Armine Ohanyan : l'innovation couleur arménie

À chaque fois que je me rends sur le salon Avantex, je découvre toujours des créateurs qui prennent des risques, qui mélangent des influences et cultures dans leurs réalisations.

Rencontre culturelle avec Armine Ohanyan quand l'Arménie souffle un vent de fraîcheur sur la création hexagonale.

Modelab : Est-ce que tu pourrais te présenter ?

Armine : Je suis Armine Ohanyan. Ça fait cinq ans que je suis en France. J’ai commencé mes études aux Beaux-Arts de Erevan, la capitale d’Arménie. Puis j’ai continué aux Beaux-Arts de Lyon, en design textile. Pour finir, j’ai fait deux ans dans une école de mode à Paris, ModeEstah, en stylisme et modélisme.

Armine Ohanyan
@Erkan_Baris

Modelab : Est-ce que tu pourrais nous parler un petit peu de tes créations ?

Armine  Ohanyan : Dans mes créations, l’inspiration vient toujours de la nature et des événements naturels comme la neige, la pluie, le vent ou autre. J’essaye d’introduire ces effets en faisant des créations de matières qui nous rappellent certains éléments de la nature. Par exemple, j’ai des pièces qui représentent la neige, l’hiver profond, la glace… J’utilise aussi les nouvelles technologies comme l’impression 3D pour certains éléments que je viens ensuite apposer sur le vêtement. Je mélange la mode, les nouvelles technologies et la nature.

Modelab : Ici, on est sur Avantex et tu as fait un défilé hier, comment ça s’est passé ?

Armine  Ohanyan : En fait, je suis là parce que j’ai gagné le prix Fashion Tech Expo à Paris en 2017, à la Cité de la Mode et du Design, et on m’a invitée ici pour que je présente mes créations et que je fasse un défilé. J’ai fait mon défilé hier, ça s’est très bien passé, j’ai de très bons retours.

Armine Ohanyan
@mathilde_gehin

Modelab : Quel est ton point de vue sur l’innovation dans la mode au sens large du terme ? Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Armine  Ohanyan : Je trouve que l'innovation représente l’avenir de la mode. C’est déjà révolutionnaire, tout ce qu’on a vu jusqu’à présent dans la mode, dans l’innovation, dans les nouvelles technologies.

Tout cela m’inspire. Et  j’utilise ces nouvelles technologies dans certaines de mes créations.

@Aude_Lerin

Modelab : Quels sont tes projets dans les mois à venir ?

Armine  Ohanyan : Je travaille sur ma nouvelle collection, que je présente le 10 mars prochain. Je ferai un défilé, ou plutôt une performance artistique – pas vraiment un défilé comme on est habitué à en voir. Ensuite, je vais lancer mon e-shop où je mettrai certaines pièces un peu plus faciles à porter, mais dans l’esprit de mes créations. J’ai pas mal de projets et de demandes.

Modelab : Tu viens d’Arménie et tu travailles en France. Comment arrives-tu à faire le lien entre ces deux cultures dans ton travail ?

Armine  Ohanyan : (Rire) Dans mon travail, c’est intéressant parce que l’Arménie et la France ont des cultures totalement différentes. Je trouve que c’est une vraie richesse de les mélanger, de prendre les points forts de ces deux cultures et de les intégrer à mes créations.

Armine Ohanyan
@mathilde_gehin

Modelab : Est-ce que tu as quelque chose à rajouter ?

Armine  Ohanyan : Je trouve qu’il est très important pour les jeunes créateurs comme moi qui viennent de commencer d’avoir le soutien de personnes qui nous donnent la possibilité de parler de nos créations, de les montrer un peu plus, parce que les grandes marques ont beaucoup plus de visibilité. Pour moi, c’est une bonne opportunité d’être ici et de présenter mes créations.

Lors de la Fashiontech Expo, nous avions également rencontré le duo Intrview. Un entretien réalisé par Julie à lire ou à relire juste ici.

Première photo par Aude Lerin


Le personnage de mode, du croquis au podium

Définir un personnage pour une collection est indispensable pour le designer de mode, bien au delà de l’aspect marketing. Penser, fantasmer, imaginer, rêver des caractéristiques physiques parallèlement à la création d’objets de mode est nécessaire dans une démarche créative.

