Le géant Vente-privee acquiert la startup Daco.

Le géant Vente-privee annonce l’acquisition de Daco, dont nous faisions le portrait en mars dernier. Cette start-up française accélérée au sein de Vente-privee Impulse, présent à Station F , propose une utilisation de l’intelligence artificielle qui permet l'élaboration de  stratégies concurrentielles pour les marques de mode.

Fondée il y a maintenant deux ans par Anis Gandoura, Claire Bretton et Paul Mouginot, elle représente aujourd'hui l'une des plus belles success story parmi les aventures entrepreneuriales de l'univers de la tech. Désormais les 3 fondateurs de Daco, intègrent les équipes de Vente-privee et c’est ensemble, qu’ils se lancent dans la co-création d’une nouvelle aventure technologique. À travers cette acquisition, les équipes des deux entreprises vont désormais mobiliser toutes les synergies pour exploiter les technologies de reconnaissance d’image de Daco fondées sur l’intelligence artificielle. L’objectif est d’appréhender le marché avec une segmentation particulièrement fine des produits des marques.

« Nous sommes très fiers de voir que cette pépite a tiré le meilleur parti de sa période d’accélération. Nous avons à cœur de tisser des liens durables avec les start-ups, dans notre vision long terme de l’entreprise où nous plaçons l’innovation et la tech au cœur de notre stratégie de croissance » 

Jacques-Antoine Granjon, PDG et Fondateur du groupe vente-privee.

vente-privee

 

Au-delà du succès et du développement inédit de cette startup, Daco représente peut-être le premier rapprochement concret et efficient de la mode et de la tech. En deux ans d'existence et sans levée de fonds, daco est devenu un acteur clé du Retail, en nouant notamment des liens forts avec l'industrie de la mode (Fédération du Prêt à Porter, Fédération de la Haute Couture et de la Mode, DEFI, Institut Français de la Mode, ANDAM) et en développant une méthodologie unique d'analyse de données. Installée à Station F, Daco améliore en continu ses technologies en faisant levier sur les dernières publications scientifiques et mathématiques, ce qui lui a valu plusieurs distinctions, dont le prix Nvidia x ReWork AI en 2018.

« Depuis la création de daco, nous avons développé des liens forts avec des acteurs majeurs du monde de la mode, du retail et de la technologie : aujourd’hui, nous sommes très heureux de marier nos technologies à celles de vente- privee, et de rejoindre cette grande famille experte et passionnée. Nous sommes ravis que la période d’accélération de daco au sein de vente-privee impulse ait pu démontrer l’existence de synergies importantes entre notre jeune entreprise et le groupe. Au sein de vente-privee, nous avons hâte de continuer à faire ce qui nous passionne : résoudre des problèmes complexes, en étroite collaboration avec les métiers. »

Paul Mouginot, Anis Gandoura et Claire Bretton.

Cette équipe d’anciens consultants en stratégie et de spécialistes de la donnée, permet aux marques et aux distributeurs d’avoir une vision à 360° de leur environnement concurrentiel. Pour cela, la start-up a développé des technologies de pointe de reconnaissance d'image, basées sur l'intelligence artificielle et le deep-learning, pour classer automatiquement des dizaines de millions de produits dans des centaines de catégories détaillées, et pour réaliser des analyses poussées sur les assortiments. Les fondateurs de Daco ont su en faire un acteur clef de la stratégie de leurs clients sans pour autant se prévaloir d'une solution miracle. Avec humilité, ils tracent une autre voie de la tech vers la mode et par la même réalise une véritable innovation.

On leur souhaite le meilleur pour cette nouvelle aventure !


Les Galeries Lafayette et l'évènement "Go for good" : les grands magasins passent à l'heure éco-responsable.

Après le partenariat avec l’accélérateur de startups Plug and Play Fashion For Good en 2017, le groupe Galeries Lafayette semble aujourd'hui vouloir repenser son activité économique, au vu des enjeux environnementaux, avec le lancement de «Go for good» en 2018. Ce projet a pour mission de contribuer à l'émergence d'un commerce plus juste et équitable, en encourageant de nouvelles formes de consommation. Le mouvement «Go for good» parrainé par Stella McCartney, créatrice de mode et pionnière en matière de création textile éco-responsable, s'inscrit ainsi dans la continuité des actions mises en place par le groupe Galeries Lafayette pour faciliter la transition vers son nouveau positionnement commerciale.

Go for good

Les critères qui ont permis à la sélection des 500 marques participantes, s'appuient sur un cahier des charges qui garantit le caractère responsable de chaque produit. Pour rentrer dans la sélection « Go for Good », les produits proposés par les marques doivent remplir au moins un critère qui présenteraient un bénéfice pour l’environnement (utilisation de matières biologiques), le commerce éthique ou la valorisation du made in France. Une zone commerciale de 300m2 située au 2ème étage des Galeries Lafayette Haussmann, nommée le Good Spot, est depuis dédiée à cette opération.

Go for good c'est aussi un ensemble de partenaires comprenant des organisations, des startups et des entreprises qui évoluent dans le domaine du social, de l’environnement, ou encore dans la valorisation des savoir-faire français. Parmi eux, on retrouve l'accélérateur Fashion for Good - Plug and Play qui offre aux startups spécialisées dans la mode responsable un programme d'accompagnement. Les Galeries Lafayette sont également en étroite collaboration avec Emmaüs Défi, un programme de réinsertion professionnelle pour les plus démunis. L' ONG internationale CARE, l'un des plus grands réseaux d'aide humanitaire au monde, ou encore la Chaire RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) d'Audencia Business School sont également partenaires principaux du programme Go for Good.

Go for good

Go for good

Go for good

Un ensemble d'événements est également proposé par les Galeries Lafayette avec des conférences, des animations et opérations de sensibilisation, et le déploiement de nouveaux services de location, de réparation et de recyclage de vêtements. Outre des pop-up stores consacrés à sa marque et une collection capsule exclusive qui met à l’honneur ses principes en terme de mode et de développement durable, Stella McCartney proposera un espace dédié à la méditation intitulé Century of Stillness et un dispositif de vitrines en partenariat avec la designer Faye Toogood

Go For Good affiche clairement sa volonté de s'inscrire dans une perspective de durabilité, et ce dans l'optique de développer le nouveau commerce de demain. Si la démarche est plus que louable, il n'en demeure pas moins que le chemin emprunté par le groupe Galeries Lafayette mène avant tout vers la pérennisation financière de l'entreprise familiale Lafayette, face aux changements imminents du marché de la mode. Avec un recul de 2,9 % enregistré en juillet 2018 par l'IFM (Institut Français de la Mode), les ventes des distributeurs de mode peinent à retrouver une santé financière descente. Les premières touchées sont les chaînes spécialisées (New Look, H&M, Promod… ), dont la fortune repose entièrement sur le modèle économique de la fast fashion . Aujourd'hui ils font face à une chute de 6,3 % de leurs revenus, tandis que les e-commerçants affichent une croissance de 7 %. Les chiffres ne mentent pas et laissent présager de profondes modifications du secteur avec notamment la mode éco-responsable comme biais. Si aujourd'hui on peut soupçonner un effet d'aubaine et d'opportunisme, il est rassurant de constater que des géants du retail se positionnent sur la question de l'environnement avec des investissements conséquents, des interventions sans ambages et une communication omniprésente. Qu'ils profitent de l'effet de buzz, tant que cela fait du bien à la planète.

