1104 Vues |  J'aime

Francis Bitonti : maestro de l’impression 3D

Francis Bitonti est un designer connu pour son utilisation créative de l’impression 3D. Il vit et travaille à New York où il donne aussi des cours de mode et anime des workshops au sein de la très célèbre FIT (la grande école d’art et de design de New York). « Le Studio », c’est ainsi que Francis Bitonti appelle son lieu de travail, a été créé en 2007. Il est en permanence engagé dans l’application de la conception numérique et des technologies de fabrication contrôlées par ordinateur, afin de transformer les logiques de production de masse traditionnelles au sein de l’industrie de la mode.

Lors de la rédaction de mon mémoire, j’ai pu le questionner sur son travail, sa créativité et les techniques qu’il utilise au quotidien…

Le studio, espace de réflexion et expérimentation

#tbt to our chat earlier this month with @ijustine in the #francisbitontistudio #AOLHardwired

A post shared by Studio Bitonti (@francisbitontistudio) on

Le Studio, bien que très orienté design, réalise aussi des pièces de mode comme la robe en 3D de la célèbre icône Dita Von Teese. Il est énormément investi dans la recherche et l’intégration des nouvelles technologies, notamment dans l’utilisation de l’impression 3D qui permet selon le créateur « de produire une complexité formelle intense qui serait impossible si le projet était réalisé par une personne en chair et en os ».

Le processus de création de Francis Bitonti

C’est un nouveau paradigme qui est inauguré par Francis Bitonti grâce à un savant mélange de techniques de conception et de technologies émergentes. La frontière entre le design et la technologie est brouillée, on ne sait plus vraiment ce qui appartient à chaque domaine.

« Mon processus de conception et de création est une collaboration avec l’intelligence artificielle. » Francis Bitonti

Inspirations et démarche créative

3d printed dress from our new skins workshop this winter read about it on deezen.

A post shared by Studio Bitonti (@francisbitontistudio) on

Souvent, les gens lui demandent ce qui l’inspire. Comme on retrouve beaucoup de modules et d’éléments organiques, on peut d’abord penser que la nature joue un rôle important. Or, ce n’est pas le cas. Les formes qu’il utilise sont uniquement pragmatiques et ne ramènent pas à un récit personnel.

De plus, il considère que ce n’est pas parce qu’il travaille avec ces technologies qu’il faut penser qu’il est un fervent admirateur des mathématiques ou des sciences. C’est le synthétique, l’humanité et ses mécanismes qui s’entrecroisent qui passionnent le plus ce créateur. L’humain est une perturbation de la nature, il est en conflit avec l’environnement. Cette mise en conflit le rend faible, fragile. Le design dans tout ceci vient jouer le rôle de la négociation de ces différences qu’on trouve entre l’humanité et l’environnement. En mettant en évidence les conflits entre ces deux domaines, le design devient poétique.

« Quand le design joue ce rôle, il le fait avec plus de succès que les plus grandes œuvres littéraires. C’est pourquoi, je crois que la conception est quelque chose d’intéressant et que je dois y consacrer ma vie ». Francis Bitonti

La plupart du temps, les gens créent des modèles mathématiques pour décrire ce qu’ils voient dans la nature. Ce n’est pas le cas de Francis Bitonti qui trouve qu’il n’y a aucune vérité dans ces modèles, et que, ces systèmes mathématiques en tant que concepteurs, ne représentent rien mais nous plongent dans une grande confusion. Il considère qu’en utilisant la technologie, il est impossible de reproduire la nature, simplement possible de reproduire une certaine perception humaine de la nature, ce qui est différent et qui ne peut pas être une vérité. Ce qui intéresse M.Bitonti dans ces technologies, c’est leur poésie. Le fait de les utiliser permet une interprétation de notre monde, et les pièces créées par leur biais vont raconter l’histoire d’une fragilité intemporelle.

Dans son travail, Francis Bitonti cherche aussi à utiliser la vision du monde la plus contemporaine possible. C’est pourquoi, le calcul est placé au cœur de sa méthodologie de conception. Etant donné le système numérique avec lequel il doit travailler, il n’y a pas de meilleur point de départ que les mathématiques. Il n’est pas inspiré par les mathématiques mais elles sont un outil obligatoire pour lui permettre de concevoir.

Le designer n’est pas un artiste

Souvent, Francis Bitonti est désigné comme un « artiste ». Cette appellation, il n’y tient pas. « Je ne suis pas un artiste. Je rejette complètement ce titre. Je suis un designer. » Le titre de designer oblige celui qui le devient à certaines  responsabilités. Francis Bitonti, lui, est un designer chercheur, à la recherche de ce qui deviendra le nouveau langage formel et c’est grâce à ces outils, ces technologies et leurs capacités, qu’il peut y arriver.

#printerfailure

A post shared by Studio Bitonti (@francisbitontistudio) on

 

Francis Bitonti suit des contraintes et effectue des expérimentations sans rechercher uniquement l’esthétisme. Il élargit des possibles grâce à une recombinaison de procédés existants.

L’impression 3D comme inspiration

Nous vivons actuellement dans une révolution technologique qui apporte une transformation culturelle, sociale et économique importante. L’impression 3D, et plus spécifiquement la fabrication additive, réinvente le rôle et les capacités de la matière physique. Les produits sont maintenant actifs numériques.