Nous distinguerons ici deux catégories principales de personnages. D’un côté les personnages existants qui sont une égérie, une muse, ou une mascotte, de l’autre le personnage fictif ou silhouettes qui eux sont imaginaires. Mais tous sont finement sélectionné et / ou imaginé par le créateur et l’auront inspiré pour la création d’une collection. La mode se représente et s’incarne par le biais de différents médiums qui seront analysés ici comme étant le graphisme et le mannequinat.

La création de personnages passe d’abord par l’illustration au sens large, puis ils sont incarnés par des mannequins sur les défilés ou bien dans la pub. C’est à travers la lecture de ses images que l’on peut observer les changements dans la mode et expliquer une partie de son évolution.

personnage
© Figurines pour Madama Alexandre Ghys, par Charles Pilatte, 1865. Palais Galliera
© Etudes pour Vogue, Jean Pagès, 1925. Palais Galliera
© Yves Saint Laurent, Printemps - Été 1962.
Musée YSL Paris

Sur le plan historique, les illustrations de mode sont passées de dessins très soignés et précis (avant le XX° siècle) à des dessins beaucoup plus spontanés, libres et détachés de toutes contraintes esthétiques ou de tendances. On distingue néanmoins deux types d’illustrations.

D’une part celles réalisées à titre de notations graphiques, censées rester dans le cercle privé de la maison (mais qui sont désormais dévoilées au grand jour lors d’expositions de mode) qui ont le rôle de schéma, de croquis pour signaler des intentions aux modélistes. Le vêtement se dessine alors autour de silhouettes ou figurines, en d’autres termes un gabarit. Celles-ci s’inscrivent dans la phase de recherches et d’ébauches à des fins plutôt techniques.

D’autre part, les dessins exécutés par des illustrateurs confirmés pour imager une collection déjà créée. Ces derniers sont à l’intention des clients, diffusés par le biais de la presse mode, discipline qui perdura jusqu’à la fin du XX° siècle ; pour faire la publicité des collections présentées dans les grands magasins ; pour figurer dans des catalogues de vente par correspondance (jusque dans les années 1950 environ). Plus récemment, ils peuvent témoigner d’une collaboration entre illustrateur et designer ou encore apparaitre en tant que graphisme d’une campagne de publicité.

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Antonio Marras pour Kenzo, novembre 2010. Fashion Designer's Sketchbooks (Hywel Davies)

On retrouve dans l’ouvrage Fashion Designers’ Sketchbooks (de l'auteur Hywel Davies) des croquis de recherches pour la plupart très libres, idées posées sur le papier venant tout droit de l’imaginaire du styliste. Ces éléments graphiques sont plus largement des collages, esquisses, photographies, toiles, échantillons textiles… Les personnages fictifs naissent par ce biais. Bien souvent, le graphisme va guider l’esprit de la collection et des mannequins qui vont faire vivre ce(s) fameux personnage(s).

La fin du XX° siècle suivie par le XXI° siècle abordent ainsi une vision décomplexée du croquis de mode. Dorénavant le « beau » et le respect des proportions ne sont plus au centre des préoccupations. Ce travail de recherches davantage artistique s’impose comme maître de la création. Ce mode de recherche représente une forme de « work in progress » où le carnet est vu comme un terrain de jeu où tout est possible, et dévoile ainsi les différentes étapes dans le processus créatif. Il s’agit en somme pour les designers de raconter des histoires pour mieux aborder la phase technique de conception qui va suivre.

« Il faut être curieux (…). Je commence par la recherche, qui me permet d’imaginer une muse, une idée, un personnage au centre d’une histoire » JOHN GALLIANO

Par ce phénomène d’évolution des techniques et procédés cités précédemment, on peut aisément affirmer qu’il est l’une des origines de la transition du statut de couturier à celui de styliste, puis vers celui de designer. Il ne s'agit plus vraiment de transmettre des directives techniques par un dessin précis mais d'exprimer une vision créative que d'autres se chargeront de traduire plastiquement. On se déplace de la direction à l'intention.

La phase de recherches fige l’histoire et son personnage en deux dimensions, puis un mouvement s’opère vers la 3D où un corps vivant incarne les idées du créateur.

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Chanel, hiver 1988.

