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Hussein Chalayan – retour sur un précurseur

Hussein Chalayan est un créateur de nationalité turque né en 1970. Il s’installe en Angleterre avec sa famille à l’âge de huit ans. Il fait ses études à Chypre puis s’établit à Londres où il obtient en 1993 le diplôme de la très réputée Central Saint Martins School. Il fonde sa maison l’année suivante. Il est reconnu dans le monde de la mode pour ses créations expérimentales, conceptuelles et pluridisciplinaires. Il mélange l’architecture, le design, le textile, la mode, les critiques sociales et les nouvelles technologies et parfois même la vidéo. Hussein Chalayan est considéré comme un « OVNI » de la mode à cause de ses approches conceptuelles et à son nombre de domaines de référence. Il est reconnu comme l’un des créateurs les plus avant-gardistes de la mode britannique.

Le concept d’Hussein Chalayan

table skirt chalayan

Le designer pense le vêtement comme un objet modulable, sculptural et dynamique. Le vêtement ne doit pas être inerte mais actif et animé. Il va jouer avec les matières et les volumes pour donner des pièces uniques qui feront toujours des vagues auprès de la sphère sociale. Il peut donner un caractère utilitaire ou fonctionnel à l’habit et lui donne en général une toute autre fonction que celle de protéger le corps (une de ses robes peut se transformer en table par exemple). Ses créations racontent toujours des histoires fantastiques et elles étonnent toujours par leur singularité de concept. Les matériaux travaillés sont toujours étonnants, l’imagination du créateur paraît sans borne tant ses créations sont originales. Son univers est très riche et exprime son intérêt pour la relation entre le corps et la forme du vêtement. Il n’est pas intéressé par la mode au sens général du terme, mais se préoccupe de l’évolution et des relations entre le corps humain et son enveloppe. On sent d’ailleurs les constructions architecturales dans chacune de ses pièces. Il revendique le caractère conceptuel de ses créations, qui sont difficilement portables, et les place dans une démarche très proche de celle de l’art contemporain.

Il est très engagé sur de grands sujets de société et, plutôt que de dénoncer, il cherche à faire réfléchir les gens. Chaque défilé est une proposition d’une nouvelle vision de la société.

Les grands thèmes qui reviennent souvent dans son travail sont ceux de l’identité, de l’isolement, du déplacement et de l’oppression qui font partie de son vécu. Il traite aussi les questions de la guerre, de la diaspora, de la liberté et du voile islamique. Il puise ces idées dans ses origines multiculturelles, dans ses voyages et dans ce qui le touche particulièrement. Ses collections vont raconter une histoire, un témoignage du passé pour certaines, un vécu personnel pour les autres.

Between chalayan SS1998

La mode fait partie du domaine de la culture et ne peut pas être vue comme une barque isolée. Comme la culture, la mode travaille sur la création de l’image de l’homme, de l’image du corps tout en prenant en compte ce qui se passe autour dans le monde mais sans pour autant forcément le refléter.

La particularité de ce designer est qu’il va utiliser les technologies (qui peuvent être lumineuses, mécaniques, …) dans ses créations. Ses vêtements lui servent de vecteurs pour présenter sa vision futuriste et innovante de la mode. Il est l’un des premiers créateurs à aborder la question de l’innovation en intégrant directement la technologie dans le vêtement.

Son processus créatif et ses inspirations 

Pour créer ses collections, M. Hussein Chalayan dessine énormément. Il a des milliers de croquis dans des classeurs et il les garde précieusement pour pouvoir s’en inspirer pour de futures créations. Il collectionne les photos de famille, des souvenirs personnels qu’il consulte régulièrement pendant sa phase de création. Il a des photos de ses ascendants pour ne pas oublier son histoire, des photos et ses anciens portraits qui lui rappellent qui il est : M. Hussein Chalayan s’inspire de son histoire personnelle. Il conserve précieusement des oeuvres d’art qu’il a lui-même réalisées à un moment de sa vie (et en particulier quand il étudiait à la Saint Martins School, ces dernières l’inspirent pour réaliser des croisements entre l’art et la mode). Il propose aussi des installations, des sculptures, des vidéos qui vont enrichir son processus créatif.

