Alice Gras

Alice Gras, un éclat éthique pour la fashiontech

Quand j'ai commencé Modelab il y a plus de 2 ans, nous étions assez peu nombreux à parler de Fashiontech. À La Paillasse, qui commençait à devenir un lieu emblématique des start-ups parisiennes, j'ai découvert un espace dédié à la mode et l'innovation, développé par Alice Gras.

Cette jeune fille tout juste sortie de ses études, avait l'ambition de bâtir un espace alternatif dédié à la création mode, en dehors des schémas habituels. Bien évidemment, dans un premier temps j'ai été dubitatif sur ces chances de succès, mais j'ai été marqué par sa conviction.

Deux ans plus tard, le Hall Couture a déménagé rue du Chemin Vert, Alice a su développer son projet, et fédérer un écosystème. J'ai souhaité retranscrire nos échanges à travers le jeu de l'interview.

hall couture

Bonjour Alice, peux-tu nous raconter ton parcours et comment t'es venue l'idée du Hall Couture ?

Mon parcours tourne principalement autour de la question de la création, ou plutôt des conditions idéales pour la création sensée, par rapport aux enjeux de notre époque. Ainsi, j’ai réalisé des études de mode puis j‘ai commencé à chercher des espaces de travail type coworking, adaptés à la mode.

Or, cela n’existait pas, ce qui m’a semblé totalement absurde.

D'ailleurs, dans mes premières expériences professionnelles, j'ai été frappée par certaines incohérences présentes dans le monde de l'entreprise, notamment au sujet de l’assignation de certains profils à certaines taches, parfois sans laisser l’opportunité aux individus de se réaliser aux delà de celles-ci. Pour moi, permettre aux individus de se réaliser est une cause fondamentale, et c’est ce qui m’a attirée vers le management.  Aussi, le montant de la rémunération n'a plus de sens. Je pense qu'il faut remettre du sens dans ce qu'on réalise. Enfin, le mode d'organisation pyramidal renvoie selon moi à un mode de management archaïque. En effet, chacun a le droit d'avoir accès à l'ensemble des informations au sein de l'entreprise. Grâce à internet, les digital natives n'acceptent pas cette censure de l'information dans les entreprises. Enfin, à l’âge même de l’avènement des plateformes collaboratives et de la ‘sharing economy’, les rapports sociaux semblent curieusement distendus dans le monde du travail et dans la société en général. La dernière campagne présidentielle en est la caricature.

alice gras hall couture

Forte de ce constat, tu t'es lancée dans le projet Hall Couture...

... En effet, je me suis dit que je pouvais créer un lieu différent. J’ai créé « Hall couture » parce qu’il me semblait pertinent d’avoir dans Paris un tiers-lieu dédié à la création de mode, qui permette à la fois de se faire un réseau, de rencontrer d’autres professionnels, et d’avoir accès à un outil de production un petit peu professionnel.

Cela permet effectivement à un certain nombre de porteurs de projets de diminuer leurs risques en ayant accès à un atelier, sans avoir pour autant à investir dans un lieu et dans des machines. En outre, cela leur permet donc de sortir des collections, des prototypes, de remplir leur carnet de commandes et d’accéder ensuite à une étape potentielle d’investissement dans l’outil de production.

Hall Couture n'avait pas forcément au départ  une dimension « high tech » prononcée, mais celle-ci est arrivée naturellement parce qu’aujourd’hui, le numérique s'avère d’abord un outil qui permet à des porteurs de projets de se faire connaître à moindre frais, de faire aussi valoir leurs talents sans forcément passer par le point de vente physique, et donc en s’affranchissant des problématiques financières.

Afin de favoriser l'émergence d'une scène Fashiontech, avec Julie Delaude, Lee Anderson et Maud Etienne, nous avons créé il y a trois ans la première FashionTechWeek, en partenariat avec NUMA.

Notre ambition était de créer un événement ouvert à tout public, et, en même temps, qui permette l'association de l’innovation et du numérique pour justement créer des ouvertures dans le secteur de la mode. Nous avons fait d’abord deux éditions, puis nous est venue l’idée de monter une association, qui rassemble les acteurs de la mode innovante, s’adresse aux enjeux liés à l’emploi et au développement durable : c'est là que nous avons créé l'association La FashionTech.

Aujourd'hui, pour la cinquième édition, nous passons la vitesse supérieure en lançant un évènement national, avec une date commune à Paris, Lyon et Lille.

hall couture

Justement, Alice, toi qui a été une pionnière dans ce domaine, que penses-tu de la scène FashionTech française ?

Je n’ai pas encore assez voyagé pour comparer la FashionTech française à l’Américaine ou autre, mais ce que j’ai pu constater en discutant avec des Anglais ou des Néerlandais, c’est que notre système éducatif imprime les comportements des marques de mode françaises. Nous avons un culture esthétique forte. Une marque ne peut exister en-dehors de ce carcan. En d'autres termes, nous sommes enfermés dans une forme de perfectionnisme de l'image.

Quand par exemple, je compare avec ce que j’ai pu voir à Londres dans de nouveaux quartiers « hypes », il y a une énergie qui part dans tous les sens, et il y a des projets parfois non achevés. Alors qu’en France, tout doit être finalisé. Dans les créations françaises, nous sommes toujours dans le « qu’est-ce qui ne va pas » : l’esprit est très critique, c’est cette spécificité culturelle que j’ai pu voir se refléter sur les projets "FashionTech" français. En même temps, cette même caractéristique nous est enviée au stade de la mise en vente de produits finis de qualité... En ce sens, elle mérite d’être prise au sérieux, il ne faudrait simplement pas qu’elle nous prive d’explorer de nouveaux procédés et d’expérimenter de nouvelles techniques en amont.

Dans la chaîne de valeur (Création, Production et Retail) quels sont, selon toi, les aspects les plus matures au niveau innovation ?

Pour le wearable par exemple, les accessoires sont complètement commercialisables. En revanche, au niveau du vêtement, pour l'instant cela reste au stade de prototype, à quelques rares exceptions près.

Concernant le retail, nous voyons principalement des plateformes d'intermédiation entre un produit (vêtement, montre, bijoux...) et un client, type Farfetch, couplées avec de l'intelligence artificielle pour optimiser les ventes.

En effet, pour l'instant les composants électroniques ne sont pas conçus pour la mode car les débouchés commerciaux sont encore insuffisants. Nous sommes à un niveau embryonnaire.

En ce qui me concerne, ce qui m'intéresse dans la fashiontech c'est comment nous pouvons être connectés, dans tous les sens du terme. Je ne parle pas que de technologie mais de dialogue.

Dernièrement, j'ai un gros coup de cœur pour Tale Me, qui permet de louer des vêtements pour femmes enceinte et les tous petits. Cette marque a su utiliser les atouts du web en terme de communication pour expliquer sa démarche, et rendre vie à des vêtements.

Pour moi, la société actuelle doit repenser ses modes de consommation et par extension sa production. Le modèle de la surconsommation a vécu de sa belle vie, et nous devons maintenant intégrer un mode de consommation raisonné.

C'est la technologie qui doit être au service des idées, et pas l'inverse.


annick jehanne

Annick Jehanne : la glaneuse fashiontech

Mettre en valeur l'écosystème fashiontech français, en interviewant "ceux qui font la fashiontech", c'est le projet de Modelab, que nous concrétisons aujourd'hui à travers une série de portrait.

Pour l'introduire, nous présentons aujourd'hui Annick Jehanne, que j'ai pu interroger lors du Salon Traffic. Pionnière, elle est à l'initiative du premier évènement Fashiontech français : Les FashionTechDays de Roubaix, qui cette année va connaître sa troisième édition.

Pour en savoir plus sur cet évènement singulier, je vous invite à lire ou à relire notre première interview d'Annick.

Chère Annick, peux-tu nous parler de toi et notamment de ton parcours ?

J’ai toujours travaillé dans la mode malgré le fait que ce n'est pas habituel dans ma famille.

Très tôt, j’ai été attirée par le côté innovant et sans cesse en mouvement de la Mode, et j'ai réalisé que je voulais être proche des individus. Les vêtements sont quelque chose qu’on porte sur soi, cela renvoie forcément à l'intimité et à la manière dont on se présente au monde.

Ensuite, j’ai travaillé dans les métiers de la mode et du textile, principalement dans les grands groupes, magasins, marques et aussi dans la vente à distance. Cela m’a permis d’approcher différentes façons de créer et de commercialiser de la mode à des personnes.

Annick Jehanne

Justement c'est une démarche originale, pourquoi t’es-tu intéressée à la FashionTech ?

J’ai toujours été intriguée par ce qui allait se passer demain et j’ai déjà œuvré en tant qu’innovatrice dans un grand magasin...

C’est ce qui me passionne : aller dans tous les grands événements, rencontrer des innovateurs dans le monde pour en tirer des schémas d’évolution plus vastes pour les entreprises de mode. En quelques sortes, je suis une glaneuse d'innovations.

Pourrais-tu nous expliquer quelle est votre ambition sur cette troisième édition de FashionTech days ?

