Revue de Presse - Février 2016

Chaque mois, Modelab reprend dans sa revue de presse l’actualité qui a marqué la FashionTech. Start-ups, évènements, applications : voici un récapitulatif des articles qui nous ont le plus marqué ces dernières semaines !

Pour introduire Février 2016, la BBC parle de l'influence du digital sur la communication de mode. Un sujet d'actualité qui interpelle un public de plus en plus large.

Expositions FashionTech

Melissa Coleman, Holy Dress, 2012

La mode au musée, ce n'est pas nouveau, et ça fonctionne plutôt bien. Le carnet de tendances de l'Obs présente une interview d'Olivier Saillard, directeur du palais Galliera. Nous vous parlions de l'événement Weareable à Paris, et on dirait bien que la FashionTech inspire de plus en plus d'expositions. Au Pratt Manhattan se prépare notamment "Coded_Couture show".

 "The next wave of designers may very well use pixels in lieu of textiles." Vogue

Le Point Fashion Week !

Si la FashionTech attire de plus en plus d'articles comme celui de fastcodesign.com qui présente les "5 plus beaux wearables de NYFW", ou encore celui-ci de Decoded Fashion sur les défilés de Londres, le thème principal, au coeur des débats de ce mois de Février 2016, était l'avenir des présentations des collections, les Fashion Weeks vont-elles disparaitre?

Fashion Week Paris VS London Infographie de  stylight.fr

Alors nous y sommes ? On nous annonce que la "Fashion week is broken" sur racked.com...
Charlie Porter se demande "Le système s'écroule, mais quel est ce système au juste ?" et revient sur l'histoire des Fashions Weeks, permettant de relativiser la situation, en citant notamment le livre de Caroline Evans :

caroline evans The mechanical smile, modernism and the first fashion shows in france and america

Alors oui, c'est certain, même The Guardian l'affirme : la Fashion week ne sera plus comme avant. Le modèle auquel nous étions habitué, hérité des années 70' et popularisé par les médias, n'est plus adapté. Le rôle des réseaux sociaux pendant les évènements continue d'évoluer et de faire parler de lui (prenons l'exemple de Snapchat à la Fashion Week de NYC décrypté par Fashionandmash.com).

"Fashion continues. Fashion has always been about more than just “the system”. We have to find a way to adapt with it, to understand it, and to report on it." Charlie Porter

Les géants se lancent dans la FashionTech : Google et Apple

Nouvelle collaboration marquante lors de la Fashion Week, celle de Google et Coach, qui permet d'accéder autrement à la présentation de la nouvelle collection se déroulant le 16 Février.

Vogue décrit dans un article la relation d'Apple et la mode.  Apple sponsorise également l'exposition "Manus x Machina: Fashion in an Age of Technology", ce qui marque son envie de continuer à s'investir dans le secteur.


mode et frontieres

"Mode & Frontières, identités, cultures et territoires" le colloque de l'Université de la mode

Les 9 et 10 février derniers, dans le Grand Amphithéâtre de l'Université Lumière Lyon 2, sur les quais du 7ème arrondissement de la ville de Lyon, avait lieu le fameux colloque de la mode.

L'Université de la Mode s'est donnée comme objectif d'organiser des colloques qui réunissent des chercheurs, des universitaires, des acteurs de la mode sur des sujets liés à l'actualité. Interdisciplinaires, ces colloques réunissent scientifiques, historiens, sociologues, anthropologues, autant de professionnels sur les divers secteurs de la mode, allant parfois jusqu'à des architectes, des designers, dans le but de confronter les résultats de leurs études et recherches récentes, et d'échanger, entre eux, et avec le public, sur ces réflexions.

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Grand Amphithéâtre de l'Université de la Mode, Lyon 2, le 9 février 2016.

Le thème de cette année 2016 est : « Mode & frontières, identités, cultures et territoires ». Ici on n'entend pas seulement le terme de frontière comme une frontière géographique ou géopolitique, mais également en terme de frontière marketing, de frontière économique, ou même de frontière physique, entre créateur de mode et consommateurs. Les limites et les frontières au sujet des nouvelles technologies sont également abordées, et c'est ce dont nous allons parler, selon les questions suivantes : la mode, qui intègre et réduit les différences, affiche-t-elle aujourd'hui de nouvelles frontières ? Quels en sont ses espaces intermédiaires ? La mode, qui par définition repose sur le changement, est-elle elle-même une frontière ?

Lors du colloque, quelques conférences ont particulièrement attiré mon attention, de par leur lien évident avec le secteur de la fashiontech. Il s'agit des interventions d'Eleni Mouratidou, maître de conférences en Science de l'information et de la Communication à l'Université Paris 13, et son étude « Les images-coulisses de la mode : du transmédia à l'opacité communicationnelle », et de Valérie Jeanne-Perrier, enseignant-chercheur au CELSA Université Paris-Sorbonne et son analyse sur « Le cliché Instagram comme unité d'un langage restructuré de la mode ? Formes, formats et formules d'une communication en métamorphoses médiatiques ».


Les images-coulisses de la mode : du transmédia à l'opacité communicationnelle.

L'étude d'Eleni Mouratidou nous montre que depuis quelques années, les stratégies communicationnelles dans le domaine de la mode mettent l'accent non plus uniquement sur des défilés, des photographies ou des ouvrages lisses et parfaits, mais sur un nouveau penchant : exhiber le backstage, les coulisses, la fabrication de ce monde si rutilant. Madame Mouratidou explique que ces images-coulisses valorisent la mode en tant qu'industrie, et qu'elles produisent une sorte d'opacité qui défait, démystifie ces coulisses du monde de la mode.

Les techniques et supports sont nombreux : éditoriaux photographiques qui montrent le processus des séance photo, films édités par les marques, bonus DVD ou vidéos en ligne retraçant le processus de création d'une campagne publicitaire ou d'un reportage mode, reportage en backstage des défilés de mode... L'industrie de la mode semble vouloir montrer l'envers du décor, rendre réel ce que l'on peut croire irréel, rendre visible l'invisible. Ces images effacent la fiction pour montrer la réalité, sans triche.