L’actualité fait partie intégrante des inspirations de M. Hussein Chalayan, même si elle n’influence pas son travail directement mais inconsciemment, car les horreurs du monde le touchent personnellement et cela se ressent dans ses oeuvres. Il propose des créations sincères, non détachées de l’environnement dans lequel elles évoluent et qui obligent le spectateur à les observer sans voyeurisme et à se poser les bonnes questions.

La logique et les mathématiques guident la création d’Hussein Chalayan. Elles changent la façon de percevoir les choses et sont présentes en continu autour de nous. Dans les proportions de ses dessins et dans la nature, cette logique est toujours présente.

Hussein Chalayan parle beaucoup de son travail et de ses inspirations mais assez peu du processus créatif car il considère que ses clients ne sont pas intéressés par ses recherches. Il expérimente beaucoup. Il travaille en collaboration avec d’autres designers ou avec des personnes de domaines différents (architecture, technologie). Il explore de nouvelles frontières et de nouvelles perspectives pour son travail comme pour celui d’autres créateurs. Ces idées influencent d’ailleurs les tendances et le monde de la mode.

Hussein Chalayan différencie l’acte de la conception et de la recherche à celui de la culture mode. Les deux n’interviennent pas en même temps dans son travail puisque c’est vraiment la culture mode et les recherches préliminaires qui vont nourrir la conception.

Le design de ses pièces est toujours travaillé avec précision et l’ajustement est très important. Le design doit interagir avec le corps, le compléter. Le mouvement est une notion fondamentale pour Hussein Chalayan. Pour bien comprendre le corps, il faut d’abord comprendre son mouvement. L’habit doit fonctionner avec le corps comme s’ils étaient complètement fusionnels. Il faut que le vêtement laisse le corps libre.

Les essentiels d’Hussein Chalayan sont donc la conception, la forme, la conscience du corps et la qualité.

Enfin, Hussein Chalayan a peur de l’ennui. Il ne veut pas que la vie soit terne alors il essaye de la rendre plus intéressante et crée donc sa propre vision du monde, un peu comme un enfant qui laisserait parler son imagination. Il décide d’utiliser la technologie pour ajouter un peu de couleur et de nouveauté dans la vie. C’est aussi l’aspect nouveau de la technologie qui l’intrigue et l’intéresse car il faut expérimenter pour trouver des solutions et réaliser des produits conceptuels et techniques.

Dans son laboratoire, M. Hussein Chalayan réalise des expériences pour appliquer la technologie à la mode traditionnelle. Ce qu’il attend avant tout de la technologie, c’est qu’elle produise un effet dans le vêtement (en général du mouvement). C’est le rendu final qui a de l’importance et non pas la technique utilisée. La quête du style est une priorité et la technologie est l’outil qui permet de l’obtenir. La technologie fait partie de son processus de création et de réflexion, répond à un besoin et permet la mise en place d’idées qui étaient auparavant impensables.

« Etre capable de faire un vêtement qui a été très soigneusement pensé avec une seule pièce de tissu, est, pour moi, autant technologique qu’une robe avec des moteurs intégrés ». Hussein Chalayan,

Etude de six modèles de la collection printemps/été 2007 : « One Hundred and Eleven ».

La première partie du défilé présente des modèles qui n’utilisent pas les nouvelles technologies alors que les six derniers modèles sont évolutifs et vont changer de forme au cours du défilé grâce à un système mécanique. Je vais donc parler plus précisément de ces six derniers modèles.

