HelloAlix

HelloAlix : le chatbot de la mode masculine

HelloAlix voilà le petit nom donné au premier chatbot exclusivement dédié à la mode masculine par son fondateur Camille Fagart.

Forcément, je me devais d'échanger avec lui afin de connaître ses motivations profondes et comment je pouvais être précurseur en utilisant un tel service.

Une première rencontre lors du Who's Next (WSN) de septembre dernier, nous a permis de mettre un visage sur un projet et de formaliser un rendez-vous.

Donc, je me suis retrouvé au Numa, où l'équipe d'Alix a élu domicile, par un  matin d'automne pour une interview placée sous le signe de l'élégance masculine.

Camille Fagart

Fabrice Jonas (FJ) : Salut Camille, pourrais-tu te présenter ?

Camille Fagard (CF) :  je suis le co-fondateur de HelloAlix, lancé en juin dernier. Et, Frédéric Degouy est mon associé.

FJ : HelloAlix c'est quoi exactement ?

CF : C'est un assistant de shopping virtuel pour homme disponible sur Messenger (la messagerie instantanée de Facebook  ) 7 jours sur 7 et 24h sur 24 pour aider les garçons dans leur shopping en fonction d'un besoin jusqu'à l'achat final.

On s'adresse à une cible qui correspond à la génération Y principalement des trentenaires qui ont un besoin en vêtement et qui utilise quotidiennement  Messenger pour discuter avec leur potes. Avec HelloAlix notre utilisateur va pouvoir obtenir une recommandation de produits personnalisés.

Par conséquent, nous allons lui proposer des solutions comme lui recommander la boutique près de chez lui, l'avertir quand le produit est en solde... En utilisant toujours le même canal : Messenger. Une étude montre que récemment plus de 50% des millenials cherchent à consommer via ce canal. Cela signifie que les plateformes classiques de ecommerce sont maintenant délaissées.

De manière un peu schématique, on peut dire qu'aujourd'hui, les Millenials discutent via Messenger avec leurs ami(e)s et/ou famille et que demain, ils auront une conversation directement avec leurs marques préférées pour acheter des produits et notamment du prêt-à-porter.

FJ : Camille quelle a été votre vision en créant HelloAlix ?

CF : nous voulions être le futur des marketplaces que nous connaissons actuellement, adapté aux usages très spécifiques et hyperconnectés des Millenials.

Nous venons nous adapter aux nouveaux usages. Aujourd'hui les consommateurs ne sont plus sur les réseaux sociaux mais plutôt sur les messageries. En effet, ils veulent un maximum de fluidité et un minimum de friction dans les échanges notamment dans les discussions qu'ils peuvent avoir avec les marques.

HelloAlix vient se positionner là où ils sont : dans la messagerie. Grâce à cela nous pouvons aider les marques à parler avec eux.

HelloAlix

FJ : en étant sur Messenger comment faites-vous pour capter l'attention des utilisateurs ?

CF : Notre robot ne va pas solliciter les personnes si vous ne lui envoyez pas un message. Par contre, si vous lui envoyez un besoin, il va vous répondre. En effet, nous ne voulons pas devenir un espèce de spammeur.

Nous sommes, en quelque sorte, un outil à la demande. Par exemple, quand un utilisateur va émettre un besoin. Nous allons au bout de sa demande.

De manière concrète, notre intelligence artificielle va apprendre au cours des conversations à capter l'attention de notre audience et la retenir.

Ainsi, sur les premiers mois d'utilisation, nous avons un très bon taux de rétention parce que nous arrivons à être pertinents et surtout personnalisés au fur et à mesure de nos échanges avec l'utilisateur.

Nous sommes également un outil de découverte de marques. En d'autres termes, nous nous positionnons également comme un selec-store dans un nouveau canal.

Cet aspect sélectif permet aux utilisateurs de revenir régulièrement.

Par ailleurs, nous souhaitons avoir un très gros turnover sur les marques à découvrir. Ainsi, dans un select-store traditionnel, ils suivent les même marques sur une année qui vont sortir en moyenne 4 collections annuelles. En ce qui nous concerne nous voulons plutôt avoir une sélection réduite mais qui change tous les mois.

Fabrice, ce qu'il faut savoir c'est que sur Messenger nous avons des contraintes techniques. Nous ne présentons qu'un seul visuel avec un texte très court et nous ne pouvons pas faire défiler 25 produits.

Par exemple, si nous avons une demande sur une paire de baskets blanches, nous devons être pertinent dès le début de notre conversation. Nous n'allons pas au-delà de trois ou quatre propositions.

HelloALix

Notre enjeu consiste à être rapidement crédible avec notre audience.

Ce qu'attendent nos utilisateurs c'est qu'on soit un filtre ; ne pas les noyer sous une masse de produits.

À titre de comparaison, sur la plateforme Asos, ils vont vous proposer une centaine de références mais l'utilisateur ne sait pas vraiment quoi choisir.

Sur HelloAlix nous avons pris le parti opposé, nous avons un aspect sélectif et qualitatif. En effet, les hommes de plus de 30 ans deviennent de plus en plus exigeants. L'exemple du blog Bonne Gueule s'avère emblématique d'une génération qui ne s'intéresse pas uniquement aux marques mais à ce que ces dernières aient des valeurs et donne du sens à leurs produits.

C'est pourquoi nous allons chercher des marques qui ont cette dimension éthique et éco-responsable accompagnée d'une dimension qualité-prix.

Nous n'allons pas recommander des produits mass-markets ou à l'inverse des produits du luxe.

Nous avons des marques innovantes comme Maison Standards qui s'est construite sur un modèle éco-responsable, en-dehors du rythme imposé par le marché de la mode. À l'autre versant, nous avons des marques plus traditionnelles comme par exemple Emile Lafaurie qui distribue uniquement via un retail physique. Bien évidemment, ils ont un site mais qui montre uniquement les produits... Vous ne pouvez pas les acheter sur leur site.

Notre chatbot qui est pur techno va diriger nos utilisateurs vers du pur physique. Nous avons réellement un rôle d'aiguilleur. Nous leurs proposons deux choses, soit d'aller sur le site, soit de découvrir le produit dans une boutique physique.

D'ailleurs plus de 50% de notre audience demande à aller en boutique.

FJ : Pour l'année prochaine quel est votre axe de développement principal ?

CF : En 2018, nos usagers pourront payer directement dans Messenger.

 

Vous vous intéressez au renouveau de la mode et comment celle-ci change ?

Je vous invite à lire notre article sur l'évènement Antifashion, saison 2, avec Li Edelkoort.