Néanmoins, les Galeries Lafayette montrent d'une certaine manière l'exemple et ouvrent la voie vers l'adoption, et nous l'espérons, la généralisation du modèle eco-responsable pour toutes les autres enseignes de mode. C'est également en toute transparence que l'entreprise reconnaît ne pas proposer des produits exemplaires sur toutes les dimensions du développement durable mais simplement d'apporter sa pierre à l'édifice en contribuant à faire évoluer progressivement les modes de consommation et le marché de la mode. On apprécie cet aveu en toute transparence et on salue l'initiative qui nous l'espérons sera suivie de nombreuses autres, jusqu'à la banalisation du concept.

Crédits photos : tous droits réservés au site Go For Good des Galeries Lafayette

Découvrez la plateforme dédiée à ce mouvement ici


Les temps forts de la Fashion Week de New York SS 2019

C'est très certainement la Fashion Week la plus politique de New York à ce jour. Les déclarations ne se limitent plus à un principe général ou à un appel aux armes, mais s'étendent à des campagnes bien spécifiques. La collection de Jeremy Scott comportait un tee-shirt portant la mention «Tell your senator no on Kavanaugh », en référence à sa nomination par Donald Trump pour remplacer Anthony Kennedy à la cours suprême des Etats-unis. Cette nomination doit encore être confirmé par le Sénat. Le designer Christian Siriano profite de la semaine de la mode pour faire la promotion de l'actrice de la série Sex and the city, Cynthia Nixon d'extrême gauche. Cette dernière n'est pas parvenue à  détrôner le ténor le démocrate Andrew Cuomo, lors de la primaire démocrate qui a eu lieu jeudi dernier. La créatrice Maria Cornejo quant à elle, s'est exprimée sur l'importance du vote et combien il est primordial de faire fonctionner la démocratie et par conséquent la liberté de chaque américains. Elle s'est tout particulièrement adressée aux femmes en leur demandant de « se faire entendre ». Serait-ce le signe d'une vraie crispation de la société américaine qui, débordant des seuls médias et talk show politiques aurait transformé le catwalk en véritable concours de plaidoiries cette année ?

A New-York, la politique et la mode n'ont cependant pas attendues 2018 pour se réunir. Bien avant cela, en 1984, Katharine Hamnett portait un t-shirt sur lequel était inscrit « 58% ne veulent pas de Pershing » et cela a scandalisé la sphère de la mode, à l’exception de ceux qui ne savaient pas ce que Pershing voulait dire. Mais ces dernières années les slogans sont plus poignants, moins anodins et désincarnés. Déjà en 2017, le t-shirt «People are People» signé Christiano Siriano, en référence à la politologue Hannah Arendt et son travail sur la théorie politique, n'est pas passé inaperçu. Les casquettes «Make America New York» de la maison Public School, détournant le fameux slogan de campagne de Donald Trump, est probablement le symbole le plus fort, faisant références aux valeurs libérales.

Fashion week

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Le défilé le plus remarquable de cette semaine de la mode de New York, en vu de la situation actuelle aux États-Unis pour la communauté noire, est sans conteste celui de Jean Raymond, présenté au Centre culturel de la ville de Weeksville. Le lieu est aussi percutant que pertinent, puisqu'il est le premier quartier ayant vu naître une communauté noire libre, après l'abolition de l'esclavage aux États-Unis. Le lieu a ainsi servi de toile de fond à une collection qui a célébré pleinement la culture noire tout en envoyant un message puissant non seulement à l’industrie de la mode mais au monde entier. Les slogans « See us now », « Stop calling 911 on the culture » témoignent de l'ambiance délétère actuelle du pays de la Liberté, en référence aux nombreuses bavures policières et contrôles au faciès.

Jean-Raymond emporte son message bien au-delà des t-shirts à slogan. Il collabore avec l'artiste Derrick Adams pour la création d'une dizaine de robes et tuniques peintes à la main et ornée de cristaux Swarovski, mettant en scène le quotidien de la communauté noire au États-Unis. En cette période de lutte contre les inégalités raciales, il est heureux de voir défilé les pièces de ce jeune créateur qui se consacre à travers son travail à la diffusion d'un message puissant. Et ce genre d'initiatives, la mode en a bien besoin. Espérons que cette tendance persiste après les fashion week et ne se cantonne pas au catwalk. Puisse les fashionistas garder leur nouvelles bonnes résolutions à l'avenir.

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Pour compléter sa collection, Pyer moss collabore également avec FUBU, l'une des marque pionnière de la tendance streetwear des années 90, fondée par Daymond Johns.

" It is time to deal with this present-day moment of people calling the cops on black men having a barbecue. Tthis is what black American leisure looks like” _ Jean Raymond

A New York, il semblerait que la plupart des marques aient désormais intégré le besoin de plus de diversité sur les podiums, avec des mannequins de toutes origines ethniques et une banalisation croissante des mannequins grande taille ou transgenres. La palme de la diversité est sans doute revenue cette semaine au défilé lingerie de Rihanna pour Savage X fenty. Après s'être attaqué au monde non moins conservateur de la cosmétique, avec une ligne pour toutes les carnations, Rihanna investie le monde de la lingerie avec la même irrévérence. Dans un défilé plus proche de la performance artistique que de la grande messe Victoria Secret,  Savage X Fenty s'adresse à toutes les femmes quelque soit leurs corpulences, leur sexualité, leur genre et leurs origines ethniques. Ne manquait que le corps vieux. Peut-être avons nous là, la prise de position la plus sincère, tant les modèles proposés offrent une large variété de forme, de matière, une véritable réflexion sur comment sublimer le corps avec des dessous. Venant d'une star de la pop hautement sexualisée, on salue son positionnement audacieux et sa prise de risque en terme d'image, véritable manifeste sans fard ni faux semblant.

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La marque Chromat de la créatrice Becca McCharen n'est pas en reste. Ericka Hart, survivante du cancer du sein, Mama Cax défilant avec une prothèse de jambe, au milieu de dizaine de mannequins noires et métisses aux corps sortant des sentiers battus du mannequinat. On a même remarqué une femme portant un hijab. Un beau melting pot qui démontre au mieux de profond changements dans les castings, au pire un opportunisme assez dérangeant. Si on ne peut nier que la mode doit impérativement se faire le miroir de la société et pour cela inclure toutes les diversités, n'y aurait-il pas un certain malaise à voir une femme tout juste remise d'une double mastectomie exhiber ses cicatrices ? Entendons-nous bien, oui ces femmes doivent être visibles. Oui les corps doivent être acceptés dans toutes leurs différences. Cependant doit-on mettre cela en scène à tout prix ? Où est la spontanéité ?

Fashion week

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Si l'on ne devait retenir qu'une chose de cette Fashion Week new-yorkaise, c'est bien cette prise de conscience et cette volonté de sens qui, à tord ou à raison, jusqu'alors semblait absente. Le geste avant le profit peut-être est-ce le nouveau leitmotiv de la création new-yorkaise. Moins consensuelle qu'hier, New York impose une vision de la mode plus militante que commerçante, plus audacieuse que conforme aux attentes d'un marché frileux. A l'image du duo de créateurs de la marque Eckhaus Latta, qui fait valoir le droit à l'expérimentation au détriment du commercial et à lui seul semble dire : « Aujourd'hui New York est au sommet d'un renouveau créatif ».

