Lina Wassong : une artiste fashiontech plurielle

De Los Angeles à Hambourg, en passant par San Fransisco et aujourd’hui Berlin, Lina Wassong est une artiste FashionTech plurielle, curieuse et généreuse. Pour Lina, « La technologie peut être esthétique et la mode est une merveilleuse interface pour refléter cette beauté. » Convaincue de l’immense potentiel de la fabrication numérique, elle enseigne et rédige des livres sur l’électronique pour démocratiser sa passion. Mais plus que tout, elle souhaite introduire l’émotion dans la technologie, ce qu’elle fait en puisant son inspiration dans la nature et les sciences du vivant. J’ai échangé avec Lina pour en apprendre plus sur elle et ses designs interactifs.

M : Bonjour Lina Wassong ! Parle-nous de toi. Peux-tu nous décrire ton parcours et ton lien avec le milieu de la mode ?

Oui, bien sûr ! J’ai commencé par prendre des cours de design alors que je vivais à Los Angeles en Californie. J’ai ensuite déménagé en Allemagne à Hambourg où j’ai étudié l’ingénierie textile qui recouvre tous les aspects techniques de la confection vestimentaire.

Après avoir vécu à San Francisco pendant un moment, je me suis prise de passion pour l’électronique et le code. L’aspect créatif de la technologie m’a vraiment fascinée, et de fil en aiguille, j’ai fini par confectionner des pièces interactives. Ces trois dernières années furent très riches pour moi : j’ai rédigé trois livres sur l’électronique et la programmation, animé de nombreux ateliers technologiques et tout appris en matière de découpe laser et d’impression 3D. Aujourd’hui j’ai la chance de partager un cabinet de design avec Anja Dragan au cœur de Berlin. Je donne également des conférences sur le design d’interface à l’Université des sciences appliquées de Potsdam...

… Une vraie globetrotter ! Comment ton expérience de vie à San Francisco influence-t-elle ton travail actuel ?

Lina Wassong : J’imagine que sans avoir vécu à San Fransisco, je n’aurais jamais programmé mon premier microcontrôleur. Mon travail aurait été très différent de ce que je crée et enseigne aujourd’hui.

Fashion tech dress lina wassong
Parallax Dress - Lina Wassong

M : Pourquoi es-tu venue t’installer à Berlin ? Qu’est-ce qui te plaît dans cette ville ? Un côté arty qui te manquait dans l’environnement trop tech de San Fransisco ?

Lina Wassong : J’ai toujours su que je finirai par habiter à Berlin à un certain stade de ma vie et venir ici au début de ma carrière fut la bonne décision. J’ai beaucoup apprécié vivre à San Francisco qui est une ville très sympa aussi, mais pour expérimenter sur le plan artistique, c’est moins libre qu’à Berlin. Il faut avoir un job en béton pour survivre dans cet environnement tech très compétitif. Mais qui sait, peut-être que j’y reviendrai un jour. Il ne faut jamais dire jamais.

M : Et à Berlin, quels lieux aimes-tu fréquenter ?

Lina Wassong : Vers chez moi il y a cette vieille friche industrielle qui a été réaménagée en brasserie en plein air (beer garden). En été vous me trouverez toujours là-bas, une pizza à la main (elles sont à tomber). Et bien sûr il y a plein de bars et de clubs sympas le long de la Spree, la rivière qui traverse Berlin.

M : Quelle est la spécificité de la scène locale FashionTech berlinoise ?

Lina Wassong : Haha, pour commencer, elle a déjà le don d’exister ! La plupart des grandes villes restent braquées sur la mode traditionnelle. Berlin n’a pas d’histoire de la mode, ce qui laisse bien plus de liberté en matière d’expérimentation.

M : Parlons un peu de tes créations maintenant. Que trouves-tu d’esthétique dans la technologie ?

Lina Wassong : Lorsqu’elle est réalisée correctement et de façon propre, la technologie peut vraiment être magnifique. Bien sûr, il est essentiel de cacher tout ce qui effraie, ou qui disons, met les gens mal à l’aise, comme les câbles, les joints de soudure, les circuits imprimés… Aujourd’hui, grâce à la fabrication numérique, la découpe laser et l’impression 3D permettent de créer des formes très complexes. Des formes nouvelles qu’il aurait été impossible de réaliser avant l’apparition de ces outils numériques. La technologie permet aussi de concevoir des pièces interactives qui évoluent en s’adaptant à leur environnement. La technologie nous permet de communiquer avec des objets analogiques.

M : Justement, quelle fonction à l’interactivité de tes vêtements ?

Lina Wassong : Pour apporter de l’interactivité à mes créations, je m’appuie sur les senseurs environnementaux, la robotique, et bien plus encore. Ce que j’apprécie vraiment, c’est quand une pièce reflète les changements de son environnement à travers la lumière ou le mouvement. A travers chaque création, j’en apprends plus sur la technologie et en particulier les senseurs. Ces petits composants qui arrivent à détecter les changements sont vraiment fascinants.

fashion tech - dress - innovation
Symbiosis Dress - Lina Wassong

M : Mais alors Lina, dans tes créations, c’est la fonction technologique ou esthétique du vêtement qui prédomine ?

Lina Wassong : La fonction esthétique est plus importante, tout simplement car elle est plus visible. J’adore travailler sur l’aspect tech d’un nouveau design, mais si je n’arrive pas à le transférer correctement dans le vêtement, il est vite perdu ou devient moins intéressant. À notre époque digitale nous sommes vraiment gâtés en ce qui concerne la technologie, mais la plupart des gens ne savent même pas comment connecter une simple LED à une batterie...

M : L’intelligence artificielle et le machine learning (capacité d’apprentissage des machines) sont des sujets très actuels en ce moment. Comment as-tu abordé ces thématiques dans ton dernier projet, la parallax dress ?

Lina Wassong : La robe parallaxe s’inspire de l’évolution de l’intelligence. Il y a tellement de degrés d’intelligence différents et l’intelligence artificielle en est une. Ce qui est sûr, c’est qu’en matière de résolution de problèmes, l’intelligence artificielle va gagner en importance dans les années à venir.
Avec la robe parallaxe, j’ai fusionné la technologie moderne avec le comportement intelligent d’un octopus. Le centre de contrôle d’une pieuvre est réparti sur tout son corps, ce qui lui permet de déplacer ses tentacules de façon indépendante. Cette originalité le rend particulièrement apte à résoudre des problèmes complexes. La robe parallaxe intègre un senseur qui détecte les mouvements et envoie des signaux au microcontrôleur. Ensuite, les bras imprimés en 3D et découpés au laser se mettent à bouger indépendamment, en fonction des mouvements de son environnement – tout comme une pieuvre.

