Le directeur artistique de la maison Balmain Olivier Rousteing, vient de révéler les visages de ses trois nouvelles égéries Margot, Shudu et Gi conçues par le programme CGI ( Computer- Generated imagery ) . Ces trois mannequins virtuelles sont nées de la collaboration avec le photographe Cameron-James Wilson qui n’est autre que le concepteur de Shudu. En effet, Shudu est la première mannequin créée par le photographe et comptabilise aujourd’hui pas moins de 143000 followers Instagram. Margot et Gi l’ont rejointe à la demande d’Olivier Rousteing, bien conscient de l’opportunité en terme de buzz et de visibilité.

La « Balmain army » jusqu’alors composée de mannequins super star, de chanteuses pop renommées et d’amies « clientes » aux comptes twitter ou instagram bien garnis, est en passe aujourd’hui de faire rentrer la mode dans la quasi science-fiction. Buzz ou réelle tendance ? Réchauffé ou véritable nouveauté ?

mannequin virtuel

On le sait, Olivier Rousteing est un grand adepte des réseaux sociaux et notamment d’instagram. La digitalisation de la mode n’a que peu de secrets pour lui et il sait s’appuyer sur son impressionnante popularité sur les réseaux sociaux. Quoi de plus naturel pour cet « instagramolique » de faire rentrer Balmain dans l’ère du mannequin virtuel et faire leur présentation sur le célèbre réseau social. Des mannequins « sublimes » à disposition et sans fiche de paye, riche idée. Comment exploiter l’image de femme sans rétribuer aucune femme ? Perpétuer des diktats physiques et des clichés misogynes sans qu’aucune femme n’ait à les endosser. Plus d’autorisation, plus de droit à l’image, plus de réglementation des heures de travail, plus d’agents.

Bientôt la fin des agences de mannequins ? Rappelons que le premier avatar virtuel présenté sur instagram n’est autre que « l’influenceuse instagrammeuse » Lil Miquela. Ses créateurs Trevor McMedrief et Sarah Decou l’avaient créée à l’occasion d’un projet d’art digital dès 2016. Si aujourd’hui la jeune mannequin virtuelle comptabilise 1,4 millions d’abonnés, elle n’a pour autant pas encore supplanté, ni fait disparaître les influenceuses de chair et d’os. Néanmoins, on voit que cette « innovation » est déjà vieille de deux ans et s’inscrit dans une plus large tendance au « tout technologique » dans la mode. Pour preuve, le défilé virtuel holographique de Burberry en 2015, la flopée de miroir à réalité augmentée pour le retail, les lourds investissements consentis pour développer les technologies de AR et VR et plus proche de nous, l’annonce d’un défilé de mannequins robotiques dans la fashion week de Londres, les 15 et 16 Septembre prochains au Millenium Gloucester London Hotel.

mannequin virtuel

Organisé par l’entreprise Ohmnilabs pour l’occasion associée à la créatrice Honee, cet événement organisé par House of Icons verra pour la première fois des machines emboîter le pas à des mannequins humains. Intitulé A.I à la fois pour Intelligence artificielle et « amour » en vietnamien et en chinois, ce défilé doit selon le co-fondateur et PDG d’Ohmnilabs Thuc Vu « montrer de quelle manière la robotique et la mode peuvent collaborer créativement ». Comme une référence au défilé Dolce & Gabbana où des drones présentaient des sacs à mains ?

Force est de constater que nous devrons désormais composer avec le digital et la robotisation dans la mode. Néanmoins, il semble que ces avancées ( si tant est que cela en soient ) restent encore limitées et bien en deça de la fluidité d’un textile, le grain d’une peau, l’élégance d’une démarche. Espérons que nous garderons en mémoire l’amour des matières et qu’un jour les spectateurs d’un défilé se concentreront avant tout de nouveau sur la beauté des œuvres mouvantes que sont les vêtements. Si ce sujet vous intéresse et vous souhaiteriez l’approfondir, rendez-vous dans le numéro 6 de Modelab de Mai dernier pour lire le très complet article sur la mode virtuelle, de notre cher Coline Vernay.