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Revue de presse - septembre

Chaque mois, Modelab reprend dans sa revue de presse l’actualité qui a marqué la FashionTech et la mode. Start-ups, évènements, applications : voici un récapitulatif des articles qui nous ont le plus marqués ces dernières semaines de septembre, et une chose est sûre, l'actualité de la FashionTech a été riche en cette rentrée  !

Un tee-shirt qui détecte la pollution de l'air

https://youtu.be/0BkNBT3iSGI

Nikolas Bentel est le designer à l'origine du projet Aerochromics, une collection de trois hauts qui allient textiles et haute technologie afin de détecter le taux de pollution dans l'atmosphère. Chaque tee-shirt a été pensé pour un typer particulier de pollution: le monoxyde de carbone, les particules de pollution et la radioactivité. Au contact de la pollution, le haut passe d'un noir profond à des motifs abstraits, afin de prévenir son utilisateur qu'il est au contact d'une atmosphère polluée. La technologie, déjà commercialisée, fonctionne grâce à de minuscules capteurs placés dans le textile, qui s'activent en fonction de la qualité de l'air.

Eram introduit l'impression 3d dans son service de personnalisation

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Qui a dit que la FashionTech était réservée à des marchés de niche ? La marque de chaussures Eram a choisit d'introduire la technologie d'impression 3d dans la création de ses chaussures, afin de pouvoir personnaliser ces dernières. Ce concept appelé Atelier 27, a été conçu par Eram en partenariat avec l'agence de design Unistudio et dévoilé lors de la Paris Retail Week. Le principe ? A partir d'un modèle basique, la cliente peut choisir parmi trois largeurs de talons différents, une dizaine de couleurs et une vingtaine de motifs, soit une combinaison de 600 possibilité différentes. Il ne suffit ensuite que de 30 minutes pour que l'imprimante 3d imprime le talon. Une petite révolution dans le marché de la mode grand public !

Catherine Deneuve lit Loïc Prigent

https://youtu.be/-MMQ12S2WgU

Le documentariste Loïc Prigent est connu pour rapporter depuis 2011 des bribes de conversation entendues lors des défiles de mode, sur son compte Twitter. Cet observateur de la mode a décidé de les réunir dans un livre J'adore la mode mais c'est tout ce que je déteste  paru ce mois-ci aux éditions Grasset. Non content d'avoir réussi l'exploit de faire de 2000 tweets un livre, Loïc Prigent a également demandé à Catherine Deneuve de lire les meilleures phrases devant une caméra. Le résultat ? 22 pastilles à l'humour grinçant à retrouver sur Arte.

Et sinon, quoi de neuf en septembre ?

Septembre est un mois riche concernant les salons de mode, l'occasion rêvée pour les marques de présenter leurs nouvelles collections pour la rentrée. Parmi les rendez-vous incontournables, le salon Première Classe qui avait lieu au Jardin des Tuileries du jeudi 29 jusqu'au dimanche 2 octobre, soit en même temps que la Paris Fashion Week. Le salon Capsule qui se tenait également au Jardin des Tuileries du 29 septembre au 2 octobre, ainsi que le salon Tranoï avaient pour objectif de faire de ce lieu un incontournable de la Fashion Week.

Côté Fashiontech, le salon Avantex qui a pour objectif de présenter les textiles hautes technologies, se tenait à Paris les 14 et 15 septembre. La ville de Roubaix a également accueilli pour la deuxième année consécutive le salon FashionTechDays les 29 et 30 septembre dernier. Alliant tables rondes, conférences, et atelir, le salon fait du futur du textile son enjeu principal. Modelab était présent à l'événement pour une table ronde sur le thème de "La tech magnifie la création" aux côtés de Clausette, la créatrice Clara Daguin et la designer Florence Bost.


design textile

Revue de presse

Chaque mois, Modelab reprend dans sa revue de presse l’actualité qui a marqué la FashionTech et la mode. Start-ups, évènements, applications : voici un récapitulatif des articles qui nous ont le plus marqués ces dernières semaines de juin, et il s'en est passé des choses dans la sphère de la FashionTech !

Des robes "vivantes" qui réagissent aux émotions

https://vimeo.com/yinggao/cant_wont

Avec son projet Neutralité, la designer Ying Gao frappe un grand coup en créant deux robes "Can't" et "Won't" qui s'animent en fonction des expressions de votre visage. Des robes vivantes ? Pas vraiment. Animées par des tissus d'organza connectés, des fils de coton, du PVDF (Fluorure de polyvinylidène) et des composants électroniques, les robes reproduisent les mouvements d'organismes vivants. La démarche de Ying Gao consiste à nous questionner sur notre rapport au vêtement et l'adaptation de ce dernier à notre environnement urbain et connecté.

Des poils recréés par impression 3D

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Des chercheurs du prestigieux MIT (Massachusetts  Institute of Technology) ont réussi à développer une technique d'impression 3D qui permet de créer des poils artificiels. En plus de recréer une nouvelle texture, les chercheurs ont réussi à lui faire acquérir de nouvelles propriétés en lui permettant d'animer des objets grâce à la fréquence des vibrations. Cette nouvelle technique d'impression ouvre des possibilités énormes dans le milieu de la FashionTech, puisqu'elle permet de créer aussi bien de la fausse fourrure que des nouvelles textures pour des objets de mode et de design.

https://vimeo.com/166604922

 

Li Edelkoort à Marseille pour une conférence autour de son manifeste "Anti-Fashion"

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Du 9 au 11 juin dernier, Li Edelkoort (classée comme une des 25 personnalités les plus importantes du monde de la mode par le Time Magazine) a été conviée à Marseille pour suivre et animer des conférences, avec une dizaine d'intervenants, autour du système actuel de la mode qu'elle condamne fermement dans son ouvrage. Modelab était présent à l'événement.

A lire aussi sur Li Edelkoort: Création collective - quelles perspectives pour la mode ?

Et sinon, quoi de neuf en juin ?

Considéré comme un des concours de mode les plus prestigieux, le LVMH Prize a été décerné par un jury trois étoiles (Jonathan Anderson, Humberto Leon, Carol Lim, Marc Jacobs, Phoebe Philo, Karl Lagerfeld, Nicolas Ghesquière et Riccardo Tisci) à la jeune créatrice londonienne Grace Wales Bonner. Le Canadien de 19 ans, Vejas Kruszewski a, quant à lui, reçu le prix spécial du jury.

Lancée cette année, la première promotion du programme IFM START créé par l'IFM (Institut Français de la Mode) vient d'achever sa formation. Ce programme consiste à former et soutenir des personnes voulant se lancer dans l'entrepreneuriat dans le domaine des industries créatives. Parmi les candidats, on retrouve Yoland Moutama à l'origine de Talent Making Talent, une plateforme qui met en relation des créatifs (photographes, musiciens, artistes...) avec des entreprises; ou encore Pia Hazoume qui travaille sur un algorithme basé sur des principes anthropologiques permettant de personnaliser l'expérience d'achat. Vous pourrez d'ailleurs retrouver un article sur le travail de Pia dans le prochain numéro de Modelab !

A lire aussi: L'IFM START: le programme axé Mode et Start-Up

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co-creation

Création collective - quelles perspectives pour la mode ?

Les 9 et 11 juin derniers se sont déroulés à Marseille trois journées de conférences organisées autour du texte "Anti-Fashion", publié par Li Edelkoort en 2015. Véritable coup de pied dans la fourmilière, ce manifeste, loin de condamner la mode à une mort certaine, s'interroge sur les limites du système actuel, ses dysfonctionnements. Les dernières actualités du monde de la mode (valse des directeurs artistiques d'une maison à l'autre, burn-out... chutes significatives des ventes dans le prêt-à-porter...) témoignent d'un système à bout de souffle qui court à sa perte. Li Edelkoort, en grande amoureuse de la mode, n'a pas pour volonté d'établir un constat pessimiste du milieu, mais celle de fédérer et de sensibiliser son lectorat aux notions de travail collectif, fait avec passion et selon des valeurs humaines. Face à des savoir-faire qui se sont transformés à la période industrielle, où la machine prend plus de place que l'artisan, tout l'enjeu de ce manifeste consiste à redonner du sens à la mode.

Li Edelkoort
Li Edelkoort

D'un côté, Li Edelkoort souligne le phénomène des créateurs broyés par ce système qui sont victimes de la pression que l'on fait reposer sur leurs épaules; et de l'autre, celui d'une génération de créateurs en plein ego trip et en quête de reconnaissance, à qui on a appris dès l'école à travailler de manière individualiste. Ce double constat vient s'ajouter à une perte d'identification du consommateur à un modèle qui ne lui correspond plus et dans lequel il a de plus en plus la volonté de s'investir directement. Comme le souligne Li Edelkoort, le collectif est essentiel et doit être enseigné dans les écoles de mode, le plus tôt possible. L'économie collaborative a déjà touché de nombreux secteurs de notre société et la mode, pourtant historiquement avant-gardiste, semble avoir pris du retard sur ce sujet. Aujourd'hui sur Modelab, nous-nous posons donc cette question : la création collective est-elle le futur de la mode ?

