« Couture-à-porter » ; « Couture-to-wear » ; « Prêt-à-couture » … Tous sont des synonymes évoquant des griffes contemporaines qui considèrent leurs créations comme tel.

Deux termes opposés se partagent une même expression. D’un côté la Haute Couture dont la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM) demande à ses membres de répondre à des critères bien précis tels que la pratique de métiers d’art, la confection sur-mesure de pièces uniques, posséder deux ateliers au sein de la maison, ce qui engendre évidemment des tickets de caisse à plusieurs zéro.

L’autre terme est le prêt-à-porter (PAP) évoquant le quotidien, les tailles standardisées et le commun des mortels. La tendance est à ce curieux mélange de deux appellations antonymes, dont l’une est quasiment inaccessible de par ses nombreux critères de sélection à respecter si on espère un jour intégrer la prestigieuse FHCM.

On a déjà observé des phénomènes similaires qui consistent en cette confusion de la mode prêt-à-porter et du luxe.

Couture à porter
Yves Saint Laurent Rive Gauche.

En 1966, Yves Saint Laurent (YSL) fut le premier couturier à ouvrir sa boutique de prêt-à-porter en plus de sa maison de couture. Il envisage alors cela comme créer des « vêtements pour toutes », donc abordables, mais avec le même soin que celui apporté pour la confection des pièces couture. En ce sens, il innove et marque un début de mouvement vers la vie de tous les jours. La qualité n’est plus réservée à une seule élite, mais se vit dans le quotidien, sans cérémonie.

Puis d’autres couturiers tels que Paco Rabanne, Versace et tant d’autres,  reproduisirent le même modèle, soit entrer par la Haute Couture pour ensuite proposer des collections prêt-à-porter aux client(e)s. Aujourd’hui la tendance est inversée puisque la plupart des marques débutent par le ready-to-wear avant de convoiter le label Haute Couture. Une zone grise s’installe donc entre les deux mondes.

Depuis, veut-on nous vendre de la couture à prix abordable ? Ou bien nous vendre du PAP à prix couture ? L’intention d’origine était celle lancée par YSL, mais actuellement le phénomène semble s’inverser encore une fois.

Aujourd’hui le prêt-à-couture est un terme marketing de plus en plus utilisé dans la mode.
La Maison Schiaparelli a même nommé une de ses gammes ainsi ; prêt-à-couture.

prêt à couture
Maison Schiaparelli : Prêt-à-couture

Du côté des jeunes marques, se revendiquer « couture-à-porter » permettrait sans aucun doute de vendre des articles à prix « couture » mais d’une qualité se rapprochant davantage de celle du prêt-à-porter. Il s’agit également de s’arroger les lettres de noblesse de la Haute Couture sans forcément en posséder les artefacts et les techniques.

Mais à leur décharge, qui peut aujourd’hui sans de solides soutiens financiers et une clientèle ad hoc lancer une maison de haute couture sans avoir auparavant forgé son nom ?

Bien qu’ils ne puissent pas vendre leurs collections à bas coûts, cela pourrait s’avérer être une stratégie pour ces designers émergents qui justifieraient des gammes de prix parfois exorbitants.

Innovants ou pas, dans leurs démarches créatives, cette qualification leur permettrait de continuer un questionnement nécessaire sur la portabilité du vêtement en testant les limites de cette thématique et ce dans la droite ligne de leurs prédécesseurs. En somme, des jeunes créateurs comme Coralie Marabelle proposent d’accéder à l’esprit couture non plus par le prix et la technique, mais par l’expérience. L’audace esthétique bascule dans le prêt-à-porter, mais l’appellation risque peut-être de se perdre dans un jeu marketing.

A-t-on vraiment besoin de mettre des mots sur cet entre-deux, alors que d’autres créateurs avaient déjà brouillé modestement et discrètement les frontières entre prêt-à-porter et haute couture ?

Cette confusion semble déjà être bel et bien réelle voire même ancrée dans les consciences consommatrices.

Si vous souhaitez en savoir sur une créatrice qui bouscule la mode, nous vous invitons à lire l’entretien que nous avons réalisé avec Elisabeth Jayot qui vient de rejoindre notre équipe.