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Une nouvelle vague de créateurs New-Yorkais s’empare de la fashiontech

Lors de la dernière fashion week New-Yorkaise (aw16) une nouvelle génération de créateurs nous a offert une vision inspirante de la fashiontech. Internet continue d’influencer la mode, mais plus qu’une influence, internet devient un état d’esprit, une partie intégrante de la façon de concevoir la mode. Plusieurs défilés dont ceux de Chromat et de Vfiles nous laissent entrevoir une fashiontech qui fait véritablement sens. On dépasse le simple fait de vouloir traduire le potentiel de la technologie dans le vêtement. La technologie devient partie d’une réflexion globale, moyen d’expression, reflet d’une vision sur le monde.

Chromat, la technologie au service de la diversité

La marque américaine Chromat basée à New York et créée par Becca McCharen se présente comme travaillant sur des « expérimentations structurelles pour le corps humain ». La marque fait le lien entre diversité et technologie à travers une mode architecturale innovante. Finaliste du CFDA/Vogue Fashion Fund l’année dernière, concours très influent récompensant les marques les plus pointues, Chromat semble en avance sur les enjeux qui secouent la mode, comme la diversité dans les castings, le décloisonnement des genres ou la wearable technologie.
Depuis toujours intéressée par la technologie dans la mode, Becca McCharen a conçu des pièces souvent très expérimentales et peu exploitables au quotidien. Cette saison automne-hiver 2016 marque peut être un tournant pour la marque. McCharen nous a présenté une collection de vêtements sportswear, de maillots de bain et de lingerie, des silhouettes « body-friendly », faciles, structurées. Un second partenariat avec Intel ajoute à ces silhouettes des structures en LEDs qui entourent et soulignent le corps et sont activées par les mannequins via des bracelets munis des capteurs sensoriels StretchSense.

Chromat aw16

Depuis 2000, l’approche multi-disciplinaire de Becca McCharen lui permet de créer une mode qui casse les codes. L’utilisation de technologies dans le vêtement fait sens chez Chromat et ne se réduit pas à une expérimentation gadget des nouvelles technologies. Elle fait preuve d’une démarche globale dans laquelle les innovations textiles sont un moyen d’expression, un outil, et pas une fin en soi. La créatrice a confié à iQ qu’elle souhaite que les femmes se sentent sûres d’elles dans les vêtements qu’elle crée. La diversité est primordiale dans son processus d’innovation, une approche en ligne avec une pensée post-digitale, une mode transversale, horizontale et démocratisée.

La communauté en ligne Vfiles fait défiler la fashiontech

Démocratiser la mode, c’est bien la mission que s’est donnée la plate-forme en ligne Vfiles depuis ses débuts en 2012. Vfiles est une communauté en ligne qui rassemble une génération Z passionnée de mode. Chaque saison, Vfiles fait défiler trois marques à la fashion week de New-York, trois marques qui ont été élues démocratiquement par la communauté en ligne. Et pour cette saison automne-hiver 2016, la fashiontech était au rendez-vous.
D’abord par le bais d’une collaboration entre VFiles et l’entreprise de fashiontech XO. Les fondateurs de XO, Nancy Tilbury et Benjamin Males sont connus pour des projets tels que Volantis, la robe volante de Lady Gaga ou encore le soutien-gorge incrusté de cristaux Swarovski et de LEDs d’Azealia Banks pour sa tournée Fantasea en 2012.

A travers cette collaboration, VFiles donne une toute autre direction à la wearable tech telle qu’on la connaît, loin des data-driven Fitbits ou Apple Watch, loin également de projets dont la fonction reste trop gadget ou peu adaptée à un usage quotidien. Car en effet, cette collaboration promet d’être la collection la plus abordable de fashiontech à ce jour.

Essentiellement composés de tissus en fibre optique contrôlés par smartphone, les pièces de cette collaboration sont purement esthétiques et tournées vers l’expression de soi. Anne Quay, fondatrice de Vfiles explique :

« Je pense que comme la communauté Vfiles est jeune et très connectée, il est important que nous prenions conscience que la wearable tech aura un effet sur notre façon de nous habiller et sur notre façon de vivre dans un futur proche. Il est aussi important d’apporter une vision « mode » à la wearable tech en opposition à une vision biométrique, ce qui est pour l’instant le plus mis en avant par les wearables. »

Après la présentation de cette collaboration avec XO, vient le tour des trois marques choisies par les internautes de Vfiles. Parmi elles cette saison, Neurocouture. La marque fondée par Nayana Malhotra a présenté deux mannequins portant des capes oversize blanches se tenant au centre du podium, leurs bras écartés afin que leurs capes forment une sorte d’écran sur lesquels des GIFs étaient projetés.

Objets culturels et motifs répétitifs animés, le format GIF choisi par Nayana Malhotra réinterprète le motif traditionnel en évoquant la web-culture. On retrouvait par exemple des memes populaires comme Donald Trump grimaçant ou encore la célèbre « Sad Frog ». Nayana Malhotra explique que l’idée derrière sa collection est de pouvoir « porter internet ».

Neurocouture

Elle cherche à explorer l’espace entre la personne et l’ordinateur, entre les émotions et la mode. En effet, le vêtement, équipé d’un système EEG, permet d’analyser les émotions de celui qui le porte pour les retranscrire en GIFs. Si la personne se sent en colère cela se manifestera par exemple par un GIF de Donald Trump. L’idée est d’utiliser le GIF dans la mode de la même façon que sur internet : pour exprimer ce que l’on ne dit pas, pour traduire l’intangible, a l’instar d’un emoticone. Sur le site de Neurocouture, la marque nous propose ainsi de « porter nos pensées » (« Wear what you think »). Neurocouture se définit comme une marque de l ‘ère post-digitale. Un positionnement qui conçoit internet comme partie intégrante de la vie quotidienne, du processus de création, de la façon de penser.

Le projet nécessite cependant une projection en mapping et le système EEG pour fonctionner, ce qui n’est pas commercialisable. Mais ce n’est que le début de ce genre de technologies et Neurocouture nous donne un aperçu pertinent de ses applications futures.

Vers un autre système mode

Internet transforme la mode et ces bouleversements ne font que commencer. La mode semble se transformer en une industrie de l’image plus qu’une industrie de produits. Anne Quay, fondatrice de Vfiles, semble l’avoir bien compris, elle explique à Forbes :

« Nous voulions créer une communauté autour de la mode, et une communauté mode se construit autour d’images. »

Vfiles est une marque/media multi-plateforme qui comprend une archive d’images majoritairement générée par ses utilisateurs (dans l’esprit de Tumblr ou Pinterest), un moteur de recherche, un réseau social, des séries YouTube, un shop en ligne ainsi qu’une boutique à SoHo et un pop-up store à Tokyo.

Au lieu d’essayer de suivre les tendances, Vfiles incite ses utilisateurs à les créer, rassemblant une communauté qui invente de nouvelles façons d’interagir avec la mode en ligne. Vfiles a totalement compris et intégré le fonctionnement de la mode à l’ère d’internet, incarne ce que la mode est aujourd’hui et nous donne à imaginer de qu’elle peut devenir dans un futur toujours plus proche.

Sophie
Designer print, curieuse, passionnée de mode et d’innovation.