Des marques de mode se construisent autour d'un collectif

Lors de sa conférence, Li évoque les génériques de film qui citent et remercient l'ensemble des personnes qui ont travaillé sur le projet, du réalisateur, aux maquilleurs en passant par les figurants... Mais pourtant, ce constat ne s'applique pas dans le milieu de la mode où le nom de la marque, et celui du créateur, occultent le reste. Pourtant, on constate actuellement l'émergence de modèles atypiques, autres que celui d'un créateur tout puissant, qui tendent à valoriser le travail d'une communauté ou d'un collectif. Récemment, c'est le collectif new-yorkais V-Files qui s'est illustré dans cette démarche. Cette communauté en ligne a pour volonté de faire défiler à la New York Fashion Week chaque année de jeunes marques préalablement choisies par les internautes via un système de votes. La marque encourage sa communauté à prendre le pouvoir en ayant un impact direct sur l'organisation de ses événements.

A lire aussi sur V-Files: Une nouvelle vague de créateurs New-Yorkais s'empare de la  FashionTech

Demna Gvasalia pour Vetements
Demna Gvasalia pour Vetements

Derrière ce nouveau modèle ne se cache pas une nouvelle lubie marketing, mais une réelle volonté de bouleverser les codes établis. Dès lors, les mérites ne reviennent plus à un individu, mais à une communauté. Certains créateurs poussent cette démarche plus loin en s'effaçant afin de maintenir l'attention uniquement sur les vêtements. Le ou les créateurs disparaissent au profit d'une communauté anonyme, laissant au spectateur tout le loisir de se concentrer sur le produit. Le précurseur dans ce domaine est Martin Margelia qui, dès le début de sa carrière, a travaillé sur la notion d'anonymat, aussi bien le concernant que pour les mannequins qu'il faisait défiler. Cette idéologie se retrouve récemment chez le collectif Vetements, composé de personnalités anonymes, excepté Demna Gvasalia qui fait office de porte-parole du collectif, et qui a notamment travaillé 4 ans chez Margiela. Vetements bouleverse les codes de l'industrie, et sa démarche plaît, c'est la marque dont le nom est sur toutes les lèvres. Son nom lui-même agit comme une provocation, et annonce la couleur: chez Vetements, vous allez uniquement voir des vêtements. Ce positionnement, on peut le supposer, vient en réaction à cette culture du personal branding et ce culte de la personnalité. La mode doit se (re)penser différemment et faire à nouveau la part belle au produit.

Maison Martin Margiela FW 2014
Maison Martin Margiela FW 2014, les mannequins sont eux aussi anonymisés, au bénéfice du vêtement.

L'intégration du consommateur dans le processus créatif

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Les chaussures communautaires de la marque Rooy

Notre société a de plus en plus recourt à l'économie collaborative (Airbnb, Blablacar, Uber en sont les exemples les plus parlant) qui se base sur la mutualisation des biens et prône une hiérarchie horizontale. La continuité de cette démarche est d'atténuer le rapport hiérarchique entre le consommateur et la marque afin que ce dernier se la réapproprie. La marque de chaussures coréenne Rooy, a basé tout son concept sur l'intégration du consommateur au processus créatif en faisant participer les internautes à des concours afin de créer des sneakers, puis en produisant les modèles qui obtiennent le plus de votes. Rooy arrive ainsi à faire collaborer toute une communauté de passionnés de sneakers autour de son projet. La marque pionnière en matière de travail collectif en France est La Boutonnière qui permet de mettre en relation des marques et des consommateurs afin de co-créer des collections. Ce modèle séduit, car, comme l'explique la marque sur son site:

"Les consommateurs veulent interagir avec leurs marques et leurs produits, ils veulent faire partie de l’aventure et vivre une expérience."

La co-création selon la Boutonnière
La co-création selon la Boutonnière

Après des années de sentiment de délaissement, le consommateur a la volonté de s'impliquer dans les produits qu'il consomme et dans la création de ces derniers afin de redonner du sens à l'acte de consommation lui-même. Le Studio Mazé un "collectif pluridisciplinaire" selon leurs propres mots, affirme quant à lui que le prêt-à-porter est mort, au profit du prêt-à-composer. La marque, qui a actuellement un pop-up store à Paris, ne jure que par le collectif et la communauté: il y a une volonté des marques d'éduquer et de sensibiliser le consommateur afin qu'il reprenne le pouvoir et se réapproprie le vêtement.

Studio Mazé
Studio Mazé

A lire aussi sur la boutonnière : La mode collaborative existe enfin !

Cette démarche d'intégration du consommateur au processus créatif passe aussi par des opérations de personnalisation des produits par le client. Surfant sur la tendance du DIY qui consiste à fabriquer soi-même ses propres produits, les marques s'emparent du phénomène en proposant à leurs clients de customiser des vêtements et accessoires, à l'image de Gucci qui a lancé en mai dernier son Gucci DIY. Selon Alessandro Michele, directeur artistique de la maison, ce service de customisation permet de stimuler l'esprit créatif de la cliente, mais également de rendre hommage à la culture punk.

Gucci DIY
Gucci DIY

La crise identitaire que traverse la mode actuellement n'est que le reflet de la crise identitaire que traverse notre société. Le modèle industriel, notamment appliqué à la mode, a contribué à déshumaniser ce système. Face à un modèle à bout de souffle, de plus en plus d'initiatives à contre-courant ont émergé afin de proposer des alternatives plus centrées autour de valeurs humaines. Le collectif et le modèle d'économie collaborative apparaît comme une des solutions qui contribue à faire changer de manière positive un système depuis trop longtemps auto-centré. C'est tout le processus de consommation qui est remis en cause, comme le souligne Li Edelkoort dans son manifeste:

"Les gens n’ont plus envie de posséder, ni de consommer les vêtements en flux. Nous entrons dans une ère où la possession n’a plus d’importance. La location, le partage, le troc, les achats collectifs sont les nouvelles manières de consommer."

Si vous voulez en apprendre plus sur les trois journées de la conférence  Anti-Fashion, n'hésitez pas à lire le compte-rendu de Sophie Abriat. 


revue de presse mai

Revue de presse - Mai

Chaque mois, Modelab reprend dans sa revue de presse l’actualité qui a marqué la FashionTech et la mode. Start-ups, évènements, applications : voici un récapitulatif des articles qui nous ont le plus marqué ces dernières semaines de mai !

Modelab présent au MET de New York !

https://youtu.be/PgYmwRgnBjs

C'est une tradition, tous les ans le MET (Metropolis Museum of Art) met en scène une exposition et son célèbre gala autour d'un thème choisi avec soin. Depuis le 2 mai, le prestigieux musée New-Yorkais accueille l'exposition "Manus x Machina, Fashion in Age of Technology", qui retrace la relation entre processus de création et technologie à travers 120 pièce de prêt-à-porter et de Haute Couture. A cette occasion, le n°2 de Modelab a été choisi par le musée sous la forme d'une commande d'une centaine de numéros pour venir enrichir la bibliographie de l'exposition !

Une combinaison qui transforme votre sueur... en eau potable !

La combinaison de Kamilla Sadol qui recycle l'eau de votre corps
La combinaison de Kamilla Sadol qui recycle l'eau de votre corps

Non, vous ne rêvez pas ! Inspirée par les tenues d'astronaute, la jeune designer danoise Kamilla Sadol a réussi à créer une combinaison qui recycle votre sueur en la purifiant à travers des tubes placés dans la combinaison, afin de donner une eau potable qui est récupérée dans un petit sac situé à l'arrière de la tenue. De quoi offrir de nouvelles perspectives dans le monde du textile !

Le dernier défilé Louis Vuitton placé sous l'égide futuriste

Collection Louis Vuitton Croisière 2017 à Rio de Janeiro
Collection Louis Vuitton Croisière 2017 à Rio de Janeiro

Pour son défilé croisière 2017, Nicolas Ghesquière le nouveau Directeur Artistique de Louis Vuitton, a décidé de faire défiler ses mannequins dans une ambiance futuriste en choisissant le MAC (Museu de Arte Contemporânea) fondé par Oscar Niemeyer à Rio de Janeiro. La structure en forme de soucoupe volante vient souligner l'envie du créateur de s'inscrire dans le futur. Et Nicolas Gesquière n'en est pas à son premier essai...

A lire aussi: Louis Vuitton choisi un personnage de Final Fantasy comme égérie dans la Revue de Presse de décembre 2015

Et sinon, quoi de neuf en mai ?

Rihanna collabore pour la deuxième fois avec la Maison Dior afin de proposer une collection de six paires de lunettes de soleil au look très rétro-futuriste (années 2000, bonjour !). Si les photos de la campagne sont déjà sorties, il faudra attendre le début du mois de juin pour pouvoir débourser la jolie somme de 840 dollars et acquérir une de ces pièces...

Le célèbre concours de mode ANDAM Prize qui a déjà récompensé Iris Van Herpen ou encore Maison Martin Margiela, vient d'annoncer ses 12 finalistes. Ce tremplin pour les futurs grands créateurs est notamment connu pour son avant-gardisme. Wanda Nylon, Aalto, Koché, Jacquemus, Tim Coppens, OAMC pour le ANDAM Grand Prix; Atlein, Kenta Matsushige, Harmony Paris pour le First Collection Prize; et Amélie Pichard, Hugo Matha et Tomasini Paris pour le Fashion Accessories Prize. Surveillez bien ces noms, vous pourriez en entendre parler rapidement...

