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Révolutions dans la confection de mode !

Pour arriver au vêtement que vous portez aujourd’hui, il aura fallu de nombreuses étapes. Tout d’abord choisir et se procurer la matière première, puis la traiter et la transformer en fil, ensuite assembler ces fils en textile, lui donner les caractéristiques voulues (teinture ? texture ?) et enfin découper et assembler ce textile pour réaliser une pièce d’habillement.

Aujourd’hui, de nouvelles technologies permettent de fusionner différentes de ces étapes. Nous vous présentons des Start-ups qui bouleversent les schémas traditionnels et ouvrent les perspectives des secteurs de la mode et du textile.

TAMICARE, textile innovant 

Basée à Manchester, l’entreprise Tamicare s’est spécialisée dans l’impression 3D de textile et matières non-tissées. C’est en 2001 que Tamar et Ehud Giloh se lancent dans ce projet qui permet de produire le textile nécessaire à la création d’un vêtement ou d’une tige de chaussure en une seule étape. C’est une grande première d’utiliser l’impression 3D en vue d’une production de masse. L’intérêt de leur technologie est de faciliter la réalisation de textiles complexes, comme par exemple ceux utilisés dans les chaussures de sport, qui actuellement peuvent demander une centaine d’opérations, là ou Tamicare les réduit à trois !

UNMADE, mélange de créativités pour un vêtement unique

unmade

En B2C aussi de nouveaux modèles émergent. S’inscrivant dans la tendance de personnalisation des services, de customisation des produits, Unmade propose à ses clients d’intervenir sur les motifs de pull-overs et écharpes, qui sont ensuite « tricotés à la demande » par une machine de tricotage industrielle. Cette entreprise, elle aussi anglaise, permet de commander des vêtements en maille personnalisés, un peu comme lorsqu’on demandait à sa grand-mère un tricot. Sauf que les machines d’Unmade réalisent le modèle en un temps record (1 heure), et sans critiquer vos goûts et vous dire que, quand même, vous avez de drôles d’idées.

Pour éviter la faute de goût, le site d’Unmade, où se connecte le client pour passer commande, lui propose des bases de motifs tendances, qu’il peut facilement coloriser, modifier, déformer… Unmade développe ses propres motifs et met aussi en place des collaborations avec des designers contemporains pointus. Le premier à avoir été invité par la marque est le site londonien d’inspirations arty « It’s nice that », suivi par exemple de l’illustrateur Peter Judson, l’artiste graphique Ed Carvalho Monaghan, le studio de design Moniker, ou encore l’illustratrice française Malika Fabre…

unmade make yoursEn janvier 2015, Unmade est présenté, parmi une sélection de jeunes marques s’inscrivant dans une démarche de mode eco-friendly, par la célèbre boutique Selfridges sur son site de vente en ligne, ainsi que dans ses boutiques physiques dont celle située sur Oxford Street. Il n’y a pas que la création artisanale, le « fait main » qui peut être considéré comme « éco-responsable ». Unmade est un exemple d’entreprise où la technologie, la programmation par ordinateur de machines industrielles, s’inscrit dans une démarche de « consommer mieux ». C’est pour cela que nous vous en parlions déjà dans notre article sur les nouvelles marques de mode innovantes et durables.

L’intuition de Ben Alun-Jones, diplômé du Royal College of Arts à l’origine du projet, est que participer à la création du vêtement, se retrouver au centre du process de fabrication, donne envie au client de le porter encore plus longtemps. En repensant la production industrielle, Unmade simplifie le process et limite le gâchis : pas de matière superflue, une production à la demande donc pas de stock en surplus.

Les matières utilisées sont la laine mérinos et le cachemire, dont toutes les étapes de production des fils sont décrites sur leur blog, et la production est réalisée à Londres.

 

ELECTROLOOM, imprimer vos vêtements en un seul clic

Passer de l’idée d’un vêtement à sa création en un seul clic, c’est (presque) ce que propose la start-up américaine Electroloom. L’objectif de celle-ci, remarqué sur Kickstarter en janvier 2016 avec 82 344 $ engagés, est d‘imprimer directement des vêtements. Plus besoin de fils, d’aiguilles, ni de couture ! Le prêt-à-porter prend un sens nouveau, et toute la conception d’un vêtement ne prend plus qu’une seule étape. Lancée il y a moins de deux ans, l’entreprise est encore en phase de développement. Elle propose aux personnes enthousiastes et intéressées par l’expérimentation de rejoindre l’aventure en utilisant les premiers « Developer Kits ». Electroloom se tient ensuite à leur disposition pour corriger des bugs, recueillir des observations, et améliorer son offre.

