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Les sneakers, un marché porteur d'innovations

Le récent engouement pour les sneakers a forcé l’industrie à se renouveler pour satisfaire un consommateur addict. Le "sneakerhead" comme on l’appelle est un consommateur collectionneur exigeant en constante attente de nouveautés et d’exclusivité. Et dans ce marché hyper-concurrentiel, extrêmement sensible aux tendances, la capacité à innover représente aujourd’hui un enjeu majeur. C’est pourquoi ce secteur est aujourd’hui devenu un acteur leader et porteur d’innovations et de nouvelles technologies. On vous propose de découvrir 3 domaines dans lesquels le marché des sneakers s'illustre en terme d'innovations.

1 - La co-création, inclure le consommateur dans le procédé de création

En 2015, Nike relançait son service de personnalisation NikeLAB iD, permettant aux clients de travailler en tête à tête avec un designer pour customiser leurs baskets. Prenant une Air Force 1 High, une Air Force 1 Low ou une Air Max 1 pour base, il est ensuite possible de choisir parmi plus de 400 matériaux pour customiser toutes les parties de la chaussure, qui sera ensuite réalisée à la main.

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Nike Lab Bespoke

Dans un autre esprit mais toujours en permettant aux amateurs de réaliser la basket de leur rêve, la start-up américano-coréenne Rooy est une plateforme qui propose aux passionnés de participer à des « design challenge » pour créer leurs propres modèles. Cette plateforme crowdsourced fonctionne entièrement grâce à sa communauté de sneakerheads qui votent pour les créations qu’ils aimeraient voir réalisées. Selon les différents concours proposés, il est possible aux designers professionnels, amateurs, comme aux étudiants de soumettre leurs créations en respectant un thème ou une collaboration donnée. Le gagnant élu par la communauté Rooy travaillera ensuite à concevoir son produit de A à Z accompagné par des experts et industriels et verra par la suite sa création produite et distribuée. Il bénéficie ensuite de royalties sur les ventes. Le but de Rooy est de mettre en avant les talents de demain et de permettre à de jeunes créateurs et de jeunes marques de se faire connaître auprès d’un cercle de passionnés. Mettant au service des créateurs leur expertise commerciale et leurs réseaux de fabricants en Asie ils leur permettent ainsi de faire ce qu’ils font de mieux : créer.

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Vous voulez en savoir plus sur la scène FashionTech coréenne ? Découvrez le dossier spécial Corée dans notre dernier numéro papier !

2- Revoir les procédés de fabrication grâce à l'impression 3D

Nombreuses sont les marques qui ont déjà investi le terrain de l’impression 3D en matières de chaussures de sport. Nike en est le pionnier et Adidas, New Balance, Under Armour, entre autres, ont suivi. Mais jusqu’à présent ces modèles aux semelles imprimées en 3D comme la Zante Generate de New Balance ou la 3D Runner de Adidas n’ont été produites qu’en très peu d’exemplaires et vendues à des prix élevés. Pour le moment, chacune de leur côté, ces marques ont développé l’impression 3D plus dans un but de prototypage ou de fabrication de modèles sur-mesure destinés à des athlètes.

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3D Runner - Adidas

L’un des dernier venu, Reebok, est peut être en train de changer la tendance. Appelée « 3D drawing », leur technique d’impression 3D est unique. Le procédé a été perfectionné pour le lancement du modèle Liquid Speed. La marque s’affranchit des méthodes traditionnelles de fabrication des chaussures à base de moules et a développé un procédé d’impression 3D liquide.

Un bras robotique vient en quelque sorte « dessiner » la semelle de la chaussure à partir d’un matériau polyuréthane liquide. Une fois durcie, celle-ci reste souple et vient faire le lien entre tous les éléments de la basket créant un maintien en 3 dimensions mais permet aussi d'amortir les chocs et ainsi d'améliorer les sensations lors de la course pour l’ensemble du pied. Pour l’instant, 300 paires de la Liquid Speed on été produites (ce qui représente déjà plus que les modèles concurrents) , mais l’ouverture d’un lab Liquid Factory est annoncé pour cette année et pourrait signifier une production à grande échelle. Ce nouveau lieu de production aux États-Unis pourrait devenir à long terme une alternative au made in China pour la marque, qui produit actuellement toujours majoritairement en Asie.

« Produire de cette façon est une manière de réduire les coûts de transport en relocalisant la production, pour à plus long terme produire des produits à des prix comparables aux produits actuels en utilisant l’impression 3D » Explique Bill McInnis, Vice President, Reebok Future at Reebok.

Adidas et Nike ne sont pas en reste et révolutionnent également les procédés de production. Adidas a récemment ouvert un nouveau genre d’usine avec sa Speedfactory située à Ansbach en Allemagne dont la première paire, la Futurecraft M.F.G, a été commercialisée fin 2016 en Allemagne uniquement. Une seconde usine similaire est en construction près d’Atlanta et sera dédiée au marché américain.

Ces nouvelles usines ont été créées pour répondre à demande locale pour un consommateur en demande de plus en plus d’immédiateté. Car aujourd’hui, la chaine de production a du mal à tenir le rythme, et, entre le dessin d’un produit et sa mise en rayon, il peut s'écouler jusqu'à 18 mois. La Speedfactory accélère cette chaîne de production et réduit ce délai à une semaine, voir quelques jours, une fois que le design est terminé. Même si Adidas reste aujourd’hui très discret sur comment fonctionne exactement cette nouvelle chaîne de production, on sait que la plupart des éléments composant la chaussure seront fabriqués sur place, en partie en impression 3D. Une impression 3D qui peut aujourd’hui prendre de multiples formes et est capable d’utiliser un nombre de matériaux toujours plus grand. Ce type de production favorisera également des produits de plus en plus sur-mesure, qui pourront peut être même être réalisés à partir d’un scan du pied du consommateur, pour répondre au mieux à ses besoins, à sa façon de marcher ou de courir.

Quant à Nike, ils développent déjà de nouveaux procédés de fabrication comme avec leur modèle Flyknit qui utilise une technique de tricotage informatisé. Technique qui a permis de réduire les déchets de production de 80% comparé aux chaussures de running traditionnelles, grâce à sa fabrication en une seule pièce. Nike a également lancé un centre appelé "Advanced Product Creation Center" dans l’Oregon, là où se situent ses locaux, afin d’explorer de nouvelles de méthodes de production automatisées dont l’impression 3D. Mais qu'ils utilisent pour l’instant principalement pour créer des modèles sur-mesure pour des athlètes professionnels...

3 - De l'upcycling à l'infinity cycling

L’Ultra Boost Uncaged Parley d’Adidas est la première paire de baskets fabriquée à partir de plastique recyclé. Fruit d’une collaboration entre la marque et l’ONG Parley for the Ocean, cette basket est constituée de déchets plastiques (bouteilles, filets de pêche …) récupérés par Parley dans les océans. La Uncaged Parley possède une tige blanche en Primeknit (l'équivalent du Flyknit de Nike), conçue à 95 % à partir de plastique océanique. Les lacets, l'onglet sur le talon et la chaussette ont eux été fabriqués à partir de matériaux récupérés par Parley pendant les opérations côtières aux Maldives, en faisant une paire (presque) totalement écolo ! Déjà en rupture de stocks, Adidas a annoncé 1 million de paires fabriquées en 2017 et Eric Liedtke, un responsable d'Adidas, a expliqué lors d’une conférence de presse :

«  Notre ambition à long terme est d’éliminer le plastique « vierge » de notre chaîne de production. »

sneakers Adidas x Parley for the Ocean
Adidas x Parley for the Ocean

 

Mais la marque allemande ne s’arrête pas là et travaille en ce moment en collaboration avec le CETI (Centre européen des textiles innovants basé à Roubaix) et d'autres centres de recherche européens sur un projet de recherche nommé « Sport Infinity ». Le procédé, connu sous le non d’infinity-cycling, cherche à créer une nouvelle génération de produits composés de matières entièrement recyclables. Des produits de sport qui ne seront donc jamais jetés, mais recyclés à l'infini grâce à un super-matériau 3D. Chaque paire pourra ainsi être déconstruite puis remodelée sans création de déchet, et en ajoutant une liberté plus grande en matière de personnalisation. Pour le moment au stade de la recherche, nous n'en savons pas beaucoup plus sur ce projet et sur ce super matériau 3D, mais ils semblent définitivement prometteurs et pourraient changer la façon dont on conçoit la vie d'un produit.

Ceci n'est qu'un petit aperçu de la façon dont ce secteur est en train de se transformer. Les sneakers sont par essence des produits designés pour performer et innover. Aujourd'hui plus que jamais, les designers repoussent les limites  de l'innovation, du style et du fonctionnel. Ces nouveaux concepts, de création et de production sont en train de transformer la conception de la chaussure de sport à une cadence toujours plus accélérée. Et 2017 sera probablement une année très riche en innovations.

 


revue de presse

L'Université ArtEZ : le textile au centre de la création

Lors de notre séjour à Eindhoven, nous avons découvert leurs écoles de design, dont la Eindhoven Design Academy dont on vous parlait il y a peu. Cette fois ci, c'est l'université ArtEZ que nous voulons mettre en avant et particulièrement ses étudiants en mode très talentueux qui présentaient leurs collections de fin d'année en juin dernier. On vous présente trois de leurs collections inspirantes et innovantes autour de la création textile.

Un(Bound) par Joosje Werre / Quand des techniques artisanales rencontrent des matières innovantes.

Joosje Werren © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016 / université ArtEZ
Joosje Werre © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016

Joosje Werre a présenté en juin dernier sa collection de fin d'année Un(Bound), collection de mode homme qui interroge la garde-robe masculine entre vêtement traditionnel et vêtement moderne. Pour cette collection elle s'est inspirée d'images et d'objets collectés durant ses voyages à travers la Mongolie, l'Inde, l'Indonésie. Dans son travail elle utilise des techniques traditionnelles et anciennes qu'elle a rencontrées là bas, comme le tissage, le tricotage, le nouage ou bien le crochet. Elle transforme ces techniques artisanales à travers l'utilisation de matériaux non-traditionnels.

