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Comment le digital bouleverse le retail ?

Selon la dernière étude de la FEVAD (Fédération professionnelle du e-commerce), au premier trimestre 2017, les ventes en ligne ont augmenté de 14,2 % comparé au premier trimestre de l’année dernière. En tout, ces ventes représentent 20 milliards d’euros et le nombre de sites marchands continue d’augmenter avec +11 % au premier semestre 2017. Si les commerçants réalisent que l’absence du web peut leur être fatale, ils doivent parallèlement aussi penser à des façons de réenchanter l’expérience client en magasin. Tout un modèle de vente est en reconstruction.

Quelles solutions offre le digital aux retailers ? Nous en parlions déjà dans notre troisième numéro de Modelab disponible ici. Et comme nous adorons élargir nos horizons, nous nous sommes réunis à l’Espace Paul Ricard de Lyon pour échanger autour de ces perspectives. Une table ronde organisée par Modelab avec le Village des Créateurs, et animée par Emmanuelle Silvestre, intervenante en marketing et mode.

Bienvenue dans l’ère de l’omnicanal

Le digital a investi le monde du retail il y a déjà bien une vingtaine d’années, avec les sites de vente en ligne. Peu à peu, nous sommes passés du monocanal, au e-commerce et serions en train de pénétrer dans l’ère de l’omnicanal, qui peut se définir comme la volonté de faire fonctionner de manière synergique plusieurs canaux de distribution. Vincent Coehlo était présent pour représenter la société Cegid Group, éditeur lyonnais de solutions de gestion pour commerces spécialisés. Pour Vincent, en France, nous sommes en avance sur la conception des réseaux de distribution, mais le e-commerce continue d’être perçu comme un silo à part. Cette séparation manichéenne entre le commerce physique et en ligne est un obstacle à un commerce plus unifié. Les clients, eux, sont à la recherche de la même expérience d’achat quel que soit le canal qu’ils utilisent.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Pour Denis Chatain de l’ENE, spécialiste web en e-commerce, concevoir le commerce comme unifié, c’est le besoin de toujours penser globalement, entre la vente en boutique et en ligne, de considérer ses stocks dans l’ensemble. Ce changement de paradigme a déjà commencé avec le e-commerce, car penser e-commerce, c’est penser en terme de stocks infinis. Il faut avant tout toujours être là au moment où les gens veulent acheter. Techniquement, cela révèle d’un nouveau défi pour les détaillants. Cegid Group y répond en leur proposant une approche logicielle unifiée, appuyée sur le concept MoBiClo (Mobilité, Big Data, Cloud). Leur logiciel Yourcegid permet de suivre en direct sa banque de données avec des informations sur les évolutions de stock ou les données client.

Quelles innovations ?

Concrètement, comment cela se traduit-il ? Quelles sont les perspectives offertes par le commerce unifié et omnicanal ? Comme nous l’explique Vincent Coehlo, l’omnicanal, c’est avant tout jouer en permanence la carte de la transparence avec le client. Toujours connecté, il peut et veut savoir la vérité. Il est hors de question pour lui d’avoir des prix ou des choix différents entre le e-commerce et la boutique. Tout doit donc être fait pour que le client puisse avoir accès à toutes les informations concernant les produits, du prix à la provenance, via des accès internet en magasin. Si le client ne se considère pas satisfait, il pourra le faire savoir en temps réel sur les réseaux sociaux.

Pour le client, c’est aussi de nouvelles modalités de paiement et de livraison. Si auparavant les boutiques stockaient et le client se rendait en boutique, l’éventail des possibilités est aujourd’hui bien plus large : achat en ligne puis retrait en magasin, recherche en ligne et achat en magasin, e-reservation, suivi de l’avancement des commandes en ligne… Des marques comme les producteurs de pulls Unmade offrent même au client la possibilité de customiser son article en ligne ou sur des bornes installées en boutique avant même que la production soit lancée (à ce sujet, notre article sur la personnalisation). On pourrait également bénéficier de nouvelles modalités de paiement à l’avenir. En Chine, elles sont beaucoup développées, mais en Europe ces possibilités de paiement sans contact restant chères en raison de systèmes trop hétérogènes.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Pour le détaillant, les solutions logicielles types « phygital » ouvertes sur le cloud permettent surtout une meilleure gestion des stocks (voir notre article sur le phygital). Ce suivi des données en temps réel réduit considérablement les coûts logistiques et permet de laisser plus de temps libre aux employés pour se focaliser sur la relation client. Selon une étude conjointe de NRF, e-Commerce Europe et la E-commerce Foundation menée auprès de 300 cadres IT ou retail, 52 % des détaillants attendent une amélioration significative de leur marge grâce au commerce unifié qui permettrait une meilleure gestion des stocks et surtout des invendus.

Redéfinir le service client

Au cœur des discussions : le bouleversement du service client. Sur internet, la concurrence entre vendeurs est rude. Alibaba ou AliExpress sauront toujours faire moins cher, alors pour les enseignes, il faut savoir se différencier. Cette différenciation passe par une expérience d'achat différente offerte au client, accompagnée de services tels que la livraison à domicile ou les retouches de vêtement directement incluses dans le prix. Hermès propose par exemple de surteindre gratuitement ses vieux carrés dans une laverie éphémère. Un gros défi pour les boutiques qui doivent redéfinir leur métier autour de ces services.

