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Francis Bitonti : maestro de l'impression 3D

Francis Bitonti est un designer connu pour son utilisation créative de l’impression 3D. Il vit et travaille à New York où il donne aussi des cours de mode et anime des workshops au sein de la très célèbre FIT (la grande école d’art et de design de New York). "Le Studio", c’est ainsi que Francis Bitonti appelle son lieu de travail, a été créé en 2007. Il est en permanence engagé dans l’application de la conception numérique et des technologies de fabrication contrôlées par ordinateur, afin de transformer les logiques de production de masse traditionnelles au sein de l’industrie de la mode.

Lors de la rédaction de mon mémoire, j’ai pu le questionner sur son travail, sa créativité et les techniques qu’il utilise au quotidien...

Le studio, espace de réflexion et expérimentation

Le Studio, bien que très orienté design, réalise aussi des pièces de mode comme la robe en 3D de la célèbre icône Dita Von Teese. Il est énormément investi dans la recherche et l’intégration des nouvelles technologies, notamment dans l’utilisation de l’impression 3D qui permet selon le créateur « de produire une complexité formelle intense qui serait impossible si le projet était réalisé par une personne en chair et en os ».

Le processus de création de Francis Bitonti

C’est un nouveau paradigme qui est inauguré par Francis Bitonti grâce à un savant mélange de techniques de conception et de technologies émergentes. La frontière entre le design et la technologie est brouillée, on ne sait plus vraiment ce qui appartient à chaque domaine.

« Mon processus de conception et de création est une collaboration avec l'intelligence artificielle. » Francis Bitonti

Inspirations et démarche créative

Souvent, les gens lui demandent ce qui l’inspire. Comme on retrouve beaucoup de modules et d’éléments organiques, on peut d’abord penser que la nature joue un rôle important. Or, ce n’est pas le cas. Les formes qu’il utilise sont uniquement pragmatiques et ne ramènent pas à un récit personnel.

De plus, il considère que ce n’est pas parce qu’il travaille avec ces technologies qu’il faut penser qu’il est un fervent admirateur des mathématiques ou des sciences. C’est le synthétique, l’humanité et ses mécanismes qui s’entrecroisent qui passionnent le plus ce créateur. L’humain est une perturbation de la nature, il est en conflit avec l’environnement. Cette mise en conflit le rend faible, fragile. Le design dans tout ceci vient jouer le rôle de la négociation de ces différences qu’on trouve entre l’humanité et l’environnement. En mettant en évidence les conflits entre ces deux domaines, le design devient poétique.

« Quand le design joue ce rôle, il le fait avec plus de succès que les plus grandes œuvres littéraires. C’est pourquoi, je crois que la conception est quelque chose d’intéressant et que je dois y consacrer ma vie ». Francis Bitonti

La plupart du temps, les gens créent des modèles mathématiques pour décrire ce qu’ils voient dans la nature. Ce n’est pas le cas de Francis Bitonti qui trouve qu’il n’y a aucune vérité dans ces modèles, et que, ces systèmes mathématiques en tant que concepteurs, ne représentent rien mais nous plongent dans une grande confusion. Il considère qu'en utilisant la technologie, il est impossible de reproduire la nature, simplement possible de reproduire une certaine perception humaine de la nature, ce qui est différent et qui ne peut pas être une vérité. Ce qui intéresse M.Bitonti dans ces technologies, c’est leur poésie. Le fait de les utiliser permet une interprétation de notre monde, et les pièces créées par leur biais vont raconter l’histoire d’une fragilité intemporelle.

Dans son travail, Francis Bitonti cherche aussi à utiliser la vision du monde la plus contemporaine possible. C’est pourquoi, le calcul est placé au cœur de sa méthodologie de conception. Etant donné le système numérique avec lequel il doit travailler, il n’y a pas de meilleur point de départ que les mathématiques. Il n’est pas inspiré par les mathématiques mais elles sont un outil obligatoire pour lui permettre de concevoir.