Joosje Werre © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016 / université ArtEZ
Joosje Werre © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016

L'un des matériaux qu'elle utilise et qui est particulièrement intéressant est le feutre dont elle a fait un long manteau et une ceinture découpée au laser. Cette matière non-tissée habituellement constituée de laine agrégée est ici fabriquée à partir de textiles recyclés. Joosje a travaillé en collaboration avec l'entreprise hollandaise I-did Slow Fashion qui recycle les vêtements usagés pour en faire des objets et des accessoires en feutre. Ici, ce sont les stock usés de vêtements de l'armée hollandaise que Joosje utilise, ce qui confère au feutre cette coloration kaki propre au camouflage militaire. Ce feutre n’est pas uniquement composé de laine, mais d’un mélange de tous les textiles qu’on retrouve dans les vêtements de l’armée, ce qui le rend unique et lui confère une texture plus solide et plus ferme que le feutre classique. Une matière fabriquée à partir d'un procédé ancestral, le feutrage, mais qui en propose une utilisation innovante.

Biophilic par Laudy Verschuren / Quand la mode propose un retour à la nature

Laudy / université ArtEZ
Laudy Verschuren © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016

La collection de Laudy Verschuren nous parle d'un futur proche où l'humain et la nature tentent de se reconnecter dans un univers urbain. Elle s'est inspirée du monde de l'architecture qui dans une démarche plus durable et écologique, cherche à utiliser de plus en plus des matériaux et des formes organiques pour s'éloigner peu à peu du modèle béton/ gratte ciel et ainsi offrir un espace urbain plus proche de la nature. Mais Laudy pense que ce mouvement d'urbanisme éco-responsable, qui chercher à minimiser l'impact environnemental de l'urbanisation n'inclue pas suffisamment l'humain et sa volonté de renouer avec la nature.

Laudy Verschuren / université ArtEZ
Laudy Verschuren

Elle décide de réfléchir sur ce lien entre l'humain et son environnement urbain à travers le vêtement. Sa collection Biophilic propose un travail du textile qui recherche ce contraste entre matériaux rigides et matériaux souples, entre la silhouette organique et statique. Elle utilise des découpes laser sur plusieurs couches, du tricotage et de l'impression en sérigraphie sur des matériaux complètement différents ce qui donne une large variation de textures et d'effets visuels. Elle utilise également la fibre de verre et de la résine moulée pour créer ses accessoires, toujours dans cette idée de jouer avec les contrastes des matières souples et rigides, organiques et urbaines.

Disrupt Disturbance par Marina Van Dieren /Quand le glitch rencontre le jacquard

Marina Van Dieren / université ArtEZ
Marina Van Dieren © PHOTO PETER STIGTER ARTEZ 2016
La collection de Marina Van Dieren s'inspire de l'imperfection. Dans un monde où tout le monde vise la perfection tant au niveau de son apparence que de sa vie personnelle, elle interroge la notion d'erreur. Que se passe-t-il lorsqu'on lâche prise, qu'on devient spontané, qu'on n'hésite plus à faire des erreurs ? A en juger par la collection Disrupt Disturbance de Marina, que du bon !
Sa collection homme est composée de pièces en jacquard à l'effet glitché. Elle a travaillé en collaboration avec le tisseur EE Exclusives basé à Heze, près d'Eindhoven. Avec les motifs complexes de Marina et l'expertise technique de EE Exclusive, ils ont réussi à donner vis à un projet textile impressionnant.
Marina Van Dieren Liv Ylva / université ArtEZ
Marina Van Dieren © PHOTO Liv Ylva
Marina a réalisé ses motifs à la main à partir de collages d'images, qu'elle explique avoir travaillés de façon très spontanée. Quant à cet effet glitché numérique, il vient contre toute attente d'une simple photocopieuse ! Elle a manipulé ses collages dans la photocopieuse ce qui produit des perturbations, des erreurs, des imperfections dans l'image.  Un gros travail a ensuite été réalisé avec EE Exclusive ainsi que le Knitwear Lab (pour les pièces tricotées) pour retranscrire ce motif dont la multitude de couleurs ont du être retranscrites en couleurs de fils. En résulte un magnifique jacquard 8 couleurs composé de différents fils dont des fils de lurex.
L'université ArtEZ est une école dont les élèves expérimentent avec le design textile et la matière et qui ont la chance de collaborer avec des entreprises locales innovantes au savoir-faire unique. Une approche qui ne peut déboucher que sur des collections actuelles et pertinentes. Impressionnant !

Design Academy Eindhoven

La Design Academy Eindhoven, le design au service du vêtement

À la fin du mois d'octobre avait lieu la Dutch Design Week à Eindhoven. L'équipe de Modelab est allée à la rencontre des designers néerlandais pour mieux comprendre leur rapport à la mode et son lien avec le design. Eindhoven est considérée comme la capitale du design aux Pays-Bas, au départ poussée par l’entreprise Phillips. Établie dans le monde de l’innovation et du design, la ville a vu naître la première académie de design Hollandaise. La Design Academy Eindhoven, aujourd’hui mondialement reconnue, présente chaque année lors de la Dutch Design Week les productions de ses derniers diplômés. Pour cette édition 2016 intitulée « In Need of ... », 171 jeunes designers  présentaient des travaux résolument engagés. Tournés vers le changement, persuadés qu’une meilleure consommation et production est possible, leurs créations proposent des solutions, techniques et poétiques, et interrogent entre autres sujets le vêtement et l’industrie de la mode. Nous vous proposons une sélection de 5 projets autour du vêtement et du textile.

"Digital Anatomy" par Fabian Briels / Repenser la conception du vêtement

Pour Fabian Briels, cela fait trop longtemps que l’industrie n'a pas changé de façon de faire. Les vêtements sont en effet confectionnés de la même façon depuis des centaines d’années. Il a donc ambitieusement décidé de repenser tout le processus de conception d’un vêtement à travers son projet « Digital Anatomy ». Il remplace ainsi le fil par du silicone, l’aiguille par un laser. Un motif est gravé dans une feuille plastique puis le silicone est injecté dans ces rainures. Sortie du moule, cette structure de silicone devient une sorte de textile qui peut être drapé et utilisé pour créer un vêtement. Effet saisissant et zéro déchet !

Design Academy Eindhoven
"Digital Anatomy" - Fabian Briels

"Bolt Powerparka" par Thom Kool / Le vêtement du nomade connecté

Design Academy Eindhoven
"Bolt Powerparka" - Thom Kool

Bolt est une parka destinée à l’urbain nomade et connecté. Elle permet d’avoir sur soi smartphone, tablette et ordinateur portable et de pouvoir les recharger à tout moments grâce à deux batteries intégrées. Une « colonne vertébrale » intégrée à la parka permet de distribuer le poids de ces différents appareils sur le corps. Pour recharger la batterie de cette veste ? Il suffit de la mettre sur son cintre ! Petit plus, deux LED permettent à la fois d’être visible de nuit mais aussi d’indiquer le niveau de charge de vos appareils. Thom Kool explique « Nous facilitons une façon de vivre dynamique pour des personnes toujours en mouvement. Ce projet répond à un problème de notre quotidien moderne. Nous voulions créer un produit qui rend la vie digitale plus facile.» Thom Kool redonne au vêtement sa fonction première d'objet technique, conçu et dessiné pour répondre à un besoin spécifique. Le vêtement redevient un objet fonctionnel.

"Flight Mode" par Theresa Bastek / Créer un espace hors connexion grâce au textile

Theresa Bastek veut nous faire réaliser qu’il n’y a pas que les radiations du soleil dont nous devons nous protéger, il y a aussi celles de nos appareils électroniques, ordinateurs, téléphones et autres tablettes. Si mettre de la crème solaire est devenu un automatisme lorsque l’on s’expose aux radiations UV, c’est sans aucune protection et quotidiennement que nous faisons face aux radiations électromagnétiques. A partir de ce constat, Theresa Bastek nous présente "Flight Mode", un projet qui propose à la fois un indicateur du niveau des radiations et un moyen de s’en protéger. Sa gamme de produits va du panneau textile au vêtement d’intérieur en passant par le plaid. Ces objets textiles sont composés de fils « bouclier » qui permettent d’absorber les ondes, créant un espace de repos et un moment pour récupérer.

Design Academy Eindhoven
"Flight Mode" - Theresa Bastek

"Regen" par Wendy Andreu / Un nouveau procédé de création textile

 

Design Academy Eindhoven
"Rengen" - Wendy Andreu

Wendy Andreu est une française expatriée à Eindhoven qui a inventé un nouveau système de création de matière textile waterproof. Le vêtement qu’elle conçoit ne comprend ni coutures ni patron. Cette matière, appelée "Regen" est constituée d’un côté de latex de l’autre de corde en coton. Wendy Andreu enroule cette corde autour d’un moule en métal puis la recouvre de latex noir. Le latex passe par endroits à travers la corde et crée ainsi un motif noir et blanc lorsque le vêtement est retourné, rendant chaque vêtement unique. Elle crée ainsi une technique artisanale et totalement innovante pour concevoir le vêtement dans sa forme, sa fonction et son esthétique, entièrement par le travail de la matière, et de la manière.