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Pour fidéliser le client, il faut le chouchouter et le suivre non seulement pendant l’achat, mais aussi avant et après. Quand on sait que le ticket moyen d’achat aux Galeries Lafayettes s’élève à 1500 euros, on comprend mieux pourquoi autant d’argent est investi dans la fidélisation de la clientèle. Pour cela, il faut apprendre à mieux connaître le client, par l’observation de ses comportements et de la fréquence de ses achats, de sa wishlist… Vincent Coehlo et Jean Sebastien Veilleux rêveraient d’une énorme base de données client unifiée à l’échelle mondiale. Cela permettrait aux détaillants de faire des politiques promotionnelles plus ciblées, avec l’objectif d’augmenter le montant du panier moyen. Mais pour ne pas finir dans un modèle de publicité intrusive à la Minority Report, tous s’accordent à dire qu’il faut trouver un juste équilibre entre intrusion déraisonnable et adhésion.

 

L’adhésion des clients est aussi très importante pour les marques. Une clientèle qui s’identifie à la maison, à ses valeurs, promet d’être plus fidèle et de renvoyer une image positive de la marque, tout en augmentant sa popularité sur les réseaux sociaux. Tout un cercle vertueux. Certaines marques réussissent à créer de véritables communautés, via un bon travail de community management. Un exemple parlant est celui de la société Bonne Gueule. (nous en parlions danscet article). Initialement blog sur la mode masculine, au vu de la grande communauté de lecteurs, les fondateurs Benoît Wojtenka et Geoffrey Bruyère décident de lancer une marque de vêtements puis d’ouvrir une boutique. Un exploit qui n’aurait pas pu se faire sans leurs fans.

Redéfinir le store

Mais, comme le souligne Denis Chatain, l'e-commerce n’est pas non plus un eldorado, car vendre sur internet implique aussi des frais d’envoi. L’accent doit donc aussi être placé sur le retour de la clientèle en magasin et la façon de réenchanter cette expérience d’achat. Le vendeur, plus informé grâce aux données stocks et clientèle, jouera la place centrale de ce nouveau modèle.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Comme nous l’explique Coline Vernay, rédactrice en chef chez Modelab, de plus en plus de magasins tentent de faire de la visite en boutique une véritable expérience. Le magasin reste un lieu de vente, mais pas que ; il est aussi un lieu de vie et de rencontres où le client vient chercher autre chose qu'un produit, par exemple l’exclusivité. Un bon exemple est le concept store parisien Colette, qui organise régulièrement des expositions, des ateliers, chasses aux œufs pour Pâques… Certaines boutiques intègrent des technologies high-tech comme la VR (par exemple celle de Tommy Hilfiger à New-York), ou des robots dans leur boutique. Ces technologies attirent les gens aujourd'hui, car elles sont encore "inhabituelles". Pour le moment, elles peuvent s’assimilent davantage à une stratégie marketing pour attirer le client plutôt qu’à une plus-value dans la vente. De son côté, Jean Sébastien Veilleux, explique que chez La Canadienne, des écrans interactifs sont installés à la vitrine de boutiques pour donner l’envie au client de rentrer. Dans une de leurs boutiques parisiennes, le social mirror permet aux clients de se photographier avec un article pour le partager par mail ou sur les réseaux sociaux. Chez Karl Lagerfeld, des iPad sont mis à disposition des clients pour prendre des selfies. Ainsi, même s’il n’y a pas eu d’achat, le client passe une bonne expérience relayée sur les réseaux sociaux, ce qui accroît la visibilité de la marque.

Dans la redéfinition de l’expérience boutique, certains vont beaucoup plus loin. Un exemple de l’omnicanal poussé à son paroxysme est celui des boutiques expérimentales sans stock de Decathlon. Ce point de vente ouvert à Englos dans le Nord consacre 1200m2 à l’exposition de l’intégralité de son offre, sans qu’il soit possible de repartir avec ces produits. Dans cet énorme showroom continu, les clients peuvent toucher et essayer la marchandise, puis la commander en ligne via une application installée sur leur smartphone ou l’un des smartphone disponibles en magasin. Le client sera ensuite livré chez lui ou en boutique. Ce concept permet à Decathlon de proposer un prix 10 % inférieur à ses autres points de vente grâce aux économies liés à l’absence de stocks. Cette logistique en moins, les employés peuvent s’adonner pleinement au service clientèle.

Un passage obligé ?

Sur internet, pour les enseignes généralistes, la concurrence est rude face aux Big Players et il faut en permanence chercher à se différencier. Pourtant, comme le souligne Jean Sébastien Veilleux, les détaillants indépendants ne perçoivent plus le digital comme un ennemi mais comme un atout. Il permet à de petits acteurs de niche, comme La Canadienne de se faire une place.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Pour lui, la première étape est de commencer par les choses simples, à savoir remplir ses coordonnées Google. Créer un site web nécessite parfois l’appel à des experts en communication, qui sauront retranscrire l’univers d’une boutique à travers un storytelling et un bel univers graphique fidèle à l’identité de la marque. Le partenaire de la soirée, Deligreens, a par exemple voulu recréer une ambiance d’épicerie bio en ligne. Pour montrer son accessibilité, comme sur une place de marché, un chatbot interpelle le visiteur pour accéder à ses demandes. Il faut aussi rédiger les descriptions des articles et prendre des photos de qualité, un investissement matériel et logiciel qui n’est pas des moindres. Dans le monde de la mode aux collections éphémères, il est aussi difficile d’être tout le temps dans le top du référencement. Un travail supplémentaire loin du cœur de métier des créateurs, auquel certains essaient tout de même de s’adonner faute de moyens.

