2153 Vues |  J'aime

Entretien avec Catherine Barba

Catherine Barba, pionnière du Web en France, s’appuie sur son expérience du e-commerce et du digital pour accompagner les entreprises dans leur transition numérique. Chroniqueuse sur BFM TV et dirigeante de CB Group, c’est l’une des personnes les plus influentes sur le domaine du e-commerce en France.

Rencontre avec Catherine Barba, cette expert du numérique.

Catherine Barba

Quelques mots sur son parcours…

Diplômée de l’ESCP Europe, Catherine Barba a toujours été entrepreneuse dans l’âme. Dans le groupe Omnicom, elle intègre l’agence média OMD et fonde OMD Interactive dédiée à Internet et la publicité en ligne. Puis, elle rejoint le site iFrance en tant que Directeur Général. En 2004, elle créée Cashstore.fr, un portail de shopping, revendu en 2010 au groupe Plebicom et ensuite son cabinet de conseil en e-business, Malinéa, revendu en 2011 aux fondateurs de Vente-privée.com.

Impliquée auprès des jeunes et des entrepreneurs, Catherine est membre de l’Association « 100 000 Entrepreneurs » et marraine d’UnionWeb. Elle est également administratrice de start-ups innovantes et business angel. En outre, elle a publié deux rapports référents :

Vous allez prochainement déménager aux Etats-Unis pour développer un observatoire du commerce connecté, pouvez-vous m’en dire plus ?

Oui, ce sera un centre d’observation sur l’innovation du retail basé à New York, qui est la ville référente du domaine omnicanal. Cette nouvelle structure sera lancée en septembre 2015 sous le nom de PEPS (Plein d’Expériences Pour Se réinventer).

Je pense que les marques en France ont besoin de souffle pour innover et donc je pars à la recherche de sources d’inspirations pour accélérer la transition numérique et l’évolution du parcours client.

Pour cela, je vais observer, sur différents secteurs, le parcours client dans les retails (géolocalisation, utilisation du mobile, digitalisation des points de vente, techniques de drive-to-store, vendeurs «augmentés »…). Je vais également interviewer des dirigeants, des salariés pour comprendre comment se déroule la transformation en interne.

Ensuite, je restituerais de façon régulière, sous forme de vidéos et de books ce qu’il faut retenir. J’organiserais des ateliers trimestriels (en France) pour partager mes connaissances. Le but est de donner toutes les clés à nos entreprises pour leur permettre de réussir leur transformation, celle-ci doit se faire au plus vite, et répondre à la question « Comment se réinventer quand on est un magasin traditionnel ? »

Selon vous, comment les entreprises doivent parvenir à réussir leurs transitions numériques ?

Aujourd’hui, il faut oublier les canaux et penser orientation client. C’est en regardant mieux les clients et comment ils ont évolués, que les entreprises peuvent le mieux s’adapter à leurs besoins.

Sur les stratégies multicanales, il y a un décalage entre l’offre et la réalité. C’est comme offrir deux visions de la même entreprise.

Certes, il y a des besoins d’investissements. Par exemple, il est difficile de mettre en place des solutions comme l’e-réservation ou le click-and-collect. Il faut donc s’interroger sur quels sont les indicateurs de performance ?

  • Le contact. Le digital souligne l’importance du lien entre les marques et les clients. Aujourd’hui, les clients peuvent contacter les marques à presque tout instant. C’est un nouveau type de relation plus relationnelle que commerciale. Le secteur bancaire illustre bien cet exemple avec la digitalisation des points de contacts et l’accessibilité à des services à distance.
  • Les datas. Comment font les entreprises pour connaître les consommateurs ? Est-ce que les informations sont partagées entre tous les services ? Investir sur les datas est très important car elles permettent d’être plus pertinent et de personnaliser son offre.
  • L’humain. Le vendeur doit trouver sa place. L’équipement à sa disposition doit être un soutien à la vente et notamment offrir un gain de temps.

De manière générale, il y a de nouvelles valeurs à inventer et la proximité est à redéfinir.

Vous avez aussi des missions tournées vers l’entrepreneuriat, quelle en est votre vision ?

C’est vrai que j’ai deux leitmotivs : comprendre les évolutions du commerce et l’entrepreneuriat. En ce moment, le phénomène entrepreneurial prend de l’ampleur et j’essaye de l’encourager. Par exemple, j’ai lancé le programme « Entreprendre C grandir », diffusé sur M6.

Aujourd’hui, en France, l’entrepreneuriat est valorisé. C’est quelque chose qui fait bonne presse. Il y a un changement de point de vue qui s’opère : les échecs suite à l’entrepreneuriat sont mieux perçus. Je reprendrais la citation d’un de mes amis : « Les échecs en entreprise c’est comme les balafres sur le visage d’un gangster, si tu n’en as pas tu n’es pas crédible ». Cela demande de l’audace et comprendre de ses erreurs et ce sont des qualités qui sont appréciées en entreprise.

Je suis investie dans l’association « 100 000 Entrepreneurs » qui initie à la culture entrepreneuriale auprès des jeunes grâce à des témoignages dans leurs établissements scolaires. Je faisais également partie du jury pour le concours de start-up sur BFM TV. Cette année, le gagnant est David Zhang, avec Prynt, une coque pour smartphones qui imprime vos photos instantanément.

Puis avec Delphine Remy-Boutang, nous avons créé la journée de la femme digitale dans le but de pousser les femmes à entreprendre.

Que pensez-vous de la FashionTech ?

Je pense que c’est génial ! On invente, on teste, il y a beaucoup de nouveautés.  Après je me demande toujours : qu’est-ce ça apporte aux clients ?
En somme, nous avons 90% de gadgets et 10% de projets qui survivent sur du long terme. Pour moi, c’est très important que le produit ou service répond à un besoin, qu’il existe pour résoudre le problème d’un client.

Certes il y a des inventions qui sont plaisantes, divertissantes mais il faut toujours qu’il y ait une valeur ajoutée. En tant qu’investisseur, je me demande toujours quel est le business-model qui se cache derrière.

Selon moi, être un pure-player est difficile aujourd’hui car les coûts sont trop importants. Le business-model qui me semble le plus efficace c’est un modèle mix avec une partie abonnement qui assure une source de revenus récurrente et de la publicité.

Un petit mot pour la fin ?

« Amusez-vous ! Faîtes-vous plaisir dans ce que vous faîtes et soyez créatifs !
Entourez-vous de gens bienveillants qui pourront vous accompagner ! Profitez-en car la vie est courte ! »

Estelle
Un brin de curiosité, un œil de lynx pour repérer les dernières tendances de la FashionTech et un clavier pour plume : voilà ma recette pour écrire avec le sourire.

Sources :

  • Catherine Barba: Catherine Barba