La mode sur un tempo portugais, retour sur Portugal Fashion.

Il y a une semaine je rentrais tout juste du Portugal où j’ai eu le plaisir d’être invitée à assister à la Fashion Week de Porto. Je dois reconnaître qu’il s’agissait pour moi d’une première fois. Le Portugal était à mes yeux un pays de mode certes, mais plutôt du côté de l’industrie et de la production. L’évènement Portugal Fashion avait pour but de montrer la vivacité de la mode portugaise et sa vision résolument tournée vers l’avenir.

Logé dans le très impressionnant Alfândega do Porto (une ancienne gare de triage pour les célèbres tramways de Porto), Portugal Fashion se tenait du 15 au 17 mars derniers. Créé sous l’égide de la Portuguese Textile Association (ATP) et de la Association of Young Portuguese Entrepreneurs (ANJE) cet évènement a été lancé dès 1995 et tient lieu depuis 1999 de vitrine de l’industrie de la mode portugaise deux fois par an. 

« Depuis le tout début, nous avons compris que le monde devait savoir que le Portugal n’est pas seulement un lieu de production textile pour la mode mais que s’y trouvent également des designers de grande qualité et que nous favorisons les produits à haute valeur ajoutée. », explique Manuel Serrão, PDG de Selective Mode et en vice-vice-président pendant six ans de l’ANJE.

Une industrie aussi prospère que prometteuse

L’industrie textile au Portugal représente un nombre d’emplois non négligeable mais également un véritable poumon économique pour le pays. Avec près de 130000 emplois et un poids de 10% de part à l’export, cette industrie a généré en 2018 près de 8 milliards d’euros de chiffre d’affaire et employé environ 20% de la main d’oeuvre industrielle du pays.

Portugal fashion

Bien que le pays cherche à se positionner davantage sur un secteur de compétitivité lié aux produits à forte valeur ajoutée et au design, la première force du Portugal reste encore à ce jour le tissu industriel et la grande fluidité de production qu’offre le pays. De part la proximité géographique de tous les acteurs de la chaine de valeur ainsi que de la haute qualité technique des sites de production, le Portugal offre le lieu idéal pour toute marque européenne qui souhaite un savoir-faire de qualité. Alliant prix compétitifs, rapidité, développement technique et proximité géographique, l’industrie de la mode portugaise représente l’un des meilleurs choix sur notre continent. Par ailleurs, les différentes fédérations locales semblent conscientes des enjeux de l’industrie en matière de technologie et de développement durable. Si les portugais maintiennent leurs objectifs de croissance et se tournent vers une supply chaine plus responsable, le Portugal pourrait être en passe de devenir le fer de lance d’une industrie de la mode européenne responsable et leader dans le développement de technologie de pointe liées à l’industrie de la mode. Farfetch pourrait avoir eu le nez fin d’y avoir domicilié son incubateur de start-ups. 

Le segment des technical textiles qui inclut l’industrie automobile, le sport de haut niveau, la sécurité, le secteur médical et la défense pourrait représenter un des premiers pôle de compétitivité pour amorcer la transformation du modèle économique d’un modèle de la concurrence par le prix vers une concurrence de la valeur ajoutée. 

Portugal fashion

Vivre la mode comme un moment de partage

Assister à Portugal Fashion à Porto m’a clairement montré la vitalité de ce pays en matière de mode. Le public varié et enthousiaste des producteurs textiles aux designers en passant par les experts venus du monde entier et les visiteurs venus de toute l’Europe en est l’une des premières preuves. 

Il y a là une star de la télévision, les jeunes filles à peine sortie de l’adolescence qui arrivent en troupe habillées comme pour un bal de promo, des amoureux venus main dans la main, les familles venues avec toutes les générations. Les professionnels, les passionnés et les badauds se mêlent et viennent profiter du spectacle. Ils se rassemblent, contemplent, vivent un moment un peu décalé, un peu hors du temps. La mode ici redevient une partie de la société du spectacle ramenée à son essentiel ; une foule bigarrée unie dans son intérêt pour la fugace poésie d’une manche, d’un volant ou par le simple sentiment d’assister à un instant suspendu dans le quotidien. Ne serait-ce pas là l’essentiel de la mode ? Un ailleurs, une déchirure dans la toile du quotidien, un liant pour une ville, société et même tout un Pays.

La mode à Porto semble se vivre ainsi, dans le partage et la simplicité, loin des postures des ses soeurs, capitales sur-médiatisées.

Portugal Fashion

Crédits photos : Aris Setya @aris.setya / Daniel Dulce @danieldulcephotographer / Alves Goncales FW 2019


Comment Bolt Threads ouvre une nouvelle route de la soie

Bolt ThreadsDerrière Bolt Threads  se cachent trois chercheurs aussi visionnaires que rêveurs : David Breslauer, Dan Widmaier et Ethan Mirsky. Quoi de plus pragmatiques que des scientifiques me direz-vous ? Pourtant ces trois là se sont rencontrés sur une idée un peu folle ; celle de créer des matières alternatives pour le moins inattendues. Si leur projet Mylo, issu de la recherche sur le mycelium n'étonne plus les spécialistes de l'innovation sur les matières, leur projet fondateur  Microsilk est une toute autre affaire. Que se cache-t-il derrière ce nom prometteur ? Peut-être un avenir sans vers à soie. Imaginez rentrer chez Hermès et demander leurs fameux carrés en soie... d'araignée ! Science fiction ? Pas tant de quand ça. Aux États-Unis, ces trois chercheurs un peu fous sont dores et déjà parvenus à synthétiser cette matière pleine de potentiel. Fascinée par leur idée, c'est avec une certaine excitation que j'ai pu il y a quelques semaines échanger avec David Breslauer professeur co-fondateur et "chief scientific officer" de Bolt Threads. Et c'est tout en simplicité que ce dernier m'a montré la voie vers ce qui pourrait devenir l'avenir du textile. Aujourd'hui on peut filer de la soie sans animaux. Stella McCartney ne s'y est pas trompée et a déjà sollicité le trio pour certaines de ses créations. Voici une interview garantie sans violence animale mais avec une bonne dose d'innovation !

 

Julie Pont : Je suis contente de vous rencontrer ! J'ai découvert Bolt Threads sur Internet il y a quelques mois alors que je faisais des recherches sur les araignées. En me rendant à la Dutch Design Week de Eindhoven, j'ai rencontré une créatrice qui travaillait avec des chenilles (Purity of silk de Iris Seuren) et qui m'a dit : « Tu sais, il y a quelqu'un aux États-Unis qui travaille avec des araignées pour faire de la soie ». L'idée m'a interpellée et elle m'a donné votre site web.

David Breslauer : Je suis agréable surpris, en-dehors de notre travail avec Stella (McCartney, NDLR) et certaines associations, nous n'avons pas encore beaucoup de visibilité à l'international, mais nous avons déjà du mal à gérer toute l'attention que nous suscitons aux États-Unis ! Nous sommes tellement limités en termes de capacité de production... La science prend du temps ! Donc nous n'avons pas encore travaillé notre présence dans la presse à l'étranger. Mais c'est plutôt une bonne nouvelle !

JP :  C'est un petit monde, celui des gens qui s'intéressent à l'innovation dans la mode, donc je pense que vous serez vite connus.

DB : Vous savez, j'ai été très étonné de voir que des gens participant à ce salon (Remode NDLR) nous connaissent. Ils nous disent : "Bolt Threads! Mais oui les américains aux araignées" Quelqu'un me disait hier que nous sommes clairement les leaders de notre marché (celui des matériaux biofabriqués), parce que contrairement aux autres, nous avons déjà produit de petites quantités. Je ne savais même pas que des gens s'intéressaient à ce sujet !

JP : Comment a commencé l'aventure Bolt Threads ? D'où vous est venue l'idée ?  Vous vous êtes réveillé un matin en disant : « Eurêka ! Les araignées sont la clé ! » ?

DB : : Non. Enfin, un peu. Au début, l'histoire ressemble vraiment à un conte de fées. Ça a commencé comme ça. Après, ça devient plus normal (rires).

J'étais en doctorat à Berkeley et j'étais dans un laboratoire. En gros, j'étudiais comment construire des micro-canaux pour réduire un laboratoire de biologie à la taille d'une puce. Donc j'ai commencé à m'intéresser aux araignées et je me suis demandé d'où venait leur soie, car leurs fils sont d'une extrême finesse et nécessitent un très petit dispositif de production. Des toiles d'araignées, on en voit tout le temps, mais comment est-ce que ça fonctionne ? Vraiment ce la me fascinait. Et j'ai commencé à faire des recherches dans la littérature scientifique et à m'intéresser aux gens qui avaient étudié le sujet pour essayer de comprendre.

La glande qui produit la fibre ressemble à un tout petit appareil très complexe. J'ai commencé à penser que je pourrais essayer de reproduire ça. Donc j'ai commencé à essayer de faire une copie, un système de reproduction qui permettrait de produire des fibres de soie. Mais le problème, c'est que je m'étais tellement concentré sur la production du matériau, la partie matérielle du problème, que je n'avais pas prêté attention à la façon de recueillir le matériau. Et quand j'ai enfin pensé avoir finalisé mon appareil, je me suis demandé comment le tester. J'avais fabriqué la glande, mais je n'avais toujours pas la soie.

Et je suis tombé sur un autre doctorant, en réalité deux autres doctorants qui étudiaient de l'autre côté de la baie. Et ils travaillaient sur la conception de microorganismes. C'était une pure coïncidence ! Nous nous sommes rencontrés, et je leur ai dit : « J'ai besoin de votre polymère », et ils m'ont dit « On adorerait travailler avec toi parce qu'on veut changer ce polymère en fibre, nous sommes en train de fabriquer cette protéine ! » Et nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes bien entendus et tout a commencé comme ça.

