Damart

La fibre de l'innovation Damart

Damart, l’éclair de génie ! L’inventeur du légendaire Thermolactyl, premier textile intelligent Made in France souhaite revenir sur le devant de la scène. Partenaire du FashionTech LookForward de Showroomprivé.com, Damart a dévoilé sa nouvelle stratégie d’engagement dans les smart textiles lors d’une conférence animée par Modelab. L’occasion pour nous de découvrir en avant-première ses collaborations mode Thermolactyl pour la saison automne hiver 2017-2018 et ses recherches sur le care-wear et les vêtements connectés. Le tout en présence de l’iconique Chantal Thomass, venue révéler ses « Secrets », les nouvelles pièces de sa ligne prêt-à-porter issue de sa seconde collaboration avec la marque.

L’innovation au cœur de la culture d’entreprise Damart

La maison naît en 1953 de l’innovation du Thermolactyl, textile qui maintient le corps au chaud grâce à ses propriétés triboélectriques. Les micro-frottements de ce tissu au contact de la peau créent une énergie génératrice de la chaleur. De la fashionTech avant l’heure. ;) Plus de 60 ans plus tard, la fashionTech émerge à peine dans l’Hexagone. Et Damart, compte bien apporter sa pierre à cet édifice, d’où sa présence au LookForward.

L’expertise technique de Damart est mondialement reconnue. Le Thermolactyl a fait ses preuves partout : chez les climatologues et explorateurs au Pôle Nord, chez les skieurs et footballeurs professionnels, les militaires, les pompiers, les navigateurs… et même chez les princesses ! En 1982, en voyage d’hiver à Tokyo, Lady Di répondait à une journaliste qui s’inquiétait qu’elle ait froid : « Froid ? Moi, jamais ! », reprenant le célèbre slogan publicitaire vêtue de Damart.

source : The Beauty and The Geek
source : The Beauty and The Geek

Aujourd’hui, malgré cette réputation bâtie sur le Thermolactyl, la maison ne se repose pas sur ses lauriers. En 2006, Damart crée son Comité Scientifique et poursuit ses efforts d’innovation, investissant de nouveaux domaines comme le sport et le vêtement connecté. La marque cherche désormais à se moderniser et à attirer une nouvelle clientèle, tout en ne perdant pas de vue son client cible, « la femme de 55 ans et plus qui veut se sentir belle et bien ». A l’issue de la conférence, nous avons pu échanger avec trois acteurs clés de l’innovation Damart : Sylvie Ducept, ingénieure R&D textile, Loïc Delecroix, responsable de la filiale Damart EWare, et Agatha Colin, responsable de communication. Ils nous ont livré la recette de la nouvelle expérience textile Damart. Une recette bien pensée, le tout en trois ingrédients :

Innover pour le bien-être : Damart Sport et le Care-Ware 

« La fashionTech de demain sera confortable », c’est ce que nous répond Agatha Colin, lorsqu’on lui demande sa vision de la fashionTech dans dix ans. Si maintenant Damart séduit surtout une clientèle âgée grâce à ses vêtements confortables, pour Agatha, la donne est en train de changer : « Aujourd’hui, les gens ne veulent plus choisir entre le côté confortable/technique et fashion d’un vêtement, ils veulent les deux. Il y a une rupture avec une époque révolue. Notre société recherche avant tout le bien-être. Il n’y a qu’à observer la pratique du sport, du yoga, du détox… Dans la mode aussi, les choses évoluent. La France a voté un amendement contre l’extrême maigreur des mannequins et demande de mentionner les photos retouchées. Les mannequins se remettent même à sourire sur les podiums ! Chez Damart, nous voulons retranscrire cet esprit du temps en présentant des modèles non retouchés et bien dans leur peau dans nos shootings. Le confort fait partie de notre identité de marque, et nous souhaitons prouver qu’il n’est pas réservé qu’à une tranche d’âge. »

innovationSi le Thermolactyl se chiffre désormais à plus de 7000 références avec cinq degrés de chaleur différents, Damart poursuit ses efforts d’innovation, développant les care-wear, ces textiles qui nous veulent du bien. Des vêtements qui concernent tout aussi bien la gamme sport que prêt-à-porter. Le must-have de l’été, le t-shirt rafraîchissant Océalis, conçu pour une bonne respiration de la peau et une évacuation rapide de l’humidité. Et pour les longues ballades en touriste, les sneakers Amortyl, dont la semelle amortit 30 % des chocs liés à la marche en comparaison à une basket classique. Côté sport, Damart sort le BodyGain Compression, dont le tissu augmente l’apport en oxygène des muscles, réduisant ainsi les courbatures de 60 %. Pour finir, Damart dévoile le Thermolactyl Sensitive, une matière seconde peau ultra-fine et thermorégulatrice qui préserve l’hydratation de l’épiderme de + 21%.

Concrètement, cette innovation textile est rendue possible grâce à une équipe R&D qui effectue un travail de veille permanent sur les fibres à l’échelle mondiale. Sylvie Quest, ingénieure R&D en textile chez Damart témoigne : « Nous sommes présents sur beaucoup de salons, mais les fabricants de fibres nous connaissent bien aussi, surtout sur le marché asiatique. Nous travaillons ensuite sur des associations de fibres afin de créer des textiles aux propriétés atypiques. » En interne, Damart gère une grande base de données et a créé son propre logiciel de qualité interne. « Les matériaux sont testés selon des critères comme l’épaisseur ou le poids dans des températures et conditions différentes. Aucun produit ne peut être commercialisé s’il n’a pas reçu le label qualité », certifie Sylvie.

Damart

Placer le client au centre de l’omnicanal

Avec l’arrivée du digital, le commerce se renouvelle, passant de la boutique physique, au e-commerce, puis à une habile combinaison des deux, l’omnicanal. L’omnicanal (nous en parlons dans cet article), c’est la volonté de faire fonctionner de façon synergique plusieurs canaux de distribution. Damart, boutique de vente par catalogue dès ses débuts, n’a pas attendu le digital pour s’y mettre. Il y a quelques mois, l’annonce de l’ouverture d’une boutique sans marchandises par Décathlon avait beaucoup étonné. Pourtant, en 1957, Damart ouvrait déjà le premier magasin sans stocks, un « centre de conseil » où les clients pouvaient palper les tissus et passer commande. Aujourd’hui, l’enseigne réalise encore plus de 50 % de son chiffre d'affaires par correspondance. Si la vente par catalogue est un acquis pour Damart, dont la clientèle âgée a gardé cette habitude ; Damart ne doit pas rater le coche de la vente en ligne, car le sexagénaire de demain, sera lui, connecté. Dès 2014, le groupe repense son site web et met en place un site logistique multicanal France et Export à Hem dans le Nord.

source : motcomptedouble
source : motcomptedouble

« Aujourd’hui, il y a cette tendance de recentrage sur le relationnel, qui n’est pas contradictoire à une société plus digitalisée », nous explique Agatha Colin. Damart veut renouveler l’expérience d’achat de ses clients dans ses 85 enseignes françaises et cela commence par un accompagnement personnalisé durant le shopping. Agatha nous assure que c’est une véritable demande du client et une valeur ajoutée pour Damart qui en voit ses ventes augmentées. En parallèle, Damart multiplie depuis deux ans les pop up stores dans les grandes villes. Après deux pop ups stores à Paris, puis Lille, Damart projette d’inaugurer fin 2017 son flagship store à Lille, territoire berceau de la maison, qui devra refléter l’identité de la marque. L’ambition est d’en faire un lieu de vie de culture et d’échange, avec une programmation mensuelle d’expositions, de conférences et d’ateliers.

Collaborer pour se renouveler

Depuis 2013, Damart lance des collaborations pour donner un coup de jeune à la marque. Car le défi de Damart est bien là. « Notre expertise technique est incontestable, ce que l’on veut maintenant, c’est que les gens soient fiers de porter la marque Damart. », nous confie Agatha Colin. En 2015, Damart s’était fait remarquer pour sa collaboration avec la marque streetwear Andrea Crews. Cette année, Damart poursuit les collaborations de toutes sortes, avec par exemple : Modetrotter pour le côté branché, Maison Standards pour le côté engagé, mais aussi des graphistes comme Tina Tictone, pour sa collection enfant. Ces collaborations s’ajoutent à trois partenariats avec des blogueuses sur le long terme, qui ont déjà personnalisé une collection de baskets Amortyl et de tee-shirt Océalis : Accro de la Mode, Fasilol et Une souris dans mon dressing. Une façon pour Damart de renforcer sa présence sur la toile.

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La star ce jour-là, c’est Chantal Thomass, qui renouvelle son partenariat avec Damart pour une seconde année. L’incontournable frenchie de la lingerie n’a pas pour habitude de réitérer ses collaborations, mais celle-là lui tenait tout particulièrement à cœur : « J’avais envie de retourner à mes premiers amours, le prêt-à-porter, que j’ai délaissé pour la lingerie il y a une quinzaine d’années. » Une ligne baptisée « Secrets », dix-sept pièces à petits prix, mais toujours très élégantes. La créatrice a apporté sa touche glamour au Thermolactyl, en l’agrémentant de dentelles de calais, de cols et de froufrous. Pièce phare de la prochaine collection automne-hiver dévoilée en avant-première : un perfecto en Thermolactyl. Cerise sur le gâteau, une partie des bénéfices des ventes reviendra à l’association « Toutes à l’école », pour l’insertion scolaire des jeunes filles dans les pays en voie de développement.

