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L’IFM START : le programme axé Mode et Start-up

L’IFM, l’Institut Français de la Mode, a été créé en 1986, à une époque où l’industrie textile/mode faisait face à de gros  changements (délocalisation, poussée de la distribution organisée…). Pour faire face à ces problématiques de management, des professionnels, des  fédérations, des grandes écoles ont créé cette école qui accompagne le talent créatif et permet de développer une activité où le management « se plie » au désir du créatif.
L’IFM accueille environ 90 étudiants par an, dans son programme de management et a développé pour Septembre un nouveau programme qui met en avant l’entrepreneuriat : IFM START.

Rencontre avec Franck Delpal, Responsable de ce programme.

Franck Delpal

En quoi consiste le programme IFM START ?

C’est un programme post-graduate (après un bac +3 ou +4), qui va permettre de se spécialiser. L’idée c’est de comprendre les spécificités du secteur de la mode et de placer les étudiants dans une logique de professionnalisation. Nous voulons montrer qu’il ne suffit pas seulement de créer mais qu’il faut que la création soit soutenable en termes industriels et commerciaux. Il s’adresse à tous ceux qui souhaitent entreprendre dans les industries créatives et les services innovants liés à la mode, au luxe, aux cosmétiques, aux designs, à l’art de vivre…

Il intervient en amont du parcours entrepreneurial. Chaque participant aura un suivi individualisé. Il arrive avec son insatisfaction, ses bribes d’idées et va développer son projet en cours d’année avec l’aide de mentors, de professionnels, d’experts qui vont l’aider à concrétiser ce projet-là en apportant les bonnes compétences et connaissances sur le secteur et apporter un appui dont il va avoir besoin pour se lancer.

Ainsi, pour Septembre, nous allons partir sur une promotion pilote de 10 étudiants.

Quel sera son contenu ?

Programme IFM

L’année s’articulera autour des différents modules :

  • Les apports fondamentaux IFM, qui sont autour du marketing, de la culture mode et du luxe, la distribution…
  • Les cours spécifiques START pour valoriser l’entrepreneuriat et la créativité. Par ailleurs, le corps professoral de l’IFM est constitué de professionnels qui viennent pour transmettre les notions-clés et des savoir-faire acquis via leur carrière dans le privé. Cela permet de raccorder les pratiques réelles du secteur et de se tenir au fait de ce qu’il se passe dans les entreprises.
  • La mission Start-up : Nous sommes partis du constat que pour les étudiants, faire un stage en fin d’année ne répondait pas à l’objectif de lancer son activité. La mission Start-up, qui se déroulera au milieu de l’année, va donc permettre de prendre en compte la réalité de l’entrepreneuriat et de nourrir son projet. Cela va être un processus de sélection réciproque entre des start-ups qui ont envie d’accueillir des étudiants de l’IFM dans le but de faire évoluer leurs missions et les besoins des étudiants qui sont à la recherche de compétences pour leurs projets personnels.
  • Des ateliers collaboratifs en partenariats avec d’autres écoles comme la London College of Fashion ou l’École 42.
    Par exemple, pour l’École 42, le constat est qu’aujourd’hui entreprendre dans les industries créatives au sens large nécessite une composante digitale. Ce partenariat va permettre d’apprendre le langage de l’autre, que nos étudiants aient des notions de codage et pourquoi pas qu’ils trouvent un binôme pour concrétiser leur projet.

Chacun reste dans son cœur de métier. L’idée est que des projets innovants puissent voir le jour avec des compétences croisées.

Comme vous le disiez c’est une année pilote mais quelle est votre vision à long terme ?