Backstage d'un défilé de Stéphane Rolland.
Backstage d'un défilé de Stéphane Rolland.

Eleni Mouratidou nous montre ensuite le corpus sur lequel s'appuie sa démarche : le making-off Vogue Paris de June-July 2013, la vidéo-coulisse de la campagne publicitaire de la marque Liu-Jo avec Kate Moss.

Ces images qu'Eleni Mouratidou nous donne à voir sont un work-in-progress, au contraire des images dites fixes que l'on croise partout dans le domaine de la mode. Ces making-off semblent fonctionner comme une méta-sémiotique, ce qui est le cas pour pas mal de making-off. Pourtant ce n'est pas un phénomène qui est apparu récemment. En effet la première image-coulisse date de 1966, dans le film « Qui êtes-vous Polly Maggoo ? » , qui donne à voir les coulisses d'un défilé de mode. Alors pourquoi une soudaine tendance à ces images-coulisses ? Tout simplement parce qu'aujourd'hui nous possédons les moyens techniques, les outils communicationnels pour ces images-coulisses et les rendre infiniment plus attractives et accessibles. Le résultat en est que ces images-coulisses sont devenues un vrai phénomène social, et qu'elles finissent par produire des techniques de communication de transmédia.

D'après Eleni, on constate une claire évolution des acteurs de la mode, depuis le 20ème siècle. On reconnaît officiellement les photographes par exemple, qui se mettent en scène dans leur art, tels Helmut Newton, ou Richard Avedon. Il en va de même avec certains make-up artistes, coiffeurs, mannequins, ou stylistes.

Richard Avedon dans son studio, en 1950.
Richard Avedon dans son studio, en 1950.

Eleni Mouratidou nous explique ensuite qu'au sein même de ces images-coulisses il existe plusieurs types d'images. Celles-ci changent de point de vue : parfois on a celui du photographe, en train de prendre la photographie, ou bien celui du mannequin qui prend la pose devant l'objectif, mais il y a aussi le point de vue du spectateur, du curieux, où l'on voit le ballet incessant des régisseurs, maquilleurs, accessoiristes.

Malgré cette volonté de casser l'image lisse et calculée des images de la mode, selon l'analyse d'Eleni, on constate que ces images-coulisses peuvent parfois être mises en scène, alors qu'elles devraient être exemptes de toute théâtralité et fausseté. Par exemple, le clip bêtisier Victoria Secret de Noël, qui en vérité est totalement contrôlé du début jusqu'à la fin, des paroles des mannequins à leurs expressions.

Backstafe du défilé Chanel Haute-Couture Printemps-Été 2011.
Backstage du défilé Chanel Haute-Couture Printemps-Été 2011.

De plus, Eleni Mouratidou précise un point important : ces images-coulisses sont en réalité antinomiques, puisque par définition même l'image de mode n'est pas authentique, elle est une mise en scène, un rêve créé pour les consommateurs. On ne peut donc pas, on ne devrait donc pas en montrer les coulisses.

En conclusion, Eleni se pose la question, s'il ne serait pas dangereux de montrer les réelles coulisses de la mode. La réponse est que si, très probablement. Pour cette raison, les images-coulisses que l'on nous donne à voir aujourd'hui ne sont que des dédoublements des vraies coulisses de la mode. On ne montre au final, que ce que l'on veut bien montrer.

Cette démarche et prise de position communicationnelle est d'ailleurs parfaitement inscrite dans l'actualité. Tout récemment c'est Burberry qui racontait sur Snapchat l'infraction de mannequins  dans les réserves de la célèbre marque, sous le titre "Break in at Burberry!", les demoiselles désirant voir les précieuses pièces du défilé, bien avant l'heure. Ce story-telling s'ancre parfaitement dans l'analyse d'Eleni, et nous montre à quel point les marques et créateurs d'aujourd'hui regorgent d'ingéniosité et de créativité pour nous montrer les coulisses de leur monde, les dessous de leurs magasins, les backstages de leurs défilés, ou de leurs campagnes publicitaires.

"Break at in Burberry!", photographie Snapchat, 22 février 2016.
"Break at in Burberry!", Snapchat, 22 février 2016.

Le cliché Instagram comme unité d'un langage restructuré de la mode ? Formes, formats et formules d'une communication en métamorphoses médiatiques

Valérie Jeanne-Perrier introduit son sujet en expliquant « qu'avant » internet, (en étant très prudente sur cette période d'avant internet), la mode s'incarnait en un discours complexe sur le vêtement dans les médias de presse et quelques supports audiovisuels spécialisés, après avoir été une production du costume destiné à des fonctions.

Mais avec la multiplication des moyens et supports numériques et l'avancée technologique, avec l'innovation, la mode, selon Valérie, se produit désormais dans des systèmes complexes et des infrastructures transmédiatiques, qui fournissent toute une panoplie d'identités. Les portraits, silhouettes, moodboard fournissent une vaste gamme de modèles, c'est la naissance de la copie, du sosie numérique, et pour le public, du mime.

Dans l'étude de Valérie, la forme qui revient le plus souvent est une forme vintage, celle du polaroid. Les photographies sont largement modifiées par des filtres, des effets créatifs ou artistiques. De cette façon, la mode s'approprie les efforts de créativité et de mutation des photos Instagram.

Mise en abîme d'une photographie polaroid.
Mise en abîme d'une photographie polaroid.

On assiste à une nouvelle scène, autre que les podiums ou les catwalks, autre que les tapis rouges, de la mode : celle des galeries Instagram. De nouveaux mannequins apparaissent, ils sont ceux qui utilisent Instagram et publient leurs photographies carrées. Ils recomposent les modalités de discours de la mode, avec leurs clichés. Valérie Jeanne-Perrier nous rappelle qu'Instagram appartient au groupe Facebook, et qu'il n'y a aucune rupture chronologique dans les galeries Instagram.

Ces galeries Instagram sont à la fois des monstrations et des démonstrations, c'est ce qui ressort de leurs modalités d'utilisation. Car de nos jours la mode n'est plus uniquement une question de production et de vente, elle devient une démonstration, une communication médiatique de soi, nous explique Valérie.

