mode et frontieres

"Mode & Frontières, identités, cultures et territoires" le colloque de l'Université de la mode

Les 9 et 10 février derniers, dans le Grand Amphithéâtre de l'Université Lumière Lyon 2, sur les quais du 7ème arrondissement de la ville de Lyon, avait lieu le fameux colloque de la mode.

L'Université de la Mode s'est donnée comme objectif d'organiser des colloques qui réunissent des chercheurs, des universitaires, des acteurs de la mode sur des sujets liés à l'actualité. Interdisciplinaires, ces colloques réunissent scientifiques, historiens, sociologues, anthropologues, autant de professionnels sur les divers secteurs de la mode, allant parfois jusqu'à des architectes, des designers, dans le but de confronter les résultats de leurs études et recherches récentes, et d'échanger, entre eux, et avec le public, sur ces réflexions.

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Grand Amphithéâtre de l'Université de la Mode, Lyon 2, le 9 février 2016.

Le thème de cette année 2016 est : « Mode & frontières, identités, cultures et territoires ». Ici on n'entend pas seulement le terme de frontière comme une frontière géographique ou géopolitique, mais également en terme de frontière marketing, de frontière économique, ou même de frontière physique, entre créateur de mode et consommateurs. Les limites et les frontières au sujet des nouvelles technologies sont également abordées, et c'est ce dont nous allons parler, selon les questions suivantes : la mode, qui intègre et réduit les différences, affiche-t-elle aujourd'hui de nouvelles frontières ? Quels en sont ses espaces intermédiaires ? La mode, qui par définition repose sur le changement, est-elle elle-même une frontière ?

Lors du colloque, quelques conférences ont particulièrement attiré mon attention, de par leur lien évident avec le secteur de la fashiontech. Il s'agit des interventions d'Eleni Mouratidou, maître de conférences en Science de l'information et de la Communication à l'Université Paris 13, et son étude « Les images-coulisses de la mode : du transmédia à l'opacité communicationnelle », et de Valérie Jeanne-Perrier, enseignant-chercheur au CELSA Université Paris-Sorbonne et son analyse sur « Le cliché Instagram comme unité d'un langage restructuré de la mode ? Formes, formats et formules d'une communication en métamorphoses médiatiques ».


Les images-coulisses de la mode : du transmédia à l'opacité communicationnelle.

L'étude d'Eleni Mouratidou nous montre que depuis quelques années, les stratégies communicationnelles dans le domaine de la mode mettent l'accent non plus uniquement sur des défilés, des photographies ou des ouvrages lisses et parfaits, mais sur un nouveau penchant : exhiber le backstage, les coulisses, la fabrication de ce monde si rutilant. Madame Mouratidou explique que ces images-coulisses valorisent la mode en tant qu'industrie, et qu'elles produisent une sorte d'opacité qui défait, démystifie ces coulisses du monde de la mode.

Les techniques et supports sont nombreux : éditoriaux photographiques qui montrent le processus des séance photo, films édités par les marques, bonus DVD ou vidéos en ligne retraçant le processus de création d'une campagne publicitaire ou d'un reportage mode, reportage en backstage des défilés de mode... L'industrie de la mode semble vouloir montrer l'envers du décor, rendre réel ce que l'on peut croire irréel, rendre visible l'invisible. Ces images effacent la fiction pour montrer la réalité, sans triche.

Backstage d'un défilé de Stéphane Rolland.
Backstage d'un défilé de Stéphane Rolland.

Eleni Mouratidou nous montre ensuite le corpus sur lequel s'appuie sa démarche : le making-off Vogue Paris de June-July 2013, la vidéo-coulisse de la campagne publicitaire de la marque Liu-Jo avec Kate Moss.

Ces images qu'Eleni Mouratidou nous donne à voir sont un work-in-progress, au contraire des images dites fixes que l'on croise partout dans le domaine de la mode. Ces making-off semblent fonctionner comme une méta-sémiotique, ce qui est le cas pour pas mal de making-off. Pourtant ce n'est pas un phénomène qui est apparu récemment. En effet la première image-coulisse date de 1966, dans le film « Qui êtes-vous Polly Maggoo ? » , qui donne à voir les coulisses d'un défilé de mode. Alors pourquoi une soudaine tendance à ces images-coulisses ? Tout simplement parce qu'aujourd'hui nous possédons les moyens techniques, les outils communicationnels pour ces images-coulisses et les rendre infiniment plus attractives et accessibles. Le résultat en est que ces images-coulisses sont devenues un vrai phénomène social, et qu'elles finissent par produire des techniques de communication de transmédia.

D'après Eleni, on constate une claire évolution des acteurs de la mode, depuis le 20ème siècle. On reconnaît officiellement les photographes par exemple, qui se mettent en scène dans leur art, tels Helmut Newton, ou Richard Avedon. Il en va de même avec certains make-up artistes, coiffeurs, mannequins, ou stylistes.

Richard Avedon dans son studio, en 1950.
Richard Avedon dans son studio, en 1950.

Eleni Mouratidou nous explique ensuite qu'au sein même de ces images-coulisses il existe plusieurs types d'images. Celles-ci changent de point de vue : parfois on a celui du photographe, en train de prendre la photographie, ou bien celui du mannequin qui prend la pose devant l'objectif, mais il y a aussi le point de vue du spectateur, du curieux, où l'on voit le ballet incessant des régisseurs, maquilleurs, accessoiristes.

Malgré cette volonté de casser l'image lisse et calculée des images de la mode, selon l'analyse d'Eleni, on constate que ces images-coulisses peuvent parfois être mises en scène, alors qu'elles devraient être exemptes de toute théâtralité et fausseté. Par exemple, le clip bêtisier Victoria Secret de Noël, qui en vérité est totalement contrôlé du début jusqu'à la fin, des paroles des mannequins à leurs expressions.

Backstafe du défilé Chanel Haute-Couture Printemps-Été 2011.
Backstage du défilé Chanel Haute-Couture Printemps-Été 2011.