... Au final nous n’avons donc rien inventé, tout le mérite revient à l’octopus !

M : Tes créations font beaucoup référence à des organismes biologiques, comme la jellyfish skirt (jupe méduse). Les scientifiques observent la nature pour trouver des solutions techniques aux problèmes humains. Penses-tu que l’on pourrait aussi s’inspirer du biologique en terme de design ? Une sorte de « biomimétisme esthétique » ?

Lina Wassong : Oui, absolument. Ça fait des millions d’années que la nature trouve des solutions à des problèmes très complexes. La nature peut être une très bonne source d’inspiration, surtout en matière d’aviation ou d’architecture, mais aussi en terme de technologie et de design.

Pour la plupart des gens, la technologie est plutôt synonyme de froideur, l'artificialité et d’apathie. Pour changer cela, il est bon de s’inspirer de la nature, car c’est quelque chose à quoi nous pouvons tous nous identifier.

dress fashion tech innovation
Lina Wassong en plein ajustement de la robe Symbiosis

M : Comment imagines-tu ton futur et celui de la FashionTech dans les 10, 20, prochaines années à venir ?

Lina Wassong : Comme je l’ai dit plus tôt, la fabrication numérique nous donne la chance de créer des designs très complexes. Lorsque ces technologies seront plus connues et accessibles pour tous, on pourra s’attendre à un changement d’envergure dans toute l’industrie créative.

Pour ma part, j’adore enseigner, surtout quand il s’agit de technologie et de créativité. Donc je vais certainement me concentrer là-dessus. Et bien sûr, je suis toujours très excitée à l’idée de découvrir de nouvelles technologies intéressantes pour mes créations.

Merci Lina !

Vous pouvez retrouver le shooting que nous avons réalisé des créations de Lina Wassong dans le dernier numéro de Modelab spécial Berlin.


Damart

La fibre de l'innovation Damart

Damart, l’éclair de génie ! L’inventeur du légendaire Thermolactyl, premier textile intelligent Made in France souhaite revenir sur le devant de la scène. Partenaire du FashionTech LookForward de Showroomprivé.com, Damart a dévoilé sa nouvelle stratégie d’engagement dans les smart textiles lors d’une conférence animée par Modelab. L’occasion pour nous de découvrir en avant-première ses collaborations mode Thermolactyl pour la saison automne hiver 2017-2018 et ses recherches sur le care-wear et les vêtements connectés. Le tout en présence de l’iconique Chantal Thomass, venue révéler ses « Secrets », les nouvelles pièces de sa ligne prêt-à-porter issue de sa seconde collaboration avec la marque.

L’innovation au cœur de la culture d’entreprise Damart

La maison naît en 1953 de l’innovation du Thermolactyl, textile qui maintient le corps au chaud grâce à ses propriétés triboélectriques. Les micro-frottements de ce tissu au contact de la peau créent une énergie génératrice de la chaleur. De la fashionTech avant l’heure. ;) Plus de 60 ans plus tard, la fashionTech émerge à peine dans l’Hexagone. Et Damart, compte bien apporter sa pierre à cet édifice, d’où sa présence au LookForward.

L’expertise technique de Damart est mondialement reconnue. Le Thermolactyl a fait ses preuves partout : chez les climatologues et explorateurs au Pôle Nord, chez les skieurs et footballeurs professionnels, les militaires, les pompiers, les navigateurs… et même chez les princesses ! En 1982, en voyage d’hiver à Tokyo, Lady Di répondait à une journaliste qui s’inquiétait qu’elle ait froid : « Froid ? Moi, jamais ! », reprenant le célèbre slogan publicitaire vêtue de Damart.

source : The Beauty and The Geek
source : The Beauty and The Geek

Aujourd’hui, malgré cette réputation bâtie sur le Thermolactyl, la maison ne se repose pas sur ses lauriers. En 2006, Damart crée son Comité Scientifique et poursuit ses efforts d’innovation, investissant de nouveaux domaines comme le sport et le vêtement connecté. La marque cherche désormais à se moderniser et à attirer une nouvelle clientèle, tout en ne perdant pas de vue son client cible, « la femme de 55 ans et plus qui veut se sentir belle et bien ». A l’issue de la conférence, nous avons pu échanger avec trois acteurs clés de l’innovation Damart : Sylvie Ducept, ingénieure R&D textile, Loïc Delecroix, responsable de la filiale Damart EWare, et Agatha Colin, responsable de communication. Ils nous ont livré la recette de la nouvelle expérience textile Damart. Une recette bien pensée, le tout en trois ingrédients :

Innover pour le bien-être : Damart Sport et le Care-Ware 

« La fashionTech de demain sera confortable », c’est ce que nous répond Agatha Colin, lorsqu’on lui demande sa vision de la fashionTech dans dix ans. Si maintenant Damart séduit surtout une clientèle âgée grâce à ses vêtements confortables, pour Agatha, la donne est en train de changer : « Aujourd’hui, les gens ne veulent plus choisir entre le côté confortable/technique et fashion d’un vêtement, ils veulent les deux. Il y a une rupture avec une époque révolue. Notre société recherche avant tout le bien-être. Il n’y a qu’à observer la pratique du sport, du yoga, du détox… Dans la mode aussi, les choses évoluent. La France a voté un amendement contre l’extrême maigreur des mannequins et demande de mentionner les photos retouchées. Les mannequins se remettent même à sourire sur les podiums ! Chez Damart, nous voulons retranscrire cet esprit du temps en présentant des modèles non retouchés et bien dans leur peau dans nos shootings. Le confort fait partie de notre identité de marque, et nous souhaitons prouver qu’il n’est pas réservé qu’à une tranche d’âge. »

innovationSi le Thermolactyl se chiffre désormais à plus de 7000 références avec cinq degrés de chaleur différents, Damart poursuit ses efforts d’innovation, développant les care-wear, ces textiles qui nous veulent du bien. Des vêtements qui concernent tout aussi bien la gamme sport que prêt-à-porter. Le must-have de l’été, le t-shirt rafraîchissant Océalis, conçu pour une bonne respiration de la peau et une évacuation rapide de l’humidité. Et pour les longues ballades en touriste, les sneakers Amortyl, dont la semelle amortit 30 % des chocs liés à la marche en comparaison à une basket classique. Côté sport, Damart sort le BodyGain Compression, dont le tissu augmente l’apport en oxygène des muscles, réduisant ainsi les courbatures de 60 %. Pour finir, Damart dévoile le Thermolactyl Sensitive, une matière seconde peau ultra-fine et thermorégulatrice qui préserve l’hydratation de l’épiderme de + 21%.