Le perfecto Thermolactyl Damart by Chantal Thomass
Le perfecto Thermolactyl Damart by Chantal Thomass

Dans un tout autre registre, dès 2015, Damart collabore avec le pôle de compétitivité Eurasanté sur le projet de vêtements connectés EWear. EWear, c’est le premier projet intraprenarial développé par Damart pour ses activités exploratoires. Cette organisation ambidextre de Damart s’est installée à Eurasanté pour bénéficier pleinement de la dynamique créatrice propre aux clusters. L’objectif du projet EWear : développer des solutions techniques de recueil de données physiologiques concernant le « bien-être » (qualité de sommeil, contrôle du stress, du poids….) afin de les intégrer à des vêtements intelligents type care-wear. Pour, Loïc Delecroix, responsable du projet Eware « L’enjeu aujourd’hui, c’est d’être rapide et très réactif aux besoins du client. Pour cela, il faut se positionner dans une logique de co-création avec lui, faire des allers-retours lors de la conception des produits. » Pour cela, Damart organise des interviews avec ses clientes afin qu’elles s’expriment sur leur mode de vie. « Avec cette approche orientée sur les problèmes, nous cernons mieux leurs besoins pour concevoir des produits aux plus proches de leurs attentes. »

 

damart logo

Avec les vêtements qui prennent soin de la peau et cette incursion dans le vêtement connecté, Damart renoue avec ses origines de « bien-être ». L’éclair Damart n’est pas prêt de s’éteindre !

 

 

 


wearables vibrants

Ces wearables qui nous font vibrer

De la tenue de sport correctrice de posture, au métronome à portée de poignée, en passant par la sneaker guide touristique, voici un rapide aperçu de quelques wearables bien pensés utilisant des vibrations pour dialoguer et qui nous veulent du bien.

Nadi X : le wearable de yoga qui corrige votre posture

© Nadi X
© Nadi X

L’idée paraît simple à première vue, mais il fallait y penser. La plupart des wearables dans le domaine sportif servent avant tout à mesurer des constantes : rythme cardiaque, distance parcourue, nombre de calories dépensées... Mais c’est peut-être ne pas pousser assez loin le potentiel d’un objet porté à même le corps. Pourquoi ne pas le faire intervenir directement pendant la séance d’exercice ?

Partant de ce constat, la société Wearable X, fondée par Billie Whitehouse, a développé un pantalon de yoga assez particulier. Embarquant des technologies wearables, ce pantalon a la capacité de corriger la posture durant une séance de yoga. Lorsque le vêtement mesure que la posture de son utilisateur est mauvaise, il peut intervenir directement : A travers de douces vibrations envoyées dans les chevilles, les genoux et les hanches, il aide à atteindre la posture idéale. Cette technologie fonctionne avec un smartphone qui communique avec le pantalon en fonction de la posture effectuée par l’utilisateur.

« Ce pantalon de yoga intègre des capteurs et des transmetteurs. Il émet de douces vibrations et des pressions des chevilles aux genoux jusqu’aux hanches. C’est comme s’il faisait partie de votre corps, ça n’a rien à voir avec une smartwatch par exemple » détaille Billie.

Wearable X se revendique comme une société qui développe rapidement des technologies wearables invisibles, imperméables, durables et centrées sur le design (pas toujours le fort des wearables). Dans des sociétés occidentales soumises à une pression importante, le marché du bien-être a encore de beaux jours devant lui. Les solutions comme Nadi X, qui intègrent la technologie au quotidien sans être perçues comme invasives, font le pari probablement gagnant de remettre l’humain au centre. Les conséquences sur la sérénité dans le monde ne seront peut-être pas immédiatement visibles, mais le nombre de sciatiques devrait au moins diminuer…

Soundbrenner Pulse, le métronome à porter au poignet

© Soundbrenner Pulse
© Soundbrenner Pulse

Soundbrenner Pulse utilise quant à lui les vibrations pour remettre les musiciens dans le droit chemin. À porter au poignet comme un bracelet ou autour de la cheville ou du bras, ce métronome envoie des vibrations à chaque temps pour éviter de se décaler. Plus intuitif qu’un métronome classique, Soundbrenner Pulse peut être synchronisé entre musiciens pour que tous jouent au même rythme. À la clé, un sens du rythme accru et une meilleure unité de groupe. Si ce sujet vous intéresse, vous pourrez découvrir d'autres initiatives à la croisée de la musique et de la fashionTech dans un article de notre nouveau numéro.

Sneakairs, les baskets qui font office de guide touristique

© EeasyJet
© EeasyJet

Ce nouveau prototype de chaussure connectée est développé par EasyJet. Une application smartphone couplée à un GPS communique avec la chaussure par Bluetooth. Ainsi, de légères vibrations sont envoyées dans la chaussure lorsque son porteur dévie de son chemin. Il suffit donc de programmer des routes touristiques pour être guidé par ses chaussures dans une ville inconnue. Cet exemple démontre une fois de plus que les sneakers sont un marché très porteur d'innovation (nous en parlions déjà dans cet article).

La ceinture vibrante, nouvelle canne des malvoyants ?

Des chercheurs du MIT ont récemment révélé la mise au point d’un dispositif pour malvoyants qui pourrait (enfin !) remplacer la fameuse canne blanche. Le système fonctionne à l’aide d’une caméra 3D, de moteurs vibrants et d’une interface en braille. La caméra 3D identifie rapidement les surfaces et leurs orientations afin d’alerter le porteur d’un obstacle à moins de deux mètres via des vibrations de la ceinture. Les vibrations augmentent en intensité et en fréquence si l’utilisateur s’approche de l’obstacle. Ce dispositif permet également de repérer une chaise libre d’une chaise occupée, par exemple. Une belle illustration de la façon dont la fashionTech peut améliorer le quotidien des malades et assurer le suivi de notre santé (voir aussi notre article sur la medtech).

Ces wearables connectés ont encore beaucoup à nous offrir pour améliorer notre quotidien et nous faire "vibrer"! ;)


shopdigital

Comment le digital bouleverse le retail ?

Selon la dernière étude de la FEVAD (Fédération professionnelle du e-commerce), au premier trimestre 2017, les ventes en ligne ont augmenté de 14,2 % comparé au premier trimestre de l’année dernière. En tout, ces ventes représentent 20 milliards d’euros et le nombre de sites marchands continue d’augmenter avec +11 % au premier semestre 2017. Si les commerçants réalisent que l’absence du web peut leur être fatale, ils doivent parallèlement aussi penser à des façons de réenchanter l’expérience client en magasin. Tout un modèle de vente est en reconstruction.

Quelles solutions offre le digital aux retailers ? Nous en parlions déjà dans notre troisième numéro de Modelab disponible ici. Et comme nous adorons élargir nos horizons, nous nous sommes réunis à l’Espace Paul Ricard de Lyon pour échanger autour de ces perspectives. Une table ronde organisée par Modelab avec le Village des Créateurs, et animée par Emmanuelle Silvestre, intervenante en marketing et mode.

Bienvenue dans l’ère de l’omnicanal

Le digital a investi le monde du retail il y a déjà bien une vingtaine d’années, avec les sites de vente en ligne. Peu à peu, nous sommes passés du monocanal, au e-commerce et serions en train de pénétrer dans l’ère de l’omnicanal, qui peut se définir comme la volonté de faire fonctionner de manière synergique plusieurs canaux de distribution. Vincent Coehlo était présent pour représenter la société Cegid Group, éditeur lyonnais de solutions de gestion pour commerces spécialisés. Pour Vincent, en France, nous sommes en avance sur la conception des réseaux de distribution, mais le e-commerce continue d’être perçu comme un silo à part. Cette séparation manichéenne entre le commerce physique et en ligne est un obstacle à un commerce plus unifié. Les clients, eux, sont à la recherche de la même expérience d’achat quel que soit le canal qu’ils utilisent.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Pour Denis Chatain de l’ENE, spécialiste web en e-commerce, concevoir le commerce comme unifié, c’est le besoin de toujours penser globalement, entre la vente en boutique et en ligne, de considérer ses stocks dans l’ensemble. Ce changement de paradigme a déjà commencé avec le e-commerce, car penser e-commerce, c’est penser en terme de stocks infinis. Il faut avant tout toujours être là au moment où les gens veulent acheter. Techniquement, cela révèle d’un nouveau défi pour les détaillants. Cegid Group y répond en leur proposant une approche logicielle unifiée, appuyée sur le concept MoBiClo (Mobilité, Big Data, Cloud). Leur logiciel Yourcegid permet de suivre en direct sa banque de données avec des informations sur les évolutions de stock ou les données client.

Quelles innovations ?

Concrètement, comment cela se traduit-il ? Quelles sont les perspectives offertes par le commerce unifié et omnicanal ? Comme nous l’explique Vincent Coehlo, l’omnicanal, c’est avant tout jouer en permanence la carte de la transparence avec le client. Toujours connecté, il peut et veut savoir la vérité. Il est hors de question pour lui d’avoir des prix ou des choix différents entre le e-commerce et la boutique. Tout doit donc être fait pour que le client puisse avoir accès à toutes les informations concernant les produits, du prix à la provenance, via des accès internet en magasin. Si le client ne se considère pas satisfait, il pourra le faire savoir en temps réel sur les réseaux sociaux.

