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La mode collaborative existe enfin !

La Boutonnière est une plateforme innovante puisque c’est la première plateforme de mode collaborative. Kezako ?!  Me diriez-vous.
Tout simplement, La Boutonnière vous invite à collaborer avec des marques pour créer une mini-collection à l’image de sa communauté.

Qui n’a jamais rêvé de créer le vêtement de ces rêves avec une marque qui nous ressemble ? C’est enfin possible. Modelab est allée à la rencontre de ce nouveau concept pour vous en dévoiler ces secrets.  

Fondateurs- La Boutonnière

Ralph Speyser et Coralie Loum – Fondateurs de La Boutonnière

D’où vous est venue cette idée de créer La Boutonnière ?

Ralph et moi nous nous sommes rencontrés il y a 4 ans, en 2010 dans une école de commerce qui s’appelle l’ISEG sur Lyon.

On a appris à travailler ensemble. À la fin de notre cursus on a décidé de faire un master spécialisé à l’EM. J’ai fait le master spécialisé Entreprendre et Ralph le MS Ingénierie Financière. Et durant cette année, nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer de nombreuses entreprises. Effectivement, dans le master Entreprendre, différentes entreprises viennent voir les étudiants pour leur soumettre des projets d’activité. J’ai proposé à Ralph de travailler avec moi sur le projet de Michel Augustin. Travailler ensemble a créé un déclic  entrepreneurial.

On en est arrivé à la Boutonnière parce que j’ai toujours voulu travailler dans la mode, je m’y intéresse depuis quelques années. J’avais tenu un blog sur LVMH, j’ai eu la chance de travailler chez Clarins, Christian Dior. J’adore c’est univers de mode et de luxe donc j’ai voulu créer quelque chose dedans.

Quels besoins aviez-vous détectés pour en venir à la Boutonnière ?

Côté consommateur:

Aujourd’hui on se rend compte que tout le monde est très connecté avec les technologies. Du côté du consommateur, il y a plusieurs choses :  il y a un engouement médiatique, aujourd’hui on se rend compte que tout le monde est très connecté avec les technologies ; il devient collaboratif, c’est-à-dire qu’on voit une montée en puissance de tout ce qui est plateforme de crowdfunding et de crowdsourcing. Ce qui prouve une volonté d’implication de sa part.

Dans le monde de la mode on a constaté qu’il n’y avait pas de plateforme qui permettait une implication dans la conception du vêtement. Il y a énormément de soldes, de promotions, ce qui fait que le consommateur voit sa vision flouée, c’est-à-dire qu’il a du mal à voir le savoir-faire des marques, donc on s’est dit pourquoi pas créer un support grâce auquel la personne est impliquée dans la conception de son vêtement et du même coup, cela lui permettrait de rentrer dans les coulisses de la marque et de se rendre compte de toute la qualité du travail. Comprendre d’où il vient avec des explications sur les matières. On veut vraiment qu’il y ait une explication sur le processus de fabrication des vêtements.

Côté professionnel :

Il y a aussi un besoin du côté des marques. Le marché de la mode est très concurrentiel. Elles doivent se démarquer, ont besoin de visibilité et ça passe aussi par des concepts innovants. L’idée de la plateforme est un nouvel outil ludique pour le consommateur et permet de créer du buzz autour de la marque.

Vous pensez que le besoin du côté des marques se présentera plutôt chez les petits créateurs ou est-ce qu’à ce jour les grosses enseignes ont des attentes aussi ?

 

Je pense qu’il y a deux niveaux : le petit créateur pour qui ce sera d’entrer de jeu la visibilité parce qu’il n’est pas connu. Pour les grosses marques telles que Kookaï ou Comptoire des Cotonniers ce serait plutôt une manière ludique pour séduire, fidéliser une clientèle existante ou de cibler une nouvelle ! L’outil est flexible : il est accessible à tous les types de marque en fonction de leurs besoins.

Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne la plateforme exactement ?

La Boutonnière est une plateforme de mode collaborative, dont le but étant d’intégrer le consommateur dans la conception de son vêtement avec la collaboration d’une marque.

Au début le consommateur s’inscrit, il va renseigner ses goûts, en termes de matières, couleurs, motifs,  de pièces aussi (t-shirt, jean). Les besoins de toute la communauté vont constituer la planche tendance de la marque. La marque va simplement s’en servir comme moodboard.

Aujourd’hui une marque fait le même travail de son côté, elle cherche son inspiration, mais là, cela viendra directement des Boutonniers, notre communauté.