Article rédigé à quatre mains avec Julie Pont.

Fashion week

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Avatars virtuels et mannequins robotisés : la fashion week de Septembre 2018 s'annonce technologique

Le directeur artistique de la maison Balmain Olivier Rousteing, vient de révéler les visages de ses trois nouvelles égéries Margot, Shudu et Gi conçues par le programme CGI ( Computer- Generated imagery ) . Ces trois mannequins virtuelles sont nées de la collaboration avec le photographe Cameron-James Wilson qui n'est autre que le concepteur de Shudu. En effet, Shudu est la première mannequin créée par le photographe et comptabilise aujourd'hui pas moins de 143000 followers Instagram. Margot et Gi l'ont rejointe à la demande d'Olivier Rousteing, bien conscient de l'opportunité en terme de buzz et de visibilité.

La « Balmain army » jusqu'alors composée de mannequins super star, de chanteuses pop renommées et d'amies « clientes » aux comptes twitter ou instagram bien garnis, est en passe aujourd'hui de faire rentrer la mode dans la quasi science-fiction. Buzz ou réelle tendance ? Réchauffé ou véritable nouveauté ?

mannequin virtuel

On le sait, Olivier Rousteing est un grand adepte des réseaux sociaux et notamment d'instagram. La digitalisation de la mode n'a que peu de secrets pour lui et il sait s'appuyer sur son impressionnante popularité sur les réseaux sociaux. Quoi de plus naturel pour cet « instagramolique » de faire rentrer Balmain dans l'ère du mannequin virtuel et faire leur présentation sur le célèbre réseau social. Des mannequins « sublimes » à disposition et sans fiche de paye, riche idée. Comment exploiter l'image de femme sans rétribuer aucune femme ? Perpétuer des diktats physiques et des clichés misogynes sans qu'aucune femme n'ait à les endosser. Plus d'autorisation, plus de droit à l'image, plus de réglementation des heures de travail, plus d'agents.

Bientôt la fin des agences de mannequins ? Rappelons que le premier avatar virtuel présenté sur instagram n'est autre que « l'influenceuse instagrammeuse » Lil Miquela. Ses créateurs Trevor McMedrief et Sarah Decou l'avaient créée à l'occasion d'un projet d'art digital dès 2016. Si aujourd'hui la jeune mannequin virtuelle comptabilise 1,4 millions d'abonnés, elle n'a pour autant pas encore supplanté, ni fait disparaître les influenceuses de chair et d'os. Néanmoins, on voit que cette « innovation » est déjà vieille de deux ans et s'inscrit dans une plus large tendance au « tout technologique » dans la mode. Pour preuve, le défilé virtuel holographique de Burberry en 2015, la flopée de miroir à réalité augmentée pour le retail, les lourds investissements consentis pour développer les technologies de AR et VR et plus proche de nous, l'annonce d'un défilé de mannequins robotiques dans la fashion week de Londres, les 15 et 16 Septembre prochains au Millenium Gloucester London Hotel.

mannequin virtuel

Organisé par l'entreprise Ohmnilabs pour l'occasion associée à la créatrice Honee, cet événement organisé par House of Icons verra pour la première fois des machines emboîter le pas à des mannequins humains. Intitulé A.I à la fois pour Intelligence artificielle et « amour » en vietnamien et en chinois, ce défilé doit selon le co-fondateur et PDG d'Ohmnilabs Thuc Vu « montrer de quelle manière la robotique et la mode peuvent collaborer créativement ». Comme une référence au défilé Dolce & Gabbana où des drones présentaient des sacs à mains ?

Force est de constater que nous devrons désormais composer avec le digital et la robotisation dans la mode. Néanmoins, il semble que ces avancées ( si tant est que cela en soient ) restent encore limitées et bien en deça de la fluidité d'un textile, le grain d'une peau, l'élégance d'une démarche. Espérons que nous garderons en mémoire l'amour des matières et qu'un jour les spectateurs d'un défilé se concentreront avant tout de nouveau sur la beauté des œuvres mouvantes que sont les vêtements. Si ce sujet vous intéresse et vous souhaiteriez l'approfondir, rendez-vous dans le numéro 6 de Modelab de Mai dernier pour lire le très complet article sur la mode virtuelle, de notre cher Coline Vernay.


Le catwalk est-il le meilleur endroit pour avoir une opinion politique ?

Le vêtement de mode, tel qu'il existe depuis des décennies, participe grandement à notre construction sociale, de nos revendications. De l'avènement de l'aristocratie au port du jean dont l'image est légitimement associé à la toute puissance américaine, les nouvelles tendances se créent dans le sillage des bouleversements socio-politiques. On entend par là, les subcultures et non pas ces collections pré-mâchés par les bureaux de conseils, puis digérées par l'industrie. Autrement dit, le vêtement de mode est un patrimoine culturel qui découle de la société, qui est elle-même modeler par des décisions politiques. Aujourd'hui, il est de plus en plus courant d'observer dans les défilés de mode, une pléiade de créateurs dont les collections prennent forme sous couvert de revendications politiques et sociales.

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Le dernier en date, la collection printemps-été 2019 du créateur géorgien Demna Gvasalia qui dénonce la colonisation de Sokumi par l'URSS. Le prodige de la mode nous livre une partie de son existence et nous confie des souvenirs d'enfance passée dans sa ville natale qui était à l'époque sous occupation russe. Avec un casting composé d'une quarantaine de jeunes Géorgiens hors-agences, dénichés dans les rues de Tbilissi, Demna nous emporte vers une société criblée de normes restrictifs et de violences. Les mannequins défilent dans une ambiance pesante, mettant en scène des pièces martelé d'insultes en cyrillique, d'emblèmes soviétiques, de pièces ultra-branchées et d'hommes masqués. Le vêtement de mode ne se perçoit plus uniquement sous sa dimension mercantile, mais également sous une forme d'expression où les créateurs mettent en exergue les problématiques liées à la société.

Autre démarche plus militante, à New York, la créatrice franco-algérienne Myriam Chalek, spécialiste des défilés « à contre-courant », dénonce la misogynie ambiante de la société dite « moderne » et fait défiler des jeunes femmes victimes de harcèlement sexuel, d’agression sexuelle ou de viol. Un défilé printemps-été 2018 plus engagé que glamour, rythmé par quelques témoignages poignants, le tout agrémenté de quelques masques de porcs. Une forme de défilé-tribune où les vêtements passent au second plan espérant libérer la parole au bout du podium. Le catwalk, permettant de bénéficier d'une grande visibilité, confère au vêtement de mode un pouvoir décisionnel sur l'opinion politique à suivre.

