Lors de l’évènement Remode, nous avons eu la chance de faire la rencontre de Billie Whitehouse, fondatrice de Wearable X. Nous vous proposons aujourd’hui de rencontrer cette pétillante australienne qui propose une nouvelle forme de vêtements intelligents. Wearable X est une entreprise fashiontech qui rassemble design et technologie pour créer une meilleure qualité de vie. Créée en Australie et basée à New-York, cette entreprise lancée en 2013 est avant tout centrée sur le toucher. La première plateforme haptique initiée par la marque, appelée Fundawear, était adressée aux couplex entretenant une relation longue distance. Réalisé en partenariat avec Havas et Durex, cette première campagne de communication a largement contribué au lancement de Wearable X (alors appelé Wearable Experiments).

À travers l’exploration intersectionnelle de la technologie d’une part et de la mode d’autre part, l’équipe a déjà développé de nombreux produits à l’instar de Navigate (lancé à Sydney, New-York et Paris). Après ce succès, s’en est suivi le projet The Alert Shirt. À la croisée du software, du hardware et du vêtement, The Alert Shirt représentait une véritable innovation qui a notamment remporté en 2014 le Best Fan Engagement Award au Clio Sports Awards de New-York. S’ensuivirent des partenariats avec Oakley, The Store of the Future, et d’autres acteurs de l’univers du sport et de l’expérience design.

À partir de 2016, Wearable X, intègre un service de R&D afin de produire leurs créations en propre. En mai 2017, Wearable X lance son premier produit B to C, Nadi X, adressé aux adeptes du yoga pour une pratique plus consciente et dirigée.

Modelab : Bonjour Billie, peux-tu nous présenter Wearable X ? Quel est le but de ta marque ?

Billie Whitehouse : Nous sommes spécialisés dans l’intégration des sens et de comment rendre compte de la perception de ces derniers sous forme de data. Cela s’effectue par le biais d’une plateforme sur smartphone. Cela signifie concrètement que l’on peut lire et comprendre son corps. C’est un moyen de s’adapter en temps réel à ses besoins. Nous nous sommes spécialisés dans les vêtements de yoga pour plusieurs raisons. La pratique du yoga est quelque chose que l’on peut faire partout, il n’y a pas de se trouver dans un studio. Le toucher est au coeur de la pratique de ce sport, et au-delà du toucher, la sensation. Le retour haptique est alors une véritable plus-value car il permet, avec quelques ajustements dans les réglages, d’attirer l’attention sur les parties de son corps qui nécessitent d’être attentif lors de la pratique du yoga. En fait nos vêtements permettent d’avoir uns structure de cours partout où que nous soyons.

M: Au-delà de la pratique du yoga, développez-vous d’autres applications à votre solution ? Imaginons par exemple dans le domaine médical ou pour permettre à des designers d’essayer leurs prototypes et les adapter?

B.W : Nous avons effectivement créé une plateforme haptique et sensitive mais nous sommes focalisés sur le yoga et l’activewear. Nous sommes spécialisés dans la production et la récolte de data autour du yoga et de la récupération. Le yoga est largement utilisé dans des processus de récupération physique à la suite d’une blessure et est recommandé par les médecins et les kinésithérapeutes. À notre manière, nous participons à ce processus.

M : Lorsque l’on pense aux personnes âgées, il pourrait être intéressant de leur donner des indications sur comment se tenir ou agir afin de ne pas perdre leur mobilité. Travaillez-vous avec des maisons de retraite et des hôpitaux ?

B.W : Nous nous adressons davantage au personnel soignant car souvent les patients ne vont pas au bout de l’acte d’achat à moins d’avoir une recommandation médicale. Donc voici comment nous participons : nous faisons beaucoup de recherches et cherchons à comprendre quelles sont les blessures les plus communes et comment notre solution peut parvenir d’une part à les prévenir dans le le cadre d’une pratique sportive et d’autre part à récupérer si c’est trop tard.

Wearable X

 

M : Techniquement, comment cela fonctionne-t-il ?