Concrètement, cette innovation textile est rendue possible grâce à une équipe R&D qui effectue un travail de veille permanent sur les fibres à l’échelle mondiale. Sylvie Quest, ingénieure R&D en textile chez Damart témoigne : « Nous sommes présents sur beaucoup de salons, mais les fabricants de fibres nous connaissent bien aussi, surtout sur le marché asiatique. Nous travaillons ensuite sur des associations de fibres afin de créer des textiles aux propriétés atypiques. » En interne, Damart gère une grande base de données et a créé son propre logiciel de qualité interne. « Les matériaux sont testés selon des critères comme l’épaisseur ou le poids dans des températures et conditions différentes. Aucun produit ne peut être commercialisé s’il n’a pas reçu le label qualité », certifie Sylvie.

Damart

Placer le client au centre de l’omnicanal

Avec l’arrivée du digital, le commerce se renouvelle, passant de la boutique physique, au e-commerce, puis à une habile combinaison des deux, l’omnicanal. L’omnicanal (nous en parlons dans cet article), c’est la volonté de faire fonctionner de façon synergique plusieurs canaux de distribution. Damart, boutique de vente par catalogue dès ses débuts, n’a pas attendu le digital pour s’y mettre. Il y a quelques mois, l’annonce de l’ouverture d’une boutique sans marchandises par Décathlon avait beaucoup étonné. Pourtant, en 1957, Damart ouvrait déjà le premier magasin sans stocks, un « centre de conseil » où les clients pouvaient palper les tissus et passer commande. Aujourd’hui, l’enseigne réalise encore plus de 50 % de son chiffre d'affaires par correspondance. Si la vente par catalogue est un acquis pour Damart, dont la clientèle âgée a gardé cette habitude ; Damart ne doit pas rater le coche de la vente en ligne, car le sexagénaire de demain, sera lui, connecté. Dès 2014, le groupe repense son site web et met en place un site logistique multicanal France et Export à Hem dans le Nord.

source : motcomptedouble
source : motcomptedouble

« Aujourd’hui, il y a cette tendance de recentrage sur le relationnel, qui n’est pas contradictoire à une société plus digitalisée », nous explique Agatha Colin. Damart veut renouveler l’expérience d’achat de ses clients dans ses 85 enseignes françaises et cela commence par un accompagnement personnalisé durant le shopping. Agatha nous assure que c’est une véritable demande du client et une valeur ajoutée pour Damart qui en voit ses ventes augmentées. En parallèle, Damart multiplie depuis deux ans les pop up stores dans les grandes villes. Après deux pop ups stores à Paris, puis Lille, Damart projette d’inaugurer fin 2017 son flagship store à Lille, territoire berceau de la maison, qui devra refléter l’identité de la marque. L’ambition est d’en faire un lieu de vie de culture et d’échange, avec une programmation mensuelle d’expositions, de conférences et d’ateliers.

Collaborer pour se renouveler

Depuis 2013, Damart lance des collaborations pour donner un coup de jeune à la marque. Car le défi de Damart est bien là. « Notre expertise technique est incontestable, ce que l’on veut maintenant, c’est que les gens soient fiers de porter la marque Damart. », nous confie Agatha Colin. En 2015, Damart s’était fait remarquer pour sa collaboration avec la marque streetwear Andrea Crews. Cette année, Damart poursuit les collaborations de toutes sortes, avec par exemple : Modetrotter pour le côté branché, Maison Standards pour le côté engagé, mais aussi des graphistes comme Tina Tictone, pour sa collection enfant. Ces collaborations s’ajoutent à trois partenariats avec des blogueuses sur le long terme, qui ont déjà personnalisé une collection de baskets Amortyl et de tee-shirt Océalis : Accro de la Mode, Fasilol et Une souris dans mon dressing. Une façon pour Damart de renforcer sa présence sur la toile.

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La star ce jour-là, c’est Chantal Thomass, qui renouvelle son partenariat avec Damart pour une seconde année. L’incontournable frenchie de la lingerie n’a pas pour habitude de réitérer ses collaborations, mais celle-là lui tenait tout particulièrement à cœur : « J’avais envie de retourner à mes premiers amours, le prêt-à-porter, que j’ai délaissé pour la lingerie il y a une quinzaine d’années. » Une ligne baptisée « Secrets », dix-sept pièces à petits prix, mais toujours très élégantes. La créatrice a apporté sa touche glamour au Thermolactyl, en l’agrémentant de dentelles de calais, de cols et de froufrous. Pièce phare de la prochaine collection automne-hiver dévoilée en avant-première : un perfecto en Thermolactyl. Cerise sur le gâteau, une partie des bénéfices des ventes reviendra à l’association « Toutes à l’école », pour l’insertion scolaire des jeunes filles dans les pays en voie de développement.

Le perfecto Thermolactyl Damart by Chantal Thomass
Le perfecto Thermolactyl Damart by Chantal Thomass

Dans un tout autre registre, dès 2015, Damart collabore avec le pôle de compétitivité Eurasanté sur le projet de vêtements connectés EWear. EWear, c’est le premier projet intraprenarial développé par Damart pour ses activités exploratoires. Cette organisation ambidextre de Damart s’est installée à Eurasanté pour bénéficier pleinement de la dynamique créatrice propre aux clusters. L’objectif du projet EWear : développer des solutions techniques de recueil de données physiologiques concernant le « bien-être » (qualité de sommeil, contrôle du stress, du poids….) afin de les intégrer à des vêtements intelligents type care-wear. Pour, Loïc Delecroix, responsable du projet Eware « L’enjeu aujourd’hui, c’est d’être rapide et très réactif aux besoins du client. Pour cela, il faut se positionner dans une logique de co-création avec lui, faire des allers-retours lors de la conception des produits. » Pour cela, Damart organise des interviews avec ses clientes afin qu’elles s’expriment sur leur mode de vie. « Avec cette approche orientée sur les problèmes, nous cernons mieux leurs besoins pour concevoir des produits aux plus proches de leurs attentes. »

 

damart logo

Avec les vêtements qui prennent soin de la peau et cette incursion dans le vêtement connecté, Damart renoue avec ses origines de « bien-être ». L’éclair Damart n’est pas prêt de s’éteindre !

 

 

 


Anne-Sophie Bérard

Anne-Sophie Bérard : sublimer l'art de la fashionTech

Du 28 juin au 2 juillet, se tenait le LookForward fashionTech festival au centre culturel d’arts numériques de La Gaîté lyrique. Au programme : une exposition sur la fashionTech, un Grand Prix, des ateliers et des tables rondes. Nous en avons profité pour rencontrer Anne-Sophie Bérard, commissaire de l’exposition pour la deuxième année consécutive. L’occasion de revenir sur son parcours, sa rencontre avec la fashionTech, ses deux expositions et sa vision singulière de la médiation.