De plus, Eleni Mouratidou précise un point important : ces images-coulisses sont en réalité antinomiques, puisque par définition même l'image de mode n'est pas authentique, elle est une mise en scène, un rêve créé pour les consommateurs. On ne peut donc pas, on ne devrait donc pas en montrer les coulisses.

En conclusion, Eleni se pose la question, s'il ne serait pas dangereux de montrer les réelles coulisses de la mode. La réponse est que si, très probablement. Pour cette raison, les images-coulisses que l'on nous donne à voir aujourd'hui ne sont que des dédoublements des vraies coulisses de la mode. On ne montre au final, que ce que l'on veut bien montrer.

Cette démarche et prise de position communicationnelle est d'ailleurs parfaitement inscrite dans l'actualité. Tout récemment c'est Burberry qui racontait sur Snapchat l'infraction de mannequins  dans les réserves de la célèbre marque, sous le titre "Break in at Burberry!", les demoiselles désirant voir les précieuses pièces du défilé, bien avant l'heure. Ce story-telling s'ancre parfaitement dans l'analyse d'Eleni, et nous montre à quel point les marques et créateurs d'aujourd'hui regorgent d'ingéniosité et de créativité pour nous montrer les coulisses de leur monde, les dessous de leurs magasins, les backstages de leurs défilés, ou de leurs campagnes publicitaires.

"Break at in Burberry!", photographie Snapchat, 22 février 2016.
"Break at in Burberry!", Snapchat, 22 février 2016.

Le cliché Instagram comme unité d'un langage restructuré de la mode ? Formes, formats et formules d'une communication en métamorphoses médiatiques

Valérie Jeanne-Perrier introduit son sujet en expliquant « qu'avant » internet, (en étant très prudente sur cette période d'avant internet), la mode s'incarnait en un discours complexe sur le vêtement dans les médias de presse et quelques supports audiovisuels spécialisés, après avoir été une production du costume destiné à des fonctions.

Mais avec la multiplication des moyens et supports numériques et l'avancée technologique, avec l'innovation, la mode, selon Valérie, se produit désormais dans des systèmes complexes et des infrastructures transmédiatiques, qui fournissent toute une panoplie d'identités. Les portraits, silhouettes, moodboard fournissent une vaste gamme de modèles, c'est la naissance de la copie, du sosie numérique, et pour le public, du mime.

Dans l'étude de Valérie, la forme qui revient le plus souvent est une forme vintage, celle du polaroid. Les photographies sont largement modifiées par des filtres, des effets créatifs ou artistiques. De cette façon, la mode s'approprie les efforts de créativité et de mutation des photos Instagram.

Mise en abîme d'une photographie polaroid.
Mise en abîme d'une photographie polaroid.

On assiste à une nouvelle scène, autre que les podiums ou les catwalks, autre que les tapis rouges, de la mode : celle des galeries Instagram. De nouveaux mannequins apparaissent, ils sont ceux qui utilisent Instagram et publient leurs photographies carrées. Ils recomposent les modalités de discours de la mode, avec leurs clichés. Valérie Jeanne-Perrier nous rappelle qu'Instagram appartient au groupe Facebook, et qu'il n'y a aucune rupture chronologique dans les galeries Instagram.

Ces galeries Instagram sont à la fois des monstrations et des démonstrations, c'est ce qui ressort de leurs modalités d'utilisation. Car de nos jours la mode n'est plus uniquement une question de production et de vente, elle devient une démonstration, une communication médiatique de soi, nous explique Valérie.

Instagram bouleverse les saisons de la mode, les change. Jusqu'en 2013 c'était les défilés qui dictaient les parutions et l'expression de la mode. Si l'on se réfère à l'analyse présentée, maintenant, c'est notamment Instagram qui quotidiennement, montre la mode, les maisons, les mannequins la dicte. La mode devient plus accessible.

Mais finalement, le vêtement disparaît presque au profit du corps, du visage, du paysage ou de l'animal montré sur les photographies. En somme, au profit de la vie de l'utilisateur.

Photographie Instagram de Choupette, la chatte de Karl Lagarfeld.
Photographie Instagram de Choupette, la chatte de Karl Lagarfeld.

Valérie Jeanne-Perrier conclut par une interrogation : serait-on passé d'un système de mode « avant internet », à plusieurs systèmes de mode aujourd'hui ? Les outils sont partagés par tous, et la mode de nos jours apparaît comme plus proche, plus accessible, même si les invitations aux défilés restent des sésames rares.

Une autre conséquence directe identifiée par Valérie, est qu'aujourd'hui les créateurs peuvent agir et se montrer eux-mêmes au monde, seuls, via Instagram. Il n'y a plus besoin ni de défilé, ni de magazine pour se faire connaître. Enfin, ces photographies carrées redonnent une voix aux mannequins, aux make-up artistes, aux coiffeurs, à tous ceux qui sont mis en scène ou invisibles, dans l'industrie de la mode.

On se rappelle l'exemple de Misha Nonoo, qui présentait sa collection sur Instragram en octobre 2015, l'appelant "Insta'show". Là encore il semble que les jeunes créateurs et même les plus grandes marques commencent à s'intéresser à ce phénomène de communication transmédiatique, et petit à petit, à s'en emparer.

Insta'show de Misha Nonoo, octobre 2015.
Insta'show de Misha Nonoo, octobre 2015.

L'avancée technologique et la mode sont des secteurs qui se révèlent donc bel et bien intrinsèquement liés, comme ces deux maîtres de conférence nous l'ont démontré. Dans les années à venir nous verrons peut-être de nouveaux modes communicationnels inventés, qui permettront de voir les défilés de mode en hologrammes, pourquoi pas, en direct. Ou peut-être encore que nous n'aurons plus besoin des magasins, des magazines, ou des défilés, que des lunettes, des moyens techniques nous permettront dans le futur, de voir et d'essayer la mode, en un battement de cil.

