Arab Luxury World imagine Dubaï comme capital Mode

Au mois de mai dernier, j'ai eu le plaisir de me rendre aux Emirats Arabes Unis avec l'INSEAD et les startups de l'accélérateur Plug and Play des Galeries Lafayettes : PNP (pour en savoir plus sur le dernier batch c'est par ici). En effet, j'avais participé à la sélection des startups européennes pour un bootcamp organisé en amont de l'Arab Luxury World. L'objectif de celui-ci était que les startups découvrent les spécificités du marché du Moyen-Orient et qu'elles comprennent comment elles pouvaient adapter leurs produits et services à ce marché spécifique.

En effet, celui-ci s'avère fortement marqué par le social shopping et les clients sont extrêmement exigeants.

Un bootcamp survitaminé

Ainsi, durant deux jours les start-ups concernées ont pu participer à un bootcamp dans le bureaux de l'INSEAD situé au 37ème de leur campus à Abou Dhabi avec une vue imprenable sur la baie. Là, elles ont pu bénéficier des conseils de Paul Kewene-Hite, fondateur des startups bootcamps de l'INSEAD. Il a su pousser les startups en-dehors de leur zone de confort avec une bienveillance attentive.

Charles de la startup Alcméon précise : "ce bootcamp nous a permis de découvrir en accéléré le marché du Moyen-Orient. Nous avons aussi été très impressionnés par la qualité des intervenants en coaching et sur scène. On retiendra le concept de Retail is not dead, boring retail is dead".

Dounia, la responsable communication de PNP souligne que "cet évènement a été une opportunité formidable pour Lafayette Plug and Play et nos startups de découvrir la structure du tissu économique du Moyen-Orient mais aussi l'intérêt grandissant pour les technologies qui viennent disrupter l'industrie du Luxe et du Retail.  Ce bootcamp a également été l'occasion de rencontrer des professeurs captivants et inspirants, des experts du secteur ayant une connaissance pointue du marché des Émirats. Pour nos startups, c'était également une exposition non négligeable auprès des décideurs du luxe de la région grâce à l'audience très qualitative de l'Arab Luxury World".

À l'issue de cette phase préparatoire, elles ont ensuite pu pitcher leurs projets devant un jury pendant le très sélect Arab Luxury World de Dubaï qui réunit pendant deux jours des experts du retail et du luxe.

Arab Luxury World
De gauche à droite : Guillaume de KRONOS CARE - Eliott de STOCKLY Stockly - Sim de DROPEL - Brittany de SAMPLER

Louis représentant de la startup Goxip, créé à Hong-Kong, a remporté le trophée de la meilleure startup. Cette marketplace de mode et beauté avait à l'origine levé 5 millions d'Euros et cherche des débouchés sur d'autres marchés comme le Moyen-Orient. Les deux startups Stockly et Kronos Care incubés chez PNP ont été gratifiées d'un prix d'honneur. Grâce à ces trophées, Dounia confirme la pertinence du partenariat entre PNP et l'INSAED dans l'appréhension du marché du Moyen-Orient. Ces start-ups correspondent bien au marché local.

L'Arab Luxury World met le retail en exergue

L'Arab Luxury World a été marqué notamment par l'intervention d'Alison Loehnis, la présidente de Net-à-Porter et Mr Porter du groupe Yoox. Lors de son intervention, elle est revenue sur le fait que 70% des achats au Moyen Orient sur leurs plate-formes s'effectuent via mobile. En d'autres termes, la technologie façonne dorénavant la façon de consommer.

Afin de fidéliser encore plus leurs clients, ils ont également développé un service premium pour 7% de leurs clients (nommé Extremely Important People: EIP) qui représentent plus de 30% de leur chiffre d'affaire. Ce service "You try, we wait" consiste lorsque vous êtes un client et que vous passez une commande à vous envoyer un personal shopper chez vous directement et qu'il attendent pendant votre essayage.

Au Moyen-Orient, étant donné que le client a de plus hautes attentes que la moyenne, ce type de service permet de renforcer la fidélisation.

Alison Loehnis - NET-A-PORTER et MR PORTER

L'artketing au service des marques de mode

Dans un style plus lyrique, Vadim Gregoryan, directeur créatif au sein de sa propre agence  et qui a étudié la robotique à l'université de Moscou, prêche pour que les marques se rapprochent d'artistes afin de créer des expériences uniques.

On appelle cela l'artketing, notion qui mêle astucieusement l'art et le marketing. Cependant certaines fois cela ressemble plus à une opération marketing comme le partenariat entre Louis Vuitton et Jeff Koons pour réaliser des sacs à mains reprenant des toiles de maîtres. On peut être sensible à l'hommage, par contre au niveau de l'aspect créatif, on est proche du zéro absolu.

Arab Luxury World
Vadim aux manettes

A contrario, lorsque Prada demande à six designers dont les frères Bouroullec, de ré-inventer le nylon noir, matière emblématique de la marque, et que nos deux créatifs accouchent d'un sublime carton à dessin, cela ressemble plus à une démarche artistique liée à la ré-invention d'un aspect de marque par des créatifs.

Ainsi, l'artketing consiste à créer une réelle relation avec l'artiste sans dénaturer le produit. En trouvant ce difficile équilibre, la marque démontre toute sa maturité.

Dubaï : future capitale de la mode ?

L'Arab Luxury World reflète parfaitement ce mélange des genres où Dubaï s'imagine rivaliser au côté de Paris, New-York, Londres ou Milan. Forte de sa puissance financière, elle rêve de pouvoir attirer les talents du monde entier et créer la mode de demain.

Pour que cette utopie devienne réalité, il convient qu'elle produise les conditions de l'épanouissement de ses futurs créateurs. Tout d'abord en créant une école mode comme l'IFM ou la Central Saint Martins School qui rassemble à la fois le côté création et business (bien évidemment je n'oublie pas qu'ESMOD existe déjà à Dubaï).

Arab Luxury World
Dubaï - @unsplash

Ensuite, la fabrication doit devenir locale et le transfert de compétences s'effectuer dans des conditions optimales.

Enfin, tout l'enjeu pour Dubaï est de créer sa propre histoire mode en s'inscrivant dans une durée longue en mixant sa propre identité avec celle d'une société mondialisée.

 


Valerie Moatti

Valérie Moatti place l'ESCP Europe au coeur de la Fashiontech

Valérie Moatti avec la chaire Mode et Technologie de l'ESCP Europe a été pionnière sur le domaine de la Fashiontech. C'est pourquoi, nous avons décidé de la rencontrer afin d'en savoir un peu plus sur le fonctionnement de la chaire et la manière dont elle contribuait à l'innovation mode.

ML : Bonjour Valérie, pouvez-vous vous présenter ?