Dans un marché concurrentiel, une solution reste de s’allier pour être plus fort. Jean Sébastien Veilleux est aussi président de la Fédération Nationale de l'Habillement rassemblant de nombreux indépendants. Il a pour projet de créer une jour une plate-forme, ou place de marché comme il préfère l’appeler, pour détaillants indépendants. Sur le même modèle que les libraires indépendants, ce site permettrait aux quelques 4200 boutiques indépendantes françaises de co-distribuer en mutualisant les frais liés au e-commerce. Selon Jean Sébastien, un besoin vital à l’heure où 28 % des ventes des sites se réalisent sur des places de marché. A l'inverse, des plateformes de créateurs comme Etsy créent des boutiques physiques de créateurs locaux. Une chose est sûre : Les codes du shopping et de la distribution sont en pleine mutation.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Une belle soirée de discussions pour nous, qui aimons organiser et animer des échanges, intervenir sur des salons, car nous avons la conviction que c'est ainsi que naissent les idées et se font de belles rencontres. Rendez-vous pour notre prochain évènement à Lyon durant la fashionTech week en octobre !


Antifashion

Antifashion : vers un renouveau du système de la mode ?

Anti Fashion saison 2, toujours du côté de Marseille, sous l'impulsion de Stephanie Calvino. Petit rappel pour les néophytes : En 2015, la prévisionniste de tendances hollandaise Li Edelkoort, rédige son manifeste Anti_fashion, pointant les dérives du système de la mode.

La mode surproduit, les clients surconsomment, et ce au détriment de notre société, qui finalement perd ses repères, et ne sait plus évaluer un produit mode à sa juste valeur. L'heure est venue de questionner le système, et de valoriser les alternatives.

Chez Modelab, nous croyons à la slow fashion, plus juste dans sa démarche, davantage équilibrée sur toute la chaine de valeur : du créateur, en passant par le producteur, jusqu'au consommateur final.

Afin d'apporter une touche d'impertinence à cette seconde édition, la chroniqueuse et instagrameuse Sophie Fontanel fut en charge de l'animation. Tâche à laquelle elle s'est adonnée avec un regard subtilement bienveillant.  Ces trois jours d'échanges furent placés sous le signe, bien évidemment, du soleil, mais surtout d'un bouillonnement d'idées pour reformater le système mode. Reste à savoir s'il s'agira d'une vague ou d'un tsunami.

Antifashion
© Anne Loubet

Antifashion : un mouvement durable

Stéphanie Calvino, une femme pleine d'énergie, organise l'évènement avec l'envie de bousculer un système mode devenu trop rigide.  Elle a placé Antifashion sous l'étoile d'une Li Edelkoort de combat, avec trois lignes directrices fortes.

Tout d'abord, la formation des jeunes, l'élargissement de leurs compétences et de leur compréhension de notre monde en pleine mutation. Et comprendre ce monde, c'est aussi s'en inspirer. De ce point de vue, l'intervention de Patricia Ricard, Présidente de l'Institut Océanographique Paul Ricard, eut un écho particulier. Son travail consiste à observer la nature afin de s'en inspirer pour innover durablement. C'est ce que l'on appelle le biomimétisme. La manière dont l'araignée tisse sa toile a par exemple été étudiée pour développer de nouveaux matériaux. D'où l'intérêt d'autant plus grand de sensibiliser les jeunes créateurs à la préservation de notre environnement et à son observation, qui a tant à nous offrir.

Le seconde ligne directrice : se rapprocher d'une mode plus juste. Pour cela, Antifashion a réuni durant trois jours des personnalités aux postures variées afin d'échanger, de débattre lors de tables-rondes et conférences. De quoi apporter des regards différents sur cette question clé, aussi bien éthiquement qu'économiquement, pour l'avenir de la mode.

Last but not least : mettre en valeur les jeunes talents. Un atelier de création, à partir de jeans récupérés, a été organisé, concours auquel ont participé plusieurs jeunes marseillais, sans compétences en couture. Aussi, un espace d'exposition et de workshops permettait de découvrir de jeunes designers aux pratiques atypiques, dont dépendra le futur de la mode.

Pour la série de conférences, je vous propose un petit résumé, abordé selon l'angle d'une mode à deux vitesses : celle calée sur la tyrannie du moment ; et celle sur une durée plus longue inscrite dans l'histoire.