Instagram bouleverse les saisons de la mode, les change. Jusqu'en 2013 c'était les défilés qui dictaient les parutions et l'expression de la mode. Si l'on se réfère à l'analyse présentée, maintenant, c'est notamment Instagram qui quotidiennement, montre la mode, les maisons, les mannequins la dicte. La mode devient plus accessible.

Mais finalement, le vêtement disparaît presque au profit du corps, du visage, du paysage ou de l'animal montré sur les photographies. En somme, au profit de la vie de l'utilisateur.

Photographie Instagram de Choupette, la chatte de Karl Lagarfeld.
Photographie Instagram de Choupette, la chatte de Karl Lagarfeld.

Valérie Jeanne-Perrier conclut par une interrogation : serait-on passé d'un système de mode « avant internet », à plusieurs systèmes de mode aujourd'hui ? Les outils sont partagés par tous, et la mode de nos jours apparaît comme plus proche, plus accessible, même si les invitations aux défilés restent des sésames rares.

Une autre conséquence directe identifiée par Valérie, est qu'aujourd'hui les créateurs peuvent agir et se montrer eux-mêmes au monde, seuls, via Instagram. Il n'y a plus besoin ni de défilé, ni de magazine pour se faire connaître. Enfin, ces photographies carrées redonnent une voix aux mannequins, aux make-up artistes, aux coiffeurs, à tous ceux qui sont mis en scène ou invisibles, dans l'industrie de la mode.

On se rappelle l'exemple de Misha Nonoo, qui présentait sa collection sur Instragram en octobre 2015, l'appelant "Insta'show". Là encore il semble que les jeunes créateurs et même les plus grandes marques commencent à s'intéresser à ce phénomène de communication transmédiatique, et petit à petit, à s'en emparer.

Insta'show de Misha Nonoo, octobre 2015.
Insta'show de Misha Nonoo, octobre 2015.

L'avancée technologique et la mode sont des secteurs qui se révèlent donc bel et bien intrinsèquement liés, comme ces deux maîtres de conférence nous l'ont démontré. Dans les années à venir nous verrons peut-être de nouveaux modes communicationnels inventés, qui permettront de voir les défilés de mode en hologrammes, pourquoi pas, en direct. Ou peut-être encore que nous n'aurons plus besoin des magasins, des magazines, ou des défilés, que des lunettes, des moyens techniques nous permettront dans le futur, de voir et d'essayer la mode, en un battement de cil.

Une chose est certaine, la mode n'est pas prête de s'arrêter, et la fashiontech ne fait que commencer.


MateriO

MateriO, l'inspiration par la matière

La semaine dernière j'ai rencontré Susanna Campogrande, designer et consultante chez MateriO Belgique. MateriO est un service de veille et plate-forme de découverte des innovations matières. Fondée en 2000, l'entreprise propose à ses membres plusieurs "materiOthèques ", autrement dit des bibliothèques de matières. Centre de ressources en matières innovantes, ses services s'adressent principalement aux designers, tous secteurs confondus. Nous faisons aujourd'hui avec Susanna Campogrande un focus sur les matières textiles innovantes d'aujourd'hui et de demain, les enjeux technologiques auxquels font face fabricants et designers de l'industrie textile et le rôle de MateriO dans ce processus.

Bonjour Susanna, pouvez vous nous expliquer comment fonctionne MateriO ?

MateriO s'inscrit dans le panorama des matériauthèques et des autres centres de matériaux qui existent. Nous avons comme particularité d'être une structure indépendante vis à vis des industriels, nous ne vivons pas de la publicité des fabricants, le service est uniquement financé par ses utilisateurs. Nous sélectionnons des produits qui nous semblent intéressants et innovants, adaptés à notre cible, généralement des entreprises de design mais aussi des industriels. Nous sommes une vitrine pour une sélection de produits à caractère innovants, de matériaux-produits, de semi-transformés qui sont multi-matières et multi-secteurs d'application. Ici à Bruxelles nous travaillons beaucoup avec les fabricants et les industriels du meuble, mais nous avons aussi travaillé pour les secteurs de l'automobile, du design d’intérieur, de la scénographie et bien sûr du textile (mode, accessoires, bagagerie etc.).

Nous fonctionnons comme une plate-forme de communication entre ceux qui cherchent des matériaux et ceux qui les produisent avec pour clé d'entrée tout ce qui concerne l'innovation et l'inspiration par la matière.  Nous apportons à nos clients un regard design sur la matière.

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Quels sont les services que vous proposez à vos clients ?

Au centre du système il y a la matériauthèque, cette bibliothèque de matières physique et virtuelle. Il en existe une à Paris, à Prague, Bratislava, ici à Bruxelles et bientôt en Asie. La bibliothèque de matière de Bruxelles recèle aujourd'hui aux alentours de 7000 échantillons matières qui ont chacune une fiche de description avec un contact fournisseur. Ensuite il y a la base de donnée en ligne disponible sur notre site, matériauthèque virtuelle qui rassemble encore plus de matières et qui fournit plus de 5000 contacts de fournisseurs. Nous référençons majoritairement des matériaux mais aussi des types de traitements ou de transformation de matériaux, un procédé technique ou de sou-traitance industrielle, un savoir-faire. Nous proposons aussi des services annexes. Cela va de l'organisation de shows tendances, animation de workshops créatifs, organisation de rencontres thématiques, le tout toujours axé matières. Nous montons aussi des expositions comme par exemple dans le cadre du Mood Indigo (salon du textile d'ameublement) à Bruxelles ou bien le salon Subcontracting à Anvers. Nous faisons aussi du sur-mesure, de la veille technologique en fonction du besoin spécifique d'un client. On peut par exemple travailler sur une matériauthèque thématique adaptée à un client. Nous fonctionnons comme une structure privée, c'est à dire que l'accès à la matériauthèque se fait par un système d'abonnement payant qui peut comprendre différents services.

Quel rôle joue MateriO dans le processus de design ?