Comme un concours n'arrive jamais seul, le mois de mai était aussi l'occasion pour le WGSN Futures Awards de récompenser 14 créateurs/designers qui feront la mode de demain. Le Special Award revient à Alexandra Shulman, le prix Best Digital Innovation à Scotch & Soda x Airbnb, le prix Best New Retail Concept à The Store X Soho House Berlin, le prix Best Store à RYU Apparel, le Best E-Store à Farfetch, le Innovation Design à The Unseen, le Best Multichannel Business à John Lewis, le Best Marketing Initiative à Kate Spade, le Best Start-Up à Hill & Friend, le Sustainable Design Team à Timberland, le Emerging Brand à Mimi Wade, le Breakthrough Footwear & Accessories Design à Richard Braqo, le Breakthrough Menswear Design à Baartmans and Siegel et le Breakthrough Womens Diary à Isa Arfen.

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upfluence

Upfluence: marques de luxe et influenceurs

L’équipe de Modelab a rencontré Daniela Leone, Vice-présidente senior chez Upfluence. Cette société de technologie spécialisée en marketing d'influence arrive à trouver les bons influenceurs correspondant aux marques, ceci grâce à un algorithme. Daniela arrive dans l'entreprise en septembre, avec pour ambition de développer un pôle luxe.  Entre révolution digitale, évolution du secteur du luxe et importance du marketing d’influence, Daniela nous a dévoilé sa vision et les enjeux d’un secteur en pleine mutation et de plus en plus ouvert à de nouvelles évolutions.

La révolution digitale a entraîné de profondes modifications, notamment pour le secteur de la mode. Traditionnellement peu présentes sur internet et les réseaux sociaux, les marques de luxe ont dû également faire face à ce bouleversement 2.0. Dès lors, comment ces dernières composent avec ces nouveaux outils numériques et comment arrivent-elles à les intégrer dans leur stratégie de communication ?

A lire aussi: Les marques de luxe et le digital, une transition difficile

La question est d’autant plus pertinente dès lors qu’il s’agit des relations presses. Les marques de mode, et a fortiori les marques de luxe, ont toujours entretenues des relations étroites avec les médias. A l’heure des réseaux sociaux et de l’évolution du statut des blogueurs et autres influenceurs vers un statut professionnel, comment les marques de luxe doivent-elles et peuvent-elle appréhender ce nouveau canal de communication alors même qu’elles sont réticentes à l’idée de trop se dévoiler sur le web ?

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Modelab : Pourriez-vous présenter votre parcours ?

J’ai toujours travaillé dans le luxe. J’ai été directrice des PR et de la communication chez Tag Heuer et ensuite directrice marketing chez Victorinox. J’ai rencontré Upfluence quand je travaillais encore chez Victorinox.

A l’époque, ils avaient fait une campagne pour nous et j’ai trouvé leur travail tellement génial que je me suis dit qu’il était temps pour moi de changer de poste. Le monde est en train d’évoluer et après 25 ans de marketing traditionnel si je ne changeais pas un peu, j’allais être has been. Ça fait également 4 ans que j’enseigne en parallèle à la HEG (Haute Ecole de Gestion) de Neuchâtel en Suisse. J’ai enseigné la communication et les PR, et je me tourne aujourd’hui vers la communication 2.0 et le marketing d’influence. Je donne également des conférences, et je fais du coaching auprès de CEO.

J’ai arrêté de travailler pour Victorinox l’année dernière. J’ai contacté Upfluence pour leur dire : « Vous avez déjà 600 clients mais personne dans le luxe,  je pense que vous passez à côté de quelque chose ». Depuis septembre dernier j’ai donc ouvert une division luxe et je suis allée à la rencontre d’une centaine de sociétés. Aujourd’hui j’ai déjà un employé. Je m’occupe du luxe worldwide et mon collègue est en charge plus particulièrement de la Suisse.

Aujourd’hui en France et en Europe, nous avons environ 3 ans de retard sur ce qui se fait aux Etats-Unis en marketing d’influence.

J’estime qu’il s’agit d’un canal de communication supplémentaire car le message ne change pas. C’est un challenge pour les marques de luxe, car elles veulent avoir un contrôle absolu sur leur image et leur communication. Elles pensent qu’être sur les réseaux sociaux ou sur le web va endommager leur image de marque. Nos dernières campagnes ont révélé que ce n’est pas le cas, le marketing d’influence est simplement un levier de communication supplémentaire : travailler avec des blogueurs et des influenceurs nous permet aussi de contrôler le contenu publié. Je me suis dit qu’il fallait que j’essaye de faire avancer les choses. Je pense être un exemple de cette transition vers les Media/ PR 2.0 : à 50 ans j’ai tout remis à plat afin de tout recommencer. C’est un gros challenge !

Modelab : comment fonctionne Upfluence ?

Upfluence est une société de technologie, et pas une agence, ce qui fait la différence ! Il existe déjà des agences - les talent agencies - qui ont un réseau de blogueurs. A l’inverse, nous sommes une société technologique qui conçoit ses propres softwares et qui a ses propres développeurs.

Nous avons une technologie propriétaire très spécifique, un software – Façade - qui permet d’identifier les influenceurs appropriés afin de collaborer avec des marques. Par exemple, si vous lancez une nouvelle montre et que vous souhaitez  travailler avec 10 blogueurs en France et 10 blogueurs aux Etats-Unis, nous allons les chercher et les identifier de manière pertinente grâce à Façade. Par la suite, nous les contactons pour savoir s’ils veulent travailler pour cette marque. Nous avons constaté qu’un blogueur doit toujours avoir une affinité pour une marque, car il entretient un certain rapport avec son audience qui ne va pas accepter de lire n’importe quel contenu. Enfin, nos campaign managers gèreront la campagne de A à Z pour nos clients, de la publication de l’article sur les blogs et les réseaux sociaux jusqu’au reporting complet des résultats.

Modelab : Quelle est la différence d’Upfluence avec les talent agencies ?

Les talent agencies ont un portefeuille avec tous les influenceurs, ce sont des contrats qu’ils signent avec eux. Nous sommes une société de tech qui édite plusieurs solutions et produits, dont un moteur de recherche qui va chercher et identifier les influenceurs pertinents pour votre marque. Nous innovons constamment. A titre d’exemple nous allons proposer un tout nouveau produit à nos clients, le retargeting de contenu. Nous trackons les internautes qui ont été touchés par la campagne de marketing d’influence d’une marque afin de leur adresser plus tard le contenu de la même marque. Au lieu de voir uniquement un article d’une campagne de 10 articles, un internaute pourra lire les 10 articles. Les talent agencies, en comparaison, ont juste un catalogue de blogueurs « tenus » par des contrats d’exclusivité.

Le retargeting de contenu occupe les espaces premiums de la publicité native, mais porte un message RP : c’est simplement une photo du produit avec le titre de l’article du blog et dès qu’on clique dessus on arrive sur l’article du blogueur. Nous pouvons également faire la même chose spécifiquement sur Facebook, Twitter ou Instagram. C’est tout nouveau, nous sommes en train de le tester en ce moment, il sortira fin mai. Il s’agit de notre propre produit, Google et d’autres fournisseurs se contentent de nous fournir l’espace publicitaire. La partie intéressante pour les marques est la base de lecteurs touchée par leurs campagnes, qu’on appelle communément cookie pool. Nous mettons en place ce cookie pool pour toutes les campagnes. A titre d’exemple, suite à l’une de nos campagnes dans le luxe nous avons recensé environ 20 000 lecteurs uniques, qui sont autant d’internautes qui pourront être touchés par les futures communications de la marque : bannières, jeux concours, films...

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Modelab : Est-ce que vous travaillez régulièrement avec les mêmes influenceurs, ou cela dépend-t-il du secteur de vos clients ?

Dans le luxe, il n’y a pas encore énormément de blogueurs, même si il en existe déjà plusieurs dizaines par pays. Nous essayons d’éviter d’être présents sur les mêmes blogs pendant deux ou trois semaines. Le blogueur mettra l’article en front page de son blog pendant une semaine, donc il est important d’éviter d’avoir trop de marques de la même industrie en même temps.

Le gros challenge dans le luxe est de trouver de bons blogs. Upfluence a toujours travaillé avec des blogs dits « power middle », qui ont entre 120 000 et 150 000 visiteurs par an. Mais dans le luxe, c’est plus compliqué parce que les marques n’intègrent pas toujours que sur Internet les moyens sont ceux mis en place par les blogueurs. Certains de mes clients refusent d’être présent sur des blogs parce qu’ils ont vu que le blogueur avait écrit sur des marques de montres qui coûtaient moins cher que les leurs, malgré des audiences conséquentes, de l’ordre d’un million de visiteurs annuels par exemple.

Le monde du luxe doit s’adapter aux règles du ‘online’ qui ne sont pas les mêmes que pour les médias traditionnels.

