Solde

LES SOLDES FONT-ILS ENCORE SENS À NOTRE ÉPOQUE ?

À LA DÉCOUVERTE DE CES MARQUES QUI RENONCENT AUX DÉMARQUES

Tout a commencé avec cette inscription en lettres dorées sur la devanture d'une boutique du quartier Saint-Germain. Malgré le crachin breton, je suis restée interloquée devant la vitrine pendant de longue minutes. Toute la violence de ce message publicitaire résidait dans sa criante vérité.

« WHEN LIFE GETS THIS BORING
THERE'S ONLY ONE THING TO DO
SALES ».

« Quand la vie devient aussi ennuyeuse, il ne reste plus qu'une chose à faire : les soldes. »

J'en étais d'ailleurs un parfait exemple puisque j'avais cherché à me consoler de la rude journée de labeur passée à servir les clients exigeants du Bon Marché en m'offrant quelques paires de chaussettes en soldes. Les-dites chaussettes promotionnées à -30%, avec une remise supplémentaire en caisse de 30% m'étaient revenues à un prix absolument dérisoire, si bien que j'avais pu me payer 5 paires pour le prix d'une.

Sur le moment très fière de ma bonne affaire, le petit sac contenant mes trouvailles n'avait dorénavant plus le même poids dans ma main face à ce slogan tapageur. Je me rendis alors compte que je n'avais pas acheté un produit « full price », comme on dit dans le jargon, depuis au moins 3 ans.
Pas étonnant quand on se rend compte en travaillant de l'autre côté du miroir, que la distribution égrène désormais de manière presque ininterrompue les promotions, les ventes privées, les pré-soldes, les soldes et les offres événementielles (Saint Valentin, Fête des Pères/Mères ou autre Black Friday...).

TOUT DOIT DISPARAÎTRE !

Pour retracer l'origine de ce phénomène, il faut revenir au XIXème siècle. Simon Mannoury, heureux propriétaire du commerce parisien Le Petit Saint Thomas, dans laquelle il propose de manière innovante des produits à prix fixes accessibles sur entrée libre avec possibilité d'échange, se retrouve bientôt débordé par le volume d'invendus.
Afin d'écouler ce surplus de marchandises, il propose à ses clients les stocks des saisons passées avec une décote qui attire rapidement les foules. Dans ses réclames, il utilise alors le mot « solde » au singulier pour nommer cette braderie, un terme qui désignait alors un coupon de tissu invendu comme nous pouvons encore en trouver au Marché Saint Pierre.

Solde
Au Petit Thomas

Ces techniques de distribution et de marketing modernes vont survivre à la fermeture de l'enseigne, grâce à l'un de ses anciens employés du nom d'Aristide Boucicaut qui créera en 1852 le même Bon Marché que je venais à peine de quitter.

L'essor des grands magasins, avec la création successive du Printemps (1865), du Bazar de l'Hôtel de Ville et de La Samaritaine (1904), va inciter l'État à réglementer dès 1906, ce qui s'appelle alors la « vente au déballage », en spécifiant une durée légale maximale de 6 semaines, ce 2 fois l'an et impose aux commerçants d'obtenir une autorisation de la municipalité.

Solde
Au Bon Marché

LE RÈGNE DE LA REMISE

Deux siècles plus tard, la révolution numérique a fait son œuvre et dans son sillage les outils informatiques permettent maintenant une meilleure gestion des stocks, des flux logistiques tendus, voire des productions à la demande, réduisant ainsi considérablement les quantités d'invendus.

Pourtant vidés de leur objet premier, les soldes, loin de disparaître, prolifèrent. Sous l'effet d'une concurrence toujours accrue, alimentée par la mondialisation, le développement de l'e-commerce, l'expansion du marché de l'occasion et de l'économie de partage, la pratique du produit dégriffé, soutenue par des marges brutes toujours plus importantes, s'établit en véritable système économique.

Les soldes semblent un terrain fertile pour les incohérences. Ils commencent entre 1 à 3 semaines seulement après le début de la saison que leurs remises sont censées clore. Les enseignes proposent souvent des prix gonflés en amont pour autoriser par la suite un rabais alléchant, ainsi que des vêtements de moindre qualité produits spécialement pour l'occasion afin de préserver les marges. Il devient alors de plus en plus difficile pour le consommateur de différencier la bonne affaire de l'attrape-nigaud.
Depuis l'avènement du prêt-à-porter, nous assistons à une augmentation significative des parts de marché des produits démarqués. Alors qu'ils ne représentaient que 5% en 1970, ils sont passés à 25% en 2009, et enfin à 43% en 2014. Avec la multiplication des offres promotionnelles aboutissant à une banalisation des réductions, on assiste à un véritable renversement du paradigme : la remise devient la norme et en conséquence celui qui paie le prix fort a le sentiment de s'être fait avoir.

Soldes

C'EST MON DERNIER PRIX !

Ces promotions quasi-permanentes alimentent chez le client un sentiment de suspicion. La fluctuation permanente des tarifs de vente aboutit à un découplage entre la valeur et le prix attribué à l'objet. Puisque le premier comparateur en ligne venu saura toujours faire remonter des profondeurs du World Wide Web une offre de remise, le prix de référence – défini par la loi comme étant le prix le plus bas observé dans les 30 jours précédents les soldes – se trouve désormais totalement vidé de son sens.
À cette époque où les prix sur nos étiquettes font autant le yo-yo que les actions en Bourse, certains petits créateurs, nouvelles marques engagées, mais également de grands groupes ont fait du renoncement au solde un nouveau argument stratégique de positionnement marketing.