Bolt Threads

 

JP : En effet, un vrai conte de fées ! Et maintenant, comment ça se passe pour vous ?

DB : Nous avons toujours pensé que la soie d'araignée n'était pas le seul domaine à explorer. D'ailleurs, les araignées elles-mêmes produisent six types de soies différentes qui ont toutes des propriétés mécaniques différentes, plus extensibles ou plus résistantes. Nous savions aussi, même si nous n'en parlions pas beaucoup, qu'il y a d'autres matériaux naturels faits à partir de protéines ou d'autres sources. Et nous avons donc toujours pensé qu'un jour nous pourrions nous développer. À partir de la soie d'araignée, nous avons développé de nombreux autres matériaux à base de protéines. Nous venons d'ajouter un cuir à base de champignons, de mycélium. Et aujourd'hui, nous voulons continuer à développer nos technologies et scaler, scaler, scaler, parce que les grandes marques qui sont nos partenaires en ont un peu assez de patienter.

JP : Vous travaillez comme une sorte de laboratoire externalisé pour ces marques ?

DB : Nous ne sommes pas officiellement le laboratoire de recherche de ces marques, mais elles ont été si patientes, nous ont fait confiance dès le début et sont pionnières dans le domaine des technologies renouvelables. Elles se sont aussi montrées très flexibles et agréables et ce sont des valeurs de travail auxquelles nous croyons. Donc il y a quelques trucs que nous avons lancé par nous-mêmes, mais il y a certains partenaires en particulier que nous apprécions beaucoup et avec qui nous voulons continuer à travailler. C'est pour ça que nous apparaissons toujours dans la presse avec Stella McCartney en particulier, elle a été plus qu'arrangeante non seulement avec nous, mais avec les contraintes scientifiques et les défis à relever.

JP : Ces marques comprennent votre besoin de temps. C'est génial, parce que j'ai rencontré de nombreux chercheurs en France et en Europe qui se plaignaient des gens de la mode qui ne comprennent pas qu'ils ont besoin de temps pour faire quelque chose de vraiment pertinent et qui leur mettent la pression sans arrêt.

DB : Jusqu'ici, nous avons gardé une politique de transparence avec nos partenaires. On leur dit simplement « J'ai trouvé la formule, mais j'ai un problème avec la texture » ou quelque chose dans ce style. Tous les problèmes normaux qui se présentent systématiquement. Je ne vais pas promettre quelque chose dont je ne suis pas sûr, parce que je ne veux pas décevoir leurs attentes. Mais ils sont vraiment géniaux avec ça. Il y a de l'honnêteté des deux côtés.

 

Bolt Threads

 

 

JP : Quelles sont les applications pour vos innovations ?

DB : Nous nous sommes vraiment concentrés sur le secteur de la mode. Au début, quand nous avons commencé, tout le monde pensait que la soie d'araignée allait révolutionner le marché. Et pour un tas de raison, nous avons commencé à nous y intéresser et en avons déduit qu'il y avait quelque chose à faire en-dehors du marché traditionnel de la soie. Une fois que l'on commence à gratter la surface, on découvre tous les problèmes de développement durable et d'environnement que pose l'industrie textile, et on commence à réfléchir à la façon dont on peut y répondre en faisant un peu plus qu'une fibre biodégradable. Il faut prendre en compte la façon dont on peut concevoir une fibre avec des produits plus respectueux de l'environnement comme des teintures végétales, etc. Et c'était presque impossible de ne pas s'intéresser à ça, donc nous avons continué à travailler sur des ressources durables, biodégradables et réutilisables.

JP : Mais si on prend l'exemple des champignons, par exemple, il faut beaucoup d'électricité et d'eau pour les faire pousser.

DB : Évidemment, mais si l'on va par là, pour faire du cuir, il faut au minimum une vache. En général, quand on peut contrôler les paramètres dans un environnement de laboratoire, au moins, on peut recycler et minimiser les pertes et optimiser au lieu d'élever un animal comme une vache.

JP : Comment imaginez-vous l'avenir de la mode dans votre domaine ? Quel est votre point de vue ?

DB : Moi, vous savez, je vois les choses en termes de cycles de vie, en se basant sur le quotidien. C'est ce que nous disions avant l'interview à propos des plastiques. Combien de temps un objet va-t-il être utilisé ? Si vous fabriquez une super chemise en polyester que vous comptez faire passer de père en fils sur quatre générations, fantastique, parce qu'on sait que le polyester met des centaines d'années à se décomposer.  Si vous voulez fabriquer un objet de très belle qualité et que vous savez combien de temps il doit durer et que vous savez qu'il va durer le temps prévu, c'est précieux. Si vous fabriquez des vêtements et que vous savez qu'après un an ils ne ressembleront plus à rien, que l'imprimé s'effacera, alors fabriquez quelque chose qui peut être recyclé ou réutilisé, ou dans le pire des cas, dégradé à l'échelle de notre durée de vie, car le grand défi que nous avons est que rien de ce que nous fabriquons ne se dégrade à l'échelle d'une vie humaine ! Alors on peut considérer avoir donné un coup de pouce à l'humanité et à la planète. Je vois tous ces défis comme une obligation de penser à ce qu'on fait, au produit qu'on fabrique, à sa durée de vie réelle et à la durée de vie qu'il devrait avoir. C'est une question de survie sur la Terre. Parfois, je vois de nouveaux produits genre « sac à dos résistant aux bombes », et je me dis, « Super, mon sac à dos survit, et moi ? »

JP : (rit) OK, vous parlez peut-être d'upcycling, c'est ça ?

DB : Oui, exactement. Cela va demander d'énormes efforts de changement conscient afin d'assembler toutes ces pièces. Parce que, vous savez, cela demande des efforts et les efforts coûtent de l'argent et du temps. À part si on voit émerger un vrai engouement social pour ce sujet, ce qui rendrait les choses bien plus faciles parce que cela permettait aux spécialistes du marketing ou les designers de prendre plus volontiers des décisions réutilisables ou durables, pour l'instant, nous devons tout inventer. Quelque chose que je trouve aussi excitant, ce sont les matériaux qui existent dans la nature et auxquels nous n'avons pas accès à grande échelle. Ils ont tous les bénéfices de durabilité, mais ils sont aussi incroyablement performants. Ce n'est pas souvent que quelqu'un regarde vos dents et pense : « Quel matériau incroyablement dur et intéressant ! » Comment peut-on avoir accès à tous ces matériaux naturels et à tous les autres qui sont plus difficiles à récolter ? L'évolution réfléchit à des solutions et règle des  problèmes de performance et de durabilité depuis des millions d'années. Mais cela dit, ce ne sont pas des solutions qui ne répondent qu'aux problèmes d'évolution. Par exemple, la soie d'araignée a une propriété intéressante qui est qu'elle se contracte à 50 % de sa taille. Cela peut servir une autre cause que l'habillement. Mais on ne peut pas forcément utiliser ça pour faire un vêtement. Tous les matériaux ont évolué pour leur propre usage, mais maintenant que nous avons des outils pour les reproduire, nous devons les faire évoluer pour notre usage personnalisé. Et cela, c'est l'histoire de la civilisation industrielle et de son développement. Nous n'avons pas arrêté de concevoir de nouveaux produits chimiques, de nouveaux plastiques, nous avons fait de nouvelles découvertes vraiment intéressantes et incroyables, mais nous découvrons dernièrement que ce n'était pas forcément bon pour la planète ! Et que notre planète recèle en son sein de véritable trésors ,qui parfois dépassent de loin notre technologie la plus à la pointe !

Bolt Threads

 

JP : Et comment fait-on de la soie d'araignée dans un laboratoire?

DB : La soie d'araignée est de la protéine à l'état pur. Nous avons mis en place un protocole pour synthétiser une protéine qui devient une fibre. On prend par exemple, les protéines qui transportent l'oxygène dans le sang. Mais même nos cheveux sont des protéines. C'est pourtant très différent. Donc comment créer une protéine qui deviendra une fibre qui deviendra un cheveu ou un fil de soie ? Maintenant, nous avons bien compris comment cela fonctionne. Nous créons nos protéines, nous commandons l'ADN qui code cette protéine, comme de la biologie moléculaire. Nous la mettons dans de la levure, nous lui donnons du sucre et cela donne de la soie d'araignée ! Mais à l'état de protéine. Ensuite, nous prenons cette gelée et nous la séparons en fils. Et cela devient de la soie d'araignée.

JP : C'est un fil très fin ?

DB : Oui ! C'est presque identique à la soie d'araignée.

JP : Et vous fabriquez du tissu avec ça ?

DB : Oui. Nous pouvons faire les mêmes choses que ce que d'autres font avec de la laine ou du coton ou de la soie.

JP : Donc c'est un tissu en 2D cousu ou c'est imprimé en 3D ? Parce que quand on voit les araignées tisser leurs toiles, on imagine bien fabriquer quelque chose en 3D sans coutures. Filer directement les vêtements sans passer par la case "coupe et coutures". 

DB : Vous avez vu cette conférence à propos de la production à la demande ? Il y avait beaucoup de gens qui travaillaient sur la production de vêtements  personnalisés à imprimer. Aujourd'hui, nous essayons d'exister en tant qu'infrastructure donc nous nous concentrons sur une innovation sans trop nous disperser. Malgré tout, nous nous sommes passionnés par l'avenir et la fabrication de vêtements à la demande et sur mesure. Donc oui, cette application pourrait tout à fait convenir à notre matières. Il serait d'ailleurs vraiment intéressant de rencontrer des designers allant dans ce sens.

JP : Pensez-vous que certaines marques vont pouvoir incorporer votre solution dès maintenant, ou est-ce que c'est trop tôt ?

DB : Actuellement, nous travaillons avec Patagonia et Stella McCartney et nous faisons aussi quelques travaux pour nous. Nous avons une demande supérieure à notre capacité de production, mais nous sommes tout près de pouvoir nous développer et commencer à faire plus de choses. Mais nous voulons d'abord nous assurer que nous pouvons satisfaire les clients actuels.