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S'habiller devient alors un acte politique comme nous le démontre Sarah Burton, responsable des collections femme pour la marque Alexander McQueen. Le prêt-à-porter Automne-hiver 2018 était sous le signe de « l'empowerment » . La créatrice britannique qui souhaite « donner du pouvoir aux femmes, sans renoncer à leur féminité », fait défiler ses modèles dans des vestes structurées, légèrement over-size et aux épaules très marquées. L'ambiance y est stricte et le pas des mannequins aux visages fermés se fait pressant. Les teintes sombres et le style très formel de la collection fait référence au courant vestimentaire des années 80, époque durant laquelle la condition féminine connaît de profonds bouleversements, notamment dans le milieu du travail. L'adoption du vestiaire masculin par la femme s'inscrit dans la tendance en réaction aux révolutions féminines. Car aujourd'hui, si la représentation des femmes augmente aux postes de dirigeant, l'univers reste majoritairement masculin à mesure que le niveau de responsabilité augmente. Le vêtement devient alors pour ces femmes, une manière d'asseoir leur statut social, en combinant des éléments collectés selon certaines règles, dans un réservoir limité.

Un vent de contestation souffle également chez les marques émergentes. Les changements opérés par la mondialisation apportent leur lot de contestations : la surpopulation, la pauvreté, et les désastres environnementaux sont les nouveaux désordres socio-politiques auxquelles la nouvelle génération devra faire face. Le duo néerlandais Rushemy botter et Lisi Herrebrugh, lauréats du grand prix de la mode du festival international de Hyère et sur lesquels nous avons déjà écrit un article, a mis le cap sur le problème des flux migratoires des colonies néerlandaises vers les pays développés et de la pollution des océans avec la collection « fish and fight ». La collection faite à partir de filets de pêche recyclés, de sacs en plastique noués autour du cou, revendique un changement de paradigme profond qui va bien au-delà du vêtement. En plus de dénoncer les méfaits de l'activité humaine sur la planète, le couple introduit la notion d'upcycling en créant des pièces avec des matériaux existants et en détournant des objets de leur fonction initiale.

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La créatrice Ester Manas quant à elle, s'insurge devant les discriminations morphologiques de l'industrie qui impose la minceur comme un critère incontestable de beauté aux femmes. Avec sa collection « Big Again », elle cherche à célébrer la beauté féminine sous toutes ses formes. Un « empowerment » nouvelle génération allant du 34 au 50 et un casting grande taille vont donner raison à la jeune femme qui se fait remarquer lors de son passage au 3ème festival de Hyère.

Les personnes qui consomment la mode prennent-ils réellement conscience des enjeux mis en avant par les créateurs ? Ces enjeux sociaux ne font-il pas simplement l'objet de stratégie marketing ? Autant de convictions qui défilent sous nos yeux pleins de revendications et d'espoir qu'un jour les choses changent. Qu'un jour l'impact soit réel. Les marques de mode font parler, questionnent notre réalité, puis transforme nos valeurs et notre indignation en une redoutable stratégie marketing qui fait vendre. Et puis plus rien, jusqu'aux prochaines fashion-weeks, au prochains concours de mode permettant de grappiller à nouveau  un peu de visibilité . Les mannequins resterons minces, les femmes cantonnées à des rôles subalternes et la guerre et les rapports de forces continueront de modeler notre société. Le formidable lieu de revendication qu'est la mode ne se départit jamais tout à fait de son fond de commerce : vendre. Et le consommateur soit ne voit même pas l'esbroufe, soit se fait de plus en plus désabusé et méfiant. S'il faut se tenir vent debout contre les problèmes, les injustices et les incohérences, sommes-nous toujours  légitimes lorsque nous nous rendons coupables des mêmes incohérences? À méditer...


Le défilé Casa 93 fait la part belle à l'audace.

Hier soir la rédaction Modelab a eu l'honneur et le plaisir d'être conviée au défilé de la première promotion de l'école Casa 93.  Qu'est-ce que Casa 93 ? Sûrement pas une école comme les autres. Basée sur la notion d'égalité des chances, son concept est importé du Brésil et se calque sur le modèle de la Casa Geração Vidigal fondée en 2013, pour les jeunes du quartier de Vidigal, à Rio de Janeiro. Nadine GOnzales, cofondatrice du projet est à l'initiative des deux écoles chapeautées par l'association ModaFusion.

Casa 93, c'est une formation professionnelle proposant une méthode pédagogique innovante. c'est une école qui choisit de se tourner vers ceux que l'on oublie souvent trop facilement comme sa grande soeur de Rio de Janeiro. Fondée sur des valeurs bien trop souvent oubliées par nos entreprises et notre système d'éducation, elle fait la part belle à l'audace et au "pourquoi pas moi?".

Casa 93

"La mode aujourd’hui est un secteur d’activité exclusif peu durable socialement, culturellement, en terme créatif… Pour nous la mode de demain se doit d'être inclusive et créative. J’ai toujours trouvé dans la banlieue une inspiration puissante, à ce titre je suis pour un Grand Paris Créatif, et les projets de Casa 93 pourront contribuer à son émergence. C’est en assumant, sans la dévoyer, ses influences et sa diversité que la périphérie pourra continuer à se réinventer et se renouveler. Au delà de la formation et de l’insertion professionnelle, mon ambition est que la Casa 93 devienne un laboratoire / observatoire de l’esthétique de la périphérie dans chaque métropole en mutation."

Nadine Gonzalez, cofondatrice du programme Casa 93

Casa93 offre l'opportunité à un plus large panel de profils d'accéder aux formations de mode. Combien de talents qui s'ignorent n'oseront jamais poussé les portes des grandes écoles de mode ? Combien n'en auront même jamais l'idée par auto-censure ou par simple désinformation? Combien n'en ont tout simplement pas les moyens matériels?

Quel manque à gagner pour un secteur qui appelle le changement et l'innovation. Casa93 a pour vocation de révéler ceux qui ont perdu confiance, ceux qui sont convaincus que le milieu de la mode et de la création est inaccessible pour les jeunes issus des zones prioritaires. Pour ceux qui se sont perdus en chemin. Pour ceux que l'on a persuadé de choisir une route qui n'était pas la leur.

Le pari est osé mais nécessaire. Dans une industrie qui s'appuie encore malheureusement beaucoup sur le travail gratuit, l'exploitation des talents, des rapports de forces délétères qui épuisent les équipes, poser au centre d'un projet pédagogique l'épanouissement personnel, l'intégration sociale et l'insertion professionnelle par la créativité est un véritable bond en avant. En identifiant, formant, et promouvant les jeunes talents des périphéries sur le marché du travail, Casa93 rebat les cartes et change les paradigmes. L'entre-soi bien huilé du monde de la mode dans le viseur, cette nouvelle école casse les codes et affirme : "le talent est partout et surtout là où l'on ne l'attend pas". Vent de nouveauté dans les salons feutrés parisiens, il ne s'agit pour autant pas d'un nouveau microcosme underground, à la marge du système. Casa 93 bénéficie de parrainages solides et influents (notamment les fédérations du Prêt-à-Porter et de la Couture et de la Mode pour ne citer qu'eux), d'intervenants et de professeurs bénévoles, acteurs prépondérants du secteur (entre autres Dianes Pernet, Maroussia Rebecq, Jérôme Dreyfuss, Patricia Lerat...). Pour infiltrer et modifier un système mieux vaut en connaître les rouages...

 

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Sans restriction de diplômes ou de moyens, Casa 93 accueille ses étudiants selon les critères de sélection suivants :

  • la passion de la mode,
  • la créativité,
  • le talent,
  • la motivation.

