver de nouvelles définitions au terme de "luxe".

 

State of Fashion 2018 luxury Arnhem Netherlands fashion
State of Fashion 2018 - crédits - State of Fashion

“Thought is the new luxury. Thinking about choices rather than impulsively buying.” VIN

L'évènement State of Fashion reviendra tous les quatre ans avec toujours le même objectif ; mettre en lumière de nouvelles solutions pour une mode innovante et plus responsable. Véritable plateforme internationale et interdisciplinaire d'échanges d'idées, d'expérimentations et de collaborations, State of Fashion offre l'opportunité  de rencontres entre personnes habituellement peu en contact. Designers, entreprises et écoles de mode et de textile se retrouvent ainsi à débattre et discuter autour de la même table, portés par la même ambition de faire de l'industrie de la mode un champ d'innovation et de progrès, toujours plus juste et éco-responsable.

L'édition de 2018 commissionnée par  José Teunissen (doyenne de l'École de Design et de Technologie du London College of Fashion, UAL et professeure en théorie de la mode), cherche des réponses à l'urgence de problématiques aussi essentielles que le gaspillage, la pollution, les inégalités, et le bien-être social. Elle est l'occasion d'explorer de nouvelles (bio)technologies, plateformes digitales ou encore processus créatifs qui remettent fondamentalement en question les notions traditionnelles du luxe et par là même contribuent à l'élaboration du futur de la mode.

State of Fashion 2018 Searching for the New Luxury compile les recherches actuelles les plus innovantes et initie des collaborations interdisciplinaires expérimentales qui débuteront en 2018 et devraient se poursuivre dans le futur.

 

State of Fashion 2018 luxury Arnhem
State of Fashion 2018 - Crédits - State Fashion

Divisé en plusieurs zones distinctes, l'espace d'exposition offrait au visiteur plusieurs expériences et parcours d'apprentissage.  Avec le thème searching for the new luxury la commissaire Jose Teunissen explore aux côtés des designers et des chercheurs les possibilités d'utiliser la puissance imaginative, séductrice et innovante de la mode pour créer un cycle de production  plus en phase avec les enjeux de demain. Pour ce faire elle a réuni plus de cinquante projets explorant une nouvelle définition du luxe.

Cinq axes de réflexion jalonnent l'ensemble des pièces présentées :

  • New imagination : Partant du principe que l'une des forces la plus significative de la mode est sa capacité à sortir des sentiers battus, créer de nouveaux mondes et immerger le spectateur/consommateur dedans, l'exposition propose un panel de designers usant de ce pouvoir pour amener le changement. Par la combinaison de la technologie et de la mode, de l'ingénierie et de la Nature, ils montrent une conception radicale qui rompt avec les modèles traditionnels. On y retrouve entre autre Iris Van Herpen, Ying Gao et Rafael Kouto.

 

  • The maker and the product in the spotlight : Avec l'avènement d'Internet, chaque poste de la chaine de valeur s'est retrouvé mis en lumière. Rien ne peut plus (ou quasiment plus) être dissimulé aux yeux des consommateurs. Cela leurs permet donc de consommer de manière plus consciente et durable, et de créer ainsi une relation horizontale entre eux et les producteurs, mettant par la même les artisans et les professionnels au centre. En plus de ce nouveau rapport, les makers gagnent en reconnaissance, en rendement car la plupart des intermédiaires disparaissent via ce nouveau modèle de consommation directe. Cette approche  révèle également l'écart entre le designer star, la valeur réelle du produit et celui qui le fait, et par la même annule ce décalage délétère pour l'industrie de la mode. Osklen, Bruno Pieters et la collection RE:CYCLE de Viktor&Rolf pour Zalando font partie de ce panel.

 

  • New Business Models : Saisonnalité effrénée, gros investissements, défilés hors de prix ne font plus partie de la recette parfaite pour une marque de mode. Les plateformes digitales permettent à des designers d'envergure plus modeste et des producteurs locaux de vivre tout en contrôlant les demandes des consommateurs et leur désir de co-création. En étant toujours plus attentifs aux tendances de consommation, les jeunes marques suivant un modèle de production raisonné et en accord avec les désirs des consommateur se prémunissent des excès de stock. L'intérêt grandissant pour l'économie circulaire et durable accentue la recherche de nouveaux business models. Matti Liimatainen (Self-Assembly), MUD Jeans, 11.11 Eleven Eleven et Maven Woman font partie des exemples illustrant cette tendance.

 

  • Fashion Design for a better World: L'industrie de la mode ne se base pas que sur l'imagination mais également sur le pouvoir. Présente absolument partout sur la planète, regroupant un nombre de consommateurs toujours plus colossal, la force de frappe de ce milieu est considérable. Conscient de ce levier, certains acteurs ont décidé d'en profiter pour faire porter haut leurs voix et leurs idées. Les designers mis en avant montrent comment la mode peut (et même doit) devenir un vecteur de changement pour un monde meilleur, pas seulement en produisant de manière éthique mais en usant de son influence immense pour créer un meilleur environnement de vie et des sociétés plus saines. Vivienne Westwood, Helen Storey et le collectif Fashion Revolution sont parmi les créateurs illustrant cet "empowerment" de la mode.