 

 

 

 


roubaix

Roubaix met le Nord au centre de la Fashiontech

Les 19 et 20  octobre derniers ont eu lieu les FashionTechDays 3ième édition du côté de Roubaix. Durant deux jours, une succession de conférences a permis d'appréhender les enjeux des mutations du secteur mode, dans une ambiance fertile placée sous le signe de la bonne humeur.

À cette occasion, j'ai pu me rendre sur place afin de constater le dynamisme local et les synergies qu'Annick Jehanne, créatrice des FashionTechDays, a pu mettre en place entre grands groupes (comme Damart ou Showroomprivé) et startups. 

Afin de faciliter les échanges et les rencontres, un showroom présentait des startups orientées usage. Certaines ont particulièrement attiré notre attention comme Tekyn spécialiste du manufacturing on demand. En d'autres termes, ils installent des micro-usines près chez vous afin de produire localement en réduisant les coûts de livraison et en créant de l'emploi en proximité.

Était également présent, Daco, expert de l'intelligence artificielle, qui permet aux marques de Mode de savoir quels produits vont cartonner cette saison. Cela signifierait-il  qu'aujourd'hui les tendances ne se créent plus dans la rue, mais plutôt grâce à des algorythmes ? 😏

Enfin, côté vêtement, Urban Circus, créateur de vêtements haute visibilité, proposait une série de tenues réfléchissantes avec des pièces de signalisation. Forcément, il a été le centre de toutes les attentions, sûrement à cause d'une moustache immanquable (à voir dans la vidéo).

Afin que vous puissiez découvrir cet évènement de l'intérieur, j'en ai profité pour ramener un reportage en totale immersion dans un style nomade chic en toute décontraction 😎

Un reportage chic et nomade

Forte de ce succès, Annick Jehanne prépare déjà la 4ième édition des Fashiontechdays sur Roubaix avec une sélection encore plus pointue des startups.

Avec ce nouveau format de vidéo, chez Modelab, nous voulons que vous puissiez partager avec nous  nos différents voyages, salons ou évènements.

Bref, dites-nous ce que vous en pensez et surtout ce que vous souhaitez voir ou entendre !

Au plaisir de vous lire.


Pyrates

Pyrates : la technologie au service de l'athléisure

Dans l'écosystème Fashiontech, je demande Pyrates ou comment une jeune marque mélange le sport, la mode et l'innovation.

Ainsi, ma première rencontre remonte à l'évènement de Lookforward (voir notre article sur cette exposition) en juin dernier où Marie, la responsable marketing de Pyrates, m'aborde afin de me présenter leur concept. Et là, je découvre que l'athléisure (contraction du mot loisir et athlète) n'est pas que l'apanage des new-yorkais. Bien au contraire, cette marque suisse basée entre Madrid et Paris tente également de relever le challenge ambitieux de combiner l'élégance d'une tenue de ville et le confort d'un produit sportif.

Mais au fait, c'est quoi exactement Pyrates ?

Poster COSMETIC

Pyrates : une ambition générationnelle

Au commencement était une jeune femme Regina Polanco qui avait une ambition simple ; celle d'allier la technologie, la nature et le style. En effet, les millennials aspirent dorénavant à un monde dans lequel leur acte d'achat correspond enfin avec leurs valeurs tels que l'écologie et le bien-être.

En outre, nos activités quotidiennes sont rythmées par des moments très variés ; ainsi, la tenue idéale devient celle avec laquelle nous enfourchons notre vélo pour aller à notre espace de coworking et avec laquelle nous pouvons assister à une réunion avec un client.

En terme de philosophie de marque, leur collection intemporelle ne se soumet pas au diktat de la mode. Être un garçon ou une fille Pyrates signifie une manière de consommer la mode comme une mise en acte de leur conscience sur le développement durable.

Et, pour arriver à un tel résultat, Pyrates a dû faire preuve plus que de créativité en développant des fibres innovantes.

Pyrates

Pyrates : une technologie naturelle invisible

En plus de sa marque grand public, la jeune marque a créé une offre BtB : Pyratex.

Avec la création de composants actifs développés qui se trouvent intégrés directement dans la fibre lors de la fabrication, Pyratex tente de répondre aux besoins de plus en plus exigeant d'un conso-acteur.

Au niveau pragmatique, cela signifie que les propriétés des fibres restent les mêmes après lavage ou au cours du temps.

Pour rentrer dans le détail, Pyratex a créé quatre type de tissus intelligents :

    • Health aide à la relaxation,
    • Power limite les irritations dues au tissu et favorise la restauration des cellules,
    • Freshness régule la température du corps,
    • Cosmectic contient des antioxydants.

Pyratex x YCJ : un Kickstarter plein de promesses

Toujours à la recherche de nouveauté et d'énergie nouvelle ;  aujourd'hui, Pyrates collabore avec d'autres marques afin de styliser les jeunes générations.

En conséquence, elle vient de lancer avec Zofia Zin, la créatrice de la marque Yellow Collar Jersey un partenariat afin de créer des vêtements innovants et design qui prennent également soin de la peau.

Pyrates

Zofia a su designer un vêtement urbain minimaliste avec des velcros détachable augmentant la visibilité lors des sorties nocturnes. Cette tenue aussi bien pour Hommes que pour Femme permet de mettre en valeur les trois S de ce partenariat :

  • Sécurité,
  • Style,
  • Soin de la peau,

Pyratex

Chez Modelab, nous sommes plutôt fan de leur projet.

C'est pourquoi, si comme nous vous souhaitez financer ce projet via Kickstarter c'est par ICI.


FashionTechDays 2017 : tournés vers l'international

Pour la troisième année consécutive, les Fashiontechdays s'annoncent du côté du Roubaix les 19 et 20 octobre. Et cette année sera placée sous le signe de l'international et de l'innovation toujours aussi présente dans la mode.

À cette occasion, nous vous avons sélectionné les moments forts de cette édition où bien évidemment l'équipe de Modelab sera présente 😎

Fashiontechdays 19 octobre : L'international au pouvoir

En ouverture, Clarisse Reille du DEFI Mode, évoquera comment l'innovation peut s'allier à la mode pour accélérer la transformation de cette industrie. D'ailleurs, je vous rappelle que le DEFI soutient activement la fashiontech notamment en créant avec Modelab le premier annuaire sur la question.

Durant cette matinée studieuse, nous vous recommandons, l'intervention de Muchaneta Kapfunde de Fashnerd (le webzine anglo-saxon de référence sur l'innovation dans la mode) qui nous dressera une cartographie des acteurs tech et mode au Royaume-Uni ainsi que les perspectives d'avenir avec l'écosystème français.

