Damart

La fibre de l'innovation Damart

Damart, l’éclair de génie ! L’inventeur du légendaire Thermolactyl, premier textile intelligent Made in France souhaite revenir sur le devant de la scène. Partenaire du FashionTech LookForward de Showroomprivé.com, Damart a dévoilé sa nouvelle stratégie d’engagement dans les smart textiles lors d’une conférence animée par Modelab. L’occasion pour nous de découvrir en avant-première ses collaborations mode Thermolactyl pour la saison automne hiver 2017-2018 et ses recherches sur le care-wear et les vêtements connectés. Le tout en présence de l’iconique Chantal Thomass, venue révéler ses « Secrets », les nouvelles pièces de sa ligne prêt-à-porter issue de sa seconde collaboration avec la marque.

L’innovation au cœur de la culture d’entreprise Damart

La maison naît en 1953 de l’innovation du Thermolactyl, textile qui maintient le corps au chaud grâce à ses propriétés triboélectriques. Les micro-frottements de ce tissu au contact de la peau créent une énergie génératrice de la chaleur. De la fashionTech avant l’heure. ;) Plus de 60 ans plus tard, la fashionTech émerge à peine dans l’Hexagone. Et Damart, compte bien apporter sa pierre à cet édifice, d’où sa présence au LookForward.

L’expertise technique de Damart est mondialement reconnue. Le Thermolactyl a fait ses preuves partout : chez les climatologues et explorateurs au Pôle Nord, chez les skieurs et footballeurs professionnels, les militaires, les pompiers, les navigateurs… et même chez les princesses ! En 1982, en voyage d’hiver à Tokyo, Lady Di répondait à une journaliste qui s’inquiétait qu’elle ait froid : « Froid ? Moi, jamais ! », reprenant le célèbre slogan publicitaire vêtue de Damart.

source : The Beauty and The Geek
source : The Beauty and The Geek

Aujourd’hui, malgré cette réputation bâtie sur le Thermolactyl, la maison ne se repose pas sur ses lauriers. En 2006, Damart crée son Comité Scientifique et poursuit ses efforts d’innovation, investissant de nouveaux domaines comme le sport et le vêtement connecté. La marque cherche désormais à se moderniser et à attirer une nouvelle clientèle, tout en ne perdant pas de vue son client cible, « la femme de 55 ans et plus qui veut se sentir belle et bien ». A l’issue de la conférence, nous avons pu échanger avec trois acteurs clés de l’innovation Damart : Sylvie Ducept, ingénieure R&D textile, Loïc Delecroix, responsable de la filiale Damart EWare, et Agatha Colin, responsable de communication. Ils nous ont livré la recette de la nouvelle expérience textile Damart. Une recette bien pensée, le tout en trois ingrédients :

Innover pour le bien-être : Damart Sport et le Care-Ware 

« La fashionTech de demain sera confortable », c’est ce que nous répond Agatha Colin, lorsqu’on lui demande sa vision de la fashionTech dans dix ans. Si maintenant Damart séduit surtout une clientèle âgée grâce à ses vêtements confortables, pour Agatha, la donne est en train de changer : « Aujourd’hui, les gens ne veulent plus choisir entre le côté confortable/technique et fashion d’un vêtement, ils veulent les deux. Il y a une rupture avec une époque révolue. Notre société recherche avant tout le bien-être. Il n’y a qu’à observer la pratique du sport, du yoga, du détox… Dans la mode aussi, les choses évoluent. La France a voté un amendement contre l’extrême maigreur des mannequins et demande de mentionner les photos retouchées. Les mannequins se remettent même à sourire sur les podiums ! Chez Damart, nous voulons retranscrire cet esprit du temps en présentant des modèles non retouchés et bien dans leur peau dans nos shootings. Le confort fait partie de notre identité de marque, et nous souhaitons prouver qu’il n’est pas réservé qu’à une tranche d’âge. »