Distilled Wardrobe par Julia Bocanet / Optimiser le vêtement par la forme

 

Distilled Wardrobe - Julia Bocanet
"Distilled Wardrobe" - Julia Bocanet

Julia Bocanet fait un constat simple : l’industrie de la mode sur-produit. Avec son projet "Distilled Wardrobe", elle propose une solution : moins de vêtements, mais avec plus de fonctionnalités. Sa collection se compose de pièces classiques dont la forme peut se transformer, une jupe devient ainsi un pantalon, un t-shirt col V devient un t-shirt col rond, simplement en ajustant les bretelles. Le vêtement transformable est un sujet qui a été beaucoup travaillé et souvent considéré comme gadget, mais Julia Bocanet donne à ce concept une nouvelle dimension, questionnant à la fois l’industrie de la mode et notre façon de porter le vêtement.

"Uncertainty of the Contemporary" par Christian Heikoop

Après la surproduction, Christian Heikoop questionne la fast fashion. Le mouvement de consommation "see now buy now" impose une temporalité de plus en plus courte et un rythme de plus en plus élevé à la mode. Christian Heikoop ne propose pas, comme beaucoup, de ralentir le rythme, ce qui semble aujourd’hui très difficile. Il propose une solution directe qui reconsidère et actualise les techniques de production. L’idée ? Gagner en temps, en main d’œuvre et en matière ! Avec "Uncertainty of the Contemporary", il explore la création de vêtements « ready made » directement depuis le métier à tisser. Il repense le patron classique et tisse sur plusieurs couches. Le vêtement entier peut ainsi être fabriqué en quelques minutes et de cette technique découle une esthétique à part entière.

"Uncertainty of the Contemporary" - Christian Heikoop
"Uncertainty of the Contemporary" - Christian Heikoop

La Dutch Design Week a été l'occasion non seulement de découvrir le travail de designers établis, mais aussi et surtout de découvrir les designers de demain.  Le vêtement était au centre de nombreux projets, et l'industrie de la mode risque d'être chamboulée par ces créateurs ambitieux. Leur vision de la mode ne se laisse pas limiter par des tendances ou des traditions. Ils réinventent le faire, le savoir-faire et le porter. En attendant que le changement opère, nous suivrons de près le parcours de ces designers du vêtement.


fashion

Retour sur la fashion week parisienne

La semaine dernière, la fashion week parisienne s’achevait, prochain rendez-vous dans 5 mois ! Retour sur deux défilés de cette semaine parisienne qui nous ont interpellés, deux marques qui ont investi cette zone encore trouble entre mode et technologie, deux approches différentes qui nous font réfléchir sur la fusion du luxe et de la technologie ; Chanel et Hussein Chalayan ont chacun une approche différente de l'usage des technologies dans la mode mais sont toutes deux des marques à la recherche d'un nouvel équilibre.

Chanel, la tech entertainment

Jeudi dernier, Karl Lagerfeld présentait la collection printemps été 2017 de Chanel, investissant de nouveau le Grand Palais d’un décor impressionnant. Après le super-marché Chanel, le casino Chanel ou encore l’aéroport Chanel ... Cette fois-ci, c’est la technologie qui était à l’honneur avec le « data center Chanel ». Évoquant les labyrinthes de serveurs clignotants et parés de câbles multicolores des centres de stockage de données, façon Facebook ou Google, le show faisait une référence générale à tout ce qui est digital ou technologique. On retrouvait ainsi des mannequins robots, surnommés cocobots, des sacs en forme de petits robots décorés de motifs circuits électriques ou encore des sacs aux motifs composés de LEDs. Une vision fun et colorée de la technologie qui visait certainement à séduire une jeune clientèle ultra-connectée.

Chanel a en effet pris pour habitude de surfer sur les tendances de société comme le néo-féminisme avec son défilé manifestation pour la présentation de sa collection été-printemps 2015. La conversation tourne aujourd’hui beaucoup autour de la technologie, et avec cette nouvelle collection, Lagerfeld donne ainsi à ses clients l'impression de faire partie du débat et de ceux qui innovent, qui commentent ou font partie de ce monde de plus en plus connecté dans lequel nous vivons, où sont stockées dans des dédales de serveurs nos données personnelles et intimes. C’est d’ailleurs par les mots « Intimate Technology » que Karl Lagerfeld introduit cette collection. Est-il question de proposer un commentaire sur le rapport entre technologie et vie privée ? Ou bien de promouvoir une vision plus intimiste et plus soft de la technologie ? Ou était-ce seulement une référence plus littérale au mariage de cette esthétique tech et l’utilisation de la lingerie dans cette collection ?

Au final, l’impression générale est que cette thématique est surtout un moyen de donner une image moderne de Chanel, un outil marketing, un jeu esthétique, plutôt qu’une véritable intention d’innover. Au delà de l’inspiration esthétique qui se retrouvait dans les imprimés néons, les lunettes effet Matrix et les tweed pixelisés, Chanel s’est aussi aventurée dans l’univers de l’accessoire tech en revisitant le sac Chanel avec des LEDs. Pendant le défilé, les sacs affichaient le logo Chanel et différentes animations lumineuses. Ce n’est pas une innovation, d’autres ont déjà exploré cette technologie de façon plus poussée, il y a des années de cela, comme Cute Circuit ou Hussein Chalayan. Le challenge ici serait peut-être que le sac soit véritablement produit et commercialisé. Mais fusionner produit de luxe qui dure dans le temps et produit technologique qui est amené a évoluer et peut être devenir rapidement obsolète, n'est pas un exercice évident.

Fashion week Paris
Sacs LED ET sac robot au défilé Chanel printemps-été 2017

Ce n’est pas la première fois que Karl Lagerfeld injecte de la technologie dans ses créations. Déjà en 2008 apparaissaient des chaussures lumineuses pour la collection Pre-fall, puis de nouveau en 2011 pour la collection automne-hiver. Peut être son usage de la technologie la plus intéressante et pertinente est l’utilisation de l’impression 3D pour revisiter l’emblématique tweed pour la collection automne-hiver 2015-2016. Plusieurs pièces avaient été imprimées en 3D puis brodées et retravaillées à la main alliant innovation et tradition, à la façon d’Iris Van Herpen. La marque a en tout cas le mérite d’essayer, et de magnifier la technologie, l’élevant au rang d’inspiration esthétique et créative. On pourra dire que la fashiontech se démocratise avec Chanel, et c’est déjà ça. Un mélange qui aurait certainement paru assez incompatible avec la marque de luxe il y a quelques années.

Hussein Chalayan, le pionnier

Hussein Chalayan expérimente entre mode et technologie depuis longtemps. De la table basse qui se transforme en robe jusqu’à ses robes qui se transforment, réalisant des morphings, passant d’une silhouette édouardienne à un look contemporain. Il a aussi collaboré avec Swarovski pour créer des robes qui s’illuminent grâce à 15 000 LEDs à travers les cristaux Swarovski.

Fashion week Paris
Robe LED d'Hussein Chalayan, collection automne-hiver en 2007 "Airborne" en collaboration avec Swarovski

Cette fois-ci, c’est avec Intel qu’il collabore. Cinq mannequins portaient des lunettes équipées de différents capteurs visant à mesurer leur niveau de stress. Des électrodes EEG au niveau des tempes permettaient de lire l’activité des ondes cérébrales, un capteur de rythme cardiaque était installé au niveau des arêtes du nez et un microphone enregistrait leurs respirations. Une connexion bluetooth LE (Low Energy) permettait de transmettre ces informations à une ceinture imprimée en 3D. Un projecteur inséré sur le côté des ceintures projetait chaque état émotionnel sur le mur longeant le défilé. Les projections prenaient la forme de figurines de danseurs pixelisés ou encore de paire de jambes, chacune accélérant ses mouvements plus le stress du mannequin grandissait.

fashion week Paris
Collection printemps-été 2017, Hussein Chalayan

Là encore, il est très peu probable que ces produits soient commercialisés. Et bien que le concept puisse paraître peu convainquant (a t-on réellement besoin d’être renseigné sur son niveau de stress quand le corps est suffisamment bien fait pour nous en fournir les signes lui même?), il faut saluer une fois de plus la curiosité et la volonté d’expérimenter et d’innover d’Hussein Chalayan. Il explique lui même « Une grande partie de mon travail s’intéresse à des notions contradictoires ». Une approche qui invite à la réflexion sur nos rapports à la technologie et à l’intimité, à l’émotion, ici non pas littéralement, mais de façon conceptuelle.

Lire aussi : interview de Clara Daguin

Cette fashion week parisienne nous montre encore, si nécessaire, que la convergence de la technologie et de la mode est peut-être l’un des plus gros enjeux de l’industrie, pour le moment en tout cas l’un des plus gros sujet de réflexion et d’expérimentation. Il y a encore du chemin à faire pour atteindre une fusion évidente et convaincante de ces deux secteurs. Mais c’est souvent grâce à la technologie que des créateurs arrivent encore à nous surprendre. Hussein Chalayan l’a bien compris et le dit lui-même «C’est seulement grâce à la technologie que l’on peut créer de nouvelles choses dans la mode. Tout le reste a déjà été fait.»


design textile

Avenir de l'industrie textile; entretien avec Christine Browaeys

Nous parlons souvent du point de vue des créateurs sur les textiles innovants mais rarement de celui des ingénieurs et des industriels. Quels sont les enjeux pour l'industrie textile aujourd'hui ? Comment ouvrir une industrie traditionnelle aux nouvelles technologies ? Un sujet que Christine Browaeys connaît bien. Ingénieure textile « texturgiste », issue du monde des technologies de l'information et de la communication (TIC), elle a fondé en 2009 T3Nel, un bureau d'étude et de consulting qui exerce dans le secteur des textiles et matériaux innovants. Elle nous parle dans cet entretien de son métier, des nouvelles orientations de l'industrie textile et des challenges à relever dans un secteur en plein bouleversement.

Modelab : Quel est votre travail au quotidien?