Parle-nous de toi Anne-Sophie. Qui es-tu et que fais-tu ?

Je suis curator, commissaire d’exposition. Mon métier consiste à regarder l’art sous toutes ses formes afin de percevoir comment il parvient à dépeindre le monde qui nous entoure et ses mutations. Mon territoire est très large, et même si j’ai un fort intérêt pour l’art contemporain, je suis touche-à-tout : j’aime la photo, la vidéo, la musique, le théâtre, la danse… tous les champs investis par de jeunes artistes qui cherchent à comprendre notre société. Et la fashionTech est une de ces expressions qui m’intéresse tout particulièrement.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

Quel est ton parcours ?

J’ai commencé mes études par un peu de théâtre et de philosophie, puis finalement, je me suis tournée vers l’art. J’ai suivi une formation de plasticienne aux Beaux-Arts de Rueil-Malmaison puis aux Arts Décoratifs de Paris. J’y ai produit des travaux très conceptuels, orientés sur la façon dont on montre l’art. J’ai mis un moment à comprendre que ce qui m’intéressait vraiment, c’était de rassembler des gens autour de la création actuelle ; que j’étais plus douée au niveau cérébral que manuel. Il y a des gens qui sont tellement doués dans le manuel qu’il faut savoir rester à sa place.

Ma conviction en sortant des études était que je ne voulais dépendre de personne, c’est pourquoi je me suis lancée en freelance. Ma seconde conviction était que je voulais bousculer un art trop souvent réservé à une élite bourgeoise. Dans cette envie de rendre l’art plus accessible, j’ai travaillé avec le monde de l’entreprise. Deux mondes qu’à priori tout oppose, mais qui se sont nourris mutuellement : de financements plus larges pour les artistes, à des gains de créativité et de dynamisme pour l’entreprise et ses salariés.

Je n’ai jamais réussi à porter une seule casquette. J’écris des histoires pour des vidéos, je travaille sur des campagnes de communication, je monte des expositions et des festivals, j’organise des concerts privés… Je suis tout sauf une experte ou une thésarde qui aurait creusé un sujet en profondeur. J’ai cette polyvalence, qui me donne une approche particulière, qui a ses qualités et ses défauts, mais que j’apprécie tout particulièrement.

Comment es-tu arrivée dans le milieu de la mode ?

J’y suis arrivée par un ricochet de hasards. J’aime découvrir de nouveaux sujets. Lorsque l’on m’a proposé d’être la curatrice de l’exposition Look Forward, j’ai tout de suite accepté. J’avais déjà une connaissance de la mode, de par ma formation, mais c’est avec ce projet que je l’ai vraiment adoptée comme un moyen d’expression sociétale.

Comment t’es-tu introduite à la fashionTech ?

J’ai commencé par me nourrir : j’ai repris l’histoire de la mode, j’ai cherché quelles étaient les premières références, le rôle inhérent de l’innovation dans la mode... Je me suis ensuite concentrée sur la fashionTech, la technologie… Ce fut vraiment un long travail d’immersion. Ce n’est que lorsque j’ai eu le sentiment de maîtriser ce territoire que j’ai pu prendre du recul. Je suis alors partie de ce préjugé courant qui fait de la mode un sujet superficiel. Et j’ai décidé de montrer qu’on pouvait au contraire dire beaucoup de choses intéressantes à travers la mode : son niveau social, culturel, économique, son rapport à soi, à l’autre… La société entière est retranscrite dans le vêtement. Et le champ de la fashionTech est en ce point passionnant, car le vêtement est abordé au-delà de sa forme et de sa matière.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

Entre ces deux expositions sur la fashionTech que tu as mises en place, qu’est-ce qui a changé ?

La ligne globale reste la même, c’est à dire qu’on s’intéresse aux créations de la fashionTech comme à des œuvres et non comme à des vêtements. Plus qu’un lieu de contemplation, le vêtement devient un endroit d’interrogation et de réflexion. La grande nouveauté est le changement d’échelle face au succès de la première édition. Cette année, nous avons plus du double d’espace, avec presque trois fois plus d’œuvres. Nous avons donc un panorama plus large et surtout plus ouvert à l’international avec la présence du Japon, du Brésil, de la Chine ; le festival jouit désormais d’une envergure mondiale.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

La première partie de l’exposition s’est déroulée à La Piscine de Roubaix, que t’a inspiré ce lieux à l’architecture Art Déco ?

C’est un vrai plaisir que d’avoir pu faire quelque chose dans ce lieu ! La Piscine est un lieu d’une beauté incroyable que je recommande à tous de visiter au moins une fois. Ce musée est très chargé, rempli de statues et de sculptures, donc la première question fut : "Comment réussir à exister parmi cette multitude d’œuvres ?" Mon désir simple était de parvenir à faire coexister l’ultra-contemporain et le classique.

C’est une vraie histoire de tempérament, mais moi la complication et les challenges me donnent plutôt du plaisir. Très naturellement, il y avait ce bassin dans le cœur du lieu et on a eu envie de s’y poser... Je voulais qu’il y ait un jeu visuel entre nos mannequins et les œuvres du musée. Quand le visiteur circulait autour du bassin, le temps d’un instant, les deux mondes se rencontraient et un Apollon fréquentait une Jasna Rock.

En comparaison, pour cette exposition à la Gaîté lyrique, tu as un lieu assez épuré, mais qui a une symbolique forte de par sa spécialisation dans les arts numériques.

Ici on est presque à l’opposé en terme d’environnement. La Piscine est positionnée sur une culture traditionnelle et patrimoniale qui ne s’intéresse pas à l’art numérique habituellement. A l’inverse, la Gaîté Lyrique est un lieu référencé de la culture numérique, habituées aux expositions avec de la technologie. Nous avions ici 800m² pour raconter une histoire, et notre désir fut de travailler sur une scénographie créant une expérience poétique et immersive avec l’agence Clémence Farrell.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

L’exposition est découpée en quatre sections : vers un corps augmenté, intimité et société, l’impact de l’immatériel et l’engagement environnemental. Peux-tu nous en dire plus ?