Valérie Moatti : Je suis diplômée d'ESCP Europe. J'ai commencé ma carrière de façon assez traditionnelle : chez Procter & Gamble puis chez PPR à l'époque, devenu Kering aujourd'hui. Je travaillais déjà sur des sujets d'innovation : j'étais chargée de la société capital-risque du groupe et de tous les projets de créations en interne, de nouveaux concepts de magasins mais aussi d'investissement dans des startups innovantes pour le domaine de la distribution et les services. 

Ensuite, je me suis reconvertie dans l'enseignement et la recherche en faisant un doctorat à HEC. Au moment où j'ai effectué ma reconversion, des expertises dans des domaines liés à la stratégie et au supply chain management étaient en plein essor, grâce au développement d'internet et du e-commerce, au renouvellement des modes d'organisation.

Petit à petit, j'ai poursuivi ce développement d'expertise. J'ai eu la chance d'être professeure visitant au MIT, dans le célèbre Center Transportation and Logistics (CTL) où ils sont particulièrement avancés en terme de supply chain management et aussi sur l'interface entre différents types d'expertises : ingénierie, design avec le Media Lab. D'ailleurs, j'ai eu la chance de rencontrer Merry Oxman qui travaille entre le design, l'ingénierie et l'architecture. Elle conçoit des objets et des vêtements en essayant de reproduire des éléments naturels.

Valerie MoattiAujourd’hui, je co-dirige la Chaire Lectra - ESCP Europe avec Céline Abécassis-Moedas, professeure à l’école de commerce Catolica à Lisbonne. Nous travaillions sur le projet depuis 2013, puis nous l'avons lancé officiellement en 2014. Il est né dans la continuité d'un projet qui préexistait sur l'innovation. Nous avions un institut (qui n'existe plus aujourd’hui) nommé I7. Il était le fruit lui-même d'une étude commanditée par Christine Lagarde où elle était alors ministre de l'économie et des finances auprès de notre directeur général de l'époque : Pascal Morand.

Ce dernier, avec ma collègue Delphine Manceau, a répondu à cette étude pour Christine Lagarde avec les conclusions suivantes : l’innovation est protéiforme, alors qu'en France nous avons trop tendance à penser qu’elle est uniquement dans la technologie. L'innovation représente également des business modèles, des méthodes marketing... L'étude ayant eu beaucoup de répercussions, ils ont décidé de créer cet institut pour l'innovation et la compétitivité. Daniel Harari, CEO de Lectra, a fait partie de l'institut dès sa création.

Le jour de l'inauguration, il y avait évidemment Lectra mais également Pierre Bergé que Pascal Morand avait invité pour échanger. Au bout de deux ans de travail au sein de cet institut, Daniel Harari a énoncé le fait qu'il voulait faire plus avec l'école. De là est né l'idée de la chaire. Au départ, celle-ci était de réaliser un partenariat au sujet de l'innovation entre Lectra et ESCP Europe. Cependant la thématique n'était pas très claire. Nous y avons réfléchi durant l’année 2013 pour ensuite lancer la chaire en 2014. Ainsi, nous sommes arrivés ensemble à cette terminologie de "Mode et technologie" qui à l'époque était particulièrement novatrice.

L'idée originale consistait à développer des connaissances dans le domaine, des évènements et des cours bien évidemment.

La chaire a été lancée autour de trois grandes missions. Premièrement, l'enseignement : créer un ou plusieurs cours dans le domaine avec une association de partenaires légitimes du secteur mode. Par exemple, nous sommes en train d’en finaliser un avec La Fabrique et un avec l'IFM. Il s’agit également de sensibiliser les étudiants issus d'autres types de programmes à la mode et à son business, mais aussi à la technologie particulière portée par Lectra.

La deuxième mission qu'on qualifie d’évènementiel est la communication. La FashionTech Week est assez représentative de ce que nous réalisons. Nous avons toujours été associés et ce depuis le début. Nous avons également fait partie des jurys de la Fashion Pitch Night. Cette année, nous poussons ce partenariat encore plus loin. Il y a à la fois la table-ronde d'ouverture à l'école et également la Fashion Tech Expo, l'exposition de jeunes créateurs, qui aura lieu à l'ESCP.

Valerie Moatti
Première table ronde d'ouverture de la Fashion Tech Week Paris, le 4 mars 2015.
« L'influence des technologies sur les business modèles de la mode » avec Loic Bocher, Co-fondateur et Directeur Général - Collector Square / Annabelle Nahum, Co-Fondatrice - MyCoutureCorner / Nicolas Petitjean, Directeur Innovation - DBApparel Europe / Philippe Ribera, Directeur Marketing Software - Lectra.

La troisième mission est la création de connaissances. Cela représente les recherches que nous menons de notre côté. Durant les trois premières années de la Chaire, elles portaient sur le choix de localisation des entreprises de mode européenne. Et ce en sachant que nous partions du buzz médiatique sur la relocalisation, notamment sur le fait que les pays asiatiques n'étaient plus compétitifs. Notre étude terrain montre que c'est un effet de manche et qu'il n'y a eu que peu de concrétisation. L'étude a montré qu'il y avait une vraie réflexion sur l'omnishoring, c’est-à-dire un ensemble de plusieurs stratégie d'approvisionnement sélectionnées en fonction des produits et de leur degré d'innovation. Par exemple, les prototypes peuvent être réalisés en Europe puis fabriqués industriellement en Asie.

Tous les ans, nous tentons de faire travailler les étudiants sur leur mémoire de recherche avec la plus grande variété de sujets possibles, tels que la personnalisation des vêtements, la stratégie d'internationalisation des marques de mode… En somme, ils s’interrogent sur le fait de savoir si la technologie y joue un rôle ou non, découvrir le rôle du big data sur les bureaux de style par exemple.

ML : Vous avez été assez précurseurs sur la mode et l'innovation. Aujourd'hui, je vois arriver d'autres écoles comme l'INSEAD ou Mines Paris Tech qui s'intéressent au sujet Fashiontech. Quelle réflexion avez-vous par rapport à cela ?

Valérie Moatti : Je pense tout d'abord à l'antériorité et à la spécificité de notre démarche. Par exemple, l'INSEAD était déjà tournée vers la mode. Ces autres écoles ont profité de la montée en puissance des technologies dans le secteur de la mode pour y ajouter ce pan là. De notre côté, nous faisons un peu l'inverse, du fait de l'activité très spécifique de Lectra qui est vraiment depuis longtemps un acteur phare des technologies dans la mode. Ainsi, nous nous sommes directement positionnés là-dessus. D’ailleurs, cela est très important pour Lectra. C’est à dire que nous voulions créer une option mode à l'école pour ouvrir des portes à nos étudiants. Mais finalement, cela n'intéresse pas tellement Lectra car ce n’est pas assez spécifique. Ils veulent vraiment se positionner sur la technologie dans la mode et pas la mode en général, aussi que la technologie soit un sujet parmi d'autres.