Le designer n’est pas un artiste

Souvent, Francis Bitonti est désigné comme un « artiste ». Cette appellation, il n'y tient pas. « Je ne suis pas un artiste. Je rejette complètement ce titre. Je suis un designer. » Le titre de designer oblige celui qui le devient à certaines  responsabilités. Francis Bitonti, lui, est un designer chercheur, à la recherche de ce qui deviendra le nouveau langage formel et c’est grâce à ces outils, ces technologies et leurs capacités, qu’il peut y arriver.

 

Francis Bitonti suit des contraintes et effectue des expérimentations sans rechercher uniquement l’esthétisme. Il élargit des possibles grâce à une recombinaison de procédés existants.

L'impression 3D comme inspiration

Nous vivons actuellement dans une révolution technologique qui apporte une transformation culturelle, sociale et économique importante. L’impression 3D, et plus spécifiquement la fabrication additive, réinvente le rôle et les capacités de la matière physique. Les produits sont maintenant actifs numériques.

Grâce aux avancées technologiques, il est possible de remettre en question les principes les plus fondamentaux du design, de reconstruire la fabrication et de réorienter les flux de matières et le commerce. Le chemin n’est pas tracé et c’est une toile vierge qu’il y a devant les designers qui utilisent cette technologie. Il faut donc qu’ils mettent en place de nombreuses expérimentations afin de construire leur propre route. Cette génération de designers est donc en mesure de redéfinir la matérialité, de mettre en forme le modernisme et de faire entrer le monde dans de nouvelles réflexions.

L’imprimante 3D est une véritable révolution et va permettre de nouveaux modèles économiques et de distribution. C’est une « occasion de changer le monde ». Francis Bitonti

Culte : la robe en 3D de Dita Von Teese

Francis Bitonti, New York 2013, Robe Dita Von Teese, Plastique et cristaux de Swarovski, Impression 3D

Cette robe a été imprimée grâce à la technologie 3D. Elle est composée de 17 pièces, de plus de 3000 articulations et est ornée de 12.000 cristaux de Swarovski. Elle a été imprimée en PLA : une forme de plastique très rarement utilisé dans le domaine de l’habillement. Le fait d’utiliser un matériau comme le PLA dans la création de matériaux souples annonce de nouvelles perspectives et de nouveaux champs de possible.

Il faut bien se rendre compte du temps de travail nécessaire pour produire une robe de ce type car il faut prendre en compte, d’une part, le design, le codage informatique, la programmation de la machine, le temps d’impression et d’autre part l’assemblage des pièces qui sont toutes imprimées séparément.

Malgré tout, la réalisation d’une robe de ce type est absolument novatrice et n’aurait pas pu voir le jour sans la technologie. Cette technologie a permis d’amener une nouvelle conception formelle, presque architecturale, et de produire une pièce sculpturale. On se rend bien compte, avec une création de ce type qu’il n’aurait pas été possible de la fabriquer manuellement. Cette création existe uniquement grâce à l’impression 3D.

De plus, la robe a été partagée sur le site ScketchLab, il est possible de récupérer le modèle pour pouvoir imprimer la robe sur sa propre imprimante. Cette notion de partage de création est vraiment très nouvelle et promet une révolution dans l’habillement.

Qu’apporte la technologie de l'impression 3D à la créativité des studios textiles ?

Une plus grande richesse dans les créations

Grâce à la technologie de l’impression 3D, les designers comme Francis Bitonti peuvent réaliser de nombreuses expérimentations, de façon rapide et simple. Si le test effectué précédemment ne convient pas, on peut en réaliser un nouveau quasi instantanément. Cette instantanéité, typique de notre époque, permet de réagir plus vite à un problème et permet de se retourner plus rapidement et de trouver une nouvelle solution. La simplicité de l’impression permet même de réaliser plusieurs solutions à bas coût et de pouvoir les tester à tour de rôle pour savoir laquelle conviendra le mieux. La diversité des expérimentations possibles permet le développement de la créativité.

De plus, l’impression 3D permet la création de formes impossibles sans l’utilisation de cette technologie. Les formes des créations de ce designer n’auraient pas pu être réalisées à la main. Le travail est d’une trop grande précision pour qu’un humain puisse le réaliser. Il lui faut obligatoirement l’aide d’une machine. Dans le cas de Francis Bitonti, cette machine, c’est l’imprimante 3D.

La machine permet donc un plus grand champ de possibles par rapport aux réalisations uniquement humaines.

