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Ooshot : la photo au service de la mode

Par un vendredi matin pluvieux, je retrouve Thierry Maillet (TM) et Valérie Hersleven (VH), fondateurs d’Ooshot, première plateforme internationale de réservation de photographes, dans une brasserie du quartier Saint-Michel à Paris. Et, un peu comme d’habitude, je suis légèrement en retard.

L’objectif : en savoir plus sur cette start-up qui valorise l’image des marques. En effet, aujourd’hui, les images ont pris une place exceptionnelle dans la communication de la sphère mode.

Une fois installé, Thierry, très rapidement, me rappelle que nous organisons ensemble un petit-déjeuner chez The French Talents mercredi 6  juin à 8h30 sur « Comment les marques de mode rentabilisent leur présence sur Instagram ».

Une fois ce préambule précisé, nous pouvons commencer.

Ooshot

Thierry, pourrais-tu nous parler un peu de toi, je crois savoir que tu as eu un parcours varié ?

TM : En effet, j’ai un double passé. Tout d’abord comme entrepreneur avec notamment la création d’une entreprise en Espagne, et puis sur Paris dans le marketing de l’innovation. À cette occasion, j’ai pu travailler dans le secteur de la grande distribution et du luxe.

Puis, j’ai eu l’opportunité de revendre cette société pour me consacrer à mon autre passion : l’écriture.
J’ai alors réalisé une thèse sur « L’histoire des bureaux de style« , notamment sur le rôle de médiateur qu’ils ont dans le secteur de la mode.

Lors de cette recherche, je me suis attaché à montrer l’envers du décor. Les bureaux de style servent de mise en perspective de l’univers mode.

J’ai également participé à un programme de recherche européen aux Pays-Bas sur « Les acteurs méconnus de la mode« .

Ensuite, je suis revenu à mes premiers amours en rejoignant en 2015 Ooshot créé par Valérie. À cette époque, l’arrivée des nouvelles technologies avait déjà fortement impacté des industries traditionnelles comme l’hôtellerie, l’automobile et la mode me semblait un peu à la traine. C’est pour cela que ces nouvelles technologies, à mon sens, ne sont qu’un substrat supplémentaire de médiation.

ooshot

Valérie, toi aussi, je crois savoir que ton parcours est plus que diversifié…

VH : … En effet, à la base, j’étais agent de photographe, j’ai ainsi découvert des gens d’une grande sensibilité artistique, mais un peu perdus dans le monde du commerce. En outre, j’ai aussi travaillé pour Apple… Je dirais en ce qui me concerne que j’ai toujours baigné dans la photo. Je me considère plus comme éditrice. Mon travail consiste à repérer les photographes ; dénicher les jeunes pépites. Mon rôle est d’être médiatrice entre le client et le photographe.

Thierry, pourquoi as-tu décidé de rejoindre Valérie qui lançait Ooshot, comment pourrais-tu qualifier cette plateforme ?

TM : Le constat était simple, il n’existait pas de médiateur de confiance entre les photographes et ceux qui souhaitaient des photos de qualités (marques de mode, retailers…).

Comme une évidence, Valérie a proposé Ooshot, la première plateforme de médiation de photographes. Notre rôle est de garantir un haut degré de confiance. Déjà mes travaux de recherche m’avaient conduit à constater : « La représentation de l’image et l’image de la représentation« .

Le secteur de la mode s’adresse avant tout au désir. L’image a une puissance incroyable pour susciter ce désir.

Ainsi, tu désires l’image qu’une personne renvoie et non pas la personne. En d’autres termes, la représentation s’avère consubstantiellement liée à l’image. D’ailleurs, il suffit d’aller visiter l’exposition sur Blumenfeld à la Cité de la Mode pour s’en apercevoir…

Dans l’histoire de la photographie de mode, les plus grands magazines (Vogue, Elle, Marie-Claire…) sollicitaient les photographes qui savaient représenter le monde d’une manière singulière.

Cependant, au niveau business, l’industrie de la photo de mode a toujours été un peu en retard. Si je reprends la fameuse répartition des 4P en business (Price, Product, Promotion, Place). Le produit n’a jamais été standardisé, ou plutôt harmonisé. La distribution, quant à elle, fut peu organisée. Seule la promotion a été structurée grâce aux Salons Professionnels…

Ooshot a pour ambition d’offrir un produit en voie d’harmonisation. En effet, les clients sont confrontés à une exigence de volume de production incroyable à cause de l’émergence des réseaux sociaux et du e-commerce. Avant, une photo avait une durée de vie de 6 mois, aujourd’hui uniquement de quelques heures…

Ooshot team and photographers shooting an event in Paris #event #paris #studiophotography

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Au sein d’Ooshot, comment se répartit le travail entre vous ?

TM : De mon côté, je suis en charge du développement de l’activité et de la gestion des partenariats. Justement, lors du dernier Salon Traffic où nous étions exposants et nous avons annoncé un partenariat avec Grand Shooting.

VH : Je suis la fondatrice d’Ooshot et la Rédactrice en Chef. Je coordonne l’ensemble des shootings que nous organisons avec l’aide de notre Head of Photography.

Thierry Maillet

 

Thierry, comme tu le sais, j’attache une grande importance à la notion d’écosystème, quel est ton avis sur celui de la mode ?

TM : Hier, j’ai entendu qu’en France, aujourd’hui, il y avait 300 000 marques de mode : tout simplement incroyable. Aussi, nous avons de belles locomotives comme Keiring et LVMH.

10 marques réalisent 50 millions de chiffres d’affaires.

Sinon, cet écosystème est avant tout parisien.

Au niveau de la singularité, nous avons tous les atouts en notre possession :

  • Grands Groupes,
  • Distribution (les Galeries Lafayettes, Vente-Privée…),
  • Médiation (presse, bureaux de style et salons professionnels).

Franchement, nous n’avons rien à envier à New-York au niveau de la photo de luxe !

Néanmoins, si je peux trouver un seul bémol, nous n’avons pas su développer un grand champion du fast fashion comme Zara, H&M ou Uniqlo.

Ooshot

Pour terminer cet entretien, j’aurais aimé connaître votre sentiment sur l’écosystème fashiontech ?

VH : Je trouve cela génial, car c’est un formidable outil de démocratisation de la mode. En d’autres termes, cela donne plus de poids à des écritures. Avant, être photographe coûtait cher en terme d’investissement en matériel. Aujourd’hui, l’accès en est simplifié.

Ooshot est pour nous bien plus qu’une plate-forme de réservation. Notre ambition a toujours été de créer une communauté « Avant tout, on est une famille ». En effet, la technique n’est pas le sujet, nous ne sommes pas techniciens. Celle-ci doit être au service de la création. Le voyage est plus important que la plateforme de réservation !

TM : Selon moi, la technologie rentre par tous les bouts dans l’entreprise : supply-chain, marketing, communication, production d’images…

Ce qui est important pour une société est tout d’abord de l’accepter, et ensuite d’en irriguer l’ensemble de ses services. En effet, l’industrie de la mode est une industrie comme une autre.

En d’autres termes « La tech est partout ». Néanmoins, celle-ci ne doit pas prendre le pas sur l’émotion qui reste le moteur de la mode, mais plutôt devenir un outil au service de cette émotion.

Merci à tous les deux !

 

Fabrice Jonas
Créateur du Magazine Modelab, je passe mon temps à rechercher de nouvelles tendances et à les partager.