The Chinese Pulse : la Chine Autrement (2/2)

La semaine dernière, j'avais commencé une discussion passionnante sur la Chine contemporaine avec Juliette Duveau, co-fondatrice de The Chinese Pulse, que je poursuis cette semaine.

The China Pulse

Modelab : dans notre précédente discussion tu nous expliquais comment les chinois avaient intégré la fashiontech dans leur quotidien. Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur le côté tech ?

Il faut savoir que pendant très longtemps, la Chine s’est fermée. Le blocus politique et la censure ont fait que ni les Google ni les Facebook n’étaient vraiment autorisés en Chine, et les Chinois ont développé dans ce même temps leurs propres outils. Au départ, c’était plus ou moins de la copie des outils existants. WeChat, au début, c’était un peu l’équivalent d’un WhatsApp pour les Chinois, ils s’y inscrivaient pour communiquer entre eux. Mais il y a eu là aussi une accélération extrêmement rapide des outils digitaux chinois : aujourd’hui leurs apps sont peut-être cinq ans en avance sur ce que nous avons aujourd’hui en terme de technologie ! Pourquoi ? Parce que WeChat aujourd’hui, ce n’est plus juste une appli pour discuter : c’est un régisseur de vie. On fait tout sur WeChat. On paye ses factures, on peut recevoir son salaire, on paye son café dans n’importe quel café ou restaurant, tout est payable en ligne directement via l’application avec le système de QR code. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’on n’est pas juste dans quelque chose de très tech qui serait un petit peu à part : c’est extrêmement utilisé par tout le monde en Chine, que ce soient les plus jeunes, les plus vieux… Dans la rue, même les petits vendeurs ont tous leur WeChat Pay, ils sont tous connectés. Et c’est ça qui est intéressant avec ce pays : c’est que la technologie est vraiment tout de suite adoptée par les utilisateurs.

Il y a d’autres apps qui sont intéressantes à connaître : Weibo, qui est le Twitter chinois où sont tous les influenceurs, il y a des applis dédiées au live streaming dont on parlait juste avant, comme Meipai… Il y a tout un tas d’outils : la Chine a construit son propre écosystème d’outils digitaux qui ne sont pas ceux que l’on connaît en Occident et qui ont leurs propres modes de fonctionnement. Quand on veut faire du business avec les Chinois, il faut les connaître ! Il faut savoir ce qu’il se passe et savoir les utiliser.

En ce qui concerne spécifiquement la fashion tech, ce que j’ai pu voir, c’est que je ne pense pas que ce soit le pays n°1 en terme d’avancées là-dessus. Pour autant, ça bouge, et là aussi, comme la Chine va très, très vite, c’est intéressant de regarder maintenant ce qui s’y passe. La première Fashion Tech Week a été organisée à Shenzhen en juin dernier et des médias comme TechCrunch y étaient présents. Il y avait aussi un bel éventail de start-ups chinoises, pas forcément dans l’univers de la fashion mais qui venaient quand même intervenir sur l’univers de la tech. Tout ça, ça se passait à Shenzhen qui est la Silicon Valley chinoise.

Il faut suivre ce qui va se passer dans les mois à venir, parce qu’aujourd’hui, ce qu’on a pu voir et qui est intéressant sur le côté fashion, c’est tout ce qui est wearable techs. C’est un marché qui se développe très vite. Je crois que les ventes d’outils, de montres connectées, etc., se comptent déjà en millions ! Le contrôle de la santé, du sport, sont des tendances qui sont vraiment adoptées par les Chinois et notamment les nouvelles générations de Chinois d’aujourd’hui. Le fait de pouvoir contrôler son exercice, son poids et son activité, ce sont des choses qui se développent beaucoup en Chine. On peut imaginer que le textile suivra demain.

Côté retail, il se passe beaucoup de choses chez Alibaba et les géants du web en Chine. Alibaba est en train de développer le « new retail », c’est-à-dire une fusion complète du online et du offline. L’idée n’est même plus de différencier les deux : l’expérience d’achat doit vraiment fusionner online et offline.

Par exemple, dans le dernier concept Starbucks ouvert à Shanghai par le DG de Starbucks et par Jack Ma, le patron d’Alibaba, ils ont vraiment croisé ce côté très tech et tout l’expérientiel qu’on peut retrouver en physique. Il y a les grandes machines, les filtres à café sont visibles, on peut faire de la VR en magasin, voir des choses qui apparaissent, scanner des codes qui nous donnent plus d’informations sur le café qu’on est en train de boire, commander son café via son téléphone et puis se le faire livrer directement au bon endroit. On est vraiment sur de l’expérientiel tout à fait croisé O-to-O, et cela s’applique dans le retail mode avec des nouveaux concepts qui croisent vraiment la traçabilité produit.

Sur le côté tech, Google est en train d’ouvrir en Chine tous ses laboratoires de recherche sur l’intelligence artificielle. Je trouve ça assez significatif qu’ils choisissent la Chine pour aller s’implanter, sachant que Google est toujours banni en Chine et qu’on ne peut pas y accéder. Même les géants américains se disent qu’il se passe des choses en Chine. Alibaba aussi a prévu de mettre pas loin de 15 milliards de dollars d’investissement dans toute la recherche autour de l’intelligence artificielle. C’est la nouvelle obsession de ces géants du web chinois, de réinventer ce qu’on va pouvoir faire avec ces nouvelles technologies.

the chinese pulse

Modelab : Si j’ai bien compris, la France est en retard sur la Chine au niveau des technologies. Par exemple, dans le domaine des avancées sur l’Intelligence Artificielle, comment ça se traduit ? Est-ce qu’il y a quand même des domaines dans lesquels nous sommes plus en avance ? Comment comparerais-tu les deux pays au niveau technologique ?

Juliette : En effet, on est en retard sur la façon dont les technologies sont adoptées en Chine. On a peut-être plus de freins à l’adoption de certains outils, de certaines techs. Ça met plus de temps à être admis. On parlait du paiement tout à l’heure : aujourd’hui, en France, on ne paye pas avec son téléphone. On reste encore dans une culture de carte bleue, de cash, mais le téléphone en est encore à ses balbutiements.

En Chine, la technologie s’est développée à la vitesse de l’éclair. Il y a trois ans, il ne se passait rien, et on retourne en Chine six mois après et tout le monde paye déjà avec son téléphone absolument partout.

Je pense qu’il y a deux aspects : d'une part les Chinois ont de l’argent pour investir et ils investissent vite dans leurs acteurs du digital. Donc ces acteurs qui ont pu grossir vite et se développer en conséquence. D'autre part on constate que les freins consommateur qu’on peut avoir en France, sont complètement levés côté chinois puisqu’ils sont dans cette logique d'habitude au changement. Ils sont habitués à adopter de nouvelles choses. Leur façon de vivre fait que la technologie est adoptée de façon beaucoup plus facile et en tout cas beaucoup plus rapide.

Modelab : En Chine, auparavant, il n’y avait pas de classe moyenne, on était soit riche, soit pauvre. Il y a quelques années, la Chine a connu l’émergence d’une classe moyenne.  On voit qu’il y a une vraie volonté du peuple chinois d’accéder à la consommation et d’accéder au bonheur par l’hyper-consommation. Comment cela est-il géré par l’État communiste ?

Juliette : Il y a des choses qui existent en Chine en terme de protection sociale, mais qui ne sont clairement pas celles que l’on peut connaître en France, on en est très loin. Ce que je trouve intéressant quand on regarde tout ce niveau sécuritaire en Chine, c’est le rôle que joue la famille, au niveau social et clanique. Les générations plus âgées investissent dans leurs enfants. Ça a longtemps été lié à la politique de l’enfant unique. On n’avait qu’un enfant, donc il fallait qu’il ait absolument tout pour être heureux, s’épanouir, etc. Même les familles de cette classe moyenne économisaient beaucoup pour le bien-être de leur enfant pour lui acheter un appartement et une voiture. C’était les deux choses à avoir en Chine. Ce sont des générations qui ont été protégées financièrement par leurs parents et qui encouragent cette surconsommation.

Par exemple, il y a quelques années, une jeune femme qui avait un premier job dans une entreprise, peu importe son salaire, son loyer ou son appartement étaient payés par ses parents. Elle pouvait dépenser tout l’argent qu’elle gagnait pour elle, pour s’acheter un sac de luxe, ou des habits pour sa consommation propre. Tous ses besoins primaires étaient pris en charge par les parents.

Après, si on réfléchit un petit peu en prospective, on peut imaginer que ça va être amené à changer. Ces générations sont des générations d’enfants uniques qui vieillissent, et qui sont soumises à une grande pression parce que leurs parents vieillissent et qu’ils sont tout seuls pour les prendre en charge. Là, en effet, il faudrait regarder d’un petit peu plus près les politiques qui sont mises en place au niveau étatique. En tout cas, cela représente une grosse source de pression pour ces jeunes, à la fois financière et en terme de présence physique. J’ai pu rencontrer des amis chinois qui ont entre 30 et 35 ans, qui vivent à l’étranger, qui développent leur vie à l’étranger, mais ils disent bien qu’il va quand même falloir qu’ils rentrent s’occuper de leurs parents dans quelque temps, et ils n’auront pas vraiment le choix puisque tout repose sur eux. Donc il y a quand même une forme de pression sociale.