Il est important d'avoir des experts qui connaissent les matières et qui ont l’habitude de faire des transferts technologiques entre une application et l'autre. Un client repart avec les réponses matières à ses questions design et parfois aussi avec des réponses design. Ici à MateriO Belgique nous sommes une petite équipe de trois personnes. Karen Sprengers, directrice, Alan Dergent et moi-même avons des profils de designers ce qui nous permet d'avoir une approche créative à la matière. Nous combinons cette approche design à notre connaissance du milieu industriel.

Nous avons l'habitude de travailler avec les fabricants de matières et nous parlons deux langues, celle du créatif et celle du fabricant. C'est ce qui fait la différence.

Apportez-vous un suivi aux designers après le processus de conseil matière ?

Il peut arriver que nous fassions du suivi, de l'accompagnement pour certains projets. Nous avons parfois à faire à des créatifs qui n'ont pas l'habitude de traiter avec les industriels et nous pouvons les aider dans ce processus. C'est quelque chose que l'on peut faire parce que notre équipe à Bruxelles est très axée consulting, dans les secteurs de l'innovation, de l'éco-design, et MateriO est un de nos outils de travail. Nous accompagnons les entreprises qui se réabonnent d'une année à l'autre à nos services car nous les connaissons bien, nous savons ce qu'il recherchent et nous pensons à eux lors de notre processus de veille technologique. Nous proposons une newsletter sur l'actualité du secteur tous les mois et nous avons également une newsletter quotidienne adressée à nos membres qui s'appelle " Dayly MateriO " et qui fait chaque jour un zoom sur une matière que contient notre base de donnée en ligne. Cela permet aux designer de découvrir de nouveaux produits qu'ils n'auraient pas forcément eu le temps ou l'idée de trouver.

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Comment découvrez-vous les nouvelles matières innovantes ?

Il y a bien sur des salons à ne pas rater. On peut citer parmi eux des salons spécialistes des matériaux dans plusieurs domaines comme le JEC (salon des matériaux composites), le salon des emballages et du packaging, Première Vision, le Midest (salon de la sous-traitance industrielle) ou encore Batimat. Mais nous faisons aussi des salons comme Maison et Objets ou le salon du meuble à Milan. Certains jeunes créateurs inventent et mettent au point de nouvelles matières directement intégrées dans leur produits. C'est une approche de la matière tout à fait récente et expérimentale qui nous intéresse et qui nous permet de découvrir de nouvelles matières directement à travers leurs applications. Ensuite, bien sûr, nous faisons de la veille sur internet et par le biais de la presse. Et nous bénéficions évidemment d'un réseau humain. Les fabricants qui nous connaissent viennent vers nous lorsqu'ils ont des nouveautés. Il y a dans le monde plusieurs matériauthèques, surtout concentrées en Europe. Il existe aussi des centres pour l'innovation en matériaux, des centres de recherche. Nos concurrents et nous travaillons tous plus ou moins sur la même chose mais nous ne proposons pas forcément les mêmes services.

Existe t-il des matériauthèques spécialisées dans le textile ?

Autrefois il y avait une tissuthèque privée a Paris, puis elle a été vendue à Innovathèque (matériauthèque basée à Paris). Il existe également à l'école des Arts Deco de Paris une tissuthèque tenue par Isabelle Rouadjia.

Chaque matériauthèque a sa spécialité mais je pense que MatériO est sans doute la plus transversale, la plus ouverte.

Il existe également d'autres types de structures qui peuvent faire ce lien entre industriels du textiles et designers comme La Maison du Savoir-Faire et de la Création, l'IFTH (Institut Français du Textile et de l'Habillement) ou encore l'UIT Nord Roubaix.

Comment percevez-vous les produits textiles innovants d'aujourd'hui et l'évolution du secteur dans l'avenir ?

Les récents livres de Florence BOST, "Textiles Innovants et Matières Actives" et "Les Enjeux des Nouveaux Matériaux Textiles" de Christine Browaeys sont de belles récoltes de ce qui se fait aujourd'hui en matière de textiles innovants. Ils contiennent des projets qui peuvent paraître gadgets, mais s'ils paraissent gadgets c'est parce que les industriels n'ont pas encore bien intégré ces technologies de l'habillement. J'ai constaté en travaillant avec les industriels textiles qui font des textiles techniques, qu'ils n'exploitent pas la dimension design textile, en terme d'esthétique. Il ne prennent pas forcément en compte la dimension de design textile lors de la mise au point de la matière, du textile technique. Il y a là encore énormément de choses à faire.

Il manque un maillon dans la chaîne de production et d'utilisation des textiles techniques. Le jour ou l'on aura fait un pas en avant vers cette problématique je pense que l'on verra vraiment des choses intéressantes.

Ce maillon manquant représente-il un métier qui n'existe pas encore ?

Je dirais que le métier existe mais que les fabricants n'y font pas assez appel. Ils ne font pas appel à des designers textiles mais travaillent plutôt avec des ingénieurs textiles. Le designer textile pourrait pourtant apporter une nouvelle dimension aux textiles techniques pour que les applications futures de ces matières puissent être développées à partir du design et de la conception de la matière. Aujourd'hui un secteur d'application qui fonctionne pour les textiles techniques et innovants est le monde du médical. Il faut bien distinguer ce types d'applications fonctionnelles à d'autres types d'applications qui aujourd'hui sont vues comme encore trop gadget.

Quelles innovations textiles récentes vous ont marquées ?

Les textiles à base de bois appliqués au design existent depuis longtemps, mais récemment il y a de vrais produits qui sortent comme ce produit italien qui s'appelle " Ligneah ". Il y a également en terme de production des choses très intéressantes qui se passent, comme la production intégrée de semelles de sport et de la maille qui composent la chaussure. D'autres innovations textiles nous attendent probablement sur première vision cette semaine !

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Dans la matériOthèque de Bruxelles - Textiles bois Ligneah

Un dernier mot pour la fin ?