Nous aimerions que le programme puisse faire ses preuves et pouvoir compter parmi nos anciens de nouvelles pousses. Le but n’est pas forcément d’accueillir plus d’élèves car cela demande du temps pour coacher, mentorer, il faut que ça reste à dimension humaine et que l’on puisse suivre chacun individuellement. L’idée est de faire pousser une nouvelle génération et de porter les succès de demain. Par exemple, des cofondateurs de Place des tendances ou de Vestiaire Collective sont sortis de l’IFM. Pour cela je pense qu’il faut croiser les compétences, par exemple l’équipe de Vestiaire Collective n’est pas 100% IFM. Notre force c’est de pouvoir nous entourer de personnes aux compétences variées pour créer de nouvelles activités qui exigent à la fois de la polyvalence et de l’expertise. Finalement, nous devons multiplier les partenariats pour trouver des compléments naturels qui feront que tout se passera bien.

En vous plaçant en ante-création, ne souhaitez-vous pas à terme créer un incubateur ?

DocksNous ne ferons pas un incubateur, premièrement parce que nous n’en avons pas la place. D’autre part, je dirais que ce n’est pas notre métier. Nous sommes plus intéressés par nous positionner dans l’écosystème existant et de ne pas rajouter une énième structure. A Paris, il y a des structures prêtes à accueillir des projets modes comme Creative Valley, Paris & Co, 104Factory, La Paillasse…

Après de notre point de vue, c’est vrai qu’il existe 3 moments-clés dans la création : cette phase en amont où on est au stade de la réflexion qui correspond à IFM START et pour lequel nous allons définir la bonne stratégie, rentrer dans les bons réseaux, mentorer le projet pour qu’il fasse ses preuves…

Puis nous avons aussi un autre programme qui s’appelle l’IFM LABELS, qui correspond plus à des marques d’ores et déjà établies, présentes à l’internationale, qui ont des échos dans la presse.

Mais entre les deux : entre l’amorce du projet et le début de reconnaissance, il y a besoin à combler. Ce sont des gens qui se sont lancés il y a 6 mois, un an et qui ont besoin de passer la 2ème vitesse. Notre réponse à terme sera d’ouvrir IFM START à ces gens-là. Le programme sera un peu plus « light » avec certains modules ouverts mais ce sera toujours dans le but de les aider à penser leur stratégie et valider leur projet aux contacts de professionnels.

Comment l’IFM se positionne face à l’émergence du phénomène FashionTech ?

D’un point de vue historique, l’IFM a plutôt une culture d’innovation immatérielle que d’innovation matérielle : nous sommes très bons sur le marketing, sur cette dimension de création de marque. Cela est très important pour nous et c’est l’un des éléments sur lequel nous sommes reconnus et pertinents. Du coup, sur la dimension technologique, quand on ne sait pas faire on s’adresse à des gens, qui eux, savent faire.

C’est pour cela que nous nous sommes rapprochés de certains acteurs qui soutiennent ces projets-là notamment à travers Créative Valley, la Paillasse, des fonds d’investissements comme Fashion Capital Partners… Nous allons renforcer les ateliers, les enseignements liés aux liens entre mode et technologie qui influencent toute la chaîne de valeur. Le but est de faire connaître tous ces nouveaux modèles économiques, démontrer la façon dont ces nouvelles pratiques bouleversent la chaîne de valeur et remettent en question les méthodes traditionnelles.

Parmi nos participants, il y a une sensibilité majeure à utiliser les outils à disposition pour casser les règles et sortir de la domination de certains leaders du luxe ou de la distribution. Par exemple, le fait de pouvoir rentrer en contact directement avec son client, le fait de pouvoir co-créer avec lui, le fait d’être transparent, ce ne sont pas des pratiques traditionnelles dans le milieu de la mode. Ces nouveaux outils sont vraiment une façon d’inventer un modèle alternatif, c’est vraiment ce que beaucoup de consommateurs recherchent aujourd’hui. On va voir pousser des projets dans ces univers-là qui sont hyper intéressants.

Fabrice Jonas
Créateur du Magazine Modelab, je passe mon temps à rechercher de nouvelles tendances et à les partager.

Sources :

  • IFM: Copyright AlexandreTabaste