La Chine, c’est une société du pragmatisme. [Dans le mariage, par exemple] c’est pourquoi l’argent rentre beaucoup en ligne de compte. Au Nouvel An, on vous remet votre petite enveloppe rouge avec du cash dedans, quand vous allez à un mariage c’est important de donner une certaine somme d’argent… L’argent fait partie de la société de façon plus développée. La relation à l’argent est totalement différente. Il y a quelque chose d’assez assumé, et une volonté de s’enrichir, et c’est d’ailleurs ce que disaient les politiques au moment de l’ouverture de la Chine : « Enrichissez-vous ! » Il n’y a pas de honte, pas de choses cachées par rapport à ça. Il faut gagner de l’argent, et du coup l’appartement et la voiture sont des éléments-clés. Beaucoup de parents, dans les mariages, s’assurent que le futur gendre pourra apporter ces biens-là.

Modelab : Durant les derniers Jeux Olympiques en Chine, le cabinet d'architecture Herzog & de Meuron ont expliqué qu'heureusement qu'ils étaient en Chine car sinon il n'aurait jamais pu finir à temps. Par rapport à la législation du travail, est-ce que les choses sont en train d'évoluer ? Lors du dernier Who's Next, durant notre table-ronde François-Ghislain, co-fondateur de Veja, a expliqué qu’on avait vu les entreprises changer, devenir plus propres, plus éthiques… Je suppose que tu as visité des sous-traitants chinois : est-ce que tu as observé un changement ou est-ce encore trop tôt pour le dire ?

Juliette : Concernant la première partie de ta question, [le travail 7 jours sur 7 dans des conditions inhumaines] c’est vrai, c’est toujours vrai. Les Chinois sont plus travailleurs que nous parce que ça va avec cette mentalité de pays en développement, en croissance, où les gens ont envie de gagner plus et sont prêts à travailler. Je pense que nous, quelque part, on revient un petit peu de ça en France. On a des Chinois qui sont venus au moment de la fashion week et qu’on a emmenés faire un petit retail tour. C’était un lundi, à 11 h 30 on voulait les emmener à Centre Commercial pour leur faire faire le tour des marques éco-conçues, etc. On arrive devant et le shop était fermé parce qu’il n’ouvrait qu’à 14 h parce qu’on est lundi. Le patron chinois m’a dit : « Ils sont lazy ! »

Forcément, on a cette image-là, parce qu’en Chine tout est ouvert tout le temps, donc ils travaillent tout le temps. Après, c’est quelque chose que je nuancerais pour les nouvelles générations, les millenials. Un petit peu comme chez nous, en France, même des gens qui ont des jobs où ils gagnent correctement leurs vies et  se demandent s’ils ont envie de passer leur vie à travailler pour être riches sans pouvoir en profiter. Et je pense que cette notion de profiter de l’instant, de profiter de vivre dans le moment présent et sans forcément être dans l’épargne de demain, les millenials chinois l’ont aussi. Ils sont beaucoup plus dépensiers dans l’instant, beaucoup moins économes que leurs parents, et avec un rapport au travail qui je pense est un petit peu altéré par rapport à ce qu’a pu connaître la génération précédente. Mais ils travailleront différemment et ils feront les choses différemment, je pense que ça va aussi avec toute cette époque-là. On parle de tech, il y a aussi beaucoup d’outils aujourd’hui qui font qu’on ne fait plus forcément les choses comme avant. En tout cas, il y a une vraie soif de prendre des vacances, de découvrir le monde, de passer du temps entre amis qui n’était pas dans la culture chinoise de l’ouverture.

Modelab : Dernière question, par curiosité : pourquoi une telle fascination pour la Chine ?

Juliette : J’ai une fascination pour l’international de base. J’aime voyager, j’aime découvrir de nouvelles cultures et c’est quelque chose que j’ai toujours fait depuis toute petite. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’emmenaient partout, et dès 16 ans j’ai enfilé mon sac à dos pour partir découvrir de nouveaux endroits.

La Chine, j’y suis rentrée par la langue, pour apprendre le chinois. J’ai découvert un univers complètement à part, ne serait-ce que par l’écriture. Mes premiers cours de chinois consistaient à apprendre à dire « Je m’appelle Juliette » et c’était déjà formidable !

J’ai trouvé ça absolument fascinant d’être dans un univers si éloigné de nous qu’il donne envie de le découvrir. Ce n’est pas facile de travailler en Chine, ni d’être en Chine, mais par rapport à cette culture, à la façon d’être et à cette dimension humaine qu’on peut retrouver en Chine, il y a quelque chose que je trouve sympathique et finalement assez proche de nous. La dimension famille, qui est très importante, le fait de bien manger, de bien vivre, de trinquer, de partager, les Chinois ont beaucoup d’humour, il y a beaucoup de blagues qui sont faites, ils ont envie de rire ! Ils s’intéressent beaucoup aussi à ce qu’il se passe en dehors de chez eux, il y a une grande curiosité dans cette population. Finalement, c’est un pays dans lequel on se sent bien. Enfin, en tout cas, moi, je m’y sens bien.

The Chinese Pulse, c’est un projet que j’ai monté avec Sophia qui a vécu près de neuf ans en Chine. Elle a plus travaillé dans l’univers de la comm et des relations presse avec des clients chinois, en immersion complète en Chine pendant toutes ces années. Elle aussi, elle a cette expérience du vécu et du partage.

Modelab : Est-ce que tu as quelque chose à rajouter ?

Juliette : On a plein de projets ! C’est encore un peu tôt pour pouvoir vous dire lesquels, mais ce sont des projets liés en partie à la dimension tech. Et puis venez nous voir si vous avez des questions sur la Chine ! Parce qu’on travaille pour des marques de mode, pour des marques de beauté, mais aussi pour du lifestyle, donc on est assez ouvertes, en tout cas à des univers créatifs. Et il faut changer la vision préconçue qu’on peut avoir de ce pays parce que plein de choses fascinantes s’y passent et que ça mérite de s’y intéresser. Et aussi parce que c’est un marché. Pour revenir à une réalité plus business, c’est clairement un marché incontournable aujourd’hui mais également pour demain et je pense que c’est difficile de se projeter dans un avenir sans la Chine et sans les Chinois en tant que marque française.


The Chinese Pulse : coeur de Chine (1/2)

Pendant le dernier salon Who's Next, j'ai animé la table-ronde "Les opportunités de développement commercial pour les marques européennes en Chine", d'ailleurs vous pouvez revoir la conférence ici.

Et à cette occasion, j'ai découvert The Chinese Pulse. Première agence de conseil spécialisée sur la Chine contemporaine.  Après cette table-ronde, j'ai tout simplement voulu continuer ma conversation avec Juliette Duveau, co-fondatrice. En effet, je me suis aperçu que la Chine avait un double visage, à la fois complexe et follement mode.

Attention, je crois que c'est la plus longue interview que j'ai jamais réalisé pour Modelab. Donc, j'ai décidé de la publier en deux partie. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite !

Modelab : Est-ce que tu peux nous rappeler ton parcours ?

Juliette : Je suis passée par les Langues O’ (Institut National des Langues et des Civilisations Orientales, NDLT), en études de langue et de civilisation chinoise pendant trois ans. Après, j’ai fait une école de commerce qui m'a permis d’avoir une vision un petit peu plus business et surtout de savoir comment fonctionne une entreprise aujourd’hui, parce que c’est quand même utile, et ensuite un postgraduate management mode design et luxe à l’IFM.

Suite à ça, je suis passée par les bureaux de tendances : Martine Leherpeur Conseil, qui a une antenne en Chine pour laquelle j’ai travaillé quelques mois à Shanghai, et ensuite Nelly Rodi chez qui je suis restée à peu près cinq ans en tant que chef de projet pour piloter des missions de stratégie de marque, à la fois en France et au niveau international mais aussi beaucoup sur le marché chinois. Je conseillais les entreprises chinoises sur des sujets de branding, de positionnement stratégique, de création de marque.

Après avoir fait le tour de tout ça, j’avais envie d’autre chose. Je sentais qu’il fallait se positionner vraiment comme expert et qu’étant donné la vitesse à laquelle évolue le marché chinois, l’expertise se doit d’être encore plus poussée que ce qu’on pouvait proposer dans un bureau de tendances global. C’est ainsi qu’on a eu l’idée de créer The Chinese Pulse : pour pouvoir passer tout notre temps à regarder ce qui se passe en Chine et à prendre le pouls de la Chine contemporaine,  pouvoir suivre vraiment tout ce qu’il se passe, tout ce qui bouge, tout ce qui évolue.

Avec pour objectif  d'aider les entreprises et les marques avec lesquelles on travaille à mieux cerner ce marché et à mieux anticiper les évolutions pour pouvoir mieux vendre aux consommateurs chinois. 

The Chinese Pulse
Juliette Duveau et Sophia Dumenil, fondatrices de The Chinese Pulse

Modelab : Justement, cette Chine contemporaine, qu’est-ce que tu en penses ?

Juliette : C’est un marché qui est tout à fait fascinant ! C’est un pays qui a l’histoire moderne que l’on connaît : des années de communisme maoïste et de révolution culturelle où le pays était très fermé, avant la réouverture en 1979 avec Xiao Ping. La réouverture des frontières a été suivie par une grande envie de consommer de ces générations de Chinois qui commençaient à entrer dans le développement d’une classe moyenne.

Mais ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est la vitesse à laquelle les évolutions se passent dans ce pays. C’est toujours un peu difficile comme ça de s’en rendre compte. C’est un pays qui mérite d’être visité, où il faut aller voir et expérimenter. Je pense que les jeunes générations ont connu un pays en mouvement et en évolution et vivent avec ça. Ils sont plus aptes à adopter de nouvelles choses, à adopter de nouveaux usages, à adopter de nouveaux produits, peut-être même plus encore que ce qu’on ne l’est chez nous.