 

  • New interdisciplinary approaches : Pour créer une mode plus durable il est primordial de mêler les sciences et la mode lors de collaboration inter-disciplinaires. La force majeure de State fo Fashion est de mettre en lumière des expériences déjà en cours dont les résultats sont prometteurs, si ce n'est déjà quasiment opérationnels. Au-delà des mots et des voeux pieux, il est clairement montrer que des alternatives concrètes existent déjà et que ce n'est pas de la science-fiction. De nouveaux matériaux conçus à partir d'algues, de résidus de fruits, de champignons et même de cellule de peau résultant de recherches techniques et scientifiques trouvent des applications concrètes. On retiendra notamment les noms de Orange Fiber, Make Waste-Cotton New, Iris Houthoff et AlgaeFabrics.

 

La mise en avant des rapprochements possibles entre designers et chercheurs est bien la force principale de ce nouveau temps fort de la mode. Loin des discours galvaudés et consensuels souvent repris et répétés sans actions concrètes, State of Fashion insuffle une nouvelle énergie. Il est bien agréable de se voir ainsi proposer un échantillon de solutions, certes en devenir, mais déjà prometteuses. Le champs des possibles est pour une fois agrandi avec un sincère optimisme et un enthousiasme communicatif. Loin du cynisme et du caractère alarmiste de certain discours, les Hollandais semblent ne pas se résoudre à une posture de Cassandres de la mode et font face aux défis de demain avec un pragmatisme et une sagesse qui laisse admiratif. Force est de constater qu'ils sont largement accompagnés dans cette démarche par un gouvernement et des industriels qui, au-delà d'une compréhension lucide des enjeux actuels du secteur de la mode, offrent des moyens concrets pour la mise en place des idées les plus audacieuses et bien souvent les plus confidentielles.

Vous avez jusqu'au 22 juillet pour aller vous nourrir de cet élan positif et rapporter les inspirations et les initiatives que vous vous verrez offrir là-bas.

stateoffashion.org

Instagram : @stateoffashion2018

Facebook : @stateoffashion

 


Le WORTH Partnership Project

Les 3 et 4 février derniers, nous avons eu la chance d'assister à la sélection des finalistes du WORTH Partnership Project à Madrid, où nous avons pu découvrir la crème de l'innovation européenne dans la mode. Nous vous ferons le portrait de certain des lauréats dans de prochains articles, mais tout d'abord qu'est-ce donc que le WORTH Partnership Project ?

L'assemblée des participants au WORTH Week-end dans l'auditorium de l'IED Madrid.

Le WORTH Partnership Project est une initiative financée par le programme de l'Union Européenne COSME (Competitiveness of Enterprises and Small and Medium-sized Enterprises) rattachée à l'ambitieux Horizon 2020 dédié à la recherche et l'innovation.

Le WORTH Partnership Project a pour objectif de faire émerger des collaborations transnationales sur le sol européen. Spécialisée dans les domaines de la mode, du textile, du cuir, de l'accessoire et du lifestyle, la plateforme web permet la mise en contact de partenaires potentiels. L'idée est de rassembler autour d'un même projet des créatifs : stylistes, designers, concepteurs et des experts de la fabrication : artisans, façonniers, usines de production ou des technologies.

En dotant les projets sélectionnés d'une bourse de 10 000 euros (pouvant aller jusqu'à 12 000 euros pour les projets nécessitant la mise en oeuvre de gros moyens techniques ou technologiques) ainsi que d'un suivi personnalisé, le WORTH Partnership Project permet à des créateurs indépendants, de petites ou moyennes entreprises d'innover. Entre 2013 et 2015, le concept a été testé avec un projet pilote qui a impliqué 79 entreprises et a abouti a la création de 34 projets collaboratifs allant de la preuve de concept à la commercialisation de nouveaux produits.

Bas Froon présentant son projet lors du WORTH Week-end à Madrid le 3 Février 2018.

Pour ce premier appel à projets officiel, qui a été clôturé le 31 décembre 2017, les organisateurs ont reçu 111 candidatures. Les 41 finalistes se sont ensuite retrouvés les 3 et 4 Février 2018 pour un week-end exceptionnel d'échanges à l'IED Madrid. Le premier jour, les participants devaient pitcher leur idée devant l'assemblée et les membres du jury avant de présenter une vidéo explicitant leur projet. La seconde journée, ils étaient auditionnés par les membres du jury qui challengeaient l'ensemble du projet afin d'en tester tant le caractère innovant que le potentiel de commercialisation ou la justesse du choix des partenaires.

Table ronde avec les membres du jury le 4 Février 2018.