Les explorations de M. Hussein Chalayan traitent du corps et du mouvement. Cette collection est donc parfaitement à la frontière de ces deux notions et permet de mettre en évidence la fascination de ce créateur pour la forme et le processus.

chalayan Ambimorphous 2002

Ambimorphous (automne-hiver 2002)

Dans ces modèles, c’est le concept du « morphing » qui est utilisé. Le « morphing », qu’on pourrait traduire par « «morphose » en français est un effet spécial applicable à un dessin. Cet effet spécial va fabriquer une animation qui va transformer une image initiale en une image finale de la façon la plus naturelle et la plus fluide possible.

Dans cette collection, le designer pousse le concept plus loin et l’intègre au domaine de la mode en créant une série de robes mécaniques qui passent d’une époque à une autre en se métamorphosant stylistiquement. C’est au final une rétrospective de l’histoire de la mode sur plus d’un siècle. Avec ses six robes « morphing », il passe de décennies en décennies et saute de silhouettes iconiques en silhouettes iconiques avec une vision extraordinaire de la mode et de son vocabulaire. Il commente ainsi l’histoire de la mode.

La scénographie est plutôt minimale, les modèles défilent sur un podium dont le sol est constellé de petites tâches de lumière. Au centre, juste devant l’entrée des coulisses se trouve une horloge carrée à taille humaine. Celle-ci est rétroéclairée et ses aiguilles se trouvent toujours à l’opposé l’une de l’autre (quand l’une est sur le chiffre six, l’autre est sur le douze). Pendant tout le défilé, elles vont tourner dans le sens des aiguilles d’une montre de façon régulière comme si le temps s’écoulait.

La musique quant à elle est très étonnante. Elle parait composée de sons bruts comme si des fragments sonores avaient été compilés ensemble : des bruits de bombardements aériens, de conversations radio, de fusillades, de moteurs à réaction, des fragments de musique du XXe, de la guerre des tranchées, des extraits de discours d’Hitler et des battements de rotors d’hélicoptères.

Elle est très perturbante, dérangeante, prenante. Par moment les bruits, qui font penser à des cliquetis, s’arrêtent et laissent place à un silence agréable, reposant mais toujours de courte durée. Le son est inquiétant, angoissant, il ralentit, comme pour laisser un peu de répit, puis repart, plus rapide. Les silences sont comme des respirations, des moments où on ose enfin reprendre son souffle. Avant que les six robes « morphing » ne défilent, le volume de la bande son gagne en intensité durant deux secondes avant que le silence ne se fasse. Comme si le créateur annonçait la fin du défilé. On sent le public fébrile, prêt à applaudir mais les « cliquetis » reprennent. Les bruits s’enchainent rapidement, faisant remonter la pression et une nouvelle robe fait son entrée. C’est la première de la série morphing. Quand le mannequin s’arrête sur le podium afin de permettre à la robe d’effectuer sa transformation, la musique change et devient presque mystique comme si un miracle allait se produire. C’est à ce moment-là que la robe commence à changer de forme.

Au début, le défilé ne se différencie pas vraiment d’un autre et les tenues se succèdent les unes aux autres. C’est la deuxième phase de ce défilé qui est spectaculaire et inattendue. Au début, le public est plutôt calme et applaudit peu entre les différentes tenues. Quand la première robe « morphing » commence à évoluer, on a l’impression que toutes les personnes présentes retiennent leur souffle. Les flashs des appareils photos se mettent à crépiter plus rapidement que pour les tenues précédentes, et on entend des exclamations en provenance du public suivies d’un tonnerre d’applaudissements. Pour les robes suivantes, on sent que le public retient son souffle, il est dans l’expectative et attend avec impatience la transformation de cette pièce. Ces transformations ont un côté magique, elles font rêver les spectateurs, les interpellent et les intriguent. Il y a un vrai côté spectaculaire dans ce défilé : les robes sont de vraies interfaces dynamiques entre le corps et l’environnement qui les entoure.

Le spectacle permet d’attirer du monde, de surprendre, de provoquer et de donner une sensation viscérale à son auditoire. Dans ce défilé, ce n’est pas uniquement la métamorphose des vêtements qui donne des frissons mais la bande son qui agit comme un ancrage à la réalité. Si la musique n’avait pas été présente dans ce défilé, celui-ci serait resté au stade du divertissement enfantin. C’est grâce à la bande son qu’il acquiert toute sa profondeur.