SAMUEL VCULT

À la base, nous ne sommes pas des organisateurs d’événements. La première édition était plutôt petite, en format associatif. Aujourd'hui, nous avons atteint une belle envergure et nous nous associons à une agence d’événementielle. Bref, nous sommes victimes de notre succès (rires).

Nordcréa, l'association qui pilote les FashionTech Days,  regroupe 40 entreprises des Haut-de-France qui veulent une mode plus innovante et surtout plus durable. Ce sont nos deux vecteurs de développement.

Les FashionTech days deviennent de plus en plus importants, déjà grâce à notre partenaire de lieu ; le CETI. Ensuite grâce à nos partenaires qui sont aujourd’hui des grands groupes (Décathlon, la Redoute...) toujours présents pour nos événements et qui nous soutiennent. Nous avons su développer avec eux un partenariat gagnant-gagnant. Ils nous émettent leurs souhaits, leurs envies, et nous essayons d'y répondre : un sacré challenge !

La Région Hauts de France et la MEL renforcent également leur soutien cette année.

 

Le but premier des FashionTech days est de permettre de créer du business entre les innovateurs et les grands groupes. C’est un événement uniquement BtB. Ce qui permet aux start-ups de venir directement parler aux directeurs d’innovation ou Directeur Généraux  des grandes marques, au lieu d’aller « toquer à leurs portes » où l’accès s'avère plus que difficile.

Chez Modelab, nous nous interrogeons énormément sur cette singularité de la Fashiontech française, quel est ton avis sur la question ?

Il y a des start-ups, des acteurs, des personnes qui sont dans des écoles qui créent des projets partout en France et ces acteurs créent des liens, se parlent, défilent, se rencontrent... Je trouve ça très important car c’est un peu un  notre « écosystème » organique.

Je pourrais définir cette Fashiontech à la française comme libre, et associative, car il n'y existe pas de réseau mais des initiatives éparses qui fonctionnent.

En d'autres termes, grâce à la périphérie des actions, nous arrivons à créer un force centrifuge.

C’est la caractéristique de cette FashionTech.

Peux-tu  nous parler des actualités que tu as concernant la mode notamment de HUBMODE ?

HUBMODE est une slow-up : elle a des composantes de start-up comme l’innovation puisque nous sommes les premiers a utiliser des MOOCS pour les formations. C’est-à-dire qu’on peut directement parler entre formateurs et ceux qui se forment à distance.

Mais on est surtout une slow-up parce qu’on est auto-financé.  En fait, c'est nos clients qui nous financent depuis le début. Ils se répartissent en deux catégories : les sociétaires et également les investisseurs individuels.

Concernant les actualités de Nordcréa, bien évidemment il y a avant tout une volonté de réaliser des événements autour de l’innovation durable donc il y a les FashionTech Days mais également la Fashion Revolution Roubaix (le 29 avril) qui rassemble une quarantaine d’acteurs qui font la mode durable dans les Hauts-de-France.

Enfin, Norcréa travaille actuellement sur un coworking et un FabLab uniquement pour les start-ups de mode et textile.

Peux-tu nous donner un peu plus d’informations sur le programme, sur des thématiques ou sur des envies des FashionTech Days ?

Les envies c’était d’y voir plus de créations et on voulait une partie plus expérimentale : faire faire des choses aux visiteurs , ensemble, parce qu’il y a beaucoup de choses qui sont un peu difficiles à comprendre, donc sous forme d’ateliers ça permet de se les approprier.

Realité Virtuelle

Sinon on garde toujours le Hackamode : une cinquantaine d’étudiants qui travaillent sur des projets de grandes entreprises, ainsi que les Keynotes, et les démos de start-ups.

Nous sommes d'ailleurs à l'écoute de tous ceux qui ont quelque chose de très innovant à partager !

Enfin, cette année, on essayera de retransmettre un peu mieux ce que l’on fait avec plus de vidéos et de streaming.

Bref, on ne va pas s'ennuyer !


merito

Merito, nouveau visage du recrutement d'extras dans le retail

Loin d’être limitée à la création de nouveaux produits, l’innovation dans la mode touche tous les domaines : le retail et le recrutement s’enrichissent eux aussi de méthodes novatrices. C’est en tout cas l’idée qu’ont eu Marion, Pierre et Édouard, co-fondateurs de la start-up Merito, une agence spécialisée dans le placement de vendeurs en CDD qui vient d’intégrer la nouvelle promotion de l’incubateur des Galeries Lafayette. Marion revient pour nous sur le concept de cette entreprise prometteuse.

merito team

Merito, la start-up qui coupe l’herbe sous le pied aux préjugés

D’abord consultante en transformation digitale des entreprises, Marion a occupé pendant un an un poste en management chez Leroy-Merlin. Elle y travaillait avec de nombreux intérimaires, et c’est ainsi que lui est venue l’idée de Merito : une agence qui se spécialiserait dans le placement d'équipes de force de vente en se basant sur les avis de leurs managers. Plus de discrimination à l’embauche, moins de risques de se tromper dans son recrutement : pour les entreprises et les candidats, c’est une solution gagnant-gagnant.
« L’idée, c’est de se dire que l’on ne présente que des candidats qui sont recommandés par des managers, » explique-t-elle. « Chez Merito, on ne croit pas aux tests de personnalité. Ce sont les managers sur le terrain qui recommandent les meilleurs éléments. » L'automatisation du processus de recrutement et l’utilisation de l’outil numérique remettent donc l’humain au cœur de la démarche.
« Le manager est capable de distinguer quelle personne est faite pour quel poste, » argumente Marion. « L’idée est donc d’avoir une communauté physique qui recommande les meilleurs éléments. » Les managers sur le terrain sont effectivement les plus à mêmes de juger si un candidat correspond effectivement au profil d’un poste ou non !
Pourquoi perdraient-ils leur temps, cependant, à recommander des candidats à leurs concurrents ? Facile : les managers qui prennent le temps d’effectuer des recommandations sont récompensés par des recrutements gratuits. Simple et efficace.

merito france 2

Des missions sur mesure adaptées aux profils des candidats

Et côté candidat, comment ça se passe ? « On se positionne sur des startings instantanés. Au fil des missions, le candidat aura ensuite le luxe de choisir comment il veut travailler. C’est avantageux pour tout le monde : en magasin, on a des équipes fraîches et toujours motivées et le candidat se sent mieux dans un environnement qui lui est adapté. »
La digitalisation de tous les processus d’entretien permet par ailleurs d’approfondir la relation avec les candidats tout en optimisant le temps. « Cela nous permet de bien creuser les profils, » appuie Marion. « On arrive à savoir mieux que le candidat quel magasin est fait pour lui. On tutoie nos candidats, on est très honnête avec eux. »
Et le concept séduit, puisque Merito a déjà réussi à attirer l’attention de trois incubateurs : après un passage par celui de l’IESEG, l’école de commerce de son associé Pierre, et une accélération avec Unibail Rodamco, Merito intègre maintenant celui des Galeries Lafayette, axé sur la fashion tech. Une jeune pousse à suivre !


Noemie Devime

Noémie Devime, inspiration et innovation par la matière

Noémie Devime, créatrice de mode depuis 2012, vit et travaille à Paris. Après une formation poussée et le passage par de nombreuses Maisons de mode, telles que Dior et Balenciaga, elle est entrée dans la Fashiontech par "la Fashion Tech Showroom". Bien qu’assez éloignée alors de la Fashiontech au sens premier du terme, sa "Burning Parade" fut récompensée du Prix du public, de la Fashion Tech Showroom à la Paillasse, en 2015. Innovante par son regard sur la société de consommation, cette parade a été conçue en 2014 en réaction à l’accident du Rana Plaza qui a causé plus de 1 000 morts au Bangladesh, et a tiré la sonnette d’alarme sur le danger que peut impliquer la consommation du vêtement en ce début de XXIème siècle. Si aujourd’hui Noémie Devime est pleinement investie dans l’innovation textile et technique, cette première présentation résume à elle seule son approche de la mode.

Rencontre avec une jeune créatrice engagée, qui voit dans la mode un champs inépuisable d’innovations tant sur le plan esthétique que sur la technologie, les modes de production et de consommation.

Robes phosphorescentes et rétroréfléchissantes, Collection Incunabula ©Noemie Devime. Model Ruby Soho et Coralie Erichsen. Photo ©Alexandra Mocanu
Robes phosphorescentes et rétroréfléchissantes, Collection Incunabula ©Noemie Devime. Model Ruby Soho et Coralie Erichsen. Photo ©Alexandra Mocanu

Comment appréhendes-tu la fashiontech et comment l’intègres-tu à ton travail ?

L’important pour moi est de créer des formes qui plaisent au public. Il faut intégrer la technologie même dans des vêtements basiques. Qu’elle fasse corps avec le modèle sans en devenir le seul intérêt.

Le côté gadget est le premier combat de la fashiontech. Le produit doit être avant tout désirable, mode et tendance car ça reflète le besoin du consommateur aujourd’hui. Qui n’est pas connecté de nos jours ? qui n’utilise pas la tech ? Pour moi c’est une façon d’être connectée à la société, en phase avec une époque. Mon challenge est de rendre facile et esthétique la tech, l’incorporer dans des looks. Ce qui compte pour moi c’est la mode d’abord, la tech vient en “bonus”.