Pendant ces entretiens, nous avons pu assister à des conférences données par certains des experts et mentors qui assisteront par la suite les équipes sélectionnées. Les membres du jury ont également donné leur vision de l'évolution du secteur lors d'une table-ronde en fin de journée. Ce week-end a surtout été l'occasion pour tous les participants de découvrir et de s'inscrire dans un réseau européen de petites et moyennes entreprises souhaitant innover ensemble dans le domaine de la mode.

Deux semaines après les 27 équipes lauréates ont été dévoilé. Elles rassemblent 60 entreprises différentes réparties dans 20 pays de l'Union Européenne. Les projets présentés par les partenaires sélectionnés ont désormais 9 mois d'accompagnement pour se concrétiser. S'ils se concentrent principalement dans le textile et la mode, il faut noter que 3 d'entre-eux concernent l'accessoire, 2 le bijoux, 2 la chaussure, 3 l'ameublement.

Le second appel à projet devrait ouvrir en Mai, alors si vous souhaitez participer à cette belle aventure européenne, vous pouvez dès maintenant créer votre profil ici pour rejoindre le réseau et commencer à chercher un partenaire pour votre projet.

Enfin, si vous voulez en savoir plus sur le travail d'Elisabeth comme designer c'est par ici.


Fashion Talks 2017

Fashion Talks In Anvers : les sensibles en lumière

Durant mon séjour en Belgique en novembre dernier, j'ai pu me rendre à Anvers pour assister aux Fashion Talks qui réunissaient un panel plus qu'inspirant sur la Mode, avec notamment  un Dries Van Noten apôtre d'un sensible touchant à la perfection. Au détour des allées, on pouvait également croiser un Raf Simons détendu et souriant.

Cette réunion de la grande famille de la mode Belge était également placée sous le signe de l'international avec les interventions de Scott Belsky, fondateur de Behance pour le côté startup à l'américaine et Tommy Ton, le photographe de rue qui a avoué presque gêné que les réseaux sociaux constituaient dorénavant une extension de son être.

Retour sur cette journée délicieusement enthousiasmante qui m'a donné envie de passer plus de temps au coeur des Flandres pour découvrir encore plus leur amour de la Mode.

Fashion Talks : les jeunes prennent la plume

Au cours des panels, j'ai notamment été frappé par la qualité des échanges durant la table-ronde "The voice of the future", animée par Anja Aronowsky Cronberg de Vestoj.

Depuis plusieurs années, je suis avec intérêt cette revue qui se qualifie de "Plateforme critique de la Mode". À côté, de la myriade de la presse dite "Mode" il est rassurant de savoir qu'il existe encore des points de vue intellectuels et non pas seulement mercantiles sur notre très chère industrie de la Mode.

Le choix de donnée à la parole à Vestoj m'a semblé plus que (im)pertient de la part des organisateurs. Pour Anja, en tant que journaliste, il convient de s'interroger continuellement sur ce qu'on écrit. En d'autres termes, que pour chaque nouvel écrit, il faut savoir se remettre en question ;  s'interroger sur son lecteur.

Finalement, la futilité n'a pas lieu de citer. Seul le sérieux peut exister.

Peut-être que c'est ici que nous pouvons trouver un début d'explication sur l'excellence de la Mode belge.

Fashion Talks
@filleroelantsphotography

Dries Van Noten : à la recherche de la perfection

L'interview de Dries Van Noten par la journaliste Vanessa Friedman du New York Times a atteint un sommet de justesse incroyable. Il a tout simplement rappelé son amour pour la lecture. Et la puissance inspirationnelle qu'elle pouvait avoir sur lui. Mais surtout, la manière dont celle-ci lui permettait de saisir les choses en profondeur et dans le détail.

En évoquant cette joie de lire, Dries a voulu souligner le fait que la création venait essentiellement d'une capacité de concentration exceptionnelle permettant de délivrer une oeuvre unique.

C'est sans doute pour cela qu'il a exprimé, durant l'entretien, comme une évidence son souci de la perfection. Et le fait qu'il pousse sans cesse son équipe dans cette direction afin d'atteindre le plus justement possible son objet de désir.

@filleroelantsphotography
Dries Van Noten

Finalement, les Fashion Talks ont su démontrer que la mode belge savait se remettre en question et mettre en lumière un travail minutieux le temps d'une journée lumineuse. Peut-être est-ce là le principal enseignement de cette journée ; le sensible belge se caractérise par une certaine modestie de l'artisanat idéal d'où sa place si singulière dans la Mode. Caractéristique que beaucoup envient mais dont il serait sage de s'inspirer, parfois.

Mon séjour belge a également eu comme étape Bruxelles lors de  l'European Fashion Summit où j'ai été invité à échanger sur la création d'une coopération européenne pour la Mode, voici mon point de vue sur la question.


roubaix

Roubaix met le Nord au centre de la Fashiontech

Les 19 et 20  octobre derniers ont eu lieu les FashionTechDays 3ième édition du côté de Roubaix. Durant deux jours, une succession de conférences a permis d'appréhender les enjeux des mutations du secteur mode, dans une ambiance fertile placée sous le signe de la bonne humeur.

