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Ying Gao

Ying Gao est designer de mode et elle vit à Montréal. Elle exerce aussi comme professeur de mode à l’UQAM (dont fait partie l’école de mode de Montréal) ainsi qu’à la HEAD (à Genève). Elle est connue pour son travail de création qui a été relayé dans de nombreux magazines et à travers de multiples expositions (récemment au salon Première Vision à Paris par exemple). Elle cherche à travers ses créations à comprendre la signification du vêtement et intègre à ses projets de la technologie sensorielle ainsi qu’une critique sociale. Son travail oscille entre la mode et l’art conceptuel, et elle crée des vêtements cinétiques qui expriment une relation idéalisée entre le vêtement et son environnement.

Elle travaille sur deux types de créations ; des projets de vêtements interactifs, et des collections de prêt-à-porter. Comme elle enseigne la mode, elle ne veut pas présenter un travail uniquement conceptuel à ses étudiants. Elle réalise donc des collections de prêt-à-porter. Nous allons nous m’intéresser plus particulièrement à la première catégorie de créations, celle qui regroupe les projets interactifs.

ying-gao

Le concept

Ying Gao cherche à remettre en question la notion même du vêtement en proposant une nouvelle approche à la croisée de plusieurs domaines : l’architecture, l’urbain et le média interactif se mêlent dans ses projets. Elle s’inspire des transformations de l’environnement urbain, considère le design comme un média en amenant une technologie sensorielle qui va donner au vêtement une valeur ludique et participative. Les contours physiques du vêtement sont en général transformés par une interférence extérieure. Elle s’interroge à la fois sur le statut de l’individu, la fonction du vêtement et sur les mutations de l’univers dans lequel nous vivons. Son concept est porteur d’une dimension critique radicale qui dépasse le domaine de l’expérimentation technologique.

La matière est toujours au coeur du travail de Ying Gao, elle est le point central d’un travail réussi. La créatrice n’hésite jamais à faire le tour du monde afin de trouver la matière la plus adéquate à ses projets.

Les questions qui reviennent le plus souvent dans ses créations sont celles de la présence et de la disparition, et celles de l’expérience du clair-obscur, qui se vit à travers un regard incertain. Les robes créées font toujours référence à une certaine forme d’utopie. La métaphore est très importante dans le travail de la designer car elle laisse la réflexion au spectateur.

Afin de pouvoir représenter ou créer l’effet ou l’émotion désirée, Ying Gao collabore principalement avec Simon Laroche qui est designer en robotique. Cette inter-discipline lui permet d’avoir deux approches différentes dans ses projets et de représenter les émotions qu’elle souhaite faire passer avec le plus de réalisme possible.

Ying Gao essaie de rendre visible l’aura. Ses vêtements révèlent toujours les intentions de celui qui les porte, ou les intentions du public, en produisant des effets qui semblent évoquer les sentiments et les pensées. Elle met en lumière les réseaux immatériels à travers une relation qui se crée dans ses projets, entre la matière et l’invisible.

Les tenues se comportent toujours de manière autonome, totalement indépendamment du corps sur lequel elles évoluent. L’animation confère une nouvelle existence au vêtement car elle permet un dialogue avec le spectateur. La relation que l’usager entretient avec le vêtement n’est plus la même, car il n’est plus un objet familier et usuel dont la première fonction est celle de la protection.

Les créations de la designer font toujours preuve de légèreté, et confère un aspect vivant à la matière presque fragile. Les textiles sont souvent transparents et laissent passer la lumière à travers leur armure. L’habit n’assure plus simplement sa fonction première de protection de l’individu. Il est beaucoup plus que cela.

La créatrice tente aussi de rendre tous les mouvements de ses tenues poétiques, pour que les textiles émerveillent le spectateur. Elle tente de sculpter l’immatériel. L’importance d’un son, d’une pensée ou d’un regard est souvent négligée et pourtant essentielle. L’immatérialité contribue à sortir du monde de la mode, à voir les choses sous un nouvel angle et à mettre en avant les éléments intangibles de l’environnement.