Le processus sélectif se fait à travers un formulaire d’inscription, un entretien individuel et collectif. Une prépa de trois mois de septembre à décembre permet d'effectuer un premier tri parmi les admis et vérifier l'engagement et les capacités de réussite des élèves. S'en suivent une formation intensive de six mois puis à partir de juin une cession de coaching avec des professionnels prépondérants du secteur, pour ceux qui souhaitent entreprendre, mais également pour ceux qui souhaitent (re)commencer leur vie active sur le marché de la mode. Cette formation professionnelle gratuite s'adresse prioritairement aux jeunes talents issus des quartiers politique de la ville, de 18 à 25 ans mais fait de l'élève l'acteur de son parcours avec un système de paiement/remboursement des frais de scolarité en fonction de l'assiduité, du sérieux de l'étudiant et de son respect du règlement intérieur.

 

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"Je souhaite devenir créatrice de mode. J'ai choisi de travailler dans le studio de création, le journalisme ainsi que l'événementiel.
J'ai pris conscience de l'impact de la mode sur l'homme et l'environnement. Je souhaite que la casa me donne suffisamment d'armes pour être une actrice pertinente du changement."

Doris Traore, élève de la Casa 93.

Une école pour rompre avec les modèles en place et formé une nouvelle génération de professionnels, alertes et pertinents sur les nouveaux enjeux de la mode. Pourquoi on y croit ? Pour changer la mode, la prmeière clef d'entrée est l'éducation et la formation des futurs professionnels. Comment innover et rompre la chaine de la répétition des schémas si l'on reproduit au sein des écoles les lacunes du système professionnel et ses discriminations? D'où viendra le souffle nouveau si tout le monde est formé à penser sur les modes et est élevé dans les mêmes milieux ?

Caroline Hammelle rapporte dans son article du 18 janvier dernier les propos échangés en classe entre Alexandre Kourilsky (professeur) et l'un de ses éléves :

"_ Sérieusement, si on veut revisiter le sac de Jérôme Dreyfuss, il va falloir qu'on montre un peu qui on est"

Une sacoche Louis Bidon, ce qui représente la banlieue, c'est un faux sac de marque. Les grandes marques font bien des tenues de racailles pour Parisiens".

Touché. En réalité, ici, on est dans le temple d'inspiration de la mode", conclut le prof dont le but est d'aider ces jeunes à prendre confiance en eux et à démonter les clichés."

Le décor est planté. Ici pas de faux semblants, ni de fausse créativité de la rue. Ici chacun vient avec son vécu, son franc-parler ou sa timidité, ses attaches et ses blocages mais surtout avec son talent et son intelligence. Car c'est ce qui transparaît dans cette première présentation de la Casa 93. Beaucoup de spontanéité, des idées et une franche débrouillardise.

 

Casa 93

 

Pour présenter leur collection upcyclée où se mélangent les influences et les techniques (plastiques crocheté, broderies silliconées, superposition de tissages aux formes organiques, vestes déstructurées, jeu de transparence et silhouettes modulables), les élèves de la Casa 93 ont imaginé quatre tableaux suivant quatre stations de la ligne 13 à Paris.

Suivant cette mise en scène, les jeunes créateurs posent les jalons d'une reflexion limpide sur notre société, ses enjeux et leurs interrogations à eux, premiers acteurs d'un futur parfois incertain. Dans un quotidien fait d'attentes, de répétitions et de frustrations symbolisé par les couloir de la ligne 13, ces jeunes ouvrent une brèche le temps d'un défilé qui n'a de défilé que le nom. Les modèles, amis bienveillants et investis pour la plupart, marchent, dansent, se touchent, explorent les vêtements qu'ils portent et les habitent avec naturel. Les corps sont ceux de tout le monde, on a laissé  les diktats au placard. Personne ne marche droit devant soi avec le regard vide en mettant consciencieusement un pied devant l'autre. On exhibe tatouages, maquillage, piercing, cellulite, genoux cagneux, tétons, petits boutons, cheveux lisses, crépus, rasés... la rue est vraiment là. Pas de posture de studio, de version fantasmée de la banlieue, de ses habitants, de ses codes. Place de Clichy, on rêve les yeux ceint de perles. Métro Garibaldi la Nature se fait protéiforme et investit chaque partie du vêtement, comme poussent les plantes entre deux plaques de bétons. Métro La Fourche on réinvente les formes du vêtement comme on se fraie un chemin dans la vie, chacun avec ses codes.  À la station Gaité on évoque le paradis artificiel, ce besoin parfois éprouvé de se divertir, de se diversifier, faire de soi un autre. Se fuir soi-même.

Avec simplicité et sans faux semblants, ces jeunes talents nous balancent à la figure leur mode sans nos clichés. Leurs vies sans les regards parfois condescendants des autres. Une altérité fraiche et pleine de potentiel.

Article rédigé à quatre mains avec Doris Eliot.

 

 

Crédits photos :

Photo de couverture : Bruno Lévy pour Libération

Instagram Casa 93 :  @casageracao93

Bruno Lévy pour le blog Bobines : http://bobines.blogs.liberation.fr/

Instagram de Mathilde Rousseau : @mathilde.rousseau

Instagram IFM Alumnis : @ifm_alumnis

Instagram Sarah El Kho : @saraelkho


Sois hors-normes et tais-toi !

Aussi loin que l'on puisse remonter dans l'histoire de la mode, le corps féminin a toujours été placé au cœur de toutes les préoccupations. L'idéal de beauté, largement réfléchi et construit par l'industrie mode, est depuis toujours un but à atteindre au terme d'une longue lutte contre nature. Avec le nouveau marché de la « beauté singulière » largement médiatisé, la féminité tend vers une toute autre perfection corporelle. Certain(e)s y verront une révolution féminine et féministe qui tourne le dos aux vieux diktats de la grande blonde anorexique. D'autres au contraire penseront à une tendance passagère, alimentée par une énième stratégie marketing qui profitera à l'industrie : comme elle l'a toujours fait.

Beauté singulière

Le nouveau marché de la « beauté singulière » prône l'acceptation de soi. Il remet en cause les critères de beauté conduisant la femme à façonner son corps, de manière à l'éloigner de son état naturel ( poils, mauvaises odeurs...ect). La photographe et mannequin suédoise Arvida Byström a d'ailleurs décidé de bousculer les mentalités et de réveiller les consciences à ce sujet, en posant poils aux jambes pour la campagne de pub Adidas Superstar en Septembre dernier. Féministe dans l'âme, l'ancienne égérie de la marque questionne les interdits sociaux et les pensées dominantes qui pèsent sur le corps féminin. Elle se met régulièrement en scène dans des photographies au décors ultra-girly, dévoilant la moindre parcelle de sa féminité qu'elle poste sur les réseaux sociaux. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas là de nudité mais simplement d'explorer le thème de la féminité dans toute sa splendeur et sans filtres. Cela passe par l'aspect rugueux des poils pubiens, l’irrégularité d'une peau sujette à la cellulite, jusqu'à les menstruations. L'idée étant de déconstruire les convenances sociales et de rééduquer le regard. Outre le message fort adressé à la gente féminine, la collaboration avec la suédoise Arvida Byström permet ainsi à Adidas de marquer les esprits. En alliant stratégie marketing et tendance anti-conformiste, la marque est parvenue à tirer profit de la situation. Elle utilise la technique du marketing émotionnel qui provoque une réaction censée conférer à l'acte d'achat un sens plus profond, bien au-delà de la simple consommation.