Depuis que je suis arrivée chez Upfluence, nous travaillons avec des blogs que nous appelons des Top 20% ou des Top 10% - qui ont entre 240 000 et 1 million de lecteurs par an. Ce sont des blogs très beaux visuellement avec du contenu de grande qualité. Dans le luxe le détail est encore très important, ces blogs sont donc pertinents car de meilleure qualité. Certains pays n’ont pas encore beaucoup de blogueurs, par exemple la Suisse. Sur ce marché les besoins sont très spécifiques, et il est plus difficile de trouver les influenceurs adéquats.

Modelab : Beaucoup de marques de luxe pensaient que le e-commerce ne les concernait pas et pourtant, certains acteurs comme MyTheresa.com, se sont positionnés sur ce secteur. Que pensez-vous de ce genre d’exemples ?

Je trouve qu’il y a une différence entre le luxe fashion et les autres produits. Le luxe fashion est beaucoup plus avancé sur les sujets de marketing d’influence. Toutes ces marques sont déjà présentes sur Instagram par exemple : Burberry est à la pointe, Chanel aussi. Les marques de montres, d’hôtellerie ou de bijoux n’en sont pas au même stade d’adhésion. Depuis plusieurs années tout le monde a un site web, des pages Facebook et Instagram. Les marques de luxe commencent à faire de la publicité « traditionnelle » sur Google, mais c’est vraiment step by step.

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Concernant le e-commerce il y a encore très peu de marques de luxe, parce qu’elles ont peur leur image se dégrade. Les sites comme MyTheresa.com sont une révolution pour les clients qui désirent recevoir des articles rapidement et de qualité. Concernant l’horlogerie, la démarche est différente. Il n’y a pas encore beaucoup de marques de montres qui sont présentes en e-commerce. Elles souhaitent que les clients entrent dans leur univers en se rendant dans leurs boutiques.

Modelab : La différence vient peut-être de l’acte d’achat en lui-même : l’achat de luxe est différent, peut-être que c’est une clientèle qui achète plus en magasin ?

A titre personnel si je voulais acheter un sac Hermès, ça me ferait de la peine de l’acheter en ligne. J’aimerais entrer dans la boutique Hermès et vivre l’expérience Hermès : être servie et conseillée. Cela fait partie du rituel d’achat.

Aujourd’hui l’achat en ligne n’est pas du tout émotionnel.

Modelab : Comment faites-vous pour repérer vos influenceurs ? Par exemple, aujourd’hui des personnes peuvent être influentes sur Instagram  par exemple, sans forcément avoir de sites ou de blog...

Instagram est très important pour les marques de luxe, car c’est un réseau basé sur l’image. Être présent sur Instagram génère de la visibilité. On n’a pas accès directement au site de la marque depuis ces visuels. En tant que société de technologie qui vous fournit un reporting à la fin de chaque campagne, nous analysons le nombre d’interactions que reçoivent les publications des influenceurs sur les réseaux sociaux. Le taux d’engagement de ces posts est un des critères qui nous permet d’identifier les influenceurs qui n’ont pas de site internet propre.

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Les critères peuvent aussi varier en fonction des marques. Certaines marques recherchent uniquement de la visibilité ce qui fait sens, mais nous aimons bien travailler avec des blogueurs parce qu’il y a du contenu original. Nous poussons les sociétés à travailler avec eux car ils apportent du contenu à la marque ainsi que de la notoriété grâce à leur utilisation experte des réseaux sociaux. Upfluence peut également amplifier les posts des influenceurs, grâce à de la publicité native ce qui est un autre moyen de viraliser une campagne. C’est très efficace dans le cadre d’un lancement de produit par exemple.

Modelab : Comment est-ce que vous rentrez en contact avec des blogueurs quand c’est la première fois ? Est-ce qu’ils sont surpris quand vous les abordez ?

Les blogueurs influents ont vraiment de plus en plus l’habitude, surtout aux Etats-Unis où le marketing d’influence est très développé. Ils sont de plus en plus professionnels.

Modelab : Quels sont les conseils que vous donnez à vos clients en terme de marketing d’influence ?

Je vais prendre un exemple dans un secteur du luxe qui m’est cher, l’horlogerie. Plusieurs de mes clients dans les montres me disent qu’ils travaillent déjà avec quelques blogueurs horlogers, mais le problème est qu’ils restent enfermés dans leur secteur. Aujourd’hui les clients sont partout - sur les blogs lifestyle, fashion, gadgets hommes, automobile, etc.... C’est là qu’il faut être présent parce que c’est là que sont les clients. D’autre part, certaines marques de luxe me disent qu’elles travaillent avec des blogueurs mais qu’elles ne les rémunèrent habituellement pas. Or les blogueurs qui nous intéressent sont devenus des professionnels, ils ont des bureaux, des équipes et des frais. Pourquoi ne devrait-on pas les rémunérer ?

Je considère les blogs comme partie intégrante des nouveaux médias.

Il faut arrêter de penser que les blogueurs, c’est du PR uniquement. Comme leur statut a évolué, en échange de leur rémunération la marque gagne un droit de regard sur le texte : nous sommes dans une forme d’advertorial. Les sociétés doivent intégrer ces opérations à leurs plans medias, car les campagnes ponctuelles ne font pas sens. Le mieux est de lancer une campagne en fil rouge, c’est-à-dire tous les 3 mois avec une dizaine de blogueurs. Cela coûte en Suisse entre 20 000 CHF et 30 000 CHF la campagne (incluant l’amplificaton et le retargeting). Dans le secteur du luxe c’est l’assurance d’être toujours présent et d’augmenter son reach. Une telle campagne atteint plus de 2 000 000 lecteurs potentiels à chaque fois, ce qui est inatteignable dans le cadre d’une campagne dans un média traditionnel. C’est pour moi la meilleure façon de construire une notoriété online. Les internautes doivent s’engager avec la marque et construire une relation sur la durée. Les marques de luxe qui ont un marketing traditionnel n’ont pas encore intégré cette partie.

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Modelab : Aujourd’hui quel est pour vous la bonne audience pour un influenceur dans le milieu du luxe ?

Dans le milieu du luxe, c’est un blogueur qui a minimum 20 000 lecteurs par mois, et sur Instagram 100 000 followers.

Modelab : Est-ce que contrairement à des agences de RP ancrées localement, le fait de travailler avec des blogs vous ouvre plus à l’international ? Ces agences-là sont-elles finies ?

Dans le cadre des blogs nous pouvons également travailler par pays.

Je pense que les agences de presse auront encore du pain sur la planche à condition d’évoluer.

Elles doivent aussi considérer le marketing d’influence comme un nouveau canal de communication à part entière, en travaillant avec les blogueurs et en les payant. Il ne s’agit pas de remplacer toute leur stratégie mais d’intégrer un nouveau canal qui est le marketing d’influence, les blogueurs et les réseaux sociaux. Les agences de presse, si elles veulent rester en vie, doivent aussi faire de la presse en ligne, qu’elles doivent payer, car les blogueurs sont des indépendants qui ne sont pas payés par un média propriétaire.

Aujourd’hui, il existe plusieurs millions de blogueurs et ils n’ont pas forcément une bonne réputation auprès des marques de luxe. Je rassure ces dernières en leur expliquant que les blogueurs se sont professionnalisés. Par exemple, dans le milieu du luxe, les termes sont vraiment importants et on préférera l’expression d’influenceurs plutôt que de blogueurs. Heureusement,  les clients du luxe ne réagissent pourtant pas tous de la même manière : j’ai rencontré dernièrement une société avec un marketing très traditionnel qui m’a assuré qu’ils allaient mettre 80% de leur budget marketing dans le digital et le marketing d’influence.

Une évolution des PR et Media est en marche.

Modelab : Est-ce que le contact des marques de luxe vous semble différent de celui avec les marques plus modes ?

Oui, il est plus facile d’aborder ces sujets de marketing d'influence avec les grands groupes de prêt-à-porter car dès qu’ils font des défilés de mode, ils peuvent inviter des blogueurs mode sans forcément les rémunérer. La blogueuse invitée par Louis Vuitton ou Prada va écrire, même si elle n’est pas payée. Pour ce qui est des montres de luxe, c’est différent. Il y a un mois se tenait le salon Baselworld à Bâle qui regroupe tout l’univers de l’horlogerie et de la bijouterie. Peu de blogueurs étaient présents car c’est moins spectaculaire que le monde de la mode. Mais je pense que les choses sont en train de changer, et que les blogueurs mode vont se faire rémunérer d’une façon ou d’une autre.

Modelab : Comment arrivez-vous à travailler en lien avec des blogueurs de cultures différentes ?

Par pays le style de blog est très différent : par exemple au Japon les blogs intègrent le manga bien que ce soient des blogs de luxe. Quand ils voient ça, mes clients me disent qu’ils ne veulent pas collaborer avec eux, alors que ces blogs ont des millions de followers et que leur audience correspond à la cible marketing. Se pose également le cas de la Chine : tout le monde veut être présent en Chine, mais pour l’instant nos algorithmes ont du mal à interpréter les caractères chinois. Nous avons essayé de travailler avec des agences mais le système est complexe et pas toujours loyal. A titre d’exemple sur ce marché sont présents WeChat, Weibo et des KOL : Key Opinion Leaders. Les KOL sont des stars. Ils n’écrivent pas, l’agence le fait à leur place et ils se contentent de poster. Le ticket d’entrée est très cher, entre 1000 CHF à 10 000 CHF juste pour un post.

