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Prodways : l’impression 3D au pouvoir

Lors du dernier Salon Traffic, Jacques Leroux de la CCI m’a indiqué que je devais absolument échanger avec Catherine Gorgé de Prodways.

Selon lui, elle est un fer-de-lance de l’industrialisation 3D en France, et fine connaisseuse de l’écosystème Fashiontech français. Elle a notamment été présidente du dernier appel à projet Next du R3iLab.

En outre, le 12 mai dernier, le groupe Prodways a réussi son entrée en bourse sur le marché Euronext.

Curieux d’une telle réussite, j’ai convenu avec Catherine un rendez-vous, afin d’évoquer sa vision business, et sa vision de l’écosystème Fashiontech en France.

Catherine, tu participes à de nombreux évènements dans l’univers de la Mode comme le Salon Traffic ou le Symposium Paris & New York, pourrais-tu m’en dire un plus sur ton parcours et comment tu es devenue une figure référente dans la Mode ?

Je suis ingénieure de formation avec plus de 10 ans d’expérience en pétrochimie, notamment chez Technip comme ingénieure de projet.

Ensuite, j’ai changé d’activité et intégré un groupe de luxe : Puig. Dans ce grand groupe, j’ai été en charge du développement de marque de Paco Rabane où j’ai appris les valeurs et codes du luxe. À cette époque, nous étions en quelque sorte des avant-gardistes, avec un savoir-faire unique sur la main, avec notamment un atelier de première-main (bijoux et matière). J’avoue que cette période m’a permis de découvrir une réelle passion pour cet univers de la beauté.

Après cet apprentissage dans le monde du luxe, je me suis orientée dans la Direction opérationnelle chez Maje.

Enfin, j’ai souhaité aider mon mari qui gère Le Groupe Gorgé spécialisé en haute technologie et je me suis intéressée au développement de l’impression 3D. Ainsi, j’ai commencé au secrétariat général et ensuite au développement de nos activités luxe et design.

Justement Catherine, j’aimerais en savoir un peu plus sur l’impression 3D et notamment comment vous êtes devenue l’acteur français incontournable sur la question ?

À l’origine Prodways était spécialisé sur des secteurs traditionnels comme le médical et l’aéronautique.

De par mon passé dans le luxe, j’ai pris la direction d’une division particulière sur les métiers créatifs comme l’art, l’architecture, les bijoux et la joaillerie.

En effet, pour moi, on ne pouvait pas s’adresser de la même manière à un Jean-Paul Gaultier et à un ingénieur en aéronautique. Cette division s’appelle « Les Créations« .

Le Groupe Gorgé c’est quoi aujourd’hui ?

Dans le groupe Prodways, nous avons 4000 clients dont 150 clients dans les métiers créatifs avec un chiffre d’affaires (CA) de 25 millions d’euros.

L’an passé, nous avons produit 1 million de pièces pour un CA d’environ 10 millions.

Concernant l’impression 3D, nous couvrons tout l’écosystème :

  • La construction d’imprimantes
  • La fabrication de matière imprimable
  • L’impression
  • Et également du conseil

Au niveau du modèle économique pour la fabrication de matière imprimable et Prodways Technologies, pour la division nous sommes assez proches de Nespresso par exemple, qui a un business model focalisé sur la vente de capsules.

Prodways

Comment Prodways s’organise au quotidien ?

Nous avons 3 sites, un du côté de Paris avec 70 personnes, un autre sur Annecy (également 70 personnes) et enfin notre centre de R&D Matière à Francfort en Allemagne.

Pour assurer notre développement depuis 3 ans, nous avons adopté une stratégie de croissance externe avec l’achat de l’entreprise Initial basée sur Annecy, leader français de l’impression 3D.

Afin d’assurer cette croissance, vous avez réalisé votre introduction en bourse à l’Euronext en mai dernier ?

En effet, nous avons pour ambition de créer les matières de demain ainsi que d’être constamment agiles et audacieux. Cette introduction en bourse nous permettra d’assurer notre croissance.

Catherine, vous êtes au cœur de la Fashiontech, comment pourriez-vous la définir ?

En ce moment, je suis notamment en relation avec des cabinet de conseil et de tendances et nous sommes en train de travailler sur les freins, accélérateurs et l’état de l’art de l’écosystème français. Nelly Rodi a été pionnière en s’intéressant à l’impression 3D dès le démarrage de notre division.

J’ai notamment présidé le dernier appel à projet du R3ILab « Next » sur les nouvelles technologies et matières.

Fort de cet ancrage, je peux affirmer que nous en sommes encore aux balbutiements. En effet, sur le prototypage, nous avons atteint un niveau de maturité, en revanche sur le développement d’un produit ou d’une matière industrialisable ce n’est pas encore le cas. En effet, nous sommes encore trop limités techniquement pour le secteur du textile.

À mon sens aujourd’hui, la Fashiontech peut se définir comme un laboratoire d’expérimentation.

Prodways

Justement, comment Prodways peut accélérer cette mutation de l’écosystème ?

Tout d’abord, nous avons un rôle de pédagogie. Ainsi, comme tu le soulignais, je participe à de nombreuses conférences afin d’expliquer ce que nous réalisons, et de comprendre la mutation de cet environnement en rencontrant d’autres protagonistes.

Nous sommes à la fois un observateur et acteur de cette Fashiontech. En d’autres termes, un spectateur engagé.

Enfin, une précision importante par rapport à l’écosystème mondial, la France a un rôle de précurseur dans l’impression 3D !

Prodways

Pour terminer, de plus en plus de marques de Luxe viennent vous voir, comment les conseillez-vous ?

Ils s’interrogent notamment sur le retail et comment enchanter l’expérience client.

De notre côté, nous pouvons dès maintenant proposer de l’impression de semelles uniques et exclusives pour baskets, sneakers et souliers de ville.

Catherine, je serai ravi de pouvoir venir visiter votre atelier de R&D du côté d’Annecy…

… Cher Fabrice, rendez-vous est pris.

Fabrice Jonas
Créateur du Magazine Modelab, je passe mon temps à rechercher de nouvelles tendances et à les partager.