La lumière est aussi une notion clé chez Ying Gao. C’est un élément immatériel qui donne une aura spécifique à la tenue sur laquelle elle est présente. Quand on regarde la lumière dans les villes, elle n’est jamais semblable et elle va créer une atmosphère bien spécifique à chacune d’entre elles. Cet apport de lumière est primordial car il permet de captiver le spectateur. Le vêtement va rayonner de lui-même comme s’il était vivant : une entité pleine de vie et d’énergie. Il devient alors une telle source d’émerveillement et d’exaltation qu’il éclipse même la personne qui le porte comme si dorénavant, le plus important était le vêtement et non plus le corps.

Ying Gao utilise l’air, la lumière, le mouvement comme des matériaux à part entière. Elle cherche, par ses créations, à parler de la relation entre le réel et le tangible par rapport à ce qui est illusoire. L’air, la lumière, le mouvement rendent ses créations interactives. De la même façon qu’Hussein Chalayan, elle utilise les technologies pour fabriquer des vêtements qui deviennent « une partie du monde qui les entoure ».

Le vêtement de la designer est parfois un peu « rebelle » comme s’il refusait d’être vu ou touché, comme s’il contestait la réalité ou qu’il voulait absolument une reconnaissance. Il communique sa propre histoire pour surprendre et toucher le public et on peut avoir l’impression qu’il essaie même de faire passer ses propres idées. Il y a une tension très envoûtante qui se crée quand on observe les vêtements de la créatrice. Dans une exposition, on passe devant rapidement la première fois, puis une deuxième avant de s’arrêter pour prendre le temps de vraiment l’observer. Une fois en arrêt, on a du mal à passer à une autre création tant celle qui est devant nous, nous passionne.

« La plupart des gens les considèrent comme des gadgets ou comme art, mais je veux que les gens comprennent que mes vêtements sont de la mode conceptuelle et ce que cela signifie. Je dois explorer les frontières entre idées et réalité. » Ying Gao

Les projets :

En mettant en parallèle différents projets interactifs de Ying Gao, on peut comprendre l’influence des technologies sur son processus créatif et son travail.

(No)where (Now)here

La collection (No)where (Now)here est composée de deux robes interactives.

Ying Gao, Montréal 2013, Super organza, fils photoluminescents, PVDF, composants électroniques

Ce duo de robes est inspiré de l’essai Esthétique de la disparition qui traite de la perception consciente ou inconsciente, d’apparitions fugaces et des dimensions de l’univers. C’est surtout cette phrase, tirée du livre qui reflète tout le projet : « L’absence survient fréquemment au petit déjeuner et la tasse lâchée et renversée sur la table en est une conséquence bien connue. L’absence dure quelques secondes, son début et sa fin sont brusques. Les sens demeurent éveillés mais pourtant fermés aux impressions extérieures. Le retour étant tout aussi immédiat que le départ, la parole et le geste arrêtés sont repris là où ils avaient été interrompus, le temps conscient se recolle automatiquement, formant un temps continu et sans coupures apparentes. ». C’est l’idée d’absence qui est explorée dans ce projet car s’il n’y a pas de spectateur, les robes restent immobiles. Un peu comme si le spectateur gâchait une photographie trop parfaite en regardant ces robes.

Quand on observe ces robes, on est fasciné par la grâce de leurs mouvements, comme si un ballet silencieux avait lieu devant nos yeux. La douce lumière bleutée qui s’en dégage lumières éteintes nous transporte dans les fonds sous-marins comme si de majestueuses méduses nageaient sous nos yeux.