Ces sections sont volontairement très sensibles, à l’image de ce que je suis, à la façon dont je regarde le monde. Je me suis inspirée de ma propre expérience de la mode. Il y a le corps, son interaction et son articulation avec soi. Il y a la relation à l’autre, le mouvement de de soi vers la société : c’est la relation intimité et société. Puis on va de nous à l’environnement, avec la question de l’engagement, de la responsabilité. Il ne me restait plus que l’imaginaire. J’ai l’impression qu’au XXIe siècle, l’imaginaire et l’immatériel sont fortement liés. Une fois que j’avais ces quatre sections, il me semblait que rien ne manquait fondamentalement, que la société avait été appréhendée dans son ensemble.

Un coup de cœur parmi les œuvres présentées cette année ?

C’était une fierté d’accueillir Anrealage, parce que c’est un pur créateur de mode. Je trouve que c’est une très bonne nouvelle qu’un créateur de mode qui défile pendant la FashionWeek accepte de venir sur le territoire de la fashionTech. Cela signifie que la fashionTech peut enfin être reconnue comme de la mode à part entière, et non simplement comme quelque chose d’underground ou de geek. Et c’est sans dire que la pièce d’Anrealage est magnifique. Les motifs de ces tenues, blancs en apparence, se colorisent comme des vitraux sous l’effet du flash de nos smartphones. Ça a un côté magique. En prenant la robe en photo, le spectateur rencontre l’œuvre et la capture sur son petit écran, qu’il pourra ensuite garder en souvenir. Un moment privilégié et volé à la réalité...

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

Tu nous a dit que tu étais intéressée par l’aspect artistique du vêtement. Mais pour beaucoup de gens ce lien entre mode et art n’est pas toujours évident. Penses-tu que les vêtements puissent être présentés comme tout autres objets d’art dans un musée ?

Sur cette exposition, nous avons fait le choix de les présenter comme des œuvres d’art en effet. Les mannequins choisis sont assez sobres pour ne pas outrepasser le vêtement. En général, l’éclairage en douche illumine le vêtement et ça s’arrête là. En revanche, si l’on observe le comportement du public, la différence est immédiate car pour lui le vêtement doit avant tout avoir une fonction. La question « A quoi ça sert ? » est donc omniprésente. C’est pourquoi un gros travail a été réalisé avec les médiateurs, afin qu’ils puissent donner au public des armes pour décontextualiser et regarder ces vêtements qui sont plus que des vêtements. Leur faire comprendre que derrière, il y a aussi une histoire, un message, un artiste qui nous parle de sa vision, qui prospecte sur les usages de demain. A l’instant T, certaines pièces sont beaucoup plus intéressantes à penser comme une idée que comme un vêtement.

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Dans les musées de sciences, la mode est à l’interactif, avec le slogan « Il est interdit de ne pas toucher ». Ce modèle peut-il s’appliquer aux expositions de mode ?

Je trouve toujours dommage d’uniformiser les choses. Que ce soit sur les arts numériques ou en général, l’idée de devoir imposer un usage au visiteur est  très frustrant. Il y a des œuvres qui se prêtent à une interaction parce que c’est le désir de l’artiste et d’autres qui demandent une simple contemplation. Typiquement, dans l’exposition, il y a une robe de la marque Qmilch, faite de fibres de lait : cette robe est très simple et totalement inactive mais son processus de fabrication est incroyable. De l’autre côté, on va avoir la Speaker dress de Anouk Wipprecht qui est interactive car son propos le nécessite. Créer de l’interaction en espérant intéresser davantage est une erreur. Prendre son temps, regarder, c’est aussi essentiel. Il y a une différence entre distraction et intérêt, et je pense qu’il faut toujours commencer par le message avant de commencer la mise en forme.

© Audrey Wnent
© Audrey Wnent

La fashionTech bouge beaucoup, comment fais-tu pour rester au courant des dernières nouveautés ?

L’avantage de la fashionTech, c’est que c’est un petit écosystème porté par un groupe d’artistes encore très accessibles. Lors de la première édition, nous avons tissé des liens assez rapidement, ce qui m’a permis d’avoir un rebond assez facile avec eux cette année. Je les incite à m’ouvrir les portes de leur réseau car nous sommes dans une logique d’ouverture et de partage, comme le veut le monde dans lequel on vit aujourd’hui. Parallèlement à ce travail de réseau humain, il y a un gros travail de veille internet que je mène quotidiennement, sur des sites comme Modelab, qui, il faut le dire, est quand même une super source (rires), et des livres comme ceux de Bradley Quinn qui sont toujours très qualitatifs. Et ça me tient à cœur d’aller aussi fouiller les arts numériques et d’autres champs d’application, pour trouver d’autres créations qui peuvent enrichir la fashionTech.

Pour finir, quelle est ta vision de la fashionTech actuelle et comment l’imagines-tu dans dix ans ?

Ce qui m’intéresse dans la fashionTech, ce que j’ai vraiment aimé en découvrant ce monde, c’est le bouillonnement de ce territoire. On y rencontre des artistes venus de tout horizons : des makers, des designers, des bidouilleurs, des ingénieurs… ils travaillent en collectif et ont vraiment envie d’inventer des choses. C’est à la fois un reflet de notre société, dans la logique du co- et de l’opensource, et à la fois, c’est très spécifique à eux parce qu’il n’y a pas encore d’histoire de la fashionTech. L’histoire de l’art contraint le champ des possibles ; lorsqu’un peintre fait un trait bleu, il est obligé de se demander si quelqu’un d’autre ne l’a pas déjà fait. Dans la fashionTech, personne ne se juge. Il n’y a pas de complexes car il n’y a pas encore de référence, de sacralisation, de dogmes.

A long terme, cela m’intéresse peu de savoir si la fashionTech va devenir un phénomène d’usage appliqué à des vêtements de marque. C’est le côté purement artistique qui m’interroge. J’espère surtout voir ces artistes talentueux devenir des références dans le milieu de l’art contemporain et de la mode. Des talents comme Behnaz Farahi, Anouk Wipprecht ou Clara Daguin par exemple sont des merveilles ; je pense qu’elles peuvent rester dans l’histoire.

Le site d'Anne-Sophie : https://www.asberard.com/


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Comment le digital bouleverse le retail ?

Selon la dernière étude de la FEVAD (Fédération professionnelle du e-commerce), au premier trimestre 2017, les ventes en ligne ont augmenté de 14,2 % comparé au premier trimestre de l’année dernière. En tout, ces ventes représentent 20 milliards d’euros et le nombre de sites marchands continue d’augmenter avec +11 % au premier semestre 2017. Si les commerçants réalisent que l’absence du web peut leur être fatale, ils doivent parallèlement aussi penser à des façons de réenchanter l’expérience client en magasin. Tout un modèle de vente est en reconstruction.

