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Textiles et matières actives : l’innovation technopoétique

Portrait © Florence Bost.
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Florence Bost, designer textile, est spécialiste de l’intégration des nouvelles technologies  dans le textile. Sa démarche innovante et sensorielle s’inscrit dans les nouveaux usages qui démultiplient les possibilités d’utilisation du textile dans de nombreux domaines d’application.

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Comment procédez-vous ?

J’intègre de la technologie sur une base textile existante de manière physique et graphique.  Les éléments techniques doivent être lisibles par l’utilisateur. Il est primordial que l’utilisateur dépasse la technique pour entrer dans la matière et pour cela il faut la rendre transparente soit par la miniaturisation soit en l’intégrant graphiquement dans la conception. Sa présence prend alors tout son sens et se justifie par elle-même.

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Accentuez-vous plus sur l’aspect graphique ou l’aspect technologique ?

Le produit doit avoir sa propre identité graphique au-delà de l’aspect technologique. Il serait difficilement vendable dans le cas contraire. Les clients pourraient porter leur choix sur un autre tissu graphiquement plus intéressant. La technologie doit s’associer au tissu et non l’inverse. Jusqu’à présent la matière textile est essentiellement 2D. Aujourd’hui, les matières actives, les « smart textiles » permettent de créer une 3ème dimension et ouvrent de nouvelles explorations. Ces nouvelles dimensions qui sont souvent immatérielles donnent au textile de nouveaux territoires. C’est très important. Par exemple, un tissu olfactif n’est plus seulement 2D puisqu’il y a une présence au-delà de sa dimension physique. Ce rayonnement augmente son action et entre dans l’imaginaire. Nous voyons le même phénomène pour les leds ou les envois de données dans les vêtements connectés.

Quels sont les domaines de votre métier ?

Il y en a trois. Tout d’abord je développe de plus en plus un service via des passerelles créatives. C’est-à-dire que je me positionne en amont du développement produit par rapport à un cahier des charges prédéfini avec le client. J’apporte une réflexion sur de nouveaux concepts. Le résultat peut prendre la forme d’un cahier d’idées, comme un outil technique et un levier créatif qui décrit les prémisses d’une conception produit, ou d’une veille technologique qui analyse les produits existants, les procédés techniques, les découvertes scientifiques, les composants, les normes, les matières ou/et les matériaux.

Ensuite, je réalise des créations sur-mesure pour des agences événementielles, des boutiques ou des grands magasins comme le rideau lumineux conçu pour l’espace Lingerie du BHV Marais.

Enfin, j’ai un service « démonstrateur » ou prototypage. Lorsqu’un produit met en avant une avancée technologique, il peut se passer beaucoup de temps avant qu’il soit industrialisable.  Par exemple le projet de Faurecia sur l’hypovigilance en voiture ou  les jouets communicants pour France Telecom. Cette étape est indispensable pour les industriels. Elle leur permet d’évaluer les coûts techniques et humains à mettre en œuvre au sein de leur entreprise pour développer de nouvelles technologies. Elle permet aussi d’anticiper les aspects techniques, juridiques mais aussi les valeurs d’entreprise que ces nouveaux produits devront véhiculer.

Enfin – et pas des moindres – le démonstrateur est un formidable outil de communication et de motivation pour les équipes. Le prototypage révèle la capacité de mise en industrialisation.

démonstrateur © Sable Chaud

Le démonstrateur

Quelle vision avez-vous sur les avancées infinies de la technologie ?

La technologie doit rester un outil pour l’homme et non l’inverse ! Le bon sens est donc de mise pour éviter le technologie à tout prix. Souvent, elle n’est pas une finalité mais un passage, comme un révélateur ou un levier d’innovation. Elle permet de créer de nouvelles méthodes de travail et elle est directement liée à notre mode de pensée pour s’intégrer dans la société. Je pense que la technologie reflète notre relation aux autres, notre rapport au corps, notre vision de l’avenir, notre manière de fonctionner. Lorsque des problèmes techniques surviennent, je me suis rendue compte que la cause était le plus souvent liée à des soucis relationnels qui ont entraîné des erreurs de conception.

Dialogue au crépuscule

Dialogue au crépuscule

Quels sont vos projets à court terme ?

Mes projets de passerelles créatives me passionnent. Je suis ravie de voir qu’il y a un intérêt grandissant de la part des industriels et le domaine offre de très belles opportunités. Mon travail consiste souvent à regarder les choses sous un angle différent et il m’est arrivé plusieurs fois de participer à une conception produit qui, au final, ne contient aucune technologie.

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D’où vient l’appellation « Sable Chaud » ?

Je voulais associer à mon travail une marque olfactive, un appel à l’imaginaire. Le sable a des capacités de transformation incroyables : entre souplesse et rigidité, micro et macro, grain épars et vaste étendue compacte. L’expression m’est apparue comme une évidence car c’est le point de départ d’un voyage onirique, d’une évasion sensorielle. Il est à la fois sérieux et intrigant, il est intimement lié à la matière. Et le sable est une source d’inspiration illimitée.

Un grand merci Florence !

Sable Chaud est disponible sur son site Internet : http://www.sablechaud.eu. Actuellement, en refonte, vous pouvez retrouver toutes les informations principales sur : http://www.ancien.sablechaud.eu.

Alexandra Legai
J’accompagne les créateurs pour leur permettre de se consacrer le plus sereinement possible à leur cœur de métier qu’est la recherche d’inspiration et la création. J’aime le « behind the scene » de la mode et suis fascinée par la technologie au service du textile.

Sources :

  • Dialogue silencieux: Florence Bost