Avant la pose déjeuner, j'aurais la joie d'animer la table-ronde sobrement intitulé "Berlin : FashionTech" avec les deux designeuses Lina Wassong et Esther Zane ainsi que Thomas Gnahm le créateur du Wear It Festival. Nous nous interrogerons sur pourquoi Berlin est souvent qualifiée de capitale de la FashionTech.

fashiontechdays

Fashiontechdays 20 octobre : inspiration et omnicanal

Pour ouvrir cette seconde matinée Maxime Coupez du cabinet FaberNovel, toujours très inspirant lors de ses présentations, nous parlera de "Mode et réseaux".

En début d'après-midi, Pascale Denizart, le Directeur Général du CETI (partenaire historique des Fashiontechdays) animera un tableau-ronde qui fera le point sur l'omnicanal orienté 100% client.

Enfin, cette journée se conclura par le concours Hackamode où 60 étudiants de 20 écoles différentes pitcherons leurs projets. L'objectif des Fashiontechdays a été depuis de son commencement de mêler la présentation de technologies innovantes aux professionnels de la mode à l'idée de favoriser l'émergence de nouveaux talents.

Vous pouvez retrouver le programme complet des Fashiontechdays par .

fashiontechdays

Fashiontechdays : une troisième année forte en émotion

Comme vous l'avez compris, chez Modelab, nous sommes plutôt fan de cet évènement, car c'est tout simplement le précurseur de la mise en valeur d'un écosystème fashiontech. Et qu'année après année, il prend une belle dimension.

Si je vous ai donné envie de participer à cet évènement, il reste encore quelques places : par ici.

 

 

 


About A Worker

About A Worker : un bleu éthique au souffle politique

Durant la Tranoï Week, j'ai eu l'opportunité d'échanger avec Kim de la marque About A Worker qui exposait ses créations au sein du collectif Ethipop. Durant notre échange, j'ai découvert une jeune femme habitée par la passion et l'envie de faire bouger les choses aussi bien au niveau éthique que politique. En effet, fatiguée d'une mode uniquement tournait vers le marketing, elle s'interroge et nous questionne sur la manière dont la mode peut et doit devenir responsable ou plutôt comment le vêtement redevient un outil de pensée.

Retour sur un échange porté par un souffle vivifiant d'engagement.

About A Worker
Kim Hou, Co-fondatrice de la marque About A Worker @olfa ben ali

Bonjour Kim, pourrais-tu expliquer aux lecteurs de Modelab ton parcours et ton regard sur le monde de la mode ?

Je viens de finir mes études à la Design Academy d'Eindhoven en janvier dernier au sein du département communication. J'y ai appris à communiquer une idée grâce au design. Ce qui m'a le plus plu venait du fait que c'était le département le plus engagé politiquement.

En outre, cette école est tournée vers l'auto-apprentissage. J'ai donc pu énormément apprendre par moi-même.

Ainsi, pendant quatre ans, j'ai pu développer des projets questionnant le monde de la mode contemporaine.

Par ailleurs, je suis très intriguée par le monde du luxe et notamment par le comportement des consommateurs. En effet, selon moi, c'est un monde très idéalisé par son image. Par exemple, précédemment, on admirait le luxe pour la qualité de son artisanat. Et aujourd'hui, nous sommes dans une approche mercantile où l'artisanat reste uniquement un argument marketing. En effet, les grandes marques comme Louis Vuitton ou Chanel communiquent sur le travail artisanal de qualité alors que la majorité des produits sont industrialisés. Et deviennent en quelque sorte un produit de supermarché.

C'est pour cela que je me suis interrogée sur la manière dont on pourrait créer et produire de manière différente des vêtements de qualités.

About A Worker
Les artisans About A Worker en pleine création

Kim qu'est-ce que t'as apporté la Design Academy et comment cette école t'a aidé à créer About A Worker ?

Pour moi, c'est une école où tu te fais des contacts incroyables. Ainsi, dès le début je me suis fait un groupe d'ami(e)s avec des visions complémentaires sur l'appréhension de notre société notamment sur le design. À mon sens, cela correspond à la vraie singularité de la Design Academy que je n'ai pas retrouvé à Londres ou à Paris avec d'autres designers. Finalement, j'ai en quelque sorte trouvé mon clan.

Cette école accorde une importance essentielle à la conceptualisation du design tandis que dans les autres lieux d'enseingements, on reste trop axé sur les matériaux ou sur comment on réalise un bel objet. Ils n'ont pas la démarche de se questionner : qu'est-ce que le design pourrait devenir dans les années à venir ?

Depuis janvier, j'ai fini mes études. Mon projet de fin d'étude : About A Worker, est devenu une entreprise en soi. J'ai ressenti le fait que c'était le moment de le développer.

Lorsque je travaillais à New York, j'ai été déçue par la manière dont le monde de la mode fonctionnait. Par exemple, en 6 mois, j'ai développé 4 collections et nous étions axés uniquement sur le développement économique et finalement assez peu sur la création artistique.

About A Worker

L'histoire d'About A Worker est récente, quels sont les moments marquants de ses derniers mois ?

Dans l'aventure About A Worker, j'ai impliqué un ami : Paul Boulenger, qui est devenu mon associé et s'occupe de l'aspect business et du sourcing. C'est lui qui a trouvé la première usine avec laquelle nous avons collaboré.

Depuis la fin de mes études, nous avons fait plusieurs salons, notamment le Salone Del Mobile di Milano. Nous avons été invités par la Design Academy afin de créer une performance dont le but était de recréer une usine montrant le processus de production.

Ensuite, sur Paris, je me suis fait un petit réseau avec Ethipop et nous avons fait parti de l'évènement Antifashion de Marseille (lire notre article sur le sujet ici), avec Sophie Fontanel et Li Edelkoort. Nous y avions un stand ce qui nous a permis de nous faire connaître et d'augmenter nos contacts.

Depuis, j'ai l'impression de devenir secrétaire de ma propre entreprise car j'ai arrêté la création et m'occupe à plein temps de la promotion. En même temps, ma créativité du moment s'est déplacée sur notre compte Instagram et notre site web ;-)

About A Worker

Kim, au niveau de la démarche, je crois savoir qu'avec About A Worker vous avez travaillé avec un atelier solidaire en Seine-Saint-Denis, pourrais-tu m'en dire un peu plus ?

Pour des questions techniques et financières, nous voulions que notre première collection soit produite en région parisienne.

Paris reste quand même la capitale de la couture.