Jusqu’ici, j'ai parlé de la première phase de la Chaire. Celle-ci s'est renouvelée en 2017 et perdurera jusqu'à fin 2019. Nous avons encore affiné ses thématiques. Ce qui était au départ axé sur la mode et les technologies tourne désormais autour de l'industrie 4.0 appliquée au secteur mode. Pour répondre à la question, je pense que l'entrée est un peu différente.

ML : La vraie différence est que vous avez une Chaire. L'école des Mines est très axé sur la recherche et l'INSEAD crée du réseau. Il y a peut-être des partenariats à réaliser ?

Valérie Moatti : En effet, le partenariat entre écoles est très intéressant. Tous les ans, nous organisons un projet à la fois pédagogique et créateur de contenu : nous formons des équipes de deux, constituées d’un de nos étudiants et un issu de l’Université Catolica à Lisbonne. Ils travaillent ensemble pendant 6 semaines chez Lectra pour une mission de conseils.

Cette année, nous lançons une nouvelle étude dans le cadre de la Chaire qui porte sur l'évolution de la relation entre donneurs d'ordres et sous-traitants, sur les activités de création et de fabrication liées à l'évolution des technologies de l'industrie 4.0. (intelligence artificielle etc). Nous avons donc commencé par traiter le sujet en amont, puis les étudiants vont prendre le relais pendant 6 semaines cet été pour creuser davantage, afin de pouvoir présenter les premiers résultats de cette étude d'ici début 2019.

Concernant les liens avec d'autres écoles et notamment avec les écoles de mode, nous avons établi des partenariats avec l’IFM et La Fabrique qui est le plus ancien. Elles ont été très enthousiastes quant à la réalisation de projets communs, bien qu’elles possèdent chacune une structure singulière.

L'IFM m’a fait intervenir dans un cours et diffuse les annonces de nos conférences. Nous nous sommes mis d'accord sur le fait de mettre en relation des étudiants issus de l’IFM et de ESCP Europe. Le but est que des étudiants de notre établissement fassent un trimestre à l'IFM et vice versa. Pour l’année prochaine, nous souhaiterions développer la mise en place d'un double diplôme. Mais c’est un projet encore en gestation.

Depuis 2 ans maintenant, la Fabrique nous envoie chaque année quelques étudiants sur la base du volontariat. Ils assistent à notre cours électif crée dans la Chaire. Nommé "Fashion and Technology », cet enseignement en anglais traite de toutes les facettes, tout au long des maillons de la chaine, sur tous les aspects : création, fabrication, supply chain, distribution marketing. Les étudiants sont sélectionnés par rapport à leur niveau de langue comme le cours est dispensé en anglais. Ces volontaires donnent vraiment une bonne dynamique au cours.

Nous organisons un cours à La Fabrique, ce qui nous permet de changer de cadre et ainsi visiter leurs ateliers (notamment les machines). L'année dernière, nous avons également monté un séminaire dans le cadre de l’option Innovation dispensée en 3ème année, pour les étudiants qui s'intéressent à l’innovation en général. Il est tripartite : la Fabrique, L'ESCP Europe et une école d'ingénieurs en électronique de commerce qui s'appelle l'ESIEE. L'idée est d'associer des équipes mixtes sur un projet en un temps donné. Un commanditaire donne les consignes aux étudiants par rapport à un projet de vêtements connectés qui doivent y répondre à partir de la méthodologie du "design thinking". Cela fonctionne très bien car ils travaillent sur un projet très concret. Le séminaire est construit de façon à ce qu'il y ait une phase de brainstorming entre eux, puis des conférences sont organisées pour alimenter le sujet. Ils sont ensuite envoyés sur le terrain pour interroger des consommateurs.

Valerie Moatti
Séminaire Smart Clothes & Connected Objects, février 2017. Le séminaire de design thinking regroupant les étudiants ESCP Europe, ESIEE Paris et La Fabrique.

ML : Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours ?

Valérie Moatti : Je ne vais pas revenir sur l'étude et je vais plutôt aborder les conférences. La prochaine est le 6 juin à 18H à l’école sur "L'impact des réseaux sociaux dans la mode : nouvelles stratégies et success stories" (pour s'inscrire c'est par ici). Il s’agit en fait de la suite du projet sur lequel nous avons fait travailler les étudiants lors du cours "Fashion and Technology". Il a été possible grâce à l'idée et à l'intervention de Ooshot (images, sourcing) durant laquelle Thierry Maillet a monté ce cours avec nous. L’idée était que les étudiants travaillent par petits groupes et tentent d'analyser la stratégie Instagram de toute une série de marques de mode diverses (Nike, Chanel, Amazon..). À partir de cela, nous sommes en train de finaliser un article pour The Conversation, un média nous utilisons pour synthétiser certains axes des études que nous menons. Le 6 juin, nous réunissons Adrien Boyer, DG Pinterest France + Europe Sud + Benelux; Fabien Le Roux, Directeur de la stratégie et de la stratégie digitale, BETC Luxe; Thierry Maillet, co-founder & COO, OOSHOT; Philippe Ribera, Directeur Innovation, Lectra; Nicolas Santi Weil, DG, AMI; Charline Goutal, fondatrice et présidente, Ma P'tite Culotte et Elisabeth Teixera, influençeuse, @unemorueaparis.

Valerie Moatti
La conférence "L'impact des réseaux sociaux dans la mode" sera présentée le 6 juin 2018.

En septembre, nous organiserons un évènement autour de l’ouvrage de Emanuelle Léon et de Cécile Dejoux intitulé « Métamorphose des managers : à l'ère du numérique et de l'intelligence artificielle ». Expertes dans le management et les ressources humaines, elles montrent comment ces technologies renouvellent le rôle du manager, les lieux, les pratiques collaboratives. Elles ne sont pas en lien avec le secteur de la mode mais il semblait tout de même intéressant de les inviter à présenter leur livre et leur étude sur le sujet, parler du management 4.0 et faire réagir des acteurs de l'industrie de la mode par rapport à ça : est-ce que cela résonne ou pas ? Cela devrait bousculer les entreprises qui n'ont pas l'habitude de ce nouveau management.

En octobre, la Chaire organise la conférence d'ouverture de la FashionTech par la Chaire (tous les ans depuis 2015) et pour la première fois ESCP accueille la Fashion Tech Expo, l'exposition des jeunes créateurs de la FashionTech. Le sujet concernera les avancées de l'industrie 4.0 mais n'est pas encore définitivement fixé, cela reste encore en working in progress. Nous y travaillons actuellement et certains exemples comme la marque de chaussures Mi Mai et Bouton Noir, une start-up émanant du groupe Auchan qui propose des collections pour femme dans une démarche de production de proximité et de personnalisation. La fondatrice souhaite que son magasin soit également son usine, son atelier. On retrouve la même démarche chez Adidas avec la Speedfactory et ces logiques renforcent l'attractivité des territoires.