La mode nous raconte à travers ses mannequins « grandes taille » qui posent fièrement à la une des magazines féminins que désormais, plus besoin de modifier sa physionomie corporelle par des exercices physiques, des régimes alimentaires ou l'ajout de maquillage. On s'accepte tel que l'on est.  La mode est au « body positivism », un concept américain célébrant de toutes les morphologies sans discrimination, ni hiérarchisation. A ce titre, les mannequins Tara Lynn, Ashley Graham et la jeune Barbara Ferreira sont celles qui incarnent le mieux cette nouvelle génération de mannequins « plus-size ». Elles continuent de lutter contre les beautés pré-fabriquées et de bouleversent un milieu largement réservé aux silhouettes filiformes. La mannequin grande taille Tess Holliday se joue bien des règles imposées par l'industrie de la mode, qui interdit littéralement aux femmes rondes de porter certaines tenues. La blogueuse américaine s'empare alors du sujet et remet en question l'autorité de l'industrie à travers une série de photos dans laquelle elle porte ces fameux « fashion faux pas » . Barbara Ferreira, ancienne égérie de la marque American Eagle, se pose quant à elle en porte-parole des morphologies généreuses et est devenu un modèle pour les petites filles au corps moins standardisés. Elle pose ainsi en sous-vêtements pour la campagne féministe « American Independant Me & You ». Cette mise en avant d'un mannequin loin des corps idéalisés retient l'attention et pousse à s'interroger sur la représentation des femmes dans le monde de la mode. Seulement voila, à en croire les récents défilés de la fashion week, la route est encore longue. De plus, s'il est condamnable d'encourager la maigreur et les diktats inatteignables, doit-on pour autant encourager d'une certaine manière le surpoids? Même si'l est bénéfique de libérer certaines personnes du regard des autres,et de les amener ainsi sur le chemin du bien-être,  n'oublions pas que chaque extrême est mauvais.

Beauté singulière

Après les corps huilés et glorieux des années 1980, puis l’émergence des corps minces adolescents au tournant des années 2000, nous sommes aujourd’hui en quête d’une beauté non normée. On cherche à déconstruire, à se ré-approprier la beauté. Une nouvelle ère venue supplanter la monotonie des grands courants de mode est en train de se dessiner. Selon Serge Carreira, maître de conférences à Sciences Po, spécialiste de la mode et du luxe « Cette recherche de la différence est intrinsèque à toute quête de beauté dans la mode. C’est un jeu d’attraction-répulsion, toujours profondément anti-establishement, qui permet de se renouveler d’aller de l’avant de façon critique. ». Au-delà de la simple corpulence des femmes ou des hommes jusqu'alors invisibilisés par l'industrie de la mode et ses médias se retrouvent poussés sous la lumière des projecteurs et deviennent des égéries. Albinisme, vitiligo et "weird faces" sont les nouvelles coqueluches du milieu. Thando Hopa, Diandra Forrest, Winnie Harlow, Molly Bair en sont quelques exemples… En faisant appel à ces « nouveaux visage », la mode apporte un peu de relief à l'industrie et répond ainsi à une quête de singularité face à l'uniformisation sous-jacente du secteur. Si l'intention est admirable sommes-nous face à une véritable lame de fond ou une simple passade? Les directeurs de casting pensent-ils "empowerment" ou "buzz"?

Beauté singulière

Le marché de la « beauté singulière » prônant l'acceptation de soi, offre ainsi chaque années toujours plus de nouvelles perspectives aux acteurs de la mode. Tout porte à croire qu'il s'agit d'un marché porteur, en bonne voie pour s'imposer dans le cercle fermé de l'industrie. Les agences spécialisées se démocratisent et semblent tout d'un coup répondre aux problèmes liés à l'industrie de la mode et son manque criant de diversité, tant sur le plan ethnique que corporel. Désormais, les imperfections rendent à la beauté toute sa singularité, à l'instar de l'agence Wanted ! qui se présente comme étant le porte-parole de « tous les mannequins dont les profils physiques ne correspondent pas aux critères habituels des agences standards ». Le concept fait rêver et l'offre marque le point de départ vers un avenir glorieux où la morphologie des femmes est (enfin) respectée et où la beauté est pluriel. Résultat, même les agences de mannequins classiques commence à traquer des profils atypiques de peur que le secteur ne devienne trop encombré.

Beauté singulière

S'il est vrai que l'industrie de la mode semble aujourd'hui pleine de belles promesses concernant les représentations féminines, corporelles et ethniques,  il n'en demeure pas moins que la mode reste un système économique avant tout, qui ne laisse rien au hasard. Cette machine bien huilée, dont le but ultime est la rentabilité financière, la bonne mise en marche des produits et la visibilités, n'a souvent rien de philanthropique. S'il était clair à un moment donné de son histoire que  la mode a eu besoin de corps standardisés, idéalisés pour sa croissance et son développement rapide, aujourd'hui elle se nourrit de beautés singulières pour retrouver une forme paradoxale d'universalité. L'idéal ne fait plus vendre, l'égo oui. Chacun doit se reconnaître dans un discours esthétique pluriel. Et si l'hypersingulier devenait le nouveau diktat à la mode?

Crédits photo : instagram @arvidabystrom | instagram @barbienox | Ben Torms 


State of Fashion

State of Fashion : un souffle nouveau venu d'Arnhem

Après la visite de la superbe exposition Viktor&Rolf à Rotterdam (dont vous pouvez lire ou relire l'article ici) j'ai eu la chance, toujours grâce à l'Atelier Néerlandais (une initiative de l'ambassade des Pays-Bas à Paris) d'assister à la première édition d'une formidable initiative : State of Fashion 2018.

Le jeudi 31 mai dernier, l'évènement international s'est ouvert à la Melkfabriek à Arnhem aux Pays-Bas. S'intégrant dans le festival Fashion + Design Festival de Arnhem, ce nouvel évènement mode est parrainé par Stichting Sonsbeek, l'école Artez  et Museum ArhnemBarbera Wolfensberger, directrice générale culture et média au ministère de la Culture, de l'Éducation et des Sciences a inauguré ce nouveau temps fort par un discours annonçant la mise en place d'un programme de soutien au secteur de la mode hollandais :

"Pour être capable de produire de manière alternative, augmenter l'aspect durable et responsable de la production de mode, développer de nouveaux matériaux et un nouveau discours pour la mode, il faut nécessairement encourager toute collaboration entre les acteurs de cette industrie, tels que les entreprises, les écoles, les universités et les designers. De nombreuses initiatives ont déjà vu le jour en Hollande, le Ministère a pour objectif d'accompagner et de pérenniser cette tendance positive."

 

state of fashion new luxury Arnhem Netherlands
State of Fashion - 2018 - crédits State of Fashion

 

L'objet de ce nouveau programme d'aide est de rendre cette industrie plus innovante et responsable. Cette annonce tombe à point nommé lorsque l'on considère que le sous-titre de la première édition de State of Fashion est "Searching for the new luxury."

Barbera Wolfensberger était accompagnée pour inaugurer ce nouveau rendez-vous par deux pionniers de l'éco-luxe de renommée internationale Oskar Metsavaht (Osklen) et VIN (VIN + OMI). Tête de proue d'une nouvelle lignée de designers innovants, ils ouvrent la voie à un futur plus responsable. Avec 50 autres designers, 800 invités et plus de 25000 visiteurs attendus, State of Fashion assume son ambition de proposer de nouvelles voies, pour trouver de nouvelles définitions au terme de "luxe".