Christine Browaeys : Je travaille à la fois sur des projets dans le long terme qui peuvent être commandés soit par des institutions comme des pôles de compétitivité, soit par des institutions qui ne relèvent pas forcément de la technique et qui sont plutôt spécialisées en design. Je fais également beaucoup de B2B, en tant que facilitateur de rencontres entre des compétences. Je travaille par exemple en ce moment avec une entreprise qui a des procédés de tricotage assez pointus en trois dimensions, et nous cherchons ensemble des débouchés et des partenaires pour développer ce procédé et faire en sorte qu'il puisse être utilisé et valorisé.

Je travaille donc essentiellement dans deux domaines : celui de croiser des compétences en travaillant avec des gens qui n'ont rien à voir avec le textile et leur donner envie de se lancer, et de l'autre côté travailler avec des industriels du textile qui cherchent à se diversifier. Les débouchés ne sont pas toujours évidents. Je suis là pour leur donner des idées, faciliter des rencontres avec les bonnes personnes.

Ce qui me tient à cœur dans mon métier, c'est de ne pas s'enfermer dans cette matière textile mais de montrer qu'aujourd'hui, de par son affinité et toutes ses propriétés, elle est un substrat pour beaucoup de nouveaux matériaux.

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Christine Browaeys devant l'ARBA, à Bruxelles en mars 2016 (photo T3Nel)

Vous êtes l'auteure de « Les enjeux des nouveaux matériaux textiles » publié en 2014 aux éditions EDP Sciences. Pouvez-vous nous parler de ce livre ?

CB : Il s'adresse à un public qui s'intéresse déjà aux matériaux, et de fait, il a trouvé acquéreur surtout, et c'était le but, dans les milieux universitaires ; il est d'ailleurs pratiquement dans toutes les universités françaises. L'idée était de décloisonner, d'éveiller la curiosité des personnes qui s'intéressent aux matériaux, des étudiants, des chercheurs, des ingénieurs, et de leur montrer ce qui se passait dans le secteur textile aujourd'hui, la diversité de ses applications, et également de parler de l'évolution de la filière.

J'utilise le mot « Texturgie » et « ingénieure texturgiste » justement pour faire passer ce message, me positionner, car de mon point de vue, le mot « textile » est aujourd'hui un peu réducteur.

On l'associe trop souvent uniquement à l'habillement. Les textiles sont aujourd'hui utilisés dans divers domaines d'activités comme l'aviation, l'automobile, l'agriculture. Il faut que le textile sorte de ses habitudes de débouchés, ce qui est un changement de culture qui n'est pas forcément évident. Parce que la culture des gens qui sont dans le prêt-à-porter depuis des générations n'est pas du tout la même que quand vous travaillez dans l’aéronautique, dans l'automobile, dans le médical. C'est dans ce but que j'ai écrit ce livre, pour susciter cette prise de conscience.

Ce qui est souvent un handicap chez les textiliens, c'est qu'ils ont souvent une habitude d'évolution très linéaire, une habitude de travailler essentiellement dans leur filière. Quand on regarde l'industrie dans le nord de la France, par exemple, elle n'a pas été très diversifiée au 20ème siècle. Quand il y avait du textile, il n'y avait pratiquement que du textile, et il n'y avait pas forcément de curiosité de la part des textiliens pour aller voir ce qui se passait ailleurs. Quand j'ai sorti ce livre, ça ne les a pas toujours enthousiasmés, car tout le monde n'est pas conscient que l'on peut aller très très loin dans les matériaux textiles, même les matériaux composites et les matériaux hybrides, qui sont selon moi l'avenir de la filière. Donc j'espère que ce livre fera office de référence et qu'il y aura d'autres livres qui le suivront pour aller plus loin.

Est-ce que l'on peut parler de révolution en cours dans l'industrie textile ?

CB : Oui, on peut vraiment parler de révolution. Ce qui est très nouveau et dont on parle beaucoup en ce moment ce sont tous les textiles connectés et intelligents. Il y a des produits qui commencent à devenir durables aussi bien en termes d'utilisation qu'en termes d'exploitation, en termes d'environnement durable. Il y a une vraie révolution aussi bien au niveau des matières et des fibres développées dans les laboratoires qui permettent de fabriquer des fils de plus en plus sophistiqués, bi-composants, tri-composants, c'est-à-dire qu’ils vont avoir plusieurs fonctionnalités qui vont s'agréger dans une même fibre. Au niveau des matières, la façon de les structurer, les techniques de tissages et de tricotage ont considérablement évolué, avec des possibilités de travailler en trois dimensions, des possibilités d'extensibilité, de drapabilité qui se sont beaucoup développées.

Pour moi les matériaux composites, les matériaux hybrides sont vraiment des matériaux d'avenir.

Donc oui, il y a beaucoup de recherche dans l'industrie textile, c'est l'un des secteurs où il y a un le plus fort taux de recherche. En France, les industries dans les textiles techniques exportent énormément, et donc consacrent beaucoup de budget en recherche et développement pour rester compétitifs.

Quelles sont les difficultés auxquelles est confrontée l’industrie pour développer des textiles innovants ?

CB : Dans le domaine des nouveaux textiles, avec des débouchés marché qui sont très différents, il y a souvent des réticences, mais aussi un manque de temps. Ces industriels sont souvent des PME qui n'ont pas forcément la disponibilité ou les ressources à consacrer à la recherche et au développement. Il y a aussi un côté un peu protectionniste ; « on sait faire ça, on a toujours fait comme ça, on ne veut pas s'ouvrir car on veut protéger notre savoir-faire ». La méthodologie, la façon de travailler peut parfois aussi être un frein.

L'industrie textile est une industrie très ancienne, les méthodes de travail collaboratif, comme cela existe dans les filières technologiques, ne se sont pas forcément bien déployées.

En effet, dans les filières technologiques l'esprit collaboratif, « open source », l'idée de partager son savoir pour aller plus loin, est quelque chose qui existe depuis toujours. Mais ce n'est pas parce que l'on travaille en mode collaboratif que l'on ne peut pas protéger son cœur de métier. Et ça, c'est quelque chose qui culturellement n'a pas encore fait son chemin dans une grande partie de l'industrie textile. Les choses progressent, l'outil digital y aide beaucoup, mais je pense qu'au départ il y a un très fort aspect culturel et sociologique qui est un frein pour aller vers de la co-création avec tous les autres métiers qui sont concernés. Les textiles connectés vont beaucoup changer les choses notamment en termes de conception mais aussi en termes de marketing et de service après-vente. Car ce sont des produits qui une fois qu'ils sont achetés sont voués à évoluer, de nouvelles fonctionnalités impliquent de nouvelles mises à jour, comme sur un smartphone par exemple. Je pense que l'industrie textile n'est pas culturellement prête à ce grand changement.

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"Animation de gouttes sur tulle", Futurotextiles MIX, Bercy, décembre 2013 (photo T3Nel)

Comment font les industriels du textile pour s'adapter au système mode qui inclut toujours plus le consommateur dans des processus de co-création et qui a besoin de toujours plus d'immédiateté ?

CB : Il y a pas mal d'entreprises, par exemple Faurecia ou Décathlon, qui travaillent beaucoup avec leurs usagers. Pas toujours avec le consommateur final, mais l'usager intermédiaire, le grand donneur d'ordre qui va lui travailler de près avec les utilisateurs. Ce sont des entreprises qui ont déjà assimilé dans leur organisation ce que j’appellerais un "design intégré", c'est-à-dire que la conception et la création se font avec l'utilisateur, avec le designer, avec le marketing, et bien sûr avec les techniciens et les ingénieurs, ce qui fait qu'ils pensent "usage", ils pensent "durée de vie du produit", "distribution du produit", ils pensent aussi "service après-vente". Donc il y a des entreprises qui sont déjà bien armées par rapport à cette approche consommateur. Prenez par exemple Adidas, qui va ouvrir cette année une usine en Allemagne qui sera entièrement robotisée. Cela permettra des délais de production très rapides, pour être au plus près du consommateur. En parallèle, ils développent des outils pour que les gens puissent personnaliser leurs commandes et puissent avoir exactement la matière et le coloris qu'ils désirent. Ce sera possible grâce à des outils très modulaires et très adaptables par rapport à la demande. Si on veut vraiment que le consommateur soit inclus dans la chaîne de production et être au plus près de la demande c'est un peu du donnant donnant.

La co-création avec l'utilisateur induit des changements dans les procédés de production.

Le shopping en ligne ayant explosé, il faut que les outils suivent, à l’échelle industrielle, avec la possibilité d'avoir une bonne réactivité par rapport aux commandes. Ce qui a toujours été compliqué dans l'industrie textile c'est que les investissements sont très lourds pour les machines et donc un industriel ne peut pas se permettre de s'équiper avec de nouvelles machines s'il n'est pas sûr de pouvoir par la suite écouler sa production sur des marchés qui soient stables.

En informatique on a vu les machines et les technologies évoluer de façon beaucoup plus modulaire, et de façon à s'adapter à la charge qu'elles pouvaient connaître. On appelle cela le "load balancing". On a la possibilité de répartir la charge entre plusieurs serveurs pour répondre à la demande. Aujourd'hui ce même type de procédés se met en place au niveau industriel. Les technologies et le digital évoluent à un rythme extrêmement rapide quand l'industrie textile est logiquement beaucoup plus lente à opérer certains changements.

Cette différence de rythme pose-t-elle problème pour la bonne collaboration de ces deux secteurs ?

CB : Pas forcément. Je trouve la rencontre de ces deux secteurs très intéressante.

Le monde des technologies digitales est totalement immatériel et je trouve que le textile peut contribuer à « rematérialiser » tous les services qu'il propose aujourd'hui.