Nous voulions montrer une autre démarche de la couture aujourd'hui. On a bossé avec Mode Estime qui se définit comme un chantier d'insertion en Seine-Saint-Denis et qui a la particularité d'employer uniquement des ouvriers qui viennent de situations sociales et physiques difficiles. En outre, ils sont souvent issus de situations modestes et de l'immigration en plus d'être handicapés.

En utilisant leurs mains, ils arrivent à surmonter une partie de leur handicap.

Nous avons commencé la collection pendant les élections et nous voulions montrer les visages des Français dit "de souche" et de ceux issus de l'immigration afin révéler une France plurielle.

Ainsi, pendant six mois les quatre travailleurs avec qui nous avons collaboré, on a créé une collection qui mêlait leur histoire d'ouvrier et  l'expérience de  leur arrivée en France.

Pour eux, cela a été une manière d'exprimer ce qu'ils ne pouvaient pas communiquer.

Ils nous ont expliqués que c'était la première fois qu'on s'intéressait à eux et qu'on leur demandait de raconter leur histoire. Et cela a créé un vrai lien avec les travailleurs et les designers.

Grâce à notre marque, différentes classes sociales peuvent collaborer ensemble et s'enrichir mutuellement.

About A Worker

Dans ton constat, la mode n'est pas forcément éthique mais plutôt tournée sur l'aspect marketing et mercantile. Comment peut-elle faire pour s'améliorer ?

Je crois qu'au départ, c'est un problème de communication. En effet, la mode s'avère un milieu très élitiste où tout le monde ne peut pas rentrer.

Néanmoins, on voit apparaître des documentaires sur le côté obscure de la mode qui dénoncent un monde cynique. En effet, celle-ci doit s'ouvrir et devenir transparente sur son mode de production.

De mon point de vue, il y a un vrai questionnement à avoir. Cela devrait être pris plus au sérieux.

Notre marque a un double enjeu : d'abord être un objet mode, mais aussi un outil de communication.

Si on trouve une bonne manière de communiquer on pourra faire changer les choses pas seulement avec les gens de la mode, mais aussi  avec toutes les parties prenantes de la mode : société civile, politique....

... About A Worker ne veut pas être seulement une marque de mode mais également une plateforme de discussion pour favoriser une mode éthique. Mon rêve serait d'aller aux Nations Unies pour évoquer le problème de la mode.

Pour l'instant, notre premier step est de créer un podcast. La prochaine session réunira : 

  • Stéphanie Calvino d'Antifashion,
  • Olfa Ben Ali de Refuse Magazine,
  • Wendy Andreu, Designeuse,
  • Misbahou Yisouf, l'un de nos worker
  • Et l'équipe Modelab !

Merci Kim pour notre échange qui je l'espère aura permis à nos lecteurs d'appréhender une manière singulière de créer en mixant engagement éthique et créativité.

 

 

 

 


Grand shooting

Grand Shooting : la photo comme investissement

Tous ceux qui ont déjà participé à un shooting de mode vous le diront : le jour de la séance photo, jusqu’à la parution des images, l'ambiance est plutôt stressante. Pierre Humblot-Ferrero a imaginé une solution d’optimisation de la production des images, qui permet à tous les acteurs impliqués de suivre le flux d’images en temps réel, afin de les sélectionner, de les commenter,  et de détecter les anomalies au plus tôt. Son entreprise a été retenue parmi les 20 start-ups les plus innovantes pour le e-commerce lors de l’Assemblée Générale annuelle de la FEVAD. J’ai donc voulu rencontrer Pierre, fondateur de Grand Shooting, pour l’interroger sur son parcours et sa vision de la Fashion Tech.

Bonjour Pierre, pourrais-tu te présenter ?

Bonjour Fabrice ! Je suis Pierre Humblot-Ferrero, j’ai 38 ans et je viens du monde du numérique. Quand je suis né tout cela n’existait pas vraiment, mais j’appartiens à un famille où l’on a commencé à parler informatique dès ses prémices.

J’ai fait mes études à Telecom Paris, une école qui forme à l’innovation et l’entrepreneuriat dans le numérique. Après un premier stage, j’ai enchaîné directement par une première expérience chez Clever Age qui m’a permis d’appréhender la culture du web. C’est également dans cette entreprise que j’ai rencontré Denis Delangle (aujourd’hui directeur technique de Grand Shooting), le début d’une collaboration professionnelle fructueuse.

Ensuite, entre 2005 et 2008, je me suis lancé dans la grande aventure du e-commerce. À cette époque, j’étais un fervent militant du flash et ajax, pour ceux qui s’en rappellent… (rires). J’avais alors eu la chance et le plaisir de développer le 1ier site e-commerce pour les parfums Dior. C’était une expérience formatrice et en même temps hyper-exigeante, car il a fallu adapter la technologie de l'époque pour satisfaire leurs demandes sans compromis.

Et qu’as-tu fait après cette première expérience ?

De 2008 à 2013, j’ai rejoint un projet familial sur une technologie spécifique de logistique de la grande distribution : Telamon. Nous étions encore aux balbutiements du big data, on parlerait aujourd'hui de data lake. Concrètement, nous devions traiter un grand nombre de données, les croiser pour en tirer la substantifique moelle. Cela intéresse les réseaux de distributeurs pour optimiser les approvisionnements magasins, la gestion des plateformes de stockage, etc. Un réseau indépendant nous a par exemple demandé de traiter leurs données avec celles de leurs fournisseurs pour optimiser les achats, car ils étaient noyés sous les volumes de données et n'avaient plus d'indicateurs de références fiables.

Comment vois-tu ton travail ? Et comment t’es venue l’idée de Grand Shooting ?

Tous les sujets que j’ai adressés au cours de ces années ont un rapport avec l’humain. Cela peut paraître paradoxal parce que le digital est parfois vu comme destructeur d'emplois avec des machines qui remplacent l'homme. Pour ma part, je crois que la technologie, lorsqu'elle est bien pensée, est un formidable levier pour augmenter la productivité des équipes, pour leur permettre d'accomplir des travaux qu'elles seraient incapables d'entreprendre par elles-mêmes, et pour faciliter la collaboration.

En 2014, nous avons répondu à un appel d’offres de Kitten, une agence de production de photo. Leur demande visait à fluidifier les différentes étapes de la vie des images : shooting, pré-sélection, retouche, validation, mise en ligne... Nous avons commencé par observer la façon dont se déroule une journée de shooting habituelle. Ce qu'on a découvert, c’était une grande fourmilière avec plein de compétences réunies sur le plateau de shooting, c'était un travail 100% artisanal, où chacun avait une question en tête : est-ce que tous les produits seront photographiés d'ici la fin de journée ?