Les robes sont composées d’une sorte de coque en plastique spécifique qui diffuse la lumière dont le développement provient de la société Sefar en Suisse. Par-dessus sont fixées une vingtaine de pièces de « super-organza » blanc, l’une des matières les plus fines et les plus légères au monde. Chaque pièce d’organza a ensuite été brodée avec de nombreux fils électroluminescents en provenance du Japon. Grâce à ces fils, les robes deviennent lumineuses quand la lumière est éteinte. La matière est extrêmement importante pour la créatrice et elle n’hésite pas à faire des milliers de kilomètres, voire le tour du globe, afin de trouver la meilleure. Ses projets existent par la matière qui est l’élément central de son processus de création.

Il y a, à l’intérieur des créations, un mécanisme électrique qui est relié à certaines pièces de tissu et qui permet de les faire bouger. C’est un détecteur qui utilise la technologie oculométrique qui est à la source du mécanisme électrique et qui décide du moment où les mécanismes vont s’animer. Les composants électro-mécaniques, qui permettent le mouvement, sont fixés sur une sorte de ceinture intégrée dans la tenue sous les multiples couches qui la composent.

C’est le regard du spectateur qui va activer le mouvement des robes. Plus le regard va se faire insistant, plus les mouvements vont augmenter.

Dans ce projet, nous sommes confrontés à un nouveau type de technologie qui exige non seulement un modèle mais aussi un public.

L’immobilité des mannequins contraste avec le mouvement des robes et le rend encore plus saisissant. Les robes semblent dépasser le domaine du possible, elles sont très oniriques, tellement légères qu’elles paraissent irréelles.

Afin de mettre en place ce projet, Ying Gao a travaillé en collaboration avec un designer spécialisé en robotique : Simon Laroche. En effet, elle n’avait pas des connaissances suffisantes en mécanique pour pouvoir réaliser son projet toute seule. Grâce au travail de Simon Laroche, le projet peut fonctionner correctement et avec fluidité. Elle a aussi travaillé avec l’aide de deux de ses élèves qui ont pu effectuer les tests, sélectionner les meilleures solutions afin que les mouvements soient les plus fluides possible.

Au final, il a fallu près d’une année de recherche et de développement pour arriver à la phase finale de ce projet. Les mécanismes ont dû être testés au fur et à mesure, afin de mesurer leur résistance en situation, et l’esthétisme du rendu. Les matériaux n’ont pas été simples à travailler et à concilier les uns avec les autres ; cela arrive souvent dans les projets de ce type en raison des propriétés très différentes des matières utilisées. Le plastique Sefar n’a pas pu être découpé au laser, car il était trop rigide, et les broderies en fils électroluminescents ont dû être réalisées à la main sur chaque échantillon d’organza. De nouvelles solutions ont été trouvées en phase avec les contraintes fixées par les matériaux.

L’ennoblissement d’une seule pièce d’organza demande environ huit heures de travail, broder la quarantaine de pièces de tissu a nécessité beaucoup de temps.

Incertitudes

Le projet «Incertitudes» est composé de deux vêtements interactifs.

Ying Gao, Montréal 2013, Robe 2, « Super organza » et épingles de couturières

Ying Gao, Montréal 2013, Robe 2, « Super organza » et épingles de couturières

Ce projet s’articule autour d’un concept clé de la créatrice, celui de l’incertitude. Elle s’inspire d’une citation de Lipovetsky : « Moins le futur est prévisible, plus il faut être mobile, flexible, réactif, prêt à changer en permanence, super moderne, plus moderne que les modernes de l’époque héroïque». Dans notre société de zapping, l’individu est toujours pressé, ne prend jamais le temps de faire les choses, passe d’une chose à l’autre sans aller au bout de ses réflexions. L’individu n’est jamais chez lui, passe son temps dans des espaces de transit, ne sait pas ce qu’il va faire demain, le futur devient incertain. Tout doit être fait dans l’immédiateté, toujours plus rapidement, sans réfléchir. En y repensant, on regrette, on a l’impression d’avoir manqué quelque-chose, on est dans le flou.