Le guidage par la contrainte

L’impression 3D amène de nouvelles contraintes au processus de création qui permettent de guider le designer. Ne pas pouvoir tout faire incite à trouver de nouvelles solutions adaptées. Le dessin doit être réalisé sur l’ordinateur, il y a des matières spécifiques qui peuvent être utilisées... La réflexion qui permet de découvrir ces solutions fait partie du processus de création.

De l’échange et de la découverte

Le partage est extrêmement important pour le designer car il lui permet de nourrir ses créations de nouvelles idées. Il effectue de nombreuses collaborations pour la réalisation de ses objets et chacune d’entre elles permet de nourrir sa créativité. L’échange lui donne des nouvelles pistes de recherches auxquelles il n’aurait pas pensé seul.

Il donne aussi des cours dans des universités américaines afin d’échanger avec des étudiants et de travailler avec eux sur des workshops. Les étudiants avec qui il travaille ne connaissent, en général, pas le processus de fabrication de l’imprimante 3D. Il les laisse donc s’approprier la machine comme ils le souhaitent. Chaque étudiant a ses propres connaissances qu’il tente d’appliquer à l’imprimante 3D, et cela peut faire des transpositions étonnantes qui donnent des nouvelles perspectives au projet...

Francis Bitoni participe à une conférence le 16 juin 2017 à Barcelone.


eclectic

Éclectic : le tailleur masculin qui affectionne les matières techniques

Eclectic est une jeune marque de mode masculine. Pleine d’audace, elle mêle savoir-faire traditionnel et textiles innovants.
Rencontre avec son créateur, Franck Malègue.

Bonjour Franck, pourrais-tu nous expliquer d’où est venue l’idée de créer la marque Éclectic ?

Ma volonté première était d’associer la tradition du maître-tailleur avec les fibres high-tech.
Cette idée plutôt simple à la base s’est avérée complexe à mettre en œuvre. En effet, sur l’entoilage traditionnel, il fallait intégrer des matériaux techniques. Nous avons donc dû ré-ériger la conception de la veste.
En d’autres termes, nous avons dû créer un process de A à Z qui ne pouvait être industrialisé.

Pour en arriver à cette vision de ton produit, tu as dû avoir un parcours particulier. Quel est-il ?

À la base, je viens du monde de la cosmétique. C’est là où j’ai appris à développer des produits selon un business model précis, dont je me suis inspiré pour éclectic. Nous passions plusieurs mois à développer un produit en RD. Puis, nous le lancions sur le marché et le vendions jusqu’à sa mort.

Cette démarche est à l’opposé de celui du monde de la mode. Avec seulement deux collections par an, le monde de la mode ne peut s’épanouir comme il le faudrait.
Ma volonté a été de créer une collection permanente évolutive. Nous n’avons jamais de soldes, comme dans le monde de la cosmétique.
J’ai également une culture très internationale. Pendant des années, j’ai travaillé aux USA et au Japon, finalement très peu en France. Lorsque j’étais à Tokyo, j’ai assisté à une cérémonie du thé pendant laquelle un robot faisait le service. Le Ying et le Yang se mêlaient : tradition et modernité. Le Japon a une admiration pour les maîtres-tailleurs.
De mon côté, je pratique énormément de sport outdoor et j’ai voulu me projeter dans les nouvelles fibres qu'il propose…

On sent que tu adores le produit que tu as réalisé, mais quel est ton avis sur ton client ?

Pour moi, la consommation est à un tournant. Dans les années 60, nous avons assisté à l’avènement d’une consommation de masse. Tandis qu’aujourd’hui dans des marchés matures comme les USA ou le Japon, l’éthique sociale devient de plus en plus prégnante.
Le Fast Fashion connaît une certaine réussite mais elle ne s’inscrit pas dans la durée. À l’instar du Slow Fashion qui se veut sur le long terme. Par exemple, aujourd’hui, on parle de crise mais c’est plutôt un tournant à mon avis. Le luxe ostentatoire est en train de mourir de sa belle mort.
Le consommateur s’intéresse plus à une production responsable et à un prix juste. Le client devient hyper-sensible.

Avec Éclectic, tu as développé des vêtements pour homme, pourquoi ?