En plus de mettre d'accord les partisans du veganisme et les écologistes adeptes de matières biodégradables, Bolt Threads ouvre la perspective d'une production raisonnée et d'une juste consommation de matière. En effet, leur soie étant liquide avant d'être filée (comme dans les abdomens des araignées), on peut imaginer dans un futur proche que l'on sera capable de prévoir la quantité de matière à filer avant même de produire notre vêtement (on demand). S'ils ont commencé par créer des cravates "plus performantes que SpiderMan", on espère pouvoir bien vite porter les innovations de cette entreprise fascinante et connaître les matières que le futur nous réserve ! On souhaite à Bolt Threads des recherches et des succès aussi infinis que ces fils de soie nouvelle génération.

 

Bolt Threads

Traduction : Clémentine Martin

Réécriture : Julie Pont


Unspun : Bienvenue dans le futur de l'habillement ?

Unspun est une jeune entreprise américaine de production de vêtements assistée par la robotique et l'informatique. Spécialisée sur le créneau du jean, elle propose des produits sur-mesure et réalisés à la demande. Elizabeth Esponette et ses associés, Kevin Martin et  Walden Lam se sont donnés comme mission de réduire à moins de 1% leur empreinte carbone en pariant sur l'automatisation, le localisme et une industrialisation raisonnée des processus. Cette entreprise en pleine croissance est soutenue par the National Foundation, SOSV, the Mills Fabrica et la fondation H&M.

Comprendre le concept de Unspun c'est imaginé un salon d'essayage du futur duquel vous ressortiriez avec un jean taillé à vos exactes mensurations. Convaincus qu'un avenir alternatif de la mode est possible, Beth Esponette, Kevin Martin et Walden Lam, trois entrepreneurs diplômés des universités de Stanford et du Colorado, ont décidé de réaliser ce qui jusqu'à présent n'était qu'une vue de l'esprit, à savoir une machine capable de produire un avatar 3D aux exactes mensurations de leurs clients et d'en tirer au moyen d'un algorithme un vêtement parfaitement à leur taille, produit sur demande. L'objectif derrière ce projet est non seulement de satisfaire au mieux leur clientèle mais également de réduire drastiquement les problèmes de gaspillage liés à la production et le casse-tête de la gestion des stocks. Mais ce n'est pas tout, Unspun développe également un processus permettant de recycler les vêtements réalisés selon leur technique et d'en tirer de nouvelles bobines sans jeter de matière ni encore moins de vêtements.

En 2016, et après avoir été parmi les premiers postulants, l'équipe de Unspun est récompensée par le prix Early Bird lors de le seconde édition du Global Change Award. Ils ont ainsi eu l'opportunité de suivre les lauréats lors de leur voyage d'étude à Milan.

En Novembre 2017, l'équipe Unspun annonce avoir réalisé leur premier jean réalisé à partir de scans 3D, obtenus lors de différents popups à Hong Kong. Après le premier succès de leur preuve de concept, ils sont maintenant focalisés sur le développement et l'amélioration de leur machine de tissage en 3D. Cette machine a la capacité de produire sur demande les panneaux de tissus nécessaire à la réalisation de leurs jeans, cela sans gaspillage et directement en boutique.

 

Unspun

Julie : Bonjour Beth, merci de prendre le temps de répondre à quelques questions. Quel a été votre parcours avant Unspun ?

Beth Esponette : J'ai grandi dans le Maine, j'étais le genre de gamine qui joue au foot, une bosseuse qui aimait skier, passer du temps avec sa famille, qui faisait des petits jobs bizarres durant le lycée (emballage de tomates, arbitrage sportif, vendeuse de donuts, etc) et qui un été a assisté à des cours de mode dans une école d'art à Brooklyn. J'accorde de l'importance au fait de travailler dur et d'essayer des choses inédites. À l'université j'ai suivi un chemin différent de celui de mes camarades de classes et ai décidé d'étudier l'habillement à Cornell, j'y voyais une fascinante combinaison d'art et de science. Et le mieux, c'est que nous interagissons tous les jours avec cette fameuse combinaison. J'ai travaillé dans l'industrie dans divers secteurs comme les exo-squelettes robotisés, l'équipement de plein air et même le vêtement de tous les jours. Après m'être familiarisée avec les ateliers et avoir été inspirée par de nombreux voyages, je suis retournée étudier le développement produit et l'industrialisation et ce à un plus haut niveau, tout en donnant des cours à l'université. Mais ça, c'était avant de me consacrer à 150% à Unspun.

J : Comment vous est venue l'idée de Unspun ?

B.E : La partie rationnelle de mon cerveau a toujours eu du mal à trouver une logique à l'industrie textile et surtout à son organisation : les services design produit ignorent les designs qui sont susceptibles de ne pas se vendre, tout en tâchant de prévoir comment vont se vendre les pièces survivantes de la collection dans chaque taille, couleur, saison, aire géographique etc... Ils produisent des tonnes de produits en sourçant et produisant partout sur la planète, expédiant partout dans le monde tout en regardant les clients devenir impatients et frustrés de ne pas trouver ce qu'ils veulent, ce qui leur va... pour que tout cela finisse à la décharge ou à l'incinérateur ou se retrouve sur les bras des retailers qui ne savent que faire de tous ces excédent de stock et se retrouvent obligés de jouer le jeu de la démarque.

Je pense que le fait de voir les possibilités offertes par l'impression 3D et autres techniques de fabrications additives m'ont poussée à m'interroger sur pourquoi nous ne pouvions pas changer la façon de fabriquer et repenser la conception du vêtement non du point de vue du marché de masse mais plutôt de celui de l'individu.

J : Comment avez-vous convaincus vos associé d'adhérer au projet ?

B.E : Je n'ai pas trop eu de mal à les convaincre ! Ils ont tout de suite partagé la vision que je cherchais à transmettre et ont proposé des perspectives intéressantes. Si j'avais eu des difficultés à convaincre quelqu'un d'autre, j'aurais du reconnaître que je devais probablement communiquer mieux et même admettre que le projet n'était pas assez mature ou valable pour convaincre quelqu'un de le rejoindre. Lancer une entreprise est extrêmement éprouvant et il faut être parfaitement convaincu pour se lancer. Il faut en sentir l'importance au plus profond de soi.

J : Vous partagez donc tous la même vision de la mode ?

B.E : Absolument ! Nous pensons tous que la mode donne du pouvoir aux gens et que c'est une industrie qui doit être reconnue. Nous pensons également qu'en vertu de son organisation actuelle (chaîne d'approvisionnement, production et retail), la mode ne fait aucun sens, surtout si l'on pense aux enjeux auxquels notre planète doit faire face. Nous savons que les clients ne sont en général pas satisfaits des tailles ni des systèmes de personnalisation, que les retailers se plaignent des inventaires interminables et coûteux, et que pour sûr, la planète est elle aussi très insatisfaite de la situation - à savoir transformer des ressources naturelles utiles en gaspillage de terres agricoles et gaz à effet de serre. Avec Unspun, nous entrevoyons un futur excitant dans lequel il n'y aurait aucun inventaire, aucun gâchis et le produit pourrait être customisable à l'infini.

 

Unspun

J : Quand avez-vous commencé ?

B.E : J'ai commencé à développer ce concept en 2014. Walden et moi travaillions ensemble depuis 2015, Kevin est arrivé en juin 2016. Nous tous les trois à temps plein depuis juillet 2017.

J : Quel est le concept de Unspun ? Comment cela fonctionne-t-il ?

B.E : Le concept de Unspun est de créer un produit sur-mesure pour des consommateurs et ce dès l'instant où ils choisissent d'acheter. Tout d'abord notre client choisit le forme de jean préférée, puis le tissu et est ensuite "scanné" pour connaître le plus précisément possibles ses mensurations et réalisé en fonction de cela le meilleur des vêtements. Quelques semaines plus tard, il reçoit un jean sur-mesure réalisé avec le concours d'un algorithme et des datas récoltées lors du scan 3D.

J : Si je n'ai pas accès à un scanner 3D, comment puis-je utiliser le concept de Unspun ?

B.E : Très bonne question ! Le meilleur moyen est de trouver le scanner 3D le plus proche, chercher un popup si vous habitez une grande ville, sinon il faut venir nous voir à San Francisco ou à Hong Kong ! Vous pourrez trouver toute information utile sur notre site denimunspun.com  ou nous contacter à l'adresse hello@unspuntech.com.

J :Pourquoi avoir choisi la Californie et Hong Kong comme points de départ ?

B.E : Dans ces deux endroits, on retrouve une grande ouverture d'esprit et beaucoup d'envie de tester de nouvelle chose, ce qui est essentiel pour une petite startups audacieuse comme la nôtre ! Nous avons aussi besoin d'employés ouverts d'esprit, d'investisseurs ouverts d'esprit et de clients ouverts d'esprit - tous ceux qui décident de se joindre à nous doivent s'astreindre à la nouveauté et aimer cela. D'ailleurs je pense que l'on peut en faire une règle générale pour quiconque cherche à attirer des startups et des innovateurs.

Dans la baie de San Francisco en Californie où notre startup a démarré, il y a un très bon terreau pour le design et l'ingénierie et en particulier pour leur mariage. Nous avons bénéficié pleinement de cet éco-système dans la constitution de notre équipe. Nous avons bien sûr également bénéficié de l'héritage ambiant dans les domaines de la tech et du denim. Hong Kong a également un héritage en matière d'habillement et de production de vêtement, héritage qui tend à se raviver, ce qui a facilité les prises de contact avec l'industrie locale et des experts en machines industrielles textiles. Au delà de ça, c'est un marché très dynamic, idéal pour effectuer un test et le conquérir.