innovationSi le Thermolactyl se chiffre désormais à plus de 7000 références avec cinq degrés de chaleur différents, Damart poursuit ses efforts d’innovation, développant les care-wear, ces textiles qui nous veulent du bien. Des vêtements qui concernent tout aussi bien la gamme sport que prêt-à-porter. Le must-have de l’été, le t-shirt rafraîchissant Océalis, conçu pour une bonne respiration de la peau et une évacuation rapide de l’humidité. Et pour les longues ballades en touriste, les sneakers Amortyl, dont la semelle amortit 30 % des chocs liés à la marche en comparaison à une basket classique. Côté sport, Damart sort le BodyGain Compression, dont le tissu augmente l’apport en oxygène des muscles, réduisant ainsi les courbatures de 60 %. Pour finir, Damart dévoile le Thermolactyl Sensitive, une matière seconde peau ultra-fine et thermorégulatrice qui préserve l’hydratation de l’épiderme de + 21%.

Concrètement, cette innovation textile est rendue possible grâce à une équipe R&D qui effectue un travail de veille permanent sur les fibres à l’échelle mondiale. Sylvie Quest, ingénieure R&D en textile chez Damart témoigne : « Nous sommes présents sur beaucoup de salons, mais les fabricants de fibres nous connaissent bien aussi, surtout sur le marché asiatique. Nous travaillons ensuite sur des associations de fibres afin de créer des textiles aux propriétés atypiques. » En interne, Damart gère une grande base de données et a créé son propre logiciel de qualité interne. « Les matériaux sont testés selon des critères comme l’épaisseur ou le poids dans des températures et conditions différentes. Aucun produit ne peut être commercialisé s’il n’a pas reçu le label qualité », certifie Sylvie.

Damart

Placer le client au centre de l’omnicanal

Avec l’arrivée du digital, le commerce se renouvelle, passant de la boutique physique, au e-commerce, puis à une habile combinaison des deux, l’omnicanal. L’omnicanal (nous en parlons dans cet article), c’est la volonté de faire fonctionner de façon synergique plusieurs canaux de distribution. Damart, boutique de vente par catalogue dès ses débuts, n’a pas attendu le digital pour s’y mettre. Il y a quelques mois, l’annonce de l’ouverture d’une boutique sans marchandises par Décathlon avait beaucoup étonné. Pourtant, en 1957, Damart ouvrait déjà le premier magasin sans stocks, un « centre de conseil » où les clients pouvaient palper les tissus et passer commande. Aujourd’hui, l’enseigne réalise encore plus de 50 % de son chiffre d'affaires par correspondance. Si la vente par catalogue est un acquis pour Damart, dont la clientèle âgée a gardé cette habitude ; Damart ne doit pas rater le coche de la vente en ligne, car le sexagénaire de demain, sera lui, connecté. Dès 2014, le groupe repense son site web et met en place un site logistique multicanal France et Export à Hem dans le Nord.

source : motcomptedouble
source : motcomptedouble

« Aujourd’hui, il y a cette tendance de recentrage sur le relationnel, qui n’est pas contradictoire à une société plus digitalisée », nous explique Agatha Colin. Damart veut renouveler l’expérience d’achat de ses clients dans ses 85 enseignes françaises et cela commence par un accompagnement personnalisé durant le shopping. Agatha nous assure que c’est une véritable demande du client et une valeur ajoutée pour Damart qui en voit ses ventes augmentées. En parallèle, Damart multiplie depuis deux ans les pop up stores dans les grandes villes. Après deux pop ups stores à Paris, puis Lille, Damart projette d’inaugurer fin 2017 son flagship store à Lille, territoire berceau de la maison, qui devra refléter l’identité de la marque. L’ambition est d’en faire un lieu de vie de culture et d’échange, avec une programmation mensuelle d’expositions, de conférences et d’ateliers.

