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Quand la mode se met au vert à Milan #Textifood

Depuis quelques années, de nombreuses défaillances liées au textile ont été révélées. En effet, la production des textiles aurait de sérieux impacts sur l’environnement et sur la société. Alors pour vous j’ai mis ma super cape et allumée mes turbos pour tout vous révéler et surtout vous montrer que l’innovation c’est aussi ouvrir son esprit à de nouvelles solutions, rien n’est immuable : nous pouvons faire bouger les choses en ayant le courage de sortir de notre zone de confort et élargir le champs des possibles.

 

Une production textile actuelle trop toxique

Un rapport « Les dessous toxiques de la mode »  rendu par Greenpeace en 2012 dévoilait la présence de substances toxiques dans les vêtements d’une vingtaine de marques. En effet, l’enquête a révélé  la présence de substances dangereuses susceptibles notamment de provoquer des cancers et d’agir comme perturbateurs endocriniens (déréglant ainsi le fonctionnement hormonal et impactant les fonctions reproductives) sur 141 articles achetés dans 29 pays et régions du monde. De même que lors du lavage du vêtement ou au moment de la fin de vie du produit, les substances sont libérées dans les rivières et lacs et peuvent donc s’infiltrer dans les nappes phréatiques, cela ayant un impact désastreux sur l’environnement.

Infographie Greenpeace

Par ailleurs, il y a un véritable problème législatif en termes de contrôle de fabrication des vêtements, car même s’il existe dans l’Union Européenne une réglementation sur les composants textiles, elle ne concerne pas les importations hors UE. Ce qui est affolant dans la mesure où 44% des importations totales de l’UE viennent de Chine, mais aussi du Bangladesh, Vietnam, Malaisie et des Philippines…

Néanmoins aujourd’hui il est possible de créer des matériaux plus propres, et respectueux de la nature. C’est ce que l’exposition Textifood a pu démontrer.

 

Des solutions innovantes pour une production plus responsable

 

Choi Jeong hwa BREATHING FLOWER

Il est en effet possible de créer la matière textile à partir d’autres procédés, notamment avec les déchets alimentaires. Ce qui est fantastique dans cette exposition c’est qu’elle apporte des solutions potentielles sur la problématique des matériaux utilisés et celle de l’insécurité alimentaire qui touche de (trop) nombreuses personnes.
« Nourrir la planète, énergie pour la vie » voici le thème de l’exposition universelle 2015 de Milan. La problématique est cruciale, chaque année 805 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire et selon le Programme des Nations Unies pour le Développement, il y en aurait 600 millions en plus d’ici à 2080. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’exposition lilloise Textifood pensée par le programme culturel Lille3000 qui a pour vocation de faire réfléchir le plus grand nombre sur des questions de société à travers la culture. Avec cette exposition, l’organisation a pour objectif de montrer qu’il est possible d’utiliser des fibres issues d’espèces végétales voire animales pour la création textile. Afin de sensibiliser les individus sur ces procédés alternatifs et innovants, Lille3000 a fait appel à des créateurs conscients de la nécessité de créer une croissance intelligente et durable des ressources de la planète. Ces artistes ont travaillés sur trois types de procédés innovants qu’ils ont représentés par des créations de mode. Et lorsque l’innovation et la mode s’unissent pour se mettre au service de la planète, ça rend de très belles créations.

 

UN TEXTILE INNOVANT AXÉ SUR LA CHIMIE DU VÉGÉTAL ET LE TRAITEMENT DE LA BIOMASSE

La robe de chez A+Z Design, La bonne fée

Geneviève Levivier - A+Z Design - Robe la bonne féeBetterave, maïs, blé et pomme de terre représentent une révolution au sein de l’Industrie textile et permettent la fabrication de fils en matériaux composites polymères biodégradables à base d’acide polyactique (ou PLA). Initialement destinés à des applications médicales ils se déclinent aujourd’hui en fibres textiles produisant un tissu infroissable, fluide et doux.