Une chose est certaine, la mode n'est pas prête de s'arrêter, et la fashiontech ne fait que commencer.


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Le Lab: inauguration d'un espace créatif fashiontech

On nous invite à découvrir le Lab ; on gravit quelques marches, sous la nuit noire, et l’on dresse le regard face à l’immense bâtiment de verre aux néons vifs : La Fabrique. Puis on avance, pas à pas, au fil d’un grand hall, de couloirs impeccables, on parvient enfin à l’espace qui n’est pas sans rappeler une belle galerie marchande ; sol scintillant, vitrines sur les côtés, munie de bibelots, de sacs à main, d’objets de décoration, de rouge à lèvres. Autant d’artéfacts de merchandising, de marketing, de création, qu’a créés l’école La Fabrique.

La Fabrique, porte de Champerret
La Fabrique, porte de Champerret

La directrice ensuite, Chantal Fouqué, s’exprime, souriante. L’atmosphère est tamisée, douce, on sent, on voit les sourires des invités. Tous sont présents par envie, par joie de partager l’inauguration du premier espace créatif lié à la fashiontech. Le mercredi 9 décembre 2015, deux ans jour pour jour après la création de La Fabrique, école des métiers de la mode et de la décoration de la CCI Paris Ile-de-France.

Le discours retentit, touchant :

« Le Lab et l’Observatoire nous sont nécessaires pour rester innovants face aux évolutions permanents du secteur marqué par la révolution "fashion tech". C’est aussi un devoir, en tant qu’école, pour garantir à nos étudiants l’accès aux métiers de demain. Avec ces deux outils, La Fabrique continue à réinventer la tradition, mission au cœur de sa démarche depuis sa création en 2013 ».

Puis c’est au tour de Nelly Rodi, présidente du conseil d’établissement, de prendre la parole, et de confirmer les propos de la directrice.

« Dans un monde en transition, où les évolutions d’outils et d’usages sont très rapides, il est essentiel de réfléchir et de travailler à adapter nos techniques à la mode de demain ».

 Les applaudissements retentissent dans le couloir aux allures de galerie, pour l’inauguration du Lab.

Enfin vient la présentation des appareils et outils qui vont permettre aux étudiants, startups, créateurs, innovateurs de designer les artefacts fashiontech de demain. On pénètre dans l’une des salles de cours, et l’on a sous nos yeux le « stuff » fashiontech, une machine à découpe laser. Des morceaux de cuir trônent sur les immenses tables « so study », aux airs de dentelle cristalline. Une démonstration survient, impressionnante. Des catalogues sont sur la table, présentant l’école de La Fabrique, ses trois parcours, maroquinerie, décoration et vêtement.

La Fabrique, Ateliers Gregoire, maroquinerie
La Fabrique, Ateliers Gregoire, maroquinerie

L’espace est inédit, on sent l’effervescence, la bonne humeur ambiante, de cette ouverture d’espace dédié à la création tech, à la fashion tech.

Enfin ! un espace libre où les jeunes gens au savoir-faire français pourront laisser libre cours à leur imagination, à leur inventivité, à leur technicité. Le premier atelier numérique au sein d’une école de mode, qui permet aux talents d’intégrer dans leur travail les techniques et systèmes de la fashiontech.

La Fabrique, Visual merchandising
La Fabrique, Visual merchandising

Pour l’occasion l’école de La Fabrique a présenté brièvement son premier numéro de son Observatoire de la fashiontech. Il s’agit d’une note, d’un écrit analytique, qui propose des regards croisés, des paroles, des pensées sur les nouvelles tendances technologiques de la mode et de la décoration. Dans cet observatoire de paroles et de pensées sur la mode et les nouvelles performances technologiques, on trouve les contributions de Pascal Denizart, directeur général du Centre Europée des Textiles Innovants (CETI), et de Sophie Boutillier, docteure en économie et en sociologie. Ils s’interrogent également sur la place de la France au sein de la fashiontech.

Ne nous reste plus qu’à attendre patiemment les jeunes créatifs et créateurs, étudiants, startups, qui rempliront durant l’année 2016 l’espace du Lab, dédié à l’imagination fashiontech. Peut-être y croiserons-nous des designers comme Anouk Wipprecht, ou les créateurs innovants du Lab, qui à leur tour, seront un jour sur les catwalk de la Fashiontech week, à saluer le public.


Anouk Wipprecht

ANOUK WIPPRECHT: quand la technologie devient esthétique.

Depuis quelques années elles courent lentement, petites billes de technologie, elles s’agitent comme autant de nouvelles cellules sous la première couche de l’épiderme. Elles sont un nuage, elles sont une poudre magique, un enchantement particulier qui nous fait nous changer en une chose indistincte, rêvée, fantasmée et pourtant terriblement crainte. Les diodes s’illuminent comme autant de guirlandes de Noël, dans nos yeux flamboient l’émerveillement face à une ère technologique magnifiquement avancée. Les rouages roulent vers nous et nous englobent dans un univers quasi mythologique, où les Dieux de toute sorte sont remplacés par des déités surnaturelles, moins fantasques que thaumaturgiques. Le dieu tellurique a le pouvoir de faire trembler la terre et de faire émerger du bitume des câbles solides qui viennent nous attacher, la déesse ignée n’est plus qu’un champ électromagnétique qui court partout dans la cité humaine qu’est la Terre. Chacune de nos perceptions évolue comme notre vision de l’avenir tend de plus en plus à devenir réalité, et la technologie devient l'esthétique.

Spider Dress 2.0
Spider Dress 2.0

Une mode robotique

Une chose notable pourtant malgré cet amas de technologie, malgré cet alliage où la magie n’a pas d’autre choix que de laisser la place à la technique et à l’ingénierie ; les robots sont des créatures de l’Homme. Comme dans la Bible, nous nous sommes façonnés des êtres à notre image, et dans de nombreuses œuvres nos enfants métalliques aux yeux morts de circuits nous dépassent et nous supplantent. Aujourd’hui l’Homme n’invente pas ses enfants, ses robots. Il se métamorphose lui-même, il s’octroie le pouvoir qu’autrefois il confiait entre les mains froides d’une intelligence artificielle (IA). L’Homme devient l’hybride parfait, à la pensée écologique, et puissante, au traditionnalisme accentué par un pouvoir thaumaturgique démesuré, donné par des engrenages, des circuits, des fils et autres câbles.