Quelles solutions offre le digital aux retailers ? Nous en parlions déjà dans notre troisième numéro de Modelab disponible ici. Et comme nous adorons élargir nos horizons, nous nous sommes réunis à l’Espace Paul Ricard de Lyon pour échanger autour de ces perspectives. Une table ronde organisée par Modelab avec le Village des Créateurs, et animée par Emmanuelle Silvestre, intervenante en marketing et mode.

Bienvenue dans l’ère de l’omnicanal

Le digital a investi le monde du retail il y a déjà bien une vingtaine d’années, avec les sites de vente en ligne. Peu à peu, nous sommes passés du monocanal, au e-commerce et serions en train de pénétrer dans l’ère de l’omnicanal, qui peut se définir comme la volonté de faire fonctionner de manière synergique plusieurs canaux de distribution. Vincent Coehlo était présent pour représenter la société Cegid Group, éditeur lyonnais de solutions de gestion pour commerces spécialisés. Pour Vincent, en France, nous sommes en avance sur la conception des réseaux de distribution, mais le e-commerce continue d’être perçu comme un silo à part. Cette séparation manichéenne entre le commerce physique et en ligne est un obstacle à un commerce plus unifié. Les clients, eux, sont à la recherche de la même expérience d’achat quel que soit le canal qu’ils utilisent.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Pour Denis Chatain de l’ENE, spécialiste web en e-commerce, concevoir le commerce comme unifié, c’est le besoin de toujours penser globalement, entre la vente en boutique et en ligne, de considérer ses stocks dans l’ensemble. Ce changement de paradigme a déjà commencé avec le e-commerce, car penser e-commerce, c’est penser en terme de stocks infinis. Il faut avant tout toujours être là au moment où les gens veulent acheter. Techniquement, cela révèle d’un nouveau défi pour les détaillants. Cegid Group y répond en leur proposant une approche logicielle unifiée, appuyée sur le concept MoBiClo (Mobilité, Big Data, Cloud). Leur logiciel Yourcegid permet de suivre en direct sa banque de données avec des informations sur les évolutions de stock ou les données client.

Quelles innovations ?

Concrètement, comment cela se traduit-il ? Quelles sont les perspectives offertes par le commerce unifié et omnicanal ? Comme nous l’explique Vincent Coehlo, l’omnicanal, c’est avant tout jouer en permanence la carte de la transparence avec le client. Toujours connecté, il peut et veut savoir la vérité. Il est hors de question pour lui d’avoir des prix ou des choix différents entre le e-commerce et la boutique. Tout doit donc être fait pour que le client puisse avoir accès à toutes les informations concernant les produits, du prix à la provenance, via des accès internet en magasin. Si le client ne se considère pas satisfait, il pourra le faire savoir en temps réel sur les réseaux sociaux.

Pour le client, c’est aussi de nouvelles modalités de paiement et de livraison. Si auparavant les boutiques stockaient et le client se rendait en boutique, l’éventail des possibilités est aujourd’hui bien plus large : achat en ligne puis retrait en magasin, recherche en ligne et achat en magasin, e-reservation, suivi de l’avancement des commandes en ligne… Des marques comme les producteurs de pulls Unmade offrent même au client la possibilité de customiser son article en ligne ou sur des bornes installées en boutique avant même que la production soit lancée (à ce sujet, notre article sur la personnalisation). On pourrait également bénéficier de nouvelles modalités de paiement à l’avenir. En Chine, elles sont beaucoup développées, mais en Europe ces possibilités de paiement sans contact restant chères en raison de systèmes trop hétérogènes.

© Valentin Mermet-Bouvier
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Pour le détaillant, les solutions logicielles types « phygital » ouvertes sur le cloud permettent surtout une meilleure gestion des stocks (voir notre article sur le phygital). Ce suivi des données en temps réel réduit considérablement les coûts logistiques et permet de laisser plus de temps libre aux employés pour se focaliser sur la relation client. Selon une étude conjointe de NRF, e-Commerce Europe et la E-commerce Foundation menée auprès de 300 cadres IT ou retail, 52 % des détaillants attendent une amélioration significative de leur marge grâce au commerce unifié qui permettrait une meilleure gestion des stocks et surtout des invendus.

Redéfinir le service client

Au cœur des discussions : le bouleversement du service client. Sur internet, la concurrence entre vendeurs est rude. Alibaba ou AliExpress sauront toujours faire moins cher, alors pour les enseignes, il faut savoir se différencier. Cette différenciation passe par une expérience d'achat différente offerte au client, accompagnée de services tels que la livraison à domicile ou les retouches de vêtement directement incluses dans le prix. Hermès propose par exemple de surteindre gratuitement ses vieux carrés dans une laverie éphémère. Un gros défi pour les boutiques qui doivent redéfinir leur métier autour de ces services.

shopdigital

Pour fidéliser le client, il faut le chouchouter et le suivre non seulement pendant l’achat, mais aussi avant et après. Quand on sait que le ticket moyen d’achat aux Galeries Lafayettes s’élève à 1500 euros, on comprend mieux pourquoi autant d’argent est investi dans la fidélisation de la clientèle. Pour cela, il faut apprendre à mieux connaître le client, par l’observation de ses comportements et de la fréquence de ses achats, de sa wishlist… Vincent Coehlo et Jean Sebastien Veilleux rêveraient d’une énorme base de données client unifiée à l’échelle mondiale. Cela permettrait aux détaillants de faire des politiques promotionnelles plus ciblées, avec l’objectif d’augmenter le montant du panier moyen. Mais pour ne pas finir dans un modèle de publicité intrusive à la Minority Report, tous s’accordent à dire qu’il faut trouver un juste équilibre entre intrusion déraisonnable et adhésion.

 

L’adhésion des clients est aussi très importante pour les marques. Une clientèle qui s’identifie à la maison, à ses valeurs, promet d’être plus fidèle et de renvoyer une image positive de la marque, tout en augmentant sa popularité sur les réseaux sociaux. Tout un cercle vertueux. Certaines marques réussissent à créer de véritables communautés, via un bon travail de community management. Un exemple parlant est celui de la société Bonne Gueule. (nous en parlions danscet article). Initialement blog sur la mode masculine, au vu de la grande communauté de lecteurs, les fondateurs Benoît Wojtenka et Geoffrey Bruyère décident de lancer une marque de vêtements puis d’ouvrir une boutique. Un exploit qui n’aurait pas pu se faire sans leurs fans.

Redéfinir le store

Mais, comme le souligne Denis Chatain, l'e-commerce n’est pas non plus un eldorado, car vendre sur internet implique aussi des frais d’envoi. L’accent doit donc aussi être placé sur le retour de la clientèle en magasin et la façon de réenchanter cette expérience d’achat. Le vendeur, plus informé grâce aux données stocks et clientèle, jouera la place centrale de ce nouveau modèle.