Ceci nous amène à évoquer les notions de muses et d'égéries, si cruciales pour nombre de créateurs. Inspirations ou traductions en réel d'un univers, elles jalonnent toute l'histoire de la mode.  La muse et l’égérie, sont généralement trouvées  lors de castings, de fêtes ou simplement par le truchement du quotidien, elles font parfois partie de l'entourage. En somme, elles n’ont nul besoin d’être inventées, il suffit de se les approprier. 

Si on devait établir un ordre, la muse serait classer au-delà de l’égérie. Personnage très idéalisé doté de caractères extrêmement forts, elle se fait plus rare, plus éthérée plus irréelle. L'égérie est inscrite dans son temps, dans la vie. 

Yves Saint Laurent s’est toujours entouré de personnages féminin. Loulou de la Falaise, Betty Catroux, toutes l’ont largement inspiré et représentaient ses idéaux pour une femme.

Depuis son arrivée dans la Maison Chanel, Karl Lagerfeld collectionne muses et égéries qui se piquent la vedette tour à tour. Inès de la Fressange, Keira Knightley, Cara Delevingne, Lily Rose Depp… Bref, on ne compte plus les maisons ni les créateurs qui se sont entichés de ces innombrables personnes devenues références et fantasmes.

personnage
Porte-clé Karl Lagerfeld, 2018.

En marge des muses et des égéries, on trouve les mascottes de mode. Un exemple célèbre, Choupette, le chat de Karl Lagerfeld devenue véritable icône, est utilisé en tant que motifs dans les collections de la marque éponyme de son maitre. Elle est érigée au rang de mascotte, petite boule de poils schématisée sur différents articles. Sur le site karl.com, plusieurs modèles de bonnet à son effigie sont épuisés… Un coup de génie pour le directeur artistique, bien que sa cible ne soit pas les félins. On célèbre ici l’amour pour les chats, ou de son propre animal, ou encore de Choupette (ou même de Karl).

personnage
Instagram @charlottedgp

 

Le vent de liberté qui souffle sur le processus créatif des designers contemporains n'est pas prêt de s'arrêter et c'est tant mieux. Les étudiants des prestigieuses écoles de mode passent également par ces méthodes de travail plus libres, plus intuitives et redoublent de créativité. La technique se doit d'être au service de la forme et non l'inverse. 

Cependant, l’incarnation actuelle des personnages de mode pose question. Quels personnages incarnent aujourd'hui les marques? Cette liberté picturale aux prémices de la création existe-t-elle toujours ou est-ce que d'autres intérêts priment désormais?  Il semblerait que  l’admiration soit davantage porté sur des influençeuses tendances, plutôt que sur des femmes aux caractères singuliers. On se laisse séduire par les filles et fils de (on parle évidemment de Lily Rose Depp, de Kaia Gerber, Iris Law, Willow Smith, Brooklyn Beckham). Les designers rêvent-ils vraiment  de ses personnes quand ils dessinent dans leurs carnets? De plus, on craque littéralement pour un petit chat mignon et on rêve à travers le compte instagram d’une blogueuse modeuse. La mode prend et s'incarne selon un paradigme de chiffres et de followers. C’est donc cela les filles et garçons de notre temps. Les années Grace Jones sont donc bien loin.


Gemma Blackwell : Aux frontières de la broderie

Lorsque l'on pense à la broderie, et que l'on est peu initié à ce monde discret et délicat, on imagine un travail fastidieux pour grand-mères patientes. Or aujourd'hui nombre de designers innovent dans ce domaine en mélangeant les techniques, les influences et les matières. Gemma Blackwell est de ceux-là. Forte d'une technique académique des plus précises, elle crée de nouveaux modèles avec une malice communicative et beaucoup d'amusement. Rencontre avec une créatrice qui n'a pas froid aux yeux et beaucoup d'idées dans ses carnets.

(Le version anglaise de cette interview est disponible en bas de page. / English version available at the bottom of the page.)

Modelab : Bonjour Gemma Blackwell ! Parle-nous de toi. Peux-tu te présenter et nous expliquer ton parcours ?

Gemma Blackwell : Je suis diplômée de l'Université de Huddersfied depuis 2016. À présent je développe mon côté business dans l'industrie de la mode que je souhaite combiner avec mon amour de la Broderie pour ouvrir un jour mon propre studio ! Je suis toujours absorbée par le travail, il y a toujours quelque chose qui m'inspire - cela peut être une texture inhabituelle ou une trace sur la route du bureau. Je garde toujours un carnet sur moi pour coucher mes idées sur le papier. J'ai récemment retrouvé ma machine à coudre, j'ai tellement hâte de transformer certaines de ces idées en broderies contemporaines!

