Après la visite de la superbe exposition Viktor&Rolf à Rotterdam (dont vous pouvez lire ou relire l’article ici) j’ai eu la chance, toujours grâce à l’Atelier Néerlandais (une initiative de l’ambassade des Pays-Bas à Paris) d’assister à la première édition d’une formidable initiative : State of Fashion 2018.

Le jeudi 31 mai dernier, l’évènement international s’est ouvert à la Melkfabriek à Arnhem aux Pays-Bas. S’intégrant dans le festival Fashion + Design Festival de Arnhem, ce nouvel évènement mode est parrainé par Stichting Sonsbeek, l’école Artez  et Museum ArhnemBarbera Wolfensberger, directrice générale culture et média au ministère de la Culture, de l’Éducation et des Sciences a inauguré ce nouveau temps fort par un discours annonçant la mise en place d’un programme de soutien au secteur de la mode hollandais :

« Pour être capable de produire de manière alternative, augmenter l’aspect durable et responsable de la production de mode, développer de nouveaux matériaux et un nouveau discours pour la mode, il faut nécessairement encourager toute collaboration entre les acteurs de cette industrie, tels que les entreprises, les écoles, les universités et les designers. De nombreuses initiatives ont déjà vu le jour en Hollande, le Ministère a pour objectif d’accompagner et de pérenniser cette tendance positive. »

 

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State of Fashion – 2018 – crédits State of Fashion

 

L’objet de ce nouveau programme d’aide est de rendre cette industrie plus innovante et responsable. Cette annonce tombe à point nommé lorsque l’on considère que le sous-titre de la première édition de State of Fashion est « Searching for the new luxury. »

Barbera Wolfensberger était accompagnée pour inaugurer ce nouveau rendez-vous par deux pionniers de l’éco-luxe de renommée internationale Oskar Metsavaht (Osklen) et VIN (VIN + OMI). Tête de proue d’une nouvelle lignée de designers innovants, ils ouvrent la voie à un futur plus responsable. Avec 50 autres designers, 800 invités et plus de 25000 visiteurs attendus, State of Fashion assume son ambition de proposer de nouvelles voies, pour trouver de nouvelles définitions au terme de « luxe ».

 

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State of Fashion 2018 – crédits – State of Fashion

“Thought is the new luxury. Thinking about choices rather than impulsively buying.” VIN

L’évènement State of Fashion reviendra tous les quatre ans avec toujours le même objectif ; mettre en lumière de nouvelles solutions pour une mode innovante et plus responsable. Véritable plateforme internationale et interdisciplinaire d’échanges d’idées, d’expérimentations et de collaborations, State of Fashion offre l’opportunité  de rencontres entre personnes habituellement peu en contact. Designers, entreprises et écoles de mode et de textile se retrouvent ainsi à débattre et discuter autour de la même table, portés par la même ambition de faire de l’industrie de la mode un champ d’innovation et de progrès, toujours plus juste et éco-responsable.

L’édition de 2018 commissionnée par  José Teunissen (doyenne de l’École de Design et de Technologie du London College of Fashion, UAL et professeure en théorie de la mode), cherche des réponses à l’urgence de problématiques aussi essentielles que le gaspillage, la pollution, les inégalités, et le bien-être social. Elle est l’occasion d’explorer de nouvelles (bio)technologies, plateformes digitales ou encore processus créatifs qui remettent fondamentalement en question les notions traditionnelles du luxe et par là même contribuent à l’élaboration du futur de la mode.

State of Fashion 2018 Searching for the New Luxury compile les recherches actuelles les plus innovantes et initie des collaborations interdisciplinaires expérimentales qui débuteront en 2018 et devraient se poursuivre dans le futur.

 

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State of Fashion 2018 – Crédits – State Fashion

Divisé en plusieurs zones distinctes, l’espace d’exposition offrait au visiteur plusieurs expériences et parcours d’apprentissage.  Avec le thème searching for the new luxury la commissaire Jose Teunissen explore aux côtés des designers et des chercheurs les possibilités d’utiliser la puissance imaginative, séductrice et innovante de la mode pour créer un cycle de production  plus en phase avec les enjeux de demain. Pour ce faire elle a réuni plus de cinquante projets explorant une nouvelle définition du luxe.

Cinq axes de réflexion jalonnent l’ensemble des pièces présentées :

  • New imagination : Partant du principe que l’une des forces la plus significative de la mode est sa capacité à sortir des sentiers battus, créer de nouveaux mondes et immerger le spectateur/consommateur dedans, l’exposition propose un panel de designers usant de ce pouvoir pour amener le changement. Par la combinaison de la technologie et de la mode, de l’ingénierie et de la Nature, ils montrent une conception radicale qui rompt avec les modèles traditionnels. On y retrouve entre autre Iris Van Herpen, Ying Gao et Rafael Kouto.