Un smartphone est par exemple un objet assez froid, en plastique et en métal, qui au niveau des sens n'est pas très stimulant. Je pense que dans l'avenir le textile se prêtera très bien à embarquer des fonctions et permettra d'aller beaucoup plus loin du fait de sa proximité sensuelle. Avec les technologies actuelles, on ne peut échanger qu'au niveau visuel et sonore. On ne peut pas avoir la même perception que si on était dans le même espace de proximité. L'industrie textile est ce qu'elle est, mais c'est quand même une industrie de l'humain. De tout temps le textile est très en lien avec le rythme du temps, le rythme du tissage par exemple, et a accompagné l'homme dans toutes ses activités, pas seulement l'habillement ou l'habitat. Donc l'industrie textile est peut-être lente à évoluer, mais c'est aussi celle qui a un lien continu avec le début de l'humanité. Ce qui n'est pas le cas des nouvelles technologies. Je pense que le textile peut être un « garde-fou » par rapport à l’excès d’immatérialité qu'impliquent les nouvelles technologies aujourd'hui.

Quelles solutions aujourd'hui pour faire évoluer l'industrie textile et ses métiers ? Comment faire travailler les différents corps de métier entre eux ?

CB : C'est une problématique qui n'est pas propre à l'industrie textile. J'aime sensibiliser les gens de l'industrie textile en leur disant de regarder ce qui se passe dans l'ensemble des matériaux. Dans mon livre, un chapitre intitulé « la lutte des classes de matériaux » aborde ce sujet. Dès que l'on regarde les filières du papier, des plastiques ou encore des céramiques, dès que l'on regarde les autres classes de matériaux, on s'aperçoit que la problématique aujourd'hui est la même pour tous, c'est-à-dire aller vers toujours plus de fonctionnalités dans le matériau. Donc, on a des céramiques, des papiers intelligents, des bois interactifs. Ce n'est pas quelque chose qui est propre au textile.

Je pense que non seulement il faut rapprocher les technologies high-tech du textile, mais il faut aussi que cette dynamique soit multi-matériaux et que le textile soit pensé comme « matériau souple ».

Car il ne faut pas oublier que c'est le propre du textile d'être flexible, c'est son principal atout. On est dans un héritage de filières en silos, avec des habitudes de travail bien ancrées, parce qu'il y a de grandes fédérations qui cloisonnent un peu les métiers. Donc je pense que l'avenir, ce sera d'aller vers des structures qui permettent d'être très ouverts par rapport à cette approche matière, de décloisonner, ce qui est d'ailleurs indispensable pour le recyclage. Il y a de belles perspectives pour l'industrie textile. Je pense qu'on est à une époque intéressante, une période charnière.

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Faut-il revenir vers une approche artisanale pour faire évoluer les techniques industrielles ?

CB : Le propre de l'artisanat, c'est de relier le geste et la pensée. Il y a des mouvements de réflexion sur ce thème comme par exemple le " slow made", on revient sur cette notion de temporalité, un travail au rythme de l'humain. Alors que dans l'industrie, comme dans les nouvelles technologies, c'est l'homme qui est obligé de s'adapter au rythme de la machine. Donc je pense effectivement que l'optique de réinscrire la production au niveau de l'humain, et donc de se poser la question du sens de ce que l'on produit, c'est l'artisan qui peut le faire. Je pense que ce serait une façon raisonnable de repenser l'industrie, surtout par rapport aux excès de consommation et de gaspillage, et de retrouver une relation au temps plus équilibrante et plus rassurante.

Christine Browaeys donnera une conférence lors des Fashion Tech Days de Roubaix au CETI (29-30 septembre), et également lors du salon Expoprotection à Paris (7-9 novembre). 


vêtement éco-responsable

L'entretien des vêtements se réinvente pour devenir éco-responsable

L'entretien de nos vêtements est aujourd'hui un véritable problème, comme nous le faisait remarquer Susanna Campogrande lors de notre entretien sur Materio. L'étude Franco-Belge  ACV Tex  (Analyse du Cycle de Vie) a en effet démontré que l'entretien de nos vêtements est beaucoup plus néfaste pour l'environnement que ce que l'on peut imaginer. Problème auquel plusieurs marques et laboratoires de recherche proposent aujourd'hui des solutions innovantes !
A lire aussi : MateriO, l'inspiration par la matière !

Les textiles auto-nettoyants arrivent sur le marché

Une équipe de scientifiques de l'Université RMIT de Melbourne est en train de développer une nouvelle génération de textiles auto-nettoyants qui sont capables de décomposer les taches au contact de la lumière. Une révolution qui est d'autant plus intéressante qu'elle est peu coûteuse, facile à inclure dans les chaînes de production textiles actuelles et « eco-friendly ».

RMIT recherche

Des nanoparticules de cuivre et d'argent sont déposées à la surface du textile, cette nanostructure métallique produit au contact de la lumière (naturelle ou artificielle) une réaction chimique qui dégrade les molécules organiques composant la saleté.

Publiée dans la revue scientifique Advances Materials Inferfaces, l'équipe explique avoir mis au point une méthode très simple permettant de fusionner cette nanotechnologie au textile de façon permanente. Le tissu est ainsi immergé dans différentes solutions et la formation complète de nano-structures sur le textile ne prend que 30 minutes. Après ce traitement le tissu peut supprimer une tache en moins de 6 minutes. Rasjeh Ramanathan explique que la matière textile est idéalement adaptée à ce genre de technologie car sa structure 3D capte facilement la lumière.

RMIT
RMIT

Étant donné la facilité de fabrication de ce type de textiles, les chercheurs estiment que ces nanomatériaux pourraient être produits à échelle industrielle d'ici quelques années. Mais il reste encore du chemin avant l'arrivée des textiles autonettoyants dans nos placards.

Pour éviter la corvée de lessive, plusieurs marques proposent dès aujourd'hui des vêtements qui ne nécessitent aucun nettoyage.

Des vêtements qui se lavent en toute indépendance

Odo Denim est une start up Américaine basée à San Francisco qui propose une gamme de jeans qui ne se lavent pas. La surface de leurs jeans est irrégulière et composée de millions de picots qui obligent les molécules entrant en contact à « rebondir ». Les liquides semblent ainsi glisser à la surface de leurs jeans, comme si la matière était totalement étanche. On retrouve également des particules d'argents tissées dans leurs jeans qui ont la propriété d'empêcher les bactéries responsables des mauvaises odeurs de proliférer. Cette dernière technologie est inspirée des costumes d'astronautes qui contiennent des particules d'argents car ils sont portés constamment sans être lavés.

Ainsi débarrassés des tâches et des odeurs, plus aucune raison de laver son jean.

Depuis leur campagne Kickstarter plus que réussie en décembre dernier, la marque a développé d'autres produits dont des tshirts, foulards, chaussettes qui possèdent les mêmes propriétés. Odo communique beaucoup sur le coté environnemental de leur innovation et met en avant que chaque paire de jean permet d'économiser 7200 verres d'eau. Ils expliquent qu'en effet le lavage annuel d'un jean représente 7200 verres d'eau ce qui équivaut à 5 ans de consommation d'eau potable pour un homme.

D'autres marques comme SILIC ou Threadsmiths proposent également des vêtements résistants aux taches basés sur la même nanotechnologie hydrophobe.

> A lire aussi : Le lab, inventeur de la chemise idéale

 

Dans chacun de ces projets la véritable innovation réside dans le fait que la technologie utilisée fait partie du tissage même de la matière et ne consiste pas simplement en un apprêt qui perd en efficacité avec le temps et n'offre pas la même respirabilité au vêtement.

Changer ses habitudes, laver moins et entretenir différemment ses vêtements

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ADAY

Mais ne plus laver ses vêtements semble encore difficile à concevoir. Difficile de communiquer sur ces innovations qui permettent de porter le même jean tous les jours ou ces matières dites « anti-transpirantes » ou « anti-taches ». Ces termes sont définitivement peu « fashionable » et ne font pas rêver la clientèle mode. La marque A-Day réussi pourtant le challenge en créant une image de marque élégante et minimaliste autour de sa ligne de « performance wear » (façon élégante de parler de vêtements « anti-tanspirants » et « anti-odeurs »). A-Day explique s'adresser à une femme active et créer des vêtements techniques pour la vie de tous les jours.

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ADAY

Ces vêtements ne sont pas insalissables, mais ils sont réalisés à partir de textiles techniques (respirants, anti-transpirants...) qui permettent d'avoir une journée bien remplie sans avoir besoin de se changer. Une solution intermédiaire pour qui n'est pas près à porter un vêtement sans jamais le laver.

L'industrie textile s'engage aujourd'hui de plus à plus à réduire sa consommation d'eau notamment grâce à la technique de teinture sans eau. Une préoccupation qui concerne aussi de plus en plus le consommateur. Ces initiatives deviendront, on l'espère, de plus en plus courantes et permettront un entretien plus éco-responsable de nos vêtements. Sans compter un confort quotidien non négligeable.


nike x adidas

Du meme URL à la mode IRL

Le phénomène Vetememes, réinterprétation humoristique de la marque Parisienne Vêtements est un symptôme révélateur des changements imposés au monde de la mode par internet. La culture digitale s'immisce dans la réalité matérielle du vêtement qui, comme un meme sur internet devient détournement viral, au succès aussi fulgurant qu'éphémère.

Quand le vêtement devient meme

Davil Tran est un jeune habitant de Brooklyn de 22 ans qui a fondé Vetememe il y a peine quelques semaines. L'imperméable noir au sobre logo "Vêtements" l'a inspiré par sa forte "réappropriabilité", essence de la culture meme. Incontournable des streetstyles, l’imperméable Vêtements original a été produit en édition limitée (principe cher à la marque) ce qui a donné naissance à toute une économie de revente. Aujourd'hui le fameux imperméable atteint jusqu'à 500$ sur Ebay. Tran propose alors son imperméable Vetememes pour 59$. La copie devient aussi hype et virale, voire plus, que l'original.