ML : On constate qu'il n'y a pas encore d'acteurs qui émergent véritablement, pour l'instant ce sont des petites entreprises qui proposent des produits innovants mais ne créent pas de modèles solides.

Valérie Moatti : Pour 2019, nous prévoyons de publier les résultats de notre étude sur l'évolution des relations entre donneurs d'ordre et sous-traitants. Il y a une autre Chaire à l'école qui porte sur l'usine du futur. Les partenaires de cette Chaire sont Safran et Michelin, des industriels purs et durs qui n'ont rien à voir avec la mode. Cependant, eux aussi ont comme préoccupation l'industrie 4.0 et plus spécifiquement les modifications du travail qui en découlent : en quoi le travail a évolué dans les usines, le fait de mettre en place l'usine du futur, de quelles compétences va-t-on avoir besoin. Nous avons pour projet d'organiser un évènement en commun sur la question des compétences, de l'évolution des savoir… afin d'intégrer le secteur de la mode par rapport à l'idée commune de base qui est l'usine du futur.

En 2018, nous avons aussi collaboré avec la Chaire Leclerc présidée par Michel Edouard Leclerc sur le commerce 4.0. Le premier mercredi de chaque mois, il y a un petit déjeuner sur une thématique différente. Début mars, le thème était "R&D et l'industrie 4.0 : influences sur la distribution". Parmi quelques intervenants d'excellence, le PDG de Lectra, Daniel Harari et un membre de Techshop ont partagé leur vision.

ML : Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Valérie Moatti  : Nous avons rencontré Benjamin Cabanes de l'école des Mines, et nous sommes très motivées pour collaborer avec lui. Nous serons d'ailleurs présentes au workshop du 22 juin ! La Chaire va être associée à cette expérience qui semble vraiment intéressante mais très différente de ce qu'on fait. Curieuse de voir ce que cela peut donner ! Je trouve ça intéressant de faire travailler des gens issus de domaines différents, c'est là qu'il y a le plus grand potentiel ! 


Appear Here : coeur de pop-up

 Les pop-up stores poussent comme des champignons et semblent être la dernière tendance des marques pour se faire connaître.

Face à ce phénomène de grande ampleur, j'ai voulu en savoir plus et j'ai donc échangé avec Élodie d'Appear Here.

Bonjour Elodie, pourrais-tu te présenter ?

 

Je m'appelle Elodie Dessors. J'ai rejoint l'équipe d'Appear Here France au moment de sa création, il y a maintenant un an et demi, en tant que Brand Account Manager.
Élodie au micro lors du Who's Next en 2017.

 

Mon rôle est à la fois d'accompagner les marques dans leur utilisation de notre plateforme, et d'aller à la rencontre de toutes celles susceptibles d'avoir besoin de notre service. Au quotidien, je fais en sorte que chaque idée à Paris, Marseille, Bordeaux, Lyon ou encore Aix-en-Provence voit le jour en suggérant les espaces les plus appropriés aux attentes de chacun.
 
J'interviens aussi sur des panels pour sensibiliser les marques à notre activité, comme lors du salon Who's Next où j'ai eu le plaisir d'échanger avec toi (d'ailleurs si vous revoir la vidéo c'est par ici).
 
Précédemment, cette nécessité de mise en relation entre porteurs de projets et détenteurs d'espaces m'est apparue comme évidente, lorsque j'ai lancé la première série de marchés de créateurs en Tunisie (Elbazar) puis un média dédié à la communauté créative, Fazazine
 

Appear Here, c'est quoi exactement ?

 
Appear Here est, en deux mots, le "AirBnB du retail".
 
Notre mission - "Space for Ideas" - est de donner vie à toutes les idées en facilitant l'accès à la location éphémère d'espaces commerciaux.
 
Nous sommes aujourd'hui le leader mondial dans ce secteur avec plus de 4 000 espaces exclusifs listés à travers le monde, entre le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis.
 
Plus de 125 000 marques  nous ont déjà fait confiance, dont de très établies comme Loewe, Nike, Salomon, ou Adidas, mais aussi de plus jeunes comme Amélie Pichard, Flaneurz, Carolina Ritzler, Satisfy, SOI, Ayede, Building Block, Anja, Louvreuse, LF Markey, House of Dagmar et bien d'autres... 

Là où il fallait auparavant 3 à 6 mois, nous avons rendu la location journalière, mensuelle et même annuelle de boutiques et showrooms aussi simple que de réserver une chambre d'hôtel, en supprimant tous les intermédiaires et en permettant la signature de baux et le règlement des loyers en ligne. 
 

En juin dernier vous avez réalisé un levée de fonds, à quoi a-t-elle servi ? 

Elle nous a servi principalement à recruter et à ouvrir de nouveaux bureaux.

Aujourd'hui, le pop-up store est devenu quasiment incontournable dans le secteur de la mode, comment arrives-tu à expliquer ce phénomène ?

 
En effet, d'après une étude réalisée par IBM, 98% des fameux 'millennials' préféreraient toujours l'achat en boutique et 70% d'entre eux considèrent le shopping comme un hobby.
 
Avec un pouvoir d'achat estimé à 44 milliards de dollars, la dite génération 'z' assure donc la survie et la pérennité des points de ventes physiques. 
Pop-up store
Wear Lemonade x Monoprix

 

Cette même étude révèle également que les nouveaux consommateurs sont devenus de plus en plus exigeants et privilégient à 78% l'expérience d'achat au produit en lui-même.
 
Tout cela a favorisé l'émergence de pop-ups aux concepts toujours plus surprenants, innovants, et surtout 'Instagrammables'. 
 
Par ailleurs, le secteur de la mode est rythmé par les Fashion Weeks, les ventes privées, soldes etc., et se prête donc particulièrement à location 'saisonnière' d'espaces.

Selon toi, quelles sont les règles d'or pour réussir un pop-up ?

Il faut tout d'abord trouver l'espace le mieux adapté à votre idée, au meilleur moment de l'année. Pour cela, vous l'aurez compris, Appear Here est votre partenaire idéal, grâce notamment à notre service de Conciergerie. 
 
Une fois votre réservation effectuée, veillez à bien préparer en amont la communication autour de votre événement. 
 
Mobilisez toute votre communauté sur les réseaux sociaux, trouvez votre muse et n'hésitez pas à vous associer à des influenceurs (comme SOI avec Elsa Muse), voire à d'autres marques (Flaneurz x FILA & Doc Martens), pour créer l'engouement, toucher une audience plus large, et partager les coûts.
Pop-up
SOI x Elsa Muse

 

L'important est de créer une expérience unique en magasin, qui donnera envie aux passants de s'arrêter et à vos clients existants de se déplacer. 
 