Pour premier exemple, la créatrice parisienne Amélie Pichard, à la tête de la marque de chaussures et de maroquinerie éponyme, gagnante du Grand Prix de la Création de la Ville de Paris en 2012. Après s'être fait remarqué en 2016, en initiant une collection de chaussures vegan intitulée « Natural Beauty » en collaboration avec la sulfureuse Pamela Anderson, elle renonce l'année suivante au calendrier officiel de présentation des collections – comme l'avait fait bien avant elle, le très regretté Azzedine Alaïa. Elle décide de ralentir son rythme et de présenter ses collections lorsqu'elle estimera que celles-ci seront prêtes afin de, dit-elle, préserver sa créativité.

Collab Amélie Pichard et Pamela Anderson

Le 10 Janvier dernier, Amélie Pichard annonçait fièrement sur son compte Instagram au moyen d'un GIF humoristique : « Pichard is free of sales ». Elle justifie alors cette décision par une volonté de libérer la créativité et de mettre fin à la « fast fashion » qui provoque, selon elle, l'extinction de l'artisanat. « Les soldes sont entrain de tuer la mode et la créativité, ils détruisent les produits bien faits ainsi que notre planète. Arrêtons l'esclavage de la fièvre consommatrice ».

Les nouvelles tendances en déclassant les produits des saisons précédentes alimentent indéniablement cette fièvre, c'est pourquoi la Maison Standards a fait le choix de concentrer son activité sur la conception de vêtements au style intemporel, produits de manière éthique et responsable. En se soustrayant de la sorte aux tarifs dégressifs motivés par l'impératif de renouvellement, la jeune marque engagée a posé comme préceptes fondateurs «  sans intermédiaire, sans saison et sans soldes ».

Solde

Déterminée à faire bouger les lignes de l'industrie de la mode, l'enseigne crée en 2013 par Uriel Karsenti, que nous avions rencontré pendant les conférences AntiFashion l'été dernier  à Marseille, privilégie la pédagogie consommateur et la transparence pour proposer toute l'année des vêtements de qualité au prix le plus juste directement sur sa plateforme web.

Pour finir notre tour d'horizon, j'aimerais que l'on s'attarde sur le petit nouveau de la bande qui s'avère d'ailleurs plutôt être un grand bonhomme bien bâti puisqu'il s'agit de la marque d'articles et de vêtements de sport Decathlon, établie depuis plus de 40 ans et bien connue du grand public.
L'enseigne a en effet renoncé à la grande messe des soldes début 2017 afin concentrer les efforts de ses équipes de R&D à faire baisser le coût de ses produits phares, et ce durablement sans que la qualité en pâtisse.

Les soldes auraient-ils donc vécu ? Et, avec eux, le système de mode du XXème siècle ?

Dans tous les cas, questionnez-vous avant de claquer plus que ce que le permet votre découvert autorisé s'il est préférable de céder à la tentation des réductions en ce mois de frénésie consommatrice ou de favoriser la recherche du prix juste tout au long de l'année.

 


VR AR Blumenlab

Blumenlab : le web de demain à la portée de tous

À la fin de l’automne, je me suis intéressée à Blumenlab qui se définit comme une agence de développement WEB / VR (Virtual Reality) / AR (Augmented Reality) spécialisée dans l’accompagnement des marques, des institutions, et des médias dans leurs projets numériques innovants. Intriguée par la manière dont pouvaient se rencontrer mode et « projets numériques innovants » j’ai sollicité une interview. J’ai ainsi eu le plaisir de rencontrer Massimiliano Minissale fondateur de Blumenlab ainsi que Massimo Moretti, responsable du pôle Luxe.

Loin des clichés, parfois obscurs et abscons du secteur numérique,  ces deux passionnés savent transmettre avec clarté et clairvoyance leur perception d’un secteur nouveau-né, protéiforme et bourré de potentiel. Les dinosaures de la mode n’ont qu’à bien se tenir.

Massimilano Minisalle et Massimo Moretti dans les locaux de Blumenlab
Massimilano Minissale et Massimo Moretti dans les locaux de Blumenlab

Quelle est la genèse de Blumenlab?

Massimiliano Minissale (MMi): J’ai créé cette entreprise il y a dix ans et à l’époque c’était une agence tournée vers le web et la production interactive. C’était en 2007, nous étions basés à Lugano et c’était juste avant mon déménagement à Paris. Pendant plusieurs années j’ai pu explorer différents projets dans des formats innovants dits « trans-media ». Ça c’est vraiment le mot clef dans mon parcours. C’est ce qui m’a amené petit à petit vers la réalité virtuelle.

Cet intérêt pour les « trans-medias » est ce qui explique pourquoi de développeur, je suis devenu ce que l’on désigne aujourd’hui sous le terme de « creative technologist » ; figure entre le dev, l’UX, avec un regard créatif sur ces nouveaux médias.

Quel a été le déclic ?

