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Pas de Google Glass ? Tant pis nous on a les Recon Jet !

Aujourd’hui à la Rédac de ModeLab nous avons reçu un joli cadeau à l’essai. Je dis ça surtout pour moi (Clément) car ça me fait un bon prétexte pour aller m’entraîner tout en travaillant. Nous avons donc reçu la toute dernière création de la société canadienne Recon Instrument spécialiste en Head-Up Display (HUD) ou affichage tête haute dans la langue de Molière. Les lunettes connectées Recon Jet s’adressent aux sportifs occasionnels et aux sportifs de haut niveau et sont présentées comme des “lunettes intelligentes pour votre style de vie actif”.

D’après mon interprétation philoso-marketing ce sont des lunettes connectées composées d’un vrai concentré de technologie mais avec un style #sportech agressif et racé qui doivent améliorer la pratique du sport. Cela tombe bien la convergence de la mode, de la technologie et du sport c’est notre domaine. Nous nous sommes donc intéressés à ces lunettes connectées de plus près : style et usages.

Première prise de contact : le packaging

Étant habitué aux produits Apple et à l’expérience qu’ils procurent dès le déballage la barre est haute. Derrière le carton du transporteur, je découvre la Recon Jet Box. Première surprise, la taille de la boite est bien supérieure à ce que j’attendais. Le packaging est soigné, noir et brillant, les visuels racés en accord avec la communication sur le site. Au fur et à mesure des couches d’emballage, je découvre les lunettes la boite de transport contenant les lunettes et les accessoires fournis : chargeur (oui désormais vous allez aussi charger vos lunettes), verres de rechange (3 couleurs) pour les sorties nocturnes ou dans le brouillard. Pour ma part je n’ai eu que les verres solaires pour l’essai. Les lunettes sont là dans leur écrin en mousse, pas très classe mais protecteur. Les choses sérieuses vont pouvoir commencer.

Premiers essayages

Comme toute bonne paire de lunette le style est important mais aussi leur accord avec le visage. C’est encore assez rare pour le souligner mais “essayer de la technologie” c’est toujours aussi différent des essais de vêtement ou d’accessoire traditionnels. On entre ici dans une nouvelle dimension où un produit doit non seulement répondre à des attentes fonctionnelles, être porteur de style et d’émotions même dans son utilisation, mais aussi être à la bonne taille. Je m’étais demandé si différentes dimensions et modèles seraient proposés, pour les femmes mais aussi pour les hommes. La réponse est non. Les lunettes disposent de plaquettes et de branches réglables. Je trouve qu’elles me vont plutôt bien pour des lunettes de sport “techniques” en tout cas c’est mon avis, mais au bureau Laura et Perrine ne sont pas vraiment fan, il est vrai que les lunettes sont grandes et hautes.

Recon Jet

Le premier allumage

Maintenant que j’ai adapté les lunettes à mon visage il est temps de les allumer. Après avoir retiré la languette de contact batterie, une pression sur le bouton power situé sous la branche droite et le démarrage est lancé. Contrairement à une montre gps sportive (pour ma part une Suunto Ambit 3 Sport) c’est un vrai ordinateur qui se cache derrière les verres des Recon Jet, avec certaines contraintes identiques comme un (long) temps de démarrage. Au bout de quelques secondes ça y est, enfin, je vois un écran depuis mon œil droit, un peu flou au début (après quelques minutes d’utilisation mon oeil s’est très bien fait à la distance et je voyais parfaitement), et apparaissent les premières informations à l’écran : le classique “Please connect to a computer”… Plus de peur que de mal, tout se passe bien. En version accélérée ça donne 6 étapes et 25 minutes. On connecte les lunettes à un ordinateur (MacBook Pro pour moi), téléchargement et installation (rapide) de l’outil Recon Uplink, téléchargement de la dernière version du système de Recon OS, synchronisation, redémarrage.

Bref, un conseil donc, ne prévoyez pas de partir courir dans les 5 minutes du déballage de votre jouet. Prévoyez les 25 minutes d’installation et mise à jour et aussi le temps de pleine charge (quelques heures).

L’écosystème logiciel

Recon Engage

Pendant ces longues minutes, j’ai pu installer et faire le tour de l’app iOS Recon Engage qui sert à visualiser et partager ses activités mais aussi configurer quelques unes des nombreuses options des lunettes (Voir plus bas). Et faire connaissance avec la version web du site http://engage.reconinstruments.com qui fait la même chose mais en plus complet.

Recon Instrument le fabricant canadien de ces Recon Jet reprend et applique aux lunettes le modèle multi-plateforme des grands acteurs du marché des montres GPS comme Garmin (Garmin Connect web + app), Suunto (Suunto Movescount web + app) ou Polar (Polar Flow + app) pour ne citer qu’eux.

L’écosystème matériel

On aura l’occasion de revenir sur ce point, chez Recon Jet on ne choisit pas, on met tout. Les lunettes sont donc (vraiment) bardées de technologie. Pour ce qui nous intéresse, c’est à dire la connectivité et la compatibilité avec mes accessoires et équipements actuels il y a le choix : Wifi, Bluetooth LE (4.0) et ANT+. Je vais donc en théorie pouvoir utiliser au choix ma ceinture cardiofrequencemètre Garmin (ANT+) ou Suunto (Bluetooth).