Je tiens à parler d'une étude bipartite qui a été conclue en 2015 par les industriels textiles de la région transfrontalière Belgique-France qui s'appelle ACV Tex (Analyse du Cycle de Vie). Cette étude fait l'analyse a l'échelle mondiale du cycle de vie des textiles et permet de mieux comprendre l'impact environnemental de la production d'un produit textile. Elle prend en compte une période qui couvre tout le cycle de vie du produit de la fabrication de la matière première jusqu'au recyclage éventuel du produit à la fin de son cycle de vie. Il a été prouvé que pour un t-shirt en coton blanc produit en chine puis acheté et utilisé en France pendant un an, lavé séché et repassé régulièrement, au bout d'un an c'est la phase d'usage du t-shirt qui est la plus impactante au niveau environnemental. Cette étude a montré que nous avons beaucoup d'idées préconçues sur le fait qu'un produit soit fabriqué en Chine, sur l'impact écologique de sa production etc. Mais cette étude permet de prouver scientifiquement que c'est bien l'entretien de ce t-shirt blanc qui est le plus néfaste pour l’environnement. Je pense donc que ce qui est innovant aujourd'hui, et ce qui sera innovant demain en matière de textile c'est de produire des vêtements qu'on ne doit pas entretenir de façon aussi polluante. Une des pistes est de produire des textiles qui n'ont pas besoin d'être lavés, repassés, séchés, voire même, et cela peut paraître aberrant, un vêtement jetable.

 

Pour aller plus loin, Susanna Campogrande vous propose une liste d'ouvrages dirigés par MateriO et consacrés aux matériaux innovants :

 


Paris FashionTech - le Weareable

Mardi dernier commençait le festival Weareable, organisé par Look Forward à la Gaité Lyrique.  6 journées d'expositions, ateliers, et rencontres porteuses d'échanges et réflexions sur des thèmes qui nous tiennent particulièrement à coeur chez Modelab.
Une première édition riche, à laquelle s'est ajoutée une journée palpitante à l'atelier néerlandais. Retour sur cette semaine de la FashionTech à Paris.

L'exposition

Les pièces FashionTech présentées à la Gaité Lyrique étaient organisées par thèmes:
- WEARE EXPRESSIVE : ces vêtements qui permettent de communiquer (avec Sensoree, Ying Gao, Local Androids, Lace Sensor Dresses, Caress of Gaze)
- WEARE SMART SHOPPING : le retail du futur (avec Check Hol'in, Follow me, ADN Cloz, Shop Me, Check Out)
- WEARE CONSCIOUS : la mode qui s'engage ( avec Abstract_, Vigour, Spider Dress, Herself Dress, Political Lace)
- WEARE EVOLUTIONARY : la mode comme éternel changement (avec weareable facade, showpiece, biz eyes, kimono musical, mould perceptions, what is real, prepping your body & persiltaltic machine)

Une journée à l'atelier néerlandais

atelier

Click NL, l'atelier néerlandais et l'ambassade des Pays Bas ont organisé un séminaire "Embracing Fashion & Technology", avec comme animateur tout au long de la journée Bradley Quinn, spécialiste des wearables. Les présentations et tables rondes se sont déroulées dans une ambiance conviviale, questionnant l'évolution des frontières entre "objet" et "sujet", des modes d'expression de l'humanité,  des manières de penser, concevoir et vivre avec les vêtements, les limites des modèles actuels, de l'industrie, des business models des entreprises de mode...
Retrouvez ici le détail du programme

Les tables rondes du Weareable festival, disponibles en vidéo:

meetup

Vous n'avez pas pu assister aux tables rondes?
Retrouvez ici les vidéos:
Digital mon amour modérée par Fabrice Jonas de Modelab
Do it your Mode  (vidéo incomplète :()
Afterwork de la mode pitch de start-ups
Shoppe-moi si tu peux modérée par Fabrice Jonas
Le wearable du web, séance de projection par Audrey Billard (l’Oeil de Links)

La présidence du jury, Diane Pernet, annonce le lancement d'un festival dédié aux vidéos FashionTech :

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Des conférences inspirantes

Dans sa conférence, Emma Fric de Peclers présente la quête de singularité des consommateurs, les nouveaux rapports aux produits induit par l'ère des makers, et les enjeux du digital story telling.

 

Après une semaine au rythme de la FashionTech, plusieurs constats s'imposent. Déjà, Paris est toujours une ville incontournable pour la mode, où des personnalités créatives internationales aiment se rencontrer. L'eco-système FashionTech commence à s'organiser, créer ses évènements, trouver ses propres institutions référentes, des créateurs et entreprises se font reconnaitre,  et ses médias spécialisés trouvent leur public ;)

 


sponge suit

Sponge Suit : le bikini qui absorbe les polluants dans l'eau

De nombreux wearables ont été conçus à des fins de surveillance de l'activité du corps humain dans un but médical ou de prévention. Mais avec le Sponge Suit, c'est à l'environnement que la Fashion Tech s'intéresse. Et qu'est-ce que le Sponge Suit ? Un maillot de bain qui possède la particularité d'être capable d'absorber les polluants présents dans l'eau.

Sponge Suit : un matériau de remplissage absorbant et hydrophobe

Composé d'une armature en électro-plastique souple obtenue par impression 3D et d'un matériau de remplissage, le Sponge Suit résulte d'une découverte de Mihri et Cengiz Ozkan, chercheurs à l'Université Riverside en Californie.

À base de carbone, ce fameux matériau de remplissage fonctionne en fait comme un filtre, ou comme une éponge, d'où le nom de Sponge Suit : il évacue l'eau et retient les polluants.

#9AU7_SPONGESUIT / RESHAPE15 par RESHAPE via Vimeo.

Quant à son utilisation dans un maillot de bain, elle est le fruit du travail du cabinet de design et d'architecture Eray Carbajo, basé à New York. Le plastique de l'armature, extrêmement souple, épouse parfaitement le corps humain.

Le Sponge Suit, éco-responsable et recyclable

Le matériau de remplissage en carbone du Sponge Suit est capable d'absorber 25 fois son poids et retient les huiles, les produits chimiques et le sel présents dans l'eau. N'ayez crainte toutefois : ses créateurs assurent qu'aucun de ces éléments ne peut sortir du maillot et se déposer sur la peau s'il n'est pas chauffé à une température de 1000 °C !