À cette occasion, j'ai pu me rendre sur place afin de constater le dynamisme local et les synergies qu'Annick Jehanne, créatrice des FashionTechDays, a pu mettre en place entre grands groupes (comme Damart ou Showroomprivé) et startups. 

Afin de faciliter les échanges et les rencontres, un showroom présentait des startups orientées usage. Certaines ont particulièrement attiré notre attention comme Tekyn spécialiste du manufacturing on demand. En d'autres termes, ils installent des micro-usines près chez vous afin de produire localement en réduisant les coûts de livraison et en créant de l'emploi en proximité.

Était également présent, Daco, expert de l'intelligence artificielle, qui permet aux marques de Mode de savoir quels produits vont cartonner cette saison. Cela signifierait-il  qu'aujourd'hui les tendances ne se créent plus dans la rue, mais plutôt grâce à des algorythmes ? 😏

Enfin, côté vêtement, Urban Circus, créateur de vêtements haute visibilité, proposait une série de tenues réfléchissantes avec des pièces de signalisation. Forcément, il a été le centre de toutes les attentions, sûrement à cause d'une moustache immanquable (à voir dans la vidéo).

Afin que vous puissiez découvrir cet évènement de l'intérieur, j'en ai profité pour ramener un reportage en totale immersion dans un style nomade chic en toute décontraction 😎

Un reportage chic et nomade

Forte de ce succès, Annick Jehanne prépare déjà la 4ième édition des Fashiontechdays sur Roubaix avec une sélection encore plus pointue des startups.

Avec ce nouveau format de vidéo, chez Modelab, nous voulons que vous puissiez partager avec nous  nos différents voyages, salons ou évènements.

Bref, dites-nous ce que vous en pensez et surtout ce que vous souhaitez voir ou entendre !

Au plaisir de vous lire.


Antifashion

Antifashion : vers un renouveau du système de la mode ?

Anti Fashion saison 2, toujours du côté de Marseille, sous l'impulsion de Stephanie Calvino. Petit rappel pour les néophytes : En 2015, la prévisionniste de tendances hollandaise Li Edelkoort, rédige son manifeste Anti_fashion, pointant les dérives du système de la mode.

La mode surproduit, les clients surconsomment, et ce au détriment de notre société, qui finalement perd ses repères, et ne sait plus évaluer un produit mode à sa juste valeur. L'heure est venue de questionner le système, et de valoriser les alternatives.

Chez Modelab, nous croyons à la slow fashion, plus juste dans sa démarche, davantage équilibrée sur toute la chaine de valeur : du créateur, en passant par le producteur, jusqu'au consommateur final.

Afin d'apporter une touche d'impertinence à cette seconde édition, la chroniqueuse et instagrameuse Sophie Fontanel fut en charge de l'animation. Tâche à laquelle elle s'est adonnée avec un regard subtilement bienveillant.  Ces trois jours d'échanges furent placés sous le signe, bien évidemment, du soleil, mais surtout d'un bouillonnement d'idées pour reformater le système mode. Reste à savoir s'il s'agira d'une vague ou d'un tsunami.

Antifashion
© Anne Loubet

Antifashion : un mouvement durable

Stéphanie Calvino, une femme pleine d'énergie, organise l'évènement avec l'envie de bousculer un système mode devenu trop rigide.  Elle a placé Antifashion sous l'étoile d'une Li Edelkoort de combat, avec trois lignes directrices fortes.

Tout d'abord, la formation des jeunes, l'élargissement de leurs compétences et de leur compréhension de notre monde en pleine mutation. Et comprendre ce monde, c'est aussi s'en inspirer. De ce point de vue, l'intervention de Patricia Ricard, Présidente de l'Institut Océanographique Paul Ricard, eut un écho particulier. Son travail consiste à observer la nature afin de s'en inspirer pour innover durablement. C'est ce que l'on appelle le biomimétisme. La manière dont l'araignée tisse sa toile a par exemple été étudiée pour développer de nouveaux matériaux. D'où l'intérêt d'autant plus grand de sensibiliser les jeunes créateurs à la préservation de notre environnement et à son observation, qui a tant à nous offrir.

Le seconde ligne directrice : se rapprocher d'une mode plus juste. Pour cela, Antifashion a réuni durant trois jours des personnalités aux postures variées afin d'échanger, de débattre lors de tables-rondes et conférences. De quoi apporter des regards différents sur cette question clé, aussi bien éthiquement qu'économiquement, pour l'avenir de la mode.

Last but not least : mettre en valeur les jeunes talents. Un atelier de création, à partir de jeans récupérés, a été organisé, concours auquel ont participé plusieurs jeunes marseillais, sans compétences en couture. Aussi, un espace d'exposition et de workshops permettait de découvrir de jeunes designers aux pratiques atypiques, dont dépendra le futur de la mode.

Pour la série de conférences, je vous propose un petit résumé, abordé selon l'angle d'une mode à deux vitesses : celle calée sur la tyrannie du moment ; et celle sur une durée plus longue inscrite dans l'histoire.