Dans la mode, ça se traduit par un marché qui était quand même assez en retard par rapport aux grandes tendances internationales il y a quelques années. Aujourd’hui, dans les grandes villes chinoises, vous avez beaucoup de style, beaucoup de looks avec un sens esthétique qui s’est vraiment affirmé, toujours une grande envie de tendances mais ils sont vraiment à la pointe de ce qu’on peut trouver en termes de mode. Pour les vêtements par exemple, Balenciaga est considéré par les Chinoises internationales et modeuses comme ce qui se fait de plus pointu aujourd’hui. Il y a donc vraiment eu un rattrapage des tendances.

En même temps, ces nouveaux consommateurs ont de nouvelles envies : ils sont moins dans la recherche de statut que n’ont pu l’être leurs aînés qui eux, découvraient la consommation et le marché du luxe. Tout le monde voulait le bon sac de la bonne marque ! Finalement, aujourd’hui, les nouvelles générations sont passées au-dessus de ces besoins-là. Ce qu’ils vont rechercher, c’est de plus en plus de style, de plus en plus de créativité, et finalement peu importe que ce soit porté par une marque de luxe ou par une marque créative. Ce qui est important, c’est vraiment la façon dont ça va pouvoir contribuer à leur silhouette, à leur look, à leur attitude et à leur personnalité.

Modelab : C’est comment, la fashion tech en Chine ? Est-ce que ça existe ?

Juliette : Avant de parler de fashion tech, je pense que c’est bien de parler un peu de tech. Les Chinois sont extrêmement connectés, encore plus connectés que nous, c’est pour ça que la dimension tech est vraiment primordiale quand on parle de la Chine aujourd’hui.

Bien sûr, cela se traduit dans le shopping. Il y a tout un tas de technologies qui sont portées par les géants du digital en Chine et qui s’appliquent évidemment au retail. On peut parler d’Alibaba avec TMall, de Taobao, et de tous les outils qu’ils développent. Ce sont des plateformes de vente en ligne, Taobao est en quelque sorte l’Amazon chinois. Mais en Chine, les consommateurs achètent énormément sur mobile : je crois qu’on n’est pas loin de 80 % des achats online faits par téléphone en Chine. Même sans aller en Chine, si on va aux Galeries Lafayette, on peut voir que les Chinois qui consomment ont tous le téléphone à la main : ils pratiquent ce qu’on appelle le live shopping, une tendance qui s’explique par plusieurs raisons.

Modelab : peux-tu juste nous rappeler ce qu’est le live shopping ?

Juliette : Il y a la dimension de l’outil tech, du live, de l’achat en live stream. Ça, ce n’est pas forcément dans un magasin : tu peux être chez toi, et tu as sur l’appli de Taobao un service de live streaming qui te permet d’assister en direct à une présentation de produit.

Modelab : C’est une sorte de télé-achat, en fait.

Juliette : (Rit.) C’est un peu ça, mais c’est un télé-achat participatif. On va pouvoir commenter, liker, on voit tout le feed de la discussion qui est alimenté par les consommateurs ou les personnes qui regardent. C’est quelque chose qui est dans l’instant, dans le partage et dans le communautaire, et qui fait des scores absolument énormes. Par exemple, lors d’une session de live shopping avec la superstar chinoise Angelababy, il s’est vendu 10 000 rouges à lèvres en deux heures !

Les Chinois ont une vraie facilité à utiliser les outils du e-commerce et à utiliser le mobile commerce. Cela fait partie intégrante de leurs habitudes d’achat. Là où nous avons parfois certains freins, notamment les générations les moins jeunes, eux n’en ont pas du tout.

L’autre partie du live shopping concerne plutôt les achats en magasin. Les consommateurs chinois sont très exigeants, ils regardent absolument tout sur le produit, ils veulent être sûrs de ce qu’ils veulent acheter. Du coup, ils vont comparer les prix pendant qu’ils se rendent en boutique, pour être sûrs qu’ils achètent au meilleur tarif.

Beaucoup de Chinois, quand ils voyagent, achètent aussi pour leur famille et leurs amis, surtout dans le shopping de luxe. Ils se connectent en live, dans le magasin, prennent des photos, les envoient, demandent s’il s’agit bien du bon produit, combien en acheter, dans quelle taille ou quelle dimension… C’est ce que j’appelle la deuxième expérience live : il y a vraiment quelque chose qui se passe dans le point de vente via le téléphone et via les outils tech, une connexion extrêmement intense des shoppers chinois.

La suite la semaine prochaine...

 


Daco : l'intelligence artificielle au service du retail

Lors d'une mes nombreuses pérégrinations à Station F j'ai eu le plaisir d'échanger avec Claire, co-fondatrice de Daco, une startup qui mêle intelligence artificielle et mode.

Retour sur un entretien qui met en lumière la manière dont l'intelligence artificielle va aider un secteur quelque peu rigide :-)

Modelab : Est-ce que tu pourrais te présenter ?

Claire : Je suis Claire Bretton, co-fondatrice de Daco. Pour résumer mon parcours en un mot depuis ma sortie de ESCP Europe en 2012, je dirais : la data. J’ai commencé ma carrière chez Emnos, un cabinet de conseil en big data. J’ai passé deux ans à travailler pour le groupe Carrefour, avec comme principale mission l’analyse de toutes les données de la carte de fidélité pour optimiser le mix marketing : l’offre, le prix, le marketing ciblé, etc... Ensuite, j’ai rejoint Advancy, un cabinet de conseil en stratégie, et j’y suis restée quatre ans. J’ai beaucoup travaillé avec les grands acteurs du Retail (prêt-à-porter et cosmétiques) : du mass market avec le groupe Vivarte jusqu’aux maisons de luxe avec la maison Kenzo par exemple. Je les aidais sur des problématiques de category management, de stratégie prix, de plans stratégiques plus globaux ou d’expansion internationale.

C’est dans ce cabinet que j’ai rencontré mes deux associés, Paul et Anis. Tous les trois, on a travaillé sur des problématiques assez similaires et on partageait l’envie de créer et d’entreprendre. On a identifié un besoin, celui des données de l’environnement concurrentiel, et on s’est lancé!

Modelab : Est-ce que tu pourrais nous expliquer ce que fait Daco ?

Claire : On a créé  Daco en septembre 2016.  Daco, c’est une plateforme qui va aider les retailers du prêt-à-porter (pour l’instant) à avoir la meilleure vision de leur environnement concurrentiel.

Le constat est simple : aujourd’hui, il n’y a plus de croissance organique sur les marchés du prêt-à-porter, surtout en France. Si l’on veut croître, il faut prendre des parts de marché à ses concurrents. Et la première étape pour y arriver, c’est de connaître ses concurrents. J’aurais du mal à gagner une course si je ne sais pas où se situent mes adversaires. On s’est rendu compte qu’en interne, il n’y avait que très peu de données, ou alors que la collecte de ces données était effectuée à la main de façon très laborieuse. C’était très artisanal, alors que toute la donnée est disponible en ligne ! Il ne manquait plus que les outils technologiques pour l’extraire et pour l’analyser.

Chez Daco, on fonctionne principalement avec trois technologies : la première est une technologie d’extraction de données. Une fois l’extraction faite, il y a un gros enjeu d’homogénéisation de la donnée, puisqu’en fait, les retailers n’ont pas forcément tous la même façon de définir leurs produits : ce qui peut être classé dans les pantalons chez Zara peut être un jean chez H&M. On a besoin de comparer des choses qui sont comparables, et pour ça, on va faire levier sur la reconnaissance d’image et les technologies d’intelligence artificielle. Ça aide le retailer à aligner les produits de ses concurrents sur sa propre segmentation en interne. On est aussi capable d’identifier les produits similaires : c’est l’un des gros enjeux du benchmark dans la mode. C’est ce que fait l’intelligence artificielle : elle mélange du texte et des images pour trouver un assortiment de produits comparables par rapport à un produit en particulier. Tout cela nous donne un flux de données qui est à la fois exhaustif et homogène, qui va nourrir un ensemble de tableaux de bord.

Daco
Claire BRETTON

On a plusieurs thèmes : on va travailler sur l’offre tout d’abord, on va donner des équilibres d’assortiment par catégorie, par sous-catégorie, par taille, par couleur (ma collection hiver comprend-elle assez de noir ?)... Ces analyses vont permettre d’une part de se rendre compte de ses points de différenciation, mais aussi d’identifier et d’aller chercher des opportunités sur des catégories qu’on ne couvre pas assez. Ensuite, on a un module Prix et un module Promotions. Nos clients vont pouvoir savoir s’ils ont assez d’entrée de gamme, de haut de gamme, s’il va suffisamment loin dans les prix pour entretenir une image plus mode... Sur la promotion, on va chercher à savoir si les promotions sont cadencées intelligemment et avec pertinence. On l’a vu pendant les soldes : tout le monde était accro à ces analyses pour savoir si les promotions proposées avaient été trop ou pas assez agressives sur les différentes démarques.

Ces tableaux de bord sont utilisés par trois types de clients. Il y a, tout d’abord, les retailers classiques qui veulent savoir ce que fait la concurrence. Ensuite, il y a les marques qui ont une approche différente. Elles sont parties du constat qu’aujourd’hui, les marketplaces sont un canal de distribution très important pour elles et elles ont du mal à savoir ce qui s’y passe. Que ce soit Zalando ou Amazon, c’est très fouillis, il y a beaucoup de vendeurs derrière, ce ne sont pas forcément des revendeurs officiels, il y a de la contrefaçon, et les marques veulent maîtriser leur distribution sélective et officielle. Leur but, c’est donc de repérer tous les vendeurs non officiels qui vont entacher leur image de marque et leur voler des ventes, et donc de monitorer leur présence sur les différentes marketplaces qui existent. Enfin, on a des cas qui sont plus ponctuels : on travaille avec des cabinets de conseil qui vont nous demander de la data pour une mission en particulier. Voilà nos trois cas d’usage.