© Valentin Mermet-Bouvier
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Comme nous l’explique Coline Vernay, rédactrice en chef chez Modelab, de plus en plus de magasins tentent de faire de la visite en boutique une véritable expérience. Le magasin reste un lieu de vente, mais pas que ; il est aussi un lieu de vie et de rencontres où le client vient chercher autre chose qu'un produit, par exemple l’exclusivité. Un bon exemple est le concept store parisien Colette, qui organise régulièrement des expositions, des ateliers, chasses aux œufs pour Pâques… Certaines boutiques intègrent des technologies high-tech comme la VR (par exemple celle de Tommy Hilfiger à New-York), ou des robots dans leur boutique. Ces technologies attirent les gens aujourd'hui, car elles sont encore "inhabituelles". Pour le moment, elles peuvent s’assimilent davantage à une stratégie marketing pour attirer le client plutôt qu’à une plus-value dans la vente. De son côté, Jean Sébastien Veilleux, explique que chez La Canadienne, des écrans interactifs sont installés à la vitrine de boutiques pour donner l’envie au client de rentrer. Dans une de leurs boutiques parisiennes, le social mirror permet aux clients de se photographier avec un article pour le partager par mail ou sur les réseaux sociaux. Chez Karl Lagerfeld, des iPad sont mis à disposition des clients pour prendre des selfies. Ainsi, même s’il n’y a pas eu d’achat, le client passe une bonne expérience relayée sur les réseaux sociaux, ce qui accroît la visibilité de la marque.

Dans la redéfinition de l’expérience boutique, certains vont beaucoup plus loin. Un exemple de l’omnicanal poussé à son paroxysme est celui des boutiques expérimentales sans stock de Decathlon. Ce point de vente ouvert à Englos dans le Nord consacre 1200m2 à l’exposition de l’intégralité de son offre, sans qu’il soit possible de repartir avec ces produits. Dans cet énorme showroom continu, les clients peuvent toucher et essayer la marchandise, puis la commander en ligne via une application installée sur leur smartphone ou l’un des smartphone disponibles en magasin. Le client sera ensuite livré chez lui ou en boutique. Ce concept permet à Decathlon de proposer un prix 10 % inférieur à ses autres points de vente grâce aux économies liés à l’absence de stocks. Cette logistique en moins, les employés peuvent s’adonner pleinement au service clientèle.

Un passage obligé ?

Sur internet, pour les enseignes généralistes, la concurrence est rude face aux Big Players et il faut en permanence chercher à se différencier. Pourtant, comme le souligne Jean Sébastien Veilleux, les détaillants indépendants ne perçoivent plus le digital comme un ennemi mais comme un atout. Il permet à de petits acteurs de niche, comme La Canadienne de se faire une place.

© Valentin Mermet-Bouvier
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Pour lui, la première étape est de commencer par les choses simples, à savoir remplir ses coordonnées Google. Créer un site web nécessite parfois l’appel à des experts en communication, qui sauront retranscrire l’univers d’une boutique à travers un storytelling et un bel univers graphique fidèle à l’identité de la marque. Le partenaire de la soirée, Deligreens, a par exemple voulu recréer une ambiance d’épicerie bio en ligne. Pour montrer son accessibilité, comme sur une place de marché, un chatbot interpelle le visiteur pour accéder à ses demandes. Il faut aussi rédiger les descriptions des articles et prendre des photos de qualité, un investissement matériel et logiciel qui n’est pas des moindres. Dans le monde de la mode aux collections éphémères, il est aussi difficile d’être tout le temps dans le top du référencement. Un travail supplémentaire loin du cœur de métier des créateurs, auquel certains essaient tout de même de s’adonner faute de moyens.

Dans un marché concurrentiel, une solution reste de s’allier pour être plus fort. Jean Sébastien Veilleux est aussi président de la Fédération Nationale de l'Habillement rassemblant de nombreux indépendants. Il a pour projet de créer une jour une plate-forme, ou place de marché comme il préfère l’appeler, pour détaillants indépendants. Sur le même modèle que les libraires indépendants, ce site permettrait aux quelques 4200 boutiques indépendantes françaises de co-distribuer en mutualisant les frais liés au e-commerce. Selon Jean Sébastien, un besoin vital à l’heure où 28 % des ventes des sites se réalisent sur des places de marché. A l'inverse, des plateformes de créateurs comme Etsy créent des boutiques physiques de créateurs locaux. Une chose est sûre : Les codes du shopping et de la distribution sont en pleine mutation.

© Valentin Mermet-Bouvier
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Une belle soirée de discussions pour nous, qui aimons organiser et animer des échanges, intervenir sur des salons, car nous avons la conviction que c'est ainsi que naissent les idées et se font de belles rencontres. Rendez-vous pour notre prochain évènement à Lyon durant la fashionTech week en octobre !


wewearculture

We wear culture : la banque de données mode façon Google

Ce jeudi 8 juin, Google révélait le lancement de sa nouvelle plateforme entièrement dédiée à la mode « We Wear Culture ». Ce projet retraçant 3 000 ans d’histoire de la mode viendra rejoindre l’immense bibliothèque Google Arts and Culture, qui figure parmi les applications les plus téléchargées au monde et qui rassemble des œuvres numérisées du monde entier. Après avoir indexé les sites, Google indexe la culture, et maintenant la mode. Objectif affiché : retracer l’histoire de nos vêtements, nous faire pénétrer dans les coulisses des ateliers et découvrir les collections sous un nouvel angle grâce aux technologies high-tech de Google.

Un contenu extrêmement riche

Google Arts and Culture, c’est l’ambition d’un musée universel en ligne ATAWAD (Anytime, Aywhere, Any Device). La plateforme est constituée d’un contenu multimédia extrêmement riche et varié, composé des contributions des plus de 180 partenaires de Google éparpillés dans une quarantaine de pays. Parmi les partenaires, des institutions prestigieuses telles que le Fashion Institute of Technology de New-York, le théâtre Bolchoï de Moscou, l’école ESMOD ou bien encore le musée de la Dentelle de Calais. Les collections sont mises en valeur grâce au savoir-faire de géant du web pour créer une banque multimédia qui a de quoi rendre jalouses les meilleures médiathèques : En tout, la plateforme permet de visualiser plus de 36 000 photos et 700 vidéos, soit l’équivalent de plus de 30 000 vêtements et accessoires numérisés, dont 25 pièces iconiques en ultra-HD. Le visiteur pourra également accéder à plus de 450 expositions virtuelles et 60 sites phares de la mode, le tout par VR ou la Google Street View.