Anouk Wipprecht, jeune créatrice fashiontech hollandaise, fait partie de ces pionniers de la transformation. Elle fait de ses mannequins des déesses et des oracles qui maîtrisent les éclairs et la foudre, qui sont le reflet parfait de bijoux tech comme les dernières inventions automobiles. Ses tenues sont des systèmes à part entière dont le corps humain est la tour, terre d’accueil de paramètres informatiques qui font que la robe chérie réagit à son environnement. Elle fait dériver la création, en fait un moyen de super-puissance pour placer les femmes sur un piedestal divin. Peut-être est-ce cela qu’autrefois les Hommes de l’Antiquité prirent pour des Dieux : des êtres à l’armature métallique et crissante, dont les formes ne rappellent rien d’autre que des micro organismes, les aléas de la foudre, les ondes aquatiques qui se dispercent dans un lac sous un vent violent.

Conception of Faraday Dress
Conception of Faraday Dress

Anouk Wipprecht est une sculptrice de l’imaginaire et du divin, elle construit des déités technologiques et nous fait croire que bientôt l’humain pourra posséder des pouvoirs plus fabuleux encore que tout ce que nos yeux peuvent voir aujourd’hui. Charles ou Wolverine ne sont plus très loin, ils bénéficieront simplement d’un look fashiontech plus affirmé et assumé encore que ce que les derniers films nous laissent à voir.

Pour mettre sur pied ses inventions, Anouk Wipprecht allie impression 3D et systèmes informatiques. Les fils et câbles sont légion, mais pour elle, la technologie créé l’esthétique, plus qu’elle ne remplit un réel rôle fonctionnel.

Smoke Dress 2012
Smoke Dress 2012

Un robot hollandais, donc, mais un robot simplement beau, comme l’on aurait dans sa magistrale entrée une statue grecque de l’ancien temps.

Créatrice, artiste, enseignante dans la fashiontech et la mode électronique, Anouk Wipprecht a notamment travaillé lors de projets phénoménaux pour des événements comme le Superbowl, a créé des tenues pour les Black Eyed Peas, ou l’Eurovision.

Fergie, left, of the Black Eyed Peas performs during half time of Super Bowl XLV with the The Green Bay Packers and the Pittsburgh Steelers in Arlington, Texas, Sunday, February 6, 2011. Photo by Benny.
Fergie, left, of the Black Eyed Peas performs during half time of Super Bowl XLV with the The Green Bay Packers and the Pittsburgh Steelers in Arlington, Texas, Sunday, February 6, 2011. Photo by Benny.

Elle est également celle qui gère aujourd’hui l’exposition TECHNOSENSUAL « Where Fashion meets Technology », et s’emploie à faire avancer et à faire se concilier ces deux mondes que sont la mode et l’ingénierie.

Printed for Audi Dresses
Printed for Audi Dresses

Le corps et la conscience comme support

La fashiontech trouve son point culminant et sa symbolique en ses créations ; avec elle la mode n’est plus seulement une histoire de tissu mais d’être vivant à part entière. On oublie les mannequins cintres, les portes-manteaux vivants qui déambulent sur le catwalk. La tenue fashiontech doit être portée par un humain, par un être pensant, par une conscience véritable qui choisit, et chacun de ses choix influe directement sur la tenue portée. Un robot oui, mais un robot qui était autrefois un humain.

Synapse
Synapse

Sensible aux courbes, attentif aux reflets miroitants sur les tenues d’impression 3D, le spectateur ne peut pourtant pas oublier, même s’il est lui-même un peu robotisé, d’où viennent ces motifs, d’où sont issues ces lignes suaves et voluptueuses, d’où sont tirées ces couleurs, et surtout cette impression de beauté fantasmagorique.
La créatrice fashiontech happe à elle tout ce qui l’entoure, et ce tout n’est en rien technologique : araignées, corail, étoiles de mer, nuages, brume, algues, caméléon, pieuvre… Autant de créatures et de concepts qui appartiennent et appartiendront toujours à Mère Nature. Ainsi même dans un futur où la technologie s’en mêle, où elle régit un geste, comme enfiler un pantalon, dans une œuvre de Barjavel, un avenir où notre sweat se change d’un seul coup en armure intégrale pour nous protéger d’une attaque, comme dans Edge of Tomorrow, nous tendons de plus en plus à mélanger tradition et innovation technologique. Et la créatrice fashiontech hollandaise le démontre parfaitement, avec ses inspirations.

Particledress
Particledress

Une technologie inspirée de la nature

Il y a dix ans, l’Homme imaginait le futur de sa race comme presque éteint, comme affalé sur les restes d’une Terre qu’il aurait saccagée sans y faire une seule fois attention. L’Homme se serait alors exilé sur un Ailleurs, que ce soit sur une planète nommée Pandora, une station spatiale conçue de toute pièce pour les survivants d’un air terrien vicié et toxique, comme dans Interstellar.

On pensait évidemment à Matrix, à ses phrases, son monde binaire vert et noir, incompréhensible et surréaliste. « Your power means nothing here, this is the Internet », nous pensions être évincés par des choses que nous avions nous-même créées. Les IA prendraient le contrôle, et ce serait presque la fin de l’humanité.

Mais la jeune génération de créateurs nous prouve que la technologie peut nous servir à un tout autre chose qu’à un confort exagéré ou à une toute puissance sacralisée. L’esthétique, et sublimer la nature, ce qui n’est pas sans rappeler le dernier propos de Première Vision Automne-Hiver 2016 : la fashiontech rehausse le végétal, le minéral, l’animal. La fashiontech est un moyen de création nouveau, mais pour rien au monde les créateurs se sépareraient de leurs inspirations originelles.

