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Dior au musée des Arts Décoratifs ; grandeur et nostalgie.

Parce que si l’on veut savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient, Modelab vous propose aujourd’hui un petit regard dans le rétroviseur de la Mode. Plongeons donc dans l’univers de l’une des plus fameuses maisons de couture. Comment ne pas s’intéresser au monstre sacré de la Couture et de la Haute Couture qui aujourd’hui, à Paris, soixante ans après la mort de son fondateur, est en passe de pulvériser le record d’affluence pour une exposition sur la mode avec son seul nom, Dior. Impossible me direz vous.

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Salle des Fleurs – exposition Dior, couturier du rêve, Musée des Arts Décoratifs de Paris, 2017. Crédits photo Adrien Dirand

Exposition Dior : le rêve s’invite au musée

La première chose qui saute aux yeux dans cette exposition est la foule. Une foule compacte, quasi dévote qui se presse pour admirer le rêve. Car oui, c’est bien de rêve dont il est question ici.  Combien de personnes qui jamais ne poussent les portes d’un musée, mais que la Mode fait rêver,  vont être aspirées par ce tourbillon de tulle, de soie et de strass? Cette exposition exigeante se veut aussi très populaire, dans le sens le plus noble qui soit, et propose aux plus novices un voyage onirique et quasi exhaustif dans l’histoire d’une maison de couture dont la réputation n’est plus à faire mais dont la trajectoire est pour le moins unique. Christian Dior, fauché en pleine gloire, aura mis à peine dix ans pour imposer son nom dans un monde où il était entré à l’âge de quarante-deux ans sans que rien ne l’y pré-destine.

Comme Monsieur Dior dans la Mode, on entre dans cette exposition par la petite porte. Les pièces iconiques de la maison se laissent un peu désirer. Le visiteur passe par un atelier de dessinateur puis  une galerie d’art. Un chemin détourné en somme, comme celui qu’emprunta Christian Dior depuis sa Manche natale pour conquérir Paris, d’abord comme galeriste, puis comme illustrateur de mode pour enfin prendre son rêve à bras le corps et entrer dans la cour des grands. C’est bien l’art qui mena Christian Dior à la mode, et non, comme souvent, l’inverse. Un de ses amis aurait eu, selon Olivier Gabet, directeur du musée et commissaire de l’exposition, des mots quasi prophétiques : « Tu ne connais rien à la mode mais tu pourras percer car tu connais l’histoire de l’art et tu sais dessiner. ».

Dior : l’art et la mode comme un lien indéfectible

Toute l’exposition rend hommage à cette transversalité. Des toiles, des photographies, des illustrations et des objets d’arts jalonnent le parcours et mettent en lumière les ramifications qui lient la célèbre maison à toutes les formes d’expression artistique. Parmi les artistes qu’il admirait, Christian Dior apparaît alors comme un de leurs pairs et s’inscrit dans l’histoire de la création du XX ème siècle avec d’autant plus de force et de légitimité.

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Raf Simons pour Dior – défilé Haute Couture Automne 2012 – look 10. Photo Julie Pont

Après cet exercice quasi généalogique, le visiteur entre dans le vif du sujet par la salle dite du « colorama » qui dans un tour de force scénographique retrace avec maestria l’évolution de la maison. On ressort un peu étourdi et frustré (il y a tant des détails que l’on pourrait passer plusieurs heures à contempler les objets exposés mais la foule est pressante…) et  avec une très nette idée de ce qui fait la puissance de Dior ; le souci du détail (que dire de ces miniatures de robes Haute Couture réalisées par les mêmes ateliers que leurs grandes soeurs ?), la puissance de la ligne et du dessin (on reste sans voix face à la fidélité des dessins et des pièces finales), la cohérence de l’ensemble alors même que l’on traverse les couleurs, les époques, les accessoires et les différents directeurs artistiques de la maison.