Pour le client, c’est aussi de nouvelles modalités de paiement et de livraison. Si auparavant les boutiques stockaient et le client se rendait en boutique, l’éventail des possibilités est aujourd’hui bien plus large : achat en ligne puis retrait en magasin, recherche en ligne et achat en magasin, e-reservation, suivi de l’avancement des commandes en ligne… Des marques comme les producteurs de pulls Unmade offrent même au client la possibilité de customiser son article en ligne ou sur des bornes installées en boutique avant même que la production soit lancée (à ce sujet, notre article sur la personnalisation). On pourrait également bénéficier de nouvelles modalités de paiement à l’avenir. En Chine, elles sont beaucoup développées, mais en Europe ces possibilités de paiement sans contact restant chères en raison de systèmes trop hétérogènes.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Pour le détaillant, les solutions logicielles types « phygital » ouvertes sur le cloud permettent surtout une meilleure gestion des stocks (voir notre article sur le phygital). Ce suivi des données en temps réel réduit considérablement les coûts logistiques et permet de laisser plus de temps libre aux employés pour se focaliser sur la relation client. Selon une étude conjointe de NRF, e-Commerce Europe et la E-commerce Foundation menée auprès de 300 cadres IT ou retail, 52 % des détaillants attendent une amélioration significative de leur marge grâce au commerce unifié qui permettrait une meilleure gestion des stocks et surtout des invendus.

Redéfinir le service client

Au cœur des discussions : le bouleversement du service client. Sur internet, la concurrence entre vendeurs est rude. Alibaba ou AliExpress sauront toujours faire moins cher, alors pour les enseignes, il faut savoir se différencier. Cette différenciation passe par une expérience d'achat différente offerte au client, accompagnée de services tels que la livraison à domicile ou les retouches de vêtement directement incluses dans le prix. Hermès propose par exemple de surteindre gratuitement ses vieux carrés dans une laverie éphémère. Un gros défi pour les boutiques qui doivent redéfinir leur métier autour de ces services.

shopdigital

Pour fidéliser le client, il faut le chouchouter et le suivre non seulement pendant l’achat, mais aussi avant et après. Quand on sait que le ticket moyen d’achat aux Galeries Lafayettes s’élève à 1500 euros, on comprend mieux pourquoi autant d’argent est investi dans la fidélisation de la clientèle. Pour cela, il faut apprendre à mieux connaître le client, par l’observation de ses comportements et de la fréquence de ses achats, de sa wishlist… Vincent Coehlo et Jean Sebastien Veilleux rêveraient d’une énorme base de données client unifiée à l’échelle mondiale. Cela permettrait aux détaillants de faire des politiques promotionnelles plus ciblées, avec l’objectif d’augmenter le montant du panier moyen. Mais pour ne pas finir dans un modèle de publicité intrusive à la Minority Report, tous s’accordent à dire qu’il faut trouver un juste équilibre entre intrusion déraisonnable et adhésion.

 

L’adhésion des clients est aussi très importante pour les marques. Une clientèle qui s’identifie à la maison, à ses valeurs, promet d’être plus fidèle et de renvoyer une image positive de la marque, tout en augmentant sa popularité sur les réseaux sociaux. Tout un cercle vertueux. Certaines marques réussissent à créer de véritables communautés, via un bon travail de community management. Un exemple parlant est celui de la société Bonne Gueule. (nous en parlions danscet article). Initialement blog sur la mode masculine, au vu de la grande communauté de lecteurs, les fondateurs Benoît Wojtenka et Geoffrey Bruyère décident de lancer une marque de vêtements puis d’ouvrir une boutique. Un exploit qui n’aurait pas pu se faire sans leurs fans.

Redéfinir le store

Mais, comme le souligne Denis Chatain, l'e-commerce n’est pas non plus un eldorado, car vendre sur internet implique aussi des frais d’envoi. L’accent doit donc aussi être placé sur le retour de la clientèle en magasin et la façon de réenchanter cette expérience d’achat. Le vendeur, plus informé grâce aux données stocks et clientèle, jouera la place centrale de ce nouveau modèle.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Comme nous l’explique Coline Vernay, rédactrice en chef chez Modelab, de plus en plus de magasins tentent de faire de la visite en boutique une véritable expérience. Le magasin reste un lieu de vente, mais pas que ; il est aussi un lieu de vie et de rencontres où le client vient chercher autre chose qu'un produit, par exemple l’exclusivité. Un bon exemple est le concept store parisien Colette, qui organise régulièrement des expositions, des ateliers, chasses aux œufs pour Pâques… Certaines boutiques intègrent des technologies high-tech comme la VR (par exemple celle de Tommy Hilfiger à New-York), ou des robots dans leur boutique. Ces technologies attirent les gens aujourd'hui, car elles sont encore "inhabituelles". Pour le moment, elles peuvent s’assimilent davantage à une stratégie marketing pour attirer le client plutôt qu’à une plus-value dans la vente. De son côté, Jean Sébastien Veilleux, explique que chez La Canadienne, des écrans interactifs sont installés à la vitrine de boutiques pour donner l’envie au client de rentrer. Dans une de leurs boutiques parisiennes, le social mirror permet aux clients de se photographier avec un article pour le partager par mail ou sur les réseaux sociaux. Chez Karl Lagerfeld, des iPad sont mis à disposition des clients pour prendre des selfies. Ainsi, même s’il n’y a pas eu d’achat, le client passe une bonne expérience relayée sur les réseaux sociaux, ce qui accroît la visibilité de la marque.

Dans la redéfinition de l’expérience boutique, certains vont beaucoup plus loin. Un exemple de l’omnicanal poussé à son paroxysme est celui des boutiques expérimentales sans stock de Decathlon. Ce point de vente ouvert à Englos dans le Nord consacre 1200m2 à l’exposition de l’intégralité de son offre, sans qu’il soit possible de repartir avec ces produits. Dans cet énorme showroom continu, les clients peuvent toucher et essayer la marchandise, puis la commander en ligne via une application installée sur leur smartphone ou l’un des smartphone disponibles en magasin. Le client sera ensuite livré chez lui ou en boutique. Ce concept permet à Decathlon de proposer un prix 10 % inférieur à ses autres points de vente grâce aux économies liés à l’absence de stocks. Cette logistique en moins, les employés peuvent s’adonner pleinement au service clientèle.

Un passage obligé ?

Sur internet, pour les enseignes généralistes, la concurrence est rude face aux Big Players et il faut en permanence chercher à se différencier. Pourtant, comme le souligne Jean Sébastien Veilleux, les détaillants indépendants ne perçoivent plus le digital comme un ennemi mais comme un atout. Il permet à de petits acteurs de niche, comme La Canadienne de se faire une place.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Pour lui, la première étape est de commencer par les choses simples, à savoir remplir ses coordonnées Google. Créer un site web nécessite parfois l’appel à des experts en communication, qui sauront retranscrire l’univers d’une boutique à travers un storytelling et un bel univers graphique fidèle à l’identité de la marque. Le partenaire de la soirée, Deligreens, a par exemple voulu recréer une ambiance d’épicerie bio en ligne. Pour montrer son accessibilité, comme sur une place de marché, un chatbot interpelle le visiteur pour accéder à ses demandes. Il faut aussi rédiger les descriptions des articles et prendre des photos de qualité, un investissement matériel et logiciel qui n’est pas des moindres. Dans le monde de la mode aux collections éphémères, il est aussi difficile d’être tout le temps dans le top du référencement. Un travail supplémentaire loin du cœur de métier des créateurs, auquel certains essaient tout de même de s’adonner faute de moyens.

Dans un marché concurrentiel, une solution reste de s’allier pour être plus fort. Jean Sébastien Veilleux est aussi président de la Fédération Nationale de l'Habillement rassemblant de nombreux indépendants. Il a pour projet de créer une jour une plate-forme, ou place de marché comme il préfère l’appeler, pour détaillants indépendants. Sur le même modèle que les libraires indépendants, ce site permettrait aux quelques 4200 boutiques indépendantes françaises de co-distribuer en mutualisant les frais liés au e-commerce. Selon Jean Sébastien, un besoin vital à l’heure où 28 % des ventes des sites se réalisent sur des places de marché. A l'inverse, des plateformes de créateurs comme Etsy créent des boutiques physiques de créateurs locaux. Une chose est sûre : Les codes du shopping et de la distribution sont en pleine mutation.

© Valentin Mermet-Bouvier
© Valentin Mermet-Bouvier

Une belle soirée de discussions pour nous, qui aimons organiser et animer des échanges, intervenir sur des salons, car nous avons la conviction que c'est ainsi que naissent les idées et se font de belles rencontres. Rendez-vous pour notre prochain évènement à Lyon durant la fashionTech week en octobre !


wewearculture

We wear culture : la banque de données mode façon Google

Ce jeudi 8 juin, Google révélait le lancement de sa nouvelle plateforme entièrement dédiée à la mode « We Wear Culture ». Ce projet retraçant 3 000 ans d’histoire de la mode viendra rejoindre l’immense bibliothèque Google Arts and Culture, qui figure parmi les applications les plus téléchargées au monde et qui rassemble des œuvres numérisées du monde entier. Après avoir indexé les sites, Google indexe la culture, et maintenant la mode. Objectif affiché : retracer l’histoire de nos vêtements, nous faire pénétrer dans les coulisses des ateliers et découvrir les collections sous un nouvel angle grâce aux technologies high-tech de Google.