Modelab : Si vous êtes capables de tout quantifier, et donc de tout « prédire », quand on a une stratégie qui est hors cadre ou hors spectre, comment cela se passe ? Par définition, c’est quelque chose que vous ne pouvez pas prévoir. Pour les marques, si j’ai bien compris, le but, c’est de minimiser le risque, d’optimiser les ventes et de cannibaliser son concurrent. Comment faites-vous en cas d’imprévu ? Au bout de combien de temps le réintégrez-vous dans vos calculs ? Comment l’analysez-vous et comment le remettez-vous à jour ?

Claire : C’est un bon point, parce qu’on utilise de l’intelligence artificielle, et il nous faut des données pour l’entraîner. J’ai l’habitude de dire que chez Daco, on développe un outil qui va aider les marques à passer à l’étape d’après.

Modelab : Par exemple, dans « Deep thinking » Garry Kasparov, explique que quand il joue contre Deep Blue, à un moment donné, il n’en peut plus et il joue un coup qui est très mauvais et que la machine ne peut pas gérer parce c’est quelque chose qui n’est pas prévu. Et, elle bug.

Claire : Effectivement, c’est arrivé dans ce cas-la. Mais nous, on est sur un marché sur lequel il y a très peu de coups de ce genre, et si un imprévu arrive, la machine ne saura pas réagir la première fois, mais elle saura réagir la deuxième. C’est un coup qui peut marcher une fois. En fait, on apprend aux machines à réagir au fur et à mesure pour qu’elles soient plus intelligentes. Je vais prendre un exemple tout simple : au début, on a entraîné notre intelligence artificielle sur un set de photos initial. On s’est rendu compte que sur certains sites web, toutes les photos sont stylisées. Il n’y aura jamais un haut tout seul : il sera toujours porté avec une jupe ou un pantalon. Il sera en situation. Et forcément, au début, la machine ne sait pas où regarder. On lui a donc appris à faire un arbitrage pour qu’elle sache regarder au bon endroit. On la rend donc de plus en plus intelligente, mais il y a des coups qu’elle ne peut pas anticiper si on ne lui a jamais appris. C’est comme un enfant !

Modelab : En partant de l’exemple de Deep Blue, j’aimerais dériver sur AlphaGo. Il a été capable d’optimiser le jeu de go à un point que les meilleurs joueurs du monde étaient incapables d’atteindre ; est-ce que c’est quelque chose que vous pourriez atteindre de votre côté ? Optimiser les séances photo, recréer la situation, remettre de la créativité ?

Claire : C’est possible, parce qu’aujourd’hui, ce sont les GAFA qui donnent les règles du jeu de l’intelligence artificielle. AlphaGo, auparavant, est devenu performant en regardant jouer des gens, puis en jouant contre lui-même. La dernière révolution est arrivée avec AlphaGo  qui a été capable d’être performant seulement en jouant contre lui-même. Il n’a plus besoin de données externes pour exceller ! Nous, on pourrait aller beaucoup plus loin que ce qu’on a aujourd’hui. Le but, c’est de construire un modèle et une intelligence artificielle qui est assez flexible pour passer tout de suite à l’étape d’après. Il y a des publications scientifiques qui sortent tous les mois, et le but c’est de l’implémenter le mois suivant, sinon on a un temps de retard.

Modelab : Quel est ton point de vue par rapport à l’écosystème mode français ? Penses-tu que le marché français soit mature en terme d’innovation ?

Claire : Je pense que c’est un secteur assez particulier, assez singulier, pour deux raisons. La première, c’est que c’est un secteur où à la base, c’est un tabou de regarder ses concurrents. Et deuxièmement, c’est un secteur qui fonctionne beaucoup à l’intuition et au produit.

La tech, ce n’est pas quelque chose qu’on peut toucher, les gens en ont peur, ils ont peur que ça mette une distance entre le produit et le consommateur, mais je trouve que peu à peu, les mentalités sont en train de changer.

À  l’Époque, quand je faisais du conseil, je me battais avec les grands retailers parce que beaucoup d’entre eux avaient peur de rater le train du digital et de l’intelligence artificielle, et ils se dirigeaient vers des investissements qui étaient gadgets, qui ne renforçaient pas du tout l’expérience client. Je me rappelle d’avoir eu des séances de travail sur des concept stores où ils voulaient mettre des écrans partout... Je leur disais : « Si c’est pour voir un écran, je suis mieux chez moi dans mon canapé ! ».

Daco
Claire BRETTON - Paul MOUGINOT - Anis GANDOURA

Et je trouve que là, on est en train d’évangéliser le marché et de leur faire comprendre que la grosse innovation tech, celle qui va apporter une vraie valeur ajoutée, c’est quelque chose qui ne se voit pas, c’est du back office. Ce sont des innovations qui vont permettre l’omnicanalité, ce qui permet au client d’avoir un parcours fluide entre chaque canal. C’est quelque chose qu’on ne voit pas forcément, mais qui simplifie la relation avec les clients et surtout, rapproche et intensifie l’expérience. Je crois qu’on est dans la période d’évangélisation. Il y a beaucoup de start-ups qui arrivent et qui vont se charger de fluidifier tout ça. En tout cas, ce serait merveilleux que ça aille dans cette direction ! (Rit)

Modelab : Dans un précédent numéro de Modelab, on évoquait la Corée du Sud, où il est apparemment plus facile de trouver de la 4G qu’une poubelle ! Et les Coréennes qui viennent faire leur shopping en France sont très étonnées lorsqu’elles essayent de scanner les articles en boutique avec leur téléphone et qu’il ne se passe rien... L’expérience client qu’elles ont en Corée du Sud n’a rien à voir avec celle qu’elles peuvent avoir à Paris. Aujourd’hui, les retailers veulent être hyper-connectés, mais dans le même temps, on voit l’apparition du mindfulness, du yoga, de la déconnexion... Finalement, la valeur qui a le plus d’importance, c’est le temps. S’il s’agit simplement de mettre quelques écrans, effectivement, autant rester à la maison. Alors, comment trouve-t-on cet équilibre ? Y a-t-il un choix à faire ou plutôt des choix à faire pour ces fameux retailers ? Finalement, la valeur est-elle sur le produit ? Faut-il mettre beaucoup d’argent dans le retail ? Ou est-ce que les budgets devraient être dédiés non pas à ce que l’on vend, mais à la manière dont on le vend ?

Claire : Personnellement, je mettrais de l’argent sur l’expérience et l’histoire que je raconte. Effectivement, sur le produit en lui-même, le vêtement, le prix, etc... Mais pas seulement. J’aime bien citer l’exemple de Sézane ; je ne sais pas si c’est quelque chose qu’ils ont vraiment pensé et réfléchi, mais c’est ce que j’ai ressenti en tant que cliente. J’ai eu le sentiment qu’ils avaient tout compris.

Prenons l’exemple d’un magasin de prêt-à-porter standard : il y a beaucoup d’espace perdu c’est-à-dire non dédié à l’expérience client (les réserves, les caisses, ...) et 50 % du temps des vendeurs-euses consiste à aller chercher des tailles dans l’arrière-boutique. On ne se concentre pas sur ce qui crée de la valeur. Dans la boutique Sézane, il y a très peu de réserve puisque toutes les tailles disponibles sont sur des racks. Les gens vont essayer des vêtements, ils sont conseillés par les vendeuses, ils reposent les vêtements et ne repartent pas forcément avec : on leur livre ! Ça crée un effet « Waouh » qui est permis par un back-office très efficace, qui fait que le produit va être livré sous quelques heures, et qui permet de tout reconcentrer sur la relation avec la vendeuse qui n’est même plus une vendeuse mais une conseillère. Elle n’est plus du tout en réserve, il n’y a pas vraiment de caisses, tout est centré sur l’humain et le produit. Je trouve ça assez intelligent comme façon de penser. Ça n’est pas une fausse manière de se mettre au digital. C’est beaucoup plus intelligent : on retrouve cette valeur d’humain, de pouvoir prendre son temps et de se concentrer sur ce qui importe vraiment.

Modelab : Le magasin devient un showroom. C’est ce qu’a aussi fait Bonobo sur Fifth Avenue, à New York. Il n’y a pas de stock en boutique, le client essaye, paye et est livré chez lui ou peut repasser plus tard en boutique, ou se faire livrer à un autre endroit, et c’est fait dans les 24 heures. Et comme tu dis, la valeur est remise sur la relation client.

Claire : On travaille pour Bréal actuellement, et à la Villa Bréal, le client peut prendre rendez-vous sur des périodes de 30 minutes à une heure, et il y a vraiment un conseiller qui est là pour l’orienter sur un style. C’est un vrai point de différentiation. Pour moi, on ne doit pas dire non à la tech. Il faut juste qu’elle soit au service de quelque chose de valeur. La tech pour la tech, ça ne sert à rien !

Modelab : Justement, comment penses-tu que la tech va modifier l’univers mode et la relation clientèle sur les cinq ou dix prochaines années ?

Claire : Je pense qu’elle va nous rapprocher. Il n’y aura plus de frottements parasites : on sera au contact de la marque et du créateur sans penser à la relation marchande et dans des moments où cela nous apportera beaucoup plus qu’une pièce de vêtement. Je ne sais pas si on va y arriver, mais c’est la vision que j’ai.

Modelab : Une relation directe entre le client, le créateur et le vendeur, en fait.