Il y a 10 ans, l’industrie de la mode masculine était peu développée. Et, les marques s'adressaient à ce marché comme à celui de la femme, alors que l’homme ne fonctionne pas vraiment de la même manière.
L’homme a besoin de fonctionnalité. Il faut qu’il parle de sa veste comme il parle de sa voiture. Et puis aujourd’hui, nous avons besoin de vêtements ultra-pratiques.

Éclectic vient d’avoir 6 ans, quelles sont les perspectives d’avenir de ta marque ?

Notre business model est uniquement axé sur le retail. En plus de notre boutique du Haut-Marais à Paris et notre espace en concession au Bon Marché, nous inaugurons un nouveau magasin dans le 8e arrondissement cet été.
Sinon, nous souhaitons accélérer notre déploiement à l’international, notamment aux USA avec une première boutique à NY lors du second trimestre 2017.
Fabrice, comme tu l’auras compris, nous envisageons notre développement dans des marchés matures qui comprennent notre ADN comme le Japon, les USA ou des villes comme Londres.
Aujourd’hui, dans notre boutique parisienne de la rue charlot, que nous réalisons déjà 20 % de notre CA sur une clientèle américaine.

Retrouvez Eclectic dans son showroom au 8 rue charlot, Paris 3e, et sur son site e-eclectic.com


shenkar

La Fashion Tech à l’école Shenkar

Puces textiles électroniques, impression 3D, procédés de fabrication textiles qui visent une meilleure durabilité des vêtements... Autant d’outils avec lesquels se familiarisent les élèves de l'école Shenkar, pour pouvoir imaginer notre dressing de demain.

Créée en 1970, SHENKAR fait partie des 5 écoles les plus influentes à travers le monde (selon Business of Fashion). Elle a formé de grands noms de la mode, comme Albert Elbaz, Alon Livné, ou encore plus récemment Noa Raviv et Danit Peleg.

Le pôle Mode est divisé en 7 départements. Sa directrice, Léah Peretz, a pour philosophie de décloisonner les modules : de la conception du vêtement à l’étude des textiles en passant par le design industriel ou l’architecture… Par exemple, de l'association entre le département Mode avec celui du génie logiciel, est né il y a 3 ans le projet "Smart Garment Required, preferably sensitive with a good sense of humour..."

Pour mieux comprendre cet enseignement atypique, c’est toute l’équipe d’enseignants qui nous a ouvert les portes de la classe de 4e année, composée d’une douzaine d’étudiants. De mars à juillet, Ayelet Karmon (architecte et professeur de mode), Maya Arazi (professeur de mode), Zohar Messeca (support électronique et informatique) et Amnon Dekel (professeur au département d’ingénierie informatique), accompagnent chaque étudiant individuellement, pour qu’ils y développent leur projet… Modelab vous présente ses coups de cœur.

La technologie au service du wearable : thème de prédilection de la promo 2016

C'est en binôme que les élèves de la promotion 2016 ont travaillé sur ce thème : « La technologie au service du wearable », qui n'a pas manqué d'interpeller Modelab.

Des robes qui communiquent entre elles

Danny Kuchuck (robe blanche) et Eden Edelson (robe beige). Photographie : Achikam Ben Yosef
Danny Kuchuck (robe blanche) et Eden Edelson (robe beige). Photographie : Achikam Ben Yosef

Danny Kuchuk et Eden Edelson, ont créé chacun leurs robes, avec leurs spécificités, mais qui peuvent communiquer entre-elles.

La tenue d'Eden Edelson est équipée de capteurs et de leds. Celles-ci s'activent lorsque le corps se met en mouvement. Pour lui, il s'agit de donner à voir un élan de vitalité et de bonheur.