Upfluence

Modelab : Vous avez plusieurs agences Upfluence, comment est-ce organisé ?

Nous avons des bureaux à New York et à San Francisco pour aborder commercialement le marché américain, un bureau à Lyon qui regroupe tous nos campaign managers, un bureau à Paris et enfin un à Neuchâtel en Suisse. Si vous souhaitez travailler avec nous, il vous suffit de nous donner votre brief, un communiqué de presse ou votre dossier de presse, nous définissons ensemble les objectifs à atteindre et nous lançons la campagne. Trois semaines plus tard, vous recevrez un dossier complet avec tous les résultats.

Modelab : Enfin, à quoi ressemble une de vos journées de travail ?

Je dois mettre sur pied un important business en allant moi-même chercher mes clients. J’ai eu la chance de commencer avec 25 ans de carrière derrière moi, je connaissais beaucoup de monde, surtout dans le luxe. Cela m’a permis de contacter beaucoup de personnes. Mon challenge personnel est d’assurer la transition depuis 25 ans de métier dans le marketing vers un rôle dans la vente. Cela signifie générer un chiffre d’affaires, faire connaître Upfluence et le marketing d’influence - qui est encore une toute nouvelle activité marketing. Je dois aussi rester informée : le marché est en pleine mutation, et je souhaite évangéliser mes clients en vulgarisant l’information qui arrive en continu. Je rédige également des offres pour mes clients avec des plans marketing sur une année. Ma connaissance du secteur de l’horlogerie et du luxe m’aide à identifier les temps forts pendant lesquels communiquer. J’y passe des heures, c’est parfois  un peu frustrant car la réponse du client tarde à venir. C’est le jeu mais j’ai encore du mal à m’y faire. C’est un univers qui me passionne et je suis très impliquée.

Depuis septembre dernier 14 clients suisses ont effectué des campagnes tests et nous avons obtenu de très bons résultats. J’ai travaillé entre autre avec Ralph Lauren, Victorinox, les bonbons Ricola, Louis Erard, les montres HYT, et bien d’autres que je ne peux pas mentionner. Ils étaient tous très satisfaits, mais il faut que nous nous développions davantage.

Beaucoup de sociétés souhaitent travailler dans le luxe, et les marques ont l’embarras du choix au niveau des fournisseurs. Nous avons la chance de commercialiser une nouvelle technologie qui suscite davantage l’intérêt, mais je pense que dans le futur il y aura d’autres concurrents. Pour cette raison nous menons une stratégie de conquête commerciale. Nous souhaitons asseoir notre crédibilité.

Aujourd’hui les entreprises ont conscience qu’il faut se diriger vers le marketing d’influence. C’est le meilleur moyen de communiquer massivement sur le web et de façon crédible.

Modelab : Merci beaucoup Daniela !
Pour en savoir plus sur Upfluence, consultez leur site Upfluence.com.

Si le marketing d'influence n'en est qu'à ses débuts, il est clair que ce nouveau canal de communication s'intègre de plus en plus dans le paysage de la communication et du marketing des marques de luxe. Propulsé par le web 2.0, le marketing d'influence et la collaboration des marques avec des influenceurs permet de repenser les relations presse traditionnelles et le statut des influenceurs. Tout d'abord considérés comme des amateurs en quête de likes, les blogueurs, instagrameurs et autres snapchatteurs sont devenus des professionnels à part entière. Face à des consommateurs en quête d'authenticité qui rejettent de plus en plus les discours des marques, le marketing d'influence apparaît comme le futur moyen de communication des marques.
Pour le luxe, la réputation est la clé, et on ne peut ignorer aujourd'hui l'importance des réseaux sociaux sur celle-ci, l'imbrication du réel et du virtuel, qui ne s'opposent pas mais au contraire s'alimentent mutuellement. Lorsque le nombre de followers influence le choix du photographe de la campagne de Burberry, ou encore celui du DA de Brioni, on réalise que le rôle des influenceurs dans les maisons de luxe n'en est peut-être qu'au stade embryonnaire...


revue de presse

Revue de presse - Avril

Chaque mois, Modelab reprend dans sa revue de presse l’actualité qui a marqué la FashionTech. Start-ups, évènements, applications : voici un récapitulatif des articles qui nous ont le plus marqué ces dernières semaines d'avril !

Le miroir connecté, nouvel atout stratégique des magasins

https://youtu.be/vFF95SvTfRE

Le site objetconnecté.com met en avant les miroirs connectés dans un article consacré au sujet. Si ces derniers tendent à s'implanter dans la domotique, ils sont également un enjeu majeur pour les magasins du futur. Un simple clic sur le miroir vous permet de changer la taille ou la couleur de votre article, sans même quitter votre cabine. Selon l'article: " il permet un taux d’engagement de 90%, en aidant la marque à « se connecter émotionnellement » avec ses clients." C'est la marque Ralph Lauren qui s'est lancée la première dans cette aventure en investissant dans la technologie RFID qui permet la reconnaissance des articles dans le miroir.

Anouk Wipprecht expose au lieu du Design à Paris

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Maddyness a écrit un article sur la célèbre créatrice hollandaise, connue pour ses robes robotisées et utilisant la technique d'impression 3D. Cette dernière expose l'une de ses robes intelligentes au lieu du Design à Paris jusqu'au 9 juillet prochain. L'une de ses créations les plus connues, la Spider Dress, possède un corset imprimé en 3D et intègre une puce développée en partenariat avec Intel.

 

Une chaussure sociable qui vous empêche d'être distrait par les réseaux sociaux

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FashionMag a consacré un article sur la marque Anatomic & Co's qui a crée la "première chaussure sociable au monde". Le principe ? Une chaussure qui vous laisse sociabiliser sans être gêné par des interférences avec les réseaux sociaux, grâce à un système d'application connectée au Bluetooth. De quoi discuter en toute tranquillité en laissant votre smartphone de côté.

 

Actualités du mois d'avril

La Fashion Tech est un secteur en pleine expansion, comme nous le prouve les ouvertures de plus en plus nombreuses d'espaces de travail et de marques dédiées aux nouvelles technologies et à la mode. La ville de Lugano, située en Suisse, a ainsi ouvert Fashion Digital Lab, un technopole entièrement consacré à la Fashion Tech afin de soutenir les entreprises travaillant sur des technologies liées au secteur de la mode.

Rendez-vous incontournable des passionnés de mode et de photographie depuis plusieurs années, l'édition 2016 du Festival d'Hyères se tenait du 21 au 25 avril derniers. Cette année, le festival mettait à l'honneur la Fashion Tech a travers différentes conférences. Retrouvez d'ailleurs notre article sur le festival cette semaine sur Modelab !


mode transparente

Quand la mode joue la transparence

Fini l'âge d'or de la consommation, fini les années 60 et ses publicités mensongères, finie la tyrannie des marques toutes-puissantes. En 2016, le consommateur est acteur de sa consommation. Plus instruit et aux faits de l'actualité des marques qu'il consomme, il attend de ces dernières plus d'honnêteté et de transparence. A l'heure du digital et de l'information instantanée et ébranlé par les différents scandales qui ont fait l'actualité de ces dernières années, le consommateur dicte ses exigences aux marques. Les marques placent ainsi ce dernier au cœur de leurs stratégies, générant ainsi de nouveaux modèles économiques où la transparence joue un rôle primordial. Il est intéressant d'observer les évolutions des modes de consommation: de nos jours, le consommateur n'est plus uniquement intéressé par le produit qu'il achète, mais aussi par la façon dont il a été fabriqué et par qui.

La transparence comme démarche contestataire

Les marques qui optent pour ce modèle de transparence adoptent généralement ce mantra comme philosophie. Il n'est pas juste question de réinventer un modèle économique, mais aussi et surtout d'en finir avec ce système flou et opaque de l'industrie de la mode. Ainsi, Maison Standards, une marque de prêt-à-porter pour hommes et femmes, a pris le parti de prendre le contre-pied de la mode traditionnelle en étant complètement transparente sur ses coûts. La marque déclare:

"L’industrie traditionnelle de la mode vend un produit 8 fois son prix de revient. Une chemise qui a coûté 20€ à fabriquer est revendue à partir de 150€ en boutique. Maison Standards fait l’économie des intermédiaires, des doubles marges et d’un budget marketing pour fabriquer une chemise à 20€ et la revendre 59€ (49€ HT), soit seulement 2,5 fois son prix de revient."

Maison Standards

On peut ainsi retrouver pour chaque produit une description détaillée du coût du produit (matière, montage, teinture, finitions, transports, marges...) ainsi que des photos des usines où ce dernier est fabriqué. La démarche est claire: réintroduire de la confiance et de l'honnêteté dans la relation marque/consommateur. C'est l'éthique selon laquelle le designer Bruno Pieters a créé la marque Honest By, première marque de mode à offrir une transparence complète à ses clients, de la composition en passant par la production jusqu'au prix. La marque éthique et écologique répond ainsi aux attentes de ses consommateurs qui peuvent suivre de manière transparente tout le développement du produit, et en même temps diffuse et construit un réseau de fournisseurs responsables.