« L’homme hypermoderne est un être de l’ici et maintenant, pressé par la logique urgentiste, angoissé par le futur. » Ying Gao

Les deux tenues de la série incertitudes ont, de la même façon que pour le projet (No)where (Now)here, une base en plastique spécifique et utilisent une ceinture composée des éléments électro-mécaniques qui contribuent au mouvement des tenues. Deux tissus différents recouvrent cette armature plastique. Le tissu blanc n’a pas de fonction principale mais le tissu argenté est capable de détecter la voix de l’utilisateur ou du spectateur. Des milliers d’aiguilles de couturières sont fixées dans le tissu blanc de façon à ce que les pointes jaillissent vers l’extérieur.

Ces tenues sont en interaction avec leur environnement. Quand un son est produit, les petites broches réparties à l’intérieur du tissu argenté sont en mesure de détecter les fréquences particulières de la voix humaine et de se déplacer en réponse au son. Le mouvement généré par le son va créer une ondulation dans le vêtement et va le faire se contracter ou s’étendre en fonction de la fréquence sonore. Comme si le vêtement pouvait être acteur d’une conversation.

Ying Gao, Montréal 2013, Robe 1, « Super organza » et épingles de couturières

Ying Gao, Montréal 2013, Robe 1, « Super organza » et épingles de couturières

Les aiguilles bougent en suivant le mouvement du tissu et perturbent le spectateur comme si l’univers qui entoure les tenues n’est plus réel. Les aiguilles créent une illusion d’optique et donnent une aura mystérieuse aux tenues. On a l’impression que les tenues sont vivantes et qu’elles respirent. Les pièces ressemblent à des créatures sous-marines, des costumes dignes de science-fiction ou des architectures étranges. Le spectateur est engagé dans une conversation conceptuelle aux multiples facettes avec la tenue, qui dégage de l’incompréhension et de l’incertitude.

Playtime

Le projet Playtime propose de s’interroger sur l’impact de la technologie sur l’évolution de la vie privée. Il se compose de deux robes.

Ying Gao, Montréal, 2011, robe 2, « super organza » et composants électroniques

Ying Gao, Montréal, 2011, robe 2, « super organza » et composants électroniques

Ces tenues sont inspirées du film Playtime, qui invite le spectateur à réfléchir aux apparences et à la perception des objets dans l’espace urbain. Le film présente un monde où l’architecture super-moderne et la surveillance sont omniprésentes grâce à des procédés de trompe-l’oeil et de miroirs. Le projet de Ying Gao explore la métamorphose de façon critique et ludique. La société décrite dans Playtime se rapproche beaucoup de celle illustrée dans Metropolis ou dans 1984.

Quand une personne essaie de prendre une photo de la robe, le vêtement se transforme et déconstruit l’image. Par exemple, lors d’un défilé, il est impossible de prendre la pièce en photo ou en vidéo : l’image sera vague ou floue. Dans le cas de la première robe, celle-ci va bouger d’une façon insaisissable et sera donc floue sur l’image. Elle se camouflera elle-même sur l’image. La deuxième robe, produit des flashs lumineux si un appareil photo ou une caméra tente d’enregistrer un support visuel. Ces flashs lumineux intermittents vont venir altérer l’image numérique et la robe disparaitra dans un halo lumineux.

67 Playtime Le projet Playtime propose de s’interroger sur l’impact de la technologie sur l’évolution de la vie privée. Il se compose de deux robes. Ying Gao, Montréal, 2011, robe 1, « super organza » et composants électroniques

Ying Gao, Montréal, 2011, robe 1, « super organza » et composants électroniques

Pour arriver à ce phénomène, les robes sont équipées d’une structure plastique (comme les précédentes) qui contient des microprocesseurs. Des capteurs sont placés dans le tissu, sur le devant de la tenue et permettent de détecter si un appareil photo ou une caméra est pointé sur le modèle. Dans ce cas-là, des petits moteurs électriques se mettent en route et déclenchent le mouvement ou le flash lumineux.