Spécialisé dans la recherche de textures innovantes et la création de textiles, le studio A+Z Design expérimente sans cesse de nouveaux développements entre technologie avancée et création artisanale qui s’inscrivent dans un respect des normes écologiques et hypoallergéniques.

Pour l’exposition Textifood, Geneviève Levivier expérimente de nouvelles matières non-tissées. Cette robe est donc constituée de PLA (amidon de maïs ou de betterave, développé par Centex- bel), coquilles d’œufs, polymère sans solvants (dont polymère d’huile de ricin), coton, abaca.

Bluffant, non ?! 😉

 

La robe Exocet Dress, création du duo Christine Phung (Styliste) et Morgane Baroghel-Crucq (Designer Textile)

 

Exocet Dress - Christine Phung et Morgane Baroghel-Crucq

Créatrice de mode française, Christine Phung a travaillé pour de nombreuses marques très prestigieuses. En 2011, elle créée sa propre marque, puis gagne le Grand prix de la Création de la Ville de Paris et l’ANDAM en 2013. Pour en savoir plus, vous pouvez accéder à son interview.

La créatrice textile Morgane Baroghel-Crucq créée des matières issues d’expérimentations. Ses recherches reposent sur la rencontre des techniques textiles avec des matériaux innovants.

Ensemble, elles ont créé pour Textifood une robe aux volumes organiques. Cette robe est tissée à la main, faite de fils de métal, de lin et de fibres de collagène de poisson (Oui oui, de poisson!), fibres créées spécialement pour l’occasion par la société Umorfil qui récupère ces écailles pour produire une fibre aux vertus hydratantes, antistatiques et anti UV.

« Exocet Dress » emprunte son nom au poisson volant, aux reflets métalliques, évoquant un lien entre la mer, la terre et l’air, lorsqu’il vole hors de l’eau.

Allez, avouez que si on ne vous l’aviez pas dit, vous n’auriez jamais vu que la robe était composée à base de poisson !?

 

UN TEXTILE INTÉGRANT DES FIBRES NATURELLES OUBLIÉES

En voyant cette robe, vous aurez la banane !

(Bon, ok elle était facile)

Mira Wrap - Ditta Sandico

Le bananier permet d’extraire de ses pétioles (base des feuilles) une fibre textile bien particulière. Très légère et biodégradable, la soie du bananier est utilisée au Japon, au Népal ou encore aux Philippines. Outre son aspect soyeux, ce tissu est également d’une grande résistance, flexible et imperméable.
La fibre du bananier est marron foncé ou blanche selon que l’on prenne le cœur ou le bord des pétioles. Elle demande une grande attention au tissage car sa composition fibreuse la rend très fragile et cassante. Dita Sandico ONG travaille depuis 15 ans aux Philippines avec la soie de bananier. Le processus de conception et de production transforme les fibres de bananier en tissu léger et les transpose dans le monde de la haute couture et de la mode.
Certains ont une feuille de vigne en guise de vêtement, d’autres des feuilles de baobab !

Baobab Couture - Éric Raisina

Arbre emblématique d’Afrique tropicale, le baobab fait l’objet de multiples usages. Dans cet arbre monumental, tout peut-être utilisé : le bois du tronc, la feuille, le fruit (qu’on appelle pain de singe) et l’écorce. Il est utile aux hommes comme aux animaux qui peuvent en consommer les feuilles ou le tourteau des graines après pressage à froid pour obtenir de l’huile.

La partie interne de l’écorce de baobab étant très fibreuse, elle est également utilisée pour la confection de cordes. On découpe sur le tronc de l’arbre de larges bandes d’écorce que l’on bat ensuite pour en extraire la fibre.

Le styliste Éric Raisina est né et a grandi à Madagascar, il a toujours été fasciné par la beauté, la force et l’élégance du baobab malgache. Pour Textifood, il s’est surtout intéressé à la texture de l’écorce de baobab, une matière naturelle imitant étrangement la dentelle perforée ou tout simplement le « non-tissé ». On extrait de l’écorce des fibres discontinues qui peuvent ensuite être tissées avec de la soie ou crochetées.