Robe silver en fil de lurex-élasthane, intérieur coton recyclé. Veste en toile phosphorescente. Défilé Avantex LaFashionTech Runway ©Noemie Devime. Photo ©Jeff Masfoto
Robe silver en fil de lurex-élasthane, intérieur coton recyclé. Veste en toile phosphorescente. Défilé Avantex LaFashionTech Runway ©Noemie Devime. Photo ©Jeff Masfoto

L’écologie est un enjeu très important pour toi, comment l’intègres-tu à tes créations ?

Je m’intéresse par exemple à des modèles de distribution plus lents, plus locaux. Je m’interroge aussi sur l’innovation en terme de matières premières, en considérant les tissus synthétiques non comme une contre-pratique en soi par exemple. Il faut bien se rappeler que certaines matières naturelles, le cotons en tête, sont des hérésies écologiques. L’innovation tech en ingénierie textile est une alternative possible à la surconsommation de textiles et aux dommages collatéraux de l’exploitation agricole de certaines matières premières soumises à une très forte demande de la part de l’industrie de la mode.

De ce que je perçois,  les consommateurs sont pro tech ou pro écologie. En terme de distribution, c’est souvent séparé, pour ma part, je souhaite allier les deux, car cela me semble indissociable.

Quand on parle technologie on pense aussi batterie, matières premières rares, polluantes, comment arrives-tu à mixer écologie et tech dans cette perspective ?

Concernant mes créations, cela reste presque impossible de réaliser un produit parfait, mais déjà le fait de produire en petite quantité et localement c’est écologique. À ce titre  j’avais d’ailleurs participé à l’évènement « La Mode pour le climat » à la Cop 21. D’ailleurs, lors de cette conférence, il avait été souligné que les tissus synthétiques sont aujourd’hui de plus en plus le résultat de la récupération de la seconde main du pétrole. Ils ne sont pas nécessairement les plus polluants, ils sont aussi un moyen de recycler les rebuts du pétrole. Or, j’en utilise de plus en plus.

On a beaucoup d’a priori en matière de textile. Par exemple, l’indigo c’est une teinture qui consomme beaucoup d’eau, tout comme la culture du coton et pourtant ce sont des matières naturelles, et des techniques artisanales.

Même si je privilégie le lin, on voit bien qu’il n’y a pas (encore) de matière idéale (rires). Du coup j’aime lier des matières très tech et des matières bios pour contrecarrer cette image soit complètement hightech soit complètement bio.

Je veux parler au consommateur de 2017 et d’après.

Veste High Visibility coté toile phosphorescente - Collection Incunabula ©Noemie Devime. Modèle Tasha. Photo ©Virgile Reboul.
Veste High Visibility coté toile phosphorescente - Collection Incunabula ©Noemie Devime. Modèle Tasha. Photo ©Virgile Reboul.

Comment cela se traduit concrètement dans tes créations ?

J’attache beaucoup d’importance au fait d'interroger de nouvelles approches du textile. Je fais beaucoup de recherche concernant le développement de tissus innovants. J’envisage notamment de contre-coller des tissus de facture artisanale et des tissus tech. J’aime la portée conceptuelle de ce mélange car c’est une mise en valeur des propriétés des deux. En prenant une jupe boule, ou la veste double face de la collection Incunabula par exemple, imagine la puissance technique et esthétique d’un néoprène associé au bleu profond et à la noblesse d’un coton indigo ;  il n’est pas possible d’obtenir les mêmes propriétés sculpturales d’un néoprène avec une toile de coton et pourtant si l’on associe tradition et modernité la magie opère! C’est ma vision de l’innovation dans la mode.

Veste High Visibility Coté toile de parachute jaune fluo, collection Incunabula ©Noemie Devime Modèle : Ruby Soho. Photo ©Alexandra Mocanu
Veste High Visibility Coté toile de parachute jaune fluo, collection Incunabula ©Noemie Devime Modèle : Ruby Soho. Photo ©Alexandra Mocanu

Plusieurs de tes créations jouent avec la lumière, peux-tu nous en parler plus précisément ?

C’est vrai qu’en terme de tech je peux surtout parler de la lumière et notamment de la rémanence lumineuse.  La veste "High Visibility" est le fruit du détournement de textiles très techniques, de la toile de parachute jaune fluo notamment, d’une doublure phosphorescente de chez Schoeller, et d’une technologie spécialement pensée pour ce modèle.

Ce vêtement est réversible : le jour elle se porte du côté de la toile de parachute qui jaune fluo et qui donne un maximum de visibilité. La nuit on la retourne du côté phosphorescent et on obtient une présence lumineuse dans l'obscurité. Un panneau solaire placé dans le dos, côté jaune fluo, se charge la journée. Cette énergie alimente des LEDS, connectées par des fils électriques, placés dans des tubes en néoprène enfermés dans les coutures intérieures entre le tissu et la doublure. Ainsi la doublure phosphorescente émet une douce lumière la nuit. Sans effet extraterrestre  je précise!! L'intérêt de cette technique n'est pas seulement esthétique. Elle élude le problème des piles et une partie du problème de rechargement de la batterie. En effet, ce système lumineux marche en auto-suffisance. Il y a bien une batterie mais elle n'a pas besoin d'être recharger sur secteur, le Soleil s'en charge, nous pouvons donc parler de rémanence lumineuse. Il y a toujours un côté incertain dans la tech, panne de piles, panne de batterie...

Il y a toujours un côté incertain dans la tech, panne de piles, panne de batterie. La « rémanence lumineuse », pour reprendre les termes de Florence Bost au vu du prototype lors du défilé Avantex, s’en débarasse. Et puis c’est beaucoup plus écologique! C’est plus “soft technologie”.

Et c’est peut-être également plus simple à laver non ? Car c’est souvent le problème dans la fashion tech...

Oui car le système est très simple à enlever! Tout le dos est en fait une poche et tous les fils sont cachés à l’intérieur, ils rentrent dans les coutures intérieures. J’ai cousu les fils avec une double couture qui forme une gaine pour le système d’alimentation depuis le panneau solaire.

Body en néoprène de cachemire et jupe en résille de nylon transparente. Collection Incunabula ©Noemie Devime. Modèle Charlie. Photo ©Virgile_Reboul.
Body en néoprène de cachemire et jupe en résille de nylon transparente. Collection Incunabula ©Noemie Devime. Modèle Charlie. Photo ©Virgile_Reboul.

Qui sont tes partenaires pour développer ce genre de produits ? Ton parcours est très orienté mode, as-tu autour de toi des ingénieurs textiles ou des entreprises partenaires ?

Les fabricants textiles sont mes premiers partenaires. J’adore travailler avec eux. Il y a Schoeller Textil qui m’accompagne depuis que je suis étudiante et je commande régulièrement chez eux. Plus récemment et grâce au salon Avantex, je me suis intéressée à d’autres fabricants dont la proposition est plus créative. Je me concentre essentiellement sur les tissus phosphorescents, réfléchissants, les impressions sur nylon, les matières iridescentes, des secondes peaux membranes qui permettent la respiration et la transparence, des résilles 3D en polyesthère assez volumineuses...

Je garde également un oeil sur le nord de la France, et les japonais.

Je cherche aujourd’hui de nouveaux moyens de combiner des tissus techniques et des tissus traditionnels. En trouvant un biais pour sublimer ou contourner la contrainte technique par exemple, car aujourd’hui ces tissus se séparent au lavage... mais ça vous le verrez dans une prochaine collection, patience!

Cette démarche est seulement esthétique ou a-t-elle une portée plus conceptuelle comme allier la tradition avec l’avancée technique par exemple ? Ou est-ce le rendu final du tissu qui t’intéresse car il facilite ou inspire ton modélisme ?

Un peu des deux. Chaque textile a ses propriétés mais les tissus naturels ont des textures et des couleurs qui se retrouvent difficilement dans des tissus techniques. J’aimerais mettre en valeur les propriétés de chaque tissus. Avec les matières naturelles je manque de volume et parfois avec des tissus tech j’ai le sentiment que l’on a un rendu plus froid, plus “chimique” et que l’on perd en beauté naturelle.

C’est un choix esthétique mais c’est avant tout pour réaliser des silhouettes actuelles.

Je trouve intéressant de surprendre un client. J’ai en tête l’exemple d’un jupe boule contre-collée avec du lin indigo et du néoprène en dessous. J’aime raconter l’histoire cachée du tissu. On voit d’abord une jolie jupe bleue mais en s’approchant le tissu est révélateur de tendance.

Veste membrane en silicone et corde de coton. Collection Incunabula ©Noemie Devime.Modèle Tasha. Photo ©Virgile Reboul.
Veste membrane en silicone et corde de coton. Collection Incunabula ©Noemie Devime.Modèle Tasha. Photo ©Virgile Reboul.

Rien n’est donné à voir sur le moment, il faut aller plus loin pour percevoir  la singularité du vêtement...