Slow Fashion et Fast Fashion : une danse à deux temps

Comme on peut le lire sur ce schéma du collectif éthique-sur-étiquette, la plus grande part de la marge de profit d'une paire de baskets revient au distributeur. Une distribution qui peut être considérée comme inéquitable, compte tendu de la véritable création de valeur qui repose sur la main d’œuvre (ouvriers et créateurs compris).

ethique-sur-etiquette.org
ethique-sur-etiquette.org

Mais ce qu'il faut aussi prendre en compte, c'est l'impact du coût publicitaire dans une paire de baskets. C'est la contribution de Sébastien Kopp de Veja qui s'interroge sur la valeur du produit de mode. Vis à vis des campagnes publicitaires, Veja se positionne autrement face à ses concurrents, n'allouant pas de budget à sa "communication", ce qui lui permet de vendre dans la même gamme de prix une basket qui coûte beaucoup plus cher à produire (en faisant le choix de produire de manière éthique, à partir de matériaux de qualité).

antifashion
© Anne Loubet

Li complète cette idée, en pointant du doigt que le fait de vendre un tee-shirt à deux euros est une catastrophe. Avec un prix aussi bas, cela implique forcément que des personnes se tuent à la tache. Et symboliquement, cela renvoie l'idée que la mode n'a plus de valeur.

Afin de contrer cet effet tyrannique de la quête de nouveauté perpétuelle, il s'agit de créer des produits intemporels, souligne Sébastien. Et, pour cela, l'inscription dans un récit, voire une odyssée, devient une nécessité. Ainsi, Veja s'est lancée en affirmant avant tout son style, mais aussi son identité de marque à dimension humaine, respectueuse des principes du commerce équitable. Un commerce qui veille à la rémunération juste du producteur local. Veja ne positionne plus uniquement en vendeur de chaussures, mais en pourvoyeur d'une mode éthique et durable, et ceci sur toute sa chaîne de production.

Vers une chaîne de valeur de combat

Par rapport au questionnement sur la création et le développement de la notoriété des jeunes créateurs, Sophie Fontanel aborde la notion de "surface". Selon elle, les marques devraient occuper le plus de surface possible, notamment médiatique, et cela est possible avec les réseaux sociaux. Pour elle, la marque Vêtements a disrupté les codes, par exemple en arrêtant le défilé de mode, qui n'aurait plus de sens à l'heure des réseaux sociaux. A quoi bon demander à une horde d'acheteurs de se déplacer pour assister à un show de 15 minutes calibré pour Instagram ? Avec cette position radicale, Vêtements se positionne ainsi en leader d'opinion novateur.

Dorénavant, Vêtements ressemble plus à un collectif de combat qu'à une marque traditionnelle de créateur, toujours dans l'action. Leur objectif : pulvériser les codes de la mode.

antifashion
© Anne Loubet

Seule ombre au tableau : un désir contrarié ?

La conclusion de Sophie Fontanel à ces trois journées d'échanges, est que la mode reste avant tout une question de désir, qui doit être maintenu et ravivé sans cesse. Pour elle, la mode renvoie forcément au besoin irrésistible de changement, et "s'habiller frugal est un luxe de nanti" écrit-elle dans l'Obs. La question qu'elle soulève également dans cet article : Le plaisir de changer souvent de vêtement est-il compatible avec le changement du système ? N'est-il pas un peu oublié par des entrepreneurs qui prônent de consommer autrement ?

C'est une question importante, et nous qui aimons la mode, jouer avec les histoires que racontent les vêtements, nous ne rêvons pas non plus d'une garde-robe tristement fonctionnelle. Mais, nous croyons en la possibilité, notamment lorsque-nous rencontrons de jeunes entrepreneurs et créateurs que nous vous présentons dans nos pages, que goût pour la mode et "slow fashion", sont compatibles, et ce à des prix pas plus hauts que ceux proposés dans les grandes enseignes. Pour apprécier la beauté de la mode, dans toute sa complexité, il ne faut pas forcement beaucoup d'argent, mais une certaine curiosité, et des références. Nous revoilà au chapitre "éducation".

Et puis, après tout, on préfère manger une bonne pâtisserie une fois de temps en temps, que prendre des gâteaux industriels au distributeur tous les jours à la pause café.

Pour prendre du plaisir en surconsommant des produits fabriqués en masse dans des conditions déplorables, il faut être inconscient. Ce n'est plus possible aujourd'hui. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut s'informer beaucoup plus facilement, dénicher des bons plans, découvrir des projets comme Unmade,  Post Couture, Studio Mazé, qui permettent aux amateurs de mode de continuer à la célébrer, sans se ruiner, et en la poussant vers l'avant sans tout écraser sur son passage.


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We wear culture : la banque de données mode façon Google

Ce jeudi 8 juin, Google révélait le lancement de sa nouvelle plateforme entièrement dédiée à la mode « We Wear Culture ». Ce projet retraçant 3 000 ans d’histoire de la mode viendra rejoindre l’immense bibliothèque Google Arts and Culture, qui figure parmi les applications les plus téléchargées au monde et qui rassemble des œuvres numérisées du monde entier. Après avoir indexé les sites, Google indexe la culture, et maintenant la mode. Objectif affiché : retracer l’histoire de nos vêtements, nous faire pénétrer dans les coulisses des ateliers et découvrir les collections sous un nouvel angle grâce aux technologies high-tech de Google.