Les cinq premières robes présentées traversent chacune trois décennies et se succèdent comme une frise chronologique les unes avec les autres.

La première robe « morphing » qui apparaît sur le podium est une silhouette victorienne à col haut qui date des années 1906. Elle se transforme une première fois en une robe plus ample qui s’arrête au mollet dans le style des années 1910 (précisément de 1916) avant de se métamorphoser en une tenue garçonne caractéristique des années 1920 (précisément de 1926). Entre les différentes époques que la tenue traverse, la robe se contracte, se déplace et se reconfigure : le col s’ouvre, la veste se retire, l’ourlet grossit.

Hussein Chalayan One Hundred and Eleven

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 28, 1ère robe morphing.

La seconde robe est composée de plusieurs épaisseurs les unes au-dessus des autres. Quand la robe se met en mouvement, les couches remontent les unes sur les autres en dévoilant les jambes du mannequin. La robe nous fait traverser la mode de 1926 à 1946.

Hussein Chalayan One Hundred and Eleven 2

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 29, 2ère robe morphing

Le look de la troisième robe nous fait penser aux années 1946, puis la jupe remonte et augmente en volume, nous rappelant le New Look et l’année 1956. Enfin la dernière phase de cette robe nous fait penser à Paco Rabane et à sa collection de 196616 en partie grâce aux nombreuses plaques argentées qui font leur apparition. Le chapeau se rétracte jusqu’à prendre l’aspect d’une casquette futuriste avec une visière transparente.

Hussein Chalayan One Hundred and Eleven 3

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 30, 3ère robe morphing

Le col de la quatrième robe fronce entre le début et la fin de la transformation, la jupe devient plus volumineuses et des franges viennent s’ajouter au bas de la tenue. C’est un bond de 1966 à 1986 que la robe nous fait vivre.

Hussein Chalayan One Hundred and Eleven 4

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 31, 4ère robe morphing

La cinquième robe est plus déstructurée, asymétrique et transparente que les précédentes. Elle fait penser à une combi-short ou à la fameuse robe « salopette » des années 1990. La robe remonte et fronce sur les côtés alors que les manches deviennent plus volumineuses et se mettent à couvrir les épaules. C’est un voyage entre 1986 et 2006/2007.

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 32, 5ère robe morphing

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 32, 5ère robe morphing

La dernière robe présentée finit complètement aspirée dans le chapeau qui se trouve sur la tête du mannequin, la laissant complètement nue sur la scène. C’est le retour à la réalité à la fin du défilé car la seule vérité présente est le corps. Mais on peut se demander : et après comment la mode va-t-elle évoluer ? C’est la critique sociale d’Hussein Chalayan dans ce défilé : « la mode n’est-elle pas sa propre négation ? »

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 33, 6ère robe morphing

Hussein Chalayan, Londres, SS2007, One Hundred and Eleven, Tenue numéro 33, 6ère robe morphing

Les passages d’une époque à l’autre sont très subtils. Lorsqu’on est en train de regarder un déplacement qui se produit au niveau de la taille, on est déjà en train de louper un mouvement au niveau de l’épaule.

Cette collection peut être perçue comme la révélation du processus créatif du créateur car les robes évoluent d’une conception à l’autre de façon transparente directement sous les yeux de l’assistance. Le public du défilé a sûrement ressenti quelque chose d’étrange, comme une rencontre surréaliste qui aurait lieu dans un autre monde.

Dans cette collection, le créateur ne se voit pas comme un conteur mais comme quelqu’un qui crée des mondes car il conçoit entièrement le son, les déplacements des modèles dans l’espace (à la manière d’une chorégraphie) et les vêtements. Il n’est pas le conteur mais serait plutôt l’auteur.