J : D'où provient le denim utilisé pour vos jeans ?

B.E : Nous travaillons avec Candiani Mill près de Milan en Italie. C'est entreprise familiale qui existe depuis 1938. Nous n'aimons pas seulement la qualité et le savoir-faire des tissus italiens mais aussi leur volonté de réduire les polluants dans les processus de filage, de tissage et de teinture. C'est très agréable de constater qu'en tant que partenaire nous les aidons à rendre leur jeans plus durables et responsables. Il y a un véritable échange entre nous. 

J : Sachant que vos jeans sont produits à la demande et réalisés sur mesure, qu'advient-il des jeans que l'on peut vous retourner ?

B.E : C'est une question que nous continuons de nous poser ! Comme nous ne produisons aucun article sans commande préalable, nous n'avons ni inventaire, ni stocks dans nos magasins. Nous pouvons exposer des jeans aux clients afin qu'ils puissant constater la qualité, la construction et le soin du tissu. Ces modèles pourraient être des retours. On leur trouvera utilité c'est sûr ! Dans un futur proche, nous utiliserons un système de recyclage pour les tissus mélangés (pensez au casse tête que représente le coton mélangé au Tencel et à l'élasthanne!) qui est développé par de nombreux groupes de par le monde. Nous pourrons ainsi produire de la matière pour d'autres jeans.

Unspun

 

J : Quelles sont les prochaines étapes pour Unspun ?

B.E : Tant de choses excitantes ! Nous voulons prendre davantage la parole, notamment lors de pop-ups. Il y a une part d'éducation très importante dans notre démarche. Autre objectif pour nous : raccourcir le temps de production de nos jeans de trois semaines à une semaine - et c'est raisonnablement réalisable. Nous voulons que nos machines de recyclage et de tissage fonctionnent très prochainement afin de pouvoir le partager avec le monde.

J : Comment imaginez-vous le futur de la mode ?

B.E : Je l'imagine volontaire, engagée et circulaire. Tout ce qui sera fait, le sera au plus près des désirs et des besoins du consommateur. Les invendus seront recyclés (sans être "downcycled", sans perdre d'intérêt ou de valeur) sous forme de produits désirables pour les consommateurs. Il y a déjà tant de vêtements sur cette planète qu'il n'es pas nécessaire d'en créer d'autres. Ni d'ailleurs d'introduire plus de matière première dans le système, pourtant nous continuons de le faire. Je fais le pari de dire que dans le futur ce ne sera plus le cas, pour la simple et bonne raison que cela n'aura plus aucun sens.

Je pense également que la mode sera encore plus digitale,  simple d'accès et d'utilisation. Nous gèrerons nos garde-robes online, nous pourrons acheter des produits que nous aurons virtuellement essayés sur des avatars qui nous seront propres et qui seront produits sur-demande. Ainsi nous n'aurons plus à gérer des stocks excédentaires, et nous agrandirons le champs des possible en matière de création. Je pense que tout ce que j'évoque ici concernera les 20 prochaines années. Je suis d'autant plus excitée de connaître la suite !

J : Quelle est votre innovation favorite dans le domaine de la mode ? Qu'est-ce qui vous a impressionné récemment ?

B.E : Unspun bien sûr, mais je ne suis pas vraiment objective ! C'est une question difficile. Il y a tant de choses incroyables qui se passent de nos jours dans ce domaine ! En ce qui concerne le jean plus spécifiquement, je suis vraiment impressionnée et intéressée par Jeanologia et les autres méthodes de gravure laser vectorisées pour le marquage et le délavage des jeans sans utilisation de produits chimiques. D'un point de vue plus global, j'ai hâte de voir comment les nouvelles méthodes de recyclage vont se mettre en place et s'articuler. À l'heure actuelle, seul un pourcentage ridicule de vêtement est recyclé. Il y a de nombreuse raisons à cela et notamment le fait que les tissus mélangés sont très compliqués à gérer. Ce que sont en train de faire HKRITA, la H&M Foundation ou encore Novetex pour le recyclage du coton mélangé en utilisant des méthodes mécaniques, chimiques et de plus en plus respectueuses de l'environnement, c'est vraiment ce dont a besoin l'industrie.

Unspun

 


Perspectives Internationales Mode et Textile 2019 de l'Institut Français de la Mode

Le Séminaire Perspectives Internationales Mode et Textile orchestré par l'Institut Français de la Mode se tenait à la Maison de la Chimie à Paris hier jeudi 6 décembre 2018. Depuis une dizaine d'années ce rendez-vous est l'occasion pour les professionnels du textile et de la mode d'appréhender les enjeux du secteur en France et à l'international. Afin de mieux comprendre l'année 2019, spécialistes et "grands témoins" se sont succédé tout au long de cette journée pour partager leur vision mais surtout leur expertise afin de déchiffrer un marché toujours plus mouvant. Ils nous ont livré leur vision prospective sur la conjoncture économique mondiale, les mutations en cours en matière de consommation et de distribution (quelque soit le canal) et les stratégies que peuvent adopter les marques pour y répondre.

Retour sur une journée riche en enseignements où de nombreuses intuitions évoquées dès 2017 se sont vues confirmées avec en tête la progression nette d'une forme de déconsommation et l'émergence du marché de la seconde main comme un relais de développement à court terme.

Programme

• QUELS SCENARII POUR L’ÉCONOMIE MONDIALE EN 2019 ? Denis Ferrand – Coe-Rexecode, Directeur général

• ÉVOLUTIONS MARQUANTES EN EUROPE ET DANS LE MONDE POUR 2018 ET L’ANNÉE À VENIR Gildas Minvielle – IFM, Directeur de l’Observatoire Économique Thomas Delattre – IFM, Chef de projet Études

• BOULEVERSEMENTS DU RETAIL ET NOUVEAUX MODES DE CONSOMMATION Florence Guittet – IFM, Professeur - IMPP, Consultante associée

• LE LUXE À L’ÈRE DE L’OMNICANAL Ulric Jerome – Matchesfashion.com, CEO

• NOUVEAUX BUSINESS MODELS MODE & LUXE Achim Berg – McKinsey’s global Apparel, Fashion & Luxury Group, Senior Partner, Co-auteur du rapport «The State of Fashion» avec The Business of Fashion

• TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR L’INFLUENCE... Benjamin Simmenauer – IFM, Professeur Charlotte Cochaud – Consultante Social Media & Communication

• NEW RETAIL & MODE EN CHINE Sébastien Badault – Alibaba Group, Directeur Général France

• PERSPECTIVES POUR LA MODE DURABLE Morten Lehmann – Global Fashion Agenda, Chief Sustainability Officer, Copenhague • TÉMOIGNAGE ET VISION STRATÉGIQUE SUR L’AVENIR DU COMMERCE Régis Schultz – Monoprix, Président

Perspectives Internationales Mode et Textile

Un marché en baisse qui ne cesse pourtant de muter

Aujourd'hui, si l'on demande trois mots pour décrire le marché de la mode, le premier à sortir est "changing"  avec 34% des répondants, le second est "digital" pour 26% des personnes interrogées puis vient en dernière place le mot "fast" avec 25% des réponses. En 2017 la prévalence allait à "uncertain" (53%), "challenging" (32%) et "optimistic" (21%) tandis qu'en 2016 on retrouvait "uncertain" (54%) en tête, "changing" en second (31%) et "challenging" (29%) en dernier (source BOF-McKinsey Sate of Fashion 2018, 2017 et 2016). Si la mode semble reprendre espoir et vigueur, elle n'en reste pas moins un marché qui reste marqué par les difficultés.

Marché de la mode n'au eu de cesse de chuter depuis l'année 2008 et la crise financière que l'on connait. L'année 2018 devrait être l'une des pires depuis dix ans affirme l'IFM, précisant que ce marché a perdu 15% de sa valeur depuis 2007, et ce sur tous les circuits de distribution. Ne tirent leur épingle du jeu que ceux qui ont parié sur la vente à distance et les pures players de la vente en ligne qui peuvent s'enorgueillir d'une part de marché de 8,8% et d'une progression de 2,9% sur les dix derniers mois. Cependant l'IFM affirme également que la progression des ventes en lignes de 5,3% ne compense pas le recul de -4,3% des ventes en magasins. Le digital progresse mais ne constitue par encore un biais de croissance en soi.

Depuis 10 ans, le recul du marché de la mode atteint 15% en France, plombé par une chute annuelle moyenne de 5% dans le segment moyen de gamme, qui représente la majorité de l’offre (40% des magasins en France), tandis que les premiers prix et le haut de gamme ont grappillé 1% respectivement et que le luxe a grimpé de 7%.

Enfin, en terme de prévisions pour 2019, l'étude de l'IFM table sur des exportations françaises d'habillement qui dépasseront les 10 milliards d'euros et une nouvelle baisse - un peu moindre - des ventes sur le marché domestique (-0,9 % au lieu de -2,9 %).

Tendance à la déconsommation 

L'étude, pilotée par Gildas Minvielle, directeur de l'observatoire économique de l'IFM a mis en lumière une nouvelle tendance à la "déconsommation" en France. En effet, 44% des personnes interrogées lors de l'enquête auprès des consommateurs réalisée par l'Institut ont affirmé avoir réduit leur consommation de vêtements en 2018. Ce pourcentage s'élève à 51% chez les femmes. Néanmoins, il convient de souligner que 60% de cette baisse de consommation est le résultat d'une gestion plus serrées des budgets au sein des ménages français (contrainte liée à la hausse des prix et à des arbitrages budgétaires ayant trait notamment à l'énergie). Cependant, les 40% restants résultent d'un choix : celui de « consommer moins mais mieux », par « souci écologique et éthique », ou une volonté de « désencombrer son stock ». On retiendra également la lumière mise sur la tendance à la "non-possession" et donc au marché de la location ou à la réduction des budgets '"achats plaisirs".