 

  • The maker and the product in the spotlight : Avec l’avènement d’Internet, chaque poste de la chaine de valeur s’est retrouvé mis en lumière. Rien ne peut plus (ou quasiment plus) être dissimulé aux yeux des consommateurs. Cela leurs permet donc de consommer de manière plus consciente et durable, et de créer ainsi une relation horizontale entre eux et les producteurs, mettant par la même les artisans et les professionnels au centre. En plus de ce nouveau rapport, les makers gagnent en reconnaissance, en rendement car la plupart des intermédiaires disparaissent via ce nouveau modèle de consommation directe. Cette approche  révèle également l’écart entre le designer star, la valeur réelle du produit et celui qui le fait, et par la même annule ce décalage délétère pour l’industrie de la mode. Osklen, Bruno Pieters et la collection RE:CYCLE de Viktor&Rolf pour Zalando font partie de ce panel.

 

  • New Business Models : Saisonnalité effrénée, gros investissements, défilés hors de prix ne font plus partie de la recette parfaite pour une marque de mode. Les plateformes digitales permettent à des designers d’envergure plus modeste et des producteurs locaux de vivre tout en contrôlant les demandes des consommateurs et leur désir de co-création. En étant toujours plus attentifs aux tendances de consommation, les jeunes marques suivant un modèle de production raisonné et en accord avec les désirs des consommateur se prémunissent des excès de stock. L’intérêt grandissant pour l’économie circulaire et durable accentue la recherche de nouveaux business models. Matti Liimatainen (Self-Assembly), MUD Jeans, 11.11 Eleven Eleven et Maven Woman font partie des exemples illustrant cette tendance.

 

  • Fashion Design for a better World: L’industrie de la mode ne se base pas que sur l’imagination mais également sur le pouvoir. Présente absolument partout sur la planète, regroupant un nombre de consommateurs toujours plus colossal, la force de frappe de ce milieu est considérable. Conscient de ce levier, certains acteurs ont décidé d’en profiter pour faire porter haut leurs voix et leurs idées. Les designers mis en avant montrent comment la mode peut (et même doit) devenir un vecteur de changement pour un monde meilleur, pas seulement en produisant de manière éthique mais en usant de son influence immense pour créer un meilleur environnement de vie et des sociétés plus saines. Vivienne Westwood, Helen Storey et le collectif Fashion Revolution sont parmi les créateurs illustrant cet « empowerment » de la mode.

 

  • New interdisciplinary approaches : Pour créer une mode plus durable il est primordial de mêler les sciences et la mode lors de collaboration inter-disciplinaires. La force majeure de State fo Fashion est de mettre en lumière des expériences déjà en cours dont les résultats sont prometteurs, si ce n’est déjà quasiment opérationnels. Au-delà des mots et des voeux pieux, il est clairement montrer que des alternatives concrètes existent déjà et que ce n’est pas de la science-fiction. De nouveaux matériaux conçus à partir d’algues, de résidus de fruits, de champignons et même de cellule de peau résultant de recherches techniques et scientifiques trouvent des applications concrètes. On retiendra notamment les noms de Orange Fiber, Make Waste-Cotton New, Iris Houthoff et AlgaeFabrics.

 

La mise en avant des rapprochements possibles entre designers et chercheurs est bien la force principale de ce nouveau temps fort de la mode. Loin des discours galvaudés et consensuels souvent repris et répétés sans actions concrètes, State of Fashion insuffle une nouvelle énergie. Il est bien agréable de se voir ainsi proposer un échantillon de solutions, certes en devenir, mais déjà prometteuses. Le champs des possibles est pour une fois agrandi avec un sincère optimisme et un enthousiasme communicatif. Loin du cynisme et du caractère alarmiste de certain discours, les Hollandais semblent ne pas se résoudre à une posture de Cassandres de la mode et font face aux défis de demain avec un pragmatisme et une sagesse qui laisse admiratif. Force est de constater qu’ils sont largement accompagnés dans cette démarche par un gouvernement et des industriels qui, au-delà d’une compréhension lucide des enjeux actuels du secteur de la mode, offrent des moyens concrets pour la mise en place des idées les plus audacieuses et bien souvent les plus confidentielles.

Vous avez jusqu’au 22 juillet pour aller vous nourrir de cet élan positif et rapporter les inspirations et les initiatives que vous vous verrez offrir là-bas.

stateoffashion.org

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