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Medtech et Fashiontech

La ville de Lyon accueillait en novembre dernier son tout premier Hacking Health. Sur un weekend, cet événement dédié à l’innovation dans la santé a vu naître et se développer une vingtaine de projets s’attaquant à des domaines aussi variés que la communication des personnes malentendantes (Logos, prix médico-social), l’accompagnement à la prise de traitement contre l’asthme chez les jeunes enfants (Joe, prix start-up, également lauréat du grand prix du RespirHacktion en septembre 2016) ou encore le suivi de la polyarthrite rhumatoïde (HandstaCare, prix sanitaire).

Hacking Health au service de la Medtech

A l’origine de cet événement d’ampleur mondiale, une volonté de révolutionner le domaine de la santé en mettant en contact des professions qui, en temps normal, ne se croisent que très rarement : designers et médecins, hackers et patients, développeurs et professionnels de santé. Depuis le premier Hacking Health à Montréal en 2012, 45 weekends se sont succédés en quatre ans sur les cinq continents, amenant plus de 7000 participants à travailler en équipe autour de 600 projets dans ces weekends qui allient goût de l’entrepreneuriat et M&Ms à volonté.

2016 oblige, les objets connectés ont occupé une place de choix dans ce Hacking Health lyonnais. Qu’ils soient là pour mesurer, accompagner, conseiller ou communiquer, ces sympathiques compagnons technologiques du quotidien prennent tout leur sens dans des applications liées à la santé. Autant la frénésie actuelle qui voit tout objet devenir impérativement connecté peut parfois sembler futile voire « gadget » dans certains cas (avez-vous vraiment besoin de toilettes connectées ?), autant la santé lui offre des défis urgents, indispensables et à la hauteur de ses possibilités.

Figure : les toilettes connectées Numi Comfort Height de Kohler, développées en 2014, sont équipées d’un détecteur de présence et d’une cuvette chauffante.

Les toilettes connectées Numi Comfort Height de Kohler, développées en 2014, sont équipées d’un détecteur de présence et d’une cuvette chauffante.

Afin d’être capables de mesurer de manière fiable des signaux physiologiques (rythme cardiaque, respiratoire, température du corps, …), ces objets connectés healthtech requièrent bien souvent d’être en contact avec le corps pendant de longues périodes. Or le plastique et le métal, traditionnellement employés, se révèlent lourds, rigides et inconfortables lorsqu’il s’agit de les porter ceux-ci à même la peau. Le Rapael Smart Glove, un gant connecté conçu par l’entreprise coréenne Neofect, apporte certes une solution innovante et efficace pour la rééducation des patients ayant souffert d’un AVC ; mais difficile d’imaginer que cette structure entièrement plastique soit confortable pour son porteur… et donc que le patient à qui cette invention est destinée s’en servira volontiers.

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Le Rapael Smart Glove de Neofect

Les questions liées au confort d’utilisation, à l’ergonomie et à la discrétion sont essentielles pour s’assurer du succès d’un dispositif médical connecté. En cela, les textiles connectés apportent une solution nouvelle, alliant la performance de ses capteurs au confort, à la souplesse et à la facilité d’usage.

Plusieurs des projets initiés durant ce Hackathon lyonnais envisagent d’employer des textiles connectés. Le projet BeActive cherche à encourager la mobilité des personnes âgées. Rien de mieux pour rester en forme que de maintenir une activité physique : c’est vrai à tout âge, et cela devient essentiel pour les seniors, chez qui le maintien de 30 minutes de marche quotidiennes permet de conserver des capacités musculaires, de retarder la dépendance et de fuir la solitude. Parce qu’on n’arrête pas de jouer avec l’âge, BeActive a choisi de proposer le levier de la gamification pour encourager l’activité physique. Une semelle connectée, comme celles proposées par Feet Me ou Digitsole, est reliée à une application sur plate-forme mobile ou sur ordinateur. Vous avez atteint 3000 pas par jour ? Félicitations, vous débloquez le niveau suivant… et gagnez 10 % de réduction chez votre pâtissier préféré, partenaire de l’opération, qui (comme ça tombe bien !) se trouve justement à quelques minutes de marche de chez vous, encourageant une nouvelle sortie. Votre médecin traitant, en parallèle, suit vos progrès au quotidien. Le choix d’une semelle connectée amène une discrétion, une facilité d’usage et un confort que n’auraient pas eus un podomètre ou une montre connectée.

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La semelle connectée de FeetMe

HandstaCare : Medtech et Rhumatologie

Le projet HandstaCare, auquel j’ai eu le plaisir de contribuer, s’est quant à lui attaché à améliorer le suivi des patients atteints de maladies rhumatismales. En effet, le rhumatologue adapte le traitement de son patient en fonction des retours que lui fait celui-ci sur l’évolution de sa maladie entre chaque consultation. Efficace si ce dernier prend le temps de noter au quotidien chaque événement, chaque nouveau symptôme et la fréquence de ses poussées inflammatoires… Mais lorsqu’on sait que six à neuf mois peuvent s’écouler d’une consultation à l’autre, et que ces maladies touchent aussi bien les jeunes actifs que les seniors, on comprend que cette prise de notes puisse être laborieuse et décourageante. Les consultations se déroulent donc fréquemment sur la base du ressenti immédiat du patient. HandstaCare se propose de faciliter ce suivi tout en lui apportant des éléments objectifs complémentaires. Une application sous la forme d’un journal de bord, ergonomique et simple à prendre en main, est accompagnée d’un gant connecté 100 % textile. Ce dernier emploie des capteurs de pression et d’allongement, capables de quantifier la raideur et le gonflement des articulations. Ces capteurs sont formés de fils conducteurs en nanotubes de carbone, des matériaux qui voient leur conductivité électrique changer en fonction de leur déformation. Un prototype est actuellement en cours de préparation, et le groupe de travail souhaite désormais développer une start-up développant commercialement cette technologie.

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Prototype de gant connecté 100% textile par Handstacare

Medtech et Fashiontech  : l’esthétique en avant

Et la Fashiontech dans tout ça ? L’aspect esthétique est essentiel dans le développement de ces nouveaux produits. Inutile de développer un textile connecté lourd, inconfortable et inesthétique : il aura beau avoir toutes les propriétés techniques nécessaires, personne ne le portera. Une fois leur maladie maîtrisée et stabilisée, de nombreux patients n’ont qu’une envie : l’oublier. Le développement d’une solution technique affichant de manière trop visible son caractère de « dispositif de santé » a donc toutes les chances de ne pas être utilisée ; et ce, alors même que son utilisation pourrait simplifier la vie de son porteur, voire accélérer sa guérison. Un aspect particulièrement essentiel pour les solutions de gérontechnologies (les innovations destinées aux seniors). Proposez un objet connecté à votre grand-mère en lui soutenant que « mais si, mamie, ça a été développé tout exprès pour les vieux ! », vous avez toutes les chances de vous entendre rétorquer que ça va très bien, merci. Une solution medtech efficace devra prendre en compte ces aspects de design, de confort, d’ergonomie et d’esthétique. La sphère fashiontech a donc tout à lui apporter.  Et n’oublions pas que, dans de nombreux cas, les innovations développées pour le médical ont tendance à se démocratiser par le sport… et que le vêtement connecté développé aujourd’hui pour le suivi des maladies cardiaques a toutes les chances d’être votre T-shirt de marathonien de demain.

constance
Constance est ingénieure et docteure en textiles intelligents. Passionnée par les smart textiles, elle s’efforce de mettre en lumière les dernières innovations, que ce soit en présentant sa thèse en 180 secondes ou en écrivant pour Modelab.