La-boutonnière-création

Deuxième étape, la marque, sur la base de ce moodboard, va faire des propositions de croquis inspirés de nos internautes et de son ADN créatif. Les utilisateurs vont voter sur la base des visuels, des explications. Ils ont la possibilité de choisir les croquis qui leur plaisent le plus.

La-Boutonnière-Vote

Et la dernière étape, les croquis qui auront été les plus appréciés sont lancés en production par la marque. On a une partie e-shop ou les gens peuvent commander les pièces.

La-Boutonnière-E-shop

Robe Adèl et Robe Ana

À terme, le consommateur se connectera sur la plateforme et il pourra choisir les marques avec lesquelles il voudrait collaborer ; nous connaissions la vente privée, nous voulons amener la « création collaborative ».

On peut voir aussi la Boutonnière comme un mode de distribution innovant.

On se rémunère sur la revente des vêtements appliquant un markup de distributeur. À terme on aura un e-shop avec tous les vêtements de nos différentes collaborations, les gens pourront les acheter tout le temps. C’est une market place de création.

Au niveau de la marque ce n’est pas trop compliqué de créer une collection en plus ?

Nous allons fonctionner sur un petit nombre de pièces, c’est-à-dire 3-4 pièces revisitées, donc ce n’est pas une collection de manière classique (dizaine de pièces). Le challenge pour nous c’est de trouver des marques qui produisent en petites séries. Et qui produisent si possible en France pour des contraintes de délais de production. Nous voulons que le processus dure entre 4 et 8 semaines. Le consommateur est impliqué, certes mais aujourd’hui il a quand même le choix d’acheter son vêtement en bas de la rue. Il ne faut pas que ça devienne trop long en termes de production. Donc pour se lancer on essaie de cibler des marques qui produisent soit partiellement ou totalement en France.

Ces marques reprennent des vêtements de base qu’elles ont dans leurs collections et qu’elles remodifient en fonction des avis des internautes ?

 Pour Mihacé, la marque avec laquelle nous avons faits notre première collaboration, il n’y a pas eu de patron, on essaie que vraiment que tout parte du consommateur pour ne pas biaiser le processus, maintenant on va forcément se heurter à des marques qui vont nous dire que c’est plus simple pour elles de repartir de patron existant, mais dans l’idéal on essaie que ça ne se passe pas comme ça. Mihacé la marque avec laquelle on a fait notre première collaboration ne l’a pas fait par exemple. 

Vous viser juste le made in France ou à long terme vous visez aussi le marché européen ?

En fait le made in France c’est uniquement pour se lancer, tester le concept, montrer que ça marche, qu’il y a de l’engouement, qu’on arrive à tenir les délais de 4-8 semaines et après collaborer avec des plus grosses marques qui elles ne produisent plus du tout ou partiellement en France et plutôt en Europe, Asie ou Maghreb, là dessus on est complètement ouvert. Par contre nous avons un positionnement plutôt moyen/haut de gamme.

Pensez-vous que le consommateur est sensible au made in France ?

C’est une bonne question : je pense que le consommateur y est sensible jusqu’au moment où il faut payer. Soit dit en passant c’est une idée préconçue aujourd’hui, et ça, je pense que les gens s’en rendent bien compte, que ce soit des vêtements produits en France, en Europe, en Asie ou autre, pour les marques qu’on vise (y compris celles qui produisent en France) on est sur une même base de prix. Il n’y a pas d’impact lié au made in France, made in China, tout le monde vend les vêtements au même prix aujourd’hui.

C’est en termes de méthode de fabrication qu’on aura des différences ?

Exactement. Mais pour les marques qu’on vise, c’est-à-dire moyen/haute gamme ; pour une marque qui produit en Europe voir en Asie on est sur les mêmes prix qu’une marque qui fait du made in France. Et c’est bien pour ça d’ailleurs qu’aujourd’hui c’est compliqué d’en vivre.

Est ce que vous pouvez m’expliquer la collaboration avec la marque Mihacé ?

Mihacé-Veste

Mihacé c’est une marque lyonnaise créée en 2013 qui a l’habitude de faire des collections éphémères. C’était déjà dans l’ADN de la marque, donc quand on lui a présenter l’outil elle a rapidement compris le fonctionnement, et a adhéré au concept.

Cette collaboration à démarrer le 27 février et on a livré les robes aux alentours du 10 avril aux clientes : ça aura donc pris 5-6 semaines de collaboration.

La marque a proposé de revisiter les robes, elles ne sont pas parties de patron existant mais elles ont quand même proposés de revisiter un type de vêtement, pour lui permettre de se cadrer.