De là, est venue l’idée de développer une plateforme collaborative qui fluidifie le processus de la prise de vue jusqu'à la mise en ligne des images : Grand Shooting.

grand shooting

Justement, aujourd’hui, c’est quoi Grand Shooting ?

En terme technologique, c’est une plateforme Saas. "Saas"  (en français "logiciel en tant que service") signifie que le logiciel est accessible en ligne via un simple abonnement. Et au niveau business, on peut qualifier notre service comme le meilleur ami de l'écosystème photo. ;) C’est une véritable solution collaborative entre les marques et les photographes qui optimise la production des images pour l'ecommerce. Les marques font plus de ventes parce que leurs images sont plus belles, et les photographes livrent plus vite les images.

La technologie permet par exemple à l'annonceur d'avoir un aperçu en temps réel des photos prises durant le shooting, pour pouvoir pré-valider les images selon le cahier des charges fixé. C'est une véritable économie de temps et permet d'aller sur la bonne voie dès le début. Un bon investissement dans la qualité photo a un impact direct sur les ventes, et nous sommes là pour accompagner nos clients à faire les bons choix.

Par exemple, le simple fait que les images sont publiées plus vite sur les sites e-commerce nos clients gagnent mécaniquement entre 2 et 5 points de marge brute. Dans un environnement hyper-compétitif, le gain n’est pas neutre. Et nous démontrons que si une marque réalloue 10% de son budget marketing au budget photo pour augmenter la qualité de ses images, elle constatera une amélioration de ses taux de conversion (jusqu'à 30% dès la 1ière année). À ce jour, nous sommes les seuls sur le marché français à proposer cette solution.

grand shooting

La Fashion Tech en France prend de plus en plus d’ampleur, comment Grand Shooting se positionne ?

Nous avons un regard bienveillant sur cet univers en pleine ébullition. Nous mêmes, travaillons sur un mode assez laboratoire et sommes disponibles pour de l'entraide. En ce moment, nous développons par exemple un projet avec un créateur de maille innovante.

Comment pourrais-tu qualifier la Fashion Tech actuelle ?

Cet écosystème se structure et bénéficie enfin d’une reconnaissance. Et surtout, il commence à montrer son potentiel industriel, en créant des filières, notamment dans la formation et la distribution.

Je crois beaucoup à la personnalisation du vêtement ou des accessoires (lire notre article sur la personnalisation) En ce point, 404 Place Vendôme me semble être une référence. Cette enseigne de joaillerie allie savoir-faire et technologie pour permettre au client de designer sa propre ligne de bijoux.

Pour conclure, je pense que la Fashion Tech aura gagné quand le mot Fashion Tech aura disparu.

 


Genaro Rivas

Genaro Rivas : la Fashion Tech made in Pérou

Lorsqu'on parle de Fashion Tech, on pense immédiatement à des villes comme Berlin, New-York ou Paris. Pourtant, durant l'été dernier, j'ai eu la surprise de recevoir un mail depuis Lima, la capitale péruvienne, d'un certain Genaro Rivas. Dans celui-ci, j'ai eu la belle surprise de découvrir un créateur passionné d'innovation avec un beau savoir-faire en marketing.

Bref, j'ai voulu en savoir plus et j'ai immédiatement calé un rdv Skype pour découvrir cette fashiontech péruvienne. Étonnamment, je me suis dit que je pourrais y aller directement ✈️

Et, voici la retranscription plus que fidèle de notre échange qui m'a encore plus donné envie de prendre un billet pour l'Amérique du Sud.

Bonjour Genaro Rivas, pourrais-tu raconter au lecteur de Modelab ton parcours ?

À l'origine, j'ai plutôt une formation orientée en business et, dans le même temps, j'ai toujours eu de la curiosité pour le milieu de la mode.

Ainsi, en 2007, j'ai participé à un premier concours lancé par l'Alliance Française où j'ai développé une collection sur le futur de la technologie.

Pour arriver à un résultat satisfaisant, j'ai contacté l'Energy Lab Department  UTEC University  où j'ai rencontré un chercheur français : Julien Noël, avec qui j'ai pu commencer à travailler sur la découpe laser. De cette manière, j'ai pu assouvir mes interrogations sur comment on peut intégrer la technologie dans l'acte créatif.

Pour ce projet, j'ai pu réunir une équipe pluridisciplinaire incroyable, en terme de synergie et de sensibilité plurielle. Nous avons donc développé une robe avec des LED intégrées qui permettaient de recharger son smartphone grâce à des panneaux solaires : ma première création fashion tech.

En outre, dans mes recherches, notamment en termes de matières, j'ai pu transformer de l'acrylique en laine... Si si c'est vrai, je t'assure ;-)

Mon second projet Green 4 Real  (G4R) a été lié au recyclage. Nous avons transformé des bouteilles en PET (pour en savoir plus sur ce type de bouteille c'est ici) en fil textile. Et grâce à ces derniers, nous avons conçu des jerseys avec l'aide de couturières.

Comme tu peux le voir, mon travail aborde deux thèmes forts comme la technologie ainsi que la responsabilité environnementale.

Création par Genaro Rivas

Genaro, je crois savoir que tu t'es également intéressé à l'impression 3D ?

Oui, tout à fait, pour moi l'impression 3D peut s'imaginer comme un jeu de Lego qui permet d'emboîter des pièces. Et l'autre côté, nous pouvons imprimer les pièces n'importe où dans le monde à partir du moment où on dispose d'une imprimante 3D.

Ce projet m'a permis de gérer une équipe à distance avec laquelle j'ai collaboré de janvier à juin. Une expérience hyper enrichissante d'un point de vue humain ainsi que personnel, mais également sur la gestion de projet.

Après ces premiers prototypes, nous sommes allés plus loin en intégrant la modification de la taille et de la couleur des pièces.

Comment pourrais-tu qualifier cette Fashion Tech péruvienne ?

Ici, à l'université, il existe un tourbillon de talents. Au Pérou, nous avons une tradition au niveau de l'Alpaga et il est passionnant de tisser des liens entre notre passé et notre modernité.

Une des particularités du Pérou se situe dans l'ouverture que les universités ont à l'interdisciplinarité. Par exemple, l'impression 3D est devenu un terrain d'expérimentation qui touche quasiment toutes les disciplines.

Ensuite, grâce au web, nous pouvons promouvoir et essaimer notre travail partout ; nous ne sommes plus subordonnés à des contingences économiques ou territoriales.

