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Tzuri Gueta, le créateur de la dentelle de silicone

Tzuri Gueta est designer et ingénieur textile diplômé du Shenkar College de Tel Aviv. Il crée sa marque éponyme à Paris en 2000 et travaille des matières surprenantes à la frontière avec la sculpture qui trompent l’œil et le toucher. En 2005, il mêle art et technologie en inventant la dentelle siliconée qui lui offre un terrain d’expression immense. Cette matière lui permet notamment de s’épanouir dans le bijou, les objets et la haute couture. Il puise son inspiration dans l’environnement naturel qu’il soit terrestre ou sous-marin.

Rencontre avec Tzuri Gueta, créateur d’un univers poétique et mystérieux où la technologie se marie merveilleusement avec l’art et la nature.

Tzuri Gueta

Comment êtes-vous devenu designer ?

C’est grâce à la confiance que j’ai reçu pendant toute mon enfance et la curiosité qui ne me quitte jamais que j’ai évolué très logiquement vers ce métier.

J’ai su très jeune que j’étais créatif. A trois ans déjà, je m’exprimais avec des crayons. J’ai grandi entouré de confiance, ce qui m’a permis de trouver ma personnalité dans mon monde imaginaire. Je suis d’un naturel curieux, j’ai été élevé en bord de mer et mon environnement m’inspirait. Mon entourage me stimulait et me stimule toujours beaucoup. Mes frères sont artisans. J’aime regarder les différentes techniques qui existent dans leur métier (le verre et le bois ndlr), trouver des solutions créatives. Ça m’a donné envie de faire des expériences en mélangeant des matières.

Quand j’étudiais la mode et le textile, il fallait déconstruire un tissu pour le reconstruire ensuite. Mais au lieu de le couper avec des ciseaux ou des outils « normaux », je le brûlais, je le découpais à la scie, je le trempais dans l’acide. Je voulais croiser différents savoir-faire pour voir ce que ça allait donner à la fin. J’aime confronter les matières pour m’exprimer.

C’est trop simple pour moi de dessiner sur du papier. Il me faut du challenge. Dessiner sur du tissu en prenant en compte ses contraintes me convient plus.

Zoom matière

Pourquoi avoir choisi le silicone ?

Je voulais trouver une solution pour utiliser une matière textile comme une surface sur laquelle je pouvais m’exprimer artistiquement. L’encre a besoin d’un support pour se fixer, les traits apparaissent sur les fils et dessiner sur un tissu ajouré, c’est forcément plus compliqué. Il me fallait trouver une solution : je voulais une encre qui pouvait exister sans matière textile. Le silicone est cette encre. C’est une matière d’origine minérale qui se suffit à elle-même. Elle n’a pas besoin de support pour exister.

J’ai approfondi mes recherches et mon intérêt pour cette matière première. J’ai breveté la technique en 2005 et j’en ai fait ma matière d’expression.

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Comment s’est passé cette recherche ?

Toute ma théorie part de l’erreur et de ses interprétations. J’aime faire des erreurs. J’aime ne pas contrôler à 100%. Je laisse la matière s’exprimer et je m’y adapte. Les erreurs servent à cela : attirer notre attention et nous guider. Comme la nature fait ses choix, l’orage s’abat sur les arbres ou non, la matière parle et je prends ma décision en fonction. C’est le « happy accident », l’intégration du spontané dans la maîtrise. Lorsque je fais un geste d’erreur, j’essaie de le recommencer en le maîtrisant pour voir ce que ça donne. En fait, je stimule les accidents pour lire leur message. La technique du silicone vient de là.

Atelier 1 Atelier 2 Atelier 3

Vous travaillez dans trois domaines : le bijou, les objets et la haute couture, comment répartissez-vous votre temps ?

Je pars d’abord de la matière avant de définir le domaine dans lequel je vais la travailler.  Pour la haute-couture, j’avais envie de voir comment la matière allait vivre en mouvement dans les différents tissus. Quand un designer m’appelle, on ne peut pas imaginer le résultat en avance. Il faut que l’effet visuel se mêle à l’effet technique, qu’il n’y ait pas de frontière. Je travaille la matière comme de l’or. Tout est fait à la main, chaque pièce est unique.

BijouxObjetKrikor Jabotian

Quels sont vos projets pour demain ?

Je fais beaucoup de tests plus ou moins étranges pour voir la réaction de la matière. Au plus le domaine semble éloigné de mon univers au plus ça m’intéresse. Par exemple, je pourrais appliquer la dentelle siliconée dans un concept car, un avion, un yacht, un casque de moto.

Je suis en train de réfléchir à travailler plus précisément sur les caractéristiques techniques de la dentelle de silicone pour élargir le spectre d’intervention. Elle est résistante à 300°, elle est transparente comme du cristal, elle est conductrice de courant, elle est antichoc. On peut donc imaginer l’utiliser dans le luminaire, les leds, les arts de la table, les arts culinaires, etc.

Aujourd’hui la décoration prend la majorité de mon temps, il faut que je fasse un peu de place pour développer autre chose. J’aimerais collaborer avec d’autres créateurs et confronter nos deux univers et en créer un autre, encore inconnu.

Un grand merci Tzuri !

Alexandra Legai
J’accompagne les créateurs pour leur permettre de se consacrer le plus sereinement possible à leur cœur de métier qu’est la recherche d’inspiration et la création. J’aime le « behind the scene » de la mode et suis fascinée par la technologie au service du textile.

Sources :

  • Tzuri Gueta: Tzuri Gueta
  • Zoom matière: Carole Desheulles
  • Atelier 1: Tzuri Gueta
  • Atelier 2: Coalshade
  • Atelier 3: Tzuri Gueta
  • Bijoux: Ophélie Bal
  • Objet: Carole Desheulles
  • Krikor Jabotian: Tarek Moukkadem
  • Réalisation Tzuri Gueta: Tzuri Gueta