Honest By

Les marques qui se positionnent sur le secteur de la transparence joue un rôle éducatif indéniable: le client, en étant parfaitement au courant de toutes les étapes de fabrication, production et diffusion du produit ainsi que du coût de ces dernières, peut choisir, de manière pleinement consciente, si il veut oui ou non l'acheter.

La volonté de remettre l'humain au cœur du projet

L'industrie de la fast fahion en tant que modèle basé essentiellement sur l'économie (et le rendement), entretient cette culture de l'opacité puisque la plupart des coulisses de ces marques se déroulent dans des conditions désastreuses.  La mode éthique, en tant que projet social, a pour intention de replacer l'humain au cœur de son projet. Le Fashion Revolution Day incite ainsi les internautes à se prendre en photos avec leurs vêtements retournés, étiquettes apparentes, et de les poster sur les réseaux sociaux afin d’interpeller les marques qui les fabrique sur leur provenance. En plus d'appeler à plus de transparence, le but de cette initiative est aussi de rappeler que derrière chaque vêtement, existe un être humain.

Fashion Revolution Day

Le projet Provenance entretient cette démarche humaniste. Cette plateforme anglaise invite les marques à partager les histoires de ses produits et des personnes qui les fabriquent afin de le partager à travers une communauté. L'idée de la création de cette plateforme est partie du  constat que la plupart des personnes étaient frustrées d'en savoir si peu sur les produits qu'ils achetaient. Le site joue ainsi le rôle de plateforme collaborative, mais aussi de porte-parole de cette mouvance du transparent.

Sophie Zembra, fondatrice de Shopetik, e-shop de mode éthique, également attachée à ce souci de transparence, aussi bien au niveau des créateurs de mode qu'elle présente à ses consommateurs, qu'à la provenance des produits, déclare:

« Je parle énormément avec mes créateurs pour savoir d’où leurs produits viennent. Je demande à ce qu’il me donne toute la traçabilité du vêtement en me fournissant la liste de leurs fournisseurs »

Shopetik

La transparence, loin d'être une lubie de puriste, ou une simple tendance, répond à des enjeux sociétaux plus pertinents que jamais. Consommateurs, créateurs, fournisseurs, distributeurs... tous les acteurs de la mode d'aujourd'hui semblent unanimes pour déclarer qu'il devient impératif de replacer de la confiance, de l'honnêteté et de la transparence dans cette industrie encore trop opaque aujourd'hui.

Cet article fait partie d’un dossier plus vaste que Modelab consacre à la mode éthique à l’occasion de la semaine du Fashion Revolution Day qui se tient du 18 au 24 avril. Retrouvez le premier article sur Sophie Zembra ainsi que notre deuxième article sur le Fashion Revolution Day.


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Fashion Revolution Day: la guérilla éthique est en marche !

Pour la troisième année consécutive, le Fashion Revolution Day prend place le 24 avril dans plus de 80 pays dans le monde. Symbole d'un mouvement contestataire qui prône la transparence dans la fast fashion et une mode plus éthique, quelle est l'origine et les revendications de ce mouvement qui fait de plus en plus de bruit ? Tout commence le 24 avril 2013 à Dhaka au Bangladesh où le complexe Rana Plaza, ateliers de confection textile, s'effondre faisant 1133 morts et plus de 2500 blessés. Cette tragédie sordide, en plus de s'avérer être l'accident le plus meurtrier de l'histoire du travail, met le doigt sur un sujet encore peu connu de l'opinion publique : les mauvaises conditions de travail de plusieurs milliers d'ouvriers textiles qui œuvrent pour de grands groupes de marques de mode occidentales (Benetton, Mango, Auchan, Camaïeu, Primark...).

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En signe de protestation, Carry Somers, créatrice de mode britannique engagée, fonde Fashion Revolution. De ce mouvement découlera le Fashion Revolution Day, date anniversaire de la catastrophe du Rana Plaza. Le but de ce collectif est de sensibiliser chacun sur sa consommation de mode et sur les répercussions qu'elle entraîne sur toute la chaîne de production, allant de l'impact humain jusqu'à l'impact environnemental. En 2015, Fashion Revolution Day a lancé une campagne de sensibilisation qui incitait les consommateurs à exiger plus de transparence aux marques de mode à travers la question "Who made my clothes ?" et le #FashionRev sur Twitter. Les internautes étaient invités à retourner leurs vêtements, étiquettes apparentes, afin de directement questionner les marques sur la provenance de ces derniers.

https://www.instagram.com/p/BDsZrX3j8xa/?taken-by=fash_rev

Dans cette 3ème édition, les marques sont amenées à  prendre la parole en dévoilant les visages des travailleurs qui créent leurs vêtements à travers le #ImadeYourClothes. Traditionnellement célébrée sur une journée, le 24 avril, le Fashion Revolution Day prend cette année place sur une semaine, à travers différentes animations et conférences  partout en France et dans le monde entier, autour des problématiques liées à la mode éthique.

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Une industrie textile pas toujours au clair

Selon des chiffres communiqués par Fashion Revolution, 80 milliards de vêtements sont fabriqués tous les ans et pourtant, 70% de notre garde-robe n'est pas portée. Pire encore, 12 kilos de vêtements seraient jetés tous les ans par chaque français.

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D'après des chiffres publiés par l'Economie Matin, la Chine est le premier producteur textile, le pays fabrique 33% des exportations de textile dans le monde, dont 44% de celles en Europe. Mais depuis la hausse du salaire moyen en Chine en 2010, les grands groupes de mode ont décidé, pour la plupart, de délocaliser leurs usines vers des pays comme le Bangladesh, le Pakistan ou le Vietnam où les coûts de la main-d'oeuvre sont jusqu'à trois fois moins élevés qu'en Chine. Le Bangladesh est ainsi devenu le deuxième producteur mondial de textile. Il est à noter que l'Afrique est également en train de devenir un acteur majeur de cette industrie avec une hausse de ses exportations de textile de plus de 2500% en 2014.

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Le Maghreb et l'Europe de l'est ne sont pas en reste. Plus proches et pratiquant parfois des salaires encore plus bas qu'en Chine, ils concernent 70% des vêtements achetés par l'Europe.  Parmi les 60 millions de travailleurs de l'industrie textile 68% sont des jeunes femmes et des enfants. 

Paru en 2015 en réaction à l'incident du Rana Plaza, le documentaire The True Cost propose de dévoiler les dessous de l'industrie textile de grands groupes tels H&M, Zara ou Uniqlo afin de dénoncer les conditions précaires des travailleurs de cette industrie. Le documentaire fait le parallèle entre des consommateurs occidentaux toujours plus avides de fast fashion et de renouvellement de collections, et de l'autre côté, de travailleurs qui laissent parfois leur vie pour quelques bouts de tissus. Si le bilan dressé par le documentaire est plutôt sombre, son réalisateur, Andrew Morgan, explique que la démarche principale n'est pas de culpabiliser les gens mais de leur rappeler qu'il existe un humain derrière chaque vêtement.

https://www.youtube.com/watch?v=OaGp5_Sfbss

Quand les marques s'emparent du Fashion Revolution Day

Pour sa troisième année consécutive, le Fashion Revolution Day continue de prendre de l'ampleur, faisant parler de ses engagements dans la presse française et étrangère. Plusieurs actions ont vu le jour, en complément de ce mouvement, comme la Smart Fashion Week, créée par Sophie Zembra qui propose pendant la semaine du 18 au 24 avril des conférences et des parcours shopping autour de la mode éthique.

Ou encore le SuperGreenHeroes, un mouvement-événement de créateurs et de citoyens qui s'engagent afin de défendre la mode éthique. On l'aura compris, ces engagements citoyens en faveur d'une mode et d'une consommation plus responsable, émergent de personnes qui réclament plus de transparence et plus d'éthique aux marques qu'ils consomment.

Plus inattendue, la marque H&M, connue pour son marketing très axé sur l'écologie et le recyclage, a elle aussi décidé d'apporter sa contribution à l'événement en créant sa semaine mondiale du recyclage. Si le géant suédois n'affirme pas directement sa volonté d'être associé au Fashion Revolution Day, la date choisie (la semaine du 18 au 24 avril) ne laisse que peu de doutes sur ses intentions. Le but d'une telle démarche ? Récolter plus de 1000 tonnes de vêtements à travers le monde afin de leur donner une seconde vie grâce à une campagne de publicité à la hauteur de ses moyens : une chanson et un clip tout spécialement crée pour l'événement, avec pas moins que M.I.A en guest star.

https://youtu.be/f7MskKkn2Jg

Si l'intention paraît plutôt louable et qu'elle a le mérite de mettre en lumière devant un large public la cause du recyclage, il ne faut pas oublier qu'H&M a souvent été attaquée par des ONG (Greenpeace, Clean Clothes Campaign ou le CIR) pour sa pratique récurrente du greenwashing. En effet, avec sa ligne de vêtements "Conscious", sa campagne de recyclage de vêtements avec ses bornes en magasins, et maintenant sa campagne de publicité autour de la semaine du recyclage, H&M tente de se faire passer pour une marque éveillée à la problématique environnementale et éthique. Pourtant, la marque fait fabriquer l'ensemble de ses vêtements en Asie et en Afrique dans des usines où les employés sont rémunérés avec des salaires de misère, et où plusieurs cas d'évanouissement, dus aux conditions éprouvantes de travail, ont été signalés.