Pour cela, faites appel à des professionnels de l'aménagement tels que Label Expérience, qui sauront comprendre votre identité et la reproduire dans l'espace.
 
Pensez à un concept (d)éton(n)ant (Hermesmatic, Chanel's Coco Game Center, mais aussi 'Blanco' d'Edie & Watson) qui durera assez longtemps pour qu'on puisse y retourner.
pop-up
Flaneurz x Doc Martens

 

Créez un sentiment d'urgence, en lançant pour l'occasion une collection capsule disponible exclusivement en magasin. Plus les collaborations seront inattendues (ex. Supreme x Louis Vuitton, Pigalle x Missoni, Amélie Pichard x Pamela Anderson) plus elles feront le buzz et attireront du monde.
 
Jouez la carte de la customization en boutique, comme l'a fait Christelle Noel lors du pop up de Louvreuse.
 
Enfin, ne sous-estimez pas tous les aspects logistiques et votre check list (assurance, terminaux de paiement, stocks suffisants, formation du personnel de vente etc.), et préparez toujours un, ou plusieurs plans B en cas de pépin!  

Dans les années à venir comment le pop-up va-t-il évoluer ?

Le pop-up va se généraliser et devenir la norme. D'ailleurs, c'est un terme qui devient de plus en plus désuet. 
 
Dans cinq à dix ans, la flexibilité en matière de location sera monnaie courante, et vous pourrez voir bourgeonner à Los Angeles, Paris, Berlin, Tokyo ou encore Barcelone des commerces en perpétuel renouvellement. 
 
Aujourd'hui ce qui est intéressant, c'est de retrouver une marque un jour sur un marché, puis de la voir évoluer dans sa propre boutique ou en centre commercial, d'une ville, d'un pays à l'autre. En bref, de créer la surprise, et d'être là où on ne vous attendait pas forcément! 

 


louis antoinette

Louis Antoinette : la couture comme lien entre tradition et digital

La startup Louis-Antoinette a décidé de remettre au goût du jour la couture homemade. Avec un cocktail détonant, ils utilisent le digital pour mettre en lien leur communauté de couturières.

J'avais suivi le début de leur aventure quand ils étaient incubés chez Lookforward et maintenant, je croise l'équipe de manière quasi-quotidienne à Station F.

Ainsi, j'ai voulu effectuer un point d'étape afin de savoir où ils en étaient. Et, voici mon échange avec Romain le co-fondateur.

ML : Bonjour, pourrais-tu te présenter ?

Romain : Je m'appelle Romain Blanco et je suis le co-fondateur de Louis Antoinette Paris et de Capsul Studio.

Le Trio : Romain est à gauche.

ML : Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi et notamment ton parcours ?

Romain : j'ai des parents entrepreneurs  donc j'ai toujours voulu créer ma boîte. Sauf que quand je suis sorti de l'école de commerce, je suis rentré dans un groupe américain dans les produits de grande consommation. Où j'ai pu étudier les méthodes de marketing et de commerce. J'ai passé huit ans dans ce groupe à différents postes, notamment sur les études marketing, promotion... Aussi bien au siège européen et dans les filiales également.

Puis, j'ai été commercial et me suis occupé de la commercialisation de tous les produits du groupe auprès d'Amazon en Europe. C'était un peu une université pour moi, une grande école du business.

ML : Comment on passe d'un grand groupe à une startup dans le couture, que s'est-il passé ?

Première chose, c'est ma volonté de créer une boîte. Pendant que je travaillais pour ce grand groupe j'ai toujours été en veille. J'ai toujours su ce que je voulais faire ou ne pas faire. Pendant que j'étais salarié, j'ai testé la création d'entreprises avec des potes, pas forcément concluant en termes de résultats amis mais enthousiasmant.

Puis à un moment donné, il y a eu une concordance des choses qui font que j'ai été au bon endroit au bon moment. C'est l'instant où tout bascule. Pour moi c'est lié à la rencontre avec mon premier associé : Julien qui est modéliste. Il créait des robes de marié sur-mesure dans son salon. Et, je trouvais cela génial, notamment l'émotion que cela pouvait susciter chez les femmes de voir un modèle à plat se transformer en robe suite à la manipulation d'un expert. Je me suis dit que c'était dommage que cette émotion soit réservée uniquement au mariage ou à des femmes dans un salon avec un pouvoir d'achat plutôt élevé. J'avais envie de pouvoir le démocratiser et l'ouvrir au plus grand nombre.

Cela a été la première démarche, la réflexion sur comment on fait pour pouvoir ouvrir la couture sur mesure à plus de gens.

Louis Antoinette
Tencel Uni

ML : À ce moment-là vous avez créé Louis Antoinette et qu'est-ce que c'est ?

On créé des collections de vêtements à faire soi-même proposées en patron de couture ou en kit de couture. Concrètement on lance deux collections par an au rythme du prêt-à-porter, une collection été et une collection hiver, avec un certain nombre de patrons principalement pour la femme entre 20 et 40 ans.

Aujourd'hui, nous avons un renouveau de la couture auprès des jeunes. Cela suscite un certain intérêt.

Et, on le propose sous deux formes. Soit, les gens choisissent le patron ; soit sous la forme de kit avec un tissu pré-sélectionné qui répond  à l'exigence du modèle.

ML : Chez Louis Antoinette, vous avez développé une communauté, comment cela s'est passé ?

Romain : nous avons une communauté exceptionnelle. On est sur un petit milieu. Les gens qui font de la couture ont du mal à trouver des gens proche d'eux qui font également de la couture. Cette communauté s'est retrouvée sur les réseaux sociaux. Ils se sont rendus compte qu'ils n'étaient pas seuls à faire de la couture. Et, par ailleurs ils ont réussi à trouver des réponses à des problématiques liées à cette pratique.

On a commencé en identifiant un certain nombre de blogueuses, instagrameuses, pas mal suivi entre 5 000 et 10 000 followers, à l'époque. Et, on les a sollicitées en leur proposant nos produits gratuitement. Ce qui était assez nouveau à ce moment-là. Ensuite, j'ai trouvé une troisième associée Floriane, experte des réseaux sociaux et de la communication digitale. Justement car je savais que ce secteur était extrêmement communautaire. Bref, j'avais besoin d'une personne qui connaisse mieux que moi ce domaine là.

Louis Antoinette
Robe Belleville

ML : Tu as évoqué ton inclination pour l'entrepreneuriat, depuis que tu as créé Louis Antoinette qu'est-ce qui s'est passé ; qu'est-ce que tu as vécu ?

Romain : On a fêté nos trois ans la semaine dernière. On a tout traversé. D'abord c'est des rencontres incroyables avec mes deux associés. Travailler avec Floriane par exemple est quelque chose d'unique. Ce n'est pas une collègue, ni une amie au sens classique du terme... Mais un peu des deux. C'est une personne avec qui tu passes plus de temps qu'avec ton propre conjoint. Pour moi c'est une grande source de stress et de réconfort en même temps. Cela a été la première étape.