 L’écosystème est ouvert. Bonne nouvelle, cela veut dire que si les “Jets” rencontrent le succès, de nombreux fabricants d’accessoires et capteurs vont s’atteler à rendre leur équipement compatible. Cela ferait de ces lunettes une plateforme centrale et permettrait de s’adapter à de nombreux besoins dans de nombreux sports, je pense notamment au retour vidéo en direct pour travailler des points techniques, au pilotage d’objet ou encore aux applications non sportives dans les milieux industriels notamment.

A l’heure actuelle on trouve déjà quelques applications dans le Store dédié aux lunettes. On notera notamment les app non officielles de « commande à distance » pour les action cam GoPro et Garmin Virb. Le succès des ventes de Jet sera déterminant pour la richesse des applications disponibles par la suite.

Premier essai en trail

Les “Jet” chargées et à jour, cette fois c’est la bonne. Je me posais quelques questions avant ma sortie concernant l’usage des lunettes. Cette protubérance devant mon œil droit ne va-t-il pas perturber mon champs de vision ? Les lunettes vont-elles tenir en place ? Quelle sera la précision des données ? Je pars pour un tout petit tour de « trail » pour me faire un vrai avis. Je suis équipé de ma montre et ma ceinture cardiofréquencemètre Suunto, et j’ai ajouté ma ceinture cardio Garmin jumelée aux « Jet » pour pouvoir comparer les données.

Départ du centre ville, je sélectionne dans l’interface des lunettes l’un des deux sports préconfiguré (running ou biking) « new activity » / « Running ». Première remarque, dans la rue on me regarde de travers pendant que je navigue dans le menu des « Jet ». Il faudra s’y faire car plus encore qu’avec un smartphone on est dans un nouveau monde virtuel et naviguer dans l’interface à l’arrêt nous met dans une posture étrange :

Scott Summers X-men

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La recherche du GPS s’effectue aussi rapidement que la Suunto, je lance les deux activités simultanément. Les lunettes m’affichent des chrono improbables au début de la course en ville, sinon la mesure de fréquence cardiaque fonctionne très bien et est identique sur les deux produits. Par rapport à mes questions d’avant course, je n’ai pas de gêne particulière au niveau de la vision en ville, il n’y a de toute façon pas beaucoup d’obstacles. En revanche, très vite je ressens le besoin de recaler les lunettes sur mon nez.

C’est assez intéressant d’avoir les informations GPS à « porté d’oeil » sans avoir à regarder sa montre ni à détourner entièrement le regard de son chemin. Trois écrans sont préconfigurés avec les données que l’on retrouve sur toutes les montres : FC, chrono, distance, rythme/km, ascension etc… Et d’autres écrans plus inhabituels : le cap, le plan et sa position en direct. Je ne fais pas de course d’orientation mais cela peut-être utile d’avoir son cap en direct sans sortir quoi que ce soit de sa poche. Pour ce qui est du plan en direct j’ai trouvé impossible de courir et regarder simultanément le plan.

Dès la sortie de la ville, j’attaque la Bastille par la Vierge Noire, pour mon petit tour « pas le temps de m’entraîner longtemps ». Le chemin est raide, caillouteux, parfois boueux ou lisse. L’attention est toujours importante. Dans ces conditions les lunettes bougent un peu sur mon nez m’obligeant à les recaler (très) régulièrement, c’est gênant. Je m’aperçois pendant la course que la vision périphérique n’est pas excellente du fait de la présence des composants sur les côtés. La protubérance contenant l’écran devient un peu gênante parfois sans pour autant que cela soit critique en montée et sur le plat.

C’est toujours avec les lunettes sur le nez que j’aborde la descente. Grosse déconvenue. Mon champs de vision naturel était complètement obstrué sur l’œil droit par l’écran et son support. J’ai manqué à 2 reprises de trébucher et m’étaler sur le sol caillouteux. Et c’est donc les lunettes à la main que j’ai redescendu mon parcours, dommage. Je me surprenais dans la descente à rechercher les informations du chronomètre et de la FC en regardant en bas à droite, preuve que les automatismes à l’usage viennent très vite. De manière générale, l’usage en course à pied était confortable sur chemin lisse ou en tout cas sans obstacles majeurs.

Essais en vélo

Comme le mettent en avant la plupart des vidéos promotionnelles de la marque, les « Jets » sont faites pour le vélo. C’est vrai.

Après mon premier essai en trail, deux points primordiaux étaient à vérifier : la tenue des lunettes et la vision plein champs. C’est confirmé, les Jet sont des lunettes conçues pour le vélo avant tout. En effet, les lunettes tiennent très bien en place en vélo (de route, je précise) car les chocs sont inexistants comparé à la course à pied. Et, surprise le champs de vision est bien meilleur en vélo, je m’explique. En course à pied la position de la tête est verticale, le regard peut aller vers l’horizon où aucune protubérance n’est gênante mais lorsque l’on regarde en champs proche « devant ses pieds » alors la vision est altérée. A vélo, la position « couchée » du cyclise offre un excellent confort de vision de l’horizon mais également une bonne vision proche. Les vitesses sont également très différentes; à 15 km/h on regarde ce qui arrive devant soi; au dessus de 25 km/h l’anticipation augmente et le regard s’éloigne pour aller chercher les trajectoires et les éventuels obstacles au delà de 5 mètres.