Claire : Oui, tout à fait. La question, c’est de savoir comment l’histoire que le créateur nous raconte va au-delà de la pièce de vêtement et du simple discours. Je ne serais pas surprise, par exemple, que certains magasins proposent des cours de yoga, que ce soit répandu et que tout ça forme un énorme écosystème.

Modelab : Du coup, on dépasserait le côté de la mode et on dériverait vers le lifestyle avec un côté nature, healthy, yoga... Ça reprend un peu ce que fait Agnès.b : c’est complet sur l’art contemporain également, tout son univers de marque se déploie.

Claire : J’espère qu’on va arriver à ça !

Modelab : Et pour finir, Daco, c’est quoi en ce moment ?

Claire : Daco, ça se passe très bien ! On a fait partie du programme Lafayette Plug & Play l’année dernière (pour lire notre article sur cet incubateur c'est par ici), c’était la grosse étape de l’année 2017, on est rentré en mars et sorti en juin. Juin, c’était aussi le mois de la sortie de notre première plateforme, ce qui a boosté le côté commercial. Ensuite, on a été sélectionnépour rejoindre Vente Privée Impulse en novembre 2017, c’est un partenariat très stratégique pour nous, et être à Station F, c’est assez magique et ça donne un souffle assez particulier à une start-up.

L’étape 2018 est importante pour nous : on veut grossir encore plus vite. On teste aussi d’autres applications dont je ne peux pas encore parler, mais la donnée concurrentielle est un terreau immense pour créer beaucoup de valeur. On a lancé notre plateforme sous la forme que l’on souhaitait en janvier, on a changé toute la charte graphique et visuelle en même temps. Maintenant, on veut devenir référent sur le marché du prêt-à-porter, et commencer à aller sur d’autres marchés retail (cosmétique, déco, ...). Je pense aussi qu’on ira très vite aussi sur d’autres pays, toujours sur le prêt-à-porter, pour nos clients qui souhaitent avoir cette donnée sur plusieurs pays.


The Matter : un trio éthique

Depuis que nous sommes installés à Station F, j'ai eu l'opportunité de croiser quasiment au quotidien le trio de The Matter. Olivia, Marie et Gabrielle dégagent une belle énergie et portent des convictions fortes.

Juste avant les fêtes de Noël, elles avaient organisé un pop-store réunissant leurs marques préférées comme Green Barbès ou Comtesse Jojo Paris.

Bref, un peu comme d'habitude j'ai voulu en savoir plus et Marie a eu la gentillesse de répondre à mes interrogations.

Modelab : Peux-tu te présenter ?

Marie : Je m’appelle Marie Wittmann. Je suis co-fondatrice de The Matter, qui est un concept-store éco-responsable mode et lifestyle.

Avant ça, professionnellement, j’ai travaillé plusieurs années dans la production audiovisuelle,  j’ai été business affairs pendant quelques années chez Première Heure. Ensuite, j’ai développé un label de production au sein de la même société, qui s’appelait Blossom. Après ça, j’ai participé au lancement d’une start-up qui était dirigée par Adrien Touati et Daniel Marhely, le fondateur de Deezer. Et puis j’ai travaillé en freelance dans la mode, en stratégie de développement et communication pour des multimarques en province. J’ai aussi été prof à la fac et dans des écoles de commerce, et j’ai fondé une marque de t-shirts unisexes il y a quelques années, qui s’appelait Don’t Switch Me Off.

Modelab : Si j’ai bien compris, The Matter, c’est une histoire collective. Est-ce que tu peux nous raconter ça ?

Marie : Oui, effectivement, on est trois associées avec Olivia Chammas, responsable du marketing, et Gabrielle Hervochon qui s’occupe de toute la partie logistique et commerciale du projet.

C’est parti d’une histoire assez simple : on s’est rencontrées par relationnel, on était toutes les trois à des moments de notre vie où on avait envie de se lancer dans l’entrepreneuriat, et par notre parcours, on a été amenées à faire le même constat et à développer la même envie de créer un type de projet autour de la mode consciente, plus éco-responsable, plus en phase avec les problématiques environnementales et éthiques. Mon mémoire de fin d’études portait sur les OGM.

J’avais aussi un blog d’informations sur lequel je faisais des interviews qui étaient très engagées, et c’est aussi pour ça que c’était un sujet qui m’intéressait. Et puis j’ai un peu toujours été baignée dans la mode du fait de mon histoire familiale.

Gabrielle a aussi eu une expérience dans le luxe où elle s’était fait ces mêmes réflexions, et Olivia a fait l’IFM et a aussi travaillé dans la mode chez Yamamoto. On venait toutes les trois de circuits différents mais on se retrouvait sur cette problématique. On a constaté que ça manquait, et qu’il y avait non seulement une vraie envie et un vrai besoin de consommer mieux de la part des consommateurs, mais surtout qu’il y avait un manque.

Les propositions étaient parfois non alléchantes, pauvres, pas forcément en phase avec les critères esthétiques qui sont recherchés quand on s’achète un vêtement. L’offre existante n’était pas connue ! Dans les interviews ou conférences qu’on suivait, c’était toujours les mêmes marques qui étaient citées.

Tous les projets européens, toutes les jeunes marques qui se lançaient, les jeunes designers qui avaient une vraie existence n’étaient pas cités, pas connus et pas référencés sur Internet. Voilà pourquoi on s’est lancées : on s’est dit que ce serait sûrement très intéressant de développer une plateforme européenne sous forme d’une concept-store éco-responsable qui réunirait tous ces acteurs et ces designers européens avec pour premier critère de sélection le style, et évidemment, être en phase avec notre charte environnementale et éthique.

Modelab : The Matter, c’est quoi aujourd’hui concrètement ?

Marie : The Matter, c’est un concept-store éco-responsable. Ça, c’est le projet de base. Ce sont aussi des pop-up stores à thématiques fortes : l’idée, c’est d’une part de permettre à nos clients de pouvoir toucher le produit et de rencontrer les créateurs, et d’autre part, de poursuivre l’expérience qu’on a via le site, en physique. The Matter a été construit techniquement comme un concept-store éco-responsable, mais d’un point de vue identité, c’est une marque.

The Matter
Pop-up store

On ne voulait pas simplement que The Matter soit une vitrine qui représente des créateurs ; on voulait que The Matter ait sa propre identité visuelle et soit constitué comme une marque. On fait beaucoup de collaborations artistiques, on fait des photoshoots en interne, on produit énormément de contenu vidéo et photo. Sur tous nos pop-up stores, l’événementiel est au cœur : on fait des concerts, des créations in situ… C’est toujours très vivant, et l’idée, c’est vraiment de retrouver l’expérience qu’on a en ligne en physique. On est producteur de contenu éditorial, pour nous et pour nos marques qui n’ont pas forcément le temps de se concentrer sur cet élément  : parfois, on produit pour elles, pour mettre en avant leurs vêtements. On réalise également du packshot pour nos marques partenaires, et on développe la partie conseil à travers un projet qu’on va lancer en avril, intitulé « The Big Blue Project ». L'idée est de proposer trois jours de formation pour les professionnels et les étudiants. Le but, c’est de permettre à des marques existantes qui ont envie de switcher vers plus d’éco-responsabilité de s’informer et de voir dans quelle mesure est-ce que c’est possible, et de permettre aux projets qui n’existent pas encore de se construire à partir de ces bases.

Sur la partie marque The Matter, pour essayer d’appuyer au maximum l’identité forte du projet, on fait des collaborations avec nos marques partenaires. La première a eu lieu cet hiver, pendant le pop-up justement, avec une marque de maroquinerie qui s’appelle Comtesse Jojo. L’idée, c’est de faire deux collaborations produit par an, une qu’on devrait lancer avant l’été et une autre pour l’hiver prochain.

The Matter
Collab Princesse Jojo x The Matter

Modelab : Donc, vous êtes parties d’un constat qui montrait que la mode était vraiment en train de changer et qu’il y avait une inadéquation entre l’offre et la demande, c’est pour ça que The Matter a été mis en place. Comment tu vois l’écosystème mode aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu en penses ? Quel est ton point de vue ?

Marie : Évidemment, je sens que tout est en train de bouger, de par la vague éco-responsable et la prise de conscience globale qui existe autour de la mode – éco-responsable et éthique, d’ailleurs, car ce sont deux choses totalement différentes.

On voit que la fast-fashion commence à s’y mettre, on voit de plus en plus de volonté de la part des consommateurs de s’habiller avec des vêtements qui durent, la saisonnalité qui disparaît finalement, de par le climat mais aussi de par la conscience. On se rend compte que l’idée, c’est de produire moins mais mieux. Nous, on constate que la France est légèrement en retard par rapport à certains pays européens, comme les pays nordiques, l’Allemagne, l’Angleterre, qui sont déjà assez ancrés et pour qui c’est déjà en process. Les gens n’ont pas de problème avec cette définition d’éco-responsabilité ; en France, c’est moins avancé mais c’est en train de se développer. Il y a de plus en plus d’initiatives, de plus en plus de jeunes créateurs pour qui ce n’est pas une question de tendance mais pour qui c’est totalement normal d’intégrer ces process d’éco-responsabilité dans la production. Donc oui, il y a un marché ; par contre, on reste sur un produit de mode, de tendance.

Acheter un vêtement, c’est affirmer sa personnalité – c’est affirmer en fait beaucoup de choses. C’est très important, bien que cela puisse souvent paraître un achat superficiel. Le vêtement reste un achat très important pour les gens. Selon nous, il n’y aura pas de compromis possible. D’ailleurs, c’est ce vers quoi va la mode : pendant très longtemps, on a eu une mode éco-responsable qui existait mais qui était très connotée, qu’on pouvait appeler de « hippie », avec des t-shirts déformés, des sarouels et des assemblages de couleurs absolument pas en phase avec la tendance. Aujourd’hui, on se rend compte que le compromis n’est pas possible : acheter un produit propre, oui, mais acheter un produit qui nous plaît avant tout. C’est pour ça qu’on se focalise en premier sur le style dans la sélection, et qu’intervient ensuite le facteur éco-responsabilité et éthique du produit.