MM : Et il y a environ deux ans et demi, j’ai découvert au Cross Videos Days à Paris (salon qui traite des nouveaux formats, des « trans-medias ») une installation de réalité virtuelle et cela m’a tout de suite passionné. Je me suis vraiment dit:

«Vraiment c’est génial cette immersion, c’est une nouvelle porte ouverte! »

Et j’ai eu envie d’aller plus loin.

C’était quoi la technologie à l’époque ?

MM : C’était encore un RIFT DK2 (pour en savoir un peu plus je vous invite un article de l'époque). C’était un des premiers projets de ce type à ce moment. On avait  déjà développé quelques idées avec Arte, mais sans rentrer dans les détails.  Je me suis dit qu’il fallait développer quelque chose de plus poussé. Voilà pour résumer le parcours qui m’a amené à la VR puis à la AR et maintenant à la XR (X Reality).

Web VR web marketing

Alors il va falloir nous expliquer un peu ce que tu mets sous le terme XR…

MM : Nous avons obtenu des fonds de la Banque Publique d'Investissement (La BPI pour le intimes) pour faire de la R&D. Cela nous permet (surtout Thomas notre CTO) d’expérimenter de nouvelles technologies, de développer de nouveaux concepts. On s’est spécialisés à un moment en se disant :

« Puisque l’on vient du web, revenons au web et concentrons nous sur le web VR. C’est à dire la réalité virtuelle sur le web ».

Il ne s’agit pas seulement d’applications VR même si on en a développé plusieurs. Selon nous,  le futur de la VR et de la AR passerait par internet. Il fallait trouver une troisième voie. C’est pour cette raison que l’on utilise aujourd’hui ce terme de « XR ». Le X représente un peu le champ des possibles qui s’ouvre, le « tout » qui va au-delà de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle.

Quelles sont les applications que vous proposez à vos clients?

MM : En terme de type d’applications possibles on en a plusieurs dans différents secteurs. Elles ont toutes été déjà expérimentées principalement dans  les médias, mais aussi dans le retail.

Concernant les médias, on a développé avec Prisma Média une plateforme de contenu en VR à 360° dans le cadre d’un partenariat sur les deux prochaines années. Nous sommes leur agence de référence pour développer ces formats.

Actuellement, nous travaillons sur un projet plus retail avec une grande enseigne, dont nous ne pouvons pas encore révéler le nom… Il sera question d’augmenter l’expérience client en magasin et sur leur site ecommerce.

En termes concrets, c’est quoi utiliser de l’AR, de la VR et de l’XR pour l’utilisateur d’un site, le lecteur d’un media ou le consommateur qui entre dans un magasin ?

Massimo Moretti : Dans les médias cela permet une expérience plus immersive, plus engageante pour le consommateur/lecteur de ce média notamment dans la perception publicitaire. D'ailleurs, l'un des objectifs principaux avec ce type de format est que l'internaute passe davantage de temps avec la marque. On peut augmenter l’expérience par de la conversation, de l’échange par exemple. Car qui dit immersion dit envie « conversationnelle ». Plus tu vis une expérience en immersion plus tu as envie de la partager. Cela peut même inclure un contact direct avec la marque ; c’est pourquoi aujourd’hui, on parle beaucoup de « marque média ».

On a observé, et cela s’est confirmé avec le temps, que les marques et les médias ne sont pas si éloignés. C’est pour cela que le passage des médias à la mode n’est pas si incongru et plutôt logique. On propose donc des plateformes immersives à 360° permettant de créer de nouveaux univers de marque avec possibilité de customiser l'environnement, le tout en adéquation avec l'univers visuel et sémantique du client. 

Et donc qu’est-ce qu’une plateforme immersive concrètement ? Que se passe-t-il quand je suis devant mon ordinateur ?

MMo : C’est très simple. Aujourd’hui quand tu es sur ton site internet, tu es en 2D, nous ce que l’on prévoit, c’est l’immersion à 360°, c’est-à-dire que tu te déplaces dans le site comme tu déplacerais dans un espace en trois dimensions. Il n’y a plus de scrolling droite/gauche/haut/bas. Demain tu pourras faire du shopping comme si tu étais au milieu d’une boutique.

On parle de VR, car il y a un petit gadget en bas de ton écran, qui te permet de passer en VR et prolonger l’effet d’immersion. Tous les produits que nous développons s’adaptent sur tous les desktops. Quand tu passes en VR, tu peux plugger ton téléphone via par exemple un oculus pour faire ton shopping en réalité virtuelle. Et ça cela s’appelle le web VR.

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Et pourquoi venir d’Italie en France pour monter sa boîte ? La France serait-elle un terreau fertile pour ce type de projet ?

MM: Je suis arrivée en France parce qu’après avoir monté ma boite en Suisse, j’ai eu l’opportunité, grâce à la latitude offerte par un beau contrat avec la télévision suisse, de travailler un peu d’où je voulais. Et je me suis dit «tiens allons voir à Paris», car c’était une ville qui me plaisait déjà bien. Je m’y suis donc installé.