 

State of Fashion 2018 luxury Arnhem Netherlands fashion
State of Fashion 2018 - crédits - State of Fashion

“Thought is the new luxury. Thinking about choices rather than impulsively buying.” VIN

L'évènement State of Fashion reviendra tous les quatre ans avec toujours le même objectif ; mettre en lumière de nouvelles solutions pour une mode innovante et plus responsable. Véritable plateforme internationale et interdisciplinaire d'échanges d'idées, d'expérimentations et de collaborations, State of Fashion offre l'opportunité  de rencontres entre personnes habituellement peu en contact. Designers, entreprises et écoles de mode et de textile se retrouvent ainsi à débattre et discuter autour de la même table, portés par la même ambition de faire de l'industrie de la mode un champ d'innovation et de progrès, toujours plus juste et éco-responsable.

L'édition de 2018 commissionnée par  José Teunissen (doyenne de l'École de Design et de Technologie du London College of Fashion, UAL et professeure en théorie de la mode), cherche des réponses à l'urgence de problématiques aussi essentielles que le gaspillage, la pollution, les inégalités, et le bien-être social. Elle est l'occasion d'explorer de nouvelles (bio)technologies, plateformes digitales ou encore processus créatifs qui remettent fondamentalement en question les notions traditionnelles du luxe et par là même contribuent à l'élaboration du futur de la mode.

State of Fashion 2018 Searching for the New Luxury compile les recherches actuelles les plus innovantes et initie des collaborations interdisciplinaires expérimentales qui débuteront en 2018 et devraient se poursuivre dans le futur.

 

State of Fashion 2018 luxury Arnhem
State of Fashion 2018 - Crédits - State Fashion

Divisé en plusieurs zones distinctes, l'espace d'exposition offrait au visiteur plusieurs expériences et parcours d'apprentissage.  Avec le thème searching for the new luxury la commissaire Jose Teunissen explore aux côtés des designers et des chercheurs les possibilités d'utiliser la puissance imaginative, séductrice et innovante de la mode pour créer un cycle de production  plus en phase avec les enjeux de demain. Pour ce faire elle a réuni plus de cinquante projets explorant une nouvelle définition du luxe.

Cinq axes de réflexion jalonnent l'ensemble des pièces présentées :

  • New imagination : Partant du principe que l'une des forces la plus significative de la mode est sa capacité à sortir des sentiers battus, créer de nouveaux mondes et immerger le spectateur/consommateur dedans, l'exposition propose un panel de designers usant de ce pouvoir pour amener le changement. Par la combinaison de la technologie et de la mode, de l'ingénierie et de la Nature, ils montrent une conception radicale qui rompt avec les modèles traditionnels. On y retrouve entre autre Iris Van Herpen, Ying Gao et Rafael Kouto.

 

  • The maker and the product in the spotlight : Avec l'avènement d'Internet, chaque poste de la chaine de valeur s'est retrouvé mis en lumière. Rien ne peut plus (ou quasiment plus) être dissimulé aux yeux des consommateurs. Cela leurs permet donc de consommer de manière plus consciente et durable, et de créer ainsi une relation horizontale entre eux et les producteurs, mettant par la même les artisans et les professionnels au centre. En plus de ce nouveau rapport, les makers gagnent en reconnaissance, en rendement car la plupart des intermédiaires disparaissent via ce nouveau modèle de consommation directe. Cette approche  révèle également l'écart entre le designer star, la valeur réelle du produit et celui qui le fait, et par la même annule ce décalage délétère pour l'industrie de la mode. Osklen, Bruno Pieters et la collection RE:CYCLE de Viktor&Rolf pour Zalando font partie de ce panel.

 

  • New Business Models : Saisonnalité effrénée, gros investissements, défilés hors de prix ne font plus partie de la recette parfaite pour une marque de mode. Les plateformes digitales permettent à des designers d'envergure plus modeste et des producteurs locaux de vivre tout en contrôlant les demandes des consommateurs et leur désir de co-création. En étant toujours plus attentifs aux tendances de consommation, les jeunes marques suivant un modèle de production raisonné et en accord avec les désirs des consommateur se prémunissent des excès de stock. L'intérêt grandissant pour l'économie circulaire et durable accentue la recherche de nouveaux business models. Matti Liimatainen (Self-Assembly), MUD Jeans, 11.11 Eleven Eleven et Maven Woman font partie des exemples illustrant cette tendance.

 

  • Fashion Design for a better World: L'industrie de la mode ne se base pas que sur l'imagination mais également sur le pouvoir. Présente absolument partout sur la planète, regroupant un nombre de consommateurs toujours plus colossal, la force de frappe de ce milieu est considérable. Conscient de ce levier, certains acteurs ont décidé d'en profiter pour faire porter haut leurs voix et leurs idées. Les designers mis en avant montrent comment la mode peut (et même doit) devenir un vecteur de changement pour un monde meilleur, pas seulement en produisant de manière éthique mais en usant de son influence immense pour créer un meilleur environnement de vie et des sociétés plus saines. Vivienne Westwood, Helen Storey et le collectif Fashion Revolution sont parmi les créateurs illustrant cet "empowerment" de la mode.

 

  • New interdisciplinary approaches : Pour créer une mode plus durable il est primordial de mêler les sciences et la mode lors de collaboration inter-disciplinaires. La force majeure de State fo Fashion est de mettre en lumière des expériences déjà en cours dont les résultats sont prometteurs, si ce n'est déjà quasiment opérationnels. Au-delà des mots et des voeux pieux, il est clairement montrer que des alternatives concrètes existent déjà et que ce n'est pas de la science-fiction. De nouveaux matériaux conçus à partir d'algues, de résidus de fruits, de champignons et même de cellule de peau résultant de recherches techniques et scientifiques trouvent des applications concrètes. On retiendra notamment les noms de Orange Fiber, Make Waste-Cotton New, Iris Houthoff et AlgaeFabrics.

 

La mise en avant des rapprochements possibles entre designers et chercheurs est bien la force principale de ce nouveau temps fort de la mode. Loin des discours galvaudés et consensuels souvent repris et répétés sans actions concrètes, State of Fashion insuffle une nouvelle énergie. Il est bien agréable de se voir ainsi proposer un échantillon de solutions, certes en devenir, mais déjà prometteuses. Le champs des possibles est pour une fois agrandi avec un sincère optimisme et un enthousiasme communicatif. Loin du cynisme et du caractère alarmiste de certain discours, les Hollandais semblent ne pas se résoudre à une posture de Cassandres de la mode et font face aux défis de demain avec un pragmatisme et une sagesse qui laisse admiratif. Force est de constater qu'ils sont largement accompagnés dans cette démarche par un gouvernement et des industriels qui, au-delà d'une compréhension lucide des enjeux actuels du secteur de la mode, offrent des moyens concrets pour la mise en place des idées les plus audacieuses et bien souvent les plus confidentielles.