La robe de Danny Kuchuk, elle aussi équipée de capteurs, produit un souffle qui soulève délicatement les pans de la robe. Passionné par la nature, Danny nous a confié s’être inspiré du vent, de son action sur ce qui nous entoure : les nuages, les arbres…

Lors de leur collaboration, Eden et Danny décident de lier leurs projets, ce qui fait que lorsque la robe d'Eden s'active, celle de Danny se met, en réponse, à bouger dans un rythme similaire. « Ensemble, avec  Eden Edelson, que nous avons créé un langage entre deux modèles. Nous avons imaginé deux personnes, que l’éloignement empêche de communiquer… Nous avons eu l’idée de les connecter via des capteurs placés stratégiquement sur le vêtement tout en mettant un point d’honneur à ce qu’il reste portable. Grâce à une collaboration avec différents orfèvres, des spécialistes métalliques, et des techniques comme l’impression 3D, nous avons réussi notre pari : réaliser une robe en soie pure et coton organique dont le mécanisme permet de créer le lien entre deux êtres." explique Danny

Eden Edelson Danny kuchuck
Danny Kuchuck (robe blanche) et Eden Edelson (robe beige). Photographie : Achikam Ben Yosef

Un vêtement qui s'adapte à la météo

Noga Levi
Noga Levi

Noga Levy a quant à elle conçu une robe "multi-saisons". Grâce à un capteur de température placé à l’intérieur, la robe s’adapte à la température extérieure. Certaines parties du vêtement s’ouvrent automatiquement pour créer une meilleure circulation d’air. En plus de cette technologie, d’autres peuvent s’ajuster manuellement.  Noga s’est inspirée de représentations florales, notamment de dessins japonais et de photographies noir et blanc de Robert Mapplethorpe. Comme elle nous l’a confié, ce sont ces images qui lui ont donné l’idée de concevoir une robe qui pourrait s’ouvrir et se fermer, comme une fleur.

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La promotion 2016 de Shenkhar  « passe le relai »

La nouvelle promotion d'élèves pour l'année 2017 est à peine arrivée qu'elle initie un projet prometteur, qui s'inspire d’un jeu populaire (souvent mis en place pour des groupes d'enfant lors d'un anniversaire par exemple). La règle est simple : assis en cercle, les enfants se passent un paquet de papiers enveloppés, et celui qui reçoit le paquet a un gage. Dans le cadre du cours d’introduction à l’informatique physique appliqué à la création des vêtements, l’idée est détournée, et chaque vêtement sert a en activer un autre. Ainsi,à la lumière des nouvelles technologies qui feront partie intégrante du spectacle, les élèves devront repenser les défilés de mode traditionnels, chaque pièce ne sera que la partie du maillon d’une grande chaine... L’objectif est ici de montrer l’importance de la solidarité dans un groupe.

Nous conclurons sur cette citation de Lidewij Edelkoort : « l’avenir, c'est le travail d’équipe ».

A lire aussi : Création collectives, quelles perspectives pour la mode ?


sneakers

Les sneakers, un marché porteur d'innovations

Le récent engouement pour les sneakers a forcé l’industrie à se renouveler pour satisfaire un consommateur addict. Le "sneakerhead" comme on l’appelle est un consommateur collectionneur exigeant en constante attente de nouveautés et d’exclusivité. Et dans ce marché hyper-concurrentiel, extrêmement sensible aux tendances, la capacité à innover représente aujourd’hui un enjeu majeur. C’est pourquoi ce secteur est aujourd’hui devenu un acteur leader et porteur d’innovations et de nouvelles technologies. On vous propose de découvrir 3 domaines dans lesquels le marché des sneakers s'illustre en terme d'innovations.

1 - La co-création, inclure le consommateur dans le procédé de création

En 2015, Nike relançait son service de personnalisation NikeLAB iD, permettant aux clients de travailler en tête à tête avec un designer pour customiser leurs baskets. Prenant une Air Force 1 High, une Air Force 1 Low ou une Air Max 1 pour base, il est ensuite possible de choisir parmi plus de 400 matériaux pour customiser toutes les parties de la chaussure, qui sera ensuite réalisée à la main.