Par la suite l’univers des trans-media à Paris m’a beaucoup plu. Il bénéficie d’une forte résonance culturelle du fait sûrement de la participation active du Centre National du Cinéma et de l'image animée (CNC). Le fait que l’État puisse avoir de cette façon un rôle de mécène m’a permis de me projeter, et ce, davantage qu’en Italie. Ce type de projet est quasiment impossible à monter là-bas et d’ailleurs à l’époque où j’ai commencé à m’intéresser à la réalité virtuelle, cela ne mobilisait quasiment personne.

De plus, on trouve énormément de créativité en France, c’est un véritable écosystème culturel. C’est quelque chose de très singulier et cela créé une différence notable avec les États-Unis par exemple ou encore l’Allemagne et l’Angleterre en Europe.

MMo : Et puis il faut rappeler qu’en plus de cette force créative qui fait aujourd’hui de la France un des fers de lance de la réalité virtuelle, viennent s’ajouter d’excellent pôles d’ingénieurs ! On notera Toulouse, Grenoble et Paris. Ajoutez à cela un nouveau président tourné vers l’innovation et vous obtenez une énergie extrêmement positive. On note depuis trois ans une réelle évolution. Le climat est favorable à Paris.

Comment pensez-vous vous inscrire dans la mode et plus précisément dans la Fashiontech ? Ta venue Massimo au sein de l’entreprise est significative non ?

MMo : J’ai rejoint Blumenlab il y a environ 8 mois. Il était clair que l’entreprise était mature d’un point vue technologique ainsi qu’en recherche et développement. J’ai compris qu’il y avait une technologie qui avait une vraie valeur. J’ai travaillé pendant un an pour le salon du Luxe puis Palace Costes (magazine des palaces Costes), j’avais donc une expertise dans le marketing et la communication. Cela m’a permis de bien comprendre les marques et le fonctionnement des agences media et des annonceurs. J’étais donc en bonne place pour me rendre compte que les écosystèmes du luxe, de la mode et du retail allaient converger vers ces nouvelles technologies. La nécessité de répondre aux nouveaux besoins du consommateur représente de réelles nouvelles opportunités. J’avais une vision assez claire de ce que les marques devaient affronter comme nouveaux challenges. Et aujourd’hui, on voit que l’on parle de « marques-média » et que l’intuition était juste. Ce monde qui jusqu’alors fonctionnait énormément sur support papier ou encore via de simples pages internet en 2D a aujourd’hui d’avantage besoin de mode de fonctionnement disruptifs pour leur communication et leur publicité.

On réfléchit donc sur de nouvelles formes de communication, d’univers de marques et de ecommerce avec notamment notre projet Luxus XR.

Justement, parlez-nous un peu de ce projet Luxus XR.

MMo : Luxus XR est né de la volonté de faire converger le web VR/AR et l’univers du luxe. Il s’agit d’une solution ecommerce qui permet d’être en web VR, c’est-à-dire en totale immersion à 360° dans la boutique. On s’y déplace comme en physique. On peut partager certains des contenus sur les réseaux sociaux. Les grands retailers commencent à nous approcher et à s’intéresser à nos solutions.

Il y a-t-il d’autres domaines que le luxe qui vous intéressent ?

MM : Aujourd’hui, nous travaillons sur deux secteurs ; les médias et le retail. Je dis retail et non pas luxe, car à l’heure actuelle, les standards qualitatifs de ce secteur sont tellement hauts qu’il faut y aller avec des propositions visuelles et structurelles qui feront mouche. Le retail est beaucoup plus mature en ce sens. On voit très bien la difficulté des marques de luxe à exister de manière innovante sur le web. Cependant, nous, c’est notre métier. L’expertise, nous l’avons et avec toutes les technologies qui sont aujourd’hui en développement (avec des investissements à plusieurs milliards de dollars, notamment chez Apple) nous sommes convaincus que l’avenir de ce secteur passera par des expériences inédites. Nous concentrons donc toute notre énergie sur ce secteur où les choses peuvent bouger extrêmement vite.

MMo : Et, cela nous force d’une part à nous dépasser, et d’autre part à structurer le marché car tout est à faire et ce sont des secteurs (le retail et le luxe) tellement concurrentiels et mouvants qu’il faut faire preuve autant d’audace que d’humilité. Il faut évangéliser et diffuser les technologies, mais sans applications ni cas d’usage elles resteront lettres mortes. Pour l’instant, cela fonctionne dans les medias et le retail. Des agences commencent à émerger et se spécialiser dans d’autres secteurs (l’immobilier, la santé…). La place est pour ainsi dire déjà prise. Si nous parvenons à trouver notre place, nous irons sûrement sur d’autres domaines (avec du coup plus une prédilection pour l’éducation) mais aujourd’hui notre priorité n’est pas là.

Comme le retail semble plutôt mature et réceptif aux technologies, pourquoi ne pas remonter la chaine de valeur vers la création, la production voire la formation ? Vous parlez d’enseignement, mais on pourrait imaginer la formation d’équipes à distance, des réunions marketing ou créatives simultanément aux quatre coins du monde sans envoi de documents ou de prototypes…

MM : Effectivement, tout est possible de ce point de vue. La transmission des savoir-faires ainsi que la coordination d’équipe en serait grandement simplifier. Dans l’absolu la technologie peut évoluer dans n’importe quel sens, cependant les usages dépendront de la structuration du marché. Aujourd’hui je ne dis pas qu’il n’y a pas de besoin, je peux seulement dire qu’il n’y a pas de demande particulière. Cependant, le retail peut être une bonne porte d’entrée, car si l’on assoit notre légitimité dans ce domaine, d’autres possibilités pourraient apparaître.