Oui d’autant plus que je suis convaincue que le tissu est le vecteur principal du style d’un vêtement. Je suis attachée à des coupes simples et minimalistes, le plus réside dans la matière choisie. Elle révèle la profondeur d’un modèle. Je place moins ma réflexion du côté de la coupe, et de la forme du vêtement mais bien plus du côté de l’innovation textile.

Pour développer le panneau solaire de ta veste réversible tu as bénéficié de l’aide de Claire Eliot, comment perçois-tu ton mode de création dans l’écosytème fashiontech ?

Je ne suis “simplement que styliste”, j’ai besoin de m’appuyer sur des gens qui ont des connaissances techniques. Je m’entoure autant que possible de personne à l’avant-garde.  Donc beaucoup de gens de la Fashiontech, Alice de Data Paulette spécialisée dans le tissage par exemple. On fonctionne comme une communauté où chacun s’apporte.  Pour faire de la recherche je laisse ça aux gens dont c’est le métier! Mais c’est encore un milieu sattelisé, il manque de repères et de cohésion. Certes les choses bougent mais pas assez vite à mon goût! La mode pour moi c’est un réseau, c’est quelque chose de vivant, on a tous besoin les uns des autres...

Est-ce que tu rencontres un public qui achète tes pièces en France ou tu es obligée d’exporter ?

À une époque j’ai été distribuée dans des pop-up stores au coeur de Paris mais aujourd’hui je prends le temps de travailler sur la partie marketing de la collection. Aujourd’hui je veux choisir plus précisément les boutiques où je serai distribuée, les fabricants que je choisirai. Je suis en pleine réflexion quand au développement de ma marque et je souhaite appuyer sur la slow fashion et une éthique de production tournée vers le respect de l’environnement et du travailleur. Je préfère prendre le temps de développer. Avec soin et en adéquation avec ma vision de la mode...

L’innovation ne se résume pas pour moi à mettre des détails tech dans un vêtement, cela amuse voire impressionne mais ne refonde pas réellement notre mode de pensée et d’approche de la mode. L’innovation doit dépasser la pure forme pour réinventer profondément la mode.

C’est d’autant plus judicieux que tes modèles exigent de grosses contraintes de la part des façonniers, on est plus sur de la petite série ou de la pièce unique !

Oui les pièces sont numérotées pour mettre l’accent sur les petites séries. Pour les pièces les plus tech je suis en train de négocier avec des fabricants mais je me laisse le temps et le choix pour produire proche, durable et qualitatif.

Il y a tout un nouveau marché à éduquer avec une approche plus normalisée de la  slow fashion, une réduction de la taille des collections, de leur rythme.

Aujourd’hui le consommateur est perdu. On lui brouille les pistes. Je souhaite à travers mes collections amener un retour à la transparence et à une certaine lenteur, pour plus de qualité et de sincérité dans le produit final.

Robe Rétroréfléchissante et harnais en coton indigo.Avantex LaFashionTech Runway ©Noemie_Devime. Photo ©Jeff Masfoto
Robe Rétroréfléchissante et harnais en coton indigo.Avantex LaFashionTech Runway ©Noemie_Devime. Photo ©Jeff Masfoto

Quel est ton point de vue de créatrice sur la Fashiontech en France ?

Je pense que l’innovation est dans le textile. Il y a une grande vivacité créative dans ce domaine, appuyée sur notre passé industriel dans le textile avec notamment de gros pôles de compétitivité autour de Lyon et à Lille. Je pense également au CETI à Roubaix. La fashiontech en France souffre surtout de la perte de la chaîne de production, mais de mon point de vue et c’est paradoxal, la tech pourrait raviver l’industrie textile. Elle constitue un levier de développement intéressant et plein d’avenir. Nous avons les écoles, les créateurs et les ingénieurs!

Au contraire de l’Asie, la France n’investit pas le champs du tissu tech du point de vue de la grande distribution et le mass market. Les productions restent très qualitatives bien que parfois confidentielles. On reste chics et discrets. La fashiontech fait peut-être plus de bruit ailleurs mais sont-ce vraiment des créateurs de mode, ou des prototypistes tech ? J’ai le sentiment qu’en France ça a tout de suite un aspect mode. La tech en France est plus intégrée et discrète, elle paraît plus show-off à l’étranger.

J’ai sentiment qu’on a dépassé déjà un peu le côté show-off de la tech pour vraiment l’intégrer au design.

Concentrée sur le développement de sa marque  et actuellement en pleine préparation d’un voyage au Bénin pour développer sa technique des Indigos, Noémie Devime sera néanmoins aux principaux événements Tech à venir tels Futur en Seine, le Wear it Festival de Berlin, Avantex et bien sûr La Fashion Tech Week.


eclectic

Éclectic : le tailleur masculin qui affectionne les matières techniques

Eclectic est une jeune marque de mode masculine. Pleine d’audace, elle mêle savoir-faire traditionnel et textiles innovants.
Rencontre avec son créateur, Franck Malègue.

Bonjour Franck, pourrais-tu nous expliquer d’où est venue l’idée de créer la marque Éclectic ?

Ma volonté première était d’associer la tradition du maître-tailleur avec les fibres high-tech.
Cette idée plutôt simple à la base s’est avérée complexe à mettre en œuvre. En effet, sur l’entoilage traditionnel, il fallait intégrer des matériaux techniques. Nous avons donc dû ré-ériger la conception de la veste.
En d’autres termes, nous avons dû créer un process de A à Z qui ne pouvait être industrialisé.

Pour en arriver à cette vision de ton produit, tu as dû avoir un parcours particulier. Quel est-il ?

À la base, je viens du monde de la cosmétique. C’est là où j’ai appris à développer des produits selon un business model précis, dont je me suis inspiré pour éclectic. Nous passions plusieurs mois à développer un produit en RD. Puis, nous le lancions sur le marché et le vendions jusqu’à sa mort.

Cette démarche est à l’opposé de celui du monde de la mode. Avec seulement deux collections par an, le monde de la mode ne peut s’épanouir comme il le faudrait.
Ma volonté a été de créer une collection permanente évolutive. Nous n’avons jamais de soldes, comme dans le monde de la cosmétique.
J’ai également une culture très internationale. Pendant des années, j’ai travaillé aux USA et au Japon, finalement très peu en France. Lorsque j’étais à Tokyo, j’ai assisté à une cérémonie du thé pendant laquelle un robot faisait le service. Le Ying et le Yang se mêlaient : tradition et modernité. Le Japon a une admiration pour les maîtres-tailleurs.
De mon côté, je pratique énormément de sport outdoor et j’ai voulu me projeter dans les nouvelles fibres qu'il propose…

On sent que tu adores le produit que tu as réalisé, mais quel est ton avis sur ton client ?

Pour moi, la consommation est à un tournant. Dans les années 60, nous avons assisté à l’avènement d’une consommation de masse. Tandis qu’aujourd’hui dans des marchés matures comme les USA ou le Japon, l’éthique sociale devient de plus en plus prégnante.
Le Fast Fashion connaît une certaine réussite mais elle ne s’inscrit pas dans la durée. À l’instar du Slow Fashion qui se veut sur le long terme. Par exemple, aujourd’hui, on parle de crise mais c’est plutôt un tournant à mon avis. Le luxe ostentatoire est en train de mourir de sa belle mort.
Le consommateur s’intéresse plus à une production responsable et à un prix juste. Le client devient hyper-sensible.

Avec Éclectic, tu as développé des vêtements pour homme, pourquoi ?

Il y a 10 ans, l’industrie de la mode masculine était peu développée. Et, les marques s'adressaient à ce marché comme à celui de la femme, alors que l’homme ne fonctionne pas vraiment de la même manière.
L’homme a besoin de fonctionnalité. Il faut qu’il parle de sa veste comme il parle de sa voiture. Et puis aujourd’hui, nous avons besoin de vêtements ultra-pratiques.

Éclectic vient d’avoir 6 ans, quelles sont les perspectives d’avenir de ta marque ?

Notre business model est uniquement axé sur le retail. En plus de notre boutique du Haut-Marais à Paris et notre espace en concession au Bon Marché, nous inaugurons un nouveau magasin dans le 8e arrondissement cet été.
Sinon, nous souhaitons accélérer notre déploiement à l’international, notamment aux USA avec une première boutique à NY lors du second trimestre 2017.
Fabrice, comme tu l’auras compris, nous envisageons notre développement dans des marchés matures qui comprennent notre ADN comme le Japon, les USA ou des villes comme Londres.
Aujourd’hui, dans notre boutique parisienne de la rue charlot, que nous réalisons déjà 20 % de notre CA sur une clientèle américaine.

Retrouvez Eclectic dans son showroom au 8 rue charlot, Paris 3e, et sur son site e-eclectic.com


wair

Wair invente le foulard anti-pollution

En ce mois de novembre marqué par l'élection de Donald Trump, il convient de se réconforter un peu (même beaucoup). En effet, depuis son élection surprise de nombreuses rumeurs font état d'une sortie probable des USA de la COP21 😿

Afin de me rassurer sur l'état de notre monde, j'ai eu le plaisir d'échanger avec Caroline de WAIR qui a décidé de créer le premier foulard antipollution connecté.