Même si Hussein Chalayan aime faire des défilés spectaculaires, ce n’est pas pour autant qu’il faut le voir comme un homme du spectacle. Il aime faire de belles tenues, esthétiques, d’une grande précision et d’une qualité technique irréprochable. Le côté spectaculaire et les technologies viennent s’additionner à la technique de ce créateur et c’est ce qui fait la richesse des pièces.

Les technologies utilisées par M. Hussein Chalayan.

Afin d’arriver à la création de ses six robes, il lui a fallu beaucoup de recherches et de développement.

Le fonctionnement global et la structure

Les robes fonctionnent grâce à des microcomposants électroniques qui peuvent être contrôlés à distance. A l’intérieur des robes, il y a des structures particulières, qui ressemblent à des corsets, sur lesquels sont accrochés des sortes de mini-conteneurs. Ces derniers rassemblent les microcomposants électroniques : des micro-batteries, qui contrôlent les puces des microcontrôleurs, ainsi que les motoréducteurs (un composant avec un réducteur –une poulie- et un moteur couplés). Tous les composants électroniques sont placés sur le bas du dos du corset. Les moteurs utilisés sont minuscules et mesurent environ un tiers de la taille d’un crayon pour neuf millimètres de diamètre. Chaque moteur est relié à une poulie elle-même attachée à un fil mono-filament (ou fil nylon) qui passe dans de très fins tubes en plastiques cousus sur le corset de la robe. Ce dispositif évite que les fils ne s’emmêlent les uns avec les autres. Parfois, certaines poulies sont reliées à plusieurs fils différents.

Certains corsets sont très compliqués : trente à quarante petits tubes sont cousus partout et chacun transporte plusieurs petits câbles. Chaque fil mono-filament fait son travail, comme soulever des parties de la tenue vers le haut (la robe numéro un par exemple) ou libérer des petites plaques métalliques (robe numéro trois). Pour arriver au mouvement final des robes, il y a une quantité énorme d’actions qui a lieu sous le tissu.

Explications détaillées de quelques mouvements

Sur une robe (la quatrième robe morphing), la fermeture à glissière sur le devant du corsage se ferme automatiquement. Pour réaliser ce prodige, M. Hussein Chalayan et ses collaborateurs ont tout simplement placé un aimant dans la doublure de la robe, le long de la fermeture à glissière. Cet aimant relié à un motoréducteur par un fil mono-47 filament, se trouve dans le dos de la robe. Le fil chemine donc dans la doublure, il passe par l’épaule puis sort par le dos.

Sur une autre robe (la robe numéro trois), des petites plaques en plastiques se redressent puis se retournent pendant le défilé laissant voir leur face cachée, argentée. De la même façon que pour les autres robes, ce sont des fils qui soulèvent les plaques de plastique. Le mouvement quant à lui est préréglé sur un microcontrôleur. Une fois que le modèle est sorti des coulisses et qu’il est en place au centre du podium, il suffit d’appuyer sur le bouton « On » d’un commutateur. Les panneaux sont donc libérés au moment opportun.

chalayan 2009

Inertia – printemps été 2009

Les différents composants électroniques et le magnétisme

Les microcontrôleurs

Le microcontrôleur est un circuit intégré qui rassemble tous les éléments essentiels d’un ordinateur. C’est-à-dire qu’il comprend des processeurs, des unités périphériques, des interfaces d’entrée et de sortie et bien sûr des mémoires : la mémoire morte qui permet de faire fonctionner le programme et la mémoire vive qui permet de traiter les données. Ces composants ont l’avantage de consommer très peu d’énergie, d’être miniaturisés et extrêmement légers. Ce type de composants est régulièrement utilisé dans les systèmes embarqués.

Les motoréducteurs

Ce sont des moteurs couplés avec un réducteur. Ce dernier est une sorte de poulie qui grâce à une rotation permet une traction. Dans le cas du travail d’Hussein Chalayan, ces motoréducteurs sont minuscules.