Cela serait vraiment intéressant, car au niveau de la création, on fonctionne de la même manière depuis des décennies, or les entreprises ont considérablement grossi, se sont globalisées et les préoccupations sur la rentabilité et le gain de temps ne sont pas des sujets vains.

MM : Oui les marques pourraient y trouver leur avantage en terme de work flow, de monétisation et de rentabilité. D’autant plus que cela ne mobilise pas les mêmes budgets que ceux allouer à la communication et au retail déjà sur-mobilisés et sur-sollicités. Cependant, il faut continuer le travail d’évangélisation. Mais je suis très optimiste et enthousiaste quant aux possibilités et au potentiel de notre technologie. Tout vient à point à qui sait attendre !  (rires)

Quels sont les grands projets à venir pour 2018 ?

Nous discutons d’un projet avec Prisma Média, nous sommes en lien avec une grande figure du retail français et nous avons eu la joie récemment de recevoir une demande de la part d’une belle marque de cosmétique. Mais nous communiquerons sur ses projets plus tard… ce sera l’occasion de se revoir pour évoquer nos avancées en terme de recherches !

Cet entretien, vous a donné envie d'explorer les liens entre la mode et la technologie, je vous recommande lire notre Interview de Charles Thurat d'Heuritech sur l'Intelligence Artificielle.


2018

Modelab en 2018 : une année renversante

En début d'année, c'est généralement l'heure des bilans et des bonnes résolutions.

Donc je vous propose un retour plus que subjectif sur 2017 et un aperçu de ce que nous vous préparons pour 2018.

Modelab en 2017 : enfin Paris

Comme vous le savez, Modelab est pour moi avant tout une aventure personnelle. Pendant plus de deux ans, j'ai effectué des aller-retour entre Grenoble et Paris jusqu'au moment où j'ai réalisé que Modelab avait pris une place incroyable dans mon existence.

Bref, je voulais exclusivement me consacrer à cet objet mystérieux.

Donc, j'ai fait mes cartons, emballé mes costumes (finalement, il n'y en avait pas tant que cela) et dégoté un magnifique loft, de 10m2, du côté de Barbès. Et depuis, j'enchaîne avec une régularité digne d'un marathonien, le fameux triptyque : Métro-Boulot-Dodo.

Pourquoi Paris ?

Dans l'esprit collectif, Paris reste la capitale de la Mode. Pour moi cela été surtout une source d'opportunité et de prise de conscience.

Habité par une passion pour une mode différente, j'ai rencontré des utopistes réalistes qui imaginaient une mode transgressive et respectueuse de l'environnement, comme Kim About A Worker ou Alice du Gras du Hall Couture.

Concrètement, cela s'est traduit par la création du premier incubateur Fashion Tech parisien, à Station F : ADN. Nos partenaires mélangent l'esprit startup et institutionnel avec l'Institut Français de la Mode, Creative Valley, le Hall Couture et F404. Cette collaboration a une volonté toujours affirmée de faire rayonner le savoir-faire français et également de créer des ponts entre différents acteurs nationaux et internationaux.

Station F

Fort, de ce premier challenge réussi, la structuration de Modelab devenait une priorité.

Au niveau de la prise de conscience, en venant sur Paris, j'ai dû réapprendre une certaine humilité. En effet, c'est comme si je recommençais à zéro. Comme un coureur de fond qui découvre sur le parcours un dénivelé imprévu, j'ai dû me réadapter et trouver un rythme pour maintenir la distance.

Pour encaisser ce changement de dynamique, je me suis appuyé sur mes fondamentaux : la littérature. J'ai ingurgité les classiques français sur celles et ceux qui montent à la capitale comme "Bel-Ami", "Le Père Goriot" ou la biographie de Roman Polanski.

Cela m'a aidé à envisager une vie parisienne. Finalement, la lecture au sens premier du terme permet de comprendre une cité peut-être plus que de traîner dans les rues... À méditer.

Modelab en 2018 : une organisation en mutation constante

Une fois, cette assimilation passée, j'ai pu m'atteler à la structuration de Modelab.

Toujours dans un souci d'insuffler l'esprit startup dans notre collectif.

Les choses ont bougé plus vite que prévues. Julie arrive à plein temps comme Responsable Artistique et s'occupe de l'évolution graphique du magazine afin qu'il devienne un objet mode pure et dure. Elle a souhaité apporter une teinte plus mode en organisant directement un shooting in situ à Berlin afin de capter la sensibilité et la lumière de cette capitale si Fashion Tech.

Livraison prévue du Modelab 5 : février 2018.

Back-stage shooting Berlin
Back-stage shooting Berlin

En cela, elle va être aidée par Mathilde en stage pendant six mois avec nous qui a déjà démontré une belle sensibilité.