Pour accélérer leur développement, ils viennent de lancer une campagne de prévente via un crowdfunding sur Ulule.

Fabrice JONAS (FJ) : Salut Caroline, pourrais-tu te présenter et nous expliquer ton parcours ?

Caroline Van Renthergem (CVR) : Je suis la Fondatrice de WAIR le premier foulard anti-pollution intelligent.

Avant, j'étais étudiante à science-po avec une spécialité en marketing. Ensuite, pendant 5 ans, j'ai travaillé pour le Who's Next.

Pendant cette période, j'ai eu l'opportunité d'accompagner des jeunes créateurs. Ainsi, j'ai pu créer "The Future of Fashion Program" qui permet comme son nom l'indique d'aider de jeunes talents à se faire connaître. Ainsi, il consiste à un accompagnement sur toute la chaîne de valeur (marketing, produit, juridique...).

Grâce à cette expérience au cœur de l'industrie mode, je me suis interrogée sur le sens de renouveler saison après saison ses vêtements. Pourquoi, une telle frénésie d'achat ?

Ensuite, je me suis lancée comme Free-lance sur le "brand developpement" pour des marques européennes.

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FJ : Mais comment en es-tu arrivée à l'idée de développer un foulard anti-pollution ?

Et bien, lorsque j’habitais Paris, il m'est arrivé une drôle d'histoire. Ainsi, je me déplaçais en vélo. Et un jour, j'ai eu des problèmes respiratoires.

Mon médecin m'a expliqué que cela était dû tout simplement à la pollution. Comme je ne souhaitais pas arrêter de me déplacer avec mon fidèle destrier j'ai décidé de me protéger. À la pharmacie du coin, j'ai trouvé mon bonheur avec un masque en néoprène.

Malheureusement, au bout de quelques minutes d'utilisation, je n'arrivais plus à respirer et mon maquillage était ravagé.

À la place, j’ai utilisé mon foulard, beaucoup plus pratique. En revanche, mon médecin m'a expliqué que  cela ne servait à rien.

Bref, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à réaliser.

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En outre, si l'être humain a pu envoyer un vaisseau spatial sur la lune, il pouvait également créer un foulard anti-pollution pour monsieur et madame tout le monde.

FJ : Je te sens extrêmement préoccupée par la santé des gens et de notre planète...

En effet, en portant ce foulard, je voulais aussi alerter l'opinion publique sur les dangers de la pollution. Ainsi, plus des gens portent notre foulard plus nous aurons du poids pour changer les choses.

Par ailleurs, chez WAIR, nous avons développé une application qui alerte les utilisateurs en zone de pollution : SUPAIRMAN by WAI.

Elle a pour but de donner de la cohérence à notre produit puisque avant de porter des foulards anti-pollution il faut savoir que la pollution de l’air en ville est dangereuse pour notre santé et il faut savoir quand et où se protéger !

Cette application pourra, dans une version ultérieure, être connectée au foulard afin d’améliorer l’expérience d’utilisation, d’être plus précis sur les alertes… tout ça est en préparation mais comme toute innovation il faut un peu de temps et d’argent, d’où cette campagne !

FJ : Caroline, je  comprends parfaitement ton positionnement relatif à la santé cependant tu t'attaques également au secteur de la mode. Comment, envisages-tu la création d'un produit qui se veut un objet utile et design .

CVR : Effectivement, je ne me sentais pas forcément légitime pour créer une marque de mode. En revanche, je me sens complètement légitime sur le vêtement pour la fonctionnalité et le bien-être.

Ce qui m'intéresse c'est réellement l'innovation. Si on s'intéresse au secteur de la mode, les coupes de vêtements datent du début du siècle, cela me semble tellement aberrant qu'il n'y ait pas plus de personnalisation.

Ainsi, chez WAIR, nous essayons de créer une synergie entre l'innovation et la mode.

wair

FJ : Dans l'écosystème Fashiontech, je te vois également énormément présente. Par exemple, tu as participé à l'organisation de la dernière Fashiontech week.  Quel est ton avis sur notre écosystème ?

CVR : Je me souviens qu'en présentant WAIR lors de la Fashiontech night de 2015, je suis rentrée dans le petit monde de la fashiontech.

Lors de cette soirée, j'ai pitché pour la première fois : un souvenir incroyable.

Concernant l'écosystème Fashiontech, ce qui nous anime c'est la fin de la fast fashion et le développement d'une industrie mode plus responsable. En effet, ce phénomène de production de masse et de consommation de masse n'est plus tenable.

À mon avis, l’industrie de la mode va devoir muter pour s'adapter aux nouvelles demandes du consommateur qui se veut dorénavant acteur d'une mode plus transparente.

Enfin, faire partie d’un courant qui tend à se développer me paraît hyper-excitant. Nous sommes  au début d’un grand truc.

Nous sommes en quelque sorte des pionniers 😀

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Stylizme

Styliz'Me : Le Netflix du personal shopping

Cet été, j'ai enchaîné les séries avec délice. Par exemple "The Americans", l'histoire d'un couple d'espions russes infiltrés sur le sol américain, ou bien "Stranger Things" très beau mixe d'E.T. et des Goonies.

C'est le moment où vous allez me dire "mais Fabrice tu t'égares t'es sur Modelab pas sur Konbini, il faut parler fashiontech".
Justement ces TV show, je les regarde sur Netflix et leur algorithme de recommandation s'avère vraiment au top !

Au moment précis où je lance un nouvel épisode (comme quoi il n'y a pas de hasard dans la vie) j'ai reçu un mail de Famory Niang qui venait de lancer une start-up fonctionnant avec un algorithme sur le style.

Voici la suite de notre conversation...

Fabrice JONAS (FJ) : Salut Famory, donc si j'ai bien compris ton mail, tu viens de créer une startup : Styliz'Me qui utilise un algorithme basé sur le style des gens, notamment les femmes. Pourrais-tu m'en dire un peu plus ?

Famory NIANG (FN) : En fait, nous ciblons les femmes dynamiques qui n'ont pas forcément le temps de faire du shopping. Mais qui  prennent soin d'elles et cherchent malgré tout des vêtements sympa et originaux.
Nous sommes en quelque sorte leur Personal Shopper.
Ainsi, nous sélectionnons pour chacune de nos clientes  une soixantaine de vêtements parmi des milliers d'articles qui s'allient au goût, la morphologie et évidemment le budget. Notre entré de gamme se situe à  9,90€ par moisLes sélections sont réalisées grâce au savoir-faire de stylistes mais aussi grâce à des algorithmes que nous avons développés. C'est cela qui nous permet d'afficher des prix très attractifs, comparés à un personal shopper qui coutera 80€ de l'heure (pour ce prix là, nous accompagnons nos clientes pendant 1 an !). Bientôt, le système sera complètement automatisé, mais toujours sous le contrôle bienveillant d'une styliste.

Pour résumer : "Ma styliste mon algo et moi, on sélectionne les vêtements les plus pertinents pour mes clientes".

Styliz'Me

FJ : Comment t'est venue l'idée de Styliz'Me, car tu n'es pas forcément un modeux à la base ?

À la base, comme tu peux t'en douter, je suis ingénieur de formation. Mais je m'y connais pas mal en fringues, même sans être blogueur mode...
J'ai toujours été attiré par l'entrepreneuriat. Ainsi, en 2008, j'avais déjà commencé à développer un projet qui finalement n'a pas vu le jour.
Ensuite, j'ai bossé dans une grosse boîte mais à un moment, j'ai eu besoin de changer d'air et de passer à autre chose...

FJ : ... Je vois tout à fait ce que tu veux dire (rires)

Lors d'une discussion avec mon épouse, elle m'a expliqué que si une on pouvait lui sélectionner des vêtements qui lui correspondent, elle gagnerait un temps considérable.

Et là, j'ai compris qu'avec mon background d'ingénieur sur l'automatisation de tâches et le machine learning, je pouvais être utile.

FJ : En revanche, le vêtement c'est surtout de l'émotion. Comment ton algorithme le prend en compte ?

Notre connaissance de la mode, du stylisme et du conseil en image nous ont permis de prendre en compte les aspects de la vie réelle ainsi que les besoins et attentes des clientes en étant constamment à leur écoute. L'algorithme vient enrichir notre connaissance des clientes : ainsi, l'émotion et l'aspect humain restent omniprésent. Et nos clientes en sont très satisfaites.

Enfin, plus mes clientes utilisent l'application plus l'algorithme apprend et prend en compte les goûts de chacune. En d'autres termes, plus il est utilisé plus il apprend.

FJ : Je crois que tu as lancé le site en juin, aujourd'hui combien as-tu de clientes et sont-elles satisfaites du service ?

Aujourd'hui, nous avons réalisé près d'une centaine de sélections. Et, je vais te raconter une anecdote significative.
Un jour, une de mes clients rentre dans un magasin avec sur son smartphone notre sélection de vêtements et demande à la vendeuse de lui sortir les vêtements.
5 minutes plus tard et elle était en plein essayage.
Pour moi c'est une belle preuve de concept.
Aujourd'hui, avec 1 styliste, je peux gérer 5 000 personnes.