Le Fashion Revolution Day a réussit le pari de transformer cet événement tragique en une célébration et des engagements concrets des citoyens et des acteurs de la mode dans la mode éthique. Si vous aussi vous souhaitez vous engager dans le mouvement et savoir par qui sont fabriqués vos vêtements, rendez-vous sur le site du mouvement où toutes les démarches sont expliquées.

Cet article fait partie d'un dossier que Modelab consacre à la mode éthique à l'occasion de la semaine du Fashion Revolution Day qui se tient du 18 au 24 avril. Découvrez le premier article du dossier: Sophie Zembra personnalité engagée pour la mode éthique.

 


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Sophie Zembra, personnalité engagée pour la mode éthique

Fondatrice du e-shop de mode éthique Shopetik et co-fondatrice de la Smart Fashion Week, pendant éthique de la Fashion Week, Sophie Zembra est engagée au quotidien pour démocratiser la mode éthique. Son crédo ? Promouvoir une autre façon de consommer la mode sans jamais faire culpabiliser les gens. Elle est très attachée au fait de dépoussiérer l'image trop "ethnique" de la mode éthique.
Retour sur le parcours de Sophie Zembra : du sourcing en décoration en passant par la fondation de Shopetik et de la Smart Fashion Week, jusqu'à sa vision de la nouvelle relève de la slow fashion.

Modelab : Quel est votre parcours ?

Sophie Zembra : J'ai un parcours assez parsemé, pas forcément très linéaire: je suis issue de la décoration, je travaillais beaucoup le bois et j’en suis arrivée à la décoration et au sourcing textile. Je fais attention aux matières, c’est comme ça que je suis arrivée à la mode éthique, et en tout cas et à vouloir créer Shopetik. J’ai été en Inde, j’ai vu des fabricants traditionnels et à partir de ce moment, j'ai cherché à modifier mon rapport à la mode. Comme je ne trouvais rien ou des choses assez ringardes, j’ai créé un site, Shopetik, en octobre 2015.

M : Au quotidien, quels sont actions et vos engagements dans la mode ?

Sophie Zembra :

Faire bouger les choses sans non plus culpabiliser les gens.

Le vrai but c’est d’amener un côté positif : au lieu de dire ce qui n’est pas bien, l'objectif est d'accentuer ce qui va bien. Je prône aussi la transparence : on a le droit de faire des erreurs mais à condition de le dire, tout simplement.

M : Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement de Shopetik ?

Shopetik

Sophie Zembra : Shopetik est un lien de confiance entre le client et le créateur. Je mets en avant les créateurs et je prends une commission sur chaque vente. C’est ce qu’on appelle le Dropshipping :

ce n'est pas moi qui m'occupe de la logistique, mais je parle énormément avec mes créateurs pour savoir d’où leurs produits viennent.

Je demande à ce qu’il me donne toute la traçabilité du vêtement en me fournissant la liste de leurs fournisseurs.

M : L’idée de transparence est beaucoup développée dans votre projet : concrètement, comment cela se traduit ?

Sophie Zembra : En disant les choses : on a le droit de faire des erreurs. Par exemple, le made in China n’est pas forcément mal. Il y a du Made in China très bien, tout comme il aussi du made in Bangladesh très bien.

Le but c’est d’arrêter d’avoir des préjugés sur la mode éthique.

C'est un système très complexe, la transparence est donc ce qu’il y a de plus vrai. Par exemple, on ne peut pas être 100% naturel, il y aura toujours 5-6% pour lesquels on n’aura pas forcément toute les informations sur la provenance, mais le tout c’est de le dire. Voilà comment je place la transparence sur le site.

M : Comment s’effectue la sélection des marques présentes sur Shopetik ?

L'Herbe Rouge
L'herbe rouge, AW 2015-2016

Sophie Zembra : Esthétique, qualité et label sont les trois critères sur lesquels je me base pour sélectionner une marque. Le choix se fait en premier sur les matières. Il faut également que les marques suivent les tendances et qu’on ne soit pas dans le côté trop "ethnique". Je fais également la sélection sur les labels, car la plupart des marques en ont.  Il y a plusieurs catégories sur le site (vegane, recyclage, Made in Europe, équitable, coton bio, éco-responsable et savoir-faire) à chaque marque sa particularité !

M : Vous êtes également co-fondatrice de la Smart Fashion Week : pouvez-vous nous expliquer le concept ?

Sophie Zembra : Le concept rejoint forcément celui de Shopetik :

Démocratiser la mode éthique et permettre d’amener un côté positif, c’est-à-dire prendre le parti de montrer ce qui marche et ce qui est bien plutôt que de dénoncer ce qui ne va pas.

Aujourd’hui on dénonce toujours. C’est facile de dire « le made in China » est nul, que ce n’est pas de la qualité, mais il y a aussi de la mode éthique made in China. Même si H&M n'est pas un bon exemple, je trouve qu’au moins, ils ont le mérite de faire parler du recyclage. C’est déjà ça. Souvent les gens se sentent mal quand ils sont face à nous, ils nous disent: « Mais moi je ne suis pas habillée en éthique ». C’est déjà bien si on a un tee-shirt en coton bio. Le but c’est d’y arriver petit à petit. On ne veut surtout pas rentrer dans le côté moralisateur. On est juste là pour poser des questions.

M : Votre Smart Fashion Week se déroule du 18 au 24 avril, en même temps que le Fashion Revolution Day : est-ce une volonté de coordonner des événements sur la mode éthique afin d’avoir plus d’impact ?

Fashion Revolution Day

Sophie Zembra : Oui on n’a pas choisi cette date au hasard. On s’est aperçu que les journaux et les magazines féminins parlent de mode éthique une fois par an : le 24 avril, date de l'effondrement du Rana Plaza. Il se trouve qu’en plus, on fait un partenariat avec le Fashion Revolution Day le dimanche 24 avril et toute la semaine de la Smart Fashion Week. On installera un photobooth Fashion Revolution Day dans notre boutique éphémère, le Green Shop.

M : Votre Smart Fashion Week intègre un Green Shop, marché de créateurs 100% éthique : quels sont les nouveaux acteurs du slow fashion aujourd’hui en France ?

The Green Shop

Sophie Zembra : Ce sont souvent les mêmes créateurs qui reviennent, avec un petit microcosme toujours présent : L'Herbe RougeMarcia (ndlr : De Caravalho).

Je vois que la nouvelle génération de créateurs se pose beaucoup de questions.

On fait des afterworks tous les mois avec Shopetik et on a pas mal d’étudiants qui viennent. Ils apprennent qu’aujourd’hui on peut faire de la mode éthique sans pour autant rogner sur ses marges. Le polyester recyclé, par exemple, est moins cher que du polyester classique. On a une jeune génération qui a envie, la plupart sont très concernés, on en entend beaucoup parler. Après il demeure le problème des écoles de mode qui ne parlent toujours pas assez de mode éthique, mais il y a quand même une réelle envie de changer les choses.

On s’aperçoit qu’on peut faire de l’esthétique et de l’éthique et que ce ne sont pas deux choses antinomiques.

Ce portrait de Sophie Zembra fait partie d'un dossier plus vaste que Modelab consacre à la mode éthique à l'occasion de la semaine du Fashion Revolution Day qui se tient du 18 au 24 avril. Retrouvez davantage d'articles sur le sujet sur Modelab la semaine prochaine !

 


SldO

Le SIdO dessine les enjeux de la mode de demain

Penser les usages de demain à travers l’Internet des Objets et les objets connectés, telle est la mission du SIdO, showroom professionnel dédié à l’Internet des Objets qui s’est tenu à Lyon les 6 et 7 avril dernier. La deuxième édition du salon, qui a pour vocation de devenir l’évènement leader européen sur ce secteur, regroupait 200 exposants, 5000 visiteurs et 75 experts. L’Internet des Objets, considérée comme la troisième évolution d’Internet, désigne l’ensemble des objets connectés dans les domaines des smart cities, de l’économie, de la santé, du quantified-self, du retail, de la domotique, des transports et de l’industrie. Comme le rappelle Shawn DuBravac, économiste en chef, directeur de la recherche de la Consumer Technology Association et organisateur du Consumer Electronic Show de Las Vegas :

« Aujourd’hui une large part de l’innovation dans l’internet des objets vient de France »

Il positionne ainsi l’hexagone comme un territoire clé de cette industrie émergente. Il souligne aussi que :

« Nous sommes passés d'une ère du est-ce technologiquement envisageable, à une ère du est-ce technologiquement cohérent ? »

et ancre ainsi l’Internet des Objets dans une réalité économique et technologique contemporaine. Quand on sait en effet qu’en 2020, ce secteur représentera 1900 milliards de dollars et pas loin de 30 milliards d’objets connectés, il semble indispensable de s’intéresser aux enjeux de l’Internet des Objets et ses répercussions sur notre vie quotidienne.

richard phan

L’Internet des Objets : quand la technologie est au service du design

C’est un fait, nous vivons aujourd’hui dans un monde physique constitué d’objets (tables, lampes…) et de structures (toits, murs…) inertes. Et pourtant, nous tendons vers un monde de l’objet tout connecté où fenêtres, chaises et miroirs seront directement liés à Internet. Cette transformation de notre environnement nous oblige à repenser nos interactions avec les objets qui constituent notre quotidien. Mais comment interagir et évoluer avec ces objets s’ils ressemblent à des gadgets futuristes ? Le SIdO via l’Internet des Objets dessine l’enjeu majeur et incontournable de l’acceptabilité sociale. Porter des lunettes connectées, c’est bien, porter des lunettes connectées sans être dévisagé dans la rue, c’est mieux. Google en a fait les frais avec l’échec de ses Google Glass : annoncées comme un produit révolutionnaire, elles ne seront finalement pas vendues auprès du  grand public. Le problème majeur ? Un design trop technique qui ne prend pas en compte l’aspect accessoire de mode des lunettes.