Et ça tombait bien avec l’arrivée du printemps, des beaux jours. Donc les consommateurs ont pu exprimés leur goût en matière de style de robe (casual chic, rétro, glamour), en terme de couleurs c’était plutôt des tonalités (pastels, sombres), également ils ont exprimés leur goût en termes de motifs (voyants, discrets, uni) et enfin la possibilité de partager une photo d’un modèle qui leur plaisait bien. Tout ça a constitué le moodboard de la marque qui a fait des propositions de quatre croquis dont deux qui ont été les plus appréciés. La robe Adèle et la robe Ana.

Si les avis des internautes sont trop différents pour la marque ?

C’est plutôt au niveau des possibilités qu’ils ont qui va faire que ça va être très divergeant. Parce que comme on est dans un processus presque industriel, il faut cadrer un minimum les choses. Et si les personnes peuvent exprimer 10 ou 20 choix, oui tout sera hétérogènes, mais si elle a un choix de 4-5 propositions forcément on sera sur une concentration. C’est-à-dire qu’aujourd’hui on ne peut pas se laisser une liberté totale, ou du moins c’est pour une autre évolution de la plateforme. Parce que là on est sur un format influenceur, où les gens donnent leur avis, donc assez cadré. Mais on peut imaginer une version adaptée à des gens beaucoup plus créatifs.

Quelle est la vision stratégique des marques qui utiliseraient La Boutonnière ? Est-ce que c’est rentable pour elles ou est-ce que c’est un canal de communication ?

Pour la rentabilité, lors de la collaboration avec Mihacé on est rentré dans le minima de la marque. Pour cela, nous avons mis en commande que des prototypes, ça engage la marque à hauteur du prototype que nous pouvons prendre en charge. Cela lui permet d’avoir une prévision de ses ventes.

Maintenant pour les autres, on va tout simplement s’entendre sur un stock avec la marque ; qui sera son minimum de production que nous achèterons. Parce qu’en finalité nous sommes distributeur, nous allons passer commande pour garantir à la marque un minimum de vente.

Vous avez quelques marques à me donner pour votre prochaine collaboration ou c’est secret ?

Oui, elle a débuté le 4 mai et se termine le 31 avec la marque française Anna Studio. Nous en sommes à l’étape du vote des croquis 🙂 !

Anna-studio-la-Boutonnière

Vous allez viser le marché de l’homme aussi ?

On aimerait ! Pour l’instant, on n’est pas du tout en démarchage de marques hommes, le marché de la mode reste quand même un milieu très féminin. Le problème c’est qu’on n’est pas dans de la personnalisation ou du sur-mesure, il y a beaucoup de contraintes liés aux tailles, l’ajustement.

Par la suite pourquoi pas des vêtements classiques pour hommes c’est vrai qu’on a pas mal de retours de personnes qui nous disent qu’ils n’ont pas non plus beaucoup d’outils pour s’impliquer et pour se retrouver autour de quelque chose.

Les marques streetwear se retrouveraient chez la Boutonnière car elles animent des communauté qui se réunissent autour d’évènements, ce qui permet de faire du buzz plus rapidement.

Et à long terme, comment voyez-vous l’avenir de la Boutonnière ? Comment va t-elle se développer ?

Déjà à l’international. D’ici un an ou deux on espère pouvoir se développer dans les pays limitrophes.

Dans un deuxième temps, proposer quelque chose pour des gens plus créatifs où ils auraient plus de liberté et donc on pourrait vraiment faire des trucs de fous en terme de collaboration entre ces artistes et les marques. Donc on veut proposer d’autres produits. Se développer en marque blanche, c’est-à-dire une marque qui ne veut pas forcément passer par la Boutonnière mais qui aime bien le processus, on peut très bien le plugger sur le site internet d’une marque. Donc il y a des tas de possibilité.

Et ce processus de collaboration en 3 étapes :

1. Expression, avant sous forme de questionnaire, désormais ce sera plus sous forme de moodboard
2. Vote des croquis
3. Commande

Pour finir est ce que vous avez quelques mots à dire sur le nouveau marché de la Fashion tech ?

Le marché de la Fashion tech pour moi ça évoque beaucoup de choses. Il y a aujourd’hui un vrai challenge au niveau textile, par exemple H&M a testé une nouvelle start-up qui propose un textile intachable. Donc aujourd’hui pas mal de choses se développe autour des matières très spécifiques, pourquoi pas connectées, mais aussi en terme d’outil, de service proposé…

Laura Martinet
Passionnée de Mode et d’Innovation depuis toujours. Aujourd’hui je vous dénicherai les dernières nouveautés de la Fashiontech.

Sources :

  • la-boutonniere: http://www.blog-laboutonniere.com/