Styliz'Me

FJ : En ce moment, on dirait que le personal shopping bas de l'aile, par exemple avec l'annonce du redressement judiciaire de Chic-Types... Comment Styliz'Me peut-il se différencier ?

En fait, Chic-Types effectuait de l'achat-revente de produit, donc forcément, il y avait du stock.
En ce qui concerne Styliz'Me, notre modèle s'avère complètement différent. En effet, nous n'avons pas de stock et notre plus grosse charge budgétaire concerne le développement de l'algorithme.

Nous nous focalisons sur le métier de conseil et d'accompagnement shopping avec une véritable expertise en interne, ce qui n'est pas le cas de Chic-Types.

FJ : Comment imagines-tu l'évolution de ton projet dans quelques années ?

Que nous devenions la plateforme incontournable sur la recommandation de fringues.

Styliz'Me

Avec l'évolution du digital, j'imagine un futur à la "Minority Report" où lorsqu'une de mes clientes rentre dans un magasin, on lui propose une sélection de vêtements qui lui conviennent et qui sont en stock.


Lara rouyres

Selectionnist : une sélection mode

Dans le monde des interactions entre le digital et le papier, je demande le magazine. En effet, en feuilletant mes revues préférées, j'ai forcément envie d'en savoir un peu plus sur un vêtement ou un accessoire que j'ai repéré. Et, là il existe une coupure entre le monde réel et digital. Ainsi, je dois prendre les références et après je m'aventure sur le web. SELECTIONNIST, créé par Lara Rouyres et Tania Jama, a résolu ce problème en intégrant directement des liens entre le magazine et votre téléphone, notamment grâce à une application. Mais en fait comment ça fonctionne. Pour en savoir un peu plus, j'ai interviewé Lara.

Fabrice Jonas: Bonjour Lara, vous êtes cofondatrice de The Selectionnist, pourriez-vous expliquer à nos lecteurs votre parcours ?

Lara Rouyres : En fait, c'est ma seconde aventure entrepreneuriale. En effet, j'avais lancé Dealissime,  permettant des réductions, racheté  en 2011, pour 3 millions d'euros. À la base j'ai une formation juridique comme mon associée, Tatiana Jama qui était déjà là pour l'aventure de Dealissime.

FJ: Aujourd'hui, c'est quoi The Selectionnist ?

LR : Nous avons créé l'application Selectionnist en 2014 dans le but de proposer une solution qui permet aux lectrices de magazine, grâce à la reconnaissance d’images, de retrouver un produit directement sur le site de la marque. En effet, nous nous sommes aperçus que trois lectrices sur quatre veulent aller plus loin lors de lors lecture, alors elles prennent une photo des pages de magazine comme aide mémoire. En d'autres termes, nous créons un lien entre le contenu off et online. Nous enrichissons ce qu’il y a dans le magazine ou la revue.
the selectionnist

 FJ : Combien de magazines et de marques avez-vous pu référencer ?

LR: Notre idée à la base n'est pas de réaliser quelque chose de marchand, mais plutôt de développer un usage. Aujourd'hui,  Selectionnist fonctionne sur tous les produits et toutes les pages des magazines. Ce qui nous a le plus surpris, c'est que finalement la lectrice flashe énormément  des publicités.  Pour résumer,  Selectionnist référence tout ce qui a une photo et un nom de marque et peut être identifié par une lectrice.

FJ : Selectionnist, en chiffres cela donne quoi ?

 
LR: Nous avons 200 000 utilisateurs avec un flash toutes les trois minutes. Cela nous donne plus d'1 000 000 de produits flashés. Au niveau de la catégorisation des flashs, 40% portent sur la publicité et 50% sur la mode. Grâce à notre algorithme, je peux vous affirmer que quand on flash, c'est que le lecteur a une vraie intention.

FJ : Au-delà de votre technologie, pourriez-vous nous expliquer votre modèle économique ?

LR : Il se situe à deux niveaux. Tout d'abord, celui de la connexion: nous mettons en lien les publicités et les retombées éditoriales des magazines avec les e-shops. Bien évidemment nous collectons les données. Ensuite, celui de la conversion, notamment avec du retargeting online ou mobile. Ainsi, nous captons et nous transformons. Enfin, nous avons également un logiciel de tracking, comme Google Analytics.
The selectionnist

FJ : Comment imaginez-vous le développement de Selectionnist ?

LR : Nous voulons connecter toutes les images sur papier du monde entier : magazine, catalogues de marques devenus aujourd'hui "magalogues", publicités...
La recherche par l’image représente l’avenir. C'est une vraie conviction chez nous ; il n'y a qu'à regarder Facebook ou Google. À court-terme, nous allons également référencer les magazines internationaux. Enfin, nous nous orientons également vers les médias qui se définissent comme un croisement entre le catalogue et le magazine.

FJ : Le digital influence de plus en plus le secteur de la mode et vous êtes une start-up qui tentent de modifier les lignes, quelle est votre vision de cet écosystème Fashiontech ?

LR: Pour moi, les choses bougent rapidement, principalement grâce à l'impulsion donnée par les grands groupes qui se mobilisent sur ces sujets.

"Toutes les startups rêvent d'être le Shazam de la mode".

 Par exemple, nous étions notamment invité par LVMH pour Vivatech.
Je note que le secteur de la beauté, la beautytech, a pris de l'avance, les marques innovent.

FJ : ... Justement vous évoquez Vivatech. Et cet événement a été diversement apprécié, comment l'avez-vous vécu  ?

 
LR: Pour nous, côté startup cela a  été vraiment grandiose.
En effet, nous avons pu avoir de belles rencontres et l'organisation a été top. Par exemple, Bernard Arnault est venu sur notre stand.
Nous avions des lunchboxs, ce qui est rarement le cas pour un salon. J'en garde un très bon souvenir !

 

 
 

Rencontre avec Laura Perrard, directrice du Salon du Luxe

Secteur incontournable du patrimoine français, le luxe se réinvente pendant deux jours, les 6 et 7 juillet 2016, à l'occasion du Salon du Luxe qui prendra ses quartiers à la Maison de la Chimie à Paris. Ce salon d'envergure internationale a pour ambition de "rallumer les étoiles", tandis que le Royaume-Uni vient de voter sa sortie de l'Union Européenne. Aujourd'hui, Laura Perrard, directrice du salon, souhaite que Paris redevienne le leader incandescent du luxe mondial. Elle nous explique son rêve et comment elle compte y arriver.

Laura Perrard, directrice du Salon du Luxe
Laura Perrard, directrice du Salon du Luxe

Modelab: Pourquoi avoir créé le Salon du Luxe ?

Laura Perrard: Le début de ma relation avec les professionnels du luxe débute au moment où nous avons lancé le Journal du Luxe . Pendant trois années, j'ai baigné dans le luxe et dans l'événementiel tout en continuant inlassablement à me passionner pour tous les sujets liés à l'innovation et au monde des startups. J'ai observé, pendant cette période, le manque de transmission et partage entre acteurs ne gravitant pas dans le même secteur. De même, la place véritablement offerte à l'innovation y était alors limitée. Évoluant dans ce milieu à la fois riche et extrêmement complexe, il m'a paru évident de créer le Salon du luxe Paris : l'événement référent des décideurs du luxe (C-level executive) au sein de la capitale de la mode et du luxe : Paris.

Le Salon du Luxe a pour but de décloisonner et de mettre en avant le savoir-faire, l'innovation et la créativité à la française tout en prenant le temps de comprendre année après année les évolutions du marché afin de contribuer à développer le tissu économique rattaché.

M: Justement, vous évoquez l'innovation. Aujourd'hui, elle est avant tout digitale.

L. P: La "transformation digitale" est un vaste sujet dont on entend parler depuis plusieurs années à présent. J'observe encore aujourd'hui deux Ecoles : la première qui dit que le Digital risque de venir perturber les interactions "humaines", et la seconde qui l'identifie comme une opportunité nécessaire. Selon cette dernière le digital sublime la relation commerciale, permet d'aller plus loin dans la connaissance des attentes du client, sur le sujet de l'expérience globale (du store physique à la présence en ligne), dans la maîtrise des coûts de production et son impact environnemental, dans la personnalisation proposée, etc. Je fais partie de la seconde Ecole.

Le Salon n'a pas de thématique dédiée au digital, c'est voulu, car c'est un sujet qui est selon nous aujourd'hui tellement intégré au sein de notre société qu'il ne fait plus sens de le dissocier. Nous l'abordons naturellement dans le cadre de chaque conférence. Nous avons néanmoins intégré une thématique "post-digital" drivée par Eric Briones sur l'édition 2016. D'ailleurs, j'invite d'ores et déjà vos lecteurs et vous-même à poser toutes les questions que vous pouvez avoir liées au luxe et au digital sur les réseaux sociaux avec le hashtag #salonduluxe afin qu'Eric Briones et les co-auteurs de son dernier livre y répondent sur scène.