Smoke Dress 2012
Smoke Dress 2012

Jean D’Ormesson a dit :

« Bientôt, semées sous votre peau, les puces feront partie de votre corps. Vous serez votre propre robot. Un autre monde est déjà au travail. Tout ce que la science est capable de faire, elle le fera. Un rêve de puissance nous emporte ».

Anouk Wipprecht semble être à la fois en parfaite cohésion avec les propos, et pourtant dans sa subtile créativité, et sa volonté de magnifier le naturel, qu’il s’agisse de pattes fines d’araignées, de faces 3D insectoïdes, de câbles représentants autant de rayures sur une créature microscopique, elle nous montre que la technologie n’est pas ou plus seulement un rêve de pouvoir. La fashiontech devient le beau, elle devient la femme déifiée, qui a enfin effectué son ascension vers des sphères d’ingénierie de mode. Sa robe n’est plus un organza diaphane mais une impression 3D munie de systèmes électroniques qui lui font souffler une brume, teindre d’elle-même son tissu, s’illuminer dans la nuit noire telles des étoiles sublimes.

Faraday Dress
Faraday Dress

Une technologie lyrique, envolée esthétique

Il ressort du travail d’Anouk Wipprecht une poésie lyrique qui n’est pas sans rappeler la célèbre chanteuse d’opéra de race alien dans le Cinquième Elément de Luc Besson. Une beauté contemplative à couper le souffle, amenant au rêve, alors que pourtant, dans notre rétine se plante, s’ancre la vision d’une technologie étrange et étonnante que nous n’aurions jamais pensé associer à une œuvre onirique.

Dresses for Audi A4, printed Dresses
Dresses for Audi A4, printed Dresses

Les déesses merveilleuses d’Anouk Wipprecht sont d’une fragilité douce et tendre ; elles en seraient presque parnassiennes. « L’art pour l’art », dit Théophile Gaultier. La jeune designeuse semble en accord avec ce propos pourtant ancien, alors qu’elle projette aux yeux du monde une fashiontech éblouissante de splendeur et de poésie. Les vers s’enchaînent aux impressions 3D et aux circuits, les rimes, aux diodes et aux cadrans. Le tout n'est pas sans rappeler un petit quelque chose de rêveur d'Anrealage, mais avec un côté tech bien plus poussé.

Anouk Wipprecht est une figure dans le monde de la fashiontech, dans cette infernale et majestueuse dualité, qui oppose onirisme naturel et rêverie fantasque et chimérique des temps passés, à la technologie supra-avancée des éléments informatiques et électroniques, et dont il ressort pourtant une alliance superbe qui nous emmène vers un ailleurs de toute somptuosité.


Cadeau noel

Noël: quelles idées pour des cadeaux Fashiontech?

Certains ont d’ores et déjà entamé leur calendrier de l’Avent, tandis que d’autres se triturent les méninges à la recherche DU cadeau qui séduira leur belle, leur prince charmant, leurs parents ou leur petit bout de chou. Autant de choix, autant de décisions à prendre pour continuer à faire valoir l’esprit de Noël dans un monde soufflé par la sauvagerie, la brutalité, par des causes justes, sauver le climat, sauver la planète, les ours pôlaires… Autant de choses qui font que cette année 2015 doit rayonner par sa vitalité, sa robustesse, sa douceur et sa puissance. Certains ont dit « Nous ne nous arrêterons pas de vivre », ou « Nous ne succomberons pas à la haine ». Alors, cet hiver, pour cet incroyable Noël, les marques se démarquent pour vous proposer les plus délicieux, les plus enchanteurs et rêveurs des cadeaux, en totale concordance avec notre ère d’avancement technologique, et de volonté de préservation des traditions et de l’ancien. Voici notre sélection pour passer le plus beau des Noël, le pied du sapin garni de cadeaux fashiontech!


 

Pour la plus belle, pour la plus élégante, pour celle que l’on adore et que l’on veut voir sourire, qu’elle soit maman, étudiante, qu’elle soit brune ou blonde, elle aussi a le droit à son devenir rayonnant le 24 décembre. Nous voulons la voir rire aux éclats, hausser les sourcils de stupéfaction devant un cadeau imaginatif, personnel, tendance, fashion, tech, le soir de Noël. Un soupçon de féminité au sein des derniers must-have de l’hiver 2015 :

 

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1- L’alliance de la technologie et de l’univers fashion est encore ce que l’on peut proposer de plus glamour en cette période de Noël. Quoi de mieux que d’être tendance jusqu’à la pointe de notre smartphone ? Stella McCartney innove avec des couleurs fraîches, des couleurs glam et fresh, voire candy, sur une coque pour iPhone à la chaînette dorée. Accessoire que l’on pourrait presque porter en sac à main, ou en collier, tant il est joli ! De quoi rayonner et être fashion même pendue à son téléphone. 140euros.

 

 

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2- Aux femmes actives, aux sportives, aux nouvelles ambassadrices féminines de l’effort, le bracelet Vivosmart HR est un cadeau tombé du ciel. Il mutliplie les fonctions : cardiofréquencemètre, affichage HD, suivie d’activité, grand écran couleur anti-reflet, fonctions d’entraînement avancées, résistance à l’eau, gestion de la musique… un véritable bijou de tech, tout en sobriété et élégance, proposé par Garmin, à 149euros.

 

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3- Pour madame enfin, rien ne vaut le plus beau sac à main ! Mais pas n’importe lequel, s’il vous plait. Restons tendance, branché et connecté. Les sacs Gianoi permettent de recharger notre téléphone lorsque nous sommes en mouvement. Pour la classe du design et le cuir en serpent, plus la tech, nous disons oui à ce fabuleux cadeau ! Environ 1080euros.