Passée cette température en revanche, le matériau se liquéfie et peut donc être recyclé et réutilisé pour produire un nouveau maillot. En effet, les propriétés d'absorption du Sponge Suit s'estompent après une vingtaine d'usage, mais le matériau de remplissage peut être enlevé, recyclé et remplacé.

Le Sponge Suit, une douce utopie ?

La seule question qui persiste est donc celle de l'efficacité : combien de nageurs faudrait-il équiper de Sponge Suits et combien de temps devraient-ils passer à nager dans l'océan pour réduire significativement la pollution ? Difficile de le dire...

Sponge SuitMais les propriétés nettoyantes et de désalinisation du matériau de remplissage ouvrent sans nul doute des portes intéressantes ! En tout cas, le Sponge Suit a remporté en 2015 le 1er prix de la Reshape Wearable Technology Competition. À suivre donc...

Les wearables peuvent aussi vous protéger des ondes, messieurs : pour en savoir plus, lisez notre interview de Thomas Fayon, co-fondateur de la marque The Faraday Project.

Sources :
Bateaux.com
Creapills.com
Ouest France
Sciencepost.fr
Onearth.org


Club Monaco

Retail 2.0 : l'expérience client réinventée !

Du 17 au 20 janvier, New York accueillait la Nation Retail Federation (NRF) pour son édition 2016 du NRF Retail's BIG Show, le plus important salon mondial dédié au magasin connecté.  Au cœur de cette ville pionnière, les dernières innovations qui composeront les retails de 2016 étaient présentées. Au-delà des inventions techniques, les nouvelles tendances se focalisent sur l'expérience client.

Mission n°1 : rendre les magasins attractifs

A l'heure de la transformation numérique, les magasins doivent parvenir à passer un cap et continuer à attirer les clients.  Aux États-Unis, la pression est d'autant plus grandes que les magasins classiques doivent faire face à un concurrent de taille : Amazon.
Pour y parvenir, Isabelle Bordry, ex directrice générale de Yahoo France et co-fondatrice de Retency, une start-up de solution d'analytics destinées aux enseignes physiques, énonce la règle des 3P qui doit permettre aux enseignes de se réinventer :

  • Personnalisation
  • Prédiction
  • Pertinence

Le Hub Institute a listé les 8 tendances du retail. Parmi celles-ci, de nouveaux services sont offerts pour inciter les clients à passer plus de temps en boutique.

BrightBox propose des boîtiers de rechargement pour smartphones permettant d'améliorer le drive-to-store et d'augmenter le temps passé en point de vente.

Brightbox
Dans certaines de ses boutiques, Converse offre la possibilité de customiser ses produits dans son espace "Blank Canvas".  Un ensemble de designs, matériaux, couleurs et éléments divers sont à la portée des clients :

Blank Canvas

 

 

 

 

 

 

 

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Le point de vente, un espace multifonctions

Plus que de proposer de nouveaux services, le point de vente doit se réinventer :

« Le magasin ne doit plus seulement être pensé comme un lieu pour acheter »

Catherine Barba, experte du e-commerce

Les marques innovent de plus en plus pour offrir des expériences clients uniques :

  • Lululemon, la marque de vêtements et accessoires de yoga a ouvert un espace de coworking et des cours de yoga
  • Sephora instaure des cours de maquillage dans certains de ses points de vente
  • Club Monaco, en plus de vendre des vêtements, développe la vente de cafés, de livres, de fleurs...

Westfields Lab teste des solutions innovantes avec le projet Bespoke : un espace de 3 000 m² au sein d'un centre commercial de San Francisco pour des start-ups de l'univers du retail.

Bespoke

 

 

En plus d'un espace de coworking, les start-ups bénéficient de pop-ups stores, d'espaces pour organiser des évènements, des démos...

En Chine, l'expérience va plus loin, le centre commercial Explorium élaboré en partenariat avec IBM, mixe shopping et parc d'attraction avec un accès réservé à 12 000 membres.

Explorium

L'expérience client se poursuit hors magasin

Comme l'étudie Catherine Barba, dans son laboratoire expérimental à New York, l'expérience client ne s'arrête pas à l'acte d'achat. Dans sa chronique PEPS (Plein d'Expériences pour Se réinventer) elle fait l'état de ses premières observations.

GafaDès son arrivée "aux States", elle a pu constaté la puissance des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui n'hésitent pas à faire évoluer leur offre de leur métier de base dans le but d'occuper le maximum de place dans la "vie digitale" de leurs clients. L'étude Gafanomics de FaberNovel  le prouve puisque les GAFA représentent 55% de nos vies digitales en cumulant tout le temps passé à de la recherche d'informations, l'envoi de mails, l'écoute de la musique, les achats...  Un des clients d'Amazon Prime témoigne même qu'acheter un produit n'est pas le plus passionnant.

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Les GAFA réussissent à penser "parcours client" aussi bien physique et digital et orientent leur discours commercial sur la vie du client plutôt que sur la vente des produits. Un modèle pour tous les commerçants qui n'est plus seulement de vendre avec de bonnes marges mais de fidéliser, d'attirer de nouveaux clients, de communiquer...  C'est combiner un service et devenir une référence dans leur vie quotidienne. Les réponses passent toujours par l'écoute des clients !


diy mode

Révolutions dans la confection de mode !

Pour arriver au vêtement que vous portez aujourd'hui, il aura fallu de nombreuses étapes. Tout d'abord choisir et se procurer la matière première, puis la traiter et la transformer en fil, ensuite assembler ces fils en textile, lui donner les caractéristiques voulues (teinture ? texture ?) et enfin découper et assembler ce textile pour réaliser une pièce d'habillement.

Aujourd'hui, de nouvelles technologies permettent de fusionner différentes de ces étapes. Nous vous présentons des Start-ups qui bouleversent les schémas traditionnels et ouvrent les perspectives des secteurs de la mode et du textile.