Concernant l'éditorial, Coline a décidé de se consacrer à une thèse bien évidemment sur la Mode (Demandez-lui le sujet car pour moi tout cela me semble très obscur ;-)... Cette hyper-active doublée d'une globe-trotteuse continuera à nous aider dans la coordination du magazine papier et écrira toujours en fonction de ses rencontres ainsi que de ses coups de coeur. Cela signifie que je vais m'impliquer plus fortement sur l'aspect éditorial dans un premier temps et que d'ici quelques mois nous allons recruter quelqu'un à plein temps sur cette partie.

En attendant, j'ai plus que besoin d'un assistant(e) rédactionnel (Si t'es intéressé(e) Voici la fiche de poste). D'ailleurs, si durant le stage, tu  dépasses les attentes, c'est toi qui deviendras responsable éditorial :-)

Modelab en 2018 : encore plus mode

Depuis plusieurs mois, nous voulions que notre site évolue. En effet, nous souhaitions une version plus contemporaine en phase avec l'évolution de nos envies. Il est en cours de finalisation et sortira d'ici quelques semaines.

Nous intégrerons également une version anglaise à partir du deuxième trimestre 2018. Pourquoi cette ouverture à l'international ?

Tout simplement, parce qu' aujourd'hui, la Fashion Tech devient globale. Et qu'il manque un point vue impertinent sur la question dans la langue de Shakespeare. En effet, je suis fatigué des commentaires d'actualités qui ne font que reprendre des communiqués de presse ou des articles uniquement descriptifs qui ressemblent à des compte-rendus.

La réussite d'un Business Of Fashion me conforte dans l'idée que la France manque d'une voix forte et singulière au sens propre du terme pour montrer et démontrer son savoir-faire. Le fond ne suffit plus ; la forme dans notre société de l'instant a pris le pas. Donc, il faut se battre à armes égales.

En outre, les articles que nous rédigerons ne seront pas uniquement des traductions de nos articles français, mais plutôt un contenu spécifique pour l'international.

Sinon, au niveau des conférences, en 2017, j'en ai animé plus d'une vingtaine. Cela équivaut presque à une toutes les deux semaines. En terme d'ego, j'avoue une satisfaction superficielle. J'ai en effet ressenti une certaine frustration, car certaines auxquelles je participais n'étaient pas forcément en phase avec mes convictions d'une mode alternative. Bref, cette année, j'ai décidé de réduire de manière drastique mes interventions afin de privilégier des moments où je suis pertinent et qui m'apporte une réelle satisfaction.

Modelab en 2018 : une diversification encore plus poussée

Grosse nouveauté pour cette nouvelle année, le mag passe en trimestriel. J'ai un ami au Danemark (je t'assure ce n'est pas une digression) qui me dit souvent que l'ambition n'est que l'ombre d'un rêve. Notre songe éditorial est que le papier perdurera et que nous pouvons à travers lui aborder des sujets ambitieux et développer une imagerie singulière. Le web reste une belle surface, mais juste une surface qui manque d'épaisseur.

En terme de diversification des contenus, nous allons aussi mettre en place une série de Podcast à partir du 1ier trimestre 2018. Et nous imaginons un mix sulfureux entre l'aspect féministe de La Poudre, le côté inspirant de Tim Ferris et l'expertise d'un Business Of Fashion. Ce format nous semble un complètement idéal au site et au papier.

Enfin, le format vidéo nous a permis de toucher une audience plus large, mais surtout d'aiguiser notre curiosité et d'affiner un propos plus visuel. C'est pourquoi, nous allons continuer à couvrir les salons que nous aimons comme Who's Next ,Traffic, Avantex ou le Wear It Festival de Berlin.

Dans le même temps, cet appétit pour l'image qui bouge va trouver une espèce de continuation avec la réalisation d'un fashion film. Pour l'instant, ce projet reste encore un peu flou. Pourtant l'envie et les rencontres sont déjà là. Il convient juste de créer le moment.

Modelab en 2018 : une impertinence délicieuse

Bien évidemment, cette liste de course peut sembler ambitieuse ou complétement folle. Tout dépend du point de vue. En revanche, notre passion follement furieuse pour une mode alternative commence à trouver bien plus qu'un simple écho.

Bref, cette douce impertinence n'est pas prête de s'éteindre.

Au plaisir de la partager avec vous !

 


Manifeste

Un Manifeste pour la Fashion Tech

Avant les congés de fin d'année nos ami(e)s de la Fédération de la Fashion Tech avaient eu la bonne idée de nous convier à un séminaire au café Fluctuat Nec Mergitur pour nous présenter leur Manifeste.

Par un jeudi matin pluvieux, toutes les forces vives de la mode innovante se sont réunies afin d'entendre une initiative qui avait pour ambition de bousculer un système mode encore trop endormi.

Autour de la table, nous avions des représentants de la Fédération du prêt-à-porter féminin, du DEFI Mode, de la Chambre de Commerce de l'Industrie (CCI) de Paris ou du Village des créateurs. S'y sont ajoutées de jeunes marques désireuses de connaître ou plutôt de comprendre comment la Mode se transforme.

Ce moment, au-delà de l'aspect convivial, se voulait  un bilan de l'association sur l'année qui venait de s'écouler et également l'annonce d'un programme pour l'année qui arrive.

Un Manifeste comme une mission

Avec la création d'un manifeste, la Fédération de la Fashion Tech a voulu apporté sa vision de la mode. Pour cela, Alice Gras, la Présidente de la Fédération a souhaité placer ce programme sous l'angle de l'inclusion et d'une mode douce.