En dehors du monde de la mode j'aime cuisiner, écouter de la bonne musique (récemment j'ai redécouvert de vieux morceaux des Artics Monkeys) et faire du yoga !

Peux-tu nous parler de tes travaux en cours, de tes projets ?

Je travaille à fond mes aptitudes commerciales car j'aimerai vraiment avoir mon propre studio ou ma propre marque de broderies dans le futur et je pense que c'est extrêmement important pour moi d'avoir une expérience commerciale combinée à ma pratique créative.

broderie embrodery textile
Gemma Blackwell -Oddity - photos de Liz Henson - direction artistique Gemma Blackwell

Comment t'est venue l'envie d'être designer textile ? Quel est ton parcours ?

Pour être honnête, je ne me souviens même pas d'avoir pris la décision d'être designer textile. J'ai toujours bricoler, aussi loin que je me souvienne. J'ai toujours été captivé par les petits détails du quotidien et cela joue un rôle très important dans mon travail - que cela soit par des formes inspirantes, des processus ou des matériaux. Prendre quelque chose d'ordinaire pour le transformer en quelque chose d'extraordinaire est au coeur de ma pratique.

Pour moi, le textile ne peut se départir d'une approche ludique des projets, c'est sans limite et c'est ce qui m'excite le plus dans le fait d'être designer textile !

Plus tard, je le répète, j'aimerais avoir mon propre studio de broderie contemporaine qui explorerait tout le potentiel de la technique, en travaillant en collaboration avec d'autres designers pour créer des pièces intéressantes aussi bien pour la mode, que pour l'ameublement ou des installations artistiques.

Qu'est-ce que créer des borderies innovantes représente pour toi ?

Pour créer ces broderies c'est quelque chose de naturel. C'est une technique très traditionnelle avec plein d'idées préconçues sur ce qui peut être fait ou non.

Mon approche créative juxtapose vraiment ces deux aspects, souvent je n'ai aucune idée de ce que sera le résultat final, le processus est expérimental et ludique. Ainsi je me sens totalement libre lorsque je crée. J'adore l'idée de bousculer les conventions et créer quelque chose d'inattendu, quelque chose qui fait que les gens s'arrêtent et se disent "comment cela a été fait ?", "de quoi est-ce fait?". Si quelqu'un regarde l'une de mes créations sans pouvoir reconnaître un matériau qu'il utilise chaque jour alors j'ai bien fait mon travail !! 

broderie embrodery textile
Gemma Blackwell - Oddity - photos Liz Henson - direction artistique Gemma Backwell

Quelle est ta technique favorite et pourquoi ?

Ma technique favorite est la broderie digitale ! La broderie digitale est de loin la plus commerciale des technique de broderie, (tout le monde a quelque chose dans sa garde-robe qui comporte un logo brodé ou un motif) et comme je l'ai dit plus tôt bousculer les idées préconçues c'est mon dada !

Pour moi, ce degré de familiarité rend toute la création de quelque chose d'inattendu extrêmement drôle. J'adore enfreindre les règles, prendre une technique indiscutablement commerciale et repousser les limites des matériaux et de la technique elle-même - c'est très enthousiasmant.

Quelle idée te fais-tu de l'innovation dans la mode?

L'innovation dans la mode consiste en créer quelque chose de beau en pleine conscience. Les pièces doivent être à la fois portables et désirables tout en étant durables. Les décorations sur mes pièces sont crées à partir qui sont souvent destinés à la décharge. Avec mon travail je donne une seconde vie en les détournant de leur fonction première, en faisant de ces objets quelque chose de désirable pour les gens, quelque chose qu'ils voudront garder. La slow fashion  est au coeur de mon travail et c'est un aspect de la mode durable que je trouve particulièrement innovant. 

Comment envisages-tu le futur de la mode?

Dans les années à venir j'aimerai voir la mode embrasser pleinement le concept de slow fashion. Burberry a été la première grande maison de mode à changer le traditionnel rythme des défilés en choisissant de ne lancer que deux collections par an indépendantes des saisons. Le concept de mode sans saison est TELLEMENT important lorsque l'on considère l'avantage que cela représente dans la réduction du gaspillage de cette industrie, et j'aimerais tellement que cette habitude gagne d'avantage de marques et cela irrigue tous mes projets créatifs.

