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Les sneakers, un marché porteur d’innovations

Le récent engouement pour les sneakers a forcé l’industrie à se renouveler pour satisfaire un consommateur addict. Le « sneakerhead » comme on l’appelle est un consommateur collectionneur exigeant en constante attente de nouveautés et d’exclusivité. Et dans ce marché hyper-concurrentiel, extrêmement sensible aux tendances, la capacité à innover représente aujourd’hui un enjeu majeur. C’est pourquoi ce secteur est aujourd’hui devenu un acteur leader et porteur d’innovations et de nouvelles technologies. On vous propose de découvrir 3 domaines dans lesquels le marché des sneakers s’illustre en terme d’innovations.

1 – La co-création, inclure le consommateur dans le procédé de création

En 2015, Nike relançait son service de personnalisation NikeLAB iD, permettant aux clients de travailler en tête à tête avec un designer pour customiser leurs baskets. Prenant une Air Force 1 High, une Air Force 1 Low ou une Air Max 1 pour base, il est ensuite possible de choisir parmi plus de 400 matériaux pour customiser toutes les parties de la chaussure, qui sera ensuite réalisée à la main.

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Nike Lab Bespoke

Dans un autre esprit mais toujours en permettant aux amateurs de réaliser la basket de leur rêve, la start-up américano-coréenne Rooy est une plateforme qui propose aux passionnés de participer à des « design challenge » pour créer leurs propres modèles. Cette plateforme crowdsourced fonctionne entièrement grâce à sa communauté de sneakerheads qui votent pour les créations qu’ils aimeraient voir réalisées. Selon les différents concours proposés, il est possible aux designers professionnels, amateurs, comme aux étudiants de soumettre leurs créations en respectant un thème ou une collaboration donnée. Le gagnant élu par la communauté Rooy travaillera ensuite à concevoir son produit de A à Z accompagné par des experts et industriels et verra par la suite sa création produite et distribuée. Il bénéficie ensuite de royalties sur les ventes. Le but de Rooy est de mettre en avant les talents de demain et de permettre à de jeunes créateurs et de jeunes marques de se faire connaître auprès d’un cercle de passionnés. Mettant au service des créateurs leur expertise commerciale et leurs réseaux de fabricants en Asie ils leur permettent ainsi de faire ce qu’ils font de mieux : créer.

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2- Revoir les procédés de fabrication grâce à l’impression 3D

Nombreuses sont les marques qui ont déjà investi le terrain de l’impression 3D en matières de chaussures de sport. Nike en est le pionnier et Adidas, New Balance, Under Armour, entre autres, ont suivi. Mais jusqu’à présent ces modèles aux semelles imprimées en 3D comme la Zante Generate de New Balance ou la 3D Runner de Adidas n’ont été produites qu’en très peu d’exemplaires et vendues à des prix élevés. Pour le moment, chacune de leur côté, ces marques ont développé l’impression 3D plus dans un but de prototypage ou de fabrication de modèles sur-mesure destinés à des athlètes.

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3D Runner – Adidas

L’un des dernier venu, Reebok, est peut être en train de changer la tendance. Appelée « 3D drawing », leur technique d’impression 3D est unique. Le procédé a été perfectionné pour le lancement du modèle Liquid Speed. La marque s’affranchit des méthodes traditionnelles de fabrication des chaussures à base de moules et a développé un procédé d’impression 3D liquide.

Un bras robotique vient en quelque sorte « dessiner » la semelle de la chaussure à partir d’un matériau polyuréthane liquide. Une fois durcie, celle-ci reste souple et vient faire le lien entre tous les éléments de la basket créant un maintien en 3 dimensions mais permet aussi d’amortir les chocs et ainsi d’améliorer les sensations lors de la course pour l’ensemble du pied. Pour l’instant, 300 paires de la Liquid Speed on été produites (ce qui représente déjà plus que les modèles concurrents) , mais l’ouverture d’un lab Liquid Factory est annoncé pour cette année et pourrait signifier une production à grande échelle. Ce nouveau lieu de production aux États-Unis pourrait devenir à long terme une alternative au made in China pour la marque, qui produit actuellement toujours majoritairement en Asie.

« Produire de cette façon est une manière de réduire les coûts de transport en relocalisant la production, pour à plus long terme produire des produits à des prix comparables aux produits actuels en utilisant l’impression 3D » Explique Bill McInnis, Vice President, Reebok Future at Reebok.

