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Grand Shooting : la photo comme investissement

Tous ceux qui ont déjà participé à un shooting de mode vous le diront : le jour de la séance photo, jusqu’à la parution des images, l’ambiance est plutôt stressante. Pierre Humblot-Ferrero a imaginé une solution d’optimisation de la production des images, qui permet à tous les acteurs impliqués de suivre le flux d’images en temps réel, afin de les sélectionner, de les commenter,  et de détecter les anomalies au plus tôt. Son entreprise a été retenue parmi les 20 start-ups les plus innovantes pour le e-commerce lors de l’Assemblée Générale annuelle de la FEVAD. J’ai donc voulu rencontrer Pierre, fondateur de Grand Shooting, pour l’interroger sur son parcours et sa vision de la Fashion Tech.

Bonjour Pierre, pourrais-tu te présenter ?

Bonjour Fabrice ! Je suis Pierre Humblot-Ferrero, j’ai 38 ans et je viens du monde du numérique. Quand je suis né tout cela n’existait pas vraiment, mais j’appartiens à un famille où l’on a commencé à parler informatique dès ses prémices.

J’ai fait mes études à Telecom Paris, une école qui forme à l’innovation et l’entrepreneuriat dans le numérique. Après un premier stage, j’ai enchaîné directement par une première expérience chez Clever Age qui m’a permis d’appréhender la culture du web. C’est également dans cette entreprise que j’ai rencontré Denis Delangle (aujourd’hui directeur technique de Grand Shooting), le début d’une collaboration professionnelle fructueuse.

Ensuite, entre 2005 et 2008, je me suis lancé dans la grande aventure du e-commerce. À cette époque, j’étais un fervent militant du flash et ajax, pour ceux qui s’en rappellent… (rires). J’avais alors eu la chance et le plaisir de développer le 1ier site e-commerce pour les parfums Dior. C’était une expérience formatrice et en même temps hyper-exigeante, car il a fallu adapter la technologie de l’époque pour satisfaire leurs demandes sans compromis.

Et qu’as-tu fait après cette première expérience ?

De 2008 à 2013, j’ai rejoint un projet familial sur une technologie spécifique de logistique de la grande distribution : Telamon. Nous étions encore aux balbutiements du big data, on parlerait aujourd’hui de data lake. Concrètement, nous devions traiter un grand nombre de données, les croiser pour en tirer la substantifique moelle. Cela intéresse les réseaux de distributeurs pour optimiser les approvisionnements magasins, la gestion des plateformes de stockage, etc. Un réseau indépendant nous a par exemple demandé de traiter leurs données avec celles de leurs fournisseurs pour optimiser les achats, car ils étaient noyés sous les volumes de données et n’avaient plus d’indicateurs de références fiables.

Comment vois-tu ton travail ? Et comment t’es venue l’idée de Grand Shooting ?

Tous les sujets que j’ai adressés au cours de ces années ont un rapport avec l’humain. Cela peut paraître paradoxal parce que le digital est parfois vu comme destructeur d’emplois avec des machines qui remplacent l’homme. Pour ma part, je crois que la technologie, lorsqu’elle est bien pensée, est un formidable levier pour augmenter la productivité des équipes, pour leur permettre d’accomplir des travaux qu’elles seraient incapables d’entreprendre par elles-mêmes, et pour faciliter la collaboration.

En 2014, nous avons répondu à un appel d’offres de Kitten, une agence de production de photo. Leur demande visait à fluidifier les différentes étapes de la vie des images : shooting, pré-sélection, retouche, validation, mise en ligne… Nous avons commencé par observer la façon dont se déroule une journée de shooting habituelle. Ce qu’on a découvert, c’était une grande fourmilière avec plein de compétences réunies sur le plateau de shooting, c’était un travail 100% artisanal, où chacun avait une question en tête : est-ce que tous les produits seront photographiés d’ici la fin de journée ?

De là, est venue l’idée de développer une plateforme collaborative qui fluidifie le processus de la prise de vue jusqu’à la mise en ligne des images : Grand Shooting.

grand shooting

Justement, aujourd’hui, c’est quoi Grand Shooting ?

En terme technologique, c’est une plateforme Saas. « Saas »  (en français « logiciel en tant que service ») signifie que le logiciel est accessible en ligne via un simple abonnement. Et au niveau business, on peut qualifier notre service comme le meilleur ami de l’écosystème photo. 😉 C’est une véritable solution collaborative entre les marques et les photographes qui optimise la production des images pour l’ecommerce. Les marques font plus de ventes parce que leurs images sont plus belles, et les photographes livrent plus vite les images.

La technologie permet par exemple à l’annonceur d’avoir un aperçu en temps réel des photos prises durant le shooting, pour pouvoir pré-valider les images selon le cahier des charges fixé. C’est une véritable économie de temps et permet d’aller sur la bonne voie dès le début. Un bon investissement dans la qualité photo a un impact direct sur les ventes, et nous sommes là pour accompagner nos clients à faire les bons choix.

Par exemple, le simple fait que les images sont publiées plus vite sur les sites e-commerce nos clients gagnent mécaniquement entre 2 et 5 points de marge brute. Dans un environnement hyper-compétitif, le gain n’est pas neutre. Et nous démontrons que si une marque réalloue 10% de son budget marketing au budget photo pour augmenter la qualité de ses images, elle constatera une amélioration de ses taux de conversion (jusqu’à 30% dès la 1ière année). À ce jour, nous sommes les seuls sur le marché français à proposer cette solution.

grand shooting

La Fashion Tech en France prend de plus en plus d’ampleur, comment Grand Shooting se positionne ?

Nous avons un regard bienveillant sur cet univers en pleine ébullition. Nous mêmes, travaillons sur un mode assez laboratoire et sommes disponibles pour de l’entraide. En ce moment, nous développons par exemple un projet avec un créateur de maille innovante.

Comment pourrais-tu qualifier la Fashion Tech actuelle ?

Cet écosystème se structure et bénéficie enfin d’une reconnaissance. Et surtout, il commence à montrer son potentiel industriel, en créant des filières, notamment dans la formation et la distribution.

Je crois beaucoup à la personnalisation du vêtement ou des accessoires (lire notre article sur la personnalisation) En ce point, 404 Place Vendôme me semble être une référence. Cette enseigne de joaillerie allie savoir-faire et technologie pour permettre au client de designer sa propre ligne de bijoux.

Pour conclure, je pense que la Fashion Tech aura gagné quand le mot Fashion Tech aura disparu.

 

Fabrice Jonas
Créateur du Magazine Modelab, je passe mon temps à rechercher de nouvelles tendances et à les partager. Dandy et flâneur à temps plein comme une philosophie de vivre.