Un contenu extrêmement riche

Google Arts and Culture, c’est l’ambition d’un musée universel en ligne ATAWAD (Anytime, Aywhere, Any Device). La plateforme est constituée d’un contenu multimédia extrêmement riche et varié, composé des contributions des plus de 180 partenaires de Google éparpillés dans une quarantaine de pays. Parmi les partenaires, des institutions prestigieuses telles que le Fashion Institute of Technology de New-York, le théâtre Bolchoï de Moscou, l’école ESMOD ou bien encore le musée de la Dentelle de Calais. Les collections sont mises en valeur grâce au savoir-faire de géant du web pour créer une banque multimédia qui a de quoi rendre jalouses les meilleures médiathèques : En tout, la plateforme permet de visualiser plus de 36 000 photos et 700 vidéos, soit l’équivalent de plus de 30 000 vêtements et accessoires numérisés, dont 25 pièces iconiques en ultra-HD. Le visiteur pourra également accéder à plus de 450 expositions virtuelles et 60 sites phares de la mode, le tout par VR ou la Google Street View.

À son lancement, l’application Google Arts and Culture avait été critiquée pour sa sélection trop occidentalo-centrée et mainstream. Pour ce nouveau projet mode, la critique semble avoir été prise en compte. Aux côtés des portraits d’Alexander McQueen et de la petite robe noire de Chanel, on peut aussi explorer la mode dans la culture afro ou les looks excentriques des rues de Tokyo. En présentant le vêtement de la même façon que les autres œuvres, Google attribue à la mode un statut d’art à part entière. La plateforme explore ce lien pas toujours évident entre mode et culture, avec des articles de fond ou en décrivant par exemple comment le vêtement à façonné l’identité culturelle des femmes ou des transsexuels.

La plateforme est divisée en quatre rubriques principales : les icônes de la mode qui ont révolutionné notre manière de s’habiller, les courants de la mode, les coulisses, ainsi que l’histoire étroite entre la mode et les arts. On y retrouve des articles de qualité rédigés par des experts, des vidéos de défilés ou des interviews de créateurs, le tout parsemé de citations emblématiques sur la mode. Surfant sur la popularité de sa plateforme vidéo, Google engage la youtubeuse Ingrid Nilsen pour une série de décryptage des grandes tendances de la mode ( « Trends Decoded »).

we wear culture rubriques

Rien de plus facile que de naviguer sur cette énorme base de données au design épuré. C’est là qu’on retrouve le domaine de prédilection de Google. Les partenaires du pure player n’auront cependant pas leur mot à dire sur la ligne éditoriale et les licences des photos, dont le téléchargement et partage sur les réseaux sociaux demeure interdit.

Qui y gagne-quoi ?

Mais que se cache-t-il sous ce nouveau mécénat à la Google? En 2011, le Google Arts and Culture Project est lancé avec pour objectif de « rendre du matériel culturel important disponible et accessible à tous et de le préserver numériquement pour éduquer et inspirer les générations futures ». Trois ans plus tard, Google inaugure le Google Lab à Paris. Ce centre situé dans le IXème arrondissement met à disposition de ses partenaires toutes les technologies de Google : réalité virtuelle, Street View, écran géant interactif, technologie de photographie en Gigapixels (Art Camera), impression 3D, Tilt Brush… une aubaine pour les partenaires n’ayant pas encore numérisé leurs collections et qui perçoivent dans le numérique de nouvelles modalités de médiation et de communication. L’appareil photo ultra HD breveté par Google permet de mettre en valeur le savoir-faire artisan d’un créateur en se rapprochant au plus près de la couture pour le plus grand plaisir de nos pupilles. Un beau coup de pub pour les technologies de Google, qui par la même occasion fait tester à ses partenaires des technologies encore au stade expérimental. Mais la motivation première de Google reste évidemment de récolter des données, et plus particulièrement des œuvres, domaine qui jusque-là lui faisait défaut.

Une nouvelle forme de démocratisation ?

Amit Sood, ingénieur indien à l’origine de l’application, avait pour ambition de rendre l’art plus accessible aux « complexés du musée ». L’application est gratuite et permet d’observer des œuvres éparpillées dans des musées aux quatre coins du globe sans avoir à bouger de sa chaise. Mais Google Arts and Culture peut-elle remplacer une expérience de visite physique ? Reste aussi à savoir si elle attire réellement un nouveau public doté d’une faible culture artistique ou si elle intéresse plutôt des technophiles.

L’application offre de nouvelles façons d’appréhender les collections, comme les fonctionnalités de recherche par mots-clés. Tapez « robe rouge» ou « escarpins » et vous obtiendrez votre visite virtuelle personnalisée par algorithme. L’application donne aussi la possibilité de voir toute l’évolution du travail d’un artiste au cours de sa vie sous forme de timeline, alors qu’il serait impossible de réunir toutes ses œuvres physiquement. Mais lors de la découverte d’une œuvre, la scénographie a aussi son importance, que l’on ne retrouvera pas online (parcours de visite, contextualisation de l’œuvre, storytelling, ambiance de l’exposition). L’absence d’un médiateur autour des œuvres pose problème, sans compter que le temps d’attention et de concentration est moindre sur internet.

we wear culture escarpins

Il faut donc voir ces outils comme un complément qui apporte un plus à la visite plutôt qu’un substitut. L’immersion VR permet de créer une expérience de visite immersive d’un nouveau genre. La technologie de Gigapixel permet quant à elle de s’approcher au plus près d’une œuvre, chose qui nous serait impossible au musée, par mesure de sécurité ou faute de foule. Google a également développé une fonctionnalité qui permet de scanner un vêtement façon « Shazam » de la mode pour obtenir des informations complémentaires à son sujet ou une interview de son créateur.

Dans le cas précis de la mode les choses sont peut-être un peu différentes. Comme le fait remarquer Gabrielle Hamilton Smith dans l'article "L'exposition de mode à inventer" publié dans le dernier magazine magazine, les vêtements ne sont pas des œuvres d’art comme les autres. Les mettre sous verre ou dans un musée cache leur nature de « choses vivantes » accompagnant le corps dans ses mouvements et actions. Le mieux serait alors de les restituer dans des reproductions de lieux où ces vêtements ont vécu. Les images figées de l’application ne permettent pas d'appréhender le vêtement entièrement dans sa fonction sociale. De plus, la place des gardes-robes banales reste assez marginale sur l'application, alors que son histoire est toute aussi importante.

Une exposition pour le lancement au musée des Arts Décoratifs

Pour fêter le lancement de la plateforme, Google s’est allié au Musée des Arts Décoratifs pour une exposition (une vraie cette fois) les 9 et 10 juin. Au programme, la visite de 7 expositions virtuelles sélectionnées pour l’évènement :

we wear culture tilt brush

• Déboutonner la mode
• Transferts, la mode occidentale à la rencontre de l’Orient
• La mode au XVIIIe siècle : Ornement et Textile
• La mode au XVIIIe siècle : Élégance et vie de cour
• La mode au XIXe siècle : Forme et silhouette
• La mode au XIXe siècle : Naissance de la Haute couture

Cet événement est surtout l’occasion d’expérimenter « in real life » l’application et les technologies de Google comme le TiltBrush, le pinceau pour dessiner en 3D équipé d’un casque VR ( Occulus Rift by Google, of course )

Loin de se sentir menacé par l’arrivée de l’application, le directeur du musée Olivier Baget y voit un projet ambitieux qui suscitera l’intérêt pour ses collections. À l’heure où la haute-couture se fait critiquer pour son élitisme, on ne peut voir que d’un bon œil cette application qui offre une vue dans ses coulisses très fermées et ses codes.

 


Prodways

Prodways : l'impression 3D au pouvoir

Lors du dernier Salon Traffic, Jacques Leroux de la CCI m'a indiqué que je devais absolument échanger avec Catherine Gorgé de Prodways.

Selon lui, elle est un fer-de-lance de l'industrialisation 3D en France, et fine connaisseuse de l'écosystème Fashiontech français. Elle a notamment été présidente du dernier appel à projet Next du R3iLab.

En outre, le 12 mai dernier, le groupe Prodways a réussi son entrée en bourse sur le marché Euronext.

Curieux d'une telle réussite, j'ai convenu avec Catherine un rendez-vous, afin d'évoquer sa vision business, et sa vision de l'écosystème Fashiontech en France.

Catherine, tu participes à de nombreux évènements dans l'univers de la Mode comme le Salon Traffic ou le Symposium Paris & New York, pourrais-tu m'en dire un plus sur ton parcours et comment tu es devenue une figure référente dans la Mode ?

Je suis ingénieure de formation avec plus de 10 ans d'expérience en pétrochimie, notamment chez Technip comme ingénieure de projet.

Ensuite, j'ai changé d'activité et intégré un groupe de luxe : Puig. Dans ce grand groupe, j'ai été en charge du développement de marque de Paco Rabane où j'ai appris les valeurs et codes du luxe. À cette époque, nous étions en quelque sorte des avant-gardistes, avec un savoir-faire unique sur la main, avec notamment un atelier de première-main (bijoux et matière). J'avoue que cette période m'a permis de découvrir une réelle passion pour cet univers de la beauté.

Après cet apprentissage dans le monde du luxe, je me suis orientée dans la Direction opérationnelle chez Maje.

Enfin, j'ai souhaité aider mon mari qui gère Le Groupe Gorgé spécialisé en haute technologie et je me suis intéressée au développement de l'impression 3D. Ainsi, j'ai commencé au secrétariat général et ensuite au développement de nos activités luxe et design.