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Nike Lab Bespoke

Dans un autre esprit mais toujours en permettant aux amateurs de réaliser la basket de leur rêve, la start-up américano-coréenne Rooy est une plateforme qui propose aux passionnés de participer à des « design challenge » pour créer leurs propres modèles. Cette plateforme crowdsourced fonctionne entièrement grâce à sa communauté de sneakerheads qui votent pour les créations qu’ils aimeraient voir réalisées. Selon les différents concours proposés, il est possible aux designers professionnels, amateurs, comme aux étudiants de soumettre leurs créations en respectant un thème ou une collaboration donnée. Le gagnant élu par la communauté Rooy travaillera ensuite à concevoir son produit de A à Z accompagné par des experts et industriels et verra par la suite sa création produite et distribuée. Il bénéficie ensuite de royalties sur les ventes. Le but de Rooy est de mettre en avant les talents de demain et de permettre à de jeunes créateurs et de jeunes marques de se faire connaître auprès d’un cercle de passionnés. Mettant au service des créateurs leur expertise commerciale et leurs réseaux de fabricants en Asie ils leur permettent ainsi de faire ce qu’ils font de mieux : créer.

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Vous voulez en savoir plus sur la scène FashionTech coréenne ? Découvrez le dossier spécial Corée dans notre dernier numéro papier !

2- Revoir les procédés de fabrication grâce à l'impression 3D

Nombreuses sont les marques qui ont déjà investi le terrain de l’impression 3D en matières de chaussures de sport. Nike en est le pionnier et Adidas, New Balance, Under Armour, entre autres, ont suivi. Mais jusqu’à présent ces modèles aux semelles imprimées en 3D comme la Zante Generate de New Balance ou la 3D Runner de Adidas n’ont été produites qu’en très peu d’exemplaires et vendues à des prix élevés. Pour le moment, chacune de leur côté, ces marques ont développé l’impression 3D plus dans un but de prototypage ou de fabrication de modèles sur-mesure destinés à des athlètes.

sneakers adidas 3d runner
3D Runner - Adidas

L’un des dernier venu, Reebok, est peut être en train de changer la tendance. Appelée « 3D drawing », leur technique d’impression 3D est unique. Le procédé a été perfectionné pour le lancement du modèle Liquid Speed. La marque s’affranchit des méthodes traditionnelles de fabrication des chaussures à base de moules et a développé un procédé d’impression 3D liquide.

Un bras robotique vient en quelque sorte « dessiner » la semelle de la chaussure à partir d’un matériau polyuréthane liquide. Une fois durcie, celle-ci reste souple et vient faire le lien entre tous les éléments de la basket créant un maintien en 3 dimensions mais permet aussi d'amortir les chocs et ainsi d'améliorer les sensations lors de la course pour l’ensemble du pied. Pour l’instant, 300 paires de la Liquid Speed on été produites (ce qui représente déjà plus que les modèles concurrents) , mais l’ouverture d’un lab Liquid Factory est annoncé pour cette année et pourrait signifier une production à grande échelle. Ce nouveau lieu de production aux États-Unis pourrait devenir à long terme une alternative au made in China pour la marque, qui produit actuellement toujours majoritairement en Asie.

« Produire de cette façon est une manière de réduire les coûts de transport en relocalisant la production, pour à plus long terme produire des produits à des prix comparables aux produits actuels en utilisant l’impression 3D » Explique Bill McInnis, Vice President, Reebok Future at Reebok.

Adidas et Nike ne sont pas en reste et révolutionnent également les procédés de production. Adidas a récemment ouvert un nouveau genre d’usine avec sa Speedfactory située à Ansbach en Allemagne dont la première paire, la Futurecraft M.F.G, a été commercialisée fin 2016 en Allemagne uniquement. Une seconde usine similaire est en construction près d’Atlanta et sera dédiée au marché américain.

Ces nouvelles usines ont été créées pour répondre à demande locale pour un consommateur en demande de plus en plus d’immédiateté. Car aujourd’hui, la chaine de production a du mal à tenir le rythme, et, entre le dessin d’un produit et sa mise en rayon, il peut s'écouler jusqu'à 18 mois. La Speedfactory accélère cette chaîne de production et réduit ce délai à une semaine, voir quelques jours, une fois que le design est terminé. Même si Adidas reste aujourd’hui très discret sur comment fonctionne exactement cette nouvelle chaîne de production, on sait que la plupart des éléments composant la chaussure seront fabriqués sur place, en partie en impression 3D. Une impression 3D qui peut aujourd’hui prendre de multiples formes et est capable d’utiliser un nombre de matériaux toujours plus grand. Ce type de production favorisera également des produits de plus en plus sur-mesure, qui pourront peut être même être réalisés à partir d’un scan du pied du consommateur, pour répondre au mieux à ses besoins, à sa façon de marcher ou de courir.

