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Le biotextile : une innovation responsable

Et si, l’innovation consistait également à se rapprocher des savoirs ancestraux et ainsi redécouvrir les possibilités que nous offre la nature ? Je vous embarque pour le Cambodge à la découverte d’un biotextile, la fibre de Lotus.

C’est après de nombreuses expérimentations et autant de recherches dans des villages reculés, en quête d’un savoir-faire presque tombé dans l’oubli, que vont renaître les vêtements tissés de fil de lotus. Le lotus va se révéler alors comme une plante au potentiel considérable, un concentré de possibilités.

En effet, le tissu créé à partir des tiges de la fleur de lotus se présente comme un intermédiaire entre la soie et le lin. Il fut historiquement utilisé pour tisser les robes des moines bouddhistes de haut rang. Ce tissu unique et doux est respirant, infroissable, naturellement résistant aux tâches et imperméable à l’eau en raison de son origine aquatique.

En plus de cela, la fleur de Lotus est sacrée en Asie, notamment dans la culture bouddhiste du Cambodge.

La permanence et la force du bouddhisme au Cambodge est l’un des traits caractéristiques de l’histoire khmère. Avant d’adopter la religion bouddhiste, le peuple khmer, de même que les autres peuples de la préhistoire, vénérait les éléments naturels : l’eau, la terre, le feu, le vent. Représentés par des génies et des divinités, il voyait dans les forêts ou les rochers des sources de salut. Ainsi s’explique que, de nos jours encore, se soit conservée la tradition de fêtes rituelles dédiées à ces génies tutélaires. L’avènement du Bouddhisme fut un remède contre toutes ces croyances et superstitions sans pour autant les rejeter. Elles furent parfois intégrées comme des pratiques bouddhistes.

Le Lotus dans le symbolisme bouddhique.

La fleur de Lotus renvoie aux trois stades de l’existence : le passé, le présent et l’avenir.

Le caractère sacré attribué au Lotus s’explique principalement pour la pureté de ses fleurs jaillissant de la saleté des eaux stagnantes. La fleur de Lotus devint ainsi, le symbole de l’esprit pur sortant de la matière impure du corps.

Cette plante voit son potentiel se déployer sous l’impulsion de la marque Samatoa crée par Awen Delaval.

C’est en 2003, avec l’arrivée au Cambodge d’Awen Delaval, que naît Samatoa, une entreprise textile construite sur les trois piliers du développement durable : l’efficacité économique, l’équité sociale et la protection de l’environnement. L’idée de l’entrepreneur breton était de créer des ateliers de couture où des personnes en situation de handicap et des femmes en situation précaire pourraient être formées au travail de la soie, leur permettant ainsi de devenir autonome et d’accéder à une reconnaissance sociale.

Basé dans la ville d’Angkor, le fondateur et gestionnaire de l’entreprise d’éco textile est entouré par une spiritualité historique. Le lotus apparaît comme la pierre angulaire dans son projet, offrant symbolisme, noblesse de l’esprit, beauté et pureté. De plus, pour Samatoa, le Lotus représente l’apogée de la quête ultime de l’excellence par l’entreprise.

 

Depuis 2003, Samatoa a créé au Cambodge un processus unique afin d’extraire la fibre de la tige de lotus, de la tisser et d’obtenir un tissu exclusif.

Un procédé précis et fastidieux puisque la fabrication d’une veste nécessite 4 mètres de tissu, soit 12 000 mètres de fibres et 2 mois de travail pour un fileur. Il ne peut être réalisé qu’à la main, ce qui explique la rareté du tissu.

fibre de lotus

Les vêtements en lotus, un produit de luxe pour un marché de niche.
Le travail nécessaire a sa confection et les vertus propres au vêtement en lotus font qu’il est très onéreux et n’alimente aujourd’hui qu’un marché restreint. La demande pour ce tissu exceptionnel et dont la fabrication ne produit pas de déchets, elle, ne fait qu’augmenter. La qualité des confections en tissu naturel est telle que Samatoa reçu en 2012 le prix d’excellence de l’Unesco pour l’Asie du sud-est.

L’objectif de cette entreprise est d’offrir a des marques de couture éthique un service complet  de la fabrication de tissus écologiques jusqu’à la production de produits finis, sous le strict respect des engagements envers le commerce équitable.

L’éclosion de nouvelles ambitions.

Afin de diversifier la gamme des ses vêtements et accessoires, Samatoa développe, en plus du coton, de la soie et du lotus biologique, le tissage d’autres plantes comme le bananier et le kapok. D’autres fibres naturelles, uniques au monde, devraient également voir le jour au fil des années.

Aujourd’hui, Samatoa emploie une cinquantaine de salarié(e)s à temps plein, un chiffre qui va rapidement augmenter puisque l’objectif est de créer pas moins de cinq cent emplois en cinq ans ! Pour ce faire, l’entreprise va bâtir de nouveaux ateliers (dont un proche de Phnom Penh), au Cambodge et dans d’autres pays d’Asie du sud-est, qui s’ajouteront à ceux situés dans les environs de Siem Reap et Battambang. A terme, il y a la volonté affichée d’une production d’origine 100 % cambodgienne, libérée des importations, aujourd’hui toujours nécessaires, de produits thaïlandais et vietnamiens.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur Samatoa et la Lotus Farm, je vous invite à consulter le site ici : http://www.samatoa.com/PrestaShop/

Vous l’aurez compris à la lecture de mon article, l’innovation est multiple, elle peut également être un des facteurs de la sauvegarde de la biodiversité, d’un développement économique responsable d’un territoire et dans le même temps à la pointe de la recherche.

Julien Maurel
Concepteur et coordinateur de projets dans le champ des arts et de la culture, la mode m’intéresse depuis toujours. Mon vestiaire me ressemble, pas tape à l’oeil, il ose les couleurs, les accessoires qui font la différence et épouse mon humeur du moment. Mon plaisir suprême, dénicher en soldes la pièce de mes rêves, complètement dispensable, qui semble taillée sur mesure et, du coup, s’avère absolument indispensable.

Sources :