Cela rendrait un certain contrôle aux consommateurs, ils pourraient porter ce qu'ils voudraient, quand ils le voudraient  - un vêtement qui permettrait de réduire drastiquement le nombre de vêtements jetés au rebut parce qu'ils sont perçus comme "de la saison dernière". Je pense aussi qu'être dominé par la tendance retire toute fraicheur au fait de s'habiller le matin. c'est beaucoup moins fun si l'on a à l'esprit que le "in"- une mode intemporelle, créative sans date d'expiration est le future de la mode, c'est ce que j'aimerais voir !

Pour en savoir plus sur la mode intemporelle et comment le système mode peut y répondre, je vous suggère de lire notre article sur le mouvement Anti-Fashion lancé par Li Edelkoort.

gemmablackwell.wixsite.com / @zealous_creative

broderie embroidery textile
Gemma Balckwell -Oddity - photos Liz Henson - direction artistique Gemma Blackwell

- Can you introduce yourself ?

Having graduated from the University of Huddersfield in 2016 I'm currently working on my business skills within the fashion industry, something which I aim to combine with my love for Embroidery by opening my own studio in the future! I always immerse myself in my work, there's always something which inspires me - perhaps a unusal texture or road marking on the way to the office. I keep a book with me all the time to jot ideas down, having recently been reunited with my sewing machine I can't wait to start transforming some of those ideas into contemporary embroidery pieces! Outside of the fashion world I love cooking, listening to good music (I've dipped back into some old Artic Monkeys over the last week!) and getting some restbite with a good yoga session!

- Could you tell us about your current work / projects ?

 I'm currently developing my business management skills, I'd love to have my own embroidery studio or brand in the future and I think it's extremely important that I have experience across the business side of things as well as the creative!

- How did you decide to become a textile designer ? What's your career path ?

Honestly, I don't ever remember deciding to become a textile designer. I have been making for as long as I can remember. I've always been captivated by everyday, overlooked aspects of life and this plays a huge role in my work - whether that be by inspiring shapes, processes or materials. Taking something ordinary and transforming it into something extraordinary is at the heart of my practice. For me, textiles goes hand in hand with my playful approach to projects, it is limitless and that's what excites me the most about being a textile designer! In the future I would love to have my own contemporary embroidery studio which explores the potential of the technique, working in collaboration with other designers to create some really exciting pieces across fashion, interiors and installations!

- What does creating innovative embroideries represent for you?

 For me, creating innovative embroideries is something which comes naturally. It's a technique which is full of tradition and quite often pre-conceptions of what can and can't be done. My approach to creating completely juxtaposes this, quite often I have no idea as to what the end result will be, the process is experimental and playful and this allows me to be totally free when creating pieces. I love the idea of challenging these pre-conceptions and creating something unexpected, something which makes people stop and wonder 'how was that done?', 'what is that made of?'. If someone looks at one of my pieces and can't recognise a material they interact with on a daily basis then I've done my job well!!

 
- What's your favorite technic and why?

My favourite technique has to be digital embroidery! Digital embroidery is by far the most commercial embroidery technique, (everybody has something in their wardrobes with an embroidered logo or motif on it) and as I mentioned earlier I'm a big lover of challenging pre-conceptions! For me, this level of familiarity makes the whole process of creating something unexpected so much more fun. I enjoy breaking the rules, taking a unquestionably commercial technique and pushing the boundaries of both technique and materials - that's very exciting!
 

- What's your idea of fashion innovation?

 Fashion innovation is about creating something beautiful with a conscience. Pieces must be wearable and desirable while being sustainable. The embellishments on my pieces are created from materials which are often destined for the landfill. Within my own practice I give these materials a second lease of lift by utilizing them in an unexpected way, transforming them into something which people want to own and engage with further. Slow-fashion is at the heart of my work and is an aspect of fashion sustainability which I find particularly innovative.

 

- How do you envision the future of Fashion in the next years ?

 In the next few years I would like to see the fashion industry embrace the concept of slow fashion. Burberry were the first big fashion house to change it's traditional fashion-show model, choosing instead to launch two seasonless collections per year. The concept of seasonless fashion is SO important with regards to reducing waste within the industry and is something which I would love to see more brands embrace and it is certainly at the heart of all of my creatve projects! It gives control back to the consumer, they can wear what they want when they want - a model which would reduce the amount of perfectly good garments being sent to landfill because they're 'last season'. I also think being 'trend driven' can tend to take the fun out of getting dressed in the morning! Never mind what's 'in' - timeless, creative fashion without an expiry date is the future of fashion that I would like to see!