Perspectives Internationales Mode et Textile

L'émergence d'un véritable marché de la seconde main et l'exigence de la  transparence.

La tendance à la rationalisation de l'acte d'achat profite aux nouveaux modes de consommation et notamment au marché du vintage et de la seconde main. L'IFM évalue ce marché à un milliard d'euros en France en 2018. Le nombre de consommateurs sur ce marché a doublé entre 2010 et 2018 et représente aujourd'hui un tiers des ventes lignes.

“Le marché s’installe durablement dans un nouveau modèle, celui d’une nouvelle norme de consommation”, a déclaré jeudi Gildas Minvielle, directeur de l’observatoire économique de l’IFM lors de la présentation des perspectives 2019 de l’Institut. Des considérations écologiques ou éthiques gagnent les clients qui disent vouloir acheter autrement, moins et mieux. 80% des consommateurs interrogés affirment ne plus avoir confiance dans les prix affichés, qui n'ont, selon eux, plus "aucun sens". 86% affirment vouloir la transparence totale sur la répartition en valeur du prix (matières premières, main d'oeuvre, distribution, marketing, publicité...)

“Ils arrivent au bout d’une forme de surconsommation, ils sont à la recherche de sens, de protection de l’environnement, de chasse au gaspillage”, a souligné Thomas Delattre, chef de projet à l’IFM.

40% des préoccupations du consommateurs ont trait à la santé, 23% à l'environnement et 37% à l'humain, cependant en terme de réalité de l'achat, seuls 20% des consommateurs ont affirmé avoir acheté "un produit mode responsable en 2018" (source étude IFM) et seules 8% des enseignes placent au coeur de leur stratégie le développement durable.

Perspectives Internationales Mode et Textile

Un rapport McKinsey x Business of Fashion en droite ligne avec l'IFM

Achim Berg a présenté en deuxième partie de journée, le rapport conjointement mené par The Business of Fashion et Mckinsey. Quatre tendances clefs font échos à l'analyse de l'observatoire économique de l'IFM :

  • la fin de la propriété telle que nous l'avons connue et perçue depuis les années 60 et l'avènement de la consommation de masse.
  • l'implication authentique des consommateurs, et notamment, des jeunes en terme de valeurs à défendre et l'importance pour les marques de bien prendre en compte ces nouveaux paramètres.
  • la rapidité d'exécution nécessaire en terme d'approvisionnement en magasin et de livraison, car le consommateur (qui n'est pas à un paradoxe près) n'a plus aucun patience dès lors qu'il a pris la décision d'acheter un article.
  • après avoir concéder pendant des années sa data aux marques, le consommateur d'aujourd'hui exige des marques une réciprocité en terme d'informations et la transparence intégrale sur la chaine de valeur et les prix.

 

 

 

Si les perspectives semblent s'ouvrir et les consciences s'éveiller, beaucoup de choses que l'on croyait acquises vont être bouleversées. Non pas dans des décennies  mais dans les mois à venir. Les chiffres et la présentation du responsable du développement Mode et Luxe chez Alibaba Group, Nicolas Cano montrent à quel point la Chine prend de la vitesse et combien les habitudes de consommation sont radicalement en avance sur les nôtres en terme d'aptitudes digitales. Morten Lehmann de Global Fashion Agenda nous a également rappelé la réalité des effort effectués en matière de préservation de l'environnement et l'urgence que représente la situation et l'impulsion des consommateurs dans ce sens.

Aucun des acteurs du marché de la mode ne peut plus ignorer que les choses vont deux fois plus que ces dix dernières années et personne n'attendra plus les leaders pour avancer. Plus fragmenté que jamais, le marché de la mode mute mais se débarrasse également d'une certaine morosité. Les mastodontes tiennent encore le haut du pavé mais doivent faire faire preuve de vigilance. Ceux qui seront écouter les consommateurs et leur nouvelle sensibilité d'achat n'en seront que plus puissants, les autres en paieront le prix fort.


TechnoNaturels par Bradley Quinn : les sciences naturelles au secours de la mode.

La technologie risque de bouleverser la mode à bien des niveaux. Quand on l'associe avec la science et la biologie, de nouvelles solutions de développement durable émergent. Les matériaux révolutionnaires développés par les chercheurs et les scientifiques dans les domaines des biotechnologies, de la biologie synthétique et des nanotechnologies sont en train de redéfinir radicalement la façon dont les créateurs de mode voient la production et la gestion des déchets. En général, la technologie est associée aux machines, à la consommation d'énergie et perçue comme l'opposé de l'écologie. Le développement durable, lui, est associé à l'écologie et à la nature. Il fallait être visionnaire pour imaginer que les systèmes hi-tech pourraient un jour en réalité être au centre d'un futur plus responsable pour l'industrie de la mode. Et si aujourd'hui, nous créons, consommons et recyclons des vêtements statiques, les designers du futur inventeront des modes qui évoluent et vivent en symbiose avec leurs porteurs.

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Les chercheurs qui sont en train de percer dans le domaine du biomimétisme, une branche de la science qui utilise la technologie pour imiter les organismes vivants, affirment que synchroniser le design de mode avec le savoir de la nature rendra la fabrication beaucoup plus écologique. Les scientifiques spécialisés dans le domaine de la biologie synthétique sont en train de créer des matières complètement nouvelles qui pourront être utilisées pour l'habillement, la chaussure et l'accessoire. Les protéines végétales permettront de cultiver du « cuir » de cellulose sans aucune souffrance animale, et les créateurs disposeront ainsi d'alternatives élégantes aux produits animaux et aux imitations synthétiques. Et lorsque l'on ajoute des bio-organismes se nourrissant de bactéries et des fibres anti-fongiques aux matières utilisées dans les chaussures, les sous-vêtements, les vêtements de sport et les maillots de bain, ces pièces restent fraîches et inodores tout au long de leur vie.

L'utilisation d'organismes vivants pour le développement de produits est déjà une réalité dans l'agriculture, la pharmacie et l'alimentation. Les scientifiques et les biologistes modifient des organismes vivants pour cultiver des plantes et manipuler sélectivement la culture de cellules animales. La modification des protéines de lactose, les cultures de bactéries et les bio-polymères ont rendu possible la biosynthèse de soie d'araignée, tandis que la bioluminescence d'insectes comme les lucioles, qui sécrètent des substances chimiques pour émettre de la lumière, peut être reproduite dans des tissus qui s'éclairent. Le succès du cuir de requin synthétique pour les combinaisons de plongée a permis aux athlètes d'établir de nouveaux records, et la capacité de la pomme de pin à absorber l'humidité à travers sa structure dure et à la restituer quand elle ouvre ses écailles a inspiré de nouveaux types de vêtements de sport et d'hiver.

Pionnière du secteur, la directrice du Design and Living Systems Laboratory à l'University of the Arts London, Carole Collet, imagine de nouvelles plateformes durables et innovantes pour la mode et les textiles. En explorant toutes les possibilités du biomimétisme et de la biologie synthétique pour le design et la fabrication, Carole Collet est capable de fournir une vision de la façon dont on pourra prochainement créer biologiquement et même « cultiver » des produits. Un procédé qu'elle a nommé la « biofacture ». Selon elle, apprendre à reproduire les schémas de la nature et de ses écosystèmes va dans le sens d'une mode plus responsable. Carole Collet souligne qu'il est déjà possible de récolter des algues, des bactéries et d'autres microorganismes et de leur faire produire des membranes semblables au tissu lorsqu'elles croissent à l'état naturel. La nanocellulose que ces micro-organismes sont capables de créer peut reproduire les couleurs, les textures et les performances de nombreux tissus utilisés dans la mode.

Carole Collet est à l'initiative d'un projet d'exploration des alternatives à la dentelle en manipulant génétiquement la croissance d'une plante au niveau cellulaire. « Je pars de l'hypothèse que les plantes qui poussent en habitat hydroponique pourraient produire à la fois de la nourriture et d'autres produits », explique-t-elle. « Par exemple, une fraise hybride pourrait potentiellement donner des fruits, mais aussi des échantillons de dentelle biologique sur ses racines. On pourrait ramasser les deux. L'un servirait à l'industrie alimentaire, l'autre pour le secteur textile. »

Le modèle de la biofacture pourrait même arriver à satisfaire la demande du luxe, ajoutant de la valeur aux produits en les rendant impossibles à imiter. Les marques de mode pourraient envisager de breveter les microorganismes et formes de plantes qu'elles utilisent et produire ainsi des textiles complètement uniques. Les matières signées biologiquement pourraient être faites à base de fibres génétiquement modifiées non utilisables par les autres marques. Cela pourrait même constituer un certificat d'authenticité pour les produits, rendant impossible la contrefaçon.

Même si la biologie synthétique appartient encore en grande part au futur, c'est un secteur de recherche qui permet aussi de répondre à un certain nombre de problèmes rencontrés actuellement par l'industrie de la mode. Au cours des dernières décennies, la course aux prix a provoqué une vague de crises locales alors que les usines et les ateliers des pays les plus développés fermaient leurs portes les uns après les autres suite aux délocalisations des fabricants en Asie du Sud-Est. La biofacture, qui permet de produire des articles localement, pourrait potentiellement aider à relocaliser la production.

La designer Shamees Aden expérimente avec le potentiel de la biofacture pour la chaussure en manipulant des protocellules trouvées dans des organismes comme les amibes, les champignons et les bactéries. Dans sa quête vers la création de biomatériaux portables qui vivent et évoluent en harmonie avec le corps humain, elle affirme que ses recherches ont commencé par « brouiller les frontières entre le vivant et le non-vivant ». La basket prototype de Shamees Adens, qui s'adapte aux surfaces, est fabriquée à base de matériaux vivants dérivés de solvants liquides manufacturés artificiellement en laboratoire.

technologie

La designer interactive Daisy Ginsberg va encore plus loin et affirme que récolter le code ADN d'un organisme et l'introduire dans le système vivant d'un autre pourrait créer de nouveaux modèles durables. À travers l'utilisation des techniques et des méthodologies développées dans le champ de la biologie synthétique, elle explore comment l'ADN peut être manipulé pour créer des designs basés sur la biologie qui changent et évoluent.