Nous vivons dans un monde globalisé et je pense que les créateurs doivent s'en servir.

genaro rivas

Dans notre échange, tu parles constamment de créativité, comment fais-tu pour appréhender la technologie dans ton acte créatif et selon toi quelle est la prochaine étape dans la Fashion Tech ?

Tout est question d'évolution et j'imagine très bien qu'elle déboule dans la haute-couture ainsi que dans la pop-culture.

Une des caractéristiques des jeunes générations qui s'intéresse à l'innovation vient du fait qu'elle soit super Techy. Nous sommes vraiment à l'ère des makers.

L'autre évolution probable vient du fait qu'à terme, nous pourrons utiliser notre corps comme une interface. Et, là nous rentrons directement dans un monde cyberpunk, cher à l'écrivain Gibson et son roman Neuromancien.

Pour finir, le futur de la mode sera vraiment durable. Ainsi, lorsque je suis allé en Norvège présenter ma nouvelle collection, j'ai trouvé formidable qu'un des critères de sélection obligatoire soit le développement durable. En d'autres termes, ils avaient intégré cette notion pour essentiel et non pas optionnelle.

La Fashion Tech deviendra une chose commune le jour où la notion de durabilité sera de fait, dans la création mode.

Te concernant, quels sont tes projets dans les mois à venir ?

En octobre (si j'ai les financements), je présenterai ma nouvelle collection à Vancouver et Miami.

Au niveau de mes recherches conceptuelles, je vais continuer à interroger le rapport entre l'impression 3D et la création. Ainsi, je rêve d'une robe modulable.

En d'autres termes, une aventure qui dépasse le cadre du Pérou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


elisabeth jayot

Elisabeth Jayot, repense le vêtement

"La simplicité c'est la complexité resolue". Cette citation du sculpteur Constantin Brancusi guide Elisabeth Jayot dans son processus de création. Elisabeth , jeune designer et étudiante-chercheuse , développe au travers de son projet de thèse, des vêtements modulables alliant durabilité et plaisir du renouvellement de la mode.

Elisabeth jayot
Photographer : Dominique Maitre

Bonjour Elisabeth Jayot, pourrais-tu pour commencer, te présenter tout simplement ?

J'ai 29 ans , je vis et travaille à Paris , en tant que designer vêtement et étudiante- chercheuse spécialisée en matériaux souples. Mon parcours est un peu particulier et ma trajectoire loin d'être une ligne droite. D'aussi loin que je me souvienne , j'ai toujours voulu travailler dans la création. J'ai toujours dessiné alors l'illustration s'est naturellement imposée à moi après mon Bac Littéraire - Art Plastique.

Après un passage éclair à Penninghen dont l'enseignement a été beaucoup trop rigide pour mon tempérament, j'ai fait une classe préparatoire aux Ateliers de Sèvres avant de rentrer en 1ère année à l'ENSAD dans le but de faire la section Image Imprimée pour me spécialiser dans l'édition. Mais les mauvais échos que j'avais du secteur m'ont fait changer de voie sur un coup de tête.

Et c’est là que tu es tombée dans la mode ?

Oui ! (Rires). Au dernier moment , j'ai choisi la section Design Vêtement mais j'aurais aussi bien pu tirer à pile ou face mon orientation ! (Rires). Même si j'ai toujours été intéressée par la mode et que je pouvais passer des heures à dessiner des costumes d'époque enfant , c'était bien plus un défi que je me lançais à moi-même , car je n'y connaissais absolument rien ,  qu'un véritable choix de carrière.

Je me suis vite sentie en décalage avec les gens de ma classe pour qui c'était une vocation depuis le berceau et qui ne rêvaient que de devenir le prochain directeur artistique superstar , là où je les voyais plus aller grossir docilement les rangs anonymes des assistants stylistes des grandes maisons de luxe.

Elisabeth jayot
Shoes : Leather, plexiglas, copper, broken glass included in resine.
With the support of CTC and the artisan shoemaker Patricia Cruz.
Photographers : Betsy Zbiegiel, Didier Plowy, Marie-Elodie Fallourd

C’est drôle, qu’est-ce qui te dérange dans la mode ? 

On va dire qu'il y a pour moi deux catégories d'enfants face à un magicien , ceux qui regardent la magie opérer béat d'admiration , et ceux qui cherchent à tout prix àcomprendre comment le tour fonctionne. Disons que je fais plutôt partie de ces insatiables curieux pragmatiques.

Et puis lorsque l'on tire un peu le magnifique rideau de velours rouge qui dissimule les coulisses de la mode, ce qu'il y a à voir derrière n'est pas toujours reluisant. Pour mon mémoire de 4ième année , j'avais décidé d'étudier le rapport qu'entretenait la mode avec le temps. Plonger concrètement , par le biais d'analyses historiques comparatives , dans l'urgence et la frénésie de ce milieu m'a ouvert aux questions sociales et environnementales et cela a continué d'assoir ma conviction qu'il fallait entièrement repenser le système de mode.

Comment abordes-tu la création ?

Pour comprendre ma philosophie , il faut revenir un peu en arrière. Lorsque j'ai débuté mes études en Design Vêtement,  j'étais candide et pleine d'enthousiasme , mais je n'avais jamais touché une machine à coudre de ma vie. Je me suis tout de suite heurtée à la grande technicité que requièrent le modélisme et la couture. Mais surtout j'ai trouvé ces pratiques atrocement chronophages !

Étant connue pour mon impatience , et ce comportement paradoxal qui associe flemmardise et perfectionnisme , j'ai rapidement cherché à "faire autrement", afin d'investir plus de temps dans la conception pour que la fabrication soit par la suite la plus rapide et simple possible. C'est à ce moment là que la citation du sculpteur Constantin Brancusi qui dit "la simplicité est la complexité résolue" est devenu le fil d'Ariane de mes créations.

Elisabeth Jayot
Photographer : Marie-Elodie Fallourd
Model : Iva Grdic

...Ah oui ? Quelle est ta réflexion ?

Je cherche à réconcilier l'irréconciliable ! (Rires) Dans la thèse sur laquelle je travaille au sein de la Sorbonne en collaboration avec l'IFM et le groupe de recherches Soft Matters de l'ENSAD , je cherche des solutions pour allier versatile et durable dans le design de mode. Le temps est une fois de plus au cœur de la réflexion : comment peut-on faire durer un vêtement alors que l'essence même de la mode est la fantaisie et le renouvellement ?

L'idée est de placer l'utilisateur au centre de nos préoccupations , ne pas nier le plaisir qu'il prend dans la réinvention de soi par l'habit et le jeu avec les tendances et les styles, tout en cherchant à allonger la durée d'usage des vêtements.