Lina Wassong : une artiste fashiontech plurielle

De Los Angeles à Hambourg, en passant par San Fransisco et aujourd’hui Berlin, Lina Wassong est une artiste FashionTech plurielle, curieuse et généreuse. Pour Lina, « La technologie peut être esthétique et la mode est une merveilleuse interface pour refléter cette beauté. » Convaincue de l’immense potentiel de la fabrication numérique, elle enseigne et rédige des livres sur l’électronique pour démocratiser sa passion. Mais plus que tout, elle souhaite introduire l’émotion dans la technologie, ce qu’elle fait en puisant son inspiration dans la nature et les sciences du vivant. J’ai échangé avec Lina pour en apprendre plus sur elle et ses designs interactifs.

M : Bonjour Lina Wassong ! Parle-nous de toi. Peux-tu nous décrire ton parcours et ton lien avec le milieu de la mode ?

Oui, bien sûr ! J’ai commencé par prendre des cours de design alors que je vivais à Los Angeles en Californie. J’ai ensuite déménagé en Allemagne à Hambourg où j’ai étudié l’ingénierie textile qui recouvre tous les aspects techniques de la confection vestimentaire.

Après avoir vécu à San Francisco pendant un moment, je me suis prise de passion pour l’électronique et le code. L’aspect créatif de la technologie m’a vraiment fascinée, et de fil en aiguille, j’ai fini par confectionner des pièces interactives. Ces trois dernières années furent très riches pour moi : j’ai rédigé trois livres sur l’électronique et la programmation, animé de nombreux ateliers technologiques et tout appris en matière de découpe laser et d’impression 3D. Aujourd’hui j’ai la chance de partager un cabinet de design avec Anja Dragan au cœur de Berlin. Je donne également des conférences sur le design d’interface à l’Université des sciences appliquées de Potsdam...

… Une vraie globetrotter ! Comment ton expérience de vie à San Francisco influence-t-elle ton travail actuel ?

Lina Wassong : J’imagine que sans avoir vécu à San Fransisco, je n’aurais jamais programmé mon premier microcontrôleur. Mon travail aurait été très différent de ce que je crée et enseigne aujourd’hui.

Fashion tech dress lina wassong
Parallax Dress - Lina Wassong

M : Pourquoi es-tu venue t’installer à Berlin ? Qu’est-ce qui te plaît dans cette ville ? Un côté arty qui te manquait dans l’environnement trop tech de San Fransisco ?

Lina Wassong : J’ai toujours su que je finirai par habiter à Berlin à un certain stade de ma vie et venir ici au début de ma carrière fut la bonne décision. J’ai beaucoup apprécié vivre à San Francisco qui est une ville très sympa aussi, mais pour expérimenter sur le plan artistique, c’est moins libre qu’à Berlin. Il faut avoir un job en béton pour survivre dans cet environnement tech très compétitif. Mais qui sait, peut-être que j’y reviendrai un jour. Il ne faut jamais dire jamais.

M : Et à Berlin, quels lieux aimes-tu fréquenter ?

Lina Wassong : Vers chez moi il y a cette vieille friche industrielle qui a été réaménagée en brasserie en plein air (beer garden). En été vous me trouverez toujours là-bas, une pizza à la main (elles sont à tomber). Et bien sûr il y a plein de bars et de clubs sympas le long de la Spree, la rivière qui traverse Berlin.

M : Quelle est la spécificité de la scène locale FashionTech berlinoise ?

Lina Wassong : Haha, pour commencer, elle a déjà le don d’exister ! La plupart des grandes villes restent braquées sur la mode traditionnelle. Berlin n’a pas d’histoire de la mode, ce qui laisse bien plus de liberté en matière d’expérimentation.

M : Parlons un peu de tes créations maintenant. Que trouves-tu d’esthétique dans la technologie ?