La deuxième a été quand nous avons commencé à plaire et à être sollicité par des magasins qui voulaient vendre notre produit. Quand tu penses à quelque chose de complètement virtuel dans ta tête et que tu le mets en musique que cela se transforme en vente, c'est une sensation incroyable. Qu'il y ait des gens qui soient contents et qui en parlent sans toi ; là cela devient la plus belle des récompenses : celle de notre communauté. Aujourd'hui, nous avons plus de 20 000 followers sur Instagram. Avec cette indicateur, je me rends compte qu'on a créé quelque chose de vraiment cool.

Après, il y a toutes les problématiques de l'entrepreneuriat, financement, recrutement. Maintenant, nous sommes au meilleur moment en France pour entreprendre. Je suis très content d'entreprendre dans une époque où les entrepreneurs sont plutôt encouragés et poussés pour faire cela. Il y a 10 ou 15 ans, ce n'était pas du tout la même histoire.

ML : Aujourd'hui c'est quoi Louis Antoinette ?

Romain : c'est une bonne question. C'est une solution qui répond à un enjeu sociétal important qui est celui de pouvoir mettre en valeur le corps des femmes  sans qu'elles aient besoin de s'adapter à un vêtement. Dans le prêt-à-porter, on a une problématique : c'est la femme qui s'adapte au vêtement. Alors qu'il y a une trentaine d'années c'était l'inverse. Or, leur proposant de réaliser leur propre vêtement, choisir leur propre tissu et de l'adapter à leur corps on se rend compte, à travers notre communauté, que les femmes s'épanouissent énormément au travers de la couture. Les posts sur les réseaux sociaux en sont un bel exemple. Ce qui au travers de la couture se révèle, c'est  leur propre identité et leur créativité. Pour moi c'est un moyen d'expression.

Louis Antoinette
Tencel rayé grains

ML : Peut-être une dernière question, tu as été incubé chez Lookforward. Tu connais plutôt bien l'entrepreneuriat. Tu as vu une évolution de la tech et de la mode. Aujourd'hui quelle est ta vision de l'écosystème fashiontech en France et notamment à Paris ?

Romain : j'ai une vision qui est personnelle et liée à ma seconde activité avec Capsul Studio. On propose faire réaliser un vêtement sur-mesure à toutes les personnes qui ne savent pas coudre en les mettant en relation avec une couturière.

Donc, pour donner une vision plus généraliste : la mode telle qu'on la connaît est arrivée à une fin, sans paraphraser Li Edelkoort. Quand on s'est lancé, elle venait juste de publier son manifeste : Anti-Fashion. Et, cela entrait tout à fait en  résonance avec ce que nous réalisions. Puisqu'elle parle du retour au patron de couture, du retour à la création. Et, je pense qu'effectivement en ayant discuté avec un certain nombre d'acteurs du marché qu'il y a une accélération des cycles de production et également de la manière dont les gens ont envie de consommer qui fait qu'à un moment donné on va atteindre une limite. Et, peut-être que nous sommes déjà en train de l'atteindre. Un partie du marché est en train de se tourner vers autre chose.

La Fashiontech embrasse un large spectre : la manière de produire le vêtement peut être nouveau. Par exemple, nous, avec Capsul Studio, on propose de pouvoir faire créer son vêtement par une couturière. Comme cela a été le cas, il y a une centaine d'années. Cela peut être la distribution à la demande. Cela peut être des produits upcyclés ; cela peut être tout ce qui peut être capitalisé sur les technologies et sur les outils du digital d'aujourd'hui. Par exemple, ce que fait Adrien Deslous-Paoli avec De Rigueur, c'est également de la Fashiontech. Car, il propose d'augmenter l'accessoire.

En général c'est tout ce qui s'appuie sur les nouvelles technologies, les nouvelles découvertes, les réseaux sociaux, la communication. C'est un vaste sujet car tout le monde s'intègre un peu là-dedans. Et, on n'a pas encore bien arrêté la définition.

ML : Est-ce que tu as quelque chose à rajouter ?

Romain : moi, je pense que la Mode de demain c'est peut-être la mode d'hier mais avec les outils technologiques d'aujourd'hui.

 

Vous voulez approfondir le sujet de couture, je vous recommande l'article de Mathilde sur "La Couture à Porter".


MINES Paris Tech, lieu de rencontre entre la recherche scientifique et l'univers de la mode et du luxe.

Chez Modelab, l'observation attentive des mutations de la mode nous a appris que penser le futur cette industrie nécessitait bien souvent le rapprochement d'experts que tout semble opposer de prime abord.

Même si sur le papier, la recherche scientifique et l'univers de la mode et du luxe semblent être séparés par le Grand Canyon, nous sommes convaincus que ces deux mondes ont tout à gagner à se rapprocher.

Nous en voyons d'ailleurs les premiers signaux avec l'élaboration d'un tout premier Parcours Doctoral dédié à la "Théorie et pratique de la Mode" conçu en collaboration entre l'Université Paris 1 - Sorbonne - Panthéon et l'Institut Français de la Mode.

Puisque nous souhaitons également oeuvrer à ce rapprochement, nous allons organiser une série de Workshops avec l'Ecole MINES Paris Tech.

Afin de vous en dire un peu plus sur ce projet, j'ai interviewé Benjamin Cabanes, le chercheur avec qui nous collaborons au sein de MINES Paris Tech.

Bonjour Benjamin, pourrais-tu te présenter ?

Bonjour, je suis enseignant-chercheur (post-doctorant) en science de gestion au Centre de Gestion Scientifique de MINES ParisTech. J’ai réalisé ma thèse de doctorat sur la gestion et la gouvernance de l’émergence des expertises scientifiques et techniques en situation d’innovation de rupture.

Mines Paris Tech
Benjamin Cabanes

Mon programme de recherche vise à analyser et comprendre les relations entre la recherche scientifique et les dynamiques d'innovation dans l'industrie. Pendant ma thèse, je m'étais particulièrement intéressé à l'industrie des nanotechnologies (et plus précisément aux semi-conducteurs électriques) où les relations entre recherche académique et industrie sont évidentes et efficaces. J'explore désormais le secteur de la mode et du luxe (textile, maroquinerie, joaillerie, horlogerie, lunetterie, cosmétique, etc.) où, à l'inverse, ces relations sont encore rares voire inexistantes.

Ainsi, j’essaie de comprendre comment la recherche scientifique peut contribuer à dynamiser l’innovation dans la mode et le luxe. Le plus important étant pour moi de mettre en évidence les conditions organisationnelles qui permettent une collaboration originale et pertinente entre ces deux mondes (la recherche scientifique et l’industrie de la mode et du luxe).