Et concrètement, comment fais-tu ?

L'idée est toute simple : et si nous appliquions au vêtement une conception sous forme de pièces détachées qui a fait ses preuves par exemple dans l'automobile ou l'électronique. Et s'il devenait, demain , aussi facile de changer une manche qu'une roue de vélo ?

Je conçois des vêtements modulables qu'un amateur peut facilement et rapidement assembler ou démonter sans compétences spécifiques ni machine à coudre. Le vêtement peut alors évoluer selon les besoins de l'utilisateur , se transformer au gré des saisons , des tendances et des changements de mensurations et peut également perdurer sous formes de pièces détachées recombinables. Le démontage facilite les réparations , le remplacements des pièces endommagées , ainsi que le tri et le recyclage des pièces usagées.

En effet, c'est une façon peu classique d'aborder la création.

Oui , j'ai rapidement compris que ce qui m'intéressait le plus c'était "le vêtement derrière la mode". Il était vital pour moi de revenir à une définition primaire : une simple pièce de matière souple fixée autour d'un corps en mouvement ; ainsi qu'à deux fonctions essentielles : protéger et couvrir.

Mon émerveillement vient du fait que chaque décennie du siècle passé a produit une profusion de formes, de styles et de tendances ; et que pourtant on continue à assembler et coudre cette multitude de vêtements de façon très similaire. En comprenant que ce qui m'intéressait avant tout c'était la construction du vêtement et son mode de fabrication plutôt que les variations de style , il m'a semblé évident que le regard que je portais sur la mode était plus celui d'un designer prenant pour objet d'étude le vêtement que celui d'un styliste donnant forme à l'air du temps.

Elisabeth jayot
Lookbook
Graduation Collection 2014
Photographer : Betsy Zbiegiel
Model : Manon Desarnaud
Make-up : Juliette Veljovic Mua
Assistants : Stephanie Broisat & Julie Obadia

Qu'as-tu fais une fois ton diplôme en poche ?

À vrai dire j'ai traversé une phase de doute importante , car même si j'avais adoré mes études , j'avais du mal à m'imaginer faire carrière une industrie de la mode dans laquelle je peinais à trouver ma place. J'ai commencé par rejeter la mode en bloc , en envisageant de me reconvertir en designer d'objet ou en décoratrice d'intérieur , avant d'y revenir par des voies détournées en travaillant comme costumière dans le cinéma.

En remettant "les mains dedans", j'ai rouvert la boîte de Pandore. Il est alors devenu évident que je voulais continuer à faire des vêtements , mais pas n'importe comment et pas à n'importe quel prix. Il m'était indispensable que ce soit en pensant le futur de cette industrie , en me dirigeant vers la R&D et l'innovation. L'idée de faire une thèse s'est alors peu à peu imposée et découvrir que notre pays ne proposait en 2016 aucune formation doctorale dans le domaine de la mode là où des laboratoires de recherches dédiés existent depuis une dizaine d'années dans les pays scandinaves et anglo-saxons m'a d'autant plus poussé à me battre pour faire exister ce projet dans la capitale historique de mode qu'est Paris.

Peux-tu nous parler un peu de tes créations ?

Tout a commencé avec ma collection de diplôme intitulée Under Construction pour laquelle je souhaitais rendre la fabrication de vêtements accessibles aux amateurs. Pour ce faire j'ai conçu des vêtements en un minimum de pièces de tissu, avec peu ou pas de couture, seulement mis en forme par pliages et fixés en des points stratégiques par des agrafes.

Ce rajout d'un élément métallique me dérangeait , alors dans une seconde phase j'ai cherché à faire des vêtements en une seule pièce de tissu , découpée au laser, maintenue par des attaches auto-bloquantes 100% textile , fonctionnant avec des lanières passant dans des encoches sur le principe des packagings sans colle. Ce nouveau système d'assemblage facilement et rapidement manipulable par un novice m'a amenéà penser le vêtements sous forme de pièces détachées.

Connais-tu d'autres gens dans la même démarche que toi ?

Ma plus grosse influence va sûrement en dérouter plus d'un car il s'agit du projet OpenStructure de Thomas Lommée, qui propose une grille de normalisation, mise à disposition des designers , leur permettant de concevoir des pièces détachées d'objets ou de scénographie combinables , et dont les plans sont disponibles en open source sur internet. La découverte de cet outil de standardisation et des productions de la communauté qui l'utilise a été un véritable électrochoc ! Je me suis tout de suite dit qu'il fallait l'adapter au vêtement , et c'est ce à quoi nous allons travailler ensemble l'année prochaine.

La préparation de la thèse m'a amenée à sourcer un grand nombre de designers dont les démarches croisent les champs de ma pratique que ce soit dans le domaine du sans couture, de la modularité ou de l'industrie 4.0, mais je ne citerai ici que le collective Post Couture, emmené par Martijn van Strien, dont je suis les évolutions avec grand intérêt, car nos philosophies sont proches même si nos visées diffèrent puisqu'il s'adresse à une population de makers là où j'envisage une production de vêtements modulables à l'échelle industrielle et ne souhaite par ailleurs pas me limiter à l'utilisation de la découpe laser pour concevoir des assemblages textiles réversibles et repositionnables.

Ta démarche s'inscrit dans l'écosystème FashionTech, quelle est ta vision de cet univers ?

C'est l'émergence de la scène FashionTech en France qui m'a vraiment redonné goût à la mode. Il est particulièrement rassurant de découvrir tous ces passionnés qui s'acharnent à penser et concevoir la mode de demain sous tous ses aspects et toutes ses formes , exploitant les nouvelles technologies pour amener le secteur de l'habillement à être plus respectueux de l'environnement en ne négligeant ni le style ni les besoins de l'utilisateur. C'est un milieu qui favorise l'émulation et la collaboration ce que je trouve particulièrement stimulant et enrichissant. Ce n'est que le début, hâte de voir ce que les prochaines années vont nous réserver !

Elisabeth Jayot vous a donné envie d'en savoir un peu plus sur le Do it Yourself, nous invitons à lire l'article :

5 sites pour créer son vêtement.

Image à la une : photo de Dominique Maitre

 

 

 

 


Annuaire FashionTech Modelab Defi

La FashionTech s'organise : Rejoignez notre annuaire !