Daisy Ginsberg imagine déjà un futur dans lequel les matières ne seront plus fabriquées, mais cultivées, et où des vêtements entiers seront faits à partir de cellules plutôt que de tissus. Les vêtements et les chaussures produits à partir de cette science seraient capables de vivre en symbiose avec le corps du porteur, de s'auto-réparer et de libérer des anticorps qui tueraient les agents pathogènes entrant en contact avec le porteur.

technologieLa vision d'une forme de mode vivante et respirante soulève bon nombre de questions éthiques, comme la possibilité de créer une forme de vie destructive qui menace le porteur ou les autres organismes. Si les vêtements peuvent être considérés comme vivants, quelles seront les implications de jeter un vêtement lorsque l'on n'en a plus besoin, qu'on le laisse en quelque sorte « mourir » ? Dans la mesure où les plus occupés d'entre nous ne prennent pas le temps d'avoir un animal de compagnie et sont incapables d'arroser régulièrement leurs plantes vertes, on peut se demander si l'humanité est vraiment prête à prendre soin de vêtements vivants.

 

Alors que les experts de différents secteurs commencent à s'intéresser à la voie de la nature, la symbiose entre la mode, la technologie et la science inspire d'ores et déjà des matériaux qui améliorent les performances tout en affichant un look, une texture, un toucher et un drapé naturels. Les récentes collaborations entre designers et scientifiques mettent les objectifs de responsabilité environnementale et de fabrication zéro déchet à portée de main, et inspirent une pléthore de processus et de systèmes responsables. Alors que les nouvelles dynamiques entre designers et scientifiques sont encore en phase d'expérimentation, une véritable synergie entre les deux pourrait un jour rééquilibrer la lutte entre la nature et l'industrie en les faisant fusionner.

 

Traduction : Clémentine Martin.


Wearable X

Billie Whitehouse de Wearable X : le yoga à la portée de tous, partout.

Lors de l'évènement Remode, nous avons eu la chance de faire la rencontre de Billie Whitehouse, fondatrice de Wearable X. Nous vous proposons aujourd'hui de rencontrer cette pétillante australienne qui propose une nouvelle forme de vêtements intelligents. Wearable X est une entreprise fashiontech qui rassemble design et technologie pour créer une meilleure qualité de vie. Créée en Australie et basée à New-York, cette entreprise lancée en 2013 est avant tout centrée sur le toucher. La première plateforme haptique initiée par la marque, appelée Fundawear, était adressée aux couplex entretenant une relation longue distance. Réalisé en partenariat avec Havas et Durex, cette première campagne de communication a largement contribué au lancement de Wearable X (alors appelé Wearable Experiments).

À travers l'exploration intersectionnelle de la technologie d'une part et de la mode d'autre part, l'équipe a déjà développé de nombreux produits à l'instar de Navigate (lancé à Sydney, New-York et Paris). Après ce succès, s'en est suivi le projet The Alert Shirt. À la croisée du software, du hardware et du vêtement, The Alert Shirt représentait une véritable innovation qui a notamment remporté en 2014 le Best Fan Engagement Award au Clio Sports Awards de New-York. S'ensuivirent des partenariats avec Oakley, The Store of the Future, et d'autres acteurs de l'univers du sport et de l'expérience design.

À partir de 2016, Wearable X, intègre un service de R&D afin de produire leurs créations en propre. En mai 2017, Wearable X lance son premier produit B to C, Nadi X, adressé aux adeptes du yoga pour une pratique plus consciente et dirigée.

Modelab : Bonjour Billie, peux-tu nous présenter Wearable X ? Quel est le but de ta marque ?

Billie Whitehouse : Nous sommes spécialisés dans l'intégration des sens et de comment rendre compte de la perception de ces derniers sous forme de data. Cela s'effectue par le biais d'une plateforme sur smartphone. Cela signifie concrètement que l'on peut lire et comprendre son corps. C'est un moyen de s'adapter en temps réel à ses besoins. Nous nous sommes spécialisés dans les vêtements de yoga pour plusieurs raisons. La pratique du yoga est quelque chose que l'on peut faire partout, il n'y a pas de se trouver dans un studio. Le toucher est au coeur de la pratique de ce sport, et au-delà du toucher, la sensation. Le retour haptique est alors une véritable plus-value car il permet, avec quelques ajustements dans les réglages, d'attirer l'attention sur les parties de son corps qui nécessitent d'être attentif lors de la pratique du yoga. En fait nos vêtements permettent d'avoir uns structure de cours partout où que nous soyons.

M: Au-delà de la pratique du yoga, développez-vous d'autres applications à votre solution ? Imaginons par exemple dans le domaine médical ou pour permettre à des designers d'essayer leurs prototypes et les adapter?

B.W : Nous avons effectivement créé une plateforme haptique et sensitive mais nous sommes focalisés sur le yoga et l'activewear. Nous sommes spécialisés dans la production et la récolte de data autour du yoga et de la récupération. Le yoga est largement utilisé dans des processus de récupération physique à la suite d'une blessure et est recommandé par les médecins et les kinésithérapeutes. À notre manière, nous participons à ce processus.

M : Lorsque l'on pense aux personnes âgées, il pourrait être intéressant de leur donner des indications sur comment se tenir ou agir afin de ne pas perdre leur mobilité. Travaillez-vous avec des maisons de retraite et des hôpitaux ?

B.W : Nous nous adressons davantage au personnel soignant car souvent les patients ne vont pas au bout de l'acte d'achat à moins d'avoir une recommandation médicale. Donc voici comment nous participons : nous faisons beaucoup de recherches et cherchons à comprendre quelles sont les blessures les plus communes et comment notre solution peut parvenir d'une part à les prévenir dans le le cadre d'une pratique sportive et d'autre part à récupérer si c'est trop tard.

Wearable X

 

M : Techniquement, comment cela fonctionne-t-il ?

B.W : Techniquement il y a cinq accéléromètres positionnés derrière les genoux, les chevilles et les hanches qui transmettent les informations à votre smartphone. De cette façon on peut déterminer si vos mouvements et vos positions sont les bonnes. Après analyse des données, nous envoyons via le smartphone un compte rendu qui stipule si oui ou non vous avez acquis la bonne posture, si vous pouvez continuer votre apprentissage. Dans le cas contraire, vous recevez des instructions pour vous corriger. Chacune de ces instructions est associée avec une certaine sorte de vibrations sur le corps. Si les instructions disent "asseyez vous jambes tendues", vous ressentez une sensation sur l'arrière de vos jambes qui vous guide pour accomplir le geste. Lorsque les instructions vous disent "levez vous et tendez votre hanche à droite" vous sentez cette sensation dans votre corps.

M : Cela peut être un peu perturbant lorsque l'on a pas l'habitude, non ?

B.W : Si c'est couplé à des instructions audio, cela ne pose pas de problème. Sans le son, les gens sont effectivement perturbés. Il est très important pour nous de comprendre comment les gens perçoivent ces sensations. Nous avons été comparé un temps à la veste contre l'anxiété qui avait été inventée pour calmer l'anxiété des adultes et des enfants grâce à des vibrations. Il y a une proximité, une sensation d'enveloppement bienveillant que l'on retrouve dans notre produit. Nous souhaitons appuyer sur cette caractéristique pour gagner la confiance de personnes qui utilisent nos produits.

M : Comment cette idée est-elle apparue ?

B.W : Me concernant cela provient d'un sentiment de frustration. J'ai dépensé beaucoup d'argent dans des cours de yoga. Cela m'énervait vraiment de perdre autant d'argent et de temps pour me déplacer, aller dans des endroits que je trouvais parfois désagréables, avec de la musique et un professeur que je n'aimais pas. Parfois, tu es livré à toi même, sans attention ni instructions alors même que tu paies pour être guidée. Je travaillais déjà depuis trois ans sur des vêtements haptiques donc je savais que techniquement c'était possible de l'adapter au vêtement de yoga. Partant de ce constat il fallait cependant adapter nos solutions haptives à des contraintes de lavage, séchage et de normes. Cela a été un vrai défi mais je suis fière de ce à quoi nous sommes parvenus.

M : Que pensez-vous de l'évènement Remode ? Que vous vient-il à l'esprit lorsque vous pensez à la mode durable ? Est-ce quelque chose qui vous importe et sur lequel vous souhaitez insister ?

B.W : Oui, clairement. Je pense que parfois nous considérons le consumérisme de la mauvaise façon. Ce que j'aimerais vraiment voir émerger dans les conversations c'est "comment pouvons-nous innover dans le vêtement grâce au software"? Ainsi, nous n'aurions plus à acheter de nouveaux vêtements tout en nous débarrassant des anciens qui iront polluer un peu plus la planète, mais pourrions adapter nos anciens vêtements à nos besoins grâce à du software. Cette idée m'enchante vraiment, surtout lorsque l'on considère que l'on peut ajouter de nouvelles fonctionnalités à ses vêtements. C'est si simple ! C'est quelque chose que nous avons vraiment à l'esprit et nous travaillons dans ce sens, même si nous pourrions pousser encore un peu plus la R&D, surtout dans la perception que pourrait en avoir le consommateur.

Je suis toujours un peu sceptique quand je vois ce type de sujet toujours abordé d'un point de vue de l'entreprise et non de l'humain. Je pense que nous devrions nous focaliser davantage sur l'humain, sa perception. Il faut penser le vêtement comme quelque chose qui peut tout faire, qui est belle, qui est confortable et donne de l'assurance.

M : Qu'est-ce que vous imaginez pour le futur de votre marque et de la mode en générale ?