 

Pour notre prince, notre Anakin à nous, notre papa Vador ou le frère avec lequel nous nous chamaillons sans cesse, pour tous ces hommes que nous aimons, nous savons, plus encore cette année que toutes les autres années, que nous avons le pouvoir absolu de les voir crier de joie comme des enfants. Et pour cause, la terrible tendance intergalactique Star Wars qui déferle sur notre univers comme une raz-de-marée. Partout, dans la mode, les gadgets, et même la cuisine. De quoi rendre mémorable le soir du 24 décembre 2015.

 

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4- Le must-have pour être élégant au réveillon 2015, le plus sublime cadeau chic à offrir à votre homme : la chemise anti-tâche, anti-transpirante, à la coupe ajustée, au fil stretch… La chemise idéale, celle qu’on attendait ! Peu froissante, claire, de quoi se permettre de se faire jeter du vin rouge au visage, et en-dessous, par une charmante demoiselle. Par Le Lab, à partir de 100euros.

 

 

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5- Pour nos princes charmants, notre papa chéri Vador, notre oncle au look toujours impeccable, on offre avec grand plaisir ce bijou de fashion tech, né de la grande collaboration Apple et Hermès. L’Applewatch au boîtier en acier 38mm, le bracelet double en cuir, 1450euros.

 

 

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6- Qui n’a jamais rêvé de se transformer en superbe John Travolta le temps d’une soirée, de jouer au Bad Boy au sourire coquin et aguicheur, à l’air rebelle et redoutable ? Nous les femmes, ne sommes pas capables de leur résister. Encore moins quand leur super perfecto de cuir noir prend des photos de nous, grâce à un capteur intégré, toutes sourires, devant leur joli minoi craquant. Un rebelle connecté? On veut! Environ 682euros.

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7- Pour ceux qui souhaitent se faire beaux, en toute circonstance, nous vous proposons un pur produit de tech et de design : la tondeuse Wahl Stainless Steel de Wahl & Moser, au look élégant et épuré. Précise, elle s’utilise avec simplicité et élimine jusqu’au moindre poil, même le plus difficile d’accès. 99.99euros.


 

Pour notre petit cœur, ou notre petite princesse, pour le mini-nous aux grands yeux innocents, le cousin que l’on voit une fois l’an, autant de cadeaux merveilleux, pour ces petits amours de bambins et enfants.

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8 et 9- On a beau dire, Star Wars c’est fabuleux, les Jedis, sont un modèle captivant pour nos enfants, mais les méchants remportent encore une fois la palme de la plus grande classe et du pkus gros charisme. Une mention spéciale aux Stormtroopers, qui se déclinent en une ingénieuse montre talkie walkie typée agent secret inter-galactique, de chez Lexibook, à 69euros, et en baskets montantes Kickers, dont le dessus est en cuir et la semelle, en caoutchouc, histoire de pouvoir filer en cas d’attaque de la République Jedi, 99euros.

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10- De quoi s’affronter dans de glorieux et épiques combats, sans se blesser, et même comme le tout nouveau méchant, designer son propre sabre laser. Être un padawan, oui, mais un padawan tendance, c’est mieux ! Plus de 200 combinaisons possibles avec le sabre laser de Jedi Hasbro, lumineux, 60euros.


 

Puis il y a ces cadeaux, où qu’importe le sexe, qu’importe l’âge, s’ils se retrouvent au pied du sapin gorgé de guirlandes et de boules colorées, ils feront forcément plaisir. Ils sont beaux, ils sont originaux, et, évidemment là encore, ils viennent de la Lune Noire. Ou presque !

 

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11- L’alliance des étudiants créatifs de l’Insitut Français de la Mode (IFM) et de Star Wars nous offre une jolie gamme de vêtements aux couleurs acidulées, sophisitquées sur fond sombre galactique, aux effets de lumière incroyables. De quoi faire valoir l’imagination débordante des étudiants qui se montrent particulièrement tendance ! Ligne vendue en exclusivité au Disney Store des Galeries Lafayette Haussmann.

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12- On connaissait les gammes d’écouteurs Swarovski ou les superbes et branchés Senheiser. Ici, vous aurez et le look impeccable et fantasque ultra tendance, pour les fêtes de Noël, et le son d’un puissant artefact tech. Le casque « Diamond Tears » de Monster est vendu à un prix maximum de 299euros.

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13- Qui n’a jamais rêvé de piloter un avion ? Mieux, qui n’a jamais rêvé de piloter un vaisseau Sith ou Jedi ? Dupont vous en donne ici la possibilité, et vous garantis que chaque lettre, chaque phrase sera un voyage jusqu’à Coruscant. Stylo plume « Streamline » Star Wars by St Dupont, 1590euros.

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14- Pour tous les motards, et les motardes, à ceux qui veulent du shinny, du glimmer, nous vous proposons le must-have du casque, la plus fashion des protections, et le cadeau le plus éclatant et rassurant qui soit. Pour ceux qui veulent passer Noël sur les routes: le casque Biltwell, pailleté d’or ou d’argent, à 116euros.

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15- Nous disons bien que nous devons être belles –et beaux ! jusqu’au bout des ongles. Mais c’est également valable pour les ongles… de pied ! Les plus fashion, les plus tech de toutes les chaussures sont proposées par Christopher Kane, des sneakers aux bandes élastiques, et au néoprène fascinant, aux coloris neutres soupoudrés de superbes lignes fluorescentes, ou motifs psychédéliques, le tout nous renvoyant un peu plus encore dans l’univers de la tech. A partir de 365euros.

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16- La musique, on voudrait l’écouter, partout, tout le temps, sans cesse, et ne pas être bloqué par un son médiocre sorti de son smartphone. Pire, on voudrait encore plus ne pas être foncièrement ridicule et out of fashion en sortant notre enceinte miniature, à la couleur laide, et au design douteux. Bathroom Graffiti mêle avec brio pour nous contenter, la classe de la mode, le chic d’un sac à main, l’élégance d’un objet « haute couture » vintage, son enceinte nomade Bluetooth Helsinki, en rose, bleu ou gris, un des must-have fashiontech pour bien un réveillon et un Noël sous les étoiles tout en musique, en qualité, en étant branché ! 399,90euros.