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On retrouve dans ce phénomène le fonctionnement du "meme" internet. Image malléable sans cesse remixée, détournée, en constante mutation, le meme est l'art de l'amateurisme. Ainsi, loin de ces prédécesseurs "Homies" ou "Comme des Fuckdown", la réappropriation du logo de Vêtements par Davil Tran dépasse le détournement graphique et met en lumière une mode qui intègre la culture-web et tente de s'aligner sur son rythme. A l'ère du montage, du collage et du remix, le logo, élément hautement "instagrammable", est approché avec une attitude nouvelle, celle qui est caractéristique de l'utilisation de l'image en ligne.

D'autres initiatives dans cet esprit voient le jour constamment en ligne. Un internaute de Reddit a par exemple proposé son détournement du bogo rouge (box logo) de Supreme. Détourné un nombre incalculable de fois, @HamishGray propose cependant une version hautement représentative de la culture digitale. Il appelle sa ligne de sweat-shirt "Nogo" et le rectangle rouge devient vide et affiche la petite icone "Error".

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On peut également citer le rappeur SHIRT qui a proposé une collaboration fictive entre Adidas et Nike. "100 % Real Fake", c'est le nom de sa collection , fait échos à cette tendance Tumblr de montages Photoshop associant les logos des deux marques, voire d'autres marques comme The North Face. Collaboration rêvée mais jamais réalisée, SHIRT a décidé de la créer lui même et de proposer quelques produits à la vente sur internet.

Le consommateur est en train de s'émanciper des jugements et des conseils des experts, mais demeure fasciné par les produits de masse. Le vêtement tend à ne plus être appréhendé par les systèmes de promotion et de communication crées par les marques. Une autre façon de concevoir et de consommer la mode se développe, totalement parallèle au système des marques, mais complètement inspirée par elles.

Quand la mode essaie de suivre le tempo d'internet

Le problème que rencontrent ce genre d'initiatives, c'est qu'elles sont extrêmement virales et donc ont une durée de vie très courte. Contrairement à un meme qui se crée et se partage à la vitesse d'internet, un vêtement prend toujours plusieurs jours voire plusieurs semaines a être produit. Davil Tran expliquait à WGSN : "C'était un peu fou quand la presse à commencer à parler de Vetememes parce que je n'avais pas encore les prototypes que j'avais commandé". Cette différence de temporalité commence à devenir problématique dans une industrie dont les tendances vont de plus en plus vite et où les collections sont sur-médiatisés lors des fashion-week pour n'être vendues que 6 mois plus tard. Un client aura vu et revu une pièce sur Instagram, sur les célébrités et ce besoin de satisfaction immédiate qu'a créé internet ne pourra être apaisé que 6 mois plus tard, autant dire, à l'échelle d'internet, une éternité. En attendant, le consommateur "like", "repin" ou se tourne vers d'autres systèmes de distribution mode comme les projets Vetememes ou Nogo. Le vrai luxe deviendrait-il alors l'immédiateté ?

Un problème qui a fait réagir Burberry, Vêtements et Tom Ford lorsqu'il y a deux mois ils se sont positionnés contre le système archaïque des fashion week. Leurs défilés seront "seasonless" et les vêtements présentés seront disponibles à la vente le jour même. Un énorme bouleversement à venir dans le monde de la mode, pour aller vers toujours plus d'instantanéité. Un autre moyen de répondre à une demande immédiate et de transposer la culture web directement sur le vêtement est proposée par Neurocouture. La marque a présenté lors de la fashion week de New York automne-hiver 2016 une cape qui réagit aux humeurs de celui qui la porte à travers une variété de memes, directement sourcés sur internet. Pas encore viable au quotidien l'initiative tente d'accomplir cette fusion totale et parfaite du réel et du virtuel à travers le vêtement.

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Neurocouture (aw16)

Vouloir à tout prix rattraper le rythme effréné imposé par les réseaux sociaux est-il une bonne chose pour la mode ? Créer des it-produits destinés uniquement à devenir viraux et condamnés à avoir une durée de vie toujours plus courte semble devenir de plus en plus courant.

Quand le consommateur devient créateur ; une nouvelle relation marque-client ?

Les produits emblématiques de marques en vogue comme Vêtements ou Supreme ne sont pas les seules à se faire détourner. Austin Butts, adolescent de 17 ans et icône de mode et son ami Jonah Levine ont décidé de créer leur propre version du merchandising du dernier album de Kanye West, "The Life of Pablo". Présentés à l'occasion du lancement de l'album et défilé Yeezy season 3, les produits ont eu tellement de succès qu'un pop-up store fut monté à New York pendant trois jours pour répondre à la demande. Austin Butts alias Asspizza en a profité pour présenter sa propre version des t-shirts "Pablo" aux personnes faisant la queue pour acheter l'original. Le succès fut immédiat, et le staff de Kanye West, fan du détournement, a par la suite décidé de présenter les faux produits de Asspizza aux côté des originaux.

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Des outils de création de plus en plus accessibles ont permis à des anonymes de devenir co-créateurs de leurs marques préférées et de créer des produits extrêmement faciles à commercialiser en ligne. Le projet de Davil Tran nous montre à quel point il est facile aujourd'hui de créer une marque. Il a en effet créé en l'espace de seulement deux semaines un Instagram, un site web et un compte Big Cartel pour promouvoir et vendre Vetememes.

Aux marques d'accepter ces "collaborations" ou pas. Aujourd'hui une marque qui fonctionne bien n'appartient plus complètement à son créateur, et les réappropriations font partie de leur succès. Rapidement Vêtements a clairement signifié au New York Times qu'aucune poursuite ne serait menée contre le créateur de Vetememes. Demna Gvasalia a ainsi déclaré au magazine qu'il espérait que Davil Tran avait aimé créer ce projet autant qu'il aime créer ses vêtements. Une réaction appropriée de la part de la marque qui s'est révélée être championne du détournement et de la copie empreinte d'ironie avec ses t-shirts DHL ou son merch Champion. Vêtements a prouvé être particulièrement adepte des créations virales possédant l'humour et la popularité d'un meme internet. Il y a peu, être l'objet d'un meme était peu flatteur, mais c'est désormais devenu synonyme de pertinence culturelle. La copie est devenue réinterprétation, elle n'est plus à redouter, au contraire, elle apporte du prestige à la marque autant qu'au consommateur qui l'a créée.


Une nouvelle vague de créateurs New-Yorkais s'empare de la fashiontech

Lors de la dernière fashion week New-Yorkaise (aw16) une nouvelle génération de créateurs nous a offert une vision inspirante de la fashiontech. Internet continue d'influencer la mode, mais plus qu'une influence, internet devient un état d'esprit, une partie intégrante de la façon de concevoir la mode. Plusieurs défilés dont ceux de Chromat et de Vfiles nous laissent entrevoir une fashiontech qui fait véritablement sens. On dépasse le simple fait de vouloir traduire le potentiel de la technologie dans le vêtement. La technologie devient partie d'une réflexion globale, moyen d'expression, reflet d'une vision sur le monde.

Chromat, la technologie au service de la diversité

La marque américaine Chromat basée à New York et créée par Becca McCharen se présente comme travaillant sur des « expérimentations structurelles pour le corps humain ». La marque fait le lien entre diversité et technologie à travers une mode architecturale innovante. Finaliste du CFDA/Vogue Fashion Fund l'année dernière, concours très influent récompensant les marques les plus pointues, Chromat semble en avance sur les enjeux qui secouent la mode, comme la diversité dans les castings, le décloisonnement des genres ou la wearable technologie.
Depuis toujours intéressée par la technologie dans la mode, Becca McCharen a conçu des pièces souvent très expérimentales et peu exploitables au quotidien. Cette saison automne-hiver 2016 marque peut être un tournant pour la marque. McCharen nous a présenté une collection de vêtements sportswear, de maillots de bain et de lingerie, des silhouettes « body-friendly », faciles, structurées. Un second partenariat avec Intel ajoute à ces silhouettes des structures en LEDs qui entourent et soulignent le corps et sont activées par les mannequins via des bracelets munis des capteurs sensoriels StretchSense.

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Depuis 2000, l'approche multi-disciplinaire de Becca McCharen lui permet de créer une mode qui casse les codes. L'utilisation de technologies dans le vêtement fait sens chez Chromat et ne se réduit pas à une expérimentation gadget des nouvelles technologies. Elle fait preuve d'une démarche globale dans laquelle les innovations textiles sont un moyen d'expression, un outil, et pas une fin en soi. La créatrice a confié à iQ qu'elle souhaite que les femmes se sentent sûres d'elles dans les vêtements qu'elle crée. La diversité est primordiale dans son processus d'innovation, une approche en ligne avec une pensée post-digitale, une mode transversale, horizontale et démocratisée.

La communauté en ligne Vfiles fait défiler la fashiontech

Démocratiser la mode, c'est bien la mission que s'est donnée la plate-forme en ligne Vfiles depuis ses débuts en 2012. Vfiles est une communauté en ligne qui rassemble une génération Z passionnée de mode. Chaque saison, Vfiles fait défiler trois marques à la fashion week de New-York, trois marques qui ont été élues démocratiquement par la communauté en ligne. Et pour cette saison automne-hiver 2016, la fashiontech était au rendez-vous.
D'abord par le bais d'une collaboration entre VFiles et l'entreprise de fashiontech XO. Les fondateurs de XO, Nancy Tilbury et Benjamin Males sont connus pour des projets tels que Volantis, la robe volante de Lady Gaga ou encore le soutien-gorge incrusté de cristaux Swarovski et de LEDs d'Azealia Banks pour sa tournée Fantasea en 2012.

A travers cette collaboration, VFiles donne une toute autre direction à la wearable tech telle qu'on la connaît, loin des data-driven Fitbits ou Apple Watch, loin également de projets dont la fonction reste trop gadget ou peu adaptée à un usage quotidien. Car en effet, cette collaboration promet d'être la collection la plus abordable de fashiontech à ce jour.