B.W : Aujourd'hui, on ne peut ignorer l'alternative que représente le développement de nouvelles fibres alternatives et sustainables. C'est une formidable avancée ! Cependant, nous devons également penser aux conséquences de cette nouvelle industrie des matières alternatives. Ce à quoi nous nous attaquons nous, c'est à l'idée de réduire l'électronique à de la fibre, et selon moi on n'en parle pas assez. C'est d'ailleurs sûrement dû au fait que l'électronique est l'un des systèmes qui produit le plus de déchets au monde. Combien de téléphones possédons nous ? Il y a quelque chose d'absurde. Il serait vraiment intéressant d'avoir une conversation avec des chercheurs pour déterminer comment réduire l'électronique au maximum, et trouver des solutions durables pour son recyclage.  D'un point de vue plus centré sur la marque, nous cherchons à développer notre technologie sur la partie supérieure du corps afin d'entrer pleinement dans l'espace de la physiothérapie.

 

 


Remode : le nouveau rendez-vous américain de l'innovation dans la mode.

En attendant la série d'interviews réalisées sur place, nous vous proposons un rapide retour sur l'évènement Remode auquel nous avons participé en tant que partenaires les 13 et 14 Novembre derniers, à Los Angeles. La première édition de cet évènement a rassemblé plus de 1000 participants, venus de tous les secteurs de la mode incluant des scientifiques de la fashiontech, des chercheurs en biodesign, des CEO de marques influentes, des partenaires financiers, des designers et des startups innovantes. Grâce à un solide réseau composé notamment des écoles les plus en vue de la mode, d'organisations associatives, para-étatiques et d'associations d'anciens élèves, Remode a atteint une audience globale augmentée par la diffusion de l'évènement en live stream. Avec la présence de 115 sponsors et exposants ainsi que d'une centaine de journalistes, Remode se voulait une nouvelle plateforme d'échange et de networking au sein d'une industrie qui nécessite plus que jamais la collaboration de tous ses acteurs. Le pari est relevé haut la main avec plus de 2700 connections et 1600 demandes de rendez-vous enregistrés par l'application mise à disposition des participants qui sont repartis aux quatre coins du monde plein d'une énergie communicative.

Remode
crédits Chrisian Colton pour Remode

Qu'est-ce que Remode? 

Fondé par Pierre-Nicolas Hurstel sous le patronage de UBM, ce nouvel évènement a pour objectif d'aider les professionnels de la mode à s'adapter à un univers de plus en plus complexe. Nouvelles demandes, nouvelles technologies, nouveau défis pour la distribution, les marques et leurs dirigeants sont de plus en plus confrontés à des problématiques de développement complexes. À cela s'ajoute une grande demande des consommateurs sur la transparence et la respectabilité des marques qu'ils achètent. Remode est né de la volonté de mettre à disposition des marques de mode les solutions et les contacts qui permettraient de transformer leur business pour une mode plus durable et responsable.

Comment fonctionnait ce nouveau rendez-vous ?

Remode a la volonté de traiter la question de l'innovation du fil jusqu'au consommateur final. Il s'agit donc de traiter des sujets complexes qui nécessitent donc de la collaboration. L'idée a donc été de créer de quatre piliers dirigeant le discours des conférences : ReMake, ReThink, ReInvest et ReMarket. Chacun de ces piliers avait son propre programme de conférences. Toutes les conférences étaient en continu et en simultané sur trois scènes différentes. Par ailleurs chaque pilier avait également sa propre zone d'exposition où des acteurs en prise direct avec le sujet évoqué étaient présents pour présenter de nouvelles solutions. À titre d'exemple ReThink traitait des nouvelles tendances consommateur et des technologies innovantes appliquée à la mode (blockchain, A.I...). ReMAke s'intéressait davantage à comment imaginer, designer et produire la mode de demain et proposait une série de conférences extrêmement intéressantes notamment sur les innovations matières et les processus d'élaboration de business responsables (notamment des ERP appliqués à la gestion des stock et de la seconde vie des produits). Dans l'espace ReMArket étaient représentées les avancées en matière de retail, de la digitalisation du wholesale en passant par les nouveaux concepts de boutiques et le ecommerce. La partie ReInvest proposait quant à elle de nouvelles perspectives en matière d'investissement et guidait les marques sur les nouvelles manières de gérer des capitaux et des investissements en fonction des nouveaux modèles de la filière (de la levée de fonds jusqu'au parc retail).

Remode
crédits, Christian Colton pour Remode

En clôture de la première journée, les organisateurs ont présenté les premiers ReMode Fashion Awards, récompenses pour les meilleures marques et solutions technologique pour les acteurs de la mode. Les lauréats ont été sélectionné par un jury de professionnels et classés en 10 catégories. Pour remporter le trophée il fallait remplir une grille précise de critères basée sur la créativité, l'expérience client et la caractère "durable" de la solution. Les gagnants 2018 sont :

Best AI Solution: Heuritech
Best Blockchain Technology: .Arianee
Best Cross-Border Ecommerce Solution: Flow
Best Customer Experience Solution: EverThread
Best Design Technology: Euveka
Best Digital Wholesale Solution: INTURN
Best Financing Solution: Affirm
Best Sustainable Manufacturing Solution: Nineteenth Amendment Smart PLM
Best Virtual and Augmented Reality Solution: Allure Systems
Sustainable Brand of the Year: Reformation

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Charlotte Fanneau et Célia Poncelin de la startup Heuritech, lauréates de la Best AI Solution des premiers ReMode Fashion Awards, avec Pierre-Nicolas Hurstel fondateur de Remode, crédits Christian Colton pour Remode

Qu'est-ce qui est différent des autres rendez-vous professionnels du secteur? 

Incontestablement l'énergie décontractée de la Californie ! L'idée, plutôt réussie, était de mélanger des acteurs prépondérants du marché avec les nouveaux venus de taille plus modestes mais non moins efficaces, et les installer dans un rapport de proximité. Plus de 60 startups venues du monde entier étaient présentes et réparties sur les quatre piliers. Et Cocorico ! Les français étaient largement représentés, notamment avec Sébastien Kopp co-fondateur de Veja, Nicolas Santi-Weil CEO de Ami Paris, Nicolas Claquin directeur de Kering Amériques, François Girbaud fondateur de Marithé François Girbaud, Pierre-Arnaud Grenade CEO de Bash, Audrey-Laure Bergenthal CEO d'Euveka, Frédécric Montagnon président de .Arianee  et les équipes de De Rigueur Lab, Endeer (toutes deux invitées par nos soins), Heuritech et Prose Hair (basée à New-York). Les différences de niveau d'influence ou de taille d'entreprise loin d'être un frein aux échanges et aux rencontres ont permis un réel brassage et émulation collective très positive. Entre échange de best practice et exemple par l'action, petits et grands acteurs ont ensemble compris que les chemins vers une mode différentes étaient multiples et que la collaboration s'imposait. Chacun avec leurs enjeux, tous doivent cependant avancer dans la même direction.

En collaboration avec Intheloup.la, une série de dîners était organisée dans plus d'une dizaine de lieux distinct dans Los Angeles. Sous la houlette de ShopifyGlobal Fashion Exchange, MMG ou encore NY Fashion Tech Lab, chaque invité était sélectionné et appairé en fonction des autres participants pour augmenter au maximum les possibilités de synergie. Outre la découverte de la ville, ces dîners étaient l'occasion pour tous les participants de créer des liens dans des cadres plus décontractés. Une véritable bouffée d'air frais lorsque l'on connaît le protocole professionnel habituel.

La prochaine édition est d'ores et déjà annoncée pour les 29 et 30 Octobre 2019. De notre côté le rendez-vous est pris !

Remode
Amber Veletta -Master and Muse- avec Hassan Pierre -Maison de Mode- crédits Christian Colton pour Remode

Retour sur les Fashion Tech Days 2018

Lundi 29 et mardi 30 octobre derniers ont eu lieu l’édition 2018 des Fashion Tech Days de Roubaix. Nous y étions bien sûr présents en tant que co-organisateurs du programme, avec Annick Jehanne créatrice de l'évènement, mais aussi car nous sommes toujours d’insatiables curieux de ce que le monde de la mode et de la tech ont à offrir.

Au terme de ces deux jours, la première idée que l’on retient est que petit à petit la filière s’organise et s’agrège. Si le mot « fashion tech » semble toujours quelque peu galvaudé, ceux qui pensent et envisagent la mode différemment se retrouvent sous cette bannière. À l’image du programme qui englobait des problématiques aussi différentes que la mode responsable, la modification de l’écosystème par la technologie, la prévalence de l’humain pour une mode plus éthique ou encore le bouleversement annoncé par la généralisation de l’intelligence artificielle, les Fashion Tech Days sont bel et bien le rendez-vous de ceux qui pensent une mode alternative sans s'enfermer dans une seule case.

Pour autant, les membres historiques de la filière parfois accusés d’immobilisme et de passéisme étaient présents et ont pris part aux débats avec une énergie et une envie qui affirment que l’avenir de la mode ne saurait être pensé sans le concours de chacun de ses acteurs si antinomiques soient-ils.  Les Fashion Tech Days ont la particularité de mettre autour de la table des personnes ou des structures qui soit n’apparaissent que peu sur la scène médiatique ou qui n’interagissent simplement pas ensemble. Sans verser dans le voeux pieux, il est heureux de constater qu’un Camaïeu puisse remettre en question son système de mass marketeur face à l'urgence décrite par des marques comme Loom ou encore About a Worker. Il y a fort à parier que le changement interviendra lorsque que ces échanges n’attendront plus des évènements ponctuels pour avoir lieu. Cependant admettre que le chemin est encore long c’est déjà commencer à marcher.