En fait, ça se fait un peu sur le même modèle que l’alimentation : pendant très longtemps, les magasins bio étaient des magasins uniquement fréquentés par des personnes qui mangeaient des graines, si on veut caricaturer exagérément. Le packaging allait avec : il n’y avait pas d’effort ni sur le packaging ni sur la boutique, et puis petit à petit, il a commencé à y avoir une demande, à y avoir un produit qui répondait, et aujourd’hui le bio se trouve dans des cafés bobos avec une décoration très léchée, il est devenu très tendance ! C’est aussi parce que les marques ont accompagné ce changement : elles ont compris que le paquet de boulghour, c’était très bien, mais qu’il fallait l’enrober un peu mieux, qu’il fallait faire du marketing.

The Matter

Modelab : Justement, à propos de cette tendance de fond que tu décris où le bio devient tendance, tu crois que le développement durable devient aussi tendance pour la mode ? Comment imagines-tu que cela va se transformer dans les années à venir ? Comment est-ce que ça va bouger ?

Marie : À court terme, ça ne bougera pas tant que ça. Je pense que sur le long terme, par contre, ça va se normaliser. D’ailleurs, dans les pays nordiques, on voit que ça s’est déjà normalisé. Pour y être allée récemment, on rentre dans plein de boutiques de marques où ce sont des produits entièrement issus de l’upcycling, ou recyclés, ou complètement issus du bio ou éco-responsables du début à la fin, mais par contre, ce n’est absolument pas mis en avant, ni dans la boutique ni sur la devanture. Là où on le comprend, c’est uniquement sur l’étiquette du produit où il y a une petite explication sommaire qui rappelle que oui, évidemment, c’est un produit propre. Je crois qu’on va de plus en plus vers ça : aujourd’hui, c’est un élément marketing, c’est une tendance, mais je crois que les gens auront de plus en plus envie que ça devienne normal et qu’on n’en parlera même plus. Mais ça, c’est vraiment sur le très long terme.

Modelab : Est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?

Marie : Oui, j'aimerais parler un peu plus en détails de The Big Blue Project ! Il s'agit de trois jours de formation et d'échanges dédiés aux professionnels sur les problématiques environnementales dans la Mode, du 10 au 12 avril prochain.

The Matter

Nous avons notamment mobilisé les intervenants et partenaires suivant  : Le Printemps, Who’s Next, Red Bull France, Institut Français de la Mode, Futur Tech Lab, Eco TLC, Forweavers, l’école Casa 93, Modelab…. Et nous attendons des confirmations très alléchantes ! Nous organisons cet événement en collaboration avec L' Atelier Meraki, résidence entrepreneuriale pour la jeune création.

L’idée consiste à s’adresser aux professionnels, parce qu’on pense que le changement est urgent. The Matter, c’est un projet qui est engagé. Pour nous, il est urgent de prendre conscience de ces problématiques : l’idée, c’est de se demander si dans 20 ans on pourra encore se baigner dans l’océan, d’où le nom. On pense que ce changement passe par les marques, par les professionnels ; qu’il y a une demande des consommateurs mais que c’est surtout parce que les marques intègreront ces problématiques-là que les choses pourront bouger.

On attend avec impatience qu’Apple s’y mette, par exemple. Ce n’est pas l’inverse qui se passe : ça frémit, les gens demandent, donc faire de la sensibilisation en B2C pourquoi pas, ça existe, il y a suffisamment de reportages et de documentaires sur le sujet. Mais ce qui est important, c’est de donner les clés aux marques qui existent et aux futures marques (c’est pour ça qu’on forme aussi les étudiants) pour qu’il soit possible de switcher ou de s’y mettre dès le début. C’est pour ça qu’on fait de la formation : c’est parce que pour nous, tout part des marques.


Armine Ohanyan : l'innovation couleur arménie

À chaque fois que je me rends sur le salon Avantex, je découvre toujours des créateurs qui prennent des risques, qui mélangent des influences et cultures dans leurs réalisations.

Rencontre culturelle avec Armine Ohanyan quand l'Arménie souffle un vent de fraîcheur sur la création hexagonale.

Modelab : Est-ce que tu pourrais te présenter ?

Armine : Je suis Armine Ohanyan. Ça fait cinq ans que je suis en France. J’ai commencé mes études aux Beaux-Arts de Erevan, la capitale d’Arménie. Puis j’ai continué aux Beaux-Arts de Lyon, en design textile. Pour finir, j’ai fait deux ans dans une école de mode à Paris, ModeEstah, en stylisme et modélisme.

Armine Ohanyan
@Erkan_Baris

Modelab : Est-ce que tu pourrais nous parler un petit peu de tes créations ?

Armine  Ohanyan : Dans mes créations, l’inspiration vient toujours de la nature et des événements naturels comme la neige, la pluie, le vent ou autre. J’essaye d’introduire ces effets en faisant des créations de matières qui nous rappellent certains éléments de la nature. Par exemple, j’ai des pièces qui représentent la neige, l’hiver profond, la glace… J’utilise aussi les nouvelles technologies comme l’impression 3D pour certains éléments que je viens ensuite apposer sur le vêtement. Je mélange la mode, les nouvelles technologies et la nature.

Modelab : Ici, on est sur Avantex et tu as fait un défilé hier, comment ça s’est passé ?

Armine  Ohanyan : En fait, je suis là parce que j’ai gagné le prix Fashion Tech Expo à Paris en 2017, à la Cité de la Mode et du Design, et on m’a invitée ici pour que je présente mes créations et que je fasse un défilé. J’ai fait mon défilé hier, ça s’est très bien passé, j’ai de très bons retours.

Armine Ohanyan
@mathilde_gehin

Modelab : Quel est ton point de vue sur l’innovation dans la mode au sens large du terme ? Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Armine  Ohanyan : Je trouve que l'innovation représente l’avenir de la mode. C’est déjà révolutionnaire, tout ce qu’on a vu jusqu’à présent dans la mode, dans l’innovation, dans les nouvelles technologies.

Tout cela m’inspire. Et  j’utilise ces nouvelles technologies dans certaines de mes créations.

@Aude_Lerin

Modelab : Quels sont tes projets dans les mois à venir ?

Armine  Ohanyan : Je travaille sur ma nouvelle collection, que je présente le 10 mars prochain. Je ferai un défilé, ou plutôt une performance artistique – pas vraiment un défilé comme on est habitué à en voir. Ensuite, je vais lancer mon e-shop où je mettrai certaines pièces un peu plus faciles à porter, mais dans l’esprit de mes créations. J’ai pas mal de projets et de demandes.

Modelab : Tu viens d’Arménie et tu travailles en France. Comment arrives-tu à faire le lien entre ces deux cultures dans ton travail ?

Armine  Ohanyan : (Rire) Dans mon travail, c’est intéressant parce que l’Arménie et la France ont des cultures totalement différentes. Je trouve que c’est une vraie richesse de les mélanger, de prendre les points forts de ces deux cultures et de les intégrer à mes créations.

Armine Ohanyan
@mathilde_gehin

Modelab : Est-ce que tu as quelque chose à rajouter ?

Armine  Ohanyan : Je trouve qu’il est très important pour les jeunes créateurs comme moi qui viennent de commencer d’avoir le soutien de personnes qui nous donnent la possibilité de parler de nos créations, de les montrer un peu plus, parce que les grandes marques ont beaucoup plus de visibilité. Pour moi, c’est une bonne opportunité d’être ici et de présenter mes créations.

Lors de la Fashiontech Expo, nous avions également rencontré le duo Intrview. Un entretien réalisé par Julie à lire ou à relire juste ici.

Première photo par Aude Lerin


2018

Modelab en 2018 : une année renversante

En début d'année, c'est généralement l'heure des bilans et des bonnes résolutions.

Donc je vous propose un retour plus que subjectif sur 2017 et un aperçu de ce que nous vous préparons pour 2018.

Modelab en 2017 : enfin Paris

Comme vous le savez, Modelab est pour moi avant tout une aventure personnelle. Pendant plus de deux ans, j'ai effectué des aller-retour entre Grenoble et Paris jusqu'au moment où j'ai réalisé que Modelab avait pris une place incroyable dans mon existence.

Bref, je voulais exclusivement me consacrer à cet objet mystérieux.

Donc, j'ai fait mes cartons, emballé mes costumes (finalement, il n'y en avait pas tant que cela) et dégoté un magnifique loft, de 10m2, du côté de Barbès. Et depuis, j'enchaîne avec une régularité digne d'un marathonien, le fameux triptyque : Métro-Boulot-Dodo.

Pourquoi Paris ?

Dans l'esprit collectif, Paris reste la capitale de la Mode. Pour moi cela été surtout une source d'opportunité et de prise de conscience.

Habité par une passion pour une mode différente, j'ai rencontré des utopistes réalistes qui imaginaient une mode transgressive et respectueuse de l'environnement, comme Kim About A Worker ou Alice du Gras du Hall Couture.

Concrètement, cela s'est traduit par la création du premier incubateur Fashion Tech parisien, à Station F : ADN. Nos partenaires mélangent l'esprit startup et institutionnel avec l'Institut Français de la Mode, Creative Valley, le Hall Couture et F404. Cette collaboration a une volonté toujours affirmée de faire rayonner le savoir-faire français et également de créer des ponts entre différents acteurs nationaux et internationaux.