Grâce aux avancées technologiques, il est possible de remettre en question les principes les plus fondamentaux du design, de reconstruire la fabrication et de réorienter les flux de matières et le commerce. Le chemin n’est pas tracé et c’est une toile vierge qu’il y a devant les designers qui utilisent cette technologie. Il faut donc qu’ils mettent en place de nombreuses expérimentations afin de construire leur propre route. Cette génération de designers est donc en mesure de redéfinir la matérialité, de mettre en forme le modernisme et de faire entrer le monde dans de nouvelles réflexions.

L’imprimante 3D est une véritable révolution et va permettre de nouveaux modèles économiques et de distribution. C’est une « occasion de changer le monde ». Francis Bitonti

Culte : la robe en 3D de Dita Von Teese

Francis Bitonti, New York 2013, Robe Dita Von Teese, Plastique et cristaux de Swarovski, Impression 3D

Cette robe a été imprimée grâce à la technologie 3D. Elle est composée de 17 pièces, de plus de 3000 articulations et est ornée de 12.000 cristaux de Swarovski. Elle a été imprimée en PLA : une forme de plastique très rarement utilisé dans le domaine de l’habillement. Le fait d’utiliser un matériau comme le PLA dans la création de matériaux souples annonce de nouvelles perspectives et de nouveaux champs de possible.

Il faut bien se rendre compte du temps de travail nécessaire pour produire une robe de ce type car il faut prendre en compte, d’une part, le design, le codage informatique, la programmation de la machine, le temps d’impression et d’autre part l’assemblage des pièces qui sont toutes imprimées séparément.

Malgré tout, la réalisation d’une robe de ce type est absolument novatrice et n’aurait pas pu voir le jour sans la technologie. Cette technologie a permis d’amener une nouvelle conception formelle, presque architecturale, et de produire une pièce sculpturale. On se rend bien compte, avec une création de ce type qu’il n’aurait pas été possible de la fabriquer manuellement. Cette création existe uniquement grâce à l’impression 3D.

De plus, la robe a été partagée sur le site ScketchLab, il est possible de récupérer le modèle pour pouvoir imprimer la robe sur sa propre imprimante. Cette notion de partage de création est vraiment très nouvelle et promet une révolution dans l’habillement.

Qu’apporte la technologie de l’impression 3D à la créativité des studios textiles ?

Une plus grande richesse dans les créations

Grâce à la technologie de l’impression 3D, les designers comme Francis Bitonti peuvent réaliser de nombreuses expérimentations, de façon rapide et simple. Si le test effectué précédemment ne convient pas, on peut en réaliser un nouveau quasi instantanément. Cette instantanéité, typique de notre époque, permet de réagir plus vite à un problème et permet de se retourner plus rapidement et de trouver une nouvelle solution. La simplicité de l’impression permet même de réaliser plusieurs solutions à bas coût et de pouvoir les tester à tour de rôle pour savoir laquelle conviendra le mieux. La diversité des expérimentations possibles permet le développement de la créativité.

De plus, l’impression 3D permet la création de formes impossibles sans l’utilisation de cette technologie. Les formes des créations de ce designer n’auraient pas pu être réalisées à la main. Le travail est d’une trop grande précision pour qu’un humain puisse le réaliser. Il lui faut obligatoirement l’aide d’une machine. Dans le cas de Francis Bitonti, cette machine, c’est l’imprimante 3D.

La machine permet donc un plus grand champ de possibles par rapport aux réalisations uniquement humaines.

Le guidage par la contrainte

L’impression 3D amène de nouvelles contraintes au processus de création qui permettent de guider le designer. Ne pas pouvoir tout faire incite à trouver de nouvelles solutions adaptées. Le dessin doit être réalisé sur l’ordinateur, il y a des matières spécifiques qui peuvent être utilisées… La réflexion qui permet de découvrir ces solutions fait partie du processus de création.

De l’échange et de la découverte

Le partage est extrêmement important pour le designer car il lui permet de nourrir ses créations de nouvelles idées. Il effectue de nombreuses collaborations pour la réalisation de ses objets et chacune d’entre elles permet de nourrir sa créativité. L’échange lui donne des nouvelles pistes de recherches auxquelles il n’aurait pas pensé seul.

Il donne aussi des cours dans des universités américaines afin d’échanger avec des étudiants et de travailler avec eux sur des workshops. Les étudiants avec qui il travaille ne connaissent, en général, pas le processus de fabrication de l’imprimante 3D. Il les laisse donc s’approprier la machine comme ils le souhaitent. Chaque étudiant a ses propres connaissances qu’il tente d’appliquer à l’imprimante 3D, et cela peut faire des transpositions étonnantes qui donnent des nouvelles perspectives au projet…

Francis Bitoni participe à une conférence le 16 juin 2017 à Barcelone.

Audrey Jaillard
J’adore : la mode, le textile et les dinosaures
Je déteste : Le persil parce que ça gratte.
Où me suivre :
Sur mon chouette site internet : www.tachatte.fr et sur sa page Facebook : www.facebook.com/tachatte
Ou sur mon Instagram : @jaillouu