Justement Catherine, j'aimerais en savoir un peu plus sur l'impression 3D et notamment comment vous êtes devenue l'acteur français incontournable sur la question ?

À l'origine Prodways était spécialisé sur des secteurs traditionnels comme le médical et l'aéronautique.

De par mon passé dans le luxe, j'ai pris la direction d'une division particulière sur les métiers créatifs comme l'art, l'architecture, les bijoux et la joaillerie.

En effet, pour moi, on ne pouvait pas s'adresser de la même manière à un Jean-Paul Gaultier et à un ingénieur en aéronautique. Cette division s'appelle "Les Créations".

Le Groupe Gorgé c'est quoi aujourd'hui ?

Dans le groupe Prodways, nous avons 4000 clients dont 150 clients dans les métiers créatifs avec un chiffre d'affaires (CA) de 25 millions d'euros.

L'an passé, nous avons produit 1 million de pièces pour un CA d'environ 10 millions.

Concernant l'impression 3D, nous couvrons tout l'écosystème :

  • La construction d'imprimantes
  • La fabrication de matière imprimable
  • L'impression
  • Et également du conseil

Au niveau du modèle économique pour la fabrication de matière imprimable et Prodways Technologies, pour la division nous sommes assez proches de Nespresso par exemple, qui a un business model focalisé sur la vente de capsules.

Prodways

Comment Prodways s'organise au quotidien ?

Nous avons 3 sites, un du côté de Paris avec 70 personnes, un autre sur Annecy (également 70 personnes) et enfin notre centre de R&D Matière à Francfort en Allemagne.

Pour assurer notre développement depuis 3 ans, nous avons adopté une stratégie de croissance externe avec l'achat de l'entreprise Initial basée sur Annecy, leader français de l'impression 3D.

Afin d'assurer cette croissance, vous avez réalisé votre introduction en bourse à l'Euronext en mai dernier ?

En effet, nous avons pour ambition de créer les matières de demain ainsi que d'être constamment agiles et audacieux. Cette introduction en bourse nous permettra d'assurer notre croissance.

Catherine, vous êtes au cœur de la Fashiontech, comment pourriez-vous la définir ?

En ce moment, je suis notamment en relation avec des cabinet de conseil et de tendances et nous sommes en train de travailler sur les freins, accélérateurs et l'état de l'art de l'écosystème français. Nelly Rodi a été pionnière en s’intéressant à l’impression 3D dès le démarrage de notre division.

J'ai notamment présidé le dernier appel à projet du R3ILab "Next" sur les nouvelles technologies et matières.

Fort de cet ancrage, je peux affirmer que nous en sommes encore aux balbutiements. En effet, sur le prototypage, nous avons atteint un niveau de maturité, en revanche sur le développement d'un produit ou d'une matière industrialisable ce n'est pas encore le cas. En effet, nous sommes encore trop limités techniquement pour le secteur du textile.

À mon sens aujourd'hui, la Fashiontech peut se définir comme un laboratoire d'expérimentation.

Prodways

Justement, comment Prodways peut accélérer cette mutation de l'écosystème ?

Tout d'abord, nous avons un rôle de pédagogie. Ainsi, comme tu le soulignais, je participe à de nombreuses conférences afin d'expliquer ce que nous réalisons, et de comprendre la mutation de cet environnement en rencontrant d'autres protagonistes.

Nous sommes à la fois un observateur et acteur de cette Fashiontech. En d'autres termes, un spectateur engagé.

Enfin, une précision importante par rapport à l'écosystème mondial, la France a un rôle de précurseur dans l'impression 3D !

Prodways

Pour terminer, de plus en plus de marques de Luxe viennent vous voir, comment les conseillez-vous ?

Ils s'interrogent notamment sur le retail et comment enchanter l'expérience client.

De notre côté, nous pouvons dès maintenant proposer de l'impression de semelles uniques et exclusives pour baskets, sneakers et souliers de ville.

Catherine, je serai ravi de pouvoir venir visiter votre atelier de R&D du côté d'Annecy...

... Cher Fabrice, rendez-vous est pris.


Ooshot

Ooshot : la photo au service de la mode

Par un vendredi matin pluvieux, je retrouve Thierry Maillet (TM) et Valérie Hersleven (VH), fondateurs d'Ooshot, première plateforme internationale de réservation de photographes, dans une brasserie du quartier Saint-Michel à Paris. Et, un peu comme d'habitude, je suis légèrement en retard.

L'objectif : en savoir plus sur cette start-up qui valorise l'image des marques. En effet, aujourd'hui, les images ont pris une place exceptionnelle dans la communication de la sphère mode.

Une fois installé, Thierry, très rapidement, me rappelle que nous organisons ensemble un petit-déjeuner chez The French Talents mercredi 6  juin à 8h30 sur "Comment les marques de mode rentabilisent leur présence sur Instagram".

Une fois ce préambule précisé, nous pouvons commencer.

Ooshot

Thierry, pourrais-tu nous parler un peu de toi, je crois savoir que tu as eu un parcours varié ?

TM : En effet, j'ai un double passé. Tout d'abord comme entrepreneur avec notamment la création d'une entreprise en Espagne, et puis sur Paris dans le marketing de l'innovation. À cette occasion, j'ai pu travailler dans le secteur de la grande distribution et du luxe.

Puis, j'ai eu l'opportunité de revendre cette société pour me consacrer à mon autre passion : l'écriture.
J'ai alors réalisé une thèse sur "L'histoire des bureaux de style", notamment sur le rôle de médiateur qu'ils ont dans le secteur de la mode.

Lors de cette recherche, je me suis attaché à montrer l'envers du décor. Les bureaux de style servent de mise en perspective de l'univers mode.

J'ai également participé à un programme de recherche européen aux Pays-Bas sur "Les acteurs méconnus de la mode".

Ensuite, je suis revenu à mes premiers amours en rejoignant en 2015 Ooshot créé par Valérie. À cette époque, l'arrivée des nouvelles technologies avait déjà fortement impacté des industries traditionnelles comme l'hôtellerie, l'automobile et la mode me semblait un peu à la traine. C'est pour cela que ces nouvelles technologies, à mon sens, ne sont qu'un substrat supplémentaire de médiation.

ooshot

Valérie, toi aussi, je crois savoir que ton parcours est plus que diversifié...

VH : ... En effet, à la base, j'étais agent de photographe, j'ai ainsi découvert des gens d'une grande sensibilité artistique, mais un peu perdus dans le monde du commerce. En outre, j'ai aussi travaillé pour Apple... Je dirais en ce qui me concerne que j'ai toujours baigné dans la photo. Je me considère plus comme éditrice. Mon travail consiste à repérer les photographes ; dénicher les jeunes pépites. Mon rôle est d'être médiatrice entre le client et le photographe.

Thierry, pourquoi as-tu décidé de rejoindre Valérie qui lançait Ooshot, comment pourrais-tu qualifier cette plateforme ?

TM : Le constat était simple, il n'existait pas de médiateur de confiance entre les photographes et ceux qui souhaitaient des photos de qualités (marques de mode, retailers...).

Comme une évidence, Valérie a proposé Ooshot, la première plateforme de médiation de photographes. Notre rôle est de garantir un haut degré de confiance. Déjà mes travaux de recherche m'avaient conduit à constater : "La représentation de l'image et l'image de la représentation".

Le secteur de la mode s'adresse avant tout au désir. L'image a une puissance incroyable pour susciter ce désir.

Ainsi, tu désires l'image qu'une personne renvoie et non pas la personne. En d'autres termes, la représentation s'avère consubstantiellement liée à l'image. D'ailleurs, il suffit d'aller visiter l'exposition sur Blumenfeld à la Cité de la Mode pour s'en apercevoir...

Dans l'histoire de la photographie de mode, les plus grands magazines (Vogue, Elle, Marie-Claire...) sollicitaient les photographes qui savaient représenter le monde d'une manière singulière.

Cependant, au niveau business, l'industrie de la photo de mode a toujours été un peu en retard. Si je reprends la fameuse répartition des 4P en business (Price, Product, Promotion, Place). Le produit n'a jamais été standardisé, ou plutôt harmonisé. La distribution, quant à elle, fut peu organisée. Seule la promotion a été structurée grâce aux Salons Professionnels...

Ooshot a pour ambition d'offrir un produit en voie d'harmonisation. En effet, les clients sont confrontés à une exigence de volume de production incroyable à cause de l'émergence des réseaux sociaux et du e-commerce. Avant, une photo avait une durée de vie de 6 mois, aujourd'hui uniquement de quelques heures...

Au sein d'Ooshot, comment se répartit le travail entre vous ?

TM : De mon côté, je suis en charge du développement de l'activité et de la gestion des partenariats. Justement, lors du dernier Salon Traffic où nous étions exposants et nous avons annoncé un partenariat avec Grand Shooting.

VH : Je suis la fondatrice d'Ooshot et la Rédactrice en Chef. Je coordonne l'ensemble des shootings que nous organisons avec l'aide de notre Head of Photography.

Thierry Maillet

 

Thierry, comme tu le sais, j'attache une grande importance à la notion d'écosystème, quel est ton avis sur celui de la mode ?

TM : Hier, j'ai entendu qu'en France, aujourd'hui, il y avait 300 000 marques de mode : tout simplement incroyable. Aussi, nous avons de belles locomotives comme Keiring et LVMH.