Vous avez jusqu'au 22 juillet pour aller vous nourrir de cet élan positif et rapporter les inspirations et les initiatives que vous vous verrez offrir là-bas.

stateoffashion.org

Instagram : @stateoffashion2018

Facebook : @stateoffashion

 


Le WORTH Partnership Project

Les 3 et 4 février derniers, nous avons eu la chance d'assister à la sélection des finalistes du WORTH Partnership Project à Madrid, où nous avons pu découvrir la crème de l'innovation européenne dans la mode. Nous vous ferons le portrait de certain des lauréats dans de prochains articles, mais tout d'abord qu'est-ce donc que le WORTH Partnership Project ?

L'assemblée des participants au WORTH Week-end dans l'auditorium de l'IED Madrid.

Le WORTH Partnership Project est une initiative financée par le programme de l'Union Européenne COSME (Competitiveness of Enterprises and Small and Medium-sized Enterprises) rattachée à l'ambitieux Horizon 2020 dédié à la recherche et l'innovation.

Le WORTH Partnership Project a pour objectif de faire émerger des collaborations transnationales sur le sol européen. Spécialisée dans les domaines de la mode, du textile, du cuir, de l'accessoire et du lifestyle, la plateforme web permet la mise en contact de partenaires potentiels. L'idée est de rassembler autour d'un même projet des créatifs : stylistes, designers, concepteurs et des experts de la fabrication : artisans, façonniers, usines de production ou des technologies.

En dotant les projets sélectionnés d'une bourse de 10 000 euros (pouvant aller jusqu'à 12 000 euros pour les projets nécessitant la mise en oeuvre de gros moyens techniques ou technologiques) ainsi que d'un suivi personnalisé, le WORTH Partnership Project permet à des créateurs indépendants, de petites ou moyennes entreprises d'innover. Entre 2013 et 2015, le concept a été testé avec un projet pilote qui a impliqué 79 entreprises et a abouti a la création de 34 projets collaboratifs allant de la preuve de concept à la commercialisation de nouveaux produits.

Bas Froon présentant son projet lors du WORTH Week-end à Madrid le 3 Février 2018.

Pour ce premier appel à projets officiel, qui a été clôturé le 31 décembre 2017, les organisateurs ont reçu 111 candidatures. Les 41 finalistes se sont ensuite retrouvés les 3 et 4 Février 2018 pour un week-end exceptionnel d'échanges à l'IED Madrid. Le premier jour, les participants devaient pitcher leur idée devant l'assemblée et les membres du jury avant de présenter une vidéo explicitant leur projet. La seconde journée, ils étaient auditionnés par les membres du jury qui challengeaient l'ensemble du projet afin d'en tester tant le caractère innovant que le potentiel de commercialisation ou la justesse du choix des partenaires.

Table ronde avec les membres du jury le 4 Février 2018.

Pendant ces entretiens, nous avons pu assister à des conférences données par certains des experts et mentors qui assisteront par la suite les équipes sélectionnées. Les membres du jury ont également donné leur vision de l'évolution du secteur lors d'une table-ronde en fin de journée. Ce week-end a surtout été l'occasion pour tous les participants de découvrir et de s'inscrire dans un réseau européen de petites et moyennes entreprises souhaitant innover ensemble dans le domaine de la mode.

Deux semaines après les 27 équipes lauréates ont été dévoilé. Elles rassemblent 60 entreprises différentes réparties dans 20 pays de l'Union Européenne. Les projets présentés par les partenaires sélectionnés ont désormais 9 mois d'accompagnement pour se concrétiser. S'ils se concentrent principalement dans le textile et la mode, il faut noter que 3 d'entre-eux concernent l'accessoire, 2 le bijoux, 2 la chaussure, 3 l'ameublement.

Le second appel à projet devrait ouvrir en Mai, alors si vous souhaitez participer à cette belle aventure européenne, vous pouvez dès maintenant créer votre profil ici pour rejoindre le réseau et commencer à chercher un partenaire pour votre projet.

Enfin, si vous voulez en savoir plus sur le travail d'Elisabeth comme designer c'est par ici.


Fashion Talks 2017

Fashion Talks In Anvers : les sensibles en lumière

Durant mon séjour en Belgique en novembre dernier, j'ai pu me rendre à Anvers pour assister aux Fashion Talks qui réunissaient un panel plus qu'inspirant sur la Mode, avec notamment  un Dries Van Noten apôtre d'un sensible touchant à la perfection. Au détour des allées, on pouvait également croiser un Raf Simons détendu et souriant.

Cette réunion de la grande famille de la mode Belge était également placée sous le signe de l'international avec les interventions de Scott Belsky, fondateur de Behance pour le côté startup à l'américaine et Tommy Ton, le photographe de rue qui a avoué presque gêné que les réseaux sociaux constituaient dorénavant une extension de son être.

Retour sur cette journée délicieusement enthousiasmante qui m'a donné envie de passer plus de temps au coeur des Flandres pour découvrir encore plus leur amour de la Mode.

Fashion Talks : les jeunes prennent la plume

Au cours des panels, j'ai notamment été frappé par la qualité des échanges durant la table-ronde "The voice of the future", animée par Anja Aronowsky Cronberg de Vestoj.

Depuis plusieurs années, je suis avec intérêt cette revue qui se qualifie de "Plateforme critique de la Mode". À côté, de la myriade de la presse dite "Mode" il est rassurant de savoir qu'il existe encore des points de vue intellectuels et non pas seulement mercantiles sur notre très chère industrie de la Mode.

Le choix de donnée à la parole à Vestoj m'a semblé plus que (im)pertient de la part des organisateurs. Pour Anja, en tant que journaliste, il convient de s'interroger continuellement sur ce qu'on écrit. En d'autres termes, que pour chaque nouvel écrit, il faut savoir se remettre en question ;  s'interroger sur son lecteur.

Finalement, la futilité n'a pas lieu de citer. Seul le sérieux peut exister.

Peut-être que c'est ici que nous pouvons trouver un début d'explication sur l'excellence de la Mode belge.

Fashion Talks
@filleroelantsphotography

Dries Van Noten : à la recherche de la perfection

L'interview de Dries Van Noten par la journaliste Vanessa Friedman du New York Times a atteint un sommet de justesse incroyable. Il a tout simplement rappelé son amour pour la lecture. Et la puissance inspirationnelle qu'elle pouvait avoir sur lui. Mais surtout, la manière dont celle-ci lui permettait de saisir les choses en profondeur et dans le détail.

En évoquant cette joie de lire, Dries a voulu souligner le fait que la création venait essentiellement d'une capacité de concentration exceptionnelle permettant de délivrer une oeuvre unique.

C'est sans doute pour cela qu'il a exprimé, durant l'entretien, comme une évidence son souci de la perfection. Et le fait qu'il pousse sans cesse son équipe dans cette direction afin d'atteindre le plus justement possible son objet de désir.

@filleroelantsphotography
Dries Van Noten

Finalement, les Fashion Talks ont su démontrer que la mode belge savait se remettre en question et mettre en lumière un travail minutieux le temps d'une journée lumineuse. Peut-être est-ce là le principal enseignement de cette journée ; le sensible belge se caractérise par une certaine modestie de l'artisanat idéal d'où sa place si singulière dans la Mode. Caractéristique que beaucoup envient mais dont il serait sage de s'inspirer, parfois.

Mon séjour belge a également eu comme étape Bruxelles lors de  l'European Fashion Summit où j'ai été invité à échanger sur la création d'une coopération européenne pour la Mode, voici mon point de vue sur la question.