Collaborer pour se renouveler

Depuis 2013, Damart lance des collaborations pour donner un coup de jeune à la marque. Car le défi de Damart est bien là. « Notre expertise technique est incontestable, ce que l’on veut maintenant, c’est que les gens soient fiers de porter la marque Damart. », nous confie Agatha Colin. En 2015, Damart s’était fait remarquer pour sa collaboration avec la marque streetwear Andrea Crews. Cette année, Damart poursuit les collaborations de toutes sortes, avec par exemple : Modetrotter pour le côté branché, Maison Standards pour le côté engagé, mais aussi des graphistes comme Tina Tictone, pour sa collection enfant. Ces collaborations s’ajoutent à trois partenariats avec des blogueuses sur le long terme, qui ont déjà personnalisé une collection de baskets Amortyl et de tee-shirt Océalis : Accro de la Mode, Fasilol et Une souris dans mon dressing. Une façon pour Damart de renforcer sa présence sur la toile.

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La star ce jour-là, c’est Chantal Thomass, qui renouvelle son partenariat avec Damart pour une seconde année. L’incontournable frenchie de la lingerie n’a pas pour habitude de réitérer ses collaborations, mais celle-là lui tenait tout particulièrement à cœur : « J’avais envie de retourner à mes premiers amours, le prêt-à-porter, que j’ai délaissé pour la lingerie il y a une quinzaine d’années. » Une ligne baptisée « Secrets », dix-sept pièces à petits prix, mais toujours très élégantes. La créatrice a apporté sa touche glamour au Thermolactyl, en l’agrémentant de dentelles de calais, de cols et de froufrous. Pièce phare de la prochaine collection automne-hiver dévoilée en avant-première : un perfecto en Thermolactyl. Cerise sur le gâteau, une partie des bénéfices des ventes reviendra à l’association « Toutes à l’école », pour l’insertion scolaire des jeunes filles dans les pays en voie de développement.

Le perfecto Thermolactyl Damart by Chantal Thomass
Le perfecto Thermolactyl Damart by Chantal Thomass

Dans un tout autre registre, dès 2015, Damart collabore avec le pôle de compétitivité Eurasanté sur le projet de vêtements connectés EWear. EWear, c’est le premier projet intraprenarial développé par Damart pour ses activités exploratoires. Cette organisation ambidextre de Damart s’est installée à Eurasanté pour bénéficier pleinement de la dynamique créatrice propre aux clusters. L’objectif du projet EWear : développer des solutions techniques de recueil de données physiologiques concernant le « bien-être » (qualité de sommeil, contrôle du stress, du poids….) afin de les intégrer à des vêtements intelligents type care-wear. Pour, Loïc Delecroix, responsable du projet Eware « L’enjeu aujourd’hui, c’est d’être rapide et très réactif aux besoins du client. Pour cela, il faut se positionner dans une logique de co-création avec lui, faire des allers-retours lors de la conception des produits. » Pour cela, Damart organise des interviews avec ses clientes afin qu’elles s’expriment sur leur mode de vie. « Avec cette approche orientée sur les problèmes, nous cernons mieux leurs besoins pour concevoir des produits aux plus proches de leurs attentes. »

 

damart logo

Avec les vêtements qui prennent soin de la peau et cette incursion dans le vêtement connecté, Damart renoue avec ses origines de « bien-être ». L’éclair Damart n’est pas prêt de s’éteindre !

 

 

 


Anne-Sophie Bérard

Anne-Sophie Bérard : sublimer l'art de la fashionTech

Du 28 juin au 2 juillet, se tenait le LookForward fashionTech festival au centre culturel d’arts numériques de La Gaîté lyrique. Au programme : une exposition sur la fashionTech, un Grand Prix, des ateliers et des tables rondes. Nous en avons profité pour rencontrer Anne-Sophie Bérard, commissaire de l’exposition pour la deuxième année consécutive. L’occasion de revenir sur son parcours, sa rencontre avec la fashionTech, ses deux expositions et sa vision singulière de la médiation.

Parle-nous de toi Anne-Sophie. Qui es-tu et que fais-tu ?

Je suis curator, commissaire d’exposition. Mon métier consiste à regarder l’art sous toutes ses formes afin de percevoir comment il parvient à dépeindre le monde qui nous entoure et ses mutations. Mon territoire est très large, et même si j’ai un fort intérêt pour l’art contemporain, je suis touche-à-tout : j’aime la photo, la vidéo, la musique, le théâtre, la danse… tous les champs investis par de jeunes artistes qui cherchent à comprendre notre société. Et la fashionTech est une de ces expressions qui m’intéresse tout particulièrement.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

Quel est ton parcours ?