10 marques réalisent 50 millions de chiffres d'affaires.

Sinon, cet écosystème est avant tout parisien.

Au niveau de la singularité, nous avons tous les atouts en notre possession :

  • Grands Groupes,
  • Distribution (les Galeries Lafayettes, Vente-Privée...),
  • Médiation (presse, bureaux de style et salons professionnels).

Franchement, nous n'avons rien à envier à New-York au niveau de la photo de luxe !

Néanmoins, si je peux trouver un seul bémol, nous n'avons pas su développer un grand champion du fast fashion comme Zara, H&M ou Uniqlo.

Ooshot

Pour terminer cet entretien, j'aurais aimé connaître votre sentiment sur l'écosystème fashiontech ?

VH : Je trouve cela génial, car c'est un formidable outil de démocratisation de la mode. En d'autres termes, cela donne plus de poids à des écritures. Avant, être photographe coûtait cher en terme d'investissement en matériel. Aujourd'hui, l'accès en est simplifié.

Ooshot est pour nous bien plus qu'une plate-forme de réservation. Notre ambition a toujours été de créer une communauté "Avant tout, on est une famille". En effet, la technique n'est pas le sujet, nous ne sommes pas techniciens. Celle-ci doit être au service de la création. Le voyage est plus important que la plateforme de réservation !

TM : Selon moi, la technologie rentre par tous les bouts dans l'entreprise : supply-chain, marketing, communication, production d'images...

Ce qui est important pour une société est tout d'abord de l'accepter, et ensuite d'en irriguer l'ensemble de ses services. En effet, l'industrie de la mode est une industrie comme une autre.

En d'autres termes "La tech est partout". Néanmoins, celle-ci ne doit pas prendre le pas sur l'émotion qui reste le moteur de la mode, mais plutôt devenir un outil au service de cette émotion.

Merci à tous les deux !

 


jacques leroux

Entreprendre dans la Fashiontech : échanges avec Jacques Leroux

Jacques Leroux, délégué de la filière mode et design de la Chambre de Commerce et d'industrie (CCI) d'Île-de-France, nous a reçus dans leurs nouveaux locaux, rue Yves Toudic.

Lors du dernier Salon Traffic, nous avions commencé à échanger sur l'écosystème parisien, et j'ai découvert une personnalité bienveillante, soucieuse de la mise en valeur d'un écosystème mode en pleine mutation.

Poussés par ce premier échange, nous voulions aller plus loin dans notre conversation, afin de connaître la vision de Jacques Leroux,  qui a mis la création au cœur de sa carrière.

Bonjour Jacques, pourrais-tu tout d’abord nous parler de toi et de ton parcours professionnel ?

J’ai initialement une formation scientifique, notamment comme ingénieur avec une spécialisation en matériaux. Ensuite, en 1984, je suis rentré chez Roger-Tallon, un des plus grands designers français.

J’ai travaillé plus tard dans l'ingénierie de grands projets (Cité des Sciences et de l'Industrie, Grande Arche de La Défense), l'industrie (Valéo), puis me suis orienté vers le développement économique des territoires, notamment de la Technopole d’Angers, puis Paris Développement.

J’ai enchaîné toujours en collectivité locale à Cergy. Et, il y a 9 ans, j’ai intégré la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris pour les industries créatives, plus particulièrement sur la mode, le design et les métiers d’art.

En ce qui me concerne, j'ai toujours oscillé entre deux univers : la création et l'aspect scientifique. On peut dire que je suis un créatif qui a mal tourné !

Justement, quel est le rôle de la  CCI concernant les thèmes mode et design ?

Cela va être le moment institutionnel de l'interview et je m'en excuse par avance 😀.

Tout d’abord, nous avons réalisé une cartographie des aides spécifiques aux métiers de la création, qui permet aux jeunes talents de naviguer au travers d'une administration parfois complexe.

Je suis également en lien avec quatre de nos écoles plus particulièrement centrées sur les industries de la création :

  • La Fabrique, l'école des métiers de la mode et de la décoration,
  • Les Gobelins, école de l'image,
  • Ferrandi, l'école de la gastronomie,
  • L’ISIPCA – Parfum, cosmétique, arôme

Du fait de mon parcours dans l'ingénierie et l'industrie, j'essaie de jouer un rôle de "passeur" en d'autres termes ; de rendre "poreux" les échanges entre écoles et formations.

Enfin, à la CCI, nous instruisons aussi les dossiers pour la labélisation des Entreprises du Patrimoine Vivant (EPV).

Pour terminer, le rôle de conseil de la CCI est central sur trois aspects :

  • Les statuts (pour la création d'entreprise),
  • Les aides publiques (crédit impôt collections et métiers d'art par exemple),
  • L’export (avec des experts généralistes et spécialistes par pays).

Pour finir, nous sommes également en charge de la transmission des entreprises lorsque le dirigeant souhaite reprendre ou céder et sur l’information juridique.

Jacques Leroux
Symposium Paris & New-York

Jacques, depuis 9 ans, tu as vu l’évolution de l’écosystème Mode avec notamment l’arrivée du digital, qu’as-tu constaté ?

En 2015, j’avais donné une conférence sur la Fashiontech, que j’avais intitulée « Je t’aime moi non plus », je pense que nous pouvons commencer à échanger à partir de là.

En effet, pour moi, mode et technologie s’apparentent à un oxymore. En d’autres termes, deux mots qui devraient s’opposer, mais qui en réalité se complètent.

Je vais donc développer cette idée en partant de la Mode. Celle-ci s'organise comme une filière très structurée, centrée sur l’équipement de la personne avec un univers émotionnel fort et donc par nature irrationnelle. Tandis que les technologies se caractérisent par un ensemble de moyens, outils et procédés multisectoriels, donc fortement rationnels.

Ce qui les rassemble, ou plutôt complète, provient de la temporalité. Ainsi, les technologies ont une durée de vie faible, alors que la mode s’inscrit sur des temps plus longs. J’évoque plutôt le concept de marque.

Les technologiques ont la particularité d'être diffusantes. Aujourd’hui, la plupart des innovations technologiques de la mode viennent d’autres secteurs (comme l’automobile pour les vestes chauffantes qui proviennent de sièges de voiture).

Un seul bémol : l'intégration technologique ressemble parfois plus à un gadget. Par exemple, intégrer de la LED dans un vêtement, parfait, mais pour quoi faire, pour quel usage ?

Pour moi, c’est du buzz de pacotille. Et, je pèse mes mots !

Tu as accompagné de nombreux créateurs dans la création de l’entreprise et leur développement, comment cela se passe-t-il ?

Généralement, le créateur se focalise sur le résultat, alors qu’à mon humble avis, le process (la manière dont il conçoit le produit) s’avère essentiel.

Aujourd’hui, l’entrepreneur doit avoir une vision globale et raisonner en complémentarité. Ainsi, il doit savoir absolument « bien » s’entourer afin de se concentrer sur ses qualités, notamment la création.

Le numérique a bouleversé les univers créatifs au sens large du terme, sur le secteur de la mode quel est ton sentiment sur le sujet ?

Celle-ci a été impactée sur toute sa chaîne de valeur (création, production, distribution). Néanmoins, elle reste juste un outil et elle ne doit pas occulter l’ADN de la marque.

En d'autres termes, il convient de savoir qui on est et de garder le cap !

Avec le mythe de la start-up, j’ai vu des croyances émerger comme celui d’une croissance rapide et l’internationalisation au bout de 6 mois. Alors que, dans les faits, une marque se construit sur la durée. La ténacité devient une vertu essentielle.

Mon premier conseil aux créateurs est de savoir dire NON, et, deuxièmement, de s’inscrire dans le temps. Ainsi, les fonctions éditoriales et artistiques doivent redevenir centrales.

En outre, je reste fasciné par la fraîcheur et le sens de la créativité de ces jeunes talents. Néanmoins, le point négatif provient des financements en France qui sont complexes et dont souvent le créateur se retrouve démuni.

Par voie de conséquence, les talents se dispersent dans la recherche de fonds au lieu de créer. Ce qui est leur vrai métier.

L’écosystème parisien mode détient une singularité, comment pourrais-tu la définir ?

À Paris, nous détenons un écosystème unique par le fait que nous possédons toute la chaîne de valeur des ingrédients de la filière mode.

En amont, les écoles, les sièges des grandes entreprises et les stylistes cohabitent. Et, en aval, le retail pour la diffusion. Enfin, entre les deux, les salons procurent un rayonnement à l’international.

En d'autres termes, je vois qu'ici, à Paris, les jeunes créateurs peuvent prototyper rapidement. La concentration de moyens et de talents est, dans ce sens, singulière.

Je prendrais comme exemple L’École Boule qui n’a pas de comparaison dans le monde. En effet, elle mêle la création et l’exécution. Ainsi, les élèves se forment à la menuiserie, l’ébénisterie ou la bijouterie, mais également à l’histoire de l’art, la sémiologie et la philosophie.

Paris Mode peut être qualifié de cluster sur les industries créatives.

Et, notre rôle à la CCI, et particulièrement le mien, est de rendre poreux, perméable, des disciplines et métiers qui n’ont pas vocation à la base à interagir ensemble. Il faut que cela devienne natif.

Jacques Leroux
Symposium Paris & New-York

Nicolas Colin, un des fondateurs de l’incubateur The Family a développé le concept de multitude, sur le fait qu’aujourd’hui grâce au numérique, nous pouvons nous adresser à tous, de manière individualisée, et nous avons observé que pour le secteur de la mode, une tendance du sur-mesure de masse commence à émerger, quel est ton avis ?