C’est avec plaisir que j’ai réalisé quelques sorties en vélo, alternant plat, montée, descente et usage urbain. Si les trois premiers ne posent aucun problème, je ne me suis jamais senti très à l’aise avec un usage urbain. L’usage vélo est naturel mais le champs de vision périphérique nécessaire en ville est bien supérieur à celui des sorties sur route ou pistes cyclables.

L’affichage des données à deux roues est efficace, intéressant et non intrusif, il évite d’avoir une installation spécifique sur son vélo avec un compteur mais il ne peut rivaliser en terme de performance. L’autonomie en premier lieu est limité à environ 4 heures en usage sport, les amateurs de longues sorties ou de randonnées de plusieurs jours devront donc emporter avec eux un chargeur de plus, ou se contenter de leur bon vieux compteur.

Ce qu’il faut retenir :

Recon Instrument innove dans un domaine très concurrentiel où la technologie est déjà présente depuis longtemps. Le besoin d’information en direct chez les sportifs a toujours été fort. Au fur et à mesure des avancées technologiques le nombre d’informations n’a fait qu’augmenter et le marché se segmenter. Sont apparus d’abord les premières montre chronomètres, puis les compteurs kilométriques… Aujourd’hui les accessoires spécifiques comme les compteurs vélo GPS et les montres GPS multisports ou ultraspécifiques sont monnaie courante. Chaque année le renouvellement n’apporte que des améliorations mineures en terme de performance ou de mesure. Jusqu’aux Recon Jets.

C’est avec ce regard que la vision de l’entreprise canadienne est intéressante :
Amener les avancées du Head-Up Display (affichage tête haute) jusqu’ici réservé aux avions de chasses ou aux voitures est une approche qui sans aucun doute fait sens. Ne plus chercher l’information, ne plus détourner le regard de son chemin, favoriser la concentration et en définitive améliorer la performance. Les Jets sont donc un premier pas non négligeable dans ce domaine et offrent de nouveaux usages tout en amenant de nouvelles questions.

Pour ma part, remplacer mes équipements multisports ou ultraspécifiques n’est pas encore possible avec cette première version des Jets, les problèmes du champ de vision et de la tenue des lunettes en sont les premières raisons. La pratique quotidienne voire biquotidienne d’un sport outdoor requiert une simplicité d’utilisation optimum, une fiabilité et un confort qui ne sont pas encore atteint selon moi sur le Jets. L’ambition de la marque est grande, peut être un peu trop. La liste des fonctions des lunettes fait tourner la tête : photo, vidéo, gps, cardiofréquencemètre, kit main libre, vue des messages et des appels, … Des fonctions que je n’utilise pas simultanément dans ma pratique sportive mais qui peuvent intéresser des sportifs occasionnels technophiles. A défaut de se focaliser sur une seule chose et de le faire mieux que les équipements actuels, Recon Instrument propose une multitude de petites différences qui font plus penser que les Jets sont le prototype des lunettes sportives ultimes que Recon prépare. On ne peut leur reprocher d’avoir lancer une démarche si différenciatrice sur le marché et souhaitons à Recon Instrument tout le meilleur pour la suite. Impliquer des athlètes et sportifs occasionnels dans leur démarche de création aiderait à choisir quels caractéristiques du produit sont clés, et lesquelles sont superflues.

 

Un grand merci à Xtrème Vidéo pour nous avoir permis de réaliser ce test.

Pour contacter le distributeur France :  Xtrème Vidéo.

Un grand merci à certains de mes étudiants de Grenoble EM qui se sont également prêtés à de petits commentaires concernant l’aspect Fashion du produit :

 Carolina, Brésil

the model is really interesting for sports players, since it looks a lot like what surfers and runners use. At the same time, I believe the male consumers will find it more appealing.

Maybe it would be interesting to develop a model with more colors and that look more high fashion/sun glasses that we can find in famous labels (Chanel, Dior, etc.)

 

Noëlle, France

La première chose est que le plastique utilisé ainsi que la forme des composants qui sont ajoutés aux lunettes font un peu vieux. Le plastique est opaque et les formes un peu trop carrées. Sinon le fait que les lunettes fassent miroir, ça le fait !

Edouard, France

Je dirais que l’aspect fashion n’est clairement pas abouti. On est plus sur un objet qui veut se donner une forme assumée futuriste, sauf qu’avec un plastique qui a l’air aussi cheap ça ne fonctionne pas ! De plus elles sont trop larges pour la majorité des têtes, ça donne une effet robocop. L’emplacement des unités électroniques n’est pas idiot, ça permet de répartir le poids et visuellement ça n’est pas choquant.

Clément Roulet
Consultant en innovation et sportif de haut niveau. Clément est co-directeur de la société de conseil Vertical Innovation