Station F

Fort, de ce premier challenge réussi, la structuration de Modelab devenait une priorité.

Au niveau de la prise de conscience, en venant sur Paris, j'ai dû réapprendre une certaine humilité. En effet, c'est comme si je recommençais à zéro. Comme un coureur de fond qui découvre sur le parcours un dénivelé imprévu, j'ai dû me réadapter et trouver un rythme pour maintenir la distance.

Pour encaisser ce changement de dynamique, je me suis appuyé sur mes fondamentaux : la littérature. J'ai ingurgité les classiques français sur celles et ceux qui montent à la capitale comme "Bel-Ami", "Le Père Goriot" ou la biographie de Roman Polanski.

Cela m'a aidé à envisager une vie parisienne. Finalement, la lecture au sens premier du terme permet de comprendre une cité peut-être plus que de traîner dans les rues... À méditer.

Modelab en 2018 : une organisation en mutation constante

Une fois, cette assimilation passée, j'ai pu m'atteler à la structuration de Modelab.

Toujours dans un souci d'insuffler l'esprit startup dans notre collectif.

Les choses ont bougé plus vite que prévues. Julie arrive à plein temps comme Responsable Artistique et s'occupe de l'évolution graphique du magazine afin qu'il devienne un objet mode pure et dure. Elle a souhaité apporter une teinte plus mode en organisant directement un shooting in situ à Berlin afin de capter la sensibilité et la lumière de cette capitale si Fashion Tech.

Livraison prévue du Modelab 5 : février 2018.

Back-stage shooting Berlin
Back-stage shooting Berlin

En cela, elle va être aidée par Mathilde en stage pendant six mois avec nous qui a déjà démontré une belle sensibilité.

Concernant l'éditorial, Coline a décidé de se consacrer à une thèse bien évidemment sur la Mode (Demandez-lui le sujet car pour moi tout cela me semble très obscur ;-)... Cette hyper-active doublée d'une globe-trotteuse continuera à nous aider dans la coordination du magazine papier et écrira toujours en fonction de ses rencontres ainsi que de ses coups de coeur. Cela signifie que je vais m'impliquer plus fortement sur l'aspect éditorial dans un premier temps et que d'ici quelques mois nous allons recruter quelqu'un à plein temps sur cette partie.

En attendant, j'ai plus que besoin d'un assistant(e) rédactionnel (Si t'es intéressé(e) Voici la fiche de poste). D'ailleurs, si durant le stage, tu  dépasses les attentes, c'est toi qui deviendras responsable éditorial :-)

Modelab en 2018 : encore plus mode

Depuis plusieurs mois, nous voulions que notre site évolue. En effet, nous souhaitions une version plus contemporaine en phase avec l'évolution de nos envies. Il est en cours de finalisation et sortira d'ici quelques semaines.

Nous intégrerons également une version anglaise à partir du deuxième trimestre 2018. Pourquoi cette ouverture à l'international ?

Tout simplement, parce qu' aujourd'hui, la Fashion Tech devient globale. Et qu'il manque un point vue impertinent sur la question dans la langue de Shakespeare. En effet, je suis fatigué des commentaires d'actualités qui ne font que reprendre des communiqués de presse ou des articles uniquement descriptifs qui ressemblent à des compte-rendus.

La réussite d'un Business Of Fashion me conforte dans l'idée que la France manque d'une voix forte et singulière au sens propre du terme pour montrer et démontrer son savoir-faire. Le fond ne suffit plus ; la forme dans notre société de l'instant a pris le pas. Donc, il faut se battre à armes égales.

En outre, les articles que nous rédigerons ne seront pas uniquement des traductions de nos articles français, mais plutôt un contenu spécifique pour l'international.

Sinon, au niveau des conférences, en 2017, j'en ai animé plus d'une vingtaine. Cela équivaut presque à une toutes les deux semaines. En terme d'ego, j'avoue une satisfaction superficielle. J'ai en effet ressenti une certaine frustration, car certaines auxquelles je participais n'étaient pas forcément en phase avec mes convictions d'une mode alternative. Bref, cette année, j'ai décidé de réduire de manière drastique mes interventions afin de privilégier des moments où je suis pertinent et qui m'apporte une réelle satisfaction.

Modelab en 2018 : une diversification encore plus poussée

Grosse nouveauté pour cette nouvelle année, le mag passe en trimestriel. J'ai un ami au Danemark (je t'assure ce n'est pas une digression) qui me dit souvent que l'ambition n'est que l'ombre d'un rêve. Notre songe éditorial est que le papier perdurera et que nous pouvons à travers lui aborder des sujets ambitieux et développer une imagerie singulière. Le web reste une belle surface, mais juste une surface qui manque d'épaisseur.

En terme de diversification des contenus, nous allons aussi mettre en place une série de Podcast à partir du 1ier trimestre 2018. Et nous imaginons un mix sulfureux entre l'aspect féministe de La Poudre, le côté inspirant de Tim Ferris et l'expertise d'un Business Of Fashion. Ce format nous semble un complètement idéal au site et au papier.

Enfin, le format vidéo nous a permis de toucher une audience plus large, mais surtout d'aiguiser notre curiosité et d'affiner un propos plus visuel. C'est pourquoi, nous allons continuer à couvrir les salons que nous aimons comme Who's Next ,Traffic, Avantex ou le Wear It Festival de Berlin.

Dans le même temps, cet appétit pour l'image qui bouge va trouver une espèce de continuation avec la réalisation d'un fashion film. Pour l'instant, ce projet reste encore un peu flou. Pourtant l'envie et les rencontres sont déjà là. Il convient juste de créer le moment.

Modelab en 2018 : une impertinence délicieuse

Bien évidemment, cette liste de course peut sembler ambitieuse ou complétement folle. Tout dépend du point de vue. En revanche, notre passion follement furieuse pour une mode alternative commence à trouver bien plus qu'un simple écho.

Bref, cette douce impertinence n'est pas prête de s'éteindre.

Au plaisir de la partager avec vous !

 


Manifeste

Un Manifeste pour la Fashion Tech

Avant les congés de fin d'année nos ami(e)s de la Fédération de la Fashion Tech avaient eu la bonne idée de nous convier à un séminaire au café Fluctuat Nec Mergitur pour nous présenter leur Manifeste.

Par un jeudi matin pluvieux, toutes les forces vives de la mode innovante se sont réunies afin d'entendre une initiative qui avait pour ambition de bousculer un système mode encore trop endormi.

Autour de la table, nous avions des représentants de la Fédération du prêt-à-porter féminin, du DEFI Mode, de la Chambre de Commerce de l'Industrie (CCI) de Paris ou du Village des créateurs. S'y sont ajoutées de jeunes marques désireuses de connaître ou plutôt de comprendre comment la Mode se transforme.

Ce moment, au-delà de l'aspect convivial, se voulait  un bilan de l'association sur l'année qui venait de s'écouler et également l'annonce d'un programme pour l'année qui arrive.

Un Manifeste comme une mission

Avec la création d'un manifeste, la Fédération de la Fashion Tech a voulu apporté sa vision de la mode. Pour cela, Alice Gras, la Présidente de la Fédération a souhaité placer ce programme sous l'angle de l'inclusion et d'une mode douce.

Ainsi, il se décline sous la forme de 10 commandements :

  1. Participer
  2. Échanger et collaborer
  3. Co-construire et mutualiser
  4. Révéler et transmettre
  5. Soutenir et promouvoir
  6. S'informer & communiquer
  7. Entreprendre et fédérer
  8. S'ouvrir
  9. Bienveillance et entraide
  10. Penser à demain

Au niveau sémantique, il est intéressant de relever que cette Fashion Tech se veut avant tout un mouvement qui pense à l'autre.

Tandis que les marques de mode  qui se sont construites ces dernières années était plutôt tournées vers l'individualisme, voire l'égotisme (sûrement une tendance due à influence de l'émergence des réseaux sociaux), cette fashiontech remet le client/consommateur au centre, ce qui lui permet de co-construire une mode non plus discriminante mais plutôt incluante.

Manifeste

Un Manifeste pour agir

Une fois ce cadre posé, il convient d'agir, de se mettre en marche comme dirait notre cher Président.

Pour cela, j'ai ressenti un bel enthousiasme dans les parties présentes. Elles sont complètement en phase sur le constat d'une filière fashion tech en devenir qui demande juste un peu plus de structuration et peut-être un leader de filière.

En même temps, un leader signifierait une homogénéisation de la pensée. Alors que cette mode innovante s'est développée justement dans la diversité et surtout dans la contradiction ;-)

D'un autre côté, le manque de financement public aussi bien que privé pourrait être un facteur de ralentissement ou au contraire une opportunité pour l'innovation. Si vous souhaitez approfondir ce dernier aspect, je vous recommande le livre "L'innovation frugale" de Navi Radjou où il défend trois idées pour innover lorsqu'on n'a pas d'argent : le faire soi-même, le partage et la circularité.

Alors comment faire pour avancer ?

Tout d'abord en s'appuyant sur l'existant. L'outil mis en place, la Fashion Tech Week, le premier grand évènement sur la FashionTech à Paris me semble plus que pertinent. Cet évènement annuel permet de mettre en visibilité tous les jeunes créateurs qui se sentent appartenir à cette mouvance de l'innovation pour la Mode.

Fashion Tech Week

De manière concrète, cette exposition  doit être la rampe de lancement pour créer et développer une attractivité nationale avec des ramifications internationales d'une scène Fashion Tech.

Dans ce sens, Messe Frankfurt l'a bien compris en soutenant La Fédération de la Fashion Tech dès le début. Peut-être que ce signal pourrait inciter d'autres acteurs à s'engager également auprès de cette initiative.