Lina Wassong : Lorsqu’elle est réalisée correctement et de façon propre, la technologie peut vraiment être magnifique. Bien sûr, il est essentiel de cacher tout ce qui effraie, ou qui disons, met les gens mal à l’aise, comme les câbles, les joints de soudure, les circuits imprimés… Aujourd’hui, grâce à la fabrication numérique, la découpe laser et l’impression 3D permettent de créer des formes très complexes. Des formes nouvelles qu’il aurait été impossible de réaliser avant l’apparition de ces outils numériques. La technologie permet aussi de concevoir des pièces interactives qui évoluent en s’adaptant à leur environnement. La technologie nous permet de communiquer avec des objets analogiques.

M : Justement, quelle fonction à l’interactivité de tes vêtements ?

Lina Wassong : Pour apporter de l’interactivité à mes créations, je m’appuie sur les senseurs environnementaux, la robotique, et bien plus encore. Ce que j’apprécie vraiment, c’est quand une pièce reflète les changements de son environnement à travers la lumière ou le mouvement. A travers chaque création, j’en apprends plus sur la technologie et en particulier les senseurs. Ces petits composants qui arrivent à détecter les changements sont vraiment fascinants.

fashion tech - dress - innovation
Symbiosis Dress - Lina Wassong

M : Mais alors Lina, dans tes créations, c’est la fonction technologique ou esthétique du vêtement qui prédomine ?

Lina Wassong : La fonction esthétique est plus importante, tout simplement car elle est plus visible. J’adore travailler sur l’aspect tech d’un nouveau design, mais si je n’arrive pas à le transférer correctement dans le vêtement, il est vite perdu ou devient moins intéressant. À notre époque digitale nous sommes vraiment gâtés en ce qui concerne la technologie, mais la plupart des gens ne savent même pas comment connecter une simple LED à une batterie...

M : L’intelligence artificielle et le machine learning (capacité d’apprentissage des machines) sont des sujets très actuels en ce moment. Comment as-tu abordé ces thématiques dans ton dernier projet, la parallax dress ?

Lina Wassong : La robe parallaxe s’inspire de l’évolution de l’intelligence. Il y a tellement de degrés d’intelligence différents et l’intelligence artificielle en est une. Ce qui est sûr, c’est qu’en matière de résolution de problèmes, l’intelligence artificielle va gagner en importance dans les années à venir.
Avec la robe parallaxe, j’ai fusionné la technologie moderne avec le comportement intelligent d’un octopus. Le centre de contrôle d’une pieuvre est réparti sur tout son corps, ce qui lui permet de déplacer ses tentacules de façon indépendante. Cette originalité le rend particulièrement apte à résoudre des problèmes complexes. La robe parallaxe intègre un senseur qui détecte les mouvements et envoie des signaux au microcontrôleur. Ensuite, les bras imprimés en 3D et découpés au laser se mettent à bouger indépendamment, en fonction des mouvements de son environnement – tout comme une pieuvre.

... Au final nous n’avons donc rien inventé, tout le mérite revient à l’octopus !

M : Tes créations font beaucoup référence à des organismes biologiques, comme la jellyfish skirt (jupe méduse). Les scientifiques observent la nature pour trouver des solutions techniques aux problèmes humains. Penses-tu que l’on pourrait aussi s’inspirer du biologique en terme de design ? Une sorte de « biomimétisme esthétique » ?

Lina Wassong : Oui, absolument. Ça fait des millions d’années que la nature trouve des solutions à des problèmes très complexes. La nature peut être une très bonne source d’inspiration, surtout en matière d’aviation ou d’architecture, mais aussi en terme de technologie et de design.

Pour la plupart des gens, la technologie est plutôt synonyme de froideur, l'artificialité et d’apathie. Pour changer cela, il est bon de s’inspirer de la nature, car c’est quelque chose à quoi nous pouvons tous nous identifier.

dress fashion tech innovation
Lina Wassong en plein ajustement de la robe Symbiosis

M : Comment imagines-tu ton futur et celui de la FashionTech dans les 10, 20, prochaines années à venir ?

Lina Wassong : Comme je l’ai dit plus tôt, la fabrication numérique nous donne la chance de créer des designs très complexes. Lorsque ces technologies seront plus connues et accessibles pour tous, on pourra s’attendre à un changement d’envergure dans toute l’industrie créative.

Pour ma part, j’adore enseigner, surtout quand il s’agit de technologie et de créativité. Donc je vais certainement me concentrer là-dessus. Et bien sûr, je suis toujours très excitée à l’idée de découvrir de nouvelles technologies intéressantes pour mes créations.