Quant à Nike, ils développent déjà de nouveaux procédés de fabrication comme avec leur modèle Flyknit qui utilise une technique de tricotage informatisé. Technique qui a permis de réduire les déchets de production de 80% comparé aux chaussures de running traditionnelles, grâce à sa fabrication en une seule pièce. Nike a également lancé un centre appelé "Advanced Product Creation Center" dans l’Oregon, là où se situent ses locaux, afin d’explorer de nouvelles de méthodes de production automatisées dont l’impression 3D. Mais qu'ils utilisent pour l’instant principalement pour créer des modèles sur-mesure pour des athlètes professionnels...

3 - De l'upcycling à l'infinity cycling

L’Ultra Boost Uncaged Parley d’Adidas est la première paire de baskets fabriquée à partir de plastique recyclé. Fruit d’une collaboration entre la marque et l’ONG Parley for the Ocean, cette basket est constituée de déchets plastiques (bouteilles, filets de pêche …) récupérés par Parley dans les océans. La Uncaged Parley possède une tige blanche en Primeknit (l'équivalent du Flyknit de Nike), conçue à 95 % à partir de plastique océanique. Les lacets, l'onglet sur le talon et la chaussette ont eux été fabriqués à partir de matériaux récupérés par Parley pendant les opérations côtières aux Maldives, en faisant une paire (presque) totalement écolo ! Déjà en rupture de stocks, Adidas a annoncé 1 million de paires fabriquées en 2017 et Eric Liedtke, un responsable d'Adidas, a expliqué lors d’une conférence de presse :

«  Notre ambition à long terme est d’éliminer le plastique « vierge » de notre chaîne de production. »

sneakers Adidas x Parley for the Ocean
Adidas x Parley for the Ocean

 

Mais la marque allemande ne s’arrête pas là et travaille en ce moment en collaboration avec le CETI (Centre européen des textiles innovants basé à Roubaix) et d'autres centres de recherche européens sur un projet de recherche nommé « Sport Infinity ». Le procédé, connu sous le non d’infinity-cycling, cherche à créer une nouvelle génération de produits composés de matières entièrement recyclables. Des produits de sport qui ne seront donc jamais jetés, mais recyclés à l'infini grâce à un super-matériau 3D. Chaque paire pourra ainsi être déconstruite puis remodelée sans création de déchet, et en ajoutant une liberté plus grande en matière de personnalisation. Pour le moment au stade de la recherche, nous n'en savons pas beaucoup plus sur ce projet et sur ce super matériau 3D, mais ils semblent définitivement prometteurs et pourraient changer la façon dont on conçoit la vie d'un produit.

Ceci n'est qu'un petit aperçu de la façon dont ce secteur est en train de se transformer. Les sneakers sont par essence des produits designés pour performer et innover. Aujourd'hui plus que jamais, les designers repoussent les limites  de l'innovation, du style et du fonctionnel. Ces nouveaux concepts, de création et de production sont en train de transformer la conception de la chaussure de sport à une cadence toujours plus accélérée. Et 2017 sera probablement une année très riche en innovations.

 


Fashiontech Berlin

3 designers, 3 facettes de la scène FashionTech de Berlin

Futuriste, biologique, intelligente. Les travaux de Jasna Rok, Yu Han et Lilien Steiglein présentés lors de l'événement-satellite organisé en marge de la traditionnelle Fashion Week de Berlin reflètent trois grandes facettes de la scène berlinoise actuelle.

Jasna Rok, fibre marketing

Jasna Rok

Hauts talons et mèches vert fluo faisant exploser son sage dégradé,  la jeune femme  de 24 ans n'est pas seulement à l'origine du premier studio Fashion Tech en Belgique. Elle en est aussi le mannequin. L'icône, même.

Jasna porte ses tenues aussi ajustées que futuristes à chacune de ses apparitions publiques, apparaît sur tous les visuels qui promeuvent ses dernières créations, et maîtrise comme personne les codes du marketing. Début janvier, elle ouvrait le grand bal de la FashionTech à Berlin en présentant son dernier vêtement "Exaltation", une combinaison munie d'une coque rétractable connectée, qui s'ouvre et se referme devant le visage du propriétaire selon ses émotions et son envie, ou non, de socialisation.