Slow Fashion et Fast Fashion : une danse à deux temps

Comme on peut le lire sur ce schéma du collectif éthique-sur-étiquette, la plus grande part de la marge de profit d'une paire de baskets revient au distributeur. Une distribution qui peut être considérée comme inéquitable, compte tendu de la véritable création de valeur qui repose sur la main d’œuvre (ouvriers et créateurs compris).

ethique-sur-etiquette.org
ethique-sur-etiquette.org

Mais ce qu'il faut aussi prendre en compte, c'est l'impact du coût publicitaire dans une paire de baskets. C'est la contribution de Sébastien Kopp de Veja qui s'interroge sur la valeur du produit de mode. Vis à vis des campagnes publicitaires, Veja se positionne autrement face à ses concurrents, n'allouant pas de budget à sa "communication", ce qui lui permet de vendre dans la même gamme de prix une basket qui coûte beaucoup plus cher à produire (en faisant le choix de produire de manière éthique, à partir de matériaux de qualité).

antifashion
© Anne Loubet

Li complète cette idée, en pointant du doigt que le fait de vendre un tee-shirt à deux euros est une catastrophe. Avec un prix aussi bas, cela implique forcément que des personnes se tuent à la tache. Et symboliquement, cela renvoie l'idée que la mode n'a plus de valeur.

Afin de contrer cet effet tyrannique de la quête de nouveauté perpétuelle, il s'agit de créer des produits intemporels, souligne Sébastien. Et, pour cela, l'inscription dans un récit, voire une odyssée, devient une nécessité. Ainsi, Veja s'est lancée en affirmant avant tout son style, mais aussi son identité de marque à dimension humaine, respectueuse des principes du commerce équitable. Un commerce qui veille à la rémunération juste du producteur local. Veja ne positionne plus uniquement en vendeur de chaussures, mais en pourvoyeur d'une mode éthique et durable, et ceci sur toute sa chaîne de production.

Vers une chaîne de valeur de combat

Par rapport au questionnement sur la création et le développement de la notoriété des jeunes créateurs, Sophie Fontanel aborde la notion de "surface". Selon elle, les marques devraient occuper le plus de surface possible, notamment médiatique, et cela est possible avec les réseaux sociaux. Pour elle, la marque Vêtements a disrupté les codes, par exemple en arrêtant le défilé de mode, qui n'aurait plus de sens à l'heure des réseaux sociaux. A quoi bon demander à une horde d'acheteurs de se déplacer pour assister à un show de 15 minutes calibré pour Instagram ? Avec cette position radicale, Vêtements se positionne ainsi en leader d'opinion novateur.

Dorénavant, Vêtements ressemble plus à un collectif de combat qu'à une marque traditionnelle de créateur, toujours dans l'action. Leur objectif : pulvériser les codes de la mode.

antifashion
© Anne Loubet

Seule ombre au tableau : un désir contrarié ?

La conclusion de Sophie Fontanel à ces trois journées d'échanges, est que la mode reste avant tout une question de désir, qui doit être maintenu et ravivé sans cesse. Pour elle, la mode renvoie forcément au besoin irrésistible de changement, et "s'habiller frugal est un luxe de nanti" écrit-elle dans l'Obs. La question qu'elle soulève également dans cet article : Le plaisir de changer souvent de vêtement est-il compatible avec le changement du système ? N'est-il pas un peu oublié par des entrepreneurs qui prônent de consommer autrement ?

C'est une question importante, et nous qui aimons la mode, jouer avec les histoires que racontent les vêtements, nous ne rêvons pas non plus d'une garde-robe tristement fonctionnelle. Mais, nous croyons en la possibilité, notamment lorsque-nous rencontrons de jeunes entrepreneurs et créateurs que nous vous présentons dans nos pages, que goût pour la mode et "slow fashion", sont compatibles, et ce à des prix pas plus hauts que ceux proposés dans les grandes enseignes. Pour apprécier la beauté de la mode, dans toute sa complexité, il ne faut pas forcement beaucoup d'argent, mais une certaine curiosité, et des références. Nous revoilà au chapitre "éducation".

Et puis, après tout, on préfère manger une bonne pâtisserie une fois de temps en temps, que prendre des gâteaux industriels au distributeur tous les jours à la pause café.

Pour prendre du plaisir en surconsommant des produits fabriqués en masse dans des conditions déplorables, il faut être inconscient. Ce n'est plus possible aujourd'hui. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut s'informer beaucoup plus facilement, dénicher des bons plans, découvrir des projets comme Unmade,  Post Couture, Studio Mazé, qui permettent aux amateurs de mode de continuer à la célébrer, sans se ruiner, et en la poussant vers l'avant sans tout écraser sur son passage.


francis bitoni

Francis Bitonti : maestro de l'impression 3D

Francis Bitonti est un designer connu pour son utilisation créative de l’impression 3D. Il vit et travaille à New York où il donne aussi des cours de mode et anime des workshops au sein de la très célèbre FIT (la grande école d’art et de design de New York). "Le Studio", c’est ainsi que Francis Bitonti appelle son lieu de travail, a été créé en 2007. Il est en permanence engagé dans l’application de la conception numérique et des technologies de fabrication contrôlées par ordinateur, afin de transformer les logiques de production de masse traditionnelles au sein de l’industrie de la mode.