Un contenu extrêmement riche

Google Arts and Culture, c’est l’ambition d’un musée universel en ligne ATAWAD (Anytime, Aywhere, Any Device). La plateforme est constituée d’un contenu multimédia extrêmement riche et varié, composé des contributions des plus de 180 partenaires de Google éparpillés dans une quarantaine de pays. Parmi les partenaires, des institutions prestigieuses telles que le Fashion Institute of Technology de New-York, le théâtre Bolchoï de Moscou, l’école ESMOD ou bien encore le musée de la Dentelle de Calais. Les collections sont mises en valeur grâce au savoir-faire de géant du web pour créer une banque multimédia qui a de quoi rendre jalouses les meilleures médiathèques : En tout, la plateforme permet de visualiser plus de 36 000 photos et 700 vidéos, soit l’équivalent de plus de 30 000 vêtements et accessoires numérisés, dont 25 pièces iconiques en ultra-HD. Le visiteur pourra également accéder à plus de 450 expositions virtuelles et 60 sites phares de la mode, le tout par VR ou la Google Street View.

À son lancement, l’application Google Arts and Culture avait été critiquée pour sa sélection trop occidentalo-centrée et mainstream. Pour ce nouveau projet mode, la critique semble avoir été prise en compte. Aux côtés des portraits d’Alexander McQueen et de la petite robe noire de Chanel, on peut aussi explorer la mode dans la culture afro ou les looks excentriques des rues de Tokyo. En présentant le vêtement de la même façon que les autres œuvres, Google attribue à la mode un statut d’art à part entière. La plateforme explore ce lien pas toujours évident entre mode et culture, avec des articles de fond ou en décrivant par exemple comment le vêtement à façonné l’identité culturelle des femmes ou des transsexuels.

La plateforme est divisée en quatre rubriques principales : les icônes de la mode qui ont révolutionné notre manière de s’habiller, les courants de la mode, les coulisses, ainsi que l’histoire étroite entre la mode et les arts. On y retrouve des articles de qualité rédigés par des experts, des vidéos de défilés ou des interviews de créateurs, le tout parsemé de citations emblématiques sur la mode. Surfant sur la popularité de sa plateforme vidéo, Google engage la youtubeuse Ingrid Nilsen pour une série de décryptage des grandes tendances de la mode ( « Trends Decoded »).

we wear culture rubriques

Rien de plus facile que de naviguer sur cette énorme base de données au design épuré. C’est là qu’on retrouve le domaine de prédilection de Google. Les partenaires du pure player n’auront cependant pas leur mot à dire sur la ligne éditoriale et les licences des photos, dont le téléchargement et partage sur les réseaux sociaux demeure interdit.

Qui y gagne-quoi ?

Mais que se cache-t-il sous ce nouveau mécénat à la Google? En 2011, le Google Arts and Culture Project est lancé avec pour objectif de « rendre du matériel culturel important disponible et accessible à tous et de le préserver numériquement pour éduquer et inspirer les générations futures ». Trois ans plus tard, Google inaugure le Google Lab à Paris. Ce centre situé dans le IXème arrondissement met à disposition de ses partenaires toutes les technologies de Google : réalité virtuelle, Street View, écran géant interactif, technologie de photographie en Gigapixels (Art Camera), impression 3D, Tilt Brush… une aubaine pour les partenaires n’ayant pas encore numérisé leurs collections et qui perçoivent dans le numérique de nouvelles modalités de médiation et de communication. L’appareil photo ultra HD breveté par Google permet de mettre en valeur le savoir-faire artisan d’un créateur en se rapprochant au plus près de la couture pour le plus grand plaisir de nos pupilles. Un beau coup de pub pour les technologies de Google, qui par la même occasion fait tester à ses partenaires des technologies encore au stade expérimental. Mais la motivation première de Google reste évidemment de récolter des données, et plus particulièrement des œuvres, domaine qui jusque-là lui faisait défaut.

Une nouvelle forme de démocratisation ?

Amit Sood, ingénieur indien à l’origine de l’application, avait pour ambition de rendre l’art plus accessible aux « complexés du musée ». L’application est gratuite et permet d’observer des œuvres éparpillées dans des musées aux quatre coins du globe sans avoir à bouger de sa chaise. Mais Google Arts and Culture peut-elle remplacer une expérience de visite physique ? Reste aussi à savoir si elle attire réellement un nouveau public doté d’une faible culture artistique ou si elle intéresse plutôt des technophiles.

L’application offre de nouvelles façons d’appréhender les collections, comme les fonctionnalités de recherche par mots-clés. Tapez « robe rouge» ou « escarpins » et vous obtiendrez votre visite virtuelle personnalisée par algorithme. L’application donne aussi la possibilité de voir toute l’évolution du travail d’un artiste au cours de sa vie sous forme de timeline, alors qu’il serait impossible de réunir toutes ses œuvres physiquement. Mais lors de la découverte d’une œuvre, la scénographie a aussi son importance, que l’on ne retrouvera pas online (parcours de visite, contextualisation de l’œuvre, storytelling, ambiance de l’exposition). L’absence d’un médiateur autour des œuvres pose problème, sans compter que le temps d’attention et de concentration est moindre sur internet.

we wear culture escarpins

Il faut donc voir ces outils comme un complément qui apporte un plus à la visite plutôt qu’un substitut. L’immersion VR permet de créer une expérience de visite immersive d’un nouveau genre. La technologie de Gigapixel permet quant à elle de s’approcher au plus près d’une œuvre, chose qui nous serait impossible au musée, par mesure de sécurité ou faute de foule. Google a également développé une fonctionnalité qui permet de scanner un vêtement façon « Shazam » de la mode pour obtenir des informations complémentaires à son sujet ou une interview de son créateur.