 

Chez Modelab, depuis plus de deux années, nous arpentons l’écosystème Fashion Tech avec comme objectif celui de tisser des liens entre les écosystèmes.  Nous avons entamé une conversation avec DEFI Mode (Petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas : il s'agit d'un organisme parapublique qui a pour objectif de soutenir et valoriser le secteur de l'habillement en France), au sujet des modifications du secteur liées à l'innovation technologique. Progressivement nous est apparu le besoin de référencer les acteurs du territoire, pour valoriser la scène FashionTech française, et leurs compétences qui gagneraient à se rencontrer.

Fashiontech France MIDI textile interface
Liquid MIDI

Pourquoi un annuaire Fashion Tech ?

Simplement parce qu'un tel outil n’existe pas encore aujourd'hui. Pourtant, pour innover, il faut savoir vers qui se tourner, et il n'y a pas forcement besoin d'aller très loin pour taper à la bonne porte.

Aujourd’hui, dans un marché de la mode mondialisé, l’écosystème fashion tech doit se structurer pour peser de manière légitime.

Bien évidemment, en réalisant cet annuaire, nous allons rencontrer de nombreux acteurs, tous ne correspondront peut-être pas à ce que nous avons choisi de recenser aujourd'hui. Notre objectif avec cette première édition est en effet de présenter des projets aboutis, pas de concepts en phase de test. Ceci afin de créer un outil fonctionnel, pourvoyeur de conseils pratiques, pouvant répondre aux attentes des industriels et des entrepreneurs d'aujourd'hui et de demain.

Ce travail de recherche nous permettra également d’appréhender de manière plus sensible une filière en train de s’affirmer.

Fashiontech 3D printing
Danit Peleg

À quoi servira cet annuaire Fashion Tech ?

De manière pragmatique, lorsqu’une entreprise mode souhaite intégrer une technologie, elle se trouve un peu démunie car il n’existe pas de guichet unique lui permettant de savoir à qui s’adresser. Cet annuaire permettra, nous l’espérons, de palier ce problème.

Avoir l’ensemble des l’informations regroupées à un seul et même endroit, plutôt pratique non ? ;-)

Bien évidemment, les entreprises référencées seront sélectionnées et ce, en fonction de leurs qualités. C'est pourquoi nous ne cherchons pas de consultants, ni de start-ups avec une idée brillante mais à l'état de projet. Nous cherchons du concret, des aventures accomplies, des audaces devenues réelles, des entreprises avec un vrai savoir-faire FashionTech.

Envie d’être dans l’annuaire Fashion Tech ? Une chose à faire : postuler.

Être dans l'annuaire, fort bien mais pour quoi faire :

  • Bénéficier d'une visibilité nationale et internationale,
  • Être référencés parmi un réseau d'entreprises expertes,
  • Fédérer l'écosystème Fashion Tech,

Tenter par le concept ? C'est le moment  de remplir le formulaire ci-dessous. Vous avez jusqu'au 16 Octobre ! Nous examinerons toutes les demandes et nous répondrons personnellement. Chez Modelab, nous sommes adeptes des échanges humains et bienveillants, nous ne supportons pas vraiment les mails automatiques ;).

Pour postuler c'est par ici.


Les futurs agents secrets seront connectés

De quoi faire saliver d’envie James Bond et Inspecteur Gadget… Alors que les technologies de communication ne cessent d'évoluer, que les drones sont en train de révolutionner les pratiques de surveillance et que notre monde ultra-connecté nous permet de moins en moins de nous cacher, voici quelques wearables qui feront rêver tous les espions en herbe !

Le wearable qui murmurait à l’oreille des espions

Les chercheurs de l’Université de Bristol ont mis au point un prototype de wearable qui permet d’entendre les murmures d’une personne à l’autre bout d’une pièce. La personne qui parle doit être équipée d’électrodes fixées sur les lèvres et la mâchoire, tandis que celle qui écoute est équipée d’une mini-enceinte fixée sur le torse. Lorsque la personne parle ou articule simplement un mot, ces mouvements sont convertis en signaux électriques analysés par un programme qui les retransmet à la personne qui écoute. En plus, le degré d’exactitude du programme augmente avec le temps – maintenant, il ne reste plus qu’à réussir à dissimuler toutes ces électrodes !

Source : http://lesclesdedemain.lemonde.fr/technologie/un-wearable-pour-entendre-des-murmures-a-l-autre-bout-d-une-piece_a-88-6157.html

Les lunettes augmentées façon hipster

Shima, les lunettes connectées

Difficile de ne pas le remarquer si quelqu’un apparaît devant vous avec une paire de Google Glass. Mais les lunettes Shima, elles, sont conçues pour passer inaperçues… ou du moins pour passer pour une simple paire de lunettes de vue. En réalité, elles embarqueront de nombreuses fonctionnalités, dont une caméra dans la version beta améliorée (le projet en est encore au stade de pré-commande pour le moment). Et elles permettront aussi de corriger la vue ! Quatre formes de monture sont déjà disponibles, mais il devrait à terme y en avoir 16.

Le vêtement caméléon

Oui, c’est possible ! Lauren Bowker et son collectif The Unseen, basé à Londres, ont déjà créé des tissus dont la couleur peut être changée. Une technologie que The Unseen a aussi déclinée à une… coloration pour cheveux, avec pour résultat une vidéo totalement bluffante.

THEUNSEEN FIRE 4 short from T H E U N S E E N on Vimeo.

La cape d’invisibilité

Et pourquoi ne pas pousser jusqu’à rechercher l’invisibilité ? Si vous pensiez que seul Harry Potter en était capable, détrompez-vous : des scientifiques de l’université de Rochester, aux États-Unis, ont réussi à mettre au point une « cape d’invisibilité » en utilisant des technologies déjà connues. En combinant plusieurs lentilles optiques, les chercheurs arrivent à faire disparaître un objet situé au premier plan, tandis que l’arrière-plan reste visible. Cerise sur le gâteau, ils vous proposent même de créer votre propre cape pour moins de 100 $.

Les futuristes

Stealth Wear
Il faut vivre avec son temps ! C’est pourquoi Stealth Wear a décidé de réfléchir sur des vêtements inspirés des capes et des burqas permettant d’échapper à une surveillance thermique par drones. Le tissu recouvert de feuille d’argent a en effet la propriété de renvoyer les radiations thermiques.

Projet Kovr

Dans le même esprit, le projet KOVR forme une sorte de cape anti-ondes autour de celui qui le porte. Ce manteau isole en effet les émissions et les réceptions de données mobiles : pour continuer à fonctionner, le smartphone doit être placé dans une poche extérieure.

À noter aussi, une récente publication du MIT qui indique travailler sur des bijoux connectés...

Avis aux agents secrets en herbe !