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Le SIdO dessine les enjeux de la mode de demain

Penser les usages de demain à travers l’Internet des Objets et les objets connectés, telle est la mission du SIdO, showroom professionnel dédié à l’Internet des Objets qui s’est tenu à Lyon les 6 et 7 avril dernier. La deuxième édition du salon, qui a pour vocation de devenir l’évènement leader européen sur ce secteur, regroupait 200 exposants, 5000 visiteurs et 75 experts. L’Internet des Objets, considérée comme la troisième évolution d’Internet, désigne l’ensemble des objets connectés dans les domaines des smart cities, de l’économie, de la santé, du quantified-self, du retail, de la domotique, des transports et de l’industrie. Comme le rappelle Shawn DuBravac, économiste en chef, directeur de la recherche de la Consumer Technology Association et organisateur du Consumer Electronic Show de Las Vegas :

« Aujourd’hui une large part de l’innovation dans l’internet des objets vient de France »

Il positionne ainsi l’hexagone comme un territoire clé de cette industrie émergente. Il souligne aussi que :

« Nous sommes passés d’une ère du est-ce technologiquement envisageable, à une ère du est-ce technologiquement cohérent ? »

et ancre ainsi l’Internet des Objets dans une réalité économique et technologique contemporaine. Quand on sait en effet qu’en 2020, ce secteur représentera 1900 milliards de dollars et pas loin de 30 milliards d’objets connectés, il semble indispensable de s’intéresser aux enjeux de l’Internet des Objets et ses répercussions sur notre vie quotidienne.

richard phan

L’Internet des Objets : quand la technologie est au service du design

C’est un fait, nous vivons aujourd’hui dans un monde physique constitué d’objets (tables, lampes…) et de structures (toits, murs…) inertes. Et pourtant, nous tendons vers un monde de l’objet tout connecté où fenêtres, chaises et miroirs seront directement liés à Internet. Cette transformation de notre environnement nous oblige à repenser nos interactions avec les objets qui constituent notre quotidien. Mais comment interagir et évoluer avec ces objets s’ils ressemblent à des gadgets futuristes ? Le SIdO via l’Internet des Objets dessine l’enjeu majeur et incontournable de l’acceptabilité sociale. Porter des lunettes connectées, c’est bien, porter des lunettes connectées sans être dévisagé dans la rue, c’est mieux. Google en a fait les frais avec l’échec de ses Google Glass : annoncées comme un produit révolutionnaire, elles ne seront finalement pas vendues auprès du  grand public. Le problème majeur ? Un design trop technique qui ne prend pas en compte l’aspect accessoire de mode des lunettes.

La société OPTINVENT, spécialisée dans les smart glasses, a beaucoup travaillé sur cette problématique d’acceptabilité sociale. Constatant qu’il était difficile d’intégrer les lunettes connectées dans le quotidien de M-tout-le-monde, la société a travaillé sur le fait d’amener l’image flottante par un casque audio connecté. En effet, quoi de plus accepté qu’une personne se promenant avec son casque sur les oreilles ? Si l’objet proposé par OPTINVENT au SIdO manque encore d’ergonomie et d’esthétisme, la société semble pour autant être sur la bonne voie pour concilier contraintes technologiques et esthétiques.

OPTINVENT présente son casque connecté lors du SIdO

OPTINVENT présente son casque connecté

L’acceptabilité des objets connectés est donc devenue une véritable problématique de mode intégrée sous la forme des wearables et smart clothes, ces vêtements et accessoires connectés qui peuvent être portés par tous au quotidien. La mode étant un secteur très porté sur l’innovation et le renouvellement (recherche constante de nouveaux textiles et de nouvelles techniques de fabrication, etc.), il semble presque naturel qu’elle s’empare de la problématique des wearables technologies via les objets connectés. Cet impératif de l’objet connecté design, beaucoup d’entreprises l’ont compris et l’intègrent de plus en plus dans leurs produits. C’est notamment le cas d’Oombrella, un parapluie connecté qui envoie des informations météorologiques sur votre smartphone afin de vous spécifier en avance si vous devez oui ou non sortir avec votre parapluie. La marque a pris le parti de tout miser sur le design en créant son parapluie dans un matériel brillant résistant aux UV et au vent.

Parapluie connecté Oombrella

Le parapluie connecté au design travaillé Oombrella

Clément Guillot, co-fondateur d’Oombrella, confirme que plusieurs clients achètent le parapluie uniquement pour son design et que dans ce cas, le côté technologique passe au second plan. La fonction connectée est considérée comme « un plus ». L’objet est associé à un produit de mode, preuve qu’il est complètement accepté par le consommateur. Il est intéressant de souligner que dès lors, l’objet connecté du futur se transforme en objet plateforme : il n’a plus une seule utilité (son côté technologique), mais plusieurs (la fonction technologique, le design…). Un des exemples les plus parlants est celui de la collaboration Apple Watch x Hermès : volonté affirmée de la marque de faire de sa montre connectée un accessoire de mode à part entière.

Un des enjeux majeurs des objets connectés explicité au SIdO est donc de mettre leur technologie au service de leur design afin d’intégrer leur utilisation au quotidien de leur consommateur. La marque De Rigueur a parfaitement compris cet enjeu en prenant le problème à contre-sens. Plutôt que de créer un objet connecté et ensuite d’adapter son design, ce créateur de maroquinerie de luxe proposant des produits raffinés adaptés à la vie moderne, a décidé d’inventer The Connected Sleeve, une pochette qui recharge votre smartphone par induction électromagnétique. La démarche de la marque consiste donc à partir d’un produit déjà désigné et d’ajouter une plus-value grâce à la fonction connectée qui répond à un besoin de son utilisateur.