Lors de la rédaction de mon mémoire, j’ai pu le questionner sur son travail, sa créativité et les techniques qu’il utilise au quotidien...

Le studio, espace de réflexion et expérimentation

Le Studio, bien que très orienté design, réalise aussi des pièces de mode comme la robe en 3D de la célèbre icône Dita Von Teese. Il est énormément investi dans la recherche et l’intégration des nouvelles technologies, notamment dans l’utilisation de l’impression 3D qui permet selon le créateur « de produire une complexité formelle intense qui serait impossible si le projet était réalisé par une personne en chair et en os ».

Le processus de création de Francis Bitonti

C’est un nouveau paradigme qui est inauguré par Francis Bitonti grâce à un savant mélange de techniques de conception et de technologies émergentes. La frontière entre le design et la technologie est brouillée, on ne sait plus vraiment ce qui appartient à chaque domaine.

« Mon processus de conception et de création est une collaboration avec l'intelligence artificielle. » Francis Bitonti

Inspirations et démarche créative

Souvent, les gens lui demandent ce qui l’inspire. Comme on retrouve beaucoup de modules et d’éléments organiques, on peut d’abord penser que la nature joue un rôle important. Or, ce n’est pas le cas. Les formes qu’il utilise sont uniquement pragmatiques et ne ramènent pas à un récit personnel.

De plus, il considère que ce n’est pas parce qu’il travaille avec ces technologies qu’il faut penser qu’il est un fervent admirateur des mathématiques ou des sciences. C’est le synthétique, l’humanité et ses mécanismes qui s’entrecroisent qui passionnent le plus ce créateur. L’humain est une perturbation de la nature, il est en conflit avec l’environnement. Cette mise en conflit le rend faible, fragile. Le design dans tout ceci vient jouer le rôle de la négociation de ces différences qu’on trouve entre l’humanité et l’environnement. En mettant en évidence les conflits entre ces deux domaines, le design devient poétique.

« Quand le design joue ce rôle, il le fait avec plus de succès que les plus grandes œuvres littéraires. C’est pourquoi, je crois que la conception est quelque chose d’intéressant et que je dois y consacrer ma vie ». Francis Bitonti

La plupart du temps, les gens créent des modèles mathématiques pour décrire ce qu’ils voient dans la nature. Ce n’est pas le cas de Francis Bitonti qui trouve qu’il n’y a aucune vérité dans ces modèles, et que, ces systèmes mathématiques en tant que concepteurs, ne représentent rien mais nous plongent dans une grande confusion. Il considère qu'en utilisant la technologie, il est impossible de reproduire la nature, simplement possible de reproduire une certaine perception humaine de la nature, ce qui est différent et qui ne peut pas être une vérité. Ce qui intéresse M.Bitonti dans ces technologies, c’est leur poésie. Le fait de les utiliser permet une interprétation de notre monde, et les pièces créées par leur biais vont raconter l’histoire d’une fragilité intemporelle.

Dans son travail, Francis Bitonti cherche aussi à utiliser la vision du monde la plus contemporaine possible. C’est pourquoi, le calcul est placé au cœur de sa méthodologie de conception. Etant donné le système numérique avec lequel il doit travailler, il n’y a pas de meilleur point de départ que les mathématiques. Il n’est pas inspiré par les mathématiques mais elles sont un outil obligatoire pour lui permettre de concevoir.

Le designer n’est pas un artiste

Souvent, Francis Bitonti est désigné comme un « artiste ». Cette appellation, il n'y tient pas. « Je ne suis pas un artiste. Je rejette complètement ce titre. Je suis un designer. » Le titre de designer oblige celui qui le devient à certaines  responsabilités. Francis Bitonti, lui, est un designer chercheur, à la recherche de ce qui deviendra le nouveau langage formel et c’est grâce à ces outils, ces technologies et leurs capacités, qu’il peut y arriver.

 

Francis Bitonti suit des contraintes et effectue des expérimentations sans rechercher uniquement l’esthétisme. Il élargit des possibles grâce à une recombinaison de procédés existants.

L'impression 3D comme inspiration

Nous vivons actuellement dans une révolution technologique qui apporte une transformation culturelle, sociale et économique importante. L’impression 3D, et plus spécifiquement la fabrication additive, réinvente le rôle et les capacités de la matière physique. Les produits sont maintenant actifs numériques.