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M: Pourriez-vous nous évoquer le salon de cette année, notamment en terme de contenu ?

L.P: Le cœur du Salon du luxe Paris, c'est le contenu et l'analyse que nous faisons des évolutions du marché au fil de l'année. La rétrospective du luxe et les conférences seront donc extrêmement intéressantes, nouvelles et très rythmées. Nous faisons intervenir des speakers bénévoles qui viennent partager leurs visions durant 2 jours. Au programme, cette année, sont annoncés 30 professionnels exerçant quotidiennement dans le luxe : Lorenz Bäumer, Elodie Sebag (Directrice Générale Cha Ling LVMH), Christophe Pradère (BETC Design). Mais également des speakers atypiques aux parcours uniques, le CEO, d'Havainas interviendra, Jean-François Clervoy, président de Novespace, etc.

Nous aborderons des sujets importants comme la désirabilité de Paris, les nouvelles formes de management, le luxe éthique... Mais nous allons bien plus loin en invitant les visiteurs à se projeter plus loin sur des conférences très prospectives.

M: En parlant de luxe, j'ai l'impression que ce thème est devenu un peu galvaudé.

L. P: Justement, notre ambition est de revenir au sens noble du terme. Le luxe est avant tout un héritage, un culte du beau, de l'excellence et de la perfection. De manière imagée, le luxe est pour moi la locomotive de tête qui va tirer tous les autres wagons. C'est "le Luxe" qui donne la direction et qui va déterminer la manière dont le reste du marché va évoluer. Il y a donc de vrais enjeux.

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M: Concrètement, que va trouver le visiteur lors de ce salon ?

L. P: 2 Des journées de conférences, de nombreux happenings artistiques, des moments de networking et 750m2 d'exposition avec une sélection de pépites qui gravitent autour de l'univers du luxe. Nous sommes vraiment attachés à ces PME et TPE car ce sont, pour de nombreuses, leur première exposition dans l'écosystème luxe. Enfin, la Soirée de Clôture du 7 juillet s'annonce unique en son genre.

M: Dans le luxe souvent, il existe un peu de réticence dû à un aspect guindé et je crois que vous voulez créer un côté convivial ?

L. P: Nous souhaitons surtout que les décideurs échangent. Pour cela, nous jouons sur différents niveaux. Au niveau de l'atmosphère, tout est mis en place pour initier naturellement l'échange (restauration debout, atelier d'initiation au Feng Shui, dégustation de grands crus...). Un concours de pétanque dans le magnifique jardin est également prévu. Et je ne délivrerai pas tout ! Il faut venir pour vivre l'expérience. Tout est mis en œuvre pour que la rencontre entre les participants soit facilitée. Nous ne sommes rien de plus que des facilitateurs et des diffuseurs de messages (qui ont du sens !).

M: Je crois que le Salon a également une ambition internationale.

L.P: Oui, en 2015, une délégation dubaïote a notamment été invitée. Cette année, notre regard sera porté principalement sur l'Amérique du Sud. En outre, nous avons commandé une étude à l'Ifop, concernant les attentes de la Génération Silver (les plus de 50 ans) en matière de luxe, une partie de l'étude sera délivrée sur le Salon, nous commercialisons avec l'Ifop le reste.

M: Pour les prochaines années, qu'avez-vous envie de développer ?

L.P:  Développer la communauté qui nous suit pour davantage de touchpoints, s'internationaliser et participer à la redéfinition du "luxe à la française" car je suis convaincue que c'est un enjeu majeur aussi bien économique que culturel pour notre pays.

Pour en savoir plus sur le Salon du Luxe, rendez-vous les 6 et 7 juillet à la Maison de la Chimie à Paris, ou bien sur le site internet de l'événement : salon-luxe.fr.

Offre exclusive réservée aux lecteurs de Modelab: bénéficiez d'une réduction de -30% sur votre entrée au Salon du Luxe grâce au code "MODELAB2016".

Vous pourrez retrouvez également Modelab, lors d'une table ronde sur la Fashiontech organisée durant le Salon du Luxe.

 


design textile

Avenir de l'industrie textile; entretien avec Christine Browaeys

Nous parlons souvent du point de vue des créateurs sur les textiles innovants mais rarement de celui des ingénieurs et des industriels. Quels sont les enjeux pour l'industrie textile aujourd'hui ? Comment ouvrir une industrie traditionnelle aux nouvelles technologies ? Un sujet que Christine Browaeys connaît bien. Ingénieure textile « texturgiste », issue du monde des technologies de l'information et de la communication (TIC), elle a fondé en 2009 T3Nel, un bureau d'étude et de consulting qui exerce dans le secteur des textiles et matériaux innovants. Elle nous parle dans cet entretien de son métier, des nouvelles orientations de l'industrie textile et des challenges à relever dans un secteur en plein bouleversement.

Modelab : Quel est votre travail au quotidien?

Christine Browaeys : Je travaille à la fois sur des projets dans le long terme qui peuvent être commandés soit par des institutions comme des pôles de compétitivité, soit par des institutions qui ne relèvent pas forcément de la technique et qui sont plutôt spécialisées en design. Je fais également beaucoup de B2B, en tant que facilitateur de rencontres entre des compétences. Je travaille par exemple en ce moment avec une entreprise qui a des procédés de tricotage assez pointus en trois dimensions, et nous cherchons ensemble des débouchés et des partenaires pour développer ce procédé et faire en sorte qu'il puisse être utilisé et valorisé.

Je travaille donc essentiellement dans deux domaines : celui de croiser des compétences en travaillant avec des gens qui n'ont rien à voir avec le textile et leur donner envie de se lancer, et de l'autre côté travailler avec des industriels du textile qui cherchent à se diversifier. Les débouchés ne sont pas toujours évidents. Je suis là pour leur donner des idées, faciliter des rencontres avec les bonnes personnes.

Ce qui me tient à cœur dans mon métier, c'est de ne pas s'enfermer dans cette matière textile mais de montrer qu'aujourd'hui, de par son affinité et toutes ses propriétés, elle est un substrat pour beaucoup de nouveaux matériaux.

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Christine Browaeys devant l'ARBA, à Bruxelles en mars 2016 (photo T3Nel)

Vous êtes l'auteure de « Les enjeux des nouveaux matériaux textiles » publié en 2014 aux éditions EDP Sciences. Pouvez-vous nous parler de ce livre ?

CB : Il s'adresse à un public qui s'intéresse déjà aux matériaux, et de fait, il a trouvé acquéreur surtout, et c'était le but, dans les milieux universitaires ; il est d'ailleurs pratiquement dans toutes les universités françaises. L'idée était de décloisonner, d'éveiller la curiosité des personnes qui s'intéressent aux matériaux, des étudiants, des chercheurs, des ingénieurs, et de leur montrer ce qui se passait dans le secteur textile aujourd'hui, la diversité de ses applications, et également de parler de l'évolution de la filière.

J'utilise le mot « Texturgie » et « ingénieure texturgiste » justement pour faire passer ce message, me positionner, car de mon point de vue, le mot « textile » est aujourd'hui un peu réducteur.

On l'associe trop souvent uniquement à l'habillement. Les textiles sont aujourd'hui utilisés dans divers domaines d'activités comme l'aviation, l'automobile, l'agriculture. Il faut que le textile sorte de ses habitudes de débouchés, ce qui est un changement de culture qui n'est pas forcément évident. Parce que la culture des gens qui sont dans le prêt-à-porter depuis des générations n'est pas du tout la même que quand vous travaillez dans l’aéronautique, dans l'automobile, dans le médical. C'est dans ce but que j'ai écrit ce livre, pour susciter cette prise de conscience.

Ce qui est souvent un handicap chez les textiliens, c'est qu'ils ont souvent une habitude d'évolution très linéaire, une habitude de travailler essentiellement dans leur filière. Quand on regarde l'industrie dans le nord de la France, par exemple, elle n'a pas été très diversifiée au 20ème siècle. Quand il y avait du textile, il n'y avait pratiquement que du textile, et il n'y avait pas forcément de curiosité de la part des textiliens pour aller voir ce qui se passait ailleurs. Quand j'ai sorti ce livre, ça ne les a pas toujours enthousiasmés, car tout le monde n'est pas conscient que l'on peut aller très très loin dans les matériaux textiles, même les matériaux composites et les matériaux hybrides, qui sont selon moi l'avenir de la filière. Donc j'espère que ce livre fera office de référence et qu'il y aura d'autres livres qui le suivront pour aller plus loin.

Est-ce que l'on peut parler de révolution en cours dans l'industrie textile ?

CB : Oui, on peut vraiment parler de révolution. Ce qui est très nouveau et dont on parle beaucoup en ce moment ce sont tous les textiles connectés et intelligents. Il y a des produits qui commencent à devenir durables aussi bien en termes d'utilisation qu'en termes d'exploitation, en termes d'environnement durable. Il y a une vraie révolution aussi bien au niveau des matières et des fibres développées dans les laboratoires qui permettent de fabriquer des fils de plus en plus sophistiqués, bi-composants, tri-composants, c'est-à-dire qu’ils vont avoir plusieurs fonctionnalités qui vont s'agréger dans une même fibre. Au niveau des matières, la façon de les structurer, les techniques de tissages et de tricotage ont considérablement évolué, avec des possibilités de travailler en trois dimensions, des possibilités d'extensibilité, de drapabilité qui se sont beaucoup développées.