Dans ce cadre, je collabore au programme CARATS qui vise justement à mettre en relation des laboratoires de recherche avec des industriels de la mode et du luxe.

Mines Paris Tech

Tu viens d’évoquer le programme CARATS, peux-tu nous expliquer en quoi consiste ce projet ?

Le programme CARATS (CARnot Appui Technique et Scientifique), est un projet de recherche collaborative, piloté par 3 instituts Carnot (Institut Carnot M.I.N.E.S, Institut Carnot Ingénierie @Lyon & Institut Carnot MICA). L’ambition de CARATS est d’améliorer la compétitivité des entreprises françaises de la mode et du luxe, en organisant et en améliorant la relation et la collaboration entre chercheurs et industriels. Par conséquent, l’enjeu est de rapprocher la recherche scientifique française de la filière mode et luxe, afin de soutenir la marque « France », ses savoir-faire ancestraux et d’accompagner les projets d’innovation des entreprises du secteur. Pour cela, le programme CARATS s’appuie sur un réseau de plus de 4000 chercheurs issus de 70 laboratoires de recherche de divers disciplines (sciences des matériaux, électronique, robotique, intelligence artificielle, énergie, génie des procédés, sciences de gestion, sociologie, etc.)

Pourquoi l'école MINES ParisTech, une école d'ingénieur, s'intéresse au monde la mode et du luxe ?

Tout d'abord, MINES ParisTech, membre de l’institut Carnot M.I.N.E.S, est une école qui forme des ingénieurs généralistes de haut niveau capables de résoudre des problèmes complexes dans des champs très variés. Par conséquent, beaucoup de nos anciens élèves travaillent dans le secteur de mode et du luxe, notamment chez Dior, Louis Vuitton, Hermès, Moët & Chandon, l’Oréal, Chanel, etc.

Par ailleurs, MINES ParisTech est la première école d'ingénieurs en France par son volume de recherches contractuelles. L’école dispense une importante activité de recherche orientée vers l’industrie, notamment l’industrie des transports et l’industrie de l’énergie. Bien que MINES ParisTech ait déjà travaillé sur des programmes de recherche avec des industriels de la mode et de luxe, l’école a pour objectif d’intensifier ses collaborations de recherche avec les entreprises de ce secteur.

Enfin, dans le cadre de l’université PSL, MINES ParisTech est à l’origine de la création de la nouvelle école de mode (EnaMoMa - Ecole Nationale de Mode et Matière - Paris Fashion School by PSL), en collaboration avec l’Université Paris Dauphine et l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs.

Modelab est partenaire de MINES ParisTech afin d'organiser des workshops pour imaginer le futur de la mode et du luxe. Peux-tu nous en dire plus ?

Les Workshops IDFI (Innovative Design for Fashion Industry) ont pour objectifs de développer des travaux d’exploration et de conception innovante sur les enjeux d’innovation et de recherche scientifique au service de l’industrie de la mode et du luxe.

Aujourd’hui, les acteurs de la mode et du luxe (textile et habillement, maroquinerie et chaussures, bijouterie, horlogerie, orfèvrerie, joaillerie, parfums et cosmétiques, etc.) doivent développer de nouvelles capacités d’innovation afin de faire face aux enjeux actuels  de digitalisation, de développement durable, de fabrication additive, de préservation des savoir-faire, de logistique, de modèle économique, etc.

Pour réponde à ces enjeux, il devient nécessaire de mettre en œuvre des stratégies d’exploration et de conception innovante, c’est-à-dire des approches d’innovation capables d’expliciter et de formaliser des attentes, des besoins et des réponses autour de concepts, d’objets et de services « désirables » mais « indécidables » dans l’état actuel des connaissances. Ces stratégies d’innovation devront aussi permettre de stimuler de nouveaux programmes de recherche scientifique susceptibles de contribuer à des dynamiques d’innovation inédites dans l’industrie de la mode et du luxe.

Par conséquent, le dispositif IDFI a pour ambition de contribuer à la régénération du tissu industriel de la mode et du luxe en proposant d’intensifier les relations entre les acteurs de la mode et du luxe et la recherche scientifique au travers de nouvelles approches collaboratives.

À qui s'adressent-ils et quand auront-ils lieu ?

Les workshops IDFI s’adressent aux industriels de la mode et du luxe ainsi qu’aux chercheurs intéressés par ce secteur industriel.

Voici le programme et les dates des trois premières éditions :

  • Workshop 1 : Mode & luxe et développement durable le 18 avril à MINES ParisTech (14h00- 18h00)
  • Workshop 2 : Mode & luxe et expérience client le 25 mai à MINES ParisTech (14h00- 18h00)
  • Workshop 3 : Mode & luxe et business model le 22 juin à MINES ParisTech (14h00- 18h00)

Est-ce que nos lecteurs peuvent participer à ces workshops également ?

Oui, tout à fait ! il suffit de s’inscrire en nous contactant à cette adresse : contact@carats-innovation.com.

Simplement, je précise que le nombre d'inscrits est limité.

Enfin, si vous souhaitez plus d'information, je serai présent sur le stand de Modelab lors du Salon Traffic le mercredi 4 avril de 9h30 à 12h00.

 


Wylde : le no-gender comme étendard

Wylde, la marque éco-responsable qui combine le "no gender" et la volonté de soutenir un système plus vertueux et novateur.

Bonjour Clarissa et Marylène, pouvez-vous tout d'abord vous présenter ?

Je m'appelle Clarissa Acario, je suis d'origine brésilienne. Mais je vis en France depuis déjà une dizaine d'années. Je suis la créatrice de Wylde.

Pour ma part, je suis Marylène Magnaud, l'associée de Clarissa depuis 2016. Je m'occupe du développement commercial de la marque ainsi que de la communication.

Wylde
Capsule No Genre / Crédit : Nafissa Harvoire

Justement, qu’est-ce que c’est exactement, Wylde ?

C.A. : Wylde c'est une marque de prêt-à-porter éco-conçue et fabriquée en France. Nous l'avons crée pour transmettre nos valeurs et nos engagements. Mais c'est aussi une marque qui cherche à créer des liens et faire tomber des barrières.

M.M. : Cela semblait une véritable évidence pour nous. Bien loin du positionnement purement marketing. La mode est un secteur extrêmement polluant, désastreux aussi bien pour l'environnement que pour l'humain. Nous avons voulu démontrer qu'il était possible de faire autrement. C'est pourquoi nous travaillons à l'échelle de la France, en circuit court. L'idée est de prouver que l'on peut créer du vêtement sans les travers que nous lui connaissons. Comme l'a dit Clarissa, on créé du lien parce que nous prenons soin de la planète.  Mais également parce que ce vêtement peut se transmettre de l'homme à la femme sans trop de distinction.

C.A. : Pour moi, le vêtement permet également d'exprimer sa personnalité. Au-delà du style, c'est aussi dans ce sens là que notre marque créé du lien.