TAMICARE, textile innovant 

Basée à Manchester, l'entreprise Tamicare s'est spécialisée dans l'impression 3D de textile et matières non-tissées. C'est en 2001 que Tamar et Ehud Giloh se lancent dans ce projet qui permet de produire le textile nécessaire à la création d'un vêtement ou d'une tige de chaussure en une seule étape. C'est une grande première d'utiliser l'impression 3D en vue d'une production de masse. L’intérêt de leur technologie est de faciliter la réalisation de textiles complexes, comme par exemple ceux utilisés dans les chaussures de sport, qui actuellement peuvent demander une centaine d'opérations, là ou Tamicare les réduit à trois !

UNMADE, mélange de créativités pour un vêtement unique

unmade

En B2C aussi de nouveaux modèles émergent. S'inscrivant dans la tendance de personnalisation des services, de customisation des produits, Unmade propose à ses clients d'intervenir sur les motifs de pull-overs et écharpes, qui sont ensuite « tricotés à la demande » par une machine de tricotage industrielle. Cette entreprise, elle aussi anglaise, permet de commander des vêtements en maille personnalisés, un peu comme lorsqu'on demandait à sa grand-mère un tricot. Sauf que les machines d'Unmade réalisent le modèle en un temps record (1 heure), et sans critiquer vos goûts et vous dire que, quand même, vous avez de drôles d'idées.

Pour éviter la faute de goût, le site d'Unmade, où se connecte le client pour passer commande, lui propose des bases de motifs tendances, qu'il peut facilement coloriser, modifier, déformer... Unmade développe ses propres motifs et met aussi en place des collaborations avec des designers contemporains pointus. Le premier à avoir été invité par la marque est le site londonien d'inspirations arty « It's nice that », suivi par exemple de l'illustrateur Peter Judson, l'artiste graphique Ed Carvalho Monaghan, le studio de design Moniker, ou encore l'illustratrice française Malika Fabre...

unmade make yoursEn janvier 2015, Unmade est présenté, parmi une sélection de jeunes marques s'inscrivant dans une démarche de mode eco-friendly, par la célèbre boutique Selfridges sur son site de vente en ligne, ainsi que dans ses boutiques physiques dont celle située sur Oxford Street. Il n'y a pas que la création artisanale, le « fait main » qui peut être considéré comme « éco-responsable ». Unmade est un exemple d'entreprise où la technologie, la programmation par ordinateur de machines industrielles, s'inscrit dans une démarche de « consommer mieux ». C'est pour cela que nous vous en parlions déjà dans notre article sur les nouvelles marques de mode innovantes et durables.

L'intuition de Ben Alun-Jones, diplômé du Royal College of Arts à l'origine du projet, est que participer à la création du vêtement, se retrouver au centre du process de fabrication, donne envie au client de le porter encore plus longtemps. En repensant la production industrielle, Unmade simplifie le process et limite le gâchis : pas de matière superflue, une production à la demande donc pas de stock en surplus.

Les matières utilisées sont la laine mérinos et le cachemire, dont toutes les étapes de production des fils sont décrites sur leur blog, et la production est réalisée à Londres.

 

ELECTROLOOM, imprimer vos vêtements en un seul clic

Passer de l'idée d'un vêtement à sa création en un seul clic, c'est (presque) ce que propose la start-up américaine Electroloom. L'objectif de celle-ci, remarqué sur Kickstarter en janvier 2016 avec 82 344 $ engagés, est d'imprimer directement des vêtements. Plus besoin de fils, d'aiguilles, ni de couture ! Le prêt-à-porter prend un sens nouveau, et toute la conception d'un vêtement ne prend plus qu'une seule étape. Lancée il y a moins de deux ans, l'entreprise est encore en phase de développement. Elle propose aux personnes enthousiastes et intéressées par l'expérimentation de rejoindre l'aventure en utilisant les premiers « Developer Kits ». Electroloom se tient ensuite à leur disposition pour corriger des bugs, recueillir des observations, et améliorer son offre.

Concrètement, tout commence par la conception d'un moule sur un logiciel spécifique. Il est ensuite fabriqué dans un matériau conducteur (comme le métal, l'aluminium...), et installé dans l' « Electroloom Alpha chamber ». Guidée par un champ électrique, une solution liquide est incorporée dans ce moule, et se transforme progressivement en une matière textile souple et uniforme.

Les pièces actuelles sont réalisées dans une matière polyester/coton, de couleur blanche. Le temps d'impression est par exemple de 8h (pour un marcel) et de 14h (pour une jupe). Réduction des délais, gamme de couleur plus étendue, matières réalisées à partir de soie ou d'acrylique sont en cours de développement. Les vêtements sont portables mais Electroloom précise bien être encore en phase de prototypage : la matière n'est pas aussi résistante que les tissus traditionnels, et il n'est pas vraiment possible de la laver...

FABRICAN LTD, du sur-mesure à même la peau

Manel Torres, chercheur et designer, développe en 2003 les 1ers vêtements en spray, qui prennent forme en un seul geste sur le corps, comme une seconde peau.  Ce qui le pousse à réaliser ce projet Fabrican, c'est bien l'idée de réduire les étapes nécessaires à la production d'habillement, de simplifier et accélérer le process.
L'entreprise est aujourd'hui installée dans le Centre d'innovation et bioscience de Londres.

Autre étape qui disparaît : celle d'enfiler le tee-shirt ! Enfin, pour la 1re utilisation seulement si vous en faîtes bon usage...
Malgré l'aspect futuriste du produit, ce n'est pas toujours aussi chimique que ça en a l'air. Oui, la solution vaporisée est un mélange de solvants et microfibres, mais les prototypes utilisent aussi bien des fibres synthétiques que des fibres naturelles. Il est donc possible avec cette technique de se constituer un vêtement en laine, mohair, coton...
Le procédé résisterait au passage en machine à laver, mais n'est pas encore commercialisé.