En guise de promotion, une stupéfiante performance scénique multimédia, mêlant défilés, sons techno et hologrammes.  Et des des exemplaires d'un gadget promotionnel - un petit objet triangulaire permettant de découvrir, chez soi,  les hologrammes de ses dernières créations - offert aux spectateurs. Un peu de magie pour un grand bond dans le futur.

Les silhouettes vestimentaires de la designer ne sont pas sans rappeler les costumes tape-à-l'oeil des Cosplays qui déambulent dans les couloirs de la Japan Expo. Mais Jasna Rok s'est donnée pour objectif d'en faire notre quotidien. Ambassadrice de sa propre marque  déambulant dans les salons avec ses créations, armée d'un discours "futurophile" particulièrement enthousiaste, elle veut convaincre du véritable ancrage , à l'ère d'une vie en quatre dimensions, de ses oeuvres. "Il faut balayer notre approche désuète de la mode. Nous vivons aujourd'hui dans un univers digital, ultra-connecté. il faut que la mode suive. Je veux donner une image contemporaine à la mode".

Yu Han, hymne au biotech

Yu Han

À contre-courant de l'univers de Jasna Rok , les travaux de Yu Han, l'une des chercheurs associés au projet The Lab, explorent sans flonflons les potentiels de la matière. Celles qu'on trouve à l'état naturel et en quantité, écologique et durable... Yu Han a regardé un peu plus à l'est. Il y a plus d'un millénaire, les premiers textiles à base de thé fermenté, le kombutcha, voyaient le jour en Chine. Le procédé, qui consiste à faire sécher la bactérie qui se développe sur le thé vert et forme une fine pellicule a été développé pour la première fois à plus grande échelle par Sacha Laurin, une designer des années 90, comme alternative au cuir. Aujourd'hui, Yu Han et son équipe cherchent à améliorer le procédé, à le rendre résistant à l'eau, mais aussi plus séduisant "lorsqu'on explique aux visiteurs que le tissu est fabriqué à partir d'une bactérie, les premières réactions ne sont pas toujours très enthousiastes", rigole Yu Han.

Pour les partisans de la tendance "bio" du mouvement Fashion Tech, le biotech, c'est précisément le futur.  Car il propose une toute autre vision de la mode "qui fait la part belle à la Slow Fashion : le tissu fait à partir de kombutcha prend du temps, il faut laisser la bactérie se développer, respecter le produit, le processus".

Les collaborations entre designers et biologistes se multiplient à Berlin, pour développer des alternatives viables et durables au cuir. L'algue, les bactéries, les écorces de certains fruits... " Ici, les gens sont plus ouverts et il est plus facile de constituer des tandems de recherche avec des spécialistes venus d'horizons très différents", souligne la jeune chercheure.

Lilien Stenglein, le smart textile au service de nos chakras

Lilien Stenglein

Cette jeune designer allemande incarne la tendance qui draine le plus de créateurs aujourd'hui: développer des tenues composées de textiles intelligents, qui accompagnent, soutiennent et surtout améliorent nos performances physiques en tous genres.

La collection "Inforce Yoga" de Lilien a ceci de différent qu'elle s'attaque à la sphère méditative de l'univers des yogis. Le smart textile devient presque poétique, lorsqu'elle intègre une fine bande de tissu intelligent placé à l'exact endroit où notre corps concentre la majorité de ses chakras. "Le tissu permet de réchauffer la zone du corps et aide le yogi a être plus concentré mais aussi  à réaliser plus facilement les postures", explique la designer.

Vendues sur le site Asos, les pièces de Lilien ciblent particulièrement ceux qu'elle considère des "yoginis digitaux", des néophytes qui veulent pouvoir faire appel au high-tech pour améliorer sensiblement et à court-terme leurs performances.

La designer travaille aujourd'hui sur des pièces qui puissent intégrer de l'électronique et qui soient lavables.  Un véritable défi, auquel se heurte pour l'instant les différents courants du mouvement Fashion Tech.