Dans le cas précis de la mode les choses sont peut-être un peu différentes. Comme le fait remarquer Gabrielle Hamilton Smith dans l'article "L'exposition de mode à inventer" publié dans le dernier magazine magazine, les vêtements ne sont pas des œuvres d’art comme les autres. Les mettre sous verre ou dans un musée cache leur nature de « choses vivantes » accompagnant le corps dans ses mouvements et actions. Le mieux serait alors de les restituer dans des reproductions de lieux où ces vêtements ont vécu. Les images figées de l’application ne permettent pas d'appréhender le vêtement entièrement dans sa fonction sociale. De plus, la place des gardes-robes banales reste assez marginale sur l'application, alors que son histoire est toute aussi importante.

Une exposition pour le lancement au musée des Arts Décoratifs

Pour fêter le lancement de la plateforme, Google s’est allié au Musée des Arts Décoratifs pour une exposition (une vraie cette fois) les 9 et 10 juin. Au programme, la visite de 7 expositions virtuelles sélectionnées pour l’évènement :

we wear culture tilt brush

• Déboutonner la mode
• Transferts, la mode occidentale à la rencontre de l’Orient
• La mode au XVIIIe siècle : Ornement et Textile
• La mode au XVIIIe siècle : Élégance et vie de cour
• La mode au XIXe siècle : Forme et silhouette
• La mode au XIXe siècle : Naissance de la Haute couture

Cet événement est surtout l’occasion d’expérimenter « in real life » l’application et les technologies de Google comme le TiltBrush, le pinceau pour dessiner en 3D équipé d’un casque VR ( Occulus Rift by Google, of course )

Loin de se sentir menacé par l’arrivée de l’application, le directeur du musée Olivier Baget y voit un projet ambitieux qui suscitera l’intérêt pour ses collections. À l’heure où la haute-couture se fait critiquer pour son élitisme, on ne peut voir que d’un bon œil cette application qui offre une vue dans ses coulisses très fermées et ses codes.

 


Prodways

Prodways : l'impression 3D au pouvoir

Lors du dernier Salon Traffic, Jacques Leroux de la CCI m'a indiqué que je devais absolument échanger avec Catherine Gorgé de Prodways.

Selon lui, elle est un fer-de-lance de l'industrialisation 3D en France, et fine connaisseuse de l'écosystème Fashiontech français. Elle a notamment été présidente du dernier appel à projet Next du R3iLab.

En outre, le 12 mai dernier, le groupe Prodways a réussi son entrée en bourse sur le marché Euronext.

Curieux d'une telle réussite, j'ai convenu avec Catherine un rendez-vous, afin d'évoquer sa vision business, et sa vision de l'écosystème Fashiontech en France.

Catherine, tu participes à de nombreux évènements dans l'univers de la Mode comme le Salon Traffic ou le Symposium Paris & New York, pourrais-tu m'en dire un plus sur ton parcours et comment tu es devenue une figure référente dans la Mode ?

Je suis ingénieure de formation avec plus de 10 ans d'expérience en pétrochimie, notamment chez Technip comme ingénieure de projet.

Ensuite, j'ai changé d'activité et intégré un groupe de luxe : Puig. Dans ce grand groupe, j'ai été en charge du développement de marque de Paco Rabane où j'ai appris les valeurs et codes du luxe. À cette époque, nous étions en quelque sorte des avant-gardistes, avec un savoir-faire unique sur la main, avec notamment un atelier de première-main (bijoux et matière). J'avoue que cette période m'a permis de découvrir une réelle passion pour cet univers de la beauté.

Après cet apprentissage dans le monde du luxe, je me suis orientée dans la Direction opérationnelle chez Maje.

Enfin, j'ai souhaité aider mon mari qui gère Le Groupe Gorgé spécialisé en haute technologie et je me suis intéressée au développement de l'impression 3D. Ainsi, j'ai commencé au secrétariat général et ensuite au développement de nos activités luxe et design.

Justement Catherine, j'aimerais en savoir un peu plus sur l'impression 3D et notamment comment vous êtes devenue l'acteur français incontournable sur la question ?

À l'origine Prodways était spécialisé sur des secteurs traditionnels comme le médical et l'aéronautique.

De par mon passé dans le luxe, j'ai pris la direction d'une division particulière sur les métiers créatifs comme l'art, l'architecture, les bijoux et la joaillerie.

En effet, pour moi, on ne pouvait pas s'adresser de la même manière à un Jean-Paul Gaultier et à un ingénieur en aéronautique. Cette division s'appelle "Les Créations".

Le Groupe Gorgé c'est quoi aujourd'hui ?

Dans le groupe Prodways, nous avons 4000 clients dont 150 clients dans les métiers créatifs avec un chiffre d'affaires (CA) de 25 millions d'euros.