La société OPTINVENT, spécialisée dans les smart glasses, a beaucoup travaillé sur cette problématique d’acceptabilité sociale. Constatant qu’il était difficile d’intégrer les lunettes connectées dans le quotidien de M-tout-le-monde, la société a travaillé sur le fait d’amener l’image flottante par un casque audio connecté. En effet, quoi de plus accepté qu’une personne se promenant avec son casque sur les oreilles ? Si l’objet proposé par OPTINVENT au SIdO manque encore d’ergonomie et d’esthétisme, la société semble pour autant être sur la bonne voie pour concilier contraintes technologiques et esthétiques.

OPTINVENT présente son casque connecté lors du SIdO
OPTINVENT présente son casque connecté

L’acceptabilité des objets connectés est donc devenue une véritable problématique de mode intégrée sous la forme des wearables et smart clothes, ces vêtements et accessoires connectés qui peuvent être portés par tous au quotidien. La mode étant un secteur très porté sur l’innovation et le renouvellement (recherche constante de nouveaux textiles et de nouvelles techniques de fabrication, etc.), il semble presque naturel qu’elle s’empare de la problématique des wearables technologies via les objets connectés. Cet impératif de l’objet connecté design, beaucoup d’entreprises l’ont compris et l’intègrent de plus en plus dans leurs produits. C’est notamment le cas d’Oombrella, un parapluie connecté qui envoie des informations météorologiques sur votre smartphone afin de vous spécifier en avance si vous devez oui ou non sortir avec votre parapluie. La marque a pris le parti de tout miser sur le design en créant son parapluie dans un matériel brillant résistant aux UV et au vent.

Parapluie connecté Oombrella
Le parapluie connecté au design travaillé Oombrella

Clément Guillot, co-fondateur d’Oombrella, confirme que plusieurs clients achètent le parapluie uniquement pour son design et que dans ce cas, le côté technologique passe au second plan. La fonction connectée est considérée comme « un plus ». L’objet est associé à un produit de mode, preuve qu’il est complètement accepté par le consommateur. Il est intéressant de souligner que dès lors, l’objet connecté du futur se transforme en objet plateforme : il n’a plus une seule utilité (son côté technologique), mais plusieurs (la fonction technologique, le design…). Un des exemples les plus parlants est celui de la collaboration Apple Watch x Hermès : volonté affirmée de la marque de faire de sa montre connectée un accessoire de mode à part entière.

Un des enjeux majeurs des objets connectés explicité au SIdO est donc de mettre leur technologie au service de leur design afin d’intégrer leur utilisation au quotidien de leur consommateur. La marque De Rigueur a parfaitement compris cet enjeu en prenant le problème à contre-sens. Plutôt que de créer un objet connecté et ensuite d’adapter son design, ce créateur de maroquinerie de luxe proposant des produits raffinés adaptés à la vie moderne, a décidé d’inventer The Connected Sleeve, une pochette qui recharge votre smartphone par induction électromagnétique. La démarche de la marque consiste donc à partir d’un produit déjà désigné et d’ajouter une plus-value grâce à la fonction connectée qui répond à un besoin de son utilisateur.

The Connected Sleeve, la pochette de la marque De Rigueur qui recharge votre smartphone
The Connected Sleeve, la pochette de la marque De Rigueur qui recharge votre smartphone

Le retail connecté, l’enjeu majeur de la mode connectée au SIdO

Cette volonté de répondre aux besoins des utilisateurs doit être la priorité des créateurs et des entreprises du futur et d’aujourd’hui. Créer un objet connecté pour créer un objet connecté n’a aucun intérêt : il faut penser l’usage avant de penser l’objet. Une étude du cabinet Forrester établit que 90% des consommateurs sont prêts à abandonner une marque dès qu’ils sont déçus par la qualité de son service client. Ce constat s’applique tout particulièrement au milieu du retail : l’utilisation d’objets connectés doit être pensée afin de faciliter le parcours client. En ce sens, le centre commercial semble être le futur du magasin connecté selon plusieurs experts présents au SIdO. Endroit privilégié par les consommateurs pour leur expérience shopping, les malls sont également des lieux de flux importants et apporte ainsi une réelle opportunité pour les objets connectés et l’expérience digitale.

https://youtu.be/8GjX80p1aqM

Le but étant de proposer des services aux clients grâce aux objets connectés sans être trop intrusif : l’objet connecté doit être le moyen de rétablir et fluidifier la communication entre le client et le vendeur. Il ne faut pas oublier que si les objets connectés sont de bons moyens d’interaction avec le –potentiel- client, ils sont également une source importante et indispensable de data sur ces derniers. Plusieurs professionnels le soulignent lors des conférences données au SIdO : tout l’enjeu des entreprises consiste à copier le modèle de récolte et d’analyse de cette data sur les sites web, et de la transposer en magasin. On assiste ainsi à une approche plus scientifique et systématique du retail et du web. L’idée est d’utiliser les données pour réenchanter les magasins et continuer d’en faire des points clés de la stratégie des marques. Ainsi, Hub Institute, Think Thank Digital, a repéré les tendances de l’Internet des Objets au CES de Las Vegas. Par exemple, les entreprises utilisent l'IoT afin d’analyser le parcours client et donc d’améliorer leur merchandising, mais aussi dans le but de soutenir les rapports entre leurs vendeurs et leurs clients. Sephora a ainsi remplacé ses caisses fixes par le paiement sur un appareil mobile avec lequel le vendeur se déplace. Ceci casse la logique de frontière de l'espace "caisse", et modifie les relations avec le client.

Les enjeux dans la collecte et l’analyse de data consistent donc à ne pas être trop intrusif en proposant une expérience ludique et simplifiée au client, et en même temps à récolter suffisamment d’informations sur ce dernier pour permettre d’améliorer et de mieux cibler l’expérience consommateur. La société Aldebaran Robotics, présente au SIdO, a choisi d’axer sa stratégie sur la relation client en développant en magasin le robot Pepper conçu pour vivre et évoluer aux côtés des humains. Ce robot positionné en point de vente présente le triple avantage de collecter des données (il peut enregistrer les réponses des clients, déterminer leur âge…), conseiller les clients en leur recommandant des produits (il peut adapter sa proposition de produits aux clients de manière très précise grâce au recueillement des mensurations, de l’historique d’achat…), et de créer un rapport affectif avec les consommateurs (les clients sont bien plus enthousiasmés par l’idée d’interagir avec ce robot plutôt qu’avec un vendeur équipé d’une tablette).

https://youtu.be/osD6O4LAcpo

La marque Fauchon a, quant à elle, décidé de fluidifier la récolte de données sur ses clients grâce à l’installation de portails Wifi dans ses boutiques.  Etant donné que la clientèle étrangère de Fauchon n’a pas toujours accès à Internet sur leur portable, cet accès gratuit en magasin lui permet de rester plus longtemps dans la boutique, de prendre des photos qu’elle partagent sur les réseaux sociaux… La marque augmente ses ventes tout en récupérant des informations clés sur ses clients (Fauchon a ainsi découvert qu’ils possédaient de nombreux clients brésiliens et ont ainsi choisi d’ouvrir une boutique au Brésil) et en détectant grâce aux points de connexion qu’elles sont les zones chaudes de leurs boutiques (souvent la vitrine de pâtisseries).

Le SIdO a permis de mettre en lumière deux enjeux majeurs pour la mode de demain: tout d'abord, l'importance de produits connectés désignés. Tout d'abord conçu par des programmateurs et des informaticiens, Internet en tant qu'Internet des objets, doit désormais être repensé par des designers afin de placer l'expérience consommateur au cœur de ses préoccupations. L'acceptabilité sociale est un des enjeux majeurs de cette transition vers un monde du tout connecté et les designers de demain devront donc se pencher sur cette problématique via les wearables.  Le second aspect primordial est celui du retail connecté puisque le futur de la mode semble se trouver dans des boutiques physiques qui intègrent pleinement les objets connectés.  Les marques devront réussir à parfaitement concilier collecte de données et facilitation du parcours d'achat du client.

La problématique intrinsèque à cette évolution numérique reste la notion de vie privée : dans un monde où nos moindres faits et gestes sont enregistrés et analysés, que vont faire les marques de toutes ces données ? Quel contrôle pour les consommateurs sur les informations qu'ils communiquent ?