J’ai commencé mes études par un peu de théâtre et de philosophie, puis finalement, je me suis tournée vers l’art. J’ai suivi une formation de plasticienne aux Beaux-Arts de Rueil-Malmaison puis aux Arts Décoratifs de Paris. J’y ai produit des travaux très conceptuels, orientés sur la façon dont on montre l’art. J’ai mis un moment à comprendre que ce qui m’intéressait vraiment, c’était de rassembler des gens autour de la création actuelle ; que j’étais plus douée au niveau cérébral que manuel. Il y a des gens qui sont tellement doués dans le manuel qu’il faut savoir rester à sa place.

Ma conviction en sortant des études était que je ne voulais dépendre de personne, c’est pourquoi je me suis lancée en freelance. Ma seconde conviction était que je voulais bousculer un art trop souvent réservé à une élite bourgeoise. Dans cette envie de rendre l’art plus accessible, j’ai travaillé avec le monde de l’entreprise. Deux mondes qu’à priori tout oppose, mais qui se sont nourris mutuellement : de financements plus larges pour les artistes, à des gains de créativité et de dynamisme pour l’entreprise et ses salariés.

Je n’ai jamais réussi à porter une seule casquette. J’écris des histoires pour des vidéos, je travaille sur des campagnes de communication, je monte des expositions et des festivals, j’organise des concerts privés… Je suis tout sauf une experte ou une thésarde qui aurait creusé un sujet en profondeur. J’ai cette polyvalence, qui me donne une approche particulière, qui a ses qualités et ses défauts, mais que j’apprécie tout particulièrement.

Comment es-tu arrivée dans le milieu de la mode ?

J’y suis arrivée par un ricochet de hasards. J’aime découvrir de nouveaux sujets. Lorsque l’on m’a proposé d’être la curatrice de l’exposition Look Forward, j’ai tout de suite accepté. J’avais déjà une connaissance de la mode, de par ma formation, mais c’est avec ce projet que je l’ai vraiment adoptée comme un moyen d’expression sociétale.

Comment t’es-tu introduite à la fashionTech ?

J’ai commencé par me nourrir : j’ai repris l’histoire de la mode, j’ai cherché quelles étaient les premières références, le rôle inhérent de l’innovation dans la mode... Je me suis ensuite concentrée sur la fashionTech, la technologie… Ce fut vraiment un long travail d’immersion. Ce n’est que lorsque j’ai eu le sentiment de maîtriser ce territoire que j’ai pu prendre du recul. Je suis alors partie de ce préjugé courant qui fait de la mode un sujet superficiel. Et j’ai décidé de montrer qu’on pouvait au contraire dire beaucoup de choses intéressantes à travers la mode : son niveau social, culturel, économique, son rapport à soi, à l’autre… La société entière est retranscrite dans le vêtement. Et le champ de la fashionTech est en ce point passionnant, car le vêtement est abordé au-delà de sa forme et de sa matière.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

Entre ces deux expositions sur la fashionTech que tu as mises en place, qu’est-ce qui a changé ?

La ligne globale reste la même, c’est à dire qu’on s’intéresse aux créations de la fashionTech comme à des œuvres et non comme à des vêtements. Plus qu’un lieu de contemplation, le vêtement devient un endroit d’interrogation et de réflexion. La grande nouveauté est le changement d’échelle face au succès de la première édition. Cette année, nous avons plus du double d’espace, avec presque trois fois plus d’œuvres. Nous avons donc un panorama plus large et surtout plus ouvert à l’international avec la présence du Japon, du Brésil, de la Chine ; le festival jouit désormais d’une envergure mondiale.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

La première partie de l’exposition s’est déroulée à La Piscine de Roubaix, que t’a inspiré ce lieux à l’architecture Art Déco ?

C’est un vrai plaisir que d’avoir pu faire quelque chose dans ce lieu ! La Piscine est un lieu d’une beauté incroyable que je recommande à tous de visiter au moins une fois. Ce musée est très chargé, rempli de statues et de sculptures, donc la première question fut : "Comment réussir à exister parmi cette multitude d’œuvres ?" Mon désir simple était de parvenir à faire coexister l’ultra-contemporain et le classique.