L'an passé, nous avons produit 1 million de pièces pour un CA d'environ 10 millions.

Concernant l'impression 3D, nous couvrons tout l'écosystème :

  • La construction d'imprimantes
  • La fabrication de matière imprimable
  • L'impression
  • Et également du conseil

Au niveau du modèle économique pour la fabrication de matière imprimable et Prodways Technologies, pour la division nous sommes assez proches de Nespresso par exemple, qui a un business model focalisé sur la vente de capsules.

Prodways

Comment Prodways s'organise au quotidien ?

Nous avons 3 sites, un du côté de Paris avec 70 personnes, un autre sur Annecy (également 70 personnes) et enfin notre centre de R&D Matière à Francfort en Allemagne.

Pour assurer notre développement depuis 3 ans, nous avons adopté une stratégie de croissance externe avec l'achat de l'entreprise Initial basée sur Annecy, leader français de l'impression 3D.

Afin d'assurer cette croissance, vous avez réalisé votre introduction en bourse à l'Euronext en mai dernier ?

En effet, nous avons pour ambition de créer les matières de demain ainsi que d'être constamment agiles et audacieux. Cette introduction en bourse nous permettra d'assurer notre croissance.

Catherine, vous êtes au cœur de la Fashiontech, comment pourriez-vous la définir ?

En ce moment, je suis notamment en relation avec des cabinet de conseil et de tendances et nous sommes en train de travailler sur les freins, accélérateurs et l'état de l'art de l'écosystème français. Nelly Rodi a été pionnière en s’intéressant à l’impression 3D dès le démarrage de notre division.

J'ai notamment présidé le dernier appel à projet du R3ILab "Next" sur les nouvelles technologies et matières.

Fort de cet ancrage, je peux affirmer que nous en sommes encore aux balbutiements. En effet, sur le prototypage, nous avons atteint un niveau de maturité, en revanche sur le développement d'un produit ou d'une matière industrialisable ce n'est pas encore le cas. En effet, nous sommes encore trop limités techniquement pour le secteur du textile.

À mon sens aujourd'hui, la Fashiontech peut se définir comme un laboratoire d'expérimentation.

Prodways

Justement, comment Prodways peut accélérer cette mutation de l'écosystème ?

Tout d'abord, nous avons un rôle de pédagogie. Ainsi, comme tu le soulignais, je participe à de nombreuses conférences afin d'expliquer ce que nous réalisons, et de comprendre la mutation de cet environnement en rencontrant d'autres protagonistes.

Nous sommes à la fois un observateur et acteur de cette Fashiontech. En d'autres termes, un spectateur engagé.

Enfin, une précision importante par rapport à l'écosystème mondial, la France a un rôle de précurseur dans l'impression 3D !

Prodways

Pour terminer, de plus en plus de marques de Luxe viennent vous voir, comment les conseillez-vous ?

Ils s'interrogent notamment sur le retail et comment enchanter l'expérience client.

De notre côté, nous pouvons dès maintenant proposer de l'impression de semelles uniques et exclusives pour baskets, sneakers et souliers de ville.

Catherine, je serai ravi de pouvoir venir visiter votre atelier de R&D du côté d'Annecy...

... Cher Fabrice, rendez-vous est pris.


Ooshot

Ooshot : la photo au service de la mode

Par un vendredi matin pluvieux, je retrouve Thierry Maillet (TM) et Valérie Hersleven (VH), fondateurs d'Ooshot, première plateforme internationale de réservation de photographes, dans une brasserie du quartier Saint-Michel à Paris. Et, un peu comme d'habitude, je suis légèrement en retard.

L'objectif : en savoir plus sur cette start-up qui valorise l'image des marques. En effet, aujourd'hui, les images ont pris une place exceptionnelle dans la communication de la sphère mode.

Une fois installé, Thierry, très rapidement, me rappelle que nous organisons ensemble un petit-déjeuner chez The French Talents mercredi 6  juin à 8h30 sur "Comment les marques de mode rentabilisent leur présence sur Instagram".

Une fois ce préambule précisé, nous pouvons commencer.

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Thierry, pourrais-tu nous parler un peu de toi, je crois savoir que tu as eu un parcours varié ?

TM : En effet, j'ai un double passé. Tout d'abord comme entrepreneur avec notamment la création d'une entreprise en Espagne, et puis sur Paris dans le marketing de l'innovation. À cette occasion, j'ai pu travailler dans le secteur de la grande distribution et du luxe.

Puis, j'ai eu l'opportunité de revendre cette société pour me consacrer à mon autre passion : l'écriture.
J'ai alors réalisé une thèse sur "L'histoire des bureaux de style", notamment sur le rôle de médiateur qu'ils ont dans le secteur de la mode.

Lors de cette recherche, je me suis attaché à montrer l'envers du décor. Les bureaux de style servent de mise en perspective de l'univers mode.

J'ai également participé à un programme de recherche européen aux Pays-Bas sur "Les acteurs méconnus de la mode".

Ensuite, je suis revenu à mes premiers amours en rejoignant en 2015 Ooshot créé par Valérie. À cette époque, l'arrivée des nouvelles technologies avait déjà fortement impacté des industries traditionnelles comme l'hôtellerie, l'automobile et la mode me semblait un peu à la traine. C'est pour cela que ces nouvelles technologies, à mon sens, ne sont qu'un substrat supplémentaire de médiation.

ooshot

Valérie, toi aussi, je crois savoir que ton parcours est plus que diversifié...