Pour moi les matériaux composites, les matériaux hybrides sont vraiment des matériaux d'avenir.

Donc oui, il y a beaucoup de recherche dans l'industrie textile, c'est l'un des secteurs où il y a un le plus fort taux de recherche. En France, les industries dans les textiles techniques exportent énormément, et donc consacrent beaucoup de budget en recherche et développement pour rester compétitifs.

Quelles sont les difficultés auxquelles est confrontée l’industrie pour développer des textiles innovants ?

CB : Dans le domaine des nouveaux textiles, avec des débouchés marché qui sont très différents, il y a souvent des réticences, mais aussi un manque de temps. Ces industriels sont souvent des PME qui n'ont pas forcément la disponibilité ou les ressources à consacrer à la recherche et au développement. Il y a aussi un côté un peu protectionniste ; « on sait faire ça, on a toujours fait comme ça, on ne veut pas s'ouvrir car on veut protéger notre savoir-faire ». La méthodologie, la façon de travailler peut parfois aussi être un frein.

L'industrie textile est une industrie très ancienne, les méthodes de travail collaboratif, comme cela existe dans les filières technologiques, ne se sont pas forcément bien déployées.

En effet, dans les filières technologiques l'esprit collaboratif, « open source », l'idée de partager son savoir pour aller plus loin, est quelque chose qui existe depuis toujours. Mais ce n'est pas parce que l'on travaille en mode collaboratif que l'on ne peut pas protéger son cœur de métier. Et ça, c'est quelque chose qui culturellement n'a pas encore fait son chemin dans une grande partie de l'industrie textile. Les choses progressent, l'outil digital y aide beaucoup, mais je pense qu'au départ il y a un très fort aspect culturel et sociologique qui est un frein pour aller vers de la co-création avec tous les autres métiers qui sont concernés. Les textiles connectés vont beaucoup changer les choses notamment en termes de conception mais aussi en termes de marketing et de service après-vente. Car ce sont des produits qui une fois qu'ils sont achetés sont voués à évoluer, de nouvelles fonctionnalités impliquent de nouvelles mises à jour, comme sur un smartphone par exemple. Je pense que l'industrie textile n'est pas culturellement prête à ce grand changement.

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"Animation de gouttes sur tulle", Futurotextiles MIX, Bercy, décembre 2013 (photo T3Nel)

Comment font les industriels du textile pour s'adapter au système mode qui inclut toujours plus le consommateur dans des processus de co-création et qui a besoin de toujours plus d'immédiateté ?

CB : Il y a pas mal d'entreprises, par exemple Faurecia ou Décathlon, qui travaillent beaucoup avec leurs usagers. Pas toujours avec le consommateur final, mais l'usager intermédiaire, le grand donneur d'ordre qui va lui travailler de près avec les utilisateurs. Ce sont des entreprises qui ont déjà assimilé dans leur organisation ce que j’appellerais un "design intégré", c'est-à-dire que la conception et la création se font avec l'utilisateur, avec le designer, avec le marketing, et bien sûr avec les techniciens et les ingénieurs, ce qui fait qu'ils pensent "usage", ils pensent "durée de vie du produit", "distribution du produit", ils pensent aussi "service après-vente". Donc il y a des entreprises qui sont déjà bien armées par rapport à cette approche consommateur. Prenez par exemple Adidas, qui va ouvrir cette année une usine en Allemagne qui sera entièrement robotisée. Cela permettra des délais de production très rapides, pour être au plus près du consommateur. En parallèle, ils développent des outils pour que les gens puissent personnaliser leurs commandes et puissent avoir exactement la matière et le coloris qu'ils désirent. Ce sera possible grâce à des outils très modulaires et très adaptables par rapport à la demande. Si on veut vraiment que le consommateur soit inclus dans la chaîne de production et être au plus près de la demande c'est un peu du donnant donnant.

La co-création avec l'utilisateur induit des changements dans les procédés de production.

Le shopping en ligne ayant explosé, il faut que les outils suivent, à l’échelle industrielle, avec la possibilité d'avoir une bonne réactivité par rapport aux commandes. Ce qui a toujours été compliqué dans l'industrie textile c'est que les investissements sont très lourds pour les machines et donc un industriel ne peut pas se permettre de s'équiper avec de nouvelles machines s'il n'est pas sûr de pouvoir par la suite écouler sa production sur des marchés qui soient stables.

En informatique on a vu les machines et les technologies évoluer de façon beaucoup plus modulaire, et de façon à s'adapter à la charge qu'elles pouvaient connaître. On appelle cela le "load balancing". On a la possibilité de répartir la charge entre plusieurs serveurs pour répondre à la demande. Aujourd'hui ce même type de procédés se met en place au niveau industriel. Les technologies et le digital évoluent à un rythme extrêmement rapide quand l'industrie textile est logiquement beaucoup plus lente à opérer certains changements.

Cette différence de rythme pose-t-elle problème pour la bonne collaboration de ces deux secteurs ?

CB : Pas forcément. Je trouve la rencontre de ces deux secteurs très intéressante.

Le monde des technologies digitales est totalement immatériel et je trouve que le textile peut contribuer à « rematérialiser » tous les services qu'il propose aujourd'hui.

Un smartphone est par exemple un objet assez froid, en plastique et en métal, qui au niveau des sens n'est pas très stimulant. Je pense que dans l'avenir le textile se prêtera très bien à embarquer des fonctions et permettra d'aller beaucoup plus loin du fait de sa proximité sensuelle. Avec les technologies actuelles, on ne peut échanger qu'au niveau visuel et sonore. On ne peut pas avoir la même perception que si on était dans le même espace de proximité. L'industrie textile est ce qu'elle est, mais c'est quand même une industrie de l'humain. De tout temps le textile est très en lien avec le rythme du temps, le rythme du tissage par exemple, et a accompagné l'homme dans toutes ses activités, pas seulement l'habillement ou l'habitat. Donc l'industrie textile est peut-être lente à évoluer, mais c'est aussi celle qui a un lien continu avec le début de l'humanité. Ce qui n'est pas le cas des nouvelles technologies. Je pense que le textile peut être un « garde-fou » par rapport à l’excès d’immatérialité qu'impliquent les nouvelles technologies aujourd'hui.

Quelles solutions aujourd'hui pour faire évoluer l'industrie textile et ses métiers ? Comment faire travailler les différents corps de métier entre eux ?

CB : C'est une problématique qui n'est pas propre à l'industrie textile. J'aime sensibiliser les gens de l'industrie textile en leur disant de regarder ce qui se passe dans l'ensemble des matériaux. Dans mon livre, un chapitre intitulé « la lutte des classes de matériaux » aborde ce sujet. Dès que l'on regarde les filières du papier, des plastiques ou encore des céramiques, dès que l'on regarde les autres classes de matériaux, on s'aperçoit que la problématique aujourd'hui est la même pour tous, c'est-à-dire aller vers toujours plus de fonctionnalités dans le matériau. Donc, on a des céramiques, des papiers intelligents, des bois interactifs. Ce n'est pas quelque chose qui est propre au textile.

Je pense que non seulement il faut rapprocher les technologies high-tech du textile, mais il faut aussi que cette dynamique soit multi-matériaux et que le textile soit pensé comme « matériau souple ».

Car il ne faut pas oublier que c'est le propre du textile d'être flexible, c'est son principal atout. On est dans un héritage de filières en silos, avec des habitudes de travail bien ancrées, parce qu'il y a de grandes fédérations qui cloisonnent un peu les métiers. Donc je pense que l'avenir, ce sera d'aller vers des structures qui permettent d'être très ouverts par rapport à cette approche matière, de décloisonner, ce qui est d'ailleurs indispensable pour le recyclage. Il y a de belles perspectives pour l'industrie textile. Je pense qu'on est à une époque intéressante, une période charnière.

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Faut-il revenir vers une approche artisanale pour faire évoluer les techniques industrielles ?

CB : Le propre de l'artisanat, c'est de relier le geste et la pensée. Il y a des mouvements de réflexion sur ce thème comme par exemple le " slow made", on revient sur cette notion de temporalité, un travail au rythme de l'humain. Alors que dans l'industrie, comme dans les nouvelles technologies, c'est l'homme qui est obligé de s'adapter au rythme de la machine. Donc je pense effectivement que l'optique de réinscrire la production au niveau de l'humain, et donc de se poser la question du sens de ce que l'on produit, c'est l'artisan qui peut le faire. Je pense que ce serait une façon raisonnable de repenser l'industrie, surtout par rapport aux excès de consommation et de gaspillage, et de retrouver une relation au temps plus équilibrante et plus rassurante.

Christine Browaeys donnera une conférence lors des Fashion Tech Days de Roubaix au CETI (29-30 septembre), et également lors du salon Expoprotection à Paris (7-9 novembre).