Adidas et Nike ne sont pas en reste et révolutionnent également les procédés de production. Adidas a récemment ouvert un nouveau genre d’usine avec sa Speedfactory située à Ansbach en Allemagne dont la première paire, la Futurecraft M.F.G, a été commercialisée fin 2016 en Allemagne uniquement. Une seconde usine similaire est en construction près d’Atlanta et sera dédiée au marché américain.

Ces nouvelles usines ont été créées pour répondre à demande locale pour un consommateur en demande de plus en plus d’immédiateté. Car aujourd’hui, la chaine de production a du mal à tenir le rythme, et, entre le dessin d’un produit et sa mise en rayon, il peut s’écouler jusqu’à 18 mois. La Speedfactory accélère cette chaîne de production et réduit ce délai à une semaine, voir quelques jours, une fois que le design est terminé. Même si Adidas reste aujourd’hui très discret sur comment fonctionne exactement cette nouvelle chaîne de production, on sait que la plupart des éléments composant la chaussure seront fabriqués sur place, en partie en impression 3D. Une impression 3D qui peut aujourd’hui prendre de multiples formes et est capable d’utiliser un nombre de matériaux toujours plus grand. Ce type de production favorisera également des produits de plus en plus sur-mesure, qui pourront peut être même être réalisés à partir d’un scan du pied du consommateur, pour répondre au mieux à ses besoins, à sa façon de marcher ou de courir.

Quant à Nike, ils développent déjà de nouveaux procédés de fabrication comme avec leur modèle Flyknit qui utilise une technique de tricotage informatisé. Technique qui a permis de réduire les déchets de production de 80% comparé aux chaussures de running traditionnelles, grâce à sa fabrication en une seule pièce. Nike a également lancé un centre appelé « Advanced Product Creation Center » dans l’Oregon, là où se situent ses locaux, afin d’explorer de nouvelles de méthodes de production automatisées dont l’impression 3D. Mais qu’ils utilisent pour l’instant principalement pour créer des modèles sur-mesure pour des athlètes professionnels…

3 – De l’upcycling à l’infinity cycling

L’Ultra Boost Uncaged Parley d’Adidas est la première paire de baskets fabriquée à partir de plastique recyclé. Fruit d’une collaboration entre la marque et l’ONG Parley for the Ocean, cette basket est constituée de déchets plastiques (bouteilles, filets de pêche …) récupérés par Parley dans les océans. La Uncaged Parley possède une tige blanche en Primeknit (l’équivalent du Flyknit de Nike), conçue à 95 % à partir de plastique océanique. Les lacets, l’onglet sur le talon et la chaussette ont eux été fabriqués à partir de matériaux récupérés par Parley pendant les opérations côtières aux Maldives, en faisant une paire (presque) totalement écolo ! Déjà en rupture de stocks, Adidas a annoncé 1 million de paires fabriquées en 2017 et Eric Liedtke, un responsable d’Adidas, a expliqué lors d’une conférence de presse :

«  Notre ambition à long terme est d’éliminer le plastique « vierge » de notre chaîne de production. »

sneakers Adidas x Parley for the Ocean

Adidas x Parley for the Ocean

 

Mais la marque allemande ne s’arrête pas là et travaille en ce moment en collaboration avec le CETI (Centre européen des textiles innovants basé à Roubaix) et d’autres centres de recherche européens sur un projet de recherche nommé « Sport Infinity ». Le procédé, connu sous le non d’infinity-cycling, cherche à créer une nouvelle génération de produits composés de matières entièrement recyclables. Des produits de sport qui ne seront donc jamais jetés, mais recyclés à l’infini grâce à un super-matériau 3D. Chaque paire pourra ainsi être déconstruite puis remodelée sans création de déchet, et en ajoutant une liberté plus grande en matière de personnalisation. Pour le moment au stade de la recherche, nous n’en savons pas beaucoup plus sur ce projet et sur ce super matériau 3D, mais ils semblent définitivement prometteurs et pourraient changer la façon dont on conçoit la vie d’un produit.

Ceci n’est qu’un petit aperçu de la façon dont ce secteur est en train de se transformer. Les sneakers sont par essence des produits designés pour performer et innover. Aujourd’hui plus que jamais, les designers repoussent les limites  de l’innovation, du style et du fonctionnel. Ces nouveaux concepts, de création et de production sont en train de transformer la conception de la chaussure de sport à une cadence toujours plus accélérée. Et 2017 sera probablement une année très riche en innovations.

 

Sophie
Designer print, curieuse, passionnée de mode et d’innovation.