Grâce aux avancées technologiques, il est possible de remettre en question les principes les plus fondamentaux du design, de reconstruire la fabrication et de réorienter les flux de matières et le commerce. Le chemin n’est pas tracé et c’est une toile vierge qu’il y a devant les designers qui utilisent cette technologie. Il faut donc qu’ils mettent en place de nombreuses expérimentations afin de construire leur propre route. Cette génération de designers est donc en mesure de redéfinir la matérialité, de mettre en forme le modernisme et de faire entrer le monde dans de nouvelles réflexions.

L’imprimante 3D est une véritable révolution et va permettre de nouveaux modèles économiques et de distribution. C’est une « occasion de changer le monde ». Francis Bitonti

Culte : la robe en 3D de Dita Von Teese

Francis Bitonti, New York 2013, Robe Dita Von Teese, Plastique et cristaux de Swarovski, Impression 3D

Cette robe a été imprimée grâce à la technologie 3D. Elle est composée de 17 pièces, de plus de 3000 articulations et est ornée de 12.000 cristaux de Swarovski. Elle a été imprimée en PLA : une forme de plastique très rarement utilisé dans le domaine de l’habillement. Le fait d’utiliser un matériau comme le PLA dans la création de matériaux souples annonce de nouvelles perspectives et de nouveaux champs de possible.

Il faut bien se rendre compte du temps de travail nécessaire pour produire une robe de ce type car il faut prendre en compte, d’une part, le design, le codage informatique, la programmation de la machine, le temps d’impression et d’autre part l’assemblage des pièces qui sont toutes imprimées séparément.

Malgré tout, la réalisation d’une robe de ce type est absolument novatrice et n’aurait pas pu voir le jour sans la technologie. Cette technologie a permis d’amener une nouvelle conception formelle, presque architecturale, et de produire une pièce sculpturale. On se rend bien compte, avec une création de ce type qu’il n’aurait pas été possible de la fabriquer manuellement. Cette création existe uniquement grâce à l’impression 3D.

De plus, la robe a été partagée sur le site ScketchLab, il est possible de récupérer le modèle pour pouvoir imprimer la robe sur sa propre imprimante. Cette notion de partage de création est vraiment très nouvelle et promet une révolution dans l’habillement.

Qu’apporte la technologie de l'impression 3D à la créativité des studios textiles ?

Une plus grande richesse dans les créations

Grâce à la technologie de l’impression 3D, les designers comme Francis Bitonti peuvent réaliser de nombreuses expérimentations, de façon rapide et simple. Si le test effectué précédemment ne convient pas, on peut en réaliser un nouveau quasi instantanément. Cette instantanéité, typique de notre époque, permet de réagir plus vite à un problème et permet de se retourner plus rapidement et de trouver une nouvelle solution. La simplicité de l’impression permet même de réaliser plusieurs solutions à bas coût et de pouvoir les tester à tour de rôle pour savoir laquelle conviendra le mieux. La diversité des expérimentations possibles permet le développement de la créativité.

De plus, l’impression 3D permet la création de formes impossibles sans l’utilisation de cette technologie. Les formes des créations de ce designer n’auraient pas pu être réalisées à la main. Le travail est d’une trop grande précision pour qu’un humain puisse le réaliser. Il lui faut obligatoirement l’aide d’une machine. Dans le cas de Francis Bitonti, cette machine, c’est l’imprimante 3D.

La machine permet donc un plus grand champ de possibles par rapport aux réalisations uniquement humaines.

Le guidage par la contrainte

L’impression 3D amène de nouvelles contraintes au processus de création qui permettent de guider le designer. Ne pas pouvoir tout faire incite à trouver de nouvelles solutions adaptées. Le dessin doit être réalisé sur l’ordinateur, il y a des matières spécifiques qui peuvent être utilisées... La réflexion qui permet de découvrir ces solutions fait partie du processus de création.

De l’échange et de la découverte

Le partage est extrêmement important pour le designer car il lui permet de nourrir ses créations de nouvelles idées. Il effectue de nombreuses collaborations pour la réalisation de ses objets et chacune d’entre elles permet de nourrir sa créativité. L’échange lui donne des nouvelles pistes de recherches auxquelles il n’aurait pas pensé seul.

Il donne aussi des cours dans des universités américaines afin d’échanger avec des étudiants et de travailler avec eux sur des workshops. Les étudiants avec qui il travaille ne connaissent, en général, pas le processus de fabrication de l’imprimante 3D. Il les laisse donc s’approprier la machine comme ils le souhaitent. Chaque étudiant a ses propres connaissances qu’il tente d’appliquer à l’imprimante 3D, et cela peut faire des transpositions étonnantes qui donnent des nouvelles perspectives au projet...

Francis Bitoni participe à une conférence le 16 juin 2017 à Barcelone.


shenkar

La Fashion Tech à l’école Shenkar

Puces textiles électroniques, impression 3D, procédés de fabrication textiles qui visent une meilleure durabilité des vêtements... Autant d’outils avec lesquels se familiarisent les élèves de l'école Shenkar, pour pouvoir imaginer notre dressing de demain.