Cette robe « n’est pas un projet anti-paparazzi » mais un projet de design expérimental.

Les techniques utilisées par cette créatrice

La technologie à capteurs

Ying Gao utilise de nombreux capteurs sensitifs qu’elle « cache » dans le tissu de ses robes sur la partie avant. En captant des changements dans l’environnement, ces capteurs activent les micro-processeurs.

Le cas de l’oculométrie

Un type de capteur qui revient souvent dans ses créations et un capteur oculaire ou « oculométrique ». Ce capteur permet d’analyser les mouvements oculaires. Plusieurs techniques peuvent être utilisées en fonction de la précision souhaitée. Il est possible de placer des électrodes ou des lentilles autour des yeux de la personne, ce qui n’est pas le cas dans le travail de Ying Gao car la robe est indépendante.

Le procédé qui a été probablement utilisé est un système de réflexion infrarouge : de petites diodes envoient de la lumière infrarouge au centre de la pupille. Cette lumière n’est pas visible à l’oeil nu et est donc indétectable. De petites caméras infrarouges captent le reflet infrarouge renvoyé par la cornée de l’oeil et communiquent l’information à un processeur qui actionne des petits moteurs. Ces derniers se mettent en fonctionnement et font bouger la tenue.

Le cas des capteurs qui détectent le souffle

Dans d’autres projets, la créatrice utilise des capteurs qui sont capables de ressentir le souffle d’une personne. Il peut donc y avoir deux types de capteurs utilisés. Dans un premier cas, des microphones sont cachés à l’avant de la tenue. Dans le second, un capteur enregistre les ondes provoquées par une respiration dans l’air. Dans ces deux éventualités, les capteurs identifient une variation, ils transmettent l’information à un processeur qui va déclencher un moteur.

Les microprocesseurs

Un microprocesseur est un processeur dont tous les composants ont été miniaturisés. Ils peuvent tous tenir dans un seul boitier. Le but d’un microprocesseur est de traiter les données de programmes et d’exécuter des tâches.

Ce qui est intéressant avec ce type de processeur, c’est sa taille, car il peut être intégré facilement et discrètement dans un ensemble ou un vêtement par exemple. De plus, ils sont en mesure d’analyser et de traiter des informations comme pourrait le faire un ordinateur et de déclencher une suite d’action en réponse à un stimulus.

Dans le cas de Ying Gao, les microprocesseurs sont insérés dans la chaine de fonctionnement du vêtement entre le capteur et les microcomposants comme le moteur. Les batteries sont nécessaires à l’ensemble du dispositif capteurs-microprocesseurs.

Les flèches représentent le transfert d’informations.

Les flèches représentent le transfert d’informations.

 

 

 

L’électroluminescence

L’électroluminescence (EL) est un phénomène optique et électrique dans lequel un matériau émet de la lumière en réponse à un courant électrique qui le traverse, ou à un fort champ électrique. Dans le cas du projet « (No)where (Now)here », il y a des batteries présentes sur les ceintures de microcomposants qui vont envoyer un courant électrique dans les fils électroluminescents après la commande des microprocesseurs.

A l’intérieur du fil, les électrons vont s’exciter de façon à combler des trous électroniques dans le matériau principal. Celui-ci est généralement semi-conducteur. Les électrons excités vont libérer leur énergie, afin de rester stables, sous forme de photons : c’est-à-dire de la lumière.

Ce qui est intéressant dans ce procédé, c’est qu’il fournit un éclairage avec une consommation relativement faible d’énergie électrique. Par contre, la tension appliquée doit être assez élevée. Dans le cas de Ying Gao qui utilise des batteries, la tension doit être générée par un circuit convertisseur interne qui produit généralement un bruit assez désagréable. Les robes de la créatrice sont pourtant extrêmement silencieuses, elle a donc dû trouver un moyen pour les insonoriser.