C’est une vraie histoire de tempérament, mais moi la complication et les challenges me donnent plutôt du plaisir. Très naturellement, il y avait ce bassin dans le cœur du lieu et on a eu envie de s’y poser... Je voulais qu’il y ait un jeu visuel entre nos mannequins et les œuvres du musée. Quand le visiteur circulait autour du bassin, le temps d’un instant, les deux mondes se rencontraient et un Apollon fréquentait une Jasna Rock.

En comparaison, pour cette exposition à la Gaîté lyrique, tu as un lieu assez épuré, mais qui a une symbolique forte de par sa spécialisation dans les arts numériques.

Ici on est presque à l’opposé en terme d’environnement. La Piscine est positionnée sur une culture traditionnelle et patrimoniale qui ne s’intéresse pas à l’art numérique habituellement. A l’inverse, la Gaîté Lyrique est un lieu référencé de la culture numérique, habituées aux expositions avec de la technologie. Nous avions ici 800m² pour raconter une histoire, et notre désir fut de travailler sur une scénographie créant une expérience poétique et immersive avec l’agence Clémence Farrell.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

L’exposition est découpée en quatre sections : vers un corps augmenté, intimité et société, l’impact de l’immatériel et l’engagement environnemental. Peux-tu nous en dire plus ?

Ces sections sont volontairement très sensibles, à l’image de ce que je suis, à la façon dont je regarde le monde. Je me suis inspirée de ma propre expérience de la mode. Il y a le corps, son interaction et son articulation avec soi. Il y a la relation à l’autre, le mouvement de de soi vers la société : c’est la relation intimité et société. Puis on va de nous à l’environnement, avec la question de l’engagement, de la responsabilité. Il ne me restait plus que l’imaginaire. J’ai l’impression qu’au XXIe siècle, l’imaginaire et l’immatériel sont fortement liés. Une fois que j’avais ces quatre sections, il me semblait que rien ne manquait fondamentalement, que la société avait été appréhendée dans son ensemble.

Un coup de cœur parmi les œuvres présentées cette année ?

C’était une fierté d’accueillir Anrealage, parce que c’est un pur créateur de mode. Je trouve que c’est une très bonne nouvelle qu’un créateur de mode qui défile pendant la FashionWeek accepte de venir sur le territoire de la fashionTech. Cela signifie que la fashionTech peut enfin être reconnue comme de la mode à part entière, et non simplement comme quelque chose d’underground ou de geek. Et c’est sans dire que la pièce d’Anrealage est magnifique. Les motifs de ces tenues, blancs en apparence, se colorisent comme des vitraux sous l’effet du flash de nos smartphones. Ça a un côté magique. En prenant la robe en photo, le spectateur rencontre l’œuvre et la capture sur son petit écran, qu’il pourra ensuite garder en souvenir. Un moment privilégié et volé à la réalité...

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

Tu nous a dit que tu étais intéressée par l’aspect artistique du vêtement. Mais pour beaucoup de gens ce lien entre mode et art n’est pas toujours évident. Penses-tu que les vêtements puissent être présentés comme tout autres objets d’art dans un musée ?

Sur cette exposition, nous avons fait le choix de les présenter comme des œuvres d’art en effet. Les mannequins choisis sont assez sobres pour ne pas outrepasser le vêtement. En général, l’éclairage en douche illumine le vêtement et ça s’arrête là. En revanche, si l’on observe le comportement du public, la différence est immédiate car pour lui le vêtement doit avant tout avoir une fonction. La question « A quoi ça sert ? » est donc omniprésente. C’est pourquoi un gros travail a été réalisé avec les médiateurs, afin qu’ils puissent donner au public des armes pour décontextualiser et regarder ces vêtements qui sont plus que des vêtements. Leur faire comprendre que derrière, il y a aussi une histoire, un message, un artiste qui nous parle de sa vision, qui prospecte sur les usages de demain. A l’instant T, certaines pièces sont beaucoup plus intéressantes à penser comme une idée que comme un vêtement.