The Connected Sleeve, la pochette de la marque De Rigueur qui recharge votre smartphone

The Connected Sleeve, la pochette de la marque De Rigueur qui recharge votre smartphone

Le retail connecté, l’enjeu majeur de la mode connectée au SIdO

Cette volonté de répondre aux besoins des utilisateurs doit être la priorité des créateurs et des entreprises du futur et d’aujourd’hui. Créer un objet connecté pour créer un objet connecté n’a aucun intérêt : il faut penser l’usage avant de penser l’objet. Une étude du cabinet Forrester établit que 90% des consommateurs sont prêts à abandonner une marque dès qu’ils sont déçus par la qualité de son service client. Ce constat s’applique tout particulièrement au milieu du retail : l’utilisation d’objets connectés doit être pensée afin de faciliter le parcours client. En ce sens, le centre commercial semble être le futur du magasin connecté selon plusieurs experts présents au SIdO. Endroit privilégié par les consommateurs pour leur expérience shopping, les malls sont également des lieux de flux importants et apporte ainsi une réelle opportunité pour les objets connectés et l’expérience digitale.

Le but étant de proposer des services aux clients grâce aux objets connectés sans être trop intrusif : l’objet connecté doit être le moyen de rétablir et fluidifier la communication entre le client et le vendeur. Il ne faut pas oublier que si les objets connectés sont de bons moyens d’interaction avec le –potentiel- client, ils sont également une source importante et indispensable de data sur ces derniers. Plusieurs professionnels le soulignent lors des conférences données au SIdO : tout l’enjeu des entreprises consiste à copier le modèle de récolte et d’analyse de cette data sur les sites web, et de la transposer en magasin. On assiste ainsi à une approche plus scientifique et systématique du retail et du web. L’idée est d’utiliser les données pour réenchanter les magasins et continuer d’en faire des points clés de la stratégie des marques. Ainsi, Hub Institute, Think Thank Digital, a repéré les tendances de l’Internet des Objets au CES de Las Vegas. Par exemple, les entreprises utilisent l’IoT afin d’analyser le parcours client et donc d’améliorer leur merchandising, mais aussi dans le but de soutenir les rapports entre leurs vendeurs et leurs clients. Sephora a ainsi remplacé ses caisses fixes par le paiement sur un appareil mobile avec lequel le vendeur se déplace. Ceci casse la logique de frontière de l’espace « caisse », et modifie les relations avec le client.

Les enjeux dans la collecte et l’analyse de data consistent donc à ne pas être trop intrusif en proposant une expérience ludique et simplifiée au client, et en même temps à récolter suffisamment d’informations sur ce dernier pour permettre d’améliorer et de mieux cibler l’expérience consommateur. La société Aldebaran Robotics, présente au SIdO, a choisi d’axer sa stratégie sur la relation client en développant en magasin le robot Pepper conçu pour vivre et évoluer aux côtés des humains. Ce robot positionné en point de vente présente le triple avantage de collecter des données (il peut enregistrer les réponses des clients, déterminer leur âge…), conseiller les clients en leur recommandant des produits (il peut adapter sa proposition de produits aux clients de manière très précise grâce au recueillement des mensurations, de l’historique d’achat…), et de créer un rapport affectif avec les consommateurs (les clients sont bien plus enthousiasmés par l’idée d’interagir avec ce robot plutôt qu’avec un vendeur équipé d’une tablette).

La marque Fauchon a, quant à elle, décidé de fluidifier la récolte de données sur ses clients grâce à l’installation de portails Wifi dans ses boutiques.  Etant donné que la clientèle étrangère de Fauchon n’a pas toujours accès à Internet sur leur portable, cet accès gratuit en magasin lui permet de rester plus longtemps dans la boutique, de prendre des photos qu’elle partagent sur les réseaux sociaux… La marque augmente ses ventes tout en récupérant des informations clés sur ses clients (Fauchon a ainsi découvert qu’ils possédaient de nombreux clients brésiliens et ont ainsi choisi d’ouvrir une boutique au Brésil) et en détectant grâce aux points de connexion qu’elles sont les zones chaudes de leurs boutiques (souvent la vitrine de pâtisseries).

Le SIdO a permis de mettre en lumière deux enjeux majeurs pour la mode de demain: tout d’abord, l’importance de produits connectés désignés. Tout d’abord conçu par des programmateurs et des informaticiens, Internet en tant qu’Internet des objets, doit désormais être repensé par des designers afin de placer l’expérience consommateur au cœur de ses préoccupations. L’acceptabilité sociale est un des enjeux majeurs de cette transition vers un monde du tout connecté et les designers de demain devront donc se pencher sur cette problématique via les wearables.  Le second aspect primordial est celui du retail connecté puisque le futur de la mode semble se trouver dans des boutiques physiques qui intègrent pleinement les objets connectés.  Les marques devront réussir à parfaitement concilier collecte de données et facilitation du parcours d’achat du client.

La problématique intrinsèque à cette évolution numérique reste la notion de vie privée : dans un monde où nos moindres faits et gestes sont enregistrés et analysés, que vont faire les marques de toutes ces données ? Quel contrôle pour les consommateurs sur les informations qu’ils communiquent ?

Adepte de mode éthique et de ses nouveaux moyens de consommation, je garde également un œil attentif sur la FashionTech et ses innovations !

Sources :

  • richard phan: Coline Vernay