Les fils ou les procédés électroluminescents peuvent être de n’importe quelle couleur, ce qui est un gros avantage pour l’utilisation textile. En raison du pic de sensibilité de la vision humaine, les couleurs les plus souvent utilisées sont les couleurs bleues-vertes. Choisir ces couleurs permet d’avoir l’intensité lumineuse la plus forte avec le plus faible apport de puissance électrique possible.

La lumière dégagée par ces composants est très bien perçue par l’oeil humain car son spectre est très étroit. De plus elle est monochromatique (c’est une lumière d’une seule fréquence), parfaitement régulière (il n’y a pas de changement dans l’intensité lumineuse qui peut perturber le regard humain) et est visible de loin de façon nette et précise.

De plus, les composés électroluminescents peuvent prendre de nombreuses formes. Ils peuvent par exemple être sous forme de feuilles qu’il est possible de découper avec une simple paire de ciseaux ou bien de fils, dont les diamètres sont très diversifiés : extrême finesse à diamètre plus grossier.

Dans son projet, Ying Gao a utilisé des fils électroluminescents tellement fins qu’il lui a été possible de les broder. Cette technologie est donc parfaitement adaptée au projet « (No)where (Now)here » de la créatrice car il regroupe toutes les caractéristiques utiles à son projet.

En quoi ces technologies influencent la créativité de Mme Ying Gao.

Le textile comme un média

Dans ses projets, Mme Ying Gao remet en question la notion même de vêtement. L’animation va conférer une nouvelle existence à la création et va créer un dialogue avec le spectateur. Le vêtement va rayonner et bouger comme s’il était vivant. Cela lui donne une véritable identité. Le spectateur ne va pas arriver à le considérer comme un vêtement. De par ses mouvements, il sera forcément quelque-chose de plus intéressant, de plus important, qu’un simple habit.

Le vêtement permet de communiquer son histoire et de faire passer ses idées aux spectateurs, il est une interface géante. Les vêtements de ce type sont rares et nouveaux. Ils attirent forcément le public qui va s’arrêter devant eux pour prendre le temps de les observer et de les contempler. Ils seront forcément créatifs car ils remplissent deux des principales caractéristiques : la rareté et la nouveauté.

Travailler l’immatériel

La créatrice, peut grâce à ses créations, travailler des éléments immatériels comme la lumière, la pensée ou le regard par exemple. Ils deviennent les matériaux de sa création. Avant l’apparition de la technologie, l’immatériel ne pouvait pas être travaillé. Depuis, cela a permis de travailler de nouveaux matériaux jusqu’alors impensables. L’ajout de ces matériaux dans le processus ajoute forcément des possibilités et donc des possibilités de créativité.

L’échange et les découvertes

La créatrice travaille en collaboration avec un designer en robotique, elle arrive à créer des vêtements qui sont le miroir de ses idées grâce au mélange de leurs compétences. L’application de ce genre de procédés est nouvelle dans le domaine du vêtement. Il n’y a donc pas de plan de travail défini ni de convention qui bloquerait la création. Au contraire, le champ est libre pour la recherche.

Grâce à ses assistantes, La designer peut se permettre de tester énormément de solutions afin de ne conserver que les meilleures. La fluidité des mouvements des tenues donne une ambiance poétique, très gracieuse. Cela permet de tendre vers la perfection et donc la créativité.

Le guidage par la contrainte

Les matériaux que la créatrice utilise ne sont pas traditionnels. Ils demandent chacun de trouver des techniques adaptées pour les travailler. Il faut donc qu’elle s’adapte et qu’elle trouve des solutions afin de travailler un ou plusieurs matériaux. Chaque matériau a ses contraintes et les concilier les unes avec les autres n’est pas toujours simple. Mais ces obligations permettent de guider la créativité.

Audrey Jaillard
J’adore : la mode, le textile et les dinosaures
Je déteste : Le persil parce que ça gratte.
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