À Noël vous avez présenté votre collection  sous une forme un peu particulière à l'Hôtel Pigalle, pouvez-vous nous en parler ?

C.A. : Nous avons fait un évènement un peu expérimental. On avait envie de quelque chose de plus artistique, avec un véritable décor, des tableaux...  C'était une sorte de parcours sensoriel mettant en avant la démarche engagée de Wylde. Nous souhaitions renoncer aux sempiternelles présentations de type showroom sur cintres et portants. Dans ce cadre atypique, nous avons utilisé à la place les meubles de l'hôtel Pigalle pour présenter nos vêtements et des bustes en plâtre pour les montrer portés.

M.M. : Nous avons essayé de décloisonner au maximum le rapport du consommateur au vêtement. Il fallait que cela devienne une véritable expérience, mais pas une expérience de vente en tant que telle. En effet, ce qui nous intéressait c'était plus l'idée que le client puisse de suite s'approprier le vêtement, le toucher, l'essayer. Pour ce faire, il y avait cette grande cabine d'essayage dans l'espace pole dance. Pour les clients un peu plus réservés, nous avions également une petite chambre à l'étage.

C.A : Pour avoir un espace plus cosy et que les gens se sentent comme chez eux. Nous voulions qu'ils s'imaginent dans leur propre chambre d'hôtel, avec une garde-robe complète à essayer. Nous sommes vraiment ravies de cet évènement, nous avons senti que les clients accueillaient très bien la démarche.

M.M. : D'ailleurs, petite anecdote, quand nous sommes arrivées pour tout installer, il y avait une de nos clientes dans l'Hôtel. Nous ne connaissions pas, mais elle était habillée en Wylde ! C'était une  surprise de bonne augure, parce qu'à notre échelle, nous ne rencontrons pas souvent nos clients par hasard. 

Wylde
Capsule No Genre / Crédit : Nafissa Harvoire

Vous avez évoqué tout à l'heure le "no gender" - qui s'appelait encore unisexe il n'y a pas si longtemps - comment s'est-il imposé dans votre démarche  ?

C.A. : C'est venu très naturellement pour nous. En effet, au départ je faisais beaucoup d'upcycling. J'adorais chiner chez les hommes, surtout pour les chemises, les jeans et les blousons. Vu que ce sont des formes très classiques de la garde-robe, cela ouvrait beaucoup de possibilités de transformations. Sans parler du fait, que personnellement, j'ai toujours aimé porter des choses amples. J'ai d'ailleurs une fâcheuse tendance à voler les chemises de mon conjoint (Rires). Nous avons aussi remarqué que nous avions de plus en plus de clients qui achetaient ensemble ou de couples qui essayaient tous les deux le même vêtement. Du coup, nous nous sommes dit qu'il fallait développer ces vêtements no gender ou unisexe - peu importe comment on les appelle. Surtout parce qu'ils nous permettent de partager notre garde-robe avec notre moitié. 

M.M. : D'autant plus qu'en partageant sa garde-robe, on a aussi une démarche éco-responsable !

C.A. : Et même éco-frugale ! (Rires)

M.M. : Oui, parce qu'en partageant, on consomme moins.

C.A. : Ça permet aussi de s'autoriser des achats coup de coeur. Chez Wylde, c'est beaucoup le cas; les pièces ont un style fort donc on aime ou on aime pas. Et souvent, quand les clients craquent, ils se disent que c'est une pièce qui va être portée par les deux personnes. Alors elle sera largement rentabilisée et ils peuvent se permettre de se faire plaisir.

Clarissa Acario - Marylène Magnaud

Au début du mois, vous avez également été invité sur l'espace Jean-Louis du Salon Première Classe Tuileries, comment cela s'est-il passé ?

M.M. : Nous avons été très touchées par cette invitation. C'est vraiment une grande chance d'avoir pu participer à ce concept test où le grand public côtoie les professionnels de la mode. Ce mélange des genres sur un temps fort comme la fashion week c'était très amusant et plaisant à voir. Nous aimons rester au contact direct du consommateur donc ce format nous convenait bien.  Cela a été aussi été l'occasion pour nous d'enregistrer des pré-commandes. Les clients ont découvert de façon inédite la collection de l'hiver prochain et ont pu par là même nous flécher les pièces qui fonctionnent le plus. Et puis il y avait une super sélection de créateurs, nous étions bien entourées !

C.A. : En plus, il y avait une vraie recherche sur l'expérience client avec des vélos-smoothie où les gens pédalaient pour faire leur propre smoothie ou l'espace conférence avec des lits où les gens pouvaient aussi se reposer... Cette volonté de tester de nouvelles manières de faire des évènements nous correspondait bien, car nous cherchons toujours à concevoir des nouvelles formes de rencontres avec le clients, dans des cadres plus cosy et intime. Et la sélection de créateurs était très pointue.

M.M. : C'est Patricia Lerat de PLC Consulting qui nous a coachée ces derniers mois, qui nous a permis d'être ici. C'est une femme géniale et nous sommes contentes qu'elle nous ait placé dans un univers qui nous ressemble. Elle nous a ouvert des portes très chouettes.

C.A. : Là, on cherche à faire des évènements moins B2B, à moins grande échelle. Ça nous fatigue moins et nous convient mieux.

M.M. : En effet, nous sommes clairement noyées dans la masse des grosses marques implantées depuis longtemps. Même si les clients ont envie de voir de la jeune création, ils restent submergés par des marques qu'ils connaissent par coeur mais qui les rassurent. Du coup ils ont moins de disponibilités en terme de curiosité et de budget pour nous. C'est pour cela que c'est bien aussi qu'on soit visible dans d'autres cadres.

C.A. : C'est aussi pour ça qu'on a fait les Tranoï Weeks en janvier. Nous avons beaucoup aimé, je pense que nous allons prolonger là-bas et si possible au Jean-Louis également qui nous a vraiment plu.

Wylde
Marylène Magnaud - Clarissa Acario

Quels sont vos projets ?

C.A. : Le futur de Wylde sera comme toujours plein de surprises ! Nous avons un tout nouveau site internet avec un e-shop disponible depuis peu. Nous allons aussi préparer une pré-commande de la collection hiver 2018 pour nos clients directs. 

M.M. : Et sortir une petite ligne d'accessoires ! Ça c'est une exclu, nous n'en n'avions pas encore parlé ! Ce travail d'accessoires est dans l'optique d'amener plus facilement les gens dans notre univers. Une sorte de travail d'apprivoisement que l'on fait aussi en développant un discours de marque assez poétique et léger. Le but est de sensibiliser les gens à la "fashion conscious" au travers de produits très accessibles et faciles à porter...

Cette conscience de plus en plus exacerbée des marques prend également forme grâce à des marques éco-responsables comme The Matter dont nous avons réalisé une bien belle interview à lire ici.