Essentiellement composés de tissus en fibre optique contrôlés par smartphone, les pièces de cette collaboration sont purement esthétiques et tournées vers l'expression de soi. Anne Quay, fondatrice de Vfiles explique :

« Je pense que comme la communauté Vfiles est jeune et très connectée, il est important que nous prenions conscience que la wearable tech aura un effet sur notre façon de nous habiller et sur notre façon de vivre dans un futur proche. Il est aussi important d'apporter une vision « mode » à la wearable tech en opposition à une vision biométrique, ce qui est pour l'instant le plus mis en avant par les wearables. »

Après la présentation de cette collaboration avec XO, vient le tour des trois marques choisies par les internautes de Vfiles. Parmi elles cette saison, Neurocouture. La marque fondée par Nayana Malhotra a présenté deux mannequins portant des capes oversize blanches se tenant au centre du podium, leurs bras écartés afin que leurs capes forment une sorte d'écran sur lesquels des GIFs étaient projetés.

Objets culturels et motifs répétitifs animés, le format GIF choisi par Nayana Malhotra réinterprète le motif traditionnel en évoquant la web-culture. On retrouvait par exemple des memes populaires comme Donald Trump grimaçant ou encore la célèbre « Sad Frog ». Nayana Malhotra explique que l'idée derrière sa collection est de pouvoir « porter internet ».

Neurocouture

Elle cherche à explorer l'espace entre la personne et l'ordinateur, entre les émotions et la mode. En effet, le vêtement, équipé d'un système EEG, permet d'analyser les émotions de celui qui le porte pour les retranscrire en GIFs. Si la personne se sent en colère cela se manifestera par exemple par un GIF de Donald Trump. L'idée est d'utiliser le GIF dans la mode de la même façon que sur internet : pour exprimer ce que l'on ne dit pas, pour traduire l’intangible, a l'instar d'un emoticone. Sur le site de Neurocouture, la marque nous propose ainsi de « porter nos pensées » (« Wear what you think »). Neurocouture se définit comme une marque de l 'ère post-digitale. Un positionnement qui conçoit internet comme partie intégrante de la vie quotidienne, du processus de création, de la façon de penser.

Le projet nécessite cependant une projection en mapping et le système EEG pour fonctionner, ce qui n'est pas commercialisable. Mais ce n'est que le début de ce genre de technologies et Neurocouture nous donne un aperçu pertinent de ses applications futures.

Vers un autre système mode

Internet transforme la mode et ces bouleversements ne font que commencer. La mode semble se transformer en une industrie de l'image plus qu'une industrie de produits. Anne Quay, fondatrice de Vfiles, semble l'avoir bien compris, elle explique à Forbes :

« Nous voulions créer une communauté autour de la mode, et une communauté mode se construit autour d'images. »

Vfiles est une marque/media multi-plateforme qui comprend une archive d'images majoritairement générée par ses utilisateurs (dans l'esprit de Tumblr ou Pinterest), un moteur de recherche, un réseau social, des séries YouTube, un shop en ligne ainsi qu'une boutique à SoHo et un pop-up store à Tokyo.

Au lieu d'essayer de suivre les tendances, Vfiles incite ses utilisateurs à les créer, rassemblant une communauté qui invente de nouvelles façons d'interagir avec la mode en ligne. Vfiles a totalement compris et intégré le fonctionnement de la mode à l'ère d'internet, incarne ce que la mode est aujourd'hui et nous donne à imaginer de qu'elle peut devenir dans un futur toujours plus proche.


MateriO

MateriO, l'inspiration par la matière

La semaine dernière j'ai rencontré Susanna Campogrande, designer et consultante chez MateriO Belgique. MateriO est un service de veille et plate-forme de découverte des innovations matières. Fondée en 2000, l'entreprise propose à ses membres plusieurs "materiOthèques ", autrement dit des bibliothèques de matières. Centre de ressources en matières innovantes, ses services s'adressent principalement aux designers, tous secteurs confondus. Nous faisons aujourd'hui avec Susanna Campogrande un focus sur les matières textiles innovantes d'aujourd'hui et de demain, les enjeux technologiques auxquels font face fabricants et designers de l'industrie textile et le rôle de MateriO dans ce processus.

Bonjour Susanna, pouvez vous nous expliquer comment fonctionne MateriO ?

MateriO s'inscrit dans le panorama des matériauthèques et des autres centres de matériaux qui existent. Nous avons comme particularité d'être une structure indépendante vis à vis des industriels, nous ne vivons pas de la publicité des fabricants, le service est uniquement financé par ses utilisateurs. Nous sélectionnons des produits qui nous semblent intéressants et innovants, adaptés à notre cible, généralement des entreprises de design mais aussi des industriels. Nous sommes une vitrine pour une sélection de produits à caractère innovants, de matériaux-produits, de semi-transformés qui sont multi-matières et multi-secteurs d'application. Ici à Bruxelles nous travaillons beaucoup avec les fabricants et les industriels du meuble, mais nous avons aussi travaillé pour les secteurs de l'automobile, du design d’intérieur, de la scénographie et bien sûr du textile (mode, accessoires, bagagerie etc.).

Nous fonctionnons comme une plate-forme de communication entre ceux qui cherchent des matériaux et ceux qui les produisent avec pour clé d'entrée tout ce qui concerne l'innovation et l'inspiration par la matière.  Nous apportons à nos clients un regard design sur la matière.

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Quels sont les services que vous proposez à vos clients ?

Au centre du système il y a la matériauthèque, cette bibliothèque de matières physique et virtuelle. Il en existe une à Paris, à Prague, Bratislava, ici à Bruxelles et bientôt en Asie. La bibliothèque de matière de Bruxelles recèle aujourd'hui aux alentours de 7000 échantillons matières qui ont chacune une fiche de description avec un contact fournisseur. Ensuite il y a la base de donnée en ligne disponible sur notre site, matériauthèque virtuelle qui rassemble encore plus de matières et qui fournit plus de 5000 contacts de fournisseurs. Nous référençons majoritairement des matériaux mais aussi des types de traitements ou de transformation de matériaux, un procédé technique ou de sou-traitance industrielle, un savoir-faire. Nous proposons aussi des services annexes. Cela va de l'organisation de shows tendances, animation de workshops créatifs, organisation de rencontres thématiques, le tout toujours axé matières. Nous montons aussi des expositions comme par exemple dans le cadre du Mood Indigo (salon du textile d'ameublement) à Bruxelles ou bien le salon Subcontracting à Anvers. Nous faisons aussi du sur-mesure, de la veille technologique en fonction du besoin spécifique d'un client. On peut par exemple travailler sur une matériauthèque thématique adaptée à un client. Nous fonctionnons comme une structure privée, c'est à dire que l'accès à la matériauthèque se fait par un système d'abonnement payant qui peut comprendre différents services.

Quel rôle joue MateriO dans le processus de design ?

Il est important d'avoir des experts qui connaissent les matières et qui ont l’habitude de faire des transferts technologiques entre une application et l'autre. Un client repart avec les réponses matières à ses questions design et parfois aussi avec des réponses design. Ici à MateriO Belgique nous sommes une petite équipe de trois personnes. Karen Sprengers, directrice, Alan Dergent et moi-même avons des profils de designers ce qui nous permet d'avoir une approche créative à la matière. Nous combinons cette approche design à notre connaissance du milieu industriel.

Nous avons l'habitude de travailler avec les fabricants de matières et nous parlons deux langues, celle du créatif et celle du fabricant. C'est ce qui fait la différence.

Apportez-vous un suivi aux designers après le processus de conseil matière ?

Il peut arriver que nous fassions du suivi, de l'accompagnement pour certains projets. Nous avons parfois à faire à des créatifs qui n'ont pas l'habitude de traiter avec les industriels et nous pouvons les aider dans ce processus. C'est quelque chose que l'on peut faire parce que notre équipe à Bruxelles est très axée consulting, dans les secteurs de l'innovation, de l'éco-design, et MateriO est un de nos outils de travail. Nous accompagnons les entreprises qui se réabonnent d'une année à l'autre à nos services car nous les connaissons bien, nous savons ce qu'il recherchent et nous pensons à eux lors de notre processus de veille technologique. Nous proposons une newsletter sur l'actualité du secteur tous les mois et nous avons également une newsletter quotidienne adressée à nos membres qui s'appelle " Dayly MateriO " et qui fait chaque jour un zoom sur une matière que contient notre base de donnée en ligne. Cela permet aux designer de découvrir de nouveaux produits qu'ils n'auraient pas forcément eu le temps ou l'idée de trouver.

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Comment découvrez-vous les nouvelles matières innovantes ?

Il y a bien sur des salons à ne pas rater. On peut citer parmi eux des salons spécialistes des matériaux dans plusieurs domaines comme le JEC (salon des matériaux composites), le salon des emballages et du packaging, Première Vision, le Midest (salon de la sous-traitance industrielle) ou encore Batimat. Mais nous faisons aussi des salons comme Maison et Objets ou le salon du meuble à Milan. Certains jeunes créateurs inventent et mettent au point de nouvelles matières directement intégrées dans leur produits. C'est une approche de la matière tout à fait récente et expérimentale qui nous intéresse et qui nous permet de découvrir de nouvelles matières directement à travers leurs applications. Ensuite, bien sûr, nous faisons de la veille sur internet et par le biais de la presse. Et nous bénéficions évidemment d'un réseau humain. Les fabricants qui nous connaissent viennent vers nous lorsqu'ils ont des nouveautés. Il y a dans le monde plusieurs matériauthèques, surtout concentrées en Europe. Il existe aussi des centres pour l'innovation en matériaux, des centres de recherche. Nos concurrents et nous travaillons tous plus ou moins sur la même chose mais nous ne proposons pas forcément les mêmes services.

Existe t-il des matériauthèques spécialisées dans le textile ?

Autrefois il y avait une tissuthèque privée a Paris, puis elle a été vendue à Innovathèque (matériauthèque basée à Paris). Il existe également à l'école des Arts Deco de Paris une tissuthèque tenue par Isabelle Rouadjia.