Les commutateurs

Dans le cas du défilé d’Hussein Chalayan, le commutateur est un système qui permet d’envoyer une information à un autre composant par une transmission d’ondes. Pour ce défilé, il semble qu’il ait fallu un commutateur par robe. Chacun d’entre eux devait donc être réglé sur une fréquence différente afin de ne pas produire d’interférences, d’altérer l’information et de provoquer une catastrophe lors du défilé. Ceux utilisés lors du spectacle étaient équipés d’un bouton « ON » qui permettait de lancer le processus de « morphose ».

Le magnétisme

D’après la définition, le magnétisme est « un ensemble de phénomènes physiques dans lesquels des objets exercent des forces attractives ou répulsives sur d’autres matériaux. » Dans le cas du défilé de Chalayan, ce procédé est employé pour fermer une fermeture à glissière. Comme cette fermeture est métallique, l’aimant exerce une force attractive et l’attire vers lui. L’aimant étant tracté par un fil relié à un motoréducteur, le curseur de la fermeture à glissière le suit et remonte tout en fermant la robe.

Le processus de fonctionnement :

Pour résumer le fonctionnement d’une robe d’Hussein Chalayan, j’ai réalisé ce schéma. Les petits cadres au-dessus des flèches expliquent la nature de l’information qui circule entre les composants.

hussein chalayan processus

L’influence des technologies sur la créativité de M. Hussein Chalayan

Tendre vers la vérité

Un des concepts du designer consiste à véhiculer ses idées à travers ses créations. Ses tenues sont des vecteurs et représentent sa propre vision du monde. La technologie aide à l’expression puisqu’elle lui permet de créer des tenues qui s’expriment seules.

chalayan 2000

Before Minus Now Printemps Eté 2000

Le créateur est toujours à la recherche de l’esthétisme pour que ses vêtements soient le plus conformes possibles à son idée originelle. Grâce à la technologie, il peut atteindre un nouvel esthétisme, celle du mouvement. D’une part ses créations bougent avec fluidité et amènent de la poésie, d’autre part, les robes peuvent traverser plusieurs époques et donc retranscrire plusieurs idéaux de beauté. Cela aurait été impossible sans dispositifs mécaniques.

La qualité des créations est travaillée avec beaucoup de soin pour éviter des erreurs de synchronisation lors de la transformation des tenues. Les réglages sont précis, les ajustements parfaits. Le créateur est obligé, à cause de la technologie, d’être encore plus rigoureux et de tendre vers un idéal de perfection.

Une plus grande richesse dans les créations

De nombreuses expérimentations ont été réalisées pour tester plusieurs systèmes mécaniques et définir lequel convenait le mieux au défilé de Chalayan.

L’assemblage de la technologie et de la couture classique, voire du « costume d’époque », rend la création plus riche car le contraste entre les deux domaines est extrême. L’émerveillement créé est donc d’autant plus grand.

De l’échange et de la découverte

Le designer a travaillé en collaboration pour cette collection avec le studio 2D3D qui est spécialisé dans la création de solutions innovantes pour les designers. L’échange de connaissances et de compétences a permis de créer des produits dont le fonctionnement est le plus optimal. Les deux partenaires se sont nourris de l’un et de l’autre afin d’être les plus performants et les plus créatifs possibles. Ils ont ainsi pu explorer de nouvelles frontières et développer des produits de la plus grande perfection.

chalayan Readings SS2008

Le côté spectaculaire des défilés de M. Hussein Chalayan.

La technologie permet au designer de créer son propre univers. Sans technologie, les robes « morphing » n’auraient jamais pu exister. Quand elles apparaissent sous les yeux du public et qu’elles se mettent à se métamorphoser, elles créent l’émerveillement et donc la reconnaissance. Le jugement est très important dans la créativité car s’il n’y a pas de jugement positif, il ne peut y avoir de créativité. Comme les robes sont perçues comme magiques, surprenantes et spectaculaires, le créateur est jugé comme protagoniste et acteur d’une grande créativité.

Audrey Jaillard
J’adore : la mode, le textile et les dinosaures
Je déteste : Le persil parce que ça gratte.
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