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Dans les musées de sciences, la mode est à l’interactif, avec le slogan « Il est interdit de ne pas toucher ». Ce modèle peut-il s’appliquer aux expositions de mode ?

Je trouve toujours dommage d’uniformiser les choses. Que ce soit sur les arts numériques ou en général, l’idée de devoir imposer un usage au visiteur est  très frustrant. Il y a des œuvres qui se prêtent à une interaction parce que c’est le désir de l’artiste et d’autres qui demandent une simple contemplation. Typiquement, dans l’exposition, il y a une robe de la marque Qmilch, faite de fibres de lait : cette robe est très simple et totalement inactive mais son processus de fabrication est incroyable. De l’autre côté, on va avoir la Speaker dress de Anouk Wipprecht qui est interactive car son propos le nécessite. Créer de l’interaction en espérant intéresser davantage est une erreur. Prendre son temps, regarder, c’est aussi essentiel. Il y a une différence entre distraction et intérêt, et je pense qu’il faut toujours commencer par le message avant de commencer la mise en forme.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

La fashionTech bouge beaucoup, comment fais-tu pour rester au courant des dernières nouveautés ?

L’avantage de la fashionTech, c’est que c’est un petit écosystème porté par un groupe d’artistes encore très accessibles. Lors de la première édition, nous avons tissé des liens assez rapidement, ce qui m’a permis d’avoir un rebond assez facile avec eux cette année. Je les incite à m’ouvrir les portes de leur réseau car nous sommes dans une logique d’ouverture et de partage, comme le veut le monde dans lequel on vit aujourd’hui. Parallèlement à ce travail de réseau humain, il y a un gros travail de veille internet que je mène quotidiennement, sur des sites comme Modelab, qui, il faut le dire, est quand même une super source (rires), et des livres comme ceux de Bradley Quinn qui sont toujours très qualitatifs. Et ça me tient à cœur d’aller aussi fouiller les arts numériques et d’autres champs d’application, pour trouver d’autres créations qui peuvent enrichir la fashionTech.

Pour finir, quelle est ta vision de la fashionTech actuelle et comment l’imagines-tu dans dix ans ?

Ce qui m’intéresse dans la fashionTech, ce que j’ai vraiment aimé en découvrant ce monde, c’est le bouillonnement de ce territoire. On y rencontre des artistes venus de tout horizons : des makers, des designers, des bidouilleurs, des ingénieurs… ils travaillent en collectif et ont vraiment envie d’inventer des choses. C’est à la fois un reflet de notre société, dans la logique du co- et de l’opensource, et à la fois, c’est très spécifique à eux parce qu’il n’y a pas encore d’histoire de la fashionTech. L’histoire de l’art contraint le champ des possibles ; lorsqu’un peintre fait un trait bleu, il est obligé de se demander si quelqu’un d’autre ne l’a pas déjà fait. Dans la fashionTech, personne ne se juge. Il n’y a pas de complexes car il n’y a pas encore de référence, de sacralisation, de dogmes.

A long terme, cela m’intéresse peu de savoir si la fashionTech va devenir un phénomène d’usage appliqué à des vêtements de marque. C’est le côté purement artistique qui m’interroge. J’espère surtout voir ces artistes talentueux devenir des références dans le milieu de l’art contemporain et de la mode. Des talents comme Behnaz Farahi, Anouk Wipprecht ou Clara Daguin par exemple sont des merveilles ; je pense qu’elles peuvent rester dans l’histoire.

Le site d'Anne-Sophie : https://www.asberard.com/


wearables vibrants

Ces wearables qui nous font vibrer

De la tenue de sport correctrice de posture, au métronome à portée de poignée, en passant par la sneaker guide touristique, voici un rapide aperçu de quelques wearables bien pensés utilisant des vibrations pour dialoguer et qui nous veulent du bien.