Éric Raisina a réalisé une pièce unique invitant au voyage, à l’image de ses créations antérieures.

Le soja bon pour la santé ?! Quand vous verrez cette robe vous vous en ficherez !

Robe Aurora Boréalis - Krisitan Von Forselles

Cultivé pour ses graines naturellement riches en protéine et en huile le soja est autant utilisé dans l’alimentation humaine qu’animale. La fibre végétale de soja est issue de la protéine de la plante. Pour obtenir cette fibre, on utilise les résidus de la production du soja : on récupère la protéine présente dans la graine qui subit ensuite plusieurs transformations (filtrage, bain de coagulation …) pour enfin extraire la fibre de soja qui sera ensuite tissée. On obtient ainsi un tissu soyeux, d’une extrême finesse, autrement appelé «cachemire végétal» ou encore «soie de soja».

Kristian von Forselles est un créateur de mode suédois qui vit et travaille à Paris depuis 2005.
Pour réaliser la robe Aurora Boréalis, création surprenante et futuriste, il s’associe à la maison Darquer (Groupe Noyon), reconnue pour être l’un des plus anciens fournisseurs de dentelle de Calais dans la haute couture française. La maison Darquer lui fournit une dentelle composée de viscose, polyamide et soja, créée spécialement pour l’occasion. La robe et ses accessoires intègrent également un tissu Sli-On 100% ananas confectionné par la créatrice textile Élodie Brunet et teint avec du thé bleu par Kristian Von Forselles.

UN TEXTILE INNOVANT PAR LA CRÉATION DE MATIÈRES

La robe à base de bière de Garry Cass et Donna Franklin, The Beer Dress

Garry Cass et Donna Franklin, The Beer Dress

Oui oui,  vous ne rêvez pas, il s’agit bien d’une robe faite à partir de  bière ! Allez, on vous explique : avec la technique de la biosynthèse, il est possible de matérialiser la fermentation de la bière et ainsi de lui donner l’aspect d’une matière textile. La Beer Dress est issue du processus de formation bactérienne de la bière.
Gary Cass, chercheur australien a développé une matière issue du procédé de fabrication de la bière et a réalisé une robe, inspirée par la fleur de houblon, dessinée par Donna Franklin.

 

Les solutions apportées par Textifood sont innovantes et permettent une production textile bien plus raisonnable pour l’environnement. Je tiens à féliciter l’initiative qui ravit la fashionista engagée que je suis ! Cependant, les impacts sociaux sont aussi à déplorer dans la manière de confectionner les vêtements, des entreprises peu regardantes sur certaines pratiques pourvu que ses coûts de production soit allégés, mais il s’agit là d’une autre mission pour Super-Détective-Sarah… 😉

Quel est votre avis sur ces nouveaux matériaux destinés à changer la manière de créer le textile ? Porteriez vous une robe faite d’écailles de poissons ou en fibre de bananier ? Dites nous tout en commentaire !

 

Sarah Wehbe
Créative et investie, je me lance à la découverte du monde de la communication !

Sources :

  • Infographie Greenpeace: http://www.greenpeace.org/france/fr/
  • Choi Jeong hwa BREATHING FLOWER: Dossier Presse Textifood
  • Geneviève Levivier – A+Z Design – Robe la bonne fée: Dossier Presse Textifood
  • Exocet Dress – Christine Phung et Morgane Baroghel-Crucq: Dossier Presse Textifood
  • Mira Wrap – Ditta Sandico: Dossier Presse Textifood
  • Baobab Couture – Éric Raisina: Dossier Presse Textifood
  • Robe Aurora Boréalis – Krisitan Von Forselles: Dossier Presse Textifood
  • Garry Cass et Donna Franklin, The Beer Dress: Dossier Presse Textifood
  • Textifood Affiche: http://www.futurotextiles.com/fr/expo/milan-2015-milan-italie-2015-05-01