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Retour sur la fashion week parisienne

La semaine dernière, la fashion week parisienne s’achevait, prochain rendez-vous dans 5 mois ! Retour sur deux défilés de cette semaine parisienne qui nous ont interpellés, deux marques qui ont investi cette zone encore trouble entre mode et technologie, deux approches différentes qui nous font réfléchir sur la fusion du luxe et de la technologie ; Chanel et Hussein Chalayan ont chacun une approche différente de l’usage des technologies dans la mode mais sont toutes deux des marques à la recherche d’un nouvel équilibre.

Chanel, la tech entertainment

Jeudi dernier, Karl Lagerfeld présentait la collection printemps été 2017 de Chanel, investissant de nouveau le Grand Palais d’un décor impressionnant. Après le super-marché Chanel, le casino Chanel ou encore l’aéroport Chanel … Cette fois-ci, c’est la technologie qui était à l’honneur avec le « data center Chanel ». Évoquant les labyrinthes de serveurs clignotants et parés de câbles multicolores des centres de stockage de données, façon Facebook ou Google, le show faisait une référence générale à tout ce qui est digital ou technologique. On retrouvait ainsi des mannequins robots, surnommés cocobots, des sacs en forme de petits robots décorés de motifs circuits électriques ou encore des sacs aux motifs composés de LEDs. Une vision fun et colorée de la technologie qui visait certainement à séduire une jeune clientèle ultra-connectée.

@Farettadaily @Sarahdonnealia #DataCenterChanel #SpringSummer2017 #PFW

A photo posted by CHANEL (@chanelofficial) on

Chanel a en effet pris pour habitude de surfer sur les tendances de société comme le néo-féminisme avec son défilé manifestation pour la présentation de sa collection été-printemps 2015. La conversation tourne aujourd’hui beaucoup autour de la technologie, et avec cette nouvelle collection, Lagerfeld donne ainsi à ses clients l’impression de faire partie du débat et de ceux qui innovent, qui commentent ou font partie de ce monde de plus en plus connecté dans lequel nous vivons, où sont stockées dans des dédales de serveurs nos données personnelles et intimes. C’est d’ailleurs par les mots « Intimate Technology » que Karl Lagerfeld introduit cette collection. Est-il question de proposer un commentaire sur le rapport entre technologie et vie privée ? Ou bien de promouvoir une vision plus intimiste et plus soft de la technologie ? Ou était-ce seulement une référence plus littérale au mariage de cette esthétique tech et l’utilisation de la lingerie dans cette collection ?

Au final, l’impression générale est que cette thématique est surtout un moyen de donner une image moderne de Chanel, un outil marketing, un jeu esthétique, plutôt qu’une véritable intention d’innover. Au delà de l’inspiration esthétique qui se retrouvait dans les imprimés néons, les lunettes effet Matrix et les tweed pixelisés, Chanel s’est aussi aventurée dans l’univers de l’accessoire tech en revisitant le sac Chanel avec des LEDs. Pendant le défilé, les sacs affichaient le logo Chanel et différentes animations lumineuses. Ce n’est pas une innovation, d’autres ont déjà exploré cette technologie de façon plus poussée, il y a des années de cela, comme Cute Circuit ou Hussein Chalayan. Le challenge ici serait peut-être que le sac soit véritablement produit et commercialisé. Mais fusionner produit de luxe qui dure dans le temps et produit technologique qui est amené a évoluer et peut être devenir rapidement obsolète, n’est pas un exercice évident.

Fashion week Paris

Sacs LED ET sac robot au défilé Chanel printemps-été 2017

Ce n’est pas la première fois que Karl Lagerfeld injecte de la technologie dans ses créations. Déjà en 2008 apparaissaient des chaussures lumineuses pour la collection Pre-fall, puis de nouveau en 2011 pour la collection automne-hiver. Peut être son usage de la technologie la plus intéressante et pertinente est l’utilisation de l’impression 3D pour revisiter l’emblématique tweed pour la collection automne-hiver 2015-2016. Plusieurs pièces avaient été imprimées en 3D puis brodées et retravaillées à la main alliant innovation et tradition, à la façon d’Iris Van Herpen. La marque a en tout cas le mérite d’essayer, et de magnifier la technologie, l’élevant au rang d’inspiration esthétique et créative. On pourra dire que la fashiontech se démocratise avec Chanel, et c’est déjà ça. Un mélange qui aurait certainement paru assez incompatible avec la marque de luxe il y a quelques années.

Hussein Chalayan, le pionnier

Hussein Chalayan expérimente entre mode et technologie depuis longtemps. De la table basse qui se transforme en robe jusqu’à ses robes qui se transforment, réalisant des morphings, passant d’une silhouette édouardienne à un look contemporain. Il a aussi collaboré avec Swarovski pour créer des robes qui s’illuminent grâce à 15 000 LEDs à travers les cristaux Swarovski.

Fashion week Paris

Robe LED d’Hussein Chalayan, collection automne-hiver en 2007 « Airborne » en collaboration avec Swarovski

Cette fois-ci, c’est avec Intel qu’il collabore. Cinq mannequins portaient des lunettes équipées de différents capteurs visant à mesurer leur niveau de stress. Des électrodes EEG au niveau des tempes permettaient de lire l’activité des ondes cérébrales, un capteur de rythme cardiaque était installé au niveau des arêtes du nez et un microphone enregistrait leurs respirations. Une connexion bluetooth LE (Low Energy) permettait de transmettre ces informations à une ceinture imprimée en 3D. Un projecteur inséré sur le côté des ceintures projetait chaque état émotionnel sur le mur longeant le défilé. Les projections prenaient la forme de figurines de danseurs pixelisés ou encore de paire de jambes, chacune accélérant ses mouvements plus le stress du mannequin grandissait.

fashion week Paris

Collection printemps-été 2017, Hussein Chalayan

Là encore, il est très peu probable que ces produits soient commercialisés. Et bien que le concept puisse paraître peu convainquant (a t-on réellement besoin d’être renseigné sur son niveau de stress quand le corps est suffisamment bien fait pour nous en fournir les signes lui même?), il faut saluer une fois de plus la curiosité et la volonté d’expérimenter et d’innover d’Hussein Chalayan. Il explique lui même « Une grande partie de mon travail s’intéresse à des notions contradictoires ». Une approche qui invite à la réflexion sur nos rapports à la technologie et à l’intimité, à l’émotion, ici non pas littéralement, mais de façon conceptuelle.

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Cette fashion week parisienne nous montre encore, si nécessaire, que la convergence de la technologie et de la mode est peut-être l’un des plus gros enjeux de l’industrie, pour le moment en tout cas l’un des plus gros sujet de réflexion et d’expérimentation. Il y a encore du chemin à faire pour atteindre une fusion évidente et convaincante de ces deux secteurs. Mais c’est souvent grâce à la technologie que des créateurs arrivent encore à nous surprendre. Hussein Chalayan l’a bien compris et le dit lui-même «C’est seulement grâce à la technologie que l’on peut créer de nouvelles choses dans la mode. Tout le reste a déjà été fait.»

Sophie
Designer print, curieuse, passionnée de mode et d’innovation.

Sources :