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17- Longtemps les robots créés étaient en similitude avec notre aspect physique. Et on se souvient tous de l’effet peu probant que ça a donné. Cette fois-ci l’inspiration se trouve dans le étoiles de la licence Disney. Le petit robot Sphero BB8 est un produit connecté qui se pilote grâce à un smartphone, et peut explorer tout l’univers autour de lui. Il rougit et trépigne de colère si vous lui faites trop souvent heurter un obstacle, gare à vous mauvais pilotes ! Destabilisé, ou apeuré, il en perd la tête –littéralement. De quoi retomber en enfance pour les plus grands, et se prendre pour un super pilote professionnel, pour les enfants. 149euros.

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18- Les écrans sont partout, absolument partout, mais ce n’est pas parce que nous vivons dans l’ère du numérique que nous devons nous vriller la rétine. La marque américaine Gunnars Optik a mis au point des verres de couleur jaune qui filtrent les lumières bleues émises par notre téléviseur, notre ordinateur, notre smartphone. Les modèles sont disponibles des plus sportifs aux plus classiques. De quoi moins fatiguer nos yeux, des ados accros aux jeux vidéo, aux salariés qui travaillent toute la journée sur un écran. Un cadeau de Noël pour se protéger, tout en faisant plaisir. A partir de 69euros.

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19- Qui n’a jamais redouté de se vêtir de ses moon boots avant d’aller faire un peu de ski, une balade en montagne ? Les pieds sont certes tenus au chauds, mais au combien nous autres it-girls et hipsters aimerions qu’ils soient en plus beaux ! C’est chose faite avec Colette qui propose des moon boots Stormtroopers et C-3PO, à 120 euros!

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20- Quand on dit nouveau skate, on pense bien sûr à l’Overboard de Retour vers le Futur. Mais on a en cette fin d’année, la possibilité de faire –presque ! mieux : un skate gyroscopique, à l’armature nid d’abeille lustrée, très tendance, à l’allure tout à fait tech. Un skate du futur pour Noël, c'est tout de même sacrément tendance! Proposé par Surfwheel à 999euros.

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21- Les amoureux du dessin, qu’ils soient stylistes, illustrateurs, graphistes, auront de quoi sourire à ce Nöel : une ardoise numérique, sur laquelle on pose un support papier, sur lequel on dessine à la main, le moindre de nos traits se retranscrivant en direct sur notre Ipad ou iPhone ! De quoi croquer toutes les étapes du repas de Noël ! C’est la Slate, de iskn, 199euros.

 

Modelab vous souhaite, à toutes et à tous, un Joyeux Fashiontech Noël!


ANREALAGE : une histoire poétique technologique.

Qu'est-ce qu'Anrealage? Musique, art, technologie, invention, mode, tendance, architecture ? Voici qu'un objet de mode est survenu, étrange, au milieu des catwalks. La nouveauté tendance grandit, depuis 1980 dans l'archipel nippon sous le nom de Kunihiko Morinaga. Mais la langue française est pour une fois insuffisante à la compréhension totale de ce monstre génial de création, peu importe qu'il soit un objet de mode ou tout autre chose. L'anglais est visiblement mieux choisi pour sa musicalité : seed or sidh ? La créature fashion, l'embryon végétal qui s’épanouit et grandit, ou ces mystérieuses et fantasques créatures aux cours Seelie et Unseelie, lumière et ombre ?

Reflect
Reflect

Les fibres naturelles grandissent depuis 2003, elles fusent vers une notoriété qui n'a pas encore atteint notre continent, notre monde si occidentalisé. Les fils deviennent petit à petit des lianes qui se meuvent et viennent chercher la lumière du soleil, puis celle des lanternes, des réverbères, des diodes, des circuits, et une fois rassasiées, elle se terrent, s'engouffrent pour se nourrir de ténèbres et d'ombres.

Trois mots définissent cette improbable alliance dans le monde de la mode : REAL, UNREAL et AGE, leur traits joints donnant naissance à ANREALAGE.

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Suzume

 

Kunihiko Morinaga, édificateur et architecte de mode

Kunihiko Morinaga a débuté ses créations sous le mantra « Dieu est dans les détails », employé notamment par l'architecte Ludwig Mies van der Rohe ; la comparaison est d'autant plus justifiable que les vêtements et pièces du créateur japonais sont de véritables tours d'ivoirechâteaux forts ou cathédrales dantesques, autant de monuments dont le moindre fil est pensé et à sa place, où chaque incrustation, chaque couleur est une ode au spectaculaire.

Air
Air

Les tenues Anrealage sont des constructions bâties pierre par pierre, fil par fil, bouton par bouton, point par point, et la finalité de chacun de ces monuments gigantesques se trouve être dans l'éclairage de celui-ci. Jour ou nuit, on peut s’asseoir devant chacun de ces immenses mausolées construits à la gloire du détail, de la lumière et de l'ombre, de la construction d'un vêtement, et se perdre dans une infinie contemplation. Devant ces pièces assemblées, nous nous posons, et nous admirons les yeux tournés vers les hauteurs, la splendeur de ces édifications.

Haru
Haru

Les coupes sont folles, les structures font penser à des labyrinthes insensés, à des villes aux escaliers menant au plafond, des ruelles donnant sur des impasses, des souterrains emplis de nuages. Du rêve au milieu de la réalité, une autre réalité dans celle que nous connaissons déjà. Créer un monde parallèle non pas à côté mais par-dessus celui dans lequel nous vivons. Kunihiko Morinaga réinvente notre vision du monde, l’oriente sur un ailleurs pourtant bien présent. Il nous fait découvrir des choses que nous n’aurions jamais osé imaginer. Il nous pousse, nous invite à une contemplation rêvée sur des formes de mode, sur des corps en mouvance. Le col d’une chemise démultipliée, blanche, nous apparaît soudainement fluorescente. L’ourlet d’un pull se succède, n’en finit plus, pour devenir une robe de soirée. Les fils explosent, implosent, et deviennent une veste. Le squelette se pare de coloris chatoyants et s’exporte du corps pour se faire jupe.