D’autres secteurs l’ont expérimenté avant la Mode, comme l’automobile qui customise presque entièrement ses véhicules. D’ailleurs, aujourd’hui, ils ne se définissent plus comme constructeur de voiture, mais comme assembleur de véhicules.

Cela m’évoque le livre de Pirandello « Une personne et cent mille » dans lequel le protagoniste principal Vitangelo Moscarda traverse une crise identitaire. Et, son salut vient d’une prise de conscience où pour lui, il convient de vivre d’instant en instant et renaître perpétuellement. Un peu comme la génération des millenials qui vit l’instant présent et souhaite vivre de nouvelles expériences de manières perpétuelles.

La mode doit répondre à ce défi.

Le digital vit une nouvelle révolution avec l'Intelligence Artificielle et le deep learning, comment les créateurs peuvent s’en saisir ?

Le créateur devra affirmer son point de vue. Dans cette optique, la direction artistique restera comme le dernier bastion à ne pas céder aux intelligences artificielles. En effet, celles-ci restent et resteront uniquement une aide à la décision.

Ainsi, l’artiste assumera et revendiquera ses choix en dehors du consensus.

Cela nous renvoie toujours et encore à la notion de désir, qui ne peut apparaître dans quelque chose de mou. La radicalité permet d’affiner un propos et d’envisager une vision du monde alternative.

Avant de se quitter, j’aurais aimé connaître ton sentiment sur les valeurs que la jeune création mode doit porter ?

En premier lieu, leur attitude doit combiner un improbable mélange d'audace et de cohérence ; tout cela en se considérant comme un ensemblier des ressources/talents de son environnement, qu'il leur faut connaitre pour s'en inspirer, les mettre à contribution.

Ainsi, comme pour un tabouret, les jeunes créateurs doivent s’appuyer sur trois fondements :

  • La création (l'audace),
  • L’exécution (la cohérence),
  • Faire-Savoir (on est dans un monde connecté où on n'existe que si on "émet").

Enfin, il convient d’être juste. Dans tous les sens du terme...

 


Alice Gras

Alice Gras, un éclat éthique pour la fashiontech

Quand j'ai commencé Modelab il y a plus de 2 ans, nous étions assez peu nombreux à parler de Fashiontech. À La Paillasse, qui commençait à devenir un lieu emblématique des start-ups parisiennes, j'ai découvert un espace dédié à la mode et l'innovation, développé par Alice Gras.

Cette jeune fille tout juste sortie de ses études, avait l'ambition de bâtir un espace alternatif dédié à la création mode, en dehors des schémas habituels. Bien évidemment, dans un premier temps j'ai été dubitatif sur ces chances de succès, mais j'ai été marqué par sa conviction.

Deux ans plus tard, le Hall Couture a déménagé rue du Chemin Vert, Alice a su développer son projet, et fédérer un écosystème. J'ai souhaité retranscrire nos échanges à travers le jeu de l'interview.

hall couture

Bonjour Alice, peux-tu nous raconter ton parcours et comment t'es venue l'idée du Hall Couture ?

Mon parcours tourne principalement autour de la question de la création, ou plutôt des conditions idéales pour la création sensée, par rapport aux enjeux de notre époque. Ainsi, j’ai réalisé des études de mode puis j‘ai commencé à chercher des espaces de travail type coworking, adaptés à la mode.

Or, cela n’existait pas, ce qui m’a semblé totalement absurde.

D'ailleurs, dans mes premières expériences professionnelles, j'ai été frappée par certaines incohérences présentes dans le monde de l'entreprise, notamment au sujet de l’assignation de certains profils à certaines taches, parfois sans laisser l’opportunité aux individus de se réaliser aux delà de celles-ci. Pour moi, permettre aux individus de se réaliser est une cause fondamentale, et c’est ce qui m’a attirée vers le management.  Aussi, le montant de la rémunération n'a plus de sens. Je pense qu'il faut remettre du sens dans ce qu'on réalise. Enfin, le mode d'organisation pyramidal renvoie selon moi à un mode de management archaïque. En effet, chacun a le droit d'avoir accès à l'ensemble des informations au sein de l'entreprise. Grâce à internet, les digital natives n'acceptent pas cette censure de l'information dans les entreprises. Enfin, à l’âge même de l’avènement des plateformes collaboratives et de la ‘sharing economy’, les rapports sociaux semblent curieusement distendus dans le monde du travail et dans la société en général. La dernière campagne présidentielle en est la caricature.

alice gras hall couture

Forte de ce constat, tu t'es lancée dans le projet Hall Couture...

... En effet, je me suis dit que je pouvais créer un lieu différent. J’ai créé « Hall couture » parce qu’il me semblait pertinent d’avoir dans Paris un tiers-lieu dédié à la création de mode, qui permette à la fois de se faire un réseau, de rencontrer d’autres professionnels, et d’avoir accès à un outil de production un petit peu professionnel.

Cela permet effectivement à un certain nombre de porteurs de projets de diminuer leurs risques en ayant accès à un atelier, sans avoir pour autant à investir dans un lieu et dans des machines. En outre, cela leur permet donc de sortir des collections, des prototypes, de remplir leur carnet de commandes et d’accéder ensuite à une étape potentielle d’investissement dans l’outil de production.

Hall Couture n'avait pas forcément au départ  une dimension « high tech » prononcée, mais celle-ci est arrivée naturellement parce qu’aujourd’hui, le numérique s'avère d’abord un outil qui permet à des porteurs de projets de se faire connaître à moindre frais, de faire aussi valoir leurs talents sans forcément passer par le point de vente physique, et donc en s’affranchissant des problématiques financières.

Afin de favoriser l'émergence d'une scène Fashiontech, avec Julie Delaude, Lee Anderson et Maud Etienne, nous avons créé il y a trois ans la première FashionTechWeek, en partenariat avec NUMA.

Notre ambition était de créer un événement ouvert à tout public, et, en même temps, qui permette l'association de l’innovation et du numérique pour justement créer des ouvertures dans le secteur de la mode. Nous avons fait d’abord deux éditions, puis nous est venue l’idée de monter une association, qui rassemble les acteurs de la mode innovante, s’adresse aux enjeux liés à l’emploi et au développement durable : c'est là que nous avons créé l'association La FashionTech.

Aujourd'hui, pour la cinquième édition, nous passons la vitesse supérieure en lançant un évènement national, avec une date commune à Paris, Lyon et Lille.

hall couture

Justement, Alice, toi qui a été une pionnière dans ce domaine, que penses-tu de la scène FashionTech française ?

Je n’ai pas encore assez voyagé pour comparer la FashionTech française à l’Américaine ou autre, mais ce que j’ai pu constater en discutant avec des Anglais ou des Néerlandais, c’est que notre système éducatif imprime les comportements des marques de mode françaises. Nous avons un culture esthétique forte. Une marque ne peut exister en-dehors de ce carcan. En d'autres termes, nous sommes enfermés dans une forme de perfectionnisme de l'image.

Quand par exemple, je compare avec ce que j’ai pu voir à Londres dans de nouveaux quartiers « hypes », il y a une énergie qui part dans tous les sens, et il y a des projets parfois non achevés. Alors qu’en France, tout doit être finalisé. Dans les créations françaises, nous sommes toujours dans le « qu’est-ce qui ne va pas » : l’esprit est très critique, c’est cette spécificité culturelle que j’ai pu voir se refléter sur les projets "FashionTech" français. En même temps, cette même caractéristique nous est enviée au stade de la mise en vente de produits finis de qualité... En ce sens, elle mérite d’être prise au sérieux, il ne faudrait simplement pas qu’elle nous prive d’explorer de nouveaux procédés et d’expérimenter de nouvelles techniques en amont.

Dans la chaîne de valeur (Création, Production et Retail) quels sont, selon toi, les aspects les plus matures au niveau innovation ?

Pour le wearable par exemple, les accessoires sont complètement commercialisables. En revanche, au niveau du vêtement, pour l'instant cela reste au stade de prototype, à quelques rares exceptions près.

Concernant le retail, nous voyons principalement des plateformes d'intermédiation entre un produit (vêtement, montre, bijoux...) et un client, type Farfetch, couplées avec de l'intelligence artificielle pour optimiser les ventes.

En effet, pour l'instant les composants électroniques ne sont pas conçus pour la mode car les débouchés commerciaux sont encore insuffisants. Nous sommes à un niveau embryonnaire.

En ce qui me concerne, ce qui m'intéresse dans la fashiontech c'est comment nous pouvons être connectés, dans tous les sens du terme. Je ne parle pas que de technologie mais de dialogue.

Dernièrement, j'ai un gros coup de cœur pour Tale Me, qui permet de louer des vêtements pour femmes enceinte et les tous petits. Cette marque a su utiliser les atouts du web en terme de communication pour expliquer sa démarche, et rendre vie à des vêtements.

Pour moi, la société actuelle doit repenser ses modes de consommation et par extension sa production. Le modèle de la surconsommation a vécu de sa belle vie, et nous devons maintenant intégrer un mode de consommation raisonné.

C'est la technologie qui doit être au service des idées, et pas l'inverse.


annick jehanne

Annick Jehanne : la glaneuse fashiontech

Mettre en valeur l'écosystème fashiontech français, en interviewant "ceux qui font la fashiontech", c'est le projet de Modelab, que nous concrétisons aujourd'hui à travers une série de portrait.