POST COUTURE

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À l'origine de Postcouture, le projet de Martjin van Strien de créer une marque ancrée dans son époque, une alternative « sustainable » à la confection actuelle de vêtements, gérée par une industrie conservatrice et inadaptée. Cette start-up s'intéresse donc précisément à l'étape-clé de la confection (la dernière sur notre schéma d'introduction à cet article), et propose un nouveau modèle qui se veut respectueux de l'environnement, une conception slow-fashion. L'entreprise se présente comme la première marque de mode 100 % Open Source, et le modèle qu'elle développe est surprenant. 

Tout d'abord le textile est fabriqué à partir de bouteilles en plastique recyclées. Le design est conçu par un collectif de stylistes à géométrie variable, dont Leonie Tenthof van Noorden par exemple. Les pièces sont pensées pour pouvoir être customisées sur internet, et adaptées aux personnes qui les porteront, du sur-mesure à des tarifs abordables ! La production se fait quant à elle à la demande, dans des lieux de créations situés à proximité du consommateur : les fablabs, et le client prend une part active dans ce processus de fabrication ! Toute une partie du site est donc dédiée au DIY.

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Et demain ?

Tous ces projets vont dans la même direction : réduire les étapes nécessaires à la production d’un vêtement, pour réinventer sa confection. Les thèmes-clés sont également la production à la demande et l'utilisation de matières recyclées.
Si ce phénomène s’accompagne également d’une réduction des frais de production il séduira certainement les investisseurs, et si en même temps il permet de diminuer l'impact sur l'environnement de la fabrication des secteurs du textile et de l’habillement, nous allons vers un vrai bouleversement ! Les marques du futur auront peut-être la possibilité de produire de manière raisonnée des vêtements plus eco-friendly et ce à moindre coût... mais si ces modèles actuellement  minoritaires deviennent les références de demain, pour éviter une mutation brutale qui coûterait à de nombreuses personnes leurs emplois, il nous faudra anticiper...

Vous voulez tout savoir sur la matière qui nous habillera demain ?

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The Faraday Project

The Faraday Project : mode masculine & textiles intelligents

Vous connaissez probablement le principe d'une cage de Faraday : une structure métallique qui isole ce qui se trouve à l'intérieur des champs électromagnétiques, l'exemple le plus souvent cité étant la voiture censée faire office de cage de Faraday pendant l'orage, et par conséquent vous éviter d'être foudroyé (intéressant, non ?). Eh bien The Faraday Project, ce sont des vêtements qui fonctionnent un peu sur le même principe (n'allez pas vous poster au beau milieu d'un endroit désert avec une fourchette sur la tête par temps d'orage sous prétexte de porter leur collection, cependant. Je ne voudrais pas avoir de problèmes avec votre maman.). Thomas Fayon, l'un des co-fondateurs de la marque, nous en dit plus.

The Faraday Project : des textiles de haute qualité imperméables aux ondes

« The Faraday Project », m'explique Thomas, « est une marque née d'une rencontre avec un ingénieur en électromagnétique. Aujourd'hui, les ondes sont partout (téléphones portables, réseaux WiFi, etc.) et on sait maintenant qu'elles sont mauvaises pour la santé. Ce sont les limites des technologies du progrès ! » Certes, mais alors, que faire ? The Faraday Project propose un début de réponse avec une gamme entière de vêtements et d'accessoires pour hommes, comportant des pièces de tissu complètement imperméables aux ondes.

The Faraday Project, textiles imperméables aux ondes

« Tous nos vêtements sont faits dans de belles matières », m'assure Thomas. « Ce sont des basiques du vestiaire masculin, fabriqués dans un tissu fait à partir d'un fil d'argent de quelques microns et de coton, tissé selon un maillage spécial. » Résultat ? Les ondes rebondissent sur le fil d'argent et ne traversent pas le tissu, qui agit comme une sorte d'armure. Et ce tissu garde cependant toute sa souplesse, est lavable en machine, anti-bactérien et anti-allergène.

Une autre limite des technologies modernes et de l'utilisation à grande échelle de puces NFC, c'est... le piratage. Pensez par exemple à votre carte bleue munie d'une puce de paiement sans contact, ou à votre passeport biométrique : certaines informations méritent d'être bien protégées ! Le tissu au fil d'argent développé par The Faraday Project protège également votre smartphone et vos cartes à puces du piratage, puisque les ondes ne le traversent pas.

Un positionnement mode affirmé

Mais loin d'une marque « geek » axée à 100 % sur la technologie, The Faraday Project se veut avant tout une marque de mode au positionnement élitiste, aux coupes travaillées et aux matières choisies avec soin. « Toutes nos matières premières sont très chères et nous fabriquons en petites quantités », me révèle Thomas. « Nos vêtements sont fabriqués à Paris, en Vendée ou en Italie. C'est un choix éthique et de qualité que nous avons fait. »

The Faraday Project, un positionnement mode affirmé

Car si l'expertise technologique est amenée par leur fameux ingénieur en électromagnétique, les autres protagonistes, Charles-Antoine de Beaumont, Cyril Cabellos (directeur image et communication du groupe Kering, ça vous parle ?) et Alexandre Stourbe, ont une vraie vision mode du projet.

The Faraday Project voit loin !

Alors que la marque est lancée depuis une dizaine de jours tout juste, pas question pour l'équipe de se reposer sur ses lauriers ! « On a de grands projets pour l'avenir ! », m'assure Thomas. « On a une équipe de R&D qui travaille sur des propriétés high-tech, comme l'intégration de micro-puces dans les vêtements, et on voudrait sortir une nouvelle innovation chaque année. » Dans les cartons, de nouveaux tissus hydrophobes, aux propriétés anti-bactériennes et anti-transpirantes. À suivre...

Où les trouver ?

The Faraday Project : où les trouver ?

Malgré son tout jeune âge, la marque dispose de plusieurs points de vente où vous pourrez les trouver à partir de mars 2016 : La Garçonnière à Paris, la boutique physique et l'e-shop de L'Exception, et le Reservoir Shop à Bruxelles. Vous pouvez aussi retrouver leurs produits dès maintenant sur leur propre e-shop. Et ce n'est que le début...

Et pour aller plus loin, lisez notre article sur la protection pensée par la Fashion Tech.