La suite ne fait que conforter ce sentiment de continuité. Références historique avec une robe à panier du XXI ème signée Raf Simons, tour du monde éthnographique d’un John Galliano avide d’inspirations déroutantes, révolution à pas de velours d’un Yves Saint Laurent déjà destiné à l’excellence, révélation puissante et discrète des injustement éclipsés Marc Bohan et Giafranco Ferré, conduisent le spectateur à travers l’histoire de cette maison d’exception sans jamais le perdre. Tout fait sens, le substrat est là, les codes se lisent et se comprennent, limpides. Maria Grazia Chiuri nommée en juillet 2016 à la direction artistique, n’est pas en reste et perpétue l’héritage en proposant une femme à la fois sensuelle et poétique dans la droite ligne du créateur de la marque.

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Raf Simons pour Dior – défilé Haute Couture Automne 2014 – 1er look

L’histoire de la mode nécessaire à la Fashion Tech

Pourquoi, lorsque l’on est comme Modelab un media sur l’innovation dans la mode, se penche-t-on sur une telle exposition? Ici point de LED, de textile innovant, de modèle disruptif. Pourtant, l’innovation est en creux et se donne à voir à qui sait l’observer avec attention. Elle ne nécessite pas d’électronique, d’effets incroyables, de lumière, d’ordinateur. Elle rampe, discrète, dans chaque pièce, dans chaque épaule arrondie, dans chaque taille déplacée, dans chaque toile qui convoque du fond des âges une technique pour la remettre au goût du jour.

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Toile Dior – exposition Dior, couturier du rêve, musée des Arts Décoratifs, Paris 2017. Photo Julie Pont

Faire un tailleur bar en 1947, un vêtement dans lequel une femme à la fois élégante et confortable irait tranquillement commander un verre, seule, au bar d’un hôtel, jusqu’alors chasse gardée des hommes ? Un séisme dans le monde. Habiller une princesse  de la couronne britannique d’une robe brodée de paille lustrée et de coquillages en lieu et place d’un couturier anglais et de cristaux de Swarosky ? Shoking ! Lancer un système de licences et de dépôt de nom dès  1948, modèle économique inédit pour l’époque, pour permettre à des fabricants d’accessoires d’estampiller leur création du nom de Dior ? Une révolution pour la couture. Intégrer un service dédié à la communication au sein même d’une maison  ? Du jamais vu. Faire la une du Time Magazine ? Une première pour un couturier français.

En tout cela Christian Dior était un pionnier. Un pionnier qui comprenait son époque, faisait prospérer sa maison tout en révérant les savoir-faires, la beauté, et l’excellence.

Tailleur Bar Dior, 1947.

Tailleur Bar Dior, 1947.

Couturier du rêve, oui sûrement, Christian Dior l’était. Qu’en est-il aujourd’hui de ce rêve ? À quoi viennent rêver ces curieux qui se pressent? Que nous apprend cette exposition, unanimement saluée par la critique, du système de mode actuel ?

Sûrement que ce monde est révolu et que l’esprit du luxe et du savoir-faire des maisons de couture exerce son pouvoir de fascination non plus dans les boutiques, où l’argent et le marketing sont rois, mais dans les musées.

La salle des toiles (dont nous saluons la scénographie) ainsi que les ouvrières maroquinières présentes en démonstration à certaines heures de la journée sont d’une puissance évocatrice remarquable. Ici, on ne parle pas de commerce mais de métiers d’art. Il n’y a pas de marketing, seulement du savoir-faire. On ne fait pas de volume, on coupe et coud à la main des pièces uniques. Formidable hochet agité sous le nez d’un visiteur avide de ce type de narration.  Quelle dépense d’énergie pour entretenir l’admiration. Quel talent de conteur pour maintenir l’enchantement et l’aura.

On pénètre dans cette exposition comme l’on allait au magasin de jouets enfant. Des étoiles plein les yeux. Avec un frémissement à l’idée d’effleurer les rêves de tous les passionnés de la Mode et du Beau. On ressort avec les mêmes étoiles. S’ajoute ce sentiment que le meilleur est derrière nous.

Les liens entre art et mode attisent votre curiosité, je vous invite à relire notre interview d’Anne-Sophie Bérard, curatrice de l’exposition Lookforward.

Julie Pont
Styliste et historienne de la mode passionnée par la FashionTech, j’aime savoir comment on créait hier pour comprendre ce qui se fera demain.