Nadi X : le wearable de yoga qui corrige votre posture

© Nadi X
© Nadi X

L’idée paraît simple à première vue, mais il fallait y penser. La plupart des wearables dans le domaine sportif servent avant tout à mesurer des constantes : rythme cardiaque, distance parcourue, nombre de calories dépensées... Mais c’est peut-être ne pas pousser assez loin le potentiel d’un objet porté à même le corps. Pourquoi ne pas le faire intervenir directement pendant la séance d’exercice ?

Partant de ce constat, la société Wearable X, fondée par Billie Whitehouse, a développé un pantalon de yoga assez particulier. Embarquant des technologies wearables, ce pantalon a la capacité de corriger la posture durant une séance de yoga. Lorsque le vêtement mesure que la posture de son utilisateur est mauvaise, il peut intervenir directement : A travers de douces vibrations envoyées dans les chevilles, les genoux et les hanches, il aide à atteindre la posture idéale. Cette technologie fonctionne avec un smartphone qui communique avec le pantalon en fonction de la posture effectuée par l’utilisateur.

« Ce pantalon de yoga intègre des capteurs et des transmetteurs. Il émet de douces vibrations et des pressions des chevilles aux genoux jusqu’aux hanches. C’est comme s’il faisait partie de votre corps, ça n’a rien à voir avec une smartwatch par exemple » détaille Billie.

Wearable X se revendique comme une société qui développe rapidement des technologies wearables invisibles, imperméables, durables et centrées sur le design (pas toujours le fort des wearables). Dans des sociétés occidentales soumises à une pression importante, le marché du bien-être a encore de beaux jours devant lui. Les solutions comme Nadi X, qui intègrent la technologie au quotidien sans être perçues comme invasives, font le pari probablement gagnant de remettre l’humain au centre. Les conséquences sur la sérénité dans le monde ne seront peut-être pas immédiatement visibles, mais le nombre de sciatiques devrait au moins diminuer…

Soundbrenner Pulse, le métronome à porter au poignet

© Soundbrenner Pulse
© Soundbrenner Pulse

Soundbrenner Pulse utilise quant à lui les vibrations pour remettre les musiciens dans le droit chemin. À porter au poignet comme un bracelet ou autour de la cheville ou du bras, ce métronome envoie des vibrations à chaque temps pour éviter de se décaler. Plus intuitif qu’un métronome classique, Soundbrenner Pulse peut être synchronisé entre musiciens pour que tous jouent au même rythme. À la clé, un sens du rythme accru et une meilleure unité de groupe. Si ce sujet vous intéresse, vous pourrez découvrir d'autres initiatives à la croisée de la musique et de la fashionTech dans un article de notre nouveau numéro.

Sneakairs, les baskets qui font office de guide touristique

© EeasyJet
© EeasyJet

Ce nouveau prototype de chaussure connectée est développé par EasyJet. Une application smartphone couplée à un GPS communique avec la chaussure par Bluetooth. Ainsi, de légères vibrations sont envoyées dans la chaussure lorsque son porteur dévie de son chemin. Il suffit donc de programmer des routes touristiques pour être guidé par ses chaussures dans une ville inconnue. Cet exemple démontre une fois de plus que les sneakers sont un marché très porteur d'innovation (nous en parlions déjà dans cet article).

La ceinture vibrante, nouvelle canne des malvoyants ?

Des chercheurs du MIT ont récemment révélé la mise au point d’un dispositif pour malvoyants qui pourrait (enfin !) remplacer la fameuse canne blanche. Le système fonctionne à l’aide d’une caméra 3D, de moteurs vibrants et d’une interface en braille. La caméra 3D identifie rapidement les surfaces et leurs orientations afin d’alerter le porteur d’un obstacle à moins de deux mètres via des vibrations de la ceinture. Les vibrations augmentent en intensité et en fréquence si l’utilisateur s’approche de l’obstacle. Ce dispositif permet également de repérer une chaise libre d’une chaise occupée, par exemple. Une belle illustration de la façon dont la fashionTech peut améliorer le quotidien des malades et assurer le suivi de notre santé (voir aussi notre article sur la medtech).

Ces wearables connectés ont encore beaucoup à nous offrir pour améliorer notre quotidien et nous faire "vibrer"! ;)