Chaque matériauthèque a sa spécialité mais je pense que MatériO est sans doute la plus transversale, la plus ouverte.

Il existe également d'autres types de structures qui peuvent faire ce lien entre industriels du textiles et designers comme La Maison du Savoir-Faire et de la Création, l'IFTH (Institut Français du Textile et de l'Habillement) ou encore l'UIT Nord Roubaix.

Comment percevez-vous les produits textiles innovants d'aujourd'hui et l'évolution du secteur dans l'avenir ?

Les récents livres de Florence BOST, "Textiles Innovants et Matières Actives" et "Les Enjeux des Nouveaux Matériaux Textiles" de Christine Browaeys sont de belles récoltes de ce qui se fait aujourd'hui en matière de textiles innovants. Ils contiennent des projets qui peuvent paraître gadgets, mais s'ils paraissent gadgets c'est parce que les industriels n'ont pas encore bien intégré ces technologies de l'habillement. J'ai constaté en travaillant avec les industriels textiles qui font des textiles techniques, qu'ils n'exploitent pas la dimension design textile, en terme d'esthétique. Il ne prennent pas forcément en compte la dimension de design textile lors de la mise au point de la matière, du textile technique. Il y a là encore énormément de choses à faire.

Il manque un maillon dans la chaîne de production et d'utilisation des textiles techniques. Le jour ou l'on aura fait un pas en avant vers cette problématique je pense que l'on verra vraiment des choses intéressantes.

Ce maillon manquant représente-il un métier qui n'existe pas encore ?

Je dirais que le métier existe mais que les fabricants n'y font pas assez appel. Ils ne font pas appel à des designers textiles mais travaillent plutôt avec des ingénieurs textiles. Le designer textile pourrait pourtant apporter une nouvelle dimension aux textiles techniques pour que les applications futures de ces matières puissent être développées à partir du design et de la conception de la matière. Aujourd'hui un secteur d'application qui fonctionne pour les textiles techniques et innovants est le monde du médical. Il faut bien distinguer ce types d'applications fonctionnelles à d'autres types d'applications qui aujourd'hui sont vues comme encore trop gadget.

Quelles innovations textiles récentes vous ont marquées ?

Les textiles à base de bois appliqués au design existent depuis longtemps, mais récemment il y a de vrais produits qui sortent comme ce produit italien qui s'appelle " Ligneah ". Il y a également en terme de production des choses très intéressantes qui se passent, comme la production intégrée de semelles de sport et de la maille qui composent la chaussure. D'autres innovations textiles nous attendent probablement sur première vision cette semaine !

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Dans la matériOthèque de Bruxelles - Textiles bois Ligneah

Un dernier mot pour la fin ?

Je tiens à parler d'une étude bipartite qui a été conclue en 2015 par les industriels textiles de la région transfrontalière Belgique-France qui s'appelle ACV Tex (Analyse du Cycle de Vie). Cette étude fait l'analyse a l'échelle mondiale du cycle de vie des textiles et permet de mieux comprendre l'impact environnemental de la production d'un produit textile. Elle prend en compte une période qui couvre tout le cycle de vie du produit de la fabrication de la matière première jusqu'au recyclage éventuel du produit à la fin de son cycle de vie. Il a été prouvé que pour un t-shirt en coton blanc produit en chine puis acheté et utilisé en France pendant un an, lavé séché et repassé régulièrement, au bout d'un an c'est la phase d'usage du t-shirt qui est la plus impactante au niveau environnemental. Cette étude a montré que nous avons beaucoup d'idées préconçues sur le fait qu'un produit soit fabriqué en Chine, sur l'impact écologique de sa production etc. Mais cette étude permet de prouver scientifiquement que c'est bien l'entretien de ce t-shirt blanc qui est le plus néfaste pour l’environnement. Je pense donc que ce qui est innovant aujourd'hui, et ce qui sera innovant demain en matière de textile c'est de produire des vêtements qu'on ne doit pas entretenir de façon aussi polluante. Une des pistes est de produire des textiles qui n'ont pas besoin d'être lavés, repassés, séchés, voire même, et cela peut paraître aberrant, un vêtement jetable.

 

Pour aller plus loin, Susanna Campogrande vous propose une liste d'ouvrages dirigés par MateriO et consacrés aux matériaux innovants :

 


mode durable

Mode durable : une nouvelle génération innovante

« Green is the new black » nous assure Another Magazine en ce début de moi de janvier. La jeune blogueuse Glacier Girl utilise quant à elle le bleu comme nouveau code écolo et redonne un nouveau souffle au mouvement. Qu'importe la couleur, en 2016 la mode se tourne résolument vers une démarche « eco-friendly » pour plus de transparence.

Les jeunes créateurs donnent un nouveau souffle à la mode durable.

Mode et écologie n'ont pas toujours fait bon ménage. On pense aux nombreux scandales qui ont secoués l'industrie de la mode. Des moyens de productions peu éthiques, une sur-consommation, un rythme de plus en plus rapide qui ont un impact environnemental et social désastreux. Mais il semblerait que les temps changent grâce à une nouvelle génération de créateurs qui considèrent la mode durable comme une évidence plutôt que comme une simple valeur ajoutée ou un outil de marketing. Début janvier les vitrines de Selfridges sur Oxford Street à Londres étaient consacrées à leur initiative annuelle « Bright New Things » visant à mettre en avant et à soutenir les jeunes créateurs.

Faustine Steinmetz
Faustine Steinmetz

Cette année Selfridges a décidé de se concentrer sur les nouveaux noms de la mode durable qui mettent au cœur de leur travail design innovant et durabilité. Parmi eux Katie Jones ou Faustine Steinmetz qui appliquent cette idéologie dans des vêtements produits artisanalement et constitués de matières récupérées. D'autres comme Unmade se tournent vers la technologie pour créer des pièces uniques qui sont co-créées par le consommateur. Une nouvelle pratique apparaît dans ces initiatives : la transparence.

Un besoin de plus de transparence pour une nouvelle génération de consommateurs

Les nouvelles technologies, la quantité d'informations disponibles en ligne ont créées une nouvelle génération de consommateurs toujours plus curieux et investigateurs. Ils ne se satisfont plus d'acheter une marque sans avoir fait leur recherche au préalable. Cette nouvelle génération de consommateurs se sent plus concernée que jamais par les problèmes environnementaux. En témoigne le succès de personnalités comme Glacier Girl et d'autres « eco warriors » sur les réseaux socieaux, nouvelles icônes mode et activistes. Elisabeth Farrell aka Glacier Girl utilise les réseaux sociaux pour parler écologie via son projet « Remember the Glaciers ». Activiste DIY, elle s'adresse à la génération internet qui est la sienne, via des photos et une esthétique « sad girl » et des t-shirts à slogans. Ella Goërner, qui se définit elle même comme « eco-punk » est une activiste et artiste qui crée des œuvres digitales pour sensibiliser les internautes à la cause. L'image de « l'ecolo » prend alors une nouvelle dimension plus « trendy » et dans l'air du temps.

Glacier Girl "Remember the Glaciers"
Glacier Girl "Remember the Glaciers"

Les marques, de la petite start-up à Prada, semblent avoir bien compris cet engouement et elles sont aujourd'hui nombreuses à se positionner comme éco-responsables. Les grands groupes de luxe, Kerrings et LVMH s'y sont mis récemment mais les pionnières en la matière étaient Vivienne Westwood, Katharine Hamnett ou encore Stella McCartney. Les marques sportswear ne sont pas en reste. Alors qu'on vient d'apprendre qu'il y aurait plus de plastique que de poissons dans l'océan, Adidas a créé l'année dernière en collaboration avec Parley for the Ocean la première chaussure fabriquée à partir de déchets récoltés dans l’océan (on vous en parle plus précisément dans le n°2 de Modelab que vous pouvez commander ici!)

Adidas x Parley for the Ocean
Adidas x Parley for the Ocean

Certains projets proposent aussi une approche plus littérale et le vêtement lui même devient un outil pour lutter contre la pollution. « Catalytic Clothing » est une initiative collaborative dirigée par la professeure et designer Hellen Story et le scientifique Tony Ryan. Ils utilisent la technologie de « photo-catalyse» et l'appliquent au vêtement qui devient alors capable de purifier l'air environnant tout en restant un objet esthétique. Dans le même esprit le projet WAIR propose des foulards qui indiquent l'état de pollution de l'air et permet de filtrer l'air. Plus que leur véritable efficacité et leur rôle dépolluant, l'importance de ces initiatives est de sensibiliser le consommateur à l'impact environnemental de la mode.

Catalytic Clothing
Catalytic Clothing

Pour aller plus loin, inclure les valeurs éco-responsables au cœur de l'industrie

En août dernier, la célèbre école de design Parsons accueillait un nouveau doyen, Burak Cakmak, spécialiste de la mode durable. Il croit au potentiel de la technologie pour rendre les procédés de création et de production plus « eco-friendly ». Il a par exemple exprimé à WWD sont intérêt pour la technologie de CLIPs Carbon3D (Continuous Liquid Interface Production), un nouveau système de production qui « fait pousser » des éléments plutôt que des les matérialiser par couche comme en impression 3D. Il explique à WWD :

« Je crois sincèrement que l'industrie de la mode est à un tournant […] une approche plus réfléchie du design peut jouer un rôle dans l'amélioration du business model d'entreprise existantes pour ainsi correspondre à la réalité de notre époque. »

L'arrivée de Cakmak à la Parson school est peut être le début d'un type d'éducation pour une nouvelle génération de designers tournés vers le durable et l'innovation, conscients de leurs rôles dans une industrie de la mode toujours plus rapide. A l'image des talents mis en avant par Selfridges qui incluent les valeurs de durabilité dans tous les aspects de leurs projets, de la création à la production, autour d'un véritable état d'esprit.