Merci Lina !

Vous pouvez retrouver le shooting que nous avons réalisé des créations de Lina Wassong dans le dernier numéro de Modelab spécial Berlin.


Couture à porter

« Couture-à-porter » ; « Couture-to-wear » ; « Prêt-à-couture » … Tous sont des synonymes évoquant des griffes contemporaines qui considèrent leurs créations comme tel.

Deux termes opposés se partagent une même expression. D’un côté la Haute Couture dont la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM) demande à ses membres de répondre à des critères bien précis tels que la pratique de métiers d’art, la confection sur-mesure de pièces uniques, posséder deux ateliers au sein de la maison, ce qui engendre évidemment des tickets de caisse à plusieurs zéro.

L'autre terme est le prêt-à-porter (PAP) évoquant le quotidien, les tailles standardisées et le commun des mortels. La tendance est à ce curieux mélange de deux appellations antonymes, dont l’une est quasiment inaccessible de par ses nombreux critères de sélection à respecter si on espère un jour intégrer la prestigieuse FHCM.

On a déjà observé des phénomènes similaires qui consistent en cette confusion de la mode prêt-à-porter et du luxe.

Couture à porter
Yves Saint Laurent Rive Gauche.

En 1966, Yves Saint Laurent (YSL) fut le premier couturier à ouvrir sa boutique de prêt-à-porter en plus de sa maison de couture. Il envisage alors cela comme créer des « vêtements pour toutes », donc abordables, mais avec le même soin que celui apporté pour la confection des pièces couture. En ce sens, il innove et marque un début de mouvement vers la vie de tous les jours. La qualité n’est plus réservée à une seule élite, mais se vit dans le quotidien, sans cérémonie.

Puis d’autres couturiers tels que Paco Rabanne, Versace et tant d'autres,  reproduisirent le même modèle, soit entrer par la Haute Couture pour ensuite proposer des collections prêt-à-porter aux client(e)s. Aujourd’hui la tendance est inversée puisque la plupart des marques débutent par le ready-to-wear avant de convoiter le label Haute Couture. Une zone grise s’installe donc entre les deux mondes.

Depuis, veut-on nous vendre de la couture à prix abordable ? Ou bien nous vendre du PAP à prix couture ? L’intention d’origine était celle lancée par YSL, mais actuellement le phénomène semble s’inverser encore une fois.

Aujourd’hui le prêt-à-couture est un terme marketing de plus en plus utilisé dans la mode.
La Maison Schiaparelli a même nommé une de ses gammes ainsi ; prêt-à-couture.

prêt à couture
Maison Schiaparelli : Prêt-à-couture

Du côté des jeunes marques, se revendiquer « couture-à-porter » permettrait sans aucun doute de vendre des articles à prix « couture » mais d’une qualité se rapprochant davantage de celle du prêt-à-porter. Il s’agit également de s’arroger les lettres de noblesse de la Haute Couture sans forcément en posséder les artefacts et les techniques.

Mais à leur décharge, qui peut aujourd’hui sans de solides soutiens financiers et une clientèle ad hoc lancer une maison de haute couture sans avoir auparavant forgé son nom ?

Bien qu’ils ne puissent pas vendre leurs collections à bas coûts, cela pourrait s’avérer être une stratégie pour ces designers émergents qui justifieraient des gammes de prix parfois exorbitants.

Innovants ou pas, dans leurs démarches créatives, cette qualification leur permettrait de continuer un questionnement nécessaire sur la portabilité du vêtement en testant les limites de cette thématique et ce dans la droite ligne de leurs prédécesseurs. En somme, des jeunes créateurs comme Coralie Marabelle proposent d’accéder à l’esprit couture non plus par le prix et la technique, mais par l’expérience. L’audace esthétique bascule dans le prêt-à-porter, mais l’appellation risque peut-être de se perdre dans un jeu marketing.

A-t-on vraiment besoin de mettre des mots sur cet entre-deux, alors que d’autres créateurs avaient déjà brouillé modestement et discrètement les frontières entre prêt-à-porter et haute couture ?

Cette confusion semble déjà être bel et bien réelle voire même ancrée dans les consciences consommatrices.

Si vous souhaitez en savoir sur une créatrice qui bouscule la mode, nous vous invitons à lire l'entretien que nous avons réalisé avec Elisabeth Jayot qui vient de rejoindre notre équipe.