B.W : Techniquement il y a cinq accéléromètres positionnés derrière les genoux, les chevilles et les hanches qui transmettent les informations à votre smartphone. De cette façon on peut déterminer si vos mouvements et vos positions sont les bonnes. Après analyse des données, nous envoyons via le smartphone un compte rendu qui stipule si oui ou non vous avez acquis la bonne posture, si vous pouvez continuer votre apprentissage. Dans le cas contraire, vous recevez des instructions pour vous corriger. Chacune de ces instructions est associée avec une certaine sorte de vibrations sur le corps. Si les instructions disent “asseyez vous jambes tendues”, vous ressentez une sensation sur l’arrière de vos jambes qui vous guide pour accomplir le geste. Lorsque les instructions vous disent “levez vous et tendez votre hanche à droite” vous sentez cette sensation dans votre corps.

M : Cela peut être un peu perturbant lorsque l’on a pas l’habitude, non ?

B.W : Si c’est couplé à des instructions audio, cela ne pose pas de problème. Sans le son, les gens sont effectivement perturbés. Il est très important pour nous de comprendre comment les gens perçoivent ces sensations. Nous avons été comparé un temps à la veste contre l’anxiété qui avait été inventée pour calmer l’anxiété des adultes et des enfants grâce à des vibrations. Il y a une proximité, une sensation d’enveloppement bienveillant que l’on retrouve dans notre produit. Nous souhaitons appuyer sur cette caractéristique pour gagner la confiance de personnes qui utilisent nos produits.

M : Comment cette idée est-elle apparue ?

B.W : Me concernant cela provient d’un sentiment de frustration. J’ai dépensé beaucoup d’argent dans des cours de yoga. Cela m’énervait vraiment de perdre autant d’argent et de temps pour me déplacer, aller dans des endroits que je trouvais parfois désagréables, avec de la musique et un professeur que je n’aimais pas. Parfois, tu es livré à toi même, sans attention ni instructions alors même que tu paies pour être guidée. Je travaillais déjà depuis trois ans sur des vêtements haptiques donc je savais que techniquement c’était possible de l’adapter au vêtement de yoga. Partant de ce constat il fallait cependant adapter nos solutions haptives à des contraintes de lavage, séchage et de normes. Cela a été un vrai défi mais je suis fière de ce à quoi nous sommes parvenus.

M : Que pensez-vous de l’évènement Remode ? Que vous vient-il à l’esprit lorsque vous pensez à la mode durable ? Est-ce quelque chose qui vous importe et sur lequel vous souhaitez insister ?

B.W : Oui, clairement. Je pense que parfois nous considérons le consumérisme de la mauvaise façon. Ce que j’aimerais vraiment voir émerger dans les conversations c’est “comment pouvons-nous innover dans le vêtement grâce au software”? Ainsi, nous n’aurions plus à acheter de nouveaux vêtements tout en nous débarrassant des anciens qui iront polluer un peu plus la planète, mais pourrions adapter nos anciens vêtements à nos besoins grâce à du software. Cette idée m’enchante vraiment, surtout lorsque l’on considère que l’on peut ajouter de nouvelles fonctionnalités à ses vêtements. C’est si simple ! C’est quelque chose que nous avons vraiment à l’esprit et nous travaillons dans ce sens, même si nous pourrions pousser encore un peu plus la R&D, surtout dans la perception que pourrait en avoir le consommateur.

Je suis toujours un peu sceptique quand je vois ce type de sujet toujours abordé d’un point de vue de l’entreprise et non de l’humain. Je pense que nous devrions nous focaliser davantage sur l’humain, sa perception. Il faut penser le vêtement comme quelque chose qui peut tout faire, qui est belle, qui est confortable et donne de l’assurance.

M : Qu’est-ce que vous imaginez pour le futur de votre marque et de la mode en générale ?

B.W : Aujourd’hui, on ne peut ignorer l’alternative que représente le développement de nouvelles fibres alternatives et sustainables. C’est une formidable avancée ! Cependant, nous devons également penser aux conséquences de cette nouvelle industrie des matières alternatives. Ce à quoi nous nous attaquons nous, c’est à l’idée de réduire l’électronique à de la fibre, et selon moi on n’en parle pas assez. C’est d’ailleurs sûrement dû au fait que l’électronique est l’un des systèmes qui produit le plus de déchets au monde. Combien de téléphones possédons nous ? Il y a quelque chose d’absurde. Il serait vraiment intéressant d’avoir une conversation avec des chercheurs pour déterminer comment réduire l’électronique au maximum, et trouver des solutions durables pour son recyclage.  D’un point de vue plus centré sur la marque, nous cherchons à développer notre technologie sur la partie supérieure du corps afin d’entrer pleinement dans l’espace de la physiothérapie.