Créée en 1970, SHENKAR fait partie des 5 écoles les plus influentes à travers le monde (selon Business of Fashion). Elle a formé de grands noms de la mode, comme Albert Elbaz, Alon Livné, ou encore plus récemment Noa Raviv et Danit Peleg.

Le pôle Mode est divisé en 7 départements. Sa directrice, Léah Peretz, a pour philosophie de décloisonner les modules : de la conception du vêtement à l’étude des textiles en passant par le design industriel ou l’architecture… Par exemple, de l'association entre le département Mode avec celui du génie logiciel, est né il y a 3 ans le projet "Smart Garment Required, preferably sensitive with a good sense of humour..."

Pour mieux comprendre cet enseignement atypique, c’est toute l’équipe d’enseignants qui nous a ouvert les portes de la classe de 4e année, composée d’une douzaine d’étudiants. De mars à juillet, Ayelet Karmon (architecte et professeur de mode), Maya Arazi (professeur de mode), Zohar Messeca (support électronique et informatique) et Amnon Dekel (professeur au département d’ingénierie informatique), accompagnent chaque étudiant individuellement, pour qu’ils y développent leur projet… Modelab vous présente ses coups de cœur.

La technologie au service du wearable : thème de prédilection de la promo 2016

C'est en binôme que les élèves de la promotion 2016 ont travaillé sur ce thème : « La technologie au service du wearable », qui n'a pas manqué d'interpeller Modelab.

Des robes qui communiquent entre elles

Danny Kuchuck (robe blanche) et Eden Edelson (robe beige). Photographie : Achikam Ben Yosef
Danny Kuchuck (robe blanche) et Eden Edelson (robe beige). Photographie : Achikam Ben Yosef

Danny Kuchuk et Eden Edelson, ont créé chacun leurs robes, avec leurs spécificités, mais qui peuvent communiquer entre-elles.

La tenue d'Eden Edelson est équipée de capteurs et de leds. Celles-ci s'activent lorsque le corps se met en mouvement. Pour lui, il s'agit de donner à voir un élan de vitalité et de bonheur.

La robe de Danny Kuchuk, elle aussi équipée de capteurs, produit un souffle qui soulève délicatement les pans de la robe. Passionné par la nature, Danny nous a confié s’être inspiré du vent, de son action sur ce qui nous entoure : les nuages, les arbres…

Lors de leur collaboration, Eden et Danny décident de lier leurs projets, ce qui fait que lorsque la robe d'Eden s'active, celle de Danny se met, en réponse, à bouger dans un rythme similaire. « Ensemble, avec  Eden Edelson, que nous avons créé un langage entre deux modèles. Nous avons imaginé deux personnes, que l’éloignement empêche de communiquer… Nous avons eu l’idée de les connecter via des capteurs placés stratégiquement sur le vêtement tout en mettant un point d’honneur à ce qu’il reste portable. Grâce à une collaboration avec différents orfèvres, des spécialistes métalliques, et des techniques comme l’impression 3D, nous avons réussi notre pari : réaliser une robe en soie pure et coton organique dont le mécanisme permet de créer le lien entre deux êtres." explique Danny

Eden Edelson Danny kuchuck
Danny Kuchuck (robe blanche) et Eden Edelson (robe beige). Photographie : Achikam Ben Yosef

Un vêtement qui s'adapte à la météo

Noga Levi
Noga Levi

Noga Levy a quant à elle conçu une robe "multi-saisons". Grâce à un capteur de température placé à l’intérieur, la robe s’adapte à la température extérieure. Certaines parties du vêtement s’ouvrent automatiquement pour créer une meilleure circulation d’air. En plus de cette technologie, d’autres peuvent s’ajuster manuellement.  Noga s’est inspirée de représentations florales, notamment de dessins japonais et de photographies noir et blanc de Robert Mapplethorpe. Comme elle nous l’a confié, ce sont ces images qui lui ont donné l’idée de concevoir une robe qui pourrait s’ouvrir et se fermer, comme une fleur.

Noga Levi 1 Noga Levi 3

La promotion 2016 de Shenkhar  « passe le relai »

La nouvelle promotion d'élèves pour l'année 2017 est à peine arrivée qu'elle initie un projet prometteur, qui s'inspire d’un jeu populaire (souvent mis en place pour des groupes d'enfant lors d'un anniversaire par exemple). La règle est simple : assis en cercle, les enfants se passent un paquet de papiers enveloppés, et celui qui reçoit le paquet a un gage. Dans le cadre du cours d’introduction à l’informatique physique appliqué à la création des vêtements, l’idée est détournée, et chaque vêtement sert a en activer un autre. Ainsi,à la lumière des nouvelles technologies qui feront partie intégrante du spectacle, les élèves devront repenser les défilés de mode traditionnels, chaque pièce ne sera que la partie du maillon d’une grande chaine... L’objectif est ici de montrer l’importance de la solidarité dans un groupe.

Nous conclurons sur cette citation de Lidewij Edelkoort : « l’avenir, c'est le travail d’équipe ».

A lire aussi : Création collectives, quelles perspectives pour la mode ?