Concrètement, tout commence par la conception d’un moule sur un logiciel spécifique. Il est ensuite fabriqué dans un matériau conducteur (comme le métal, l’aluminium…), et installé dans l’ « Electroloom Alpha chamber ». Guidée par un champ électrique, une solution liquide est incorporée dans ce moule, et se transforme progressivement en une matière textile souple et uniforme.

Les pièces actuelles sont réalisées dans une matière polyester/coton, de couleur blanche. Le temps d’impression est par exemple de 8h (pour un marcel) et de 14h (pour une jupe). Réduction des délais, gamme de couleur plus étendue, matières réalisées à partir de soie ou d’acrylique sont en cours de développement. Les vêtements sont portables mais Electroloom précise bien être encore en phase de prototypage : la matière n’est pas aussi résistante que les tissus traditionnels, et il n’est pas vraiment possible de la laver…

FABRICAN LTD, du sur-mesure à même la peau

Manel Torres, chercheur et designer, développe en 2003 les 1ers vêtements en spray, qui prennent forme en un seul geste sur le corps, comme une seconde peau.  Ce qui le pousse à réaliser ce projet Fabrican, c’est bien l’idée de réduire les étapes nécessaires à la production d’habillement, de simplifier et accélérer le process.
L’entreprise est aujourd’hui installée dans le Centre d’innovation et bioscience de Londres.

Autre étape qui disparaît : celle d’enfiler le tee-shirt ! Enfin, pour la 1re utilisation seulement si vous en faîtes bon usage…
Malgré l’aspect futuriste du produit, ce n’est pas toujours aussi chimique que ça en a l’air. Oui, la solution vaporisée est un mélange de solvants et microfibres, mais les prototypes utilisent aussi bien des fibres synthétiques que des fibres naturelles. Il est donc possible avec cette technique de se constituer un vêtement en laine, mohair, coton…
Le procédé résisterait au passage en machine à laver, mais n’est pas encore commercialisé.

POST COUTURE

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À l’origine de Postcouture, le projet de Martjin van Strien de créer une marque ancrée dans son époque, une alternative « sustainable » à la confection actuelle de vêtements, gérée par une industrie conservatrice et inadaptée. Cette start-up s’intéresse donc précisément à l’étape-clé de la confection (la dernière sur notre schéma d’introduction à cet article), et propose un nouveau modèle qui se veut respectueux de l’environnement, une conception slow-fashion. L’entreprise se présente comme la première marque de mode 100 % Open Source, et le modèle qu’elle développe est surprenant. 

Tout d’abord le textile est fabriqué à partir de bouteilles en plastique recyclées. Le design est conçu par un collectif de stylistes à géométrie variable, dont Leonie Tenthof van Noorden par exemple. Les pièces sont pensées pour pouvoir être customisées sur internet, et adaptées aux personnes qui les porteront, du sur-mesure à des tarifs abordables ! La production se fait quant à elle à la demande, dans des lieux de créations situés à proximité du consommateur : les fablabs, et le client prend une part active dans ce processus de fabrication ! Toute une partie du site est donc dédiée au DIY.

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Et demain ?

Tous ces projets vont dans la même direction : réduire les étapes nécessaires à la production d’un vêtement, pour réinventer sa confection. Les thèmes-clés sont également la production à la demande et l’utilisation de matières recyclées.
Si ce phénomène s’accompagne également d’une réduction des frais de production il séduira certainement les investisseurs, et si en même temps il permet de diminuer l’impact sur l’environnement de la fabrication des secteurs du textile et de l’habillement, nous allons vers un vrai bouleversement ! Les marques du futur auront peut-être la possibilité de produire de manière raisonnée des vêtements plus eco-friendly et ce à moindre coût… mais si ces modèles actuellement  minoritaires deviennent les références de demain, pour éviter une mutation brutale qui coûterait à de nombreuses personnes leurs emplois, il nous faudra anticiper…

Vous voulez tout savoir sur la matière qui nous habillera demain ?

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Coline Vernay
Rédactrice en chef de Modelab, en veille sur l’innovation dans la mode !
J’écris aussi sur l’actualité culturelle et les évolutions de la communication.

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Sources :

  • couv-v3: Perrine Chaissac