 

Fashion Tech Days

 

Déconstruire les préjugés de part et d’autre de ligne imaginaire entre petits et grands de ce monde c’est permettre non seulement le dialogue mais envisager la collaboration. Si un seul mot devait rester de ces deux jours il serait surement « collaboration ». Collaboration des bénévoles de l’association de Nordcréa qui ont accompli sous l’égide de la présidente Annick Jehanne, un travail de coordination et d’organisation impressionnant, mais aussi collaborations de professionnels de tous horizons réunis autour de la même envie de modifier les habitus d’une filière dont le modèle s’étiole et dont l’impact ne cesse de croître tant sur le plan de l’environnement que de l’humain.

On aura de cesse de le rappeler, et au risque d’enfoncer des portes ouvertes, l’échange, le partage d’expérience et le dialogue sont les seuls moyens de progresser vers une mode différente mêlant technologie, respect et raison.

Les victoires de Clothparency lors de la remise du prix des startups et de Redivivus projet étudiant souhaitant réconcilier marques et seconde main pour le hackamode illustrent à merveille cette envie d’une mode qui innove mais sans gadgets et avec un soucis de cohérence et d’efficience toujours plus accru.

Le dialogue entre grands et petits, l'action sur les plus petites choses comme les systèmes les plus établis et inertes, en ce sens le thème "Micro-Macro" de cette édition n'aurait pas pu être mieux choisi. Nous repartons tous avec en tête de nouvelles solutions pour produire, pour créer, des perspectives pour élaborer de nouvelles matières, des mots pour définir à travers le vêtement des approches de la vie, du genre, de la sexualité différentes et rejetées à la marge, une ouverture sur ce géant qu'est la Chine et qui parfois effraie, de nouvelles idées pour inventer les magasins de demain et ce qui s'y trouvera... bref, tout pour inventer le monde d'après.

 

Fashion Tech Days


Le géant Vente-privee acquiert la startup Daco.

Le géant Vente-privee annonce l’acquisition de Daco, dont nous faisions le portrait en mars dernier. Cette start-up française accélérée au sein de Vente-privee Impulse, présent à Station F , propose une utilisation de l’intelligence artificielle qui permet l'élaboration de  stratégies concurrentielles pour les marques de mode.

Fondée il y a maintenant deux ans par Anis Gandoura, Claire Bretton et Paul Mouginot, elle représente aujourd'hui l'une des plus belles success story parmi les aventures entrepreneuriales de l'univers de la tech. Désormais les 3 fondateurs de Daco, intègrent les équipes de Vente-privee et c’est ensemble, qu’ils se lancent dans la co-création d’une nouvelle aventure technologique. À travers cette acquisition, les équipes des deux entreprises vont désormais mobiliser toutes les synergies pour exploiter les technologies de reconnaissance d’image de Daco fondées sur l’intelligence artificielle. L’objectif est d’appréhender le marché avec une segmentation particulièrement fine des produits des marques.

« Nous sommes très fiers de voir que cette pépite a tiré le meilleur parti de sa période d’accélération. Nous avons à cœur de tisser des liens durables avec les start-ups, dans notre vision long terme de l’entreprise où nous plaçons l’innovation et la tech au cœur de notre stratégie de croissance » 

Jacques-Antoine Granjon, PDG et Fondateur du groupe vente-privee.

vente-privee

 

Au-delà du succès et du développement inédit de cette startup, Daco représente peut-être le premier rapprochement concret et efficient de la mode et de la tech. En deux ans d'existence et sans levée de fonds, daco est devenu un acteur clé du Retail, en nouant notamment des liens forts avec l'industrie de la mode (Fédération du Prêt à Porter, Fédération de la Haute Couture et de la Mode, DEFI, Institut Français de la Mode, ANDAM) et en développant une méthodologie unique d'analyse de données. Installée à Station F, Daco améliore en continu ses technologies en faisant levier sur les dernières publications scientifiques et mathématiques, ce qui lui a valu plusieurs distinctions, dont le prix Nvidia x ReWork AI en 2018.

« Depuis la création de daco, nous avons développé des liens forts avec des acteurs majeurs du monde de la mode, du retail et de la technologie : aujourd’hui, nous sommes très heureux de marier nos technologies à celles de vente- privee, et de rejoindre cette grande famille experte et passionnée. Nous sommes ravis que la période d’accélération de daco au sein de vente-privee impulse ait pu démontrer l’existence de synergies importantes entre notre jeune entreprise et le groupe. Au sein de vente-privee, nous avons hâte de continuer à faire ce qui nous passionne : résoudre des problèmes complexes, en étroite collaboration avec les métiers. »

Paul Mouginot, Anis Gandoura et Claire Bretton.

Cette équipe d’anciens consultants en stratégie et de spécialistes de la donnée, permet aux marques et aux distributeurs d’avoir une vision à 360° de leur environnement concurrentiel. Pour cela, la start-up a développé des technologies de pointe de reconnaissance d'image, basées sur l'intelligence artificielle et le deep-learning, pour classer automatiquement des dizaines de millions de produits dans des centaines de catégories détaillées, et pour réaliser des analyses poussées sur les assortiments. Les fondateurs de Daco ont su en faire un acteur clef de la stratégie de leurs clients sans pour autant se prévaloir d'une solution miracle. Avec humilité, ils tracent une autre voie de la tech vers la mode et par la même réalise une véritable innovation.

On leur souhaite le meilleur pour cette nouvelle aventure !


Les Galeries Lafayette et l'évènement "Go for good" : les grands magasins passent à l'heure éco-responsable.

Après le partenariat avec l’accélérateur de startups Plug and Play Fashion For Good en 2017, le groupe Galeries Lafayette semble aujourd'hui vouloir repenser son activité économique, au vu des enjeux environnementaux, avec le lancement de «Go for good» en 2018. Ce projet a pour mission de contribuer à l'émergence d'un commerce plus juste et équitable, en encourageant de nouvelles formes de consommation. Le mouvement «Go for good» parrainé par Stella McCartney, créatrice de mode et pionnière en matière de création textile éco-responsable, s'inscrit ainsi dans la continuité des actions mises en place par le groupe Galeries Lafayette pour faciliter la transition vers son nouveau positionnement commerciale.

Go for good

Les critères qui ont permis à la sélection des 500 marques participantes, s'appuient sur un cahier des charges qui garantit le caractère responsable de chaque produit. Pour rentrer dans la sélection « Go for Good », les produits proposés par les marques doivent remplir au moins un critère qui présenteraient un bénéfice pour l’environnement (utilisation de matières biologiques), le commerce éthique ou la valorisation du made in France. Une zone commerciale de 300m2 située au 2ème étage des Galeries Lafayette Haussmann, nommée le Good Spot, est depuis dédiée à cette opération.

Go for good c'est aussi un ensemble de partenaires comprenant des organisations, des startups et des entreprises qui évoluent dans le domaine du social, de l’environnement, ou encore dans la valorisation des savoir-faire français. Parmi eux, on retrouve l'accélérateur Fashion for Good - Plug and Play qui offre aux startups spécialisées dans la mode responsable un programme d'accompagnement. Les Galeries Lafayette sont également en étroite collaboration avec Emmaüs Défi, un programme de réinsertion professionnelle pour les plus démunis. L' ONG internationale CARE, l'un des plus grands réseaux d'aide humanitaire au monde, ou encore la Chaire RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) d'Audencia Business School sont également partenaires principaux du programme Go for Good.

Go for good

Go for good

Go for good

Un ensemble d'événements est également proposé par les Galeries Lafayette avec des conférences, des animations et opérations de sensibilisation, et le déploiement de nouveaux services de location, de réparation et de recyclage de vêtements. Outre des pop-up stores consacrés à sa marque et une collection capsule exclusive qui met à l’honneur ses principes en terme de mode et de développement durable, Stella McCartney proposera un espace dédié à la méditation intitulé Century of Stillness et un dispositif de vitrines en partenariat avec la designer Faye Toogood

Go For Good affiche clairement sa volonté de s'inscrire dans une perspective de durabilité, et ce dans l'optique de développer le nouveau commerce de demain. Si la démarche est plus que louable, il n'en demeure pas moins que le chemin emprunté par le groupe Galeries Lafayette mène avant tout vers la pérennisation financière de l'entreprise familiale Lafayette, face aux changements imminents du marché de la mode. Avec un recul de 2,9 % enregistré en juillet 2018 par l'IFM (Institut Français de la Mode), les ventes des distributeurs de mode peinent à retrouver une santé financière descente. Les premières touchées sont les chaînes spécialisées (New Look, H&M, Promod… ), dont la fortune repose entièrement sur le modèle économique de la fast fashion . Aujourd'hui ils font face à une chute de 6,3 % de leurs revenus, tandis que les e-commerçants affichent une croissance de 7 %. Les chiffres ne mentent pas et laissent présager de profondes modifications du secteur avec notamment la mode éco-responsable comme biais. Si aujourd'hui on peut soupçonner un effet d'aubaine et d'opportunisme, il est rassurant de constater que des géants du retail se positionnent sur la question de l'environnement avec des investissements conséquents, des interventions sans ambages et une communication omniprésente. Qu'ils profitent de l'effet de buzz, tant que cela fait du bien à la planète.

Néanmoins, les Galeries Lafayette montrent d'une certaine manière l'exemple et ouvrent la voie vers l'adoption, et nous l'espérons, la généralisation du modèle eco-responsable pour toutes les autres enseignes de mode. C'est également en toute transparence que l'entreprise reconnaît ne pas proposer des produits exemplaires sur toutes les dimensions du développement durable mais simplement d'apporter sa pierre à l'édifice en contribuant à faire évoluer progressivement les modes de consommation et le marché de la mode. On apprécie cet aveu en toute transparence et on salue l'initiative qui nous l'espérons sera suivie de nombreuses autres, jusqu'à la banalisation du concept.

Crédits photos : tous droits réservés au site Go For Good des Galeries Lafayette

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