Studio Nienke Hoogvliet est un studio de design qui explore les champs de la recherche sur les matières, l’expérimentation et le design conceptuel. Après son diplôme à la Willem de Kooning Academy de Rotterdam en Lifestyle et Design, Nienke fonde en 2013 son studio tout en maintenant une activité de freelance auprès d’entreprises et d’institutions. Convaincue dès ses études que l’innovation se niche dans les plus petits détails de notre environnement, elle décide rapidement de se concentrer sur les matériaux capables de contribuer à un monde plus sain.

Son enfance passée près de la mer la fait se tourner vers les ressources marines très tôt. Ses recherches la mènent à expérimenter sur les algues et la peau de poisson. Dans ses projets « SEA ME » et « THE SEA COLLECTION » elle explore les possibilités des algues en matière de sustainability. Elle en a même fait un livre « SEAWEED RESEARCH ».

Pour le projet SEA ME, Nienke a réalisé un tapis fait de fil d’algues, tissé à la main sur la base d’un filet de pêche. Cette association de matériaux agit comme une métaphore concrète de la rencontre entre les formidables ressources de la mer et la pollution des matières plastiques qui est aujourd’hui l’un des enjeux majeurs pour les océans. Par ce dispositif Nienke Hoogyliet met en lumière les possibilités de ce nouveau matériau et pose comme hypothèse que les algues font partie des alternatives possibles pour l’industrie textile. Avec une vitesse de croissance inédite dans la nature, les algues se renouvellent vite et sont moins gourmandes en surface et en nutriments. De plus, et au contraire du coton qui est aujourd’hui l’une des fibres les plus cultivées, comme elles poussent dans l’eau, leur impact hydrique est nul. Le rendu effectif est absolument bluffant. D’apparence brillante et soyeuse, cette matière évoque le confort et l’esthétisme. Bien que cette technique ait déjà existé par le passé, Nienke Hoogvliet atteint une certaine dextérité et technicité.

Studio Nienke Hoogvliet

Studio Nienke Hoogvliet
Photographies de Femke Poort

 

Après ce projet, Nienke a bénéficié de l’aide du  Stimuleringsfonds Creatieve Industrie, pour élargir ses recherches sur les algues. Ainsi elle ne se borne pas seulement à explorer les possibilités filaires des algues mais également leur potentiel de teinture. Elle a également développé un système circulaire qui optimise l’usage des algues à partir de cette production de couleur. Le gâchis résultant de l’exploitation filaire (qui détruit la plante) alimente le deuxième process ; c’est-à-dire l’extraction des éléments colorants. Elle accède ainsi au groupe très fermé des designers zero waste.

Loin des préjugés sur la couleur des algues, Nienke a mis en lumière l’incroyable colorimétrie offerte par ce matériau sous-estimé. Chaque espèce d’algue donne une couleur et malgré la légèreté des tons, la résistance des pigments est étonnante. En guise de « proof of concept » elle a d’ailleurs réalisé une chaise et une table faisant partie de la SEA ME collection. Les rebus de cette réalisation ont servi de peinture pour le plateau de la table, des fibres résultantes elle a créé des bols en bio-plastique. Pour les sceptiques, voici la preuve que des alternatives sont possibles et que les solutions de demain peuvent se ramasser sur une plage. Ces produits font aujourd’hui partie des collection du Centraal Museum à Utrecht.

 

Studio Nienke Hoogvliet
Photography by Femke Poort

 

La collection SEA ME ayant remporté un certain succès, Nienke a été encouragée a poursuivre ses expérimentations. Avec le projet  ‘Colors of the Oosterschelde’, pour lequel elle collabore avec Xandra van der Eijk,  présenté en 2015 à la Dutch Design Week de 2015, elle démontre de manière concrète les possibilités de couleurs issues des algues. À partir de vingt espèces différentes collectées sur la seule plage de Oosterschelde sur la côte Hollandaise, elle réalise une série de laizes de tissus. Elle démontre ainsi l’argumentaire sceptique qui voudrait que seules des espèces exotiques seraient capables de produire des couleurs intéressantes.

 

Studio Nienke Hoogvliet

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Pictures by Hannah Braeken

À la suite de SEA ME, Nienke investit un autre champs de potentiel maritime et s’attaque à la peau de poisson. Avec RE-SEA ME, elle part du constat que l’industrie alimentaire produit des tonnes de déchets et notamment des peaux de poissons.Elle décide alors d’en récupérer et de les tanner comme du cuir. En se plongeant dans des techniques anciennes, elle découvre un moyen de faire du cuir de poisson sans utiliser de composants chimiques. Malgré la dureté de cette technique qui requiert une certaine force physique, elle parvient seule à créer un matériau résistant, durable et beau. Bien que sa technique soit encore artisanale, elle travaille aujourd’hui à son industrialisation, tout comme sa technique de fils d’algues. Toujours avec la volonté d’évangélisation qui la caractérise, elle choisit comme première application de sa technique, la réalisation d’un siège. Dans la continuité du projet SEA ME, elle réalise également un tapis à partir d’un filet de pêche. Une fois de plus, le contraste entre le matériau innovant et l’objet polluant agit comme un révélateur des enjeux écologiques actuels.

 

Studio Nienke Hoogvliet

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Photographies de Femke Poort

 

Il est heureux de voir aujourd’hui le travail de jeunes designers qui se tournent vers des ressources simples et des techniques existantes pour proposer des alternatives concrètes au enjeux écologiques et énergiques d’aujourd’hui. Nienke porte haut et fort des valeurs de juste production, d’économie des matières et de rationalisation de la production. À côté de ses activités de designer, elle éduque d’ailleurs de nouvelles générations de designers au sein même de son ancienne école la Willem de Kooning Academy (department Lifestyle Transformation Design) ainsi qu’à la Maastricht Academy of Fine Arts and Design (département Material). Elle a également bénéficié de publications dans des revues de référence telles que FRAME magazine, Dezeen et Milk Decoration Magazine. Elle est également exposée partout dans le monde dans des institutions comme Artipelag à Stockholm, la Chamber Gallery deNew York,  le salon del Mobile à Milan et enfin la Dutch Design Week deEindhoven

Espérons que ses recherches et son travail d’évangélisation portent leurs fruits et qu’enfin ce type de recherches et d’initiatives trouvent leur écho auprès des grands acteurs de la mode et du luxe.

@studio_nienkehoogvliet

Studio Nienke Hoogvliet