À son lancement, l’application Google Arts and Culture avait été critiquée pour sa sélection trop occidentalo-centrée et mainstream. Pour ce nouveau projet mode, la critique semble avoir été prise en compte. Aux côtés des portraits d’Alexander McQueen et de la petite robe noire de Chanel, on peut aussi explorer la mode dans la culture afro ou les looks excentriques des rues de Tokyo. En présentant le vêtement de la même façon que les autres œuvres, Google attribue à la mode un statut d’art à part entière. La plateforme explore ce lien pas toujours évident entre mode et culture, avec des articles de fond ou en décrivant par exemple comment le vêtement à façonné l’identité culturelle des femmes ou des transsexuels.

La plateforme est divisée en quatre rubriques principales : les icônes de la mode qui ont révolutionné notre manière de s’habiller, les courants de la mode, les coulisses, ainsi que l’histoire étroite entre la mode et les arts. On y retrouve des articles de qualité rédigés par des experts, des vidéos de défilés ou des interviews de créateurs, le tout parsemé de citations emblématiques sur la mode. Surfant sur la popularité de sa plateforme vidéo, Google engage la youtubeuse Ingrid Nilsen pour une série de décryptage des grandes tendances de la mode ( « Trends Decoded »).

we wear culture rubriques

Rien de plus facile que de naviguer sur cette énorme base de données au design épuré. C’est là qu’on retrouve le domaine de prédilection de Google. Les partenaires du pure player n’auront cependant pas leur mot à dire sur la ligne éditoriale et les licences des photos, dont le téléchargement et partage sur les réseaux sociaux demeure interdit.

Qui y gagne-quoi ?

Mais que se cache-t-il sous ce nouveau mécénat à la Google? En 2011, le Google Arts and Culture Project est lancé avec pour objectif de « rendre du matériel culturel important disponible et accessible à tous et de le préserver numériquement pour éduquer et inspirer les générations futures ». Trois ans plus tard, Google inaugure le Google Lab à Paris. Ce centre situé dans le IXème arrondissement met à disposition de ses partenaires toutes les technologies de Google : réalité virtuelle, Street View, écran géant interactif, technologie de photographie en Gigapixels (Art Camera), impression 3D, Tilt Brush… une aubaine pour les partenaires n’ayant pas encore numérisé leurs collections et qui perçoivent dans le numérique de nouvelles modalités de médiation et de communication. L’appareil photo ultra HD breveté par Google permet de mettre en valeur le savoir-faire artisan d’un créateur en se rapprochant au plus près de la couture pour le plus grand plaisir de nos pupilles. Un beau coup de pub pour les technologies de Google, qui par la même occasion fait tester à ses partenaires des technologies encore au stade expérimental. Mais la motivation première de Google reste évidemment de récolter des données, et plus particulièrement des œuvres, domaine qui jusque-là lui faisait défaut.

Une nouvelle forme de démocratisation ?

Amit Sood, ingénieur indien à l’origine de l’application, avait pour ambition de rendre l’art plus accessible aux « complexés du musée ». L’application est gratuite et permet d’observer des œuvres éparpillées dans des musées aux quatre coins du globe sans avoir à bouger de sa chaise. Mais Google Arts and Culture peut-elle remplacer une expérience de visite physique ? Reste aussi à savoir si elle attire réellement un nouveau public doté d’une faible culture artistique ou si elle intéresse plutôt des technophiles.

L’application offre de nouvelles façons d’appréhender les collections, comme les fonctionnalités de recherche par mots-clés. Tapez « robe rouge» ou « escarpins » et vous obtiendrez votre visite virtuelle personnalisée par algorithme. L’application donne aussi la possibilité de voir toute l’évolution du travail d’un artiste au cours de sa vie sous forme de timeline, alors qu’il serait impossible de réunir toutes ses œuvres physiquement. Mais lors de la découverte d’une œuvre, la scénographie a aussi son importance, que l’on ne retrouvera pas online (parcours de visite, contextualisation de l’œuvre, storytelling, ambiance de l’exposition). L’absence d’un médiateur autour des œuvres pose problème, sans compter que le temps d’attention et de concentration est moindre sur internet.

we wear culture escarpins

Il faut donc voir ces outils comme un complément qui apporte un plus à la visite plutôt qu’un substitut. L’immersion VR permet de créer une expérience de visite immersive d’un nouveau genre. La technologie de Gigapixel permet quant à elle de s’approcher au plus près d’une œuvre, chose qui nous serait impossible au musée, par mesure de sécurité ou faute de foule. Google a également développé une fonctionnalité qui permet de scanner un vêtement façon « Shazam » de la mode pour obtenir des informations complémentaires à son sujet ou une interview de son créateur.

Dans le cas précis de la mode les choses sont peut-être un peu différentes. Comme le fait remarquer Gabrielle Hamilton Smith dans l'article "L'exposition de mode à inventer" publié dans le dernier magazine magazine, les vêtements ne sont pas des œuvres d’art comme les autres. Les mettre sous verre ou dans un musée cache leur nature de « choses vivantes » accompagnant le corps dans ses mouvements et actions. Le mieux serait alors de les restituer dans des reproductions de lieux où ces vêtements ont vécu. Les images figées de l’application ne permettent pas d'appréhender le vêtement entièrement dans sa fonction sociale. De plus, la place des gardes-robes banales reste assez marginale sur l'application, alors que son histoire est toute aussi importante.

Une exposition pour le lancement au musée des Arts Décoratifs

Pour fêter le lancement de la plateforme, Google s’est allié au Musée des Arts Décoratifs pour une exposition (une vraie cette fois) les 9 et 10 juin. Au programme, la visite de 7 expositions virtuelles sélectionnées pour l’évènement :

we wear culture tilt brush

• Déboutonner la mode
• Transferts, la mode occidentale à la rencontre de l’Orient
• La mode au XVIIIe siècle : Ornement et Textile
• La mode au XVIIIe siècle : Élégance et vie de cour
• La mode au XIXe siècle : Forme et silhouette
• La mode au XIXe siècle : Naissance de la Haute couture

Cet événement est surtout l’occasion d’expérimenter « in real life » l’application et les technologies de Google comme le TiltBrush, le pinceau pour dessiner en 3D équipé d’un casque VR ( Occulus Rift by Google, of course )

Loin de se sentir menacé par l’arrivée de l’application, le directeur du musée Olivier Baget y voit un projet ambitieux qui suscitera l’intérêt pour ses collections. À l’heure où la haute-couture se fait critiquer pour son élitisme, on ne peut voir que d’un bon œil cette application qui offre une vue dans ses coulisses très fermées et ses codes.