VH : ... En effet, à la base, j'étais agent de photographe, j'ai ainsi découvert des gens d'une grande sensibilité artistique, mais un peu perdus dans le monde du commerce. En outre, j'ai aussi travaillé pour Apple... Je dirais en ce qui me concerne que j'ai toujours baigné dans la photo. Je me considère plus comme éditrice. Mon travail consiste à repérer les photographes ; dénicher les jeunes pépites. Mon rôle est d'être médiatrice entre le client et le photographe.

Thierry, pourquoi as-tu décidé de rejoindre Valérie qui lançait Ooshot, comment pourrais-tu qualifier cette plateforme ?

TM : Le constat était simple, il n'existait pas de médiateur de confiance entre les photographes et ceux qui souhaitaient des photos de qualités (marques de mode, retailers...).

Comme une évidence, Valérie a proposé Ooshot, la première plateforme de médiation de photographes. Notre rôle est de garantir un haut degré de confiance. Déjà mes travaux de recherche m'avaient conduit à constater : "La représentation de l'image et l'image de la représentation".

Le secteur de la mode s'adresse avant tout au désir. L'image a une puissance incroyable pour susciter ce désir.

Ainsi, tu désires l'image qu'une personne renvoie et non pas la personne. En d'autres termes, la représentation s'avère consubstantiellement liée à l'image. D'ailleurs, il suffit d'aller visiter l'exposition sur Blumenfeld à la Cité de la Mode pour s'en apercevoir...

Dans l'histoire de la photographie de mode, les plus grands magazines (Vogue, Elle, Marie-Claire...) sollicitaient les photographes qui savaient représenter le monde d'une manière singulière.

Cependant, au niveau business, l'industrie de la photo de mode a toujours été un peu en retard. Si je reprends la fameuse répartition des 4P en business (Price, Product, Promotion, Place). Le produit n'a jamais été standardisé, ou plutôt harmonisé. La distribution, quant à elle, fut peu organisée. Seule la promotion a été structurée grâce aux Salons Professionnels...

Ooshot a pour ambition d'offrir un produit en voie d'harmonisation. En effet, les clients sont confrontés à une exigence de volume de production incroyable à cause de l'émergence des réseaux sociaux et du e-commerce. Avant, une photo avait une durée de vie de 6 mois, aujourd'hui uniquement de quelques heures...

Au sein d'Ooshot, comment se répartit le travail entre vous ?

TM : De mon côté, je suis en charge du développement de l'activité et de la gestion des partenariats. Justement, lors du dernier Salon Traffic où nous étions exposants et nous avons annoncé un partenariat avec Grand Shooting.

VH : Je suis la fondatrice d'Ooshot et la Rédactrice en Chef. Je coordonne l'ensemble des shootings que nous organisons avec l'aide de notre Head of Photography.

Thierry Maillet

 

Thierry, comme tu le sais, j'attache une grande importance à la notion d'écosystème, quel est ton avis sur celui de la mode ?

TM : Hier, j'ai entendu qu'en France, aujourd'hui, il y avait 300 000 marques de mode : tout simplement incroyable. Aussi, nous avons de belles locomotives comme Keiring et LVMH.

10 marques réalisent 50 millions de chiffres d'affaires.

Sinon, cet écosystème est avant tout parisien.

Au niveau de la singularité, nous avons tous les atouts en notre possession :

  • Grands Groupes,
  • Distribution (les Galeries Lafayettes, Vente-Privée...),
  • Médiation (presse, bureaux de style et salons professionnels).

Franchement, nous n'avons rien à envier à New-York au niveau de la photo de luxe !

Néanmoins, si je peux trouver un seul bémol, nous n'avons pas su développer un grand champion du fast fashion comme Zara, H&M ou Uniqlo.

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Pour terminer cet entretien, j'aurais aimé connaître votre sentiment sur l'écosystème fashiontech ?

VH : Je trouve cela génial, car c'est un formidable outil de démocratisation de la mode. En d'autres termes, cela donne plus de poids à des écritures. Avant, être photographe coûtait cher en terme d'investissement en matériel. Aujourd'hui, l'accès en est simplifié.

Ooshot est pour nous bien plus qu'une plate-forme de réservation. Notre ambition a toujours été de créer une communauté "Avant tout, on est une famille". En effet, la technique n'est pas le sujet, nous ne sommes pas techniciens. Celle-ci doit être au service de la création. Le voyage est plus important que la plateforme de réservation !

TM : Selon moi, la technologie rentre par tous les bouts dans l'entreprise : supply-chain, marketing, communication, production d'images...

Ce qui est important pour une société est tout d'abord de l'accepter, et ensuite d'en irriguer l'ensemble de ses services. En effet, l'industrie de la mode est une industrie comme une autre.

En d'autres termes "La tech est partout". Néanmoins, celle-ci ne doit pas prendre le pas sur l'émotion qui reste le moteur de la mode, mais plutôt devenir un outil au service de cette émotion.

Merci à tous les deux !