Pour l'introduire, nous présentons aujourd'hui Annick Jehanne, que j'ai pu interroger lors du Salon Traffic. Pionnière, elle est à l'initiative du premier évènement Fashiontech français : Les FashionTechDays de Roubaix, qui cette année va connaître sa troisième édition.

Pour en savoir plus sur cet évènement singulier, je vous invite à lire ou à relire notre première interview d'Annick.

Chère Annick, peux-tu nous parler de toi et notamment de ton parcours ?

J’ai toujours travaillé dans la mode malgré le fait que ce n'est pas habituel dans ma famille.

Très tôt, j’ai été attirée par le côté innovant et sans cesse en mouvement de la Mode, et j'ai réalisé que je voulais être proche des individus. Les vêtements sont quelque chose qu’on porte sur soi, cela renvoie forcément à l'intimité et à la manière dont on se présente au monde.

Ensuite, j’ai travaillé dans les métiers de la mode et du textile, principalement dans les grands groupes, magasins, marques et aussi dans la vente à distance. Cela m’a permis d’approcher différentes façons de créer et de commercialiser de la mode à des personnes.

Annick Jehanne

Justement c'est une démarche originale, pourquoi t’es-tu intéressée à la FashionTech ?

J’ai toujours été intriguée par ce qui allait se passer demain et j’ai déjà œuvré en tant qu’innovatrice dans un grand magasin...

C’est ce qui me passionne : aller dans tous les grands événements, rencontrer des innovateurs dans le monde pour en tirer des schémas d’évolution plus vastes pour les entreprises de mode. En quelques sortes, je suis une glaneuse d'innovations.

Pourrais-tu nous expliquer quelle est votre ambition sur cette troisième édition de FashionTech days ?

SAMUEL VCULT

À la base, nous ne sommes pas des organisateurs d’événements. La première édition était plutôt petite, en format associatif. Aujourd'hui, nous avons atteint une belle envergure et nous nous associons à une agence d’événementielle. Bref, nous sommes victimes de notre succès (rires).

Nordcréa, l'association qui pilote les FashionTech Days,  regroupe 40 entreprises des Haut-de-France qui veulent une mode plus innovante et surtout plus durable. Ce sont nos deux vecteurs de développement.

Les FashionTech days deviennent de plus en plus importants, déjà grâce à notre partenaire de lieu ; le CETI. Ensuite grâce à nos partenaires qui sont aujourd’hui des grands groupes (Décathlon, la Redoute...) toujours présents pour nos événements et qui nous soutiennent. Nous avons su développer avec eux un partenariat gagnant-gagnant. Ils nous émettent leurs souhaits, leurs envies, et nous essayons d'y répondre : un sacré challenge !

La Région Hauts de France et la MEL renforcent également leur soutien cette année.

 

Le but premier des FashionTech days est de permettre de créer du business entre les innovateurs et les grands groupes. C’est un événement uniquement BtB. Ce qui permet aux start-ups de venir directement parler aux directeurs d’innovation ou Directeur Généraux  des grandes marques, au lieu d’aller « toquer à leurs portes » où l’accès s'avère plus que difficile.

Chez Modelab, nous nous interrogeons énormément sur cette singularité de la Fashiontech française, quel est ton avis sur la question ?

Il y a des start-ups, des acteurs, des personnes qui sont dans des écoles qui créent des projets partout en France et ces acteurs créent des liens, se parlent, défilent, se rencontrent... Je trouve ça très important car c’est un peu un  notre « écosystème » organique.

Je pourrais définir cette Fashiontech à la française comme libre, et associative, car il n'y existe pas de réseau mais des initiatives éparses qui fonctionnent.

En d'autres termes, grâce à la périphérie des actions, nous arrivons à créer un force centrifuge.

C’est la caractéristique de cette FashionTech.

Peux-tu  nous parler des actualités que tu as concernant la mode notamment de HUBMODE ?

HUBMODE est une slow-up : elle a des composantes de start-up comme l’innovation puisque nous sommes les premiers a utiliser des MOOCS pour les formations. C’est-à-dire qu’on peut directement parler entre formateurs et ceux qui se forment à distance.

Mais on est surtout une slow-up parce qu’on est auto-financé.  En fait, c'est nos clients qui nous financent depuis le début. Ils se répartissent en deux catégories : les sociétaires et également les investisseurs individuels.

Concernant les actualités de Nordcréa, bien évidemment il y a avant tout une volonté de réaliser des événements autour de l’innovation durable donc il y a les FashionTech Days mais également la Fashion Revolution Roubaix (le 29 avril) qui rassemble une quarantaine d’acteurs qui font la mode durable dans les Hauts-de-France.

Enfin, Norcréa travaille actuellement sur un coworking et un FabLab uniquement pour les start-ups de mode et textile.

Peux-tu nous donner un peu plus d’informations sur le programme, sur des thématiques ou sur des envies des FashionTech Days ?

Les envies c’était d’y voir plus de créations et on voulait une partie plus expérimentale : faire faire des choses aux visiteurs , ensemble, parce qu’il y a beaucoup de choses qui sont un peu difficiles à comprendre, donc sous forme d’ateliers ça permet de se les approprier.

Realité Virtuelle

Sinon on garde toujours le Hackamode : une cinquantaine d’étudiants qui travaillent sur des projets de grandes entreprises, ainsi que les Keynotes, et les démos de start-ups.

Nous sommes d'ailleurs à l'écoute de tous ceux qui ont quelque chose de très innovant à partager !

Enfin, cette année, on essayera de retransmettre un peu mieux ce que l’on fait avec plus de vidéos et de streaming.

Bref, on ne va pas s'ennuyer !


uniqbrow

Fashion tech : pendant ce temps-là, en Espagne...

Tongs ? OK. Lunettes de soleil ? OK. Me voilà prête pour aller jeter un petit coup d'œil à la scène fashion tech de l'autre côté de la frontière. Direction l'Espagne, à la découverte de trois projets qui s'illustrent par leur démarche et leur créativité.

Uniqbrow, les lunettes de soleil interchangeables

 

« Engineering freedom », voici l'ambitieuse promesse d'Uniqbrow. Cette start-up basée à Barcelone crée et fabrique localement des lunettes de soleil aux verres et branches interchangeables afin de s'adapter aux nouveaux modes de vie urbains.

Leur credo ? Nous passons notre vie en mouvement, entre les quelques minutes de vélo pour aller au travail, la course effrénée derrière ce métro qui s'éloigne déjà, ou tout simplement le footing du soir entre copains. Et nos lunettes doivent s'adapter à cette omniprésence du mouvement dans notre vie.

Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? Les lunettes Uniqbrow sont faites en Quiroflex, un matériau plastique intelligent, et les branches et verres sont interchangeables afin de pouvoir les personnaliser comme vous voulez. La marque revendique une démarche honnête et clame ne travailler qu'avec des artisans locaux payés un salaire décent. Et si ça ne suffisait pas à leur décerner la palme du cool, Uniqbrow s'illustre aussi par des collaborations avec des artistes en tous genres. À découvrir ici.

Imersivo, ou quand les frontières entre shopping en ligne et shopping physique s'effacent

imersivoUne expérience shopping en continu : voici ce que promet la start-up Imersivo. Grâce à une technologie de reconnaissance visuelle nommée Computer Vision, le client est analysé lors de son passage en cabine d'essayage et des produits complémentaires lui sont proposés, en fonction de sa morphologie et de ses caractéristiques propres (et du produit qu'il est en train d'essayer, évidemment).

Les clients sont aussi invités à parcourir les nouvelles collections via leur smartphone, peuvent consulter directement les informations produits et peuvent également enregistrer des produits sur leur smartphone pour de futurs achats.

Imersivo propose enfin de centraliser les inventaires des différentes boutiques d'un même groupe avec leur boutique en ligne pour avoir un inventaire unique et mis à jour en temps réel, et de recouper les données obtenues en ligne et en boutique pour analyser les comportements clients. Une solution complète pour une meilleure synergie entre expérience en ligne et en boutique. Leur site internet ici.

 

First Vision, le wearable qui vous met dans la peau de vos joueurs préférés

firstvisionFirst Vision propose aux athlètes d'enfiler ses maillots afin de pouvoir proposer au spectateur une expérience bien plus réelle. Les maillots, truffés de capteurs audio et vidéo, sont capables de retransmettre en direct le point de vue du joueur pendant un match ou un tournoi. Une expérience de retransmission de sport beaucoup plus réaliste et immersive.

Cette solution a vocation à intéresser les chaînes de télévision, évidemment, mais aussi les sponsors à la recherche d'un support innovant. Et le bénéfice spectateur, qui vit le jeu comme s'il le jouait lui-même, est évident. Plus non négligeable : la start-up propose ses wearables à la location, formation des techniciens incluse. Une entreprise à découvrir ici.

 

Et alors qu'Inditex ne semble pas près de renoncer à sa place de leader mondial de l'habillement en termes de chiffre d'affaires et de bénéfices, les start-ups de la péninsule ibérique redoublent d'idées pour inventer la mode de demain, malgré une scène fashion tech relativement moins développée que dans d'autres pays européens. À surveiller cependant, car lorsque l'on voit la concentration de start-ups proprement ahurissante qu'affiche une ville comme Barcelone, il y a fort à parier que ce petit retard sera vite rattrapé, voire dépassé.