Anrealage s’accroît, et traverse le temps et les ères, mais pour devenir quoi ?

 

Fibre textile deviendra arbre numérique

Les premiers défilés Anrealage, de 2005 à 2007, sont ancrés dans la terre, dans des fils et des entrelacs qui ne nous font penser qu'à une jungle textile luxuriante et riche, de couleurs, de formes incongrues. Des arbres immenses qui s'imposent sur la plaine morne et sèche du catwalk. On imagine fort bien l'oeuvre écologique et superbe de Keiichi SugiyamaOrigine, comme représentation, idée, miroir de la création de Kunihiko Morinaga : une terre envahie par le végétal, le filaire, la fibre, le lien, qui croît, s'élève, jusqu'à exploser et envahir le monde que nous connaissons, donnant ainsi un autre tableau de la vie à observer.

Butter
Butter

En 2008 la collection « No More » semble vouloir bouleverser cet ordre végétal expansif en le faisant évoluer. Comme si une nouvelle ère arrivait, comme si les débuts luxuriants textiles se mutaient en quelque chose de plus technique. No more ancient ? No more forest ? No more quoi ?

La jungle fastueuse se métamorphose en une cité, en une agglomération. L'urbanisation est en route avec des coupes plus sobres, plus strictes. Comme si l'humain avait enfin posé ses marques au beau milieu de la nature et cherchait à s'en emparer. A catégoriser, à couper, trancher. L'Homme scie, construit, bâtit des immeubles noirs et blancs, grisâtres et structurés par les mathématiques et les sciences.

No More
No More

L'expansion citadine devient plus forte et s'achemine jusqu'en 2011, où l'on se retrouve plongés dans un nouveau MetropolisGrandes structures, échafaudages de tissu et de coloris, ossature gigantesque, imposante démonstration d'un corps neuf, armatures oversize, parties de vêtements qui enflent comme si la société elle-même allait imploser. Ce n'est pas sans rappeler l'exagération de nos chers Incroyables et Merveilleuses qui tendaient à exagérer un détail de leur tenue, pour se faire voir, pour que le monde les classe comme extravagants de mode.

Air
Air

Puis « Time » survient. Nous sommes en 2012. L'horloge s'est ici arrêtée, la pose de couleurs, la mise en forme a été décalée. Tout semble comme intempestif, reproduit, retracé, refait, encore et encore. Répétition insensée des ourlets, des bas, des manches. Comme si un bug était survenu lors de la confection du vêtement. Comme si la programmation textile avait rencontré un virus de duplication. Comme si le programme colorisation avait planté pour ne pas faire de mise au point visuelle.

Time
Time
Time
Time

Enfin surviennent les collections si énigmatiques et fantasques de 2013, 2015-2016 et 2016,  « Bone », « Light » et « Reflect ». Dans chacune de ces collections, l'humain perçoit l'improbable, l'impensable mélange , l'alliance géniale de l'ombre et de la lumière. On entendrait même Obéron et Titania se faire la cour. Dans une même tenue, nous avons la cour Seelie, cour de la lumière, de l'été et du printemps, de la chaleur, du sourire, de la joie de vivre. Puis son penchant opposé survient, brusquement : la cour Unseelie, ténébreuse, ombres miroitantes, où le froid, la nuit et la glace règnent en maîtres. Le créateur mêle, démêle puis entremêle ces deux univers si distincts, que tout oppose, mais qui ne pourraient exister l'un sans l'autre. On admire la beauté glaciaire des motifs éclatants qui apparaissent sur les modèles de « Reflect », uniquement parce que la tenue était sobre et lumineuse, claire, l'instant d'avant. Les os colorés et vifs de « Bone » ne sont que plus chatoyants que par la présence de ce bleu électrique et froid sur ce noir d'encre. On distingue la magnificence de motif, de l'imprimé de « Light », que par la présence dérangeante des ténèbres environnantes.

Bone
Bone
Bone
Bone
Light
Light

La technologie s'est implantée au sein même de la marque, de la forêt sublime et colorée de Kunihiko Morinaga. L'humain n'est même plus présent, on ne distingue que le vêtement, que la lumière, l'apparition et la disparition d'éléments, la transformation, la métamorphose.

Anrealage. An real ageUnreal ageUne ère réelle et irréelle. Un temps où la technologie permet de nouvelles façons de faire voir l'invisible. Un temps où la technicité évolutive permet de nouvelles illusions. Nous ne sommes plus si loin des hologrammes. Nous ne sommes plus si loin des machines rêvées. La technologie se dépose avec Anrealage sur le corps, ou plutôt sur le tissu à même posé sur le corps. A quand les tatouages et les vêtements mouvants de Scott Westerfield dans Uglies ? Allons-nous devenir comme dans Specials du même auteur, des être inhumanisé par la technologie ? Sommes-nous en train de disparaître au profit d'une esthétique technologique de plus en plus avancée ? Et si au fond, le monde et la mode se suffisaient à eux-mêmes ? Peut-être que bientôt, ce seront nos propres créations, dignes d'intelligence, qui créeront pour nous.

Reflect
Reflect

Albert Einstein a dit « Il est hélas devenu évident aujourd'hui que notre technologie a dépassé notre humanité ».

Personne ne saura répondre à ces questions, mais tous seront d'accord sur le fait qu'Anrealage est un bijou de fashiontech, une allégorie du rêve, du fantasme perçu, vécu, un bref instant, le temps d'un défilé, où notre esprit se gorge de ces magnifiques illusionshier végétalesaujourd'hui technologiques, mais toujours, dignes de contemplation.