L'autre aspect pragmatique serait d'ouvrir la Fashion Tech à d'autres sensibilités que celles uniquement issues de la mode afin de favoriser la fertilisation croisée. Par exemple, les écoles d'ingénieurs ou les acteurs technologiques d'autres filières comme l'automobile (je vous rappelle que le premier vêtement chauffant vient de la technologie de chauffage des sièges de voiture).

Pour finir, la mode, ou plutôt la Fashion Tech, doit devenir ce terrain d'expérimentation, un peu fou, qui permettrait de mêler la technologie, la créativité et une belle dose d'audace. La Fashion Tech ressemblerait alors à un shaker acidulé et délicieusement doux... Bref, une contradiction sublime.

 


La Redoute

La Redoute : une place de marché féminine

En juin dernier lors d'un petit-déjeuner sur l'optimisation d'Instagram, j'avais rencontré toute l'équipe de The French Talents, un facilitateur qui connecte les marques et distributeurs e-commerce.

En effet, il est souvent difficile d'avoir accès à un retailer digital et de le comprendre. The French Talents intervient en quelque sorte avec  un rôle de traducteur. À l'époque, j'avais été agréablement surpris par l'énergie positive de toute l'équipe et leur passion pour leur métier.

Quelques mois plus tard, Margot, la responsable acidulée des partenariats m'a convié à découvrir une de leurs soirées avec La Redoute. Ils y invitent des marques (de toutes tailles et tous secteurs) afin de leur présenter les critères que La Redoute recherche pour être intégré sur leur marketplace.

La Redoute

Le jour dit, dans les locaux de The French Talents, l'équipe commerciale de La Redoute s'était déplacée en nombre pour expliquer à plus d'une cinquantaine de participants l'ADN de La Redoute.

Julien Pons le responsable commercial de La Redoute a rappelé que celle-ci pouvait être qualifiée de vieille dame car elle avait plus de 180 ans.

Malgré une période plus que délicate en 2014 (proche du dépôt de bilan) durant laquelle Kering, principal actionnaire a cédé l'entreprise à deux repreneurs pour un euro symbolique, elle réalise aujourd'hui plus de 750 millions de chiffre d'affaire.

Forcément, je me suis demandé comment elle avait pu réussir ce tour de force ?

Une des premières raisons vient de l'incroyable base clients qu'elle possède, qu'elle a su développer au cours des années grâce à la vente par correspondance qui est à plus de 95% féminine.

Petit retour en 2014, à cette époque La Redoute s'était lancée dans une diversification massive qui n'a pas toujours rencontré le succès escompté, bien au contraire. Les repreneurs ont décidé de rationaliser en concentrant leurs forces sur la Maison et la Mode.

Julien précise qu'au-delà de l'aspect stratégique de rationalisation, le management interne a su également être à l'écoute. Ainsi, entre chaque département, il a permis d'accompagner le changement en douceur dans cette période délicate.

Enfin, la vente par correspondance a toujours été leur métier. Avant c'était grâce au catalogue et aujourd'hui c'est le digital qui est à l'honneur. Le métier s'avère le même, seul le support a évolué.

Une fois cette étape de transition achevée le groupe a recherché des partenaires afin d'accélérer leur évolution.

La Redoute

C'est ainsi que Le Groupe Galeries Lafayette vient d'entrer au capital à hauteur de 51%. Ce qui sera officiellement effectif en janvier 2018 après la validation de la Haute Autorité aux marchés financiers.

En interne, les employés sont globalement satisfaits de ce rachat principalement car La Redoute reste dans  le giron d'une entreprise française. En revanche, ils n'ont pas forcément de visibilité sur les modifications en interne à venir.

Enfin, au niveau de l'image pour le grand public deux groupes français historiques s'associent. Un signal positif qui n'était pas apparu depuis  longtemps  dans l'univers de la Mode. La preuve, peut-être, que les vieilles dames peuvent garder des coeurs de jeunes filles...


Modelab recrute

Modelab recrute

Mais en fait Modelab c'est quoi ?

C'est un média (aujourd'hui deux employés et une dizaine de collaborateurs) spécialisé dans la mode et l'innovation.

Notre ambition est de développer un regarde critique sur la mode et sur l'innovation. Pour ce faire nous cherchons à agiter la sphère Fashion et bousculer les consensus existants.

Nous publions sur ce site web, dans notre magazine bilingue semestriel, et sur notre chaîne Youtube.

Enfin, nous participons de nombreux évènements français ou internationaux : Who's Next, Avantex, Wear It Festival.

POSTE OUVERT : un(e) assistant(e) éditorial bilingue français/anglais (Stage 6 mois à partir de janvier 2018)

Notre magazine papier devient trimestriel et notre site web passe en anglais, dans ce cadre, nous recherchons un(e) assitant(e) éditorial.

Tu travailleras en direct avec Fabrice, le fondateur de Modelab, ainsi que Julie, la directrice artistique et seras également en relation avec les différents contributeurs (basés en France ou à l'étranger : Espagne, Allemagne et Angleterre).

Modelab recrute

Tes Missions :

  • Veille sur le secteur,
  • Assurer la qualité éditoriale sur notre site et magazine,
  • Rédiger des articles en français et anglais,
  • Coordonner les différents contributeurs.

Tes qualités :

  • Tu aimes écrire aussi bien en français qu'en anglais,
  • Tu as une orthographe irréprochable (si si c'est possible),
  • Tu es super autonome, et organisé(e),
  • Tu aimes lire et pas seulement sur ton smartphone,
  • Tu connais bien le secteur de la mode, et de l'innovation.
  • Tu exerces ton esprit critique continuellement.

Tu n'es pas :

  • Un(e) Fashionista,
  • Trop scolaire.

Où :

Dans nos locaux qui sont situés à Station F, avec d'autres startups mode. D'ailleurs parfois, le Président passe, tu pourras lui dire bonjour à l'occasion.

Modelab recrute

Postule !

Explique-nous ce que tu pourrais apporter à la rédaction, envoie-nous un CV + un article en anglais et en français à :

fabrice@modelab.fr + coline@modelab.fr

Si ce qu'on a lu nous plu, on se rencontre bientôt autour d'un café à Paris.

À très vite !

 


Fashion Talks 2017

Fashion Talks In Anvers : les sensibles en lumière

Durant mon séjour en Belgique en novembre dernier, j'ai pu me rendre à Anvers pour assister aux Fashion Talks qui réunissaient un panel plus qu'inspirant sur la Mode, avec notamment  un Dries Van Noten apôtre d'un sensible touchant à la perfection. Au détour des allées, on pouvait également croiser un Raf Simons détendu et souriant.

Cette réunion de la grande famille de la mode Belge était également placée sous le signe de l'international avec les interventions de Scott Belsky, fondateur de Behance pour le côté startup à l'américaine et Tommy Ton, le photographe de rue qui a avoué presque gêné que les réseaux sociaux constituaient dorénavant une extension de son être.

Retour sur cette journée délicieusement enthousiasmante qui m'a donné envie de passer plus de temps au coeur des Flandres pour découvrir encore plus leur amour de la Mode.

Fashion Talks : les jeunes prennent la plume

Au cours des panels, j'ai notamment été frappé par la qualité des échanges durant la table-ronde "The voice of the future", animée par Anja Aronowsky Cronberg de Vestoj.

Depuis plusieurs années, je suis avec intérêt cette revue qui se qualifie de "Plateforme critique de la Mode". À côté, de la myriade de la presse dite "Mode" il est rassurant de savoir qu'il existe encore des points de vue intellectuels et non pas seulement mercantiles sur notre très chère industrie de la Mode.

Le choix de donnée à la parole à Vestoj m'a semblé plus que (im)pertient de la part des organisateurs. Pour Anja, en tant que journaliste, il convient de s'interroger continuellement sur ce qu'on écrit. En d'autres termes, que pour chaque nouvel écrit, il faut savoir se remettre en question ;  s'interroger sur son lecteur.

Finalement, la futilité n'a pas lieu de citer. Seul le sérieux peut exister.

Peut-être que c'est ici que nous pouvons trouver un début d'explication sur l'excellence de la Mode belge.

Fashion Talks
@filleroelantsphotography

Dries Van Noten : à la recherche de la perfection

L'interview de Dries Van Noten par la journaliste Vanessa Friedman du New York Times a atteint un sommet de justesse incroyable. Il a tout simplement rappelé son amour pour la lecture. Et la puissance inspirationnelle qu'elle pouvait avoir sur lui. Mais surtout, la manière dont celle-ci lui permettait de saisir les choses en profondeur et dans le détail.

En évoquant cette joie de lire, Dries a voulu souligner le fait que la création venait essentiellement d'une capacité de concentration exceptionnelle permettant de délivrer une oeuvre unique.

C'est sans doute pour cela qu'il a exprimé, durant l'entretien, comme une évidence son souci de la perfection. Et le fait qu'il pousse sans cesse son équipe dans cette direction afin d'atteindre le plus justement possible son objet de désir.

@filleroelantsphotography
Dries Van Noten

Finalement, les Fashion Talks ont su démontrer que la mode belge savait se remettre en question et mettre en lumière un travail minutieux le temps d'une journée lumineuse. Peut-être est-ce là le principal enseignement de cette journée ; le sensible belge se caractérise par une certaine modestie de l'artisanat idéal d'où sa place si singulière dans la Mode. Caractéristique que beaucoup envient mais dont il serait sage de s'inspirer, parfois.

Mon séjour belge a également eu comme étape Bruxelles lors de  l'European Fashion Summit où j'ai été invité à échanger sur la création d'une coopération européenne pour la Mode, voici mon point de vue sur la question.