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Sophie Zembra, personnalité engagée pour la mode éthique

Fondatrice du e-shop de mode éthique Shopetik et co-fondatrice de la Smart Fashion Week, pendant éthique de la Fashion Week, Sophie Zembra est engagée au quotidien pour démocratiser la mode éthique. Son crédo ? Promouvoir une autre façon de consommer la mode sans jamais faire culpabiliser les gens. Elle est très attachée au fait de dépoussiérer l’image trop « ethnique » de la mode éthique.
Retour sur le parcours de Sophie Zembra : du sourcing en décoration en passant par la fondation de Shopetik et de la Smart Fashion Week, jusqu’à sa vision de la nouvelle relève de la slow fashion.

Modelab : Quel est votre parcours ?

Sophie Zembra : J’ai un parcours assez parsemé, pas forcément très linéaire: je suis issue de la décoration, je travaillais beaucoup le bois et j’en suis arrivée à la décoration et au sourcing textile. Je fais attention aux matières, c’est comme ça que je suis arrivée à la mode éthique, et en tout cas et à vouloir créer Shopetik. J’ai été en Inde, j’ai vu des fabricants traditionnels et à partir de ce moment, j’ai cherché à modifier mon rapport à la mode. Comme je ne trouvais rien ou des choses assez ringardes, j’ai créé un site, Shopetik, en octobre 2015.

M : Au quotidien, quels sont actions et vos engagements dans la mode ?

Sophie Zembra :

Faire bouger les choses sans non plus culpabiliser les gens.

Le vrai but c’est d’amener un côté positif : au lieu de dire ce qui n’est pas bien, l’objectif est d’accentuer ce qui va bien. Je prône aussi la transparence : on a le droit de faire des erreurs mais à condition de le dire, tout simplement.

M : Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement de Shopetik ?

Shopetik

Sophie Zembra : Shopetik est un lien de confiance entre le client et le créateur. Je mets en avant les créateurs et je prends une commission sur chaque vente. C’est ce qu’on appelle le Dropshipping :

ce n’est pas moi qui m’occupe de la logistique, mais je parle énormément avec mes créateurs pour savoir d’où leurs produits viennent.

Je demande à ce qu’il me donne toute la traçabilité du vêtement en me fournissant la liste de leurs fournisseurs.

M : L’idée de transparence est beaucoup développée dans votre projet : concrètement, comment cela se traduit ?

Sophie Zembra : En disant les choses : on a le droit de faire des erreurs. Par exemple, le made in China n’est pas forcément mal. Il y a du Made in China très bien, tout comme il aussi du made in Bangladesh très bien.

Le but c’est d’arrêter d’avoir des préjugés sur la mode éthique.

C’est un système très complexe, la transparence est donc ce qu’il y a de plus vrai. Par exemple, on ne peut pas être 100% naturel, il y aura toujours 5-6% pour lesquels on n’aura pas forcément toute les informations sur la provenance, mais le tout c’est de le dire. Voilà comment je place la transparence sur le site.

M : Comment s’effectue la sélection des marques présentes sur Shopetik ?

L'Herbe Rouge

L’herbe rouge, AW 2015-2016

Sophie Zembra : Esthétique, qualité et label sont les trois critères sur lesquels je me base pour sélectionner une marque. Le choix se fait en premier sur les matières. Il faut également que les marques suivent les tendances et qu’on ne soit pas dans le côté trop « ethnique« . Je fais également la sélection sur les labels, car la plupart des marques en ont.  Il y a plusieurs catégories sur le site (vegane, recyclage, Made in Europe, équitable, coton bio, éco-responsable et savoir-faire) à chaque marque sa particularité !

M : Vous êtes également co-fondatrice de la Smart Fashion Week : pouvez-vous nous expliquer le concept ?

Sophie Zembra : Le concept rejoint forcément celui de Shopetik :

Démocratiser la mode éthique et permettre d’amener un côté positif, c’est-à-dire prendre le parti de montrer ce qui marche et ce qui est bien plutôt que de dénoncer ce qui ne va pas.

Aujourd’hui on dénonce toujours. C’est facile de dire « le made in China » est nul, que ce n’est pas de la qualité, mais il y a aussi de la mode éthique made in China. Même si H&M n’est pas un bon exemple, je trouve qu’au moins, ils ont le mérite de faire parler du recyclage. C’est déjà ça. Souvent les gens se sentent mal quand ils sont face à nous, ils nous disent: « Mais moi je ne suis pas habillée en éthique ». C’est déjà bien si on a un tee-shirt en coton bio. Le but c’est d’y arriver petit à petit. On ne veut surtout pas rentrer dans le côté moralisateur. On est juste là pour poser des questions.

M : Votre Smart Fashion Week se déroule du 18 au 24 avril, en même temps que le Fashion Revolution Day : est-ce une volonté de coordonner des événements sur la mode éthique afin d’avoir plus d’impact ?

Fashion Revolution Day

Sophie Zembra : Oui on n’a pas choisi cette date au hasard. On s’est aperçu que les journaux et les magazines féminins parlent de mode éthique une fois par an : le 24 avril, date de l’effondrement du Rana Plaza. Il se trouve qu’en plus, on fait un partenariat avec le Fashion Revolution Day le dimanche 24 avril et toute la semaine de la Smart Fashion Week. On installera un photobooth Fashion Revolution Day dans notre boutique éphémère, le Green Shop.

M : Votre Smart Fashion Week intègre un Green Shop, marché de créateurs 100% éthique : quels sont les nouveaux acteurs du slow fashion aujourd’hui en France ?

The Green Shop

Sophie Zembra : Ce sont souvent les mêmes créateurs qui reviennent, avec un petit microcosme toujours présent : L’Herbe RougeMarcia (ndlr : De Caravalho).

Je vois que la nouvelle génération de créateurs se pose beaucoup de questions.

On fait des afterworks tous les mois avec Shopetik et on a pas mal d’étudiants qui viennent. Ils apprennent qu’aujourd’hui on peut faire de la mode éthique sans pour autant rogner sur ses marges. Le polyester recyclé, par exemple, est moins cher que du polyester classique. On a une jeune génération qui a envie, la plupart sont très concernés, on en entend beaucoup parler. Après il demeure le problème des écoles de mode qui ne parlent toujours pas assez de mode éthique, mais il y a quand même une réelle envie de changer les choses.

On s’aperçoit qu’on peut faire de l’esthétique et de l’éthique et que ce ne sont pas deux choses antinomiques.

Ce portrait de Sophie Zembra fait partie d’un dossier plus vaste que Modelab consacre à la mode éthique à l’occasion de la semaine du Fashion Revolution Day qui se tient du 18 au 24 avril. Retrouvez davantage d’articles sur le sujet sur Modelab la semaine prochaine !

 

Adepte de mode éthique et de ses nouveaux moyens de consommation, je garde également un œil attentif sur la FashionTech et ses innovations !

Sources :