Ainsi, il se décline sous la forme de 10 commandements :

  1. Participer
  2. Échanger et collaborer
  3. Co-construire et mutualiser
  4. Révéler et transmettre
  5. Soutenir et promouvoir
  6. S'informer & communiquer
  7. Entreprendre et fédérer
  8. S'ouvrir
  9. Bienveillance et entraide
  10. Penser à demain

Au niveau sémantique, il est intéressant de relever que cette Fashion Tech se veut avant tout un mouvement qui pense à l'autre.

Tandis que les marques de mode  qui se sont construites ces dernières années était plutôt tournées vers l'individualisme, voire l'égotisme (sûrement une tendance due à influence de l'émergence des réseaux sociaux), cette fashiontech remet le client/consommateur au centre, ce qui lui permet de co-construire une mode non plus discriminante mais plutôt incluante.

Manifeste

Un Manifeste pour agir

Une fois ce cadre posé, il convient d'agir, de se mettre en marche comme dirait notre cher Président.

Pour cela, j'ai ressenti un bel enthousiasme dans les parties présentes. Elles sont complètement en phase sur le constat d'une filière fashion tech en devenir qui demande juste un peu plus de structuration et peut-être un leader de filière.

En même temps, un leader signifierait une homogénéisation de la pensée. Alors que cette mode innovante s'est développée justement dans la diversité et surtout dans la contradiction ;-)

D'un autre côté, le manque de financement public aussi bien que privé pourrait être un facteur de ralentissement ou au contraire une opportunité pour l'innovation. Si vous souhaitez approfondir ce dernier aspect, je vous recommande le livre "L'innovation frugale" de Navi Radjou où il défend trois idées pour innover lorsqu'on n'a pas d'argent : le faire soi-même, le partage et la circularité.

Alors comment faire pour avancer ?

Tout d'abord en s'appuyant sur l'existant. L'outil mis en place, la Fashion Tech Week, le premier grand évènement sur la FashionTech à Paris me semble plus que pertinent. Cet évènement annuel permet de mettre en visibilité tous les jeunes créateurs qui se sentent appartenir à cette mouvance de l'innovation pour la Mode.

Fashion Tech Week

De manière concrète, cette exposition  doit être la rampe de lancement pour créer et développer une attractivité nationale avec des ramifications internationales d'une scène Fashion Tech.

Dans ce sens, Messe Frankfurt l'a bien compris en soutenant La Fédération de la Fashion Tech dès le début. Peut-être que ce signal pourrait inciter d'autres acteurs à s'engager également auprès de cette initiative.

L'autre aspect pragmatique serait d'ouvrir la Fashion Tech à d'autres sensibilités que celles uniquement issues de la mode afin de favoriser la fertilisation croisée. Par exemple, les écoles d'ingénieurs ou les acteurs technologiques d'autres filières comme l'automobile (je vous rappelle que le premier vêtement chauffant vient de la technologie de chauffage des sièges de voiture).

Pour finir, la mode, ou plutôt la Fashion Tech, doit devenir ce terrain d'expérimentation, un peu fou, qui permettrait de mêler la technologie, la créativité et une belle dose d'audace. La Fashion Tech ressemblerait alors à un shaker acidulé et délicieusement doux... Bref, une contradiction sublime.

 


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Labeledby : Fusion du textile et de fermetures imprimées en 3D

Nous revoila aux Pays-Bas,  où deux jeunes ingénieures révolutionnent la confection de vêtements. A force de découvrir des pépites néerlandaises, on se dit qu'il y a quelque chose dans l’air là-bas (où dans la pluie peut-être) qui doit inspirer les designers. Après quelques échanges de mails, Fabienne van de Weiden et Jessica Joosse, fondatrices de Labeledby, nous présentent leurs visions du système de la mode.

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Modelab : Bonjour Fabienne & Jessica, comment votre duo est-il né ?

Fabienne & Jessica : Nous nous sommes rencontrés à la Faculty of Industrial Design d’Eindhoven, et notre vision de la mode et de la tech’ nous a rapidement rapproché ! Peu de gens sont au courant, mais cette université propose une formation dédiée à la mode et aux smart textiles, avec des intervenants spécialisés. C’était l’environnement idéal pour nous. Pendant 4 ans nous avons partagé nos idées, tout en travaillant individuellement sur la plupart des projets, et développant des compétences différentes, correspondant à nos aspirations personnelles.

Après notre diplôme, nous avons décidé de mettre en commun nos forces, et créé LABELEDBY.

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M : Quels sont vos projets en ce moment ?

F & J : Nous élaborons différentes méthodes de production de vêtements, en utilisant les outils que nous a apporté la 4e révolution industrielle, comme les imprimantes 3D et la découpeuse laser. Nous collaborons avec différents fashion designers, pour tester nos innovations, qui bousculent les habitudes de confection de l'habillement. 

Par exemple, nous assemblons les pièces de tissu sans avoir besoin de les coudre, en imprimant des jointures ou fermetures éclairs directement sur le textile. Certains de nos designs sont le résultat d’instructions données au logiciel Processing, basées sur les mathématiques. Les paramètres de ces instructions peuvent être modifiés pour créer des patronages différents en un clin d’œil. Il devient alors facile de produire de multiples variations à partir du design original.
Les nouvelles idées qui apparaissent ainsi sont utilisées pour LABELEDBY.

LABELEDBY. Propose ses services aux stylistes et marques de mode. Avec nos clients, nous créons une collection basée sur des vêtements personnalisés, en utilisant nos techniques de confection novatrices. Ces techniques, basées sur un processus numérique en partie automatisé, permettent d’adapter simplement le design de chaque vêtement, sans coût ni délai supplémentaires. Ceci peut permettre de réaliser des vêtements qui correspondent à l’identité et la vision propre à chaque client. À travers nos services et notre expertise, nous offrons une alternative à l’industrie de la mode, une option pour produire des vêtements autrement.

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M : Qu'est-ce que cela représente pour vous, de créer des vêtements ?

F & J : Nous croyons que la création de mode permet d’explorer et de créer, en quelque sorte, le futur, en anticipant sur la société actuelle et sa culture. Nous faisons des vêtements à la marge des structures installées, notre approche propose une perspective inhabituelle. Ainsi, nous voulons participer au développement d’une culture, où la société dans son ensemble participe à la discussion sur le futur de l’industrie de la mode.

M : Quelle est votre perception de l’innovation de mode ?

F & J : Beaucoup de marques cherchent à réduire encore et toujours les coûts liés à la fabrication des produits, délocalisant leurs productions où la main d’œuvres est très peu chère, comme le Bangladesh, et ce alors que ce coût lié à la main d’œuvre n'est déjà qu'une infime partie du prix de revient. Mais nous avons le sentiment que les problématiques liées au développement durable et l’éthique commencent à peser de plus en plus dans le secteur de la mode.

Les avantages d’une supply chain intégrant des techniques de production numériques, comme nos services, sont que les produits peuvent être localement produits et distribués. Cela permet de réduire à la fois l'empreinte carbone, le temps de livraison, et les coûts de transports, si l’on compare au fonctionnement “traditionnel” de la supply chain.

La combinaison de patrons personnalisés et des techniques de fabrication numériques permet de changer le design rapidement et sans frais. Cela permet aux designers et aux marques d’avoir la possibilité de s’adapter efficacement et de personnaliser leurs produits selon les besoins de leurs clients, qui évoluent rapidement.

Karin Vlug Labeledby
Collaboration avec Karin Vlug

M : Dans notre dernier numéro, nous n’avons pas résisté à l’idée de faire un dossier spécial Pays-Bas. Selon vous, qui connaissez bien la région, qu’est-ce qui est spécifique à la scène “FashionTech” locale ?

F & J : Eindhoven est un environnement particulier en terme de Fashiontech. Avec le campus spécialisé High Tech, l’université où nous avons étudié et le quartier Strijp-S, Eindhoven est un peu le “cœur technologique” des Pays-Bas.
Par contre, il nous manque des écoles de mode. Pour compenser peut-être, la petite scène “FashionTech” d’Eindhoven encourage vraiment le partage entre les différents acteurs, à mutualiser les connaissances, multiplier les échanges entre les gens issus de la mode, et ceux de la tech’. Nous sommes souvent surprises par le fait que de plus en plus d’entreprises du milieu de la tech(comme Philips) soutiennent la scène mode, par le biais de collaborations inattendues souvent très intéressantes.

M : À part Eindhoven, quel endroit recommandez-vous aux Pays-Bas ?

F & J : Rotterdam ! Franchement, cette ville est sous-évaluée. Les collections de ses musées d’art et de design sont remarquables (et souvent liées à la mode !), l’IFFR est un très bon festival de cinéma, et l’architecture de la ville en elle-même vaut le coup d’œil. 

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M : Et en France, qu’est-ce qui vous intéresse ?

F & J :  En fait, nous voulions vraiment venir à Paris pour la FashionTech Week, mais nous étions trop occupées avec l’expo de la Dutch Design Week cette année… Nous sommes d’autant plus impatientes de venir l’an prochain, cette fois, c’est sûr qu’on ne laissera pas passer l’occasion !


M : D’autres projets à venir à l’international ?

F & J : En février, nous allons présenter certaines de nos pièces au Bangladesh Fashionology Summit. Cet événement professionnel s’intéresse aux évolutions du secteur textile et mode, et aux outils technologiques, aux pratiques innovantes et aux nouveaux savoirs.
En parallèle, nous travaillons sur notre candidature pour le WearSustain. Notre ambition est de continuer à améliorer Labeledby avec leur soutien, et celui de notre précieux réseau de mentors et d’hubs. 

M : Comment envisagez-vous l’évolution du secteur à moyen terme ?

F & J :Nous croyons fort au fait que les clients recherchent aujourd’hui des expériences de consommation différentes, uniques et éco-responsables, ce qui pousse un nouveau paradigme sur le devant de la scène. Celui-ci requiert de nouvelles technologies pour que le consommateur puisse participer au design des produits, de nouvelles méthodes de productions plus flexibles, efficace, capables de produire localement et à la demande… et bien sûr un solide réseau de designers avec des compétences et expertises variées, œuvrant avec ces nouvelles technologies dans une communauté valorisant l